Amie Lectrice et Ami Lecteur, en ce sinistre cinquième anniversaire de la tuerie de Charlie, il est fondamental de puiser aux racines de l’écoute, de la concorde, de la tolérance, de l’ouverture, de la préférence donnée à  l’analyse de la complexité plutôt qu’au jugement de valeur insipide, vindicatif, donneur de leçon.

Le dernier roman de mon amie Annette Lellouche (mais notre amitié indéfectible n’entachera jamais le fait de nous dire les choses et de respecter nos indépendances de jugement, et cette chronique s’attache respectueusement à ces principes) se place comme un hymne consacré à la compréhension de l’autre, à l’acceptation des différences, à la recherche partagée des meilleurs accomplissements, et en ce sens il s’affiche avec une volonté optimiste, pour conquérir, comme son titre le manifeste, l’accès à un bonheur qui se niche, certes, dans des interstices difficiles à repérer, que l’on nie parfois à vouloir atteindre.

Matéo et Julien ont découvert leur amour, magnifié dans un précédent opus que je vous recommande de l’auteure, Un soir d’été en Sardaigne, alors que leurs vies, leurs références familiales, les pesanteurs des certitudes de leurs milieux sociaux ne pouvaient laisser imaginer que cela puisse leur arriver…

Ils repartent en Sardaigne pour quelques jours de vacances, mais surtout pour repérer si vraiment ils se décident à franchir le pas, à afficher au grand jour leur union, à réfuter les tensions de la compagne de Julien, très affectée par ce qui lui arrive et qui veut faire barrage à la garde partagée de leur fille issue de leur union, ou à affronter les remontrances qui se voudraient moralisatrices, notamment de la mère de Julien, Elsa…

Ils se doivent de ne pas se mentir, de ne pas se fuir, ils doivent décider clairement si leur vie à deux s’assumera ou non, et cela passe aussi par le fait de pouvoir le clamer ou de ne pas imaginer à en être offusqués, dans un avion ou au sein de leurs entreprises ou lieux de travail communs.

Elsa a eu une vie amoureuse compliquée, avec un homme qui n’a pas été prodigue en douceurs, qui se plaçait entre chantage affectif et manquements récurrents à la nécessaire complicité de couple, qui oblige au partage permanent pour construire une dynamique positive, qui se renouvelle et qui se relance continuellement pour que l’aventure soit toujours en éclosion.

Elle a eu une aventure qu’elle n’a jamais oubliée avec François et qu’elle a enterrée, la mort dans l’âme, pour conserver les potentielles sagesses qui lui avaient toujours été édictées : une vie de famille, avec époux et enfants et que l’on ne peut jamais quitter, par quasi devoir sacralisé, même quand tout dysfonctionne et qu’il n’y a plus d’âme.

Elle décide de tenter de retrouver François, mais François qui est sorti « lessivé » et plus qu’en contraintes de cette rupture a reconstruit sa vie, et ne sera peut-être pas disponible pour revenir en arrière sur la trace de douleurs enfouies difficiles et rudes…

Et l’auteure sait célébrer la force de l’amitié, la vraie, celle qui n’oublie pas l’amie ou l’ami en contrainte ou en détresse, qui réfutera tout procès d’intention et qui appuiera, parfois nécessairement en critiquant et enjoignant l’introspection nécessaire, pour lui assurer d’avancer, lui tendre la main, lui faire du bien, et tout simplement pour dire à celui ou celle que l’on apprécie que l’on est là, que l’on sera toujours là et qu’il ou elle peut compter sur cette force de conviction commune.

La vraie amitié nie toute forme de compromission ou de lâcheté, elle accepte que l’on entende des choses directes de l’autre, mais avec l’empathie pour permettre de progresser, de comprendre ce qui ne va pas et de se relancer.

En ce sens les moments magiques entre Elsa et Célia se savourent comme des mets délicieux où ces petits instantanés communs procureront l’affection qui dynamisera une énergie pour prendre les bonnes décisions et panser les plaies.

Les enfants d’Elsa, Marina déjà, et vraisemblablement Julien, prennent leur envol et partent pour conquérir d’autres envies, ils décident en leur âme et conscience, font leurs choix, des choix qu’ils auraient certainement refusés, enfants, à leurs parents, mais ils décident, en souvenir de l’héritage Rimbaldien, de se porter sur les rivages de la « liberté libre ».

Elsa qui a toujours composé, qui s’est toujours retenue, qui a toujours, quasiment de manière sacrificielle, intégré les principes généralisateurs et conservateurs, comme des valeurs cardinales, se dit qu’il peut être temps, pour elle, de se prendre en main, et de vivre ses passions.

Ce livre fait du bien car il appuie et renforce toutes les ouvertures, tous les ponts et met en retrait tous les mûrs et toutes les pesanteurs ; ce livre apporte de la fougue car il donne des arguments pour interroger l’autre, le cerner par delà nos propres visions et perceptions et il préfère toujours l’écoute et le partage que le péremptoire du principe édicté ; ce livre enchevêtre des personnages entiers, avec leurs limites et leurs fêlures, mais qui restent toujours attachants, avec leurs limites, ce qui ne peut procurer que de la joie pour celles et ceux qui ont l’habitude de plus donner que de recevoir, et qui quand ils sont mis en tension ne seront jamais épargnés…

J’attends avec impatience une possible suite de ces aventures.

Annette, je t’embrasse, te remercie pour tes talents inspirants et je suis fier d’être ton ami et je te propose un très prochain déjeuner partagé, comme Elsa et Célia…

 

Eric

Blog Débredinages

 

A l’assaut du bonheur

Annette Lellouche

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