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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Éric Vernassière

Escaliers, Une passion avec Louis-Ferdinand Céline, d’Évelyne Pollet

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous n’ignorez pas mon enivrement récurrent pour mon auteur de référence, Céline, que j’essaie, par fréquences, de connaître le mieux possible, dans toutes les acceptions de son œuvre.

Abonné au Bulletin Célinien, qui sans relâche, avec force investissement, ténacité opiniâtre, travaille, pour que l’analyse profonde, réflexive de l’ensemble du corpus littéraire et de correspondances de Céline, fasse l’objet d’études argumentées, de notes inspirantes et de mise en perspectives, j’ai eu le bonheur de découvrir que le livre d’Évelyne Pollet faisait l’objet d’une réédition.

J’ai donc souscrit pour recevoir cet opus, et je l’ai lu et relu avec un intérêt majeur puisqu’il constitue à la fois une force émotive et une retranscription historique narrée.

Corinne, alias Évelyne, vit à Anvers, et se sent subjuguée par les tableaux de Charbier, peintre qui expose en une galerie de la ville.

Corinne, dès la première découverte des œuvres de l’artiste, maîtrise et connaît la profondeur qui se dégage de son travail, qui associe capacité à illustrer les sentiments et états d’âme de ses visages ou portraits, pour les placer en un univers urbain sombre, pour porter les regards en des directions hautes, majeures, élevées, intenses.

Seul Charbier, peintre qui reprend les traits physiques caractéristiques de Céline, a la possibilité de permettre à Corinne de dépasser les extases que l’on peut avoir, parfois, face à une toile, à un tableau.

Charbier, lui, va au-delà, il transcende les sens de beauté inassouvie, pour déplacer son œuvre sur l’axe de la magnificence, de la pureté, de la primaire fougue qui se détache au regard, entraînant Corinne dans l’abime de ce qui indicible, de ce qui dépasse tout ce qui fut entrepris auparavant.

La peinture de Charbier raconte, décrit, positionne, et quand on la rencontre, on est à la fois subjugué, anéanti, on ne peut imaginer trouver pareil manifeste, aussi incomparable talent.

Corinne se permet de l’approcher, alors qu’on lui raconte que Charbier est un homme froid, distant, fruste, difficile, peu reconnaissant, avare de débats.

Charbier apprécie Corinne, lui donne de l’intérêt, lui procure le plaisir d’être cernée comme non seulement une groupie de passage, mais comme une personne digne de respect, dont les messages artistiques sont écoutés.

Charbier sait qu’il séduit Corinne, et Corinne sait qu’elle est séduite irrémédiablement, intensément, par Charbier.

Ils deviennent rapidement amants.

Corinne plonge dans un désir absolu, avec une irrépressible envie de l’assouvir avec majesté, car quand elle se donne à Charbier, elle se donne à l’art, et pas à n’importe quel art, à celui immense, poétisé, porteur, unique, émérite d’un artiste admiré et irremplaçable.

Corinne écrit, elle n’hésite pas à demander conseil à Charbier pour pouvoir améliorer sa narration et obtenir des appuis auprès des éditeurs.

Charbier s’y emploie, pas que pour se donner bonne conscience, mais aussi par sympathie pour celle qui a su lui dire qu’elle était plus qu’émerveillée par ses créations, par ce qu’il inspirait, représentait, développait, engendrait.

Corinne ne travaille pas, elle s’occupe de ses enfants du mieux possible et elle les aime fortement ; elle apprécie son mari, qu’elle a trompé une fois, en se reprochant à la fois cette faiblesse, mais aussi en repérant que son mari doit être plus original, sortir des facilités et des habitudes ou atermoiements.

Sa liaison avec Charbier n’est pas une infidélité, car Charbier représente l’art en sa perfection dimensionnée, et quand on peut le rencontrer, même le mari infortuné, s’il le savait, ne pourrait retenir l’inconséquence conjugale, car sa femme a eu le bonheur de rencontrer l’unique et l’exceptionnel, ce qui ne peut être que l’assurance de la reconnaissance d’une épouse hors norme…

Elle écrit à Charbier qui lui répond d’abord très rapidement, puis de façon plus épisodique ; elle lui en veut de son retard de transcription, de ne pas lui donner de nouvelles, et elle se lamente sur ses venues sur Anvers, bien trop espacées.

Quand elle viendra sur Paris, pour le rencontrer, il sera un conseiller positif pour ses productions littéraires, un bon compagnon de promenade, mais elle lui reprochera, sans jamais lui avouer, de ne pas lui déclarer sa flamme, de ne pas l’envelopper d’un amour furieux, de ne pas la posséder, de ne pas la reconnaître comme la femme enfin attendue…

Mais Charbier, alias Céline, se place au-dessus de ces contingences ; il batifole avec Corinne, il apprécie sa présence, il aime lui donner la main, il est heureux de prendre du plaisir avec elle, mais il ne l’aime pas, il ne veut pas vivre avec elle, il n’a pas de passion pour elle, et il veut rester indéfectiblement libre, même s’il doit faire de la peine à une Corinne qui aimerait tant que les choses prennent une autre tournure…

Corinne va avoir la fièvre de l’amour transi déçu, va devenir maladivement endolorie, et sa famille va la placer pour qu’elle puisse se ressourcer, se retrouver, se reconstruire, même si elle ne cerne pas les raisons de ce dépérissement.

Elle rencontrera Gerbault, en cure, qui lui fera du bien, qui saura la comprendre, envers lequel elle se blottira, qui n’hésiterait pas à l’emporter avec lui, à lui apporter tout ce dont elle aurait besoin.

Si Corinne reste reconnaissante à Gerbault de sa compassion, de son amour direct et compréhensif, elle veut retrouver Charbier, car elle ne peut imaginer qu’il ne puisse pas remarquer, reconnaître, intégrer, repérer qu’elle, et elle seule, constitue la femme idéale et rêvée, pour l’accompagnement d’un artiste d’un tel retentissement.

De Paris à Saint-Malo, Corinne prendra tous les risques, affrontera tous les tourments, acceptera tout ce qu’elle nommerait « ingratitudes », se placera en toutes les fièvres de l’âme, en tous les tourbillons produits par le corps quand la frénésie de la passion s’affiche, mais elle ne pourra pas être mieux reçue qu’une amie, une personne dotée de charme poétique, par un Charbier qui ne peut agir en fidélité, en organisation de vie, qui semble en plus assez séduit par une danseuse, toute jeune…

Ce livre développe un charme suranné, où la passion d’une femme enivrée, qui se consume jusqu’à en perdre la raison et l’étincelle de vie pour séduire et s’adonner un artiste différent, qui crée ce qui n’a jamais existé jusque-là, représente une attraction prodigieuse.

