Amie Lectrice et Ami Lecteur, il m’arrive rarement, en cet humble blog, de narrer un ouvrage rédigé par des personnes référentes, qui ont contribué à façonner mes analyses et mes réflexions, et qui se placent en « confraternité » ou en « co-sororité » avec mes réalités professionnelles ou d’engagement.

Je fais ici une exception, non pas parce que les auteurs me l’auraient proposé ou sollicité, mais tout simplement pour leur rendre un hommage sincère et appuyé et aussi pour donner mon analyse sur leurs contributions.

Fruit du travail de trois universités d’été de l’Union Régionale Interprofessionnelle de la CFDT de Rhône-Alpes (devenue Auvergne-Rhône-Alpes), ce livre, rédigé à la fois de manière réflexive en invitant au débat et à l’élévation, mais aussi sous forme pédagogique et vulgarisatrice, vous donnera des pistes et orientations pour promouvoir une réelle émancipation au travail.

La philosophe Hannah Arendt, vers laquelle je m’inspire en permanence, précisait que « l’émancipation permet d’éviter deux écueils aussi funestes l’un que l’autre : l’oubli des phénomènes de domination et la cécité à la domination de l’autre ».

Sous cette intégration de rappel, déclinons de notre lecture, les axes forts relevés par les auteurs.

L’émancipation réclame d’abord une volonté, celle de vouloir se réaliser, s’accomplir, s’épanouir, en donnant corps et cœur à ses missions et actions, mais avec l’inflexibilité absolue de ne jamais vouloir conquérir son objectif au détriment de qui que ce soit, et au contraire, en se plaçant en respect permanent avec le collectif d’environnement.

L’émancipation oblige à l’ouverture d’esprit, à l’écoute, à la confrontation des idées et débats, à la recherche de la compréhension des enjeux d’entreprise et sociétaux, pour en repérer les contraintes et pour porter des envies et des productions, visant si ce n’est à les lever, tout du moins de tenter la régulation de leur impact négatif.

L’émancipation s’affecte avec des vertus proches du courage, car pour résister aux intimidations et aux provocations qui viennent à la fois des conservateurs qui considèrent l’immuable comme une réalité indéfectible et les dé-crieurs de toute forme de discussion ou négociation visant à travailler au quotidien pour l’amélioration des conditions de travail ou d’exercice, il faut de la ténacité, de la dynamique et une vraie capacité de prise de recul.

L’émancipation suppose aussi la création de collectifs de travail, de développement d’inter-disciplinarité, de construction commune de propositions, d’acceptation de reconnaissances des différences qui enrichissent, mais aussi d’intégration de la modestie et de l’humilité, car s’émanciper s’acquiert et ne se décrète pas, et ne peut jamais s’opérer sans une pleine conscience de là où l’on veut aller, sans aucun endoctrinement.

L’émancipation s’installe dans le réel et ne nie pas la nécessité de performance de l’entreprise, mais en y intégrant sa responsabilité sociale et environnementale, comme la force d’écoute de toutes les composantes au travail, qui seront d’autant plus actrices convaincues du développement de l’entreprise qu’elles seront entendues et écoutées, notamment sur leurs expressions d’autonomie ou de créativité.

L’émancipation ne rejettera jamais une innovation, mais elle doit veiller à la pertinence de toute évolution, qui doit garantir un mieux être partagé et ne pas se structurer en mettant en péril d’autres facteurs ou réalités de vécu socio-économique.

L’émancipation s’ouvre aussi à la concrétisation de compromis qui ne seront jamais des compromissions, mais simplement le résultat de débats argumentés où la confrontation de convictions et de réalités débouchent sur un accord optimal, acceptable et améliorant.

L’émancipation associe la reconnaissance de l’expérience, mais aussi la salutation d’une remise en cause, la cohérence avec le réel sans être submergé par l’instantané du temps toujours plus rapide et saturant, elle se met au service de l’autre dans l’action quotidienne et surtout elle aspire à forger un libre arbitre pour toute réflexion et revendication.

Ce livre se lit avec la conviction d’ouvrir la parole et de donner un argumentaire solide, et il doit être votre objet de chevet pour vous inciter à la prise d’action, à la maîtrise de votre vie professionnelle et surtout il vous invite au dialogue récurrent avec vos partenaires de vie en entreprise ou en administration, car « toute entité ne vit que par le plaisir d’émulation du débat d’idées qui lui donne un sens d’avenir » comme le dit tellement joliment mon auteur de prédilection du Québec, Jean-François Beauchemin

Éric

Blog Débredinages

S’émanciper ? Chiche ! Mettre l’émancipation au cœur du travail

Michel Weill

Préface de Laurent Berger

Postface d’Élisabeth Le Gac et Pierrick Aillard

Éditions Chronique Sociale

12€

Amitiés vives à Élisabeth, à qui je dédie cette humble chronique