Il est très bien écrit, avec une force émotive lancinante, prenante et il constitue un témoignage remarquable de ce que fut Céline : un artiste créateur accompli, sans concession, livré en amour comme en art, avec la fougue Rimbaldienne de la « liberté libre », qui se refuse aux limites, aux acceptations des normalités et dogmes, surtout d’ordre passionnel ou amoureux, qui a su séduire une femme, qui attendait tellement plus de lui…

Un livre à lire, à savourer, pour vivre intensément, et tendre vers les créations essentielles !

Éric

Blog Débredinages

Escaliers

Une passion avec Louis-Ferdinand Céline

Préface de Marc Laudelout, incomparable passeur de champs de connaissance sur Céline, avec

Le Bulletin Célinien, qu’il met en scène depuis quarante ans ! Respect indépassable pour lui !

Postface de Jeanne Augier

La nouvelle librairie éditions

Du côté de Céline, collection dirigée par Émeric Cian-Grangé

Novellas 3, le dernier volume ! de Didier Daeninckx

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vais vous narrer, encore une fois, une expérience de lecture palpitante, bienfaisante, décapante, avec un de mes auteurs fétiches.

J’ai lu les œuvres complètes de Didier (je peux l’appeler par son prénom, car il m’accompagne tellement souvent qu’il est devenu un ami de pensée et de réflexion), représentant une bonne quarantaine de publications.

Mais le registre de la nouvelle longue se place certainement comme son style d’expression le plus référencé, car il peut décrire, en romance noire, les mots et maux qui traversent notre société, rappeler ses insuffisances, se remémorer les lâchetés de son histoire enfouie, de manière compacte, directe, sans concession, tout en ayant aussi la possibilité de vagabonder, de faire vivre des personnages, en explicitant leurs déboires et tensions, dans des contextes finement rappelés.

Ce troisième et dernier recueil de nouvelles longues est paru au Cherche Midi, et je vous conseille ardemment de vous procurer les trois qui composent ces « novellas », reprenant des textes de publications antérieures et une nouvelle inédite.

Je ne vais pas vous résumer chacune des nouvelles, car cela ne serait pas adapté à la force d’écriture de Didier et cela vous empêcherait de retrouver l’effet de suspense de chaque écrit, car Didier parle du réel ou du passé sociétal, mais sait d’abord raconter, intensément, des histoires de roman noir.

L’enclave, nouvelle inédite, se déroule en un moment terrifiant de l’histoire, que l’on peut rapprocher du ghetto de Varsovie, où des personnes parquées n’ont plus d’identité et de dignité propre, sont soumises aux brutalités et violences incessantes. Mais, même avec une absence totale d’espoir, une camaraderie secrète s’opère pour tenter de recréer un espace culturel, où un pianiste pourrait donner un récital de Chopin, car il n’y a pas plus forte résistance que celle du fait culturel face aux armes de déchéance.

Une oasis dans la ville décrit l’univers sordide qui attend les réfugiés, qui, ne trouvant pas de travail et de lieu pour s’abriter, finissent par être enrôlés par des marchands de sommeil et des dealers, ce qu’ils acceptent pour avoir un toit et manger, mais qu’ils regrettent aussitôt, car devenant des marionnettes de trafiquants sans scrupules, intégrant des opérations violentes.

Quand Skander dénichera, par hasard, un lieu dédié aux enfants, avec un jardin pédagogique et un lieu d’apprentissage des essentiels, il se sent chez lui et ne veut pas retourner dans son ancienne vie…

Mais quand il recroise un de ses anciens tauliers, il ne pourra pas échapper à la demande de replonger dans le trafic, même s’il fera tout pour préserver ses vrais amis d’idéal.

Est-ce possible qu’une oasis d’espoir se pérennise dans les quartiers infectés par la drogue et ses fléaux d’argent facile, de violence systématisée ?

La couleur du noir rappelle, à la manière récurrente de Daeninckx, qui dès Meurtres pour mémoire  prenait ce vaisseau romancier , que des épisodes nauséabonds de notre histoire peuvent ressurgir dans la littérature, alors que certains (re) deviendraient assassins pour que l’oubli soit permanent et que rien ne puisse refaire surface…

Hors limites raconte le parcours d’un détective privé, approché par des parents pour tenter de remettre sur un chemin plus droit, un fils, qui s’écarte.

Celui-ci ne se sent vivre qu’avec sa bande, qui cherche à réaliser de petits larcins. Mais quand un vol qui devait être facile se transforme en échange de feux, qu’un des amis décède, les choses prennent une autre tournure, surtout quand le détective, qui a les moyens de faire arrêter la bande, sans désigner le fils de ses mandants, fait du chantage sexuel à la compagne de ce dernier…

Cités perdues raconte tout le désespoir que Didier recense depuis quelques années dans les villes de banlieue parisienne, qu’il aime et arpente, où il a vécu longtemps et où il est né, et dont il a été chassé (incendie criminel de son domicile) par ceux qui veulent la permanence de la chappe de plomb et des combines corruptives.

On retrouve un mort dans un immeuble qui vient d’être démoli, que l’on imaginait ne jamais retrouver et l’on remonte aux trafics de stupéfiants, mais aussi aux intégrismes de prêche, sachant que les liens entre les deux se démontrent assez fréquemment.

Sans amalgame (ce n’est pas son genre), mais avec rationalité aiguisée, Didier décrit les enfermements des consciences, les rapines des tours, les exécutions froides de ceux qui finissent par refuser d’aller plus loin, quand les manipulations leur apparaissent.

Didier jette un regard lucide et positif sur le conglomérat des échanges culturels qui font d’un inspecteur d’origine serbe un client apprécié des restaurants Brésiliens ou du Maghreb et caractérisant les quartiers avec des couleurs d’enrichissement, avec l’espoir que les désastres de la violence incarnée n’anéantiront pas des années de fraternité.

Bonjour les petits enfants parcourt la vie d’un cirque ambulant où des artistes donnent leur vie pour un spectacle de plus en plus considéré comme dépassé, alors qu’ils souhaitent apporter de la joie, de l’aventure, de l’évasion, en repoussant les limites des risques des acrobates, pour que les frissons apparaissent.

Mais le cirque sème aussi des moments de doute, quant à chaque lieu où la roulotte s’arrête, apparaissent des crimes pédophiles… Les membres de la troupe se doivent de devenir enquêteurs, car la confraternité du cirque n’existe plus si l’enfance est massacrée par un des leurs.

A nous la vie est une nouvelle magnifique, qui prend place dans les usines occupées des grèves de 36, pour que naissent les conquêtes sociales et les premiers droits ouvriers. On s’immisce dans la vie d’une famille qui intègre intensément, et avec courage, ces moments de doute, de fierté, pour que la dignité s’affiche.

Et quand un des ouvriers va rejoindre les Brigades Internationales, on se rappelle que le Front Populaire a préféré l’attentisme plutôt que le courage de ses convictions, même s’il n’était pas aisé de faire bouger la France en une période où elle retenait surtout son pacifisme de lâcheté, précurseur de ce qui fera 1940…

Les corps râlent rapportent les souvenirs d’enfants de chorale et le plaisir de retrouvailles, mais celles-ci, qui pouvaient ardemment devenir des moments porteurs, se transformeront en détresses incommensurables, quand les enfants de l’époque se remémoreront les agissements du prêtre, qui feront des émules plus tard…

L’inspecteur à la retraite, qui pensait retrouver ses bases géographiques et ses liens avec sa vie doucerette, soulèvera des pans rudes de la vie villageoise, comme une boîte de Pandore…

Non à la guerre rappelle, avec minutie et profondeur, la mort de Louis Jaurès, âgé d’à peine vingt ans, en 1917, au front, fidèle à la force pacifiste de son père, qui l’a payée de sa vie, et à sa volonté de ne surtout pas laisser témoigner que sa famille serait en désertion ou non patriote, malgré la boucherie vécue en récurrences en ces funestes années…

L’esclave du lagon décrit l’enfer d’enfants vendus par leurs parents, sans ressources, à des armateurs sans âme, qui ont décrit aux familles qu’ils ne manqueraient de rien, alors qu’ils sont employés comme plongeurs en apnée pour récupérer des poissons en filet, qu’ils s’épuisent et s’époumonent…

Quand deux jeunes garçons voudront courageusement réagir, ils devront affronter des dangers tenaces, au milieu de rivieras de touristes peu intéressés par le sort d’enfants en contrainte lourde, démunis de tout, exploités sans vergogne.

Suite espagnole n’hésite pas à décrire la chasse que l’administration française a livrée aux républicains espagnols, souvent héroïques face aux périls des occupants nazis, alors que cette dernière « bien maréchaliste », dans son ensemble sacralisé, retrouvait sa capacité à mater le différent et l’étranger, au début des années cinquante…

Didier sait décrire les tensions de nos sociétés, sait faire parler les insurgés et les mutins, sait apporter du réconfort aux blessés de la vie, sait écrire avec conviction les essentiels libertaires qui constituent nos socles de combat et nos droits humains. Merci à lui !

Éric

Blog Débredinages

Novellas 3, le dernier volume !

Didier Daeninckx

Cherche-Midi Éditions

21€

Gâchis à Karachi – OSS 117, de Jean Bruce

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous souhaite une année 2021 apaisante, protectrice en santé, nous permettant, aussi, de reprendre le cours d’une vie la plus « normale » possible…

Question « normalité », je suis toujours en introspection, car je considère que le systématisé rationnel et le permanent « classique » n’ont jamais apporté que la répétition de dogmes, alors que le différent et l’innovant forgent la création, assurent un partage de découvertes.

Question « normalité », OSS 117 – que vous avez forcément apprécié sous les traits de Jean Dujardin, sur le plan filmique – ne répond pas aux critères habituels, se place souvent en contradiction totale avec les attentes et repères, pour orchestrer une personnalité décalée, courageuse, volontariste, souvent iconoclaste, suscitant des débats récurrents pour celles et ceux qui le côtoient en ses aventures.

Pour cette première chronique de l’année, je me place en ses pas, avec la réédition d’un roman de son auteur de référence, malheureusement un peu tombé, injustement, dans l’oubli, Jean Bruce, avec un livre qui se déroule au Pakistan, au tout début de l’indépendance du pays, après la fin de l’Empire Britannique.

OSS 117, alias Hubert Bonisseur de la Bath, passe quelques jours aux Etats-Unis et recroise une de ses ex-compagnes de moments affectifs (Hubert, comme James Bond, collectionne les « conquêtes » pour une durée assez déterminée, et cette forme de phallocratie, sous-entendue, ne constitue nullement un méfait hautain de l’homme dominateur, mais une acceptation bilatérale, avec les femmes rencontrées, de moments de partages égalitaires) , Elaine, qu’il avait dû quitter brutalement, antérieurement, accaparé par une mission secrète qui l’obligea à partir sur le champ.

Il se permet de la séduire, de nouveau, en lui démontrant que l’homme avec lequel elle se trouve ne la mérite pas.

Sans trop de contraintes, peu rancunière du passé avec ce départ précipité proche de la goujaterie, acceptant les excuses d’Hubert, Elaine poursuit la route en direction de New-York, avec lui ; ensemble ils s’arrêtent, en un motel, pour une nuit qui s’annonce pétillante…

Mais Hubert reçoit la visite d’un membre des services secrets, qui savait où il se trouvait – car sa voiture est toujours surveillée – lui demandant instamment de partir, sur le champ, en mission, pour le Pakistan où Mary MacBean, dite Mamie, a disparu, alors qu’elle essaie de négocier la valeur de microphotographies Britanniques recensant les analyses et procédés permettant à un engin, quel qu’il soit, d’apparaître invisible, pouvant ainsi neutraliser aisément des tours de contrôle, représentant une avancée réelle dans la progression des stratégies, notamment militaires.

Hubert reçoit des papiers l’identifiant comme le neveu de Mary, qu’il doit retrouver, car il constitue la seule famille de sa Tantine…

Hubert interviendra, avec cavalcades, dans différentes régions du pays, de Karachi à Lahore, de la frontière Afghane à Peshawar, lieux aujourd’hui signes de terrorismes, d’ostracisme, d’absolutisme religieux et de tensions extrêmes, où tout occidental est honni.

Quand Hubert effectue sa mission, le pays est déjà livré à des trafics, calculs, vindictes et violences.

Hubert va devoir affronter, par deux fois, une relation avec un naja, qu’il retrouve dans son lit d’hôtel et dans un taxi.

Il est souvent mis en difficulté avec des éléments compromettants placés dans ses valises pour qu’il soit confondu par la police locale.

Il se doit de combattre, avec sa savate de boxe française, bien ajustée, contre un homme qui l’écoute attentivement et l’espionne, contre un possible ingénieur Allemand qui semble bien vouloir contrecarrer ses projets et retrouvailles avec Mary…

Il fera face à la chaleur intense et suffocante des avions locaux, des engins de transport du pays, se tiendra en permanence sur ses gardes, car il peut être épié, mis en cause et observé.

Sa rencontre avec Françoise va lui permettre d’affronter plusieurs nouvelles étapes.

Hubert découvre Françoise, comme danseuse de cabaret ; elle se met à ses côtés, à la fois par volonté de protection, partage des connaissances concernant les réalités du pays – puisqu’elle a accompli des missions pour son boss de club – et aussi par plaisir de partager la vie trépidante d’Hubert, pleine d’imprévus, avec des moments de repli doucereux, cependant…

Ensemble, avec des rebondissements et des perceptions mutuelles de trahison potentielle, ils vont avancer dans l’enquête qui permettra d’observer que les services secrets savent manipuler à la perfection, déclamer que rien n’est plus rationnel que l’irrationnel, car si l’on veut s’assurer que des plans de techniques nouvelles ingénieuses ne puissent s’évader, il est impératif de laisser appréhender l’idée que l’évasion est en cours, en la suscitant même…

Hubert, avec tact, élégance, sens de la répartie et de l’humour, à chaque instant, vous associera dans sa quête, au rythme de chapitres enlevés, très agréables en lecture, savoureux dans les chausse-trappes.

Hubert n’oubliera pas d’éviter de se faire abuser par des commerçants peu scrupuleux, par une police aux ordres des castes et n’omettra pas de rester en prudence permanente, car si le Diable se niche dans les détails, il se faufile aisément dans toute son aventure, que d’aucuns voudraient lui voir abandonner ou contrarier fortement…

Un livre irrationnel et subtil, pour une année que je vous souhaite subtile, puisqu’elle sera de facto irrationnelle, et cela a déjà bien commencé, avec une vaccination de 400 personnes en France contre 300 000 en Allemagne, pour la même période… Comprenne qui pourra…

Amitiés vives pour 2021, comme on dit joliment au Québec !

Éric

Blog Débredinages

Gâchis à Karachi

OSS 117

Jean Bruce

Éditions Archipoche  

Le Tableau Papou de Port-Vila de Didier Daeninckx et Joe G. Pinelli

Didier Daeninckx a été victime d’un incendie, plus que certainement d’origine criminelle – potentiellement lié aux menaces d’un individu qui lui aurait reproché d’attenter à « l’honneur » de Faurisson, le négationniste Français qui avait réussi à convaincre Dieudonné de ses réflexions abjectes, et notamment de sa thèse déclamée considérant le journal d’Anne Franck comme un « faux »… – en son pavillon, et, en refaisant ses peintures, il retrouva un paysage à l’encre de chine de Heinz Von Furlau, peintre dont il ignorait tout, certainement comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs…

Il avait acquis cette œuvre pour son support, la couverture d’un poème d’Achille Chavée, surréaliste Belge ayant combattu dans les Brigades Internationales avec les Républicains Espagnols.

Le dessin présente la silhouette d’un homme près d’un navire à quai, avec le ciel froid d’une Ville d’Allemagne du Nord.

Didier Daeninckx se glisse dans la peau de son héros émérite, issu notamment de ses nombreux livres de la Série Noire, l’Inspecteur Cadin, et Didier mène lui-même l’enquête pour cerner le parcours du peintre.

Il va ainsi totalement s’engouffrer dans son histoire et vite repérer que le peintre vaut largement le poète.

Didier se remémore qu’il avait acquis ce paysage lors d’un voyage aux îles Vanuatu (les anciennes Nouvelles Hébrides franco-anglaises, indépendantes depuis 1980), situées aux antipodes, pour prolonger le travail accompli après la publication de son livre important « Cannibale » sur l’exposition de Paris de 1931, où l’on exhibait des « bons sauvages » en provenance de Nouvelle-Calédonie, Kanaks considérés et présentés comme anthropophages.

En se promenant dans les rues de Port-Vila, Didier est « frappé par une sorte de léthargie » qui s’affecte chez les autochtones et dont la réalité est liée à l’utilisation et à l’effet du « kava »(breuvage rituel obtenu par la macération d’une racine de poivrier), que lui-même aura plusieurs fois l’occasion de tester dans ses discussions et contacts à venir…

Au hasard de pérégrinations avec sa compagne, en un entrepôt, il déniche des journaux anciens de Papouasie, à l’époque de la colonisation Allemande, et il tombe sur le motif peint sur la couverture du recueil d’Achille Chavée.

Le commerçant lui précise qu’il avait rapporté l’œuvre intégrée en un coffre ramené de la Ville de Madang, anciennement Wilhemshaven (clin d’œil direct avec le nom de l’actuelle ville d’Allemagne Hanséatique)…

Didier tente de rechercher l’auteur de l’encre de chine et on lui conseille de rencontrer Harry Tirvala, archiviste, qui immédiatement lui parle de la reconnaissance de l’emprise artistique de Heinz Von Furlau., dont il possédait déjà lui-même quelques œuvres.

Tous les dessins du peintre ont pratiquement tous été réalisés sur du papier imprimé.

Didier décide de pénétrer l’univers du peintre qui intègre un parcours tout sauf banal : né en 1889, ancien étudiant de l’école des Beaux-Arts de Berlin, ami de Fernand Léger et d’André Derain, ayant certainement côtoyé Apollinaire, embarqué volontaire pour échapper à des difficultés familiales et amoureuses pour la Papouasie-Nouvelle Guinée en 1912, au titre de peintre officiel de l’Empire Allemand pour l’inventaire de la faune, de la flore comme des rites locaux.
Il sera abandonné par ses collègues dans la jungle, sera récupéré par les Néerlandais, neutres au conflit mondial de la Grande Guerre, qui le remettront aux autorités Allemandes, qui l’affecteront assez vite sur le Chemin des Dames, dont on connaît les périls, douleurs et horreurs…

Il utilise aussi la traversée pour peindre tous les hommes d’équipage sans distinction aucune de hiérarchie.

En poursuivant ses discussions avec Harry Tirvala, Didier apprend que Heinz Von Furlau est revenu aux Nouvelles-Hébrides en 1930, sentant que des éléments compliqués se programmaient en Allemagne…

Von Furlau naviguait en 1912 avec un dénommé Rechtig (dont le nom signifie pourtant « droit ou droiture » en Allemand, en commentaire personnel…), un spécialiste des « races dites inférieures » qui s’acharnait à convertir le maximum d’âmes pour le compte de la mission protestante Rhénane.

Mais il ne s’arrêtait pas là, en anticipation des critères dits « aryens » qui seront mis en exergue vingt-cinq ans plus tard, il disséquait des cadavres Papous dans une clinique installée dans la cale du navire, pour ergoter sur de pseudo-critères permettant de s’assurer de la possibilité d’inculquer une once de sens religieux à ces « sauvages ».

Mais en s’approchant en pirogue du bateau en question, un Papou a surpris Rechtig en ses sinistres expériences et a « hurlé » pour prévenir la berge.

Un combat s’est ensuivi et Von Furlau est resté entre les mains des guerriers Abelams, en prisonnier-monnaie d’échange.

Le peintre a utilisé cette période de captivité pour intelligemment représenter des scènes de brousse et surtout des fusains de visages et de scènes quotidiennes.

Didier, qui avait participé avec Tardi à un ouvrage collectif sur le Chemin des Dames, l’a interrogé sur Von Furlau, et il l’a placé assez vite avec ceux que l’on regroupe sous l’estampille de la « Neue Sachlichkeit » (Nouvelle Objectivité en Français) intégrant notamment Otto Dix et George Grosz dont les œuvres décrivent sans nuance et avec force les gueules cassées de la Grande Guerre et les profiteurs de la même période (j’ai chez moi une lithographie de Grosz qui ne me quitte jamais des yeux, c’est mon alerte sur le sens de la vie et du monde) mais il est depuis complètement passé à la trappe.

Puis Didier, lors d’une nouvelle pérégrination de préparation documentaire et littéraire au centre culturel Jean-Marie Tjibaou de Nouméa, retrouve une encre de chine où l’on voit des soldats Niaoulis enrôlés lors de la guerre de 1914 sur le point d’être fusillés ; serait-ce aussi la marque de Von Furlau ?

Didier rencontre son traducteur pour la version Allemande de son livre indispensable « Meurtres pour Mémoire » qui deviendra « Tod auf Bewährung » pour l’appuyer sur l’analyse exacte de la signification de certains mots d’argot Parisien, et il apprend que Von Furlau a été caché dans la demeure du poète Rainer Maria Rike au moment où ce dernier s’associe à la Commune de Munich sur les traces douloureusement planifiées à Berlin auparavant par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

Il restait à Didier à cerner comment une encre de chine du peintre avait pu orner le recueil d’un poète surréaliste Belge et aussi à comprendre pourquoi il était retourné en Océanie dans les années Trente.

Il apprendra que Von Furlau a été professeur associé en une des académies d’art en Belgique et que sa femme Jayla était décédée auparavant en Papouasie…

En fin d’ouvrage, le conservateur d’un Musée dédié à Von Furlau, à Berlin, conteste le retour du peintre dans les années Trente aux Nouvelles Hébrides…

Ce livre s’affiche donc de manière plurielle : il représente un documentaire précieux vous permettant de connaître le peintre Von Furlau, ses engagements militants progressistes et son parcours exceptionnel, il est parsemé de superbes illustrations de Joe G. Pinelli dans l’inspiration de Von Furlau, qui constituent un recueil captivant, et bien évidemment il se caractérise comme un roman noir passionnant dans la lignée des analyses sociétales, des connaissances profondes de personnages inspirés et aux parcours de vie généreux, prenants et mêlés au tragique, à la manière de Daeninckx.

Un livre tout à fait original et délicieux dans la lecture comme dans le feuilletage des dessins, et important historiquement.

Est-ce une fiction, est-ce un roman noir prenant appui sur le réel, à vous de juger et jauger, mais en tous cas ce livre ne vous laissera pas indifférent !

Et je félicite Jocelyne, la dulcinée de Didier, qui lit « Erromango » de Pierre Benoît, dont je parlerai bientôt en ce blog.

Éric

Blog Débredinages

Le Tableau Papou de Port-Vila
de Didier Daeninckx et Joe G. Pinelli
Roman noir mis en couleurs par Heinz Von FurlauCherche Midi Éditeur
18.80€

Code Évangile : 1. Le Vase de Bamberg, de Paul Hornet

Amie Lectrice et Ami Lecteur, voici un livre qui se lit avec délectation, et qui potentiellement peut vous placer en addiction : une fois le livre ouvert, vous ne pourrez plus vous en séparer, vous le lirez intensément et vous ne pourrez plus le refermer avant de connaître l’épilogue.

Il s’agit d’un polar bien mené qui intègre non seulement des péripéties inhérentes à un roman noir qualitatif : personnages de belle facture, héros original et valeureux, scènes de crime récurrentes liées à un scénario ciselé, mais aussi et surtout, qui vous ouvre l’esprit et vous enrichit scientifiquement.

En effet quelques années avant sa mort, le Prix Nobel de Physique 1992 Français, Georges Charpak – que je vénère personnellement pour avoir été à l’origine dans les écoles primaires du programme dit « la main à la pâte » où les enfants découvrent les sciences par l’expérimentation directe et la création d’objets leur permettant de mieux cerner les réalités qui les environnent (comme la création d’un petit moulin à eau à placer au bord d’une rivière pour expliquer l’énergie hydraulique) – aurait émis une hypothèse audacieuse connue sous le nom de « son fossile ».

Cette hypothèse se place sous les traces de Thomas Edison, qui, en 1877, a inventé le phonographe, technique qui relie un stylet à une membrane.

Le stylet grave, sur un cylindre tournant de cire, les vibrations qui l’agitent, lorsque les sons frappent la membrane, en restituant les enregistrements.

Charpak aurait rénové cette technique en imaginant que des sons antiques seraient gravés en des poteries anciennes.

De l’argile tourne naturellement sur le tour du potier et pendant que l’artisan, avec ses mains ou un stylet, grave ses motifs décoratifs, il pourrait avoir enregistré, à l’insu de tous, les sonorités de proximité de son atelier.

Charpak aurait imaginé, par exemple, Aristote, parlant à un ami potier, ou conversant avec un artisan sur le seuil de sa boutique, avec l’inattendue conservation de cette discussion enregistrée sur les décorations du vase ou de l’objet réalisé.

Toute la réflexion du Vase de Bamberg s’affecte en prolongement de cette hypothèse et fait place à un roman noir passionnant.

Tout part du Vatican où le Cardinal Di Lupo, en proximité du Pape François, souhaite retrouver une poterie du Ier siècle, de la région de Capharnaüm (oui, la Ville a existé, et je ne vous raconte pas son célèbre « bazar » … !), où vécurent le Christ et ses disciples, où une parole du Christ serait inscrite.

Le Cardinal Di Lupo convainc John Quantius, un fils d’un de ses illustres amis, qu’il a pris sous sa protection, qui dispose de capacités évidentes pour se cacher, se camoufler et se rendre invisible.

Il considère que ses talents indéniables, qui pourraient faire de lui un voleur de grande classe, vont être utilisés pour cette action jaugée un peu folle et fantasque mais qui représente un enjeu historique et spirituel majeur.

John se place aussi comme un galeriste de renom et un expert en art et il est régulièrement affecté par le Vatican pour des missions d’analyse et d’appui.

John, appelé par le Cardinal, rencontre dans les sous-sols du Vatican, une équipe, travaillant sur des bases ultrasecrètes et développant des compétences scientifiques et linguistiques de très haut-niveau ; il lui est demandé de dérober un vase du Ier siècle, situé dans la ville Autrichienne de Bamberg, en son Musée, et en provenance de l’Antique Judée.

Mais retrouver un vase où pourraient être transcrites, enfouies par les années, dans les stries de poterie, des paroles prononcées par le Christ, ne s’inscrit pas comme une opération classique, bien au contraire, et, malgré les précautions de discrétion et d’information triée à un nombre minimal de partenaires informés, cette dernière va connaître des rebondissements importants liés notamment :

  • aux interventions de nombreuses officines d’intelligence qui s’inquiètent de cette soudaine application de l’hypothèse Charpak.
  • à la NSA, qui veut comprendre ce qui motive le Vatican, et surtout quel rôle entend jouer et développer John Quantius ; elle n’hésite pas à placer des personnalités chargées de séduire les membres du réseau.
  • à la mafia Italienne (désespérément proche du clergé le plus rétrograde, ce qui malheureusement s’est souvent repéré et apparemment sans arrêt en nos temps récents…) qui veut mettre en tension le Vatican et ses sbires par trop progressistes…
  • aux services secrets Russes, qui s’affichent dans l’orchestration, car ils ne peuvent pas ne pas être présents dans une opération aussi novatrice et hors norme.
  • et aux services spécialisés, proches de religions concurrentes, qui veulent impérativement tordre le coup à ces réalités, pour ne pas redonner vie et couleurs à un catholicisme dont les pratiques et écoutes pourraient reprendre de la vigueur, si l’on était en capacité d’écouter en direct son précepteur le plus prophétique…

Tous ces intervenants vont tous se mettre sur la route de John pour conspirer contre lui et l’empêcher d’accomplir sa mission.

Mais John, aidé par une partenaire, qui s’attache à lui et dont il reconnaît les capacités à s’intégrer en son univers excentrique, fait front et veut atteindre son objectif.

Et je vous laisse imaginer s’il sera possible d’écouter la parole prophétique prononcée en araméen du Ier siècle…

Ce roman policier et roman noir se lit avec un plaisir vorace :

  • Que vous soyez ou non versés dans l’ésotérisme, il vous amènera sur les réalités Vaticanes, mais avec une synthèse originale entre le spirituel et la science qui – on le sait bien – n’ont pas toujours vécu des ménages aisés…
  • Que vous soyez ou non versés dans les déferlantes et les concurrences, sans merci, entre services secrets concurrents où nulle loi ne prévaut si ce n’est celle du plus fort ou du plus mesquin.
  • Que vous soyez ou non bercés par les monte-en-l’air cultivés par le film « La Main au Collet » d’Hitchcock, qui a donné à John ses volontés d’escapades plus ou moins frivoles et légales.
  • Que vous soyez ou non épris de romans à épisodes, puisque le livre se termine en appelant une suite que j’imagine savourer bientôt.

Je vous engage à rentrer dans ce roman de qualité narrative, très documenté sur la recherche scientifique, et à vous plonger dans l’univers de Paul Hornet qui est le pseudonyme partagé d’un écrivain (grand prix de l’académie Française) et d’un journaliste, selon les confidences de l’éditeur.

Un livre très agréable, alerte et facile en bouche, sans être du tout simplificateur, un opus pédagogique, que je vous recommande.

Éric

Blog Débredinages

Paul Hornet

Code Évangile 1. Le Vase de Bamberg

20€

Cherche Midi Éditions

Robert Schnerb, un historien dans le siècle, 1900-1962, de Claudine Hérody-Pierre

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il m’est plutôt rare de lire le livre de personnes que j’ai pu côtoyées, que j’apprécie, que je place en amitié sincère.

J’ai eu un parcours militant et d’engagement avec l’auteure, nos échanges dans les lieux de débats ou simplement dans le cadre d’un partage gustatif, ont toujours été faciles, aisés, revigorants et positifs.

Claudine m’a adressé, et j’en ai été honoré, le livre qu’elle a écrit et qui pénètre avec profondeur, objectivité investie, analyse acérée et émotion, dans la vie de son grand-père, qu’elle a peu connu, qui a accompli un travail immense, majeur, rigoureux d’historien, en partageant son labeur et ses écrits avec les historiens les plus en vue du vingtième siècle.

L’amitié que j’ai pour Claudine ne peut être analysée, Amie Lectrice et Ami Lecteur, comme une offrande qui ferait que cette humble chronique se placerait plus sous l’angle du regard affectif (il existe et je ne le nie pas) que sur mon intérêt et mon plaisir de lecteur (récurrent et précis, vivace fortement après mes deux lectures successives de l’opus).

J’ai apprécié fortement le livre car il m’a ouvert des réflexions que je n’avais pas en connaissance, il est écrit avec une écriture délicate, toute en finesse.

Le livre sait en permanence s’afficher avec le vecteur de la recherche la plus minutieuse, la plus approfondie, avec la volonté de présenter les faits avec cohérence, sans pathos, pour tracer des analyses ordonnées et assez implacables.

Robert Schnerb est né d’une famille de commerçants de Dijon, affectée par la perte des Provinces perdues après la guerre de 1870, ayant clairement affirmé son attachement à la France, exilés obligés de leur Alsace, par détermination patriotique et aussi foi en les valeurs d’une république universaliste.

Leur judéité est effective, mais elle n’est pas pratiquée et elle ne s’affiche pas comme « ostentatoire », comme on dirait aujourd’hui, mais elle n’est pas non plus offusquée, ni reniée.

Il reste que comme de nombreuses familles juives de cette époque, livrées en pleine Affaire Dreyfus, lui-aussi Alsacien national, on s’identifie d’abord par son travail et son attachement à la République laïque, on ne met pas en avant ses origines cultuelles, on évite aussi de prendre corps sur les poncifs antisémites que certains juifs alimentent en exacerbant notamment les réalités financières de train de vie ou d’affaires menées par les leurs.

Robert naît en 1900, comme Jacques Prévert qui aimait rappeler, en ses poèmes, qu’arriver une année aussi ronde et promise à tous les progrès, « ressentait fougue et naïveté ».

J’ai souvent eu ce message en tête, en lisant le livre de Claudine, car Robert a été « plus que fougueux » et a aussi pu pêcher par naïveté…

Cet enfant choyé travaille très bien à l’école, il intègre toutes les portes de l’ascension du mérite républicain ; il est à la fois studieux et réfléchi, organisé et posé, assez conscient aussi de ses qualités ou de ses connaissances supérieures, pour pouvoir tenter de « dépuceler » un cousin de quinze ans dont les conversations et niveaux d’élocution lui paraissent bien mièvres…

A la sortie de la Grande Guerre et du retour des Poilus ou des « fantômes des martyrs » comme disait Barbusse, il étudie l’histoire assidument, méthodiquement, passionnément, en écrivant ses premiers articles avec déclamation patriotique dans les revues étudiantes universitaires.

Il rencontre Albert Mathiez (que l’on doit prononcer Mathié et pas Mathièze…) qu’il vénère, écoute en récurrence, qui le forge, malgré son caractère intransigeant, cassant, sans compromis possible.

Albert Mathiez est marxiste, communiste et une des sommités de la société des études robespierristes, plaçant l’œuvre révolutionnaire de Maximilien sans concession et « idéalisée dans sa pureté », comme disait Victor Hugo dans Quatre vingt treize, en référence majeure, absolue, n’acceptant que peu de critiques.

Dans son sillage, Robert fera ses classes et les mènera avec brio et érudition, bercé par un travail toujours soutenu, et avec ma perception qu’il imagine mal la formation et la connaissance sans une part aussi sacrificielle ou de sacerdoce…

Il avance vite sur le plan universitaire et atteint l’agrégation, avec une ascension rapide, même s’il doit s’y prendre à deux fois.

Sa thèse, structurée par son maître Mathiez, s’affiche comme originale, différente, porteuse, même si elle semble aride, difficile en communication publique pédagogique.

Elle a pour thème « Les contributions directes, à l’époque de la Révolution, dans le département du Puy de Dôme », réalité d’analyse importante, car le fonctionnement de l’impôt s’affiche toujours comme une organisation sociétale, et la politique fiscale sédimente les volontés de leurs acteurs pour marquer les prélèvements incitatifs à destination des populations que l’on veut préserver, ou moins…

Un travail de ce genre, qui n’a jamais été fait, nécessite de la précision, des recherches vives, assises et assidues, de la capacité à s’en tenir aux faits, mais aussi à sentir leurs effets ; il doit associer une analyse nette des réalités fiscales avec un descriptif minutieux de leurs implications sociales.

Robert va innover en travaillant sans relâche, pour éviter les redondances et redites, pour que le plan difficile, car le sujet est complexe et peu aisé à la transcription orale devant jury, en organisant sa pensée avec des tableaux, des lexiques, des statistiques, illustrant et mettant en valeur les essentiels.

Robert qui a rencontré Madeleine, elle-aussi historienne brillante, réussissant ses examens avec mérite remarqué, n’est pas seul, car son aimée travaille à ses côtés et le « maintient », en énergie, pour que sa thèse ne se relâche pas, même si les remarques souvent acerbes de Mathiez, qui lui demande en permanence de synthétiser plus, ou de reprendre des chapitres entiers, sans vergogne et sans trop d’explications rationnelles non plus, sont difficiles à avaler…

Mais Madeleine est là, elle pousse et soutient Robert, ensemble ils forment un couple combatif, certain que le mérite de l’ascension républicaine leur sera accordé.

Robert qui soutient sa thèse, en 1933, alors que son maître et mentor vient de mourir, devant un jury peu avenant, en aucun cas « bienveillant » comme on dit aujourd’hui, avec sa mère et son épouse dans la salle, se débat comme il peut, en étant coupé sans arrêt dans ses propos pour des demandes de précisions plutôt futiles.

A la lecture de ce que l’auteure nomme concrètement « une catastrophe », on ne peut qu’être en empathie avec Robert, qui fait de son mieux pour argumenter et surtout donner cœur à une thèse novatrice et exigeante.

On lui affectera la mention « honorable » qui l’empêchera de pouvoir enseigner en université et d’y faire carrière, ce que Robert revendiquait et qu’il méritait plus qu’amplement, et, ce qu’il ne sait pas encore, pour toute l’étendue de sa vie professionnelle.

Claudine Hérody-Pierre ne part nullement du postulat que la décision du jury répond d’une injustice, elle fait enquête, elle cisèle ses analyses, elle donne une opinion aiguisée.

Robert ne cache pas ses sympathies communistes, même s’il n’est pas affilié au parti, il recherche et préfère les lieux de débats ouverts et intelligents, où l’on se confronte entre personnalités qualifiées et bien éduquées, il n’aime pas les coups passionnels et les insuffisances ou les communications mal élevées.

Il est anticlérical, soutient sa femme victime d’une forme de cabale par des bigots qui lui reprochent un enseignement qui serait par trop critique sur la sacralisation, mais il est surtout ardent pacifiste.

S’il semble heureux de voir le Front Populaire gouverner, il se méfie de l’alliance possible des entreprises d’armement, en ces périodes de montée des périls, avec les gouvernants.

Sa position sur le plébiscite de la Sarre ou sur la nécessité de neutralité plutôt passive face aux bruits de botte qui se répandent, notamment en Allemagne, ne lui fait pas dévier de son indéfectible pacifisme, ancré en humanisme, pour éviter les désastres que l’on a déjà connus avec la saignée de l’Europe en 14/18.

La période de la guerre verra l’infâmie avec son impossibilité d’enseigner, car reconnu comme juif, ce qu’il n’avait jamais vraiment montré pourtant, cette interdiction s’affichant aussi pour son épouse.

La guerre est d’abord un moment de repli et de recherche de la sécurité pour les enfants, en essayant de joindre les deux bouts, en faisant des cours pour les enfants des villages d’accueil et en s’intéressant à l’autosuffisance de la sécurité alimentaire, en jardinant, en mangeant le produit de récoltes personnelles.

Mais la guerre est une déchirure qui meurtrit intrinsèquement et profondément, qui place les plaies à vif, surtout pour un idéaliste pacifiste, un formateur exigeant et érudit, un homme policé et soucieux du respect des règles et lois.

A la Libération, la famille est bouleversée et éprouvée, elle doit se recomposer dans ses priorités, mais on sent Robert combatif, désireux de dire ce qu’il ressent, n’acceptant plus les petites lâchetés ou les combines vécues inlassablement.

Ces traits de caractère peuvent être pris comme une aigreur, ils sont surtout destinés à conserver indépendance et refus de toute soumission, après des années d’obligation de retrait et de placement comme pestiféré…

Le livre de Claudine Hérody-Pierre traverse aussi la petite histoire dans la Grande Histoire, se parsème, en touches pointillistes, d’éléments personnels et familiaux importants et de récits des années de lutte, de combat, d’impuissance ou de lassitude.

Claudine me permettra, en tant qu’Auvergnat, que fut aussi Robert pour la majorité de sa vie, de ne pas établir de comparaisons, car « comparaison n’est pas raison », comme disait Malraux dans Les Conquérants, mais de faire un lien entre ce qu’elle décrit et mes retours personnels de vécu, avec les miens aujourd’hui disparus.

Claudine évoque l’écoute désintéressée et l’accueil des familles Auvergnates, qui savent être taiseuses, quand une famille arrive, en pleine Guerre, que l’on ne connaît pas et dont l’identité a pu changer. On se doit d’être solidaire et en appui et ne jamais juger.

La façon dont Robert, Madeleine et leurs deux enfants, ont pu passer la guerre, avec contrainte, mais sans violence subie ou dénonciation alimentée, me remémore le message de ma chère grand-mère, Marcelle, et de sa cousine, ma chère Laurence : « le long de la ligne de démarcation, on savait que des familles devaient passer et on savait que des juifs essayaient de se protéger ; nous, on se devait de leur apporter à manger, de leur permettre de se reposer, de les guider dans les bois, car on pourrait être à leur place… ».

Quand mon grand-père, Laurent, vécut le stalag à Emden, et que Claude, son cousin par alliance, connaissait les camps, pour leurs actions, en le village de Lavoine (où des miens reposent) martyr, reconnu « juste » à Yad Vashem, comme Le Chambon sur Lignon, je ne peux, à la lecture du livre de Claudine, ne pas méditer le message de mon Pépé : «Eric, apprends l’allemand à l’école et engage toi pour l’Europe, car cela suffit de se taper dessus et de s’affronter, il faut s’enrichir de nos différences ! ».

Robert a été un producteur, contributeur régulier de revues historiques émérites et s’est placé pleinement dans le sillage des Annales, pour promouvoir une histoire vivante, intéressant les élèves et s’organisant par-delà les dates ou les personnages, par la connaissance de la vie sociétale de celles et ceux qui l’ont traversée.

Je ne pourrais citer les multiples articles travaillés, les multiples livres lus et décrits par Robert dans les revues, où il n’a jamais été reconnu comme le vrai rédacteur en chef ou directeur de publication, mais où sans relâche, il s’investit avec ferveur et méthode.

Je ne suis que modeste enseignant, mais j’aime donner du cœur à mes cours, les ouvrir à l’intérêt des apprenants, et j’aime aussi apporter du visuel et de l’étoffe ; j’aurais été passionné par les cours de Robert et Madeleine et je me sens en filiation, même si je ne suis pas à la hauteur de leurs compétences et connaissances encyclopédiques.

Robert et Madeleine ont eu du mal à cerner et comprendre leurs enfants, ils ont été durs avec eux, n’acceptaient pas leurs « échecs », vécus comme une sorte d’incompréhension humiliante pour eux et certainement comme une douleur lancinante de ne pas être à la hauteur pour la progéniture.

Je salue, Hélène, la Maman de Claudine, dont les réalités vécues n’ont pas dû être simples, car il est toujours extrêmement difficile de ne pas « être la fierté de la famille ». Je sais ce qu’il en est, car fils d’enseignant et enseignant moi-même, il m’a souvent été reproché de manquer d’ambition…

Madeleine a perpétué l’œuvre et le souvenir de Robert, en écrivant et en s’engageant elle-même, elle qui avait arrêté sa carrière après les troubles et émois de la guerre, mais qui a prolongé le travail de Robert par l’écriture de deux livres majeurs.

Claudine évoque en récurrence une personne que j’ai bien connue, qui fut mon professeur à l’école nationale d’application des cadres territoriaux d’Angers, quand j’étais attaché territorial et que je préparais le concours d’administrateur territorial, en 1991/1993, Madeleine Rebérioux, dont j’avais lu tous les livres dans la collection Points Histoire.

A Angers, j’ai suivi un de ses cours sur « le pacifisme de la lâcheté » qui précisait que l’on ne pouvait pas juger les comportements, mais tenter de les comprendre et les analyser, et qu’il fallait retirer de l’engagement pacifiste son humanité, en ayant en tête que les slogans les plus généreux face aux armes que l’on veut envoyer de manière indéfectible sur les civils, par domination, nécessite de la hauteur et d’accepter de combattre avec les mêmes enjeux.

Moi qui suis passionné de Céline et qui sais que ses pamphlets (je les ai lus et les possède) contiennent une résurgence verbale absolument stylisée et un antisémitisme sauvage, je sais aussi que, marqué par ses mutilations de 1914 et sa haine viscérale de l’armée, pour laquelle il s’était engagé pourtant avec conviction, il a forgé son pacifisme, en préférant toute forme de soumission plutôt que d’accéder à la boucherie.

Il n’était pas le seul et Giono a beaucoup écrit de la sorte.

Je ne sais si Robert a lu Céline (je ne pense pas qu’il aurait apprécié ses outrances…) ou Giono, mais son amour pour la campagne et la récolte m’auraient bien vu le voir côtoyer Giono, ils auraient eu des choses à se dire, car on peut se tromper de combat parfois, mais on ne peut pas se tromper d’humanités…

Merci à Claudine Hérody-Pierre pour ce livre brillant, pédagogique, travail de chercheuse fiable et inspirée, objectif et méthodique, profond et analytique, gage d’historienne qui a suivi les traces de grands-parents talentueux et qui ouvre, elle-même, la voie à de nouveaux talents chez les siens.

Eric

Blog Débredinages

Robert Schnerb – Un historien dans le siècle – 1900-1962

Une vie autour d’une thèse

Claudine Hérody-Pierre

Préface de Nathan Wachtel, disciple de Robert,

Professeur au Collège de France

Editions L’Harmattan

Tu seras un homme, mon fils de Rudyard Kipling

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous savez que tout ce qui touche à la Première Guerre Mondiale me pénètre profondément, par tous mes pores, en toutes mes fibres.

Ma chère grand-mère, Marcelle, m’a parlé souvent, avec émotion et retenue entremêlées, du décès, à Revigny, dans la Meuse, en décembre 1915, de son Papa, François, blessé par un éclat d’obus, qui sera emporté quelques jours suivants.

J’allais le saluer régulièrement sur sa tombe, avec ma Mémé, à Laprugne, dans l’Allier, où il repose avec une plaque en émail à son effigie, réalisée par le Souvenir Français, et je lui rendais hommage, avec elle, en m’inclinant devant le monument aux morts de la commune, avec tant de noms inscrits, alors que le village n’a jamais dépassé un nombre très limité d’âmes…

Encore, aujourd’hui, plus que jamais, je répète ce rituel de « bleuet de novembre », et en 2015, pour le centenaire de la mort de mon arrière-grand-père, dont je détiens précieusement les lettres écrites à sa famille, je suis allé à Revigny, sur ses traces…

Avec l’image de mon aïeul en esprit, j’ai lu les livres consacrés à cette guerre funeste, boucherie permanente, où les vécus sordides décrits par Barbusse, Dorgelès, Céline, Jünger, Remarque ou Genevoix, dont je me suis nourri, ne pouvaient cependant, malgré leur force narrative racontant le réel, faire appréhender toute la détresse des assauts aux morts certaines, des bruits des bombes, des vies dans les tranchées au milieu de la boue, des rats, de la vermine, des compagnons gisant ou ensanglantés.

Seul Tardi, avec son formidable et porteur talent d’un dessin magnifié et pudique à la fois, a su avec son « Varlot », montrer toutes les horreurs de ces quatre années d’épouvante et il mérite, pour ce faire, une infinie considération.

A la même période, il y avait des laudateurs pour qui la guerre était « un romantisme d’assainissement », selon les termes de D’Annunzio, qui glorifiaient les bravoures, les héroïsmes de nos « valeureux soldats », en qui l’on puisait la victoire dressée, sans se poser question sur leurs martyres et sacrifices, qui façonnaient la guerre comme une sorte de plénitude absolue, en oubliant de manière délibérée ses morts, ses douleurs infinies, ses inhumanités de souffrances.

Rudyard Kipling fut de ceux-là.

Il est très connu en France et apprécié comme écrivain inspiré ; il participe, en 1915, avec l’Etat-Major, à une sorte de « visite » du Front, en voiture officielle de l’armée Française.

Il raconte pour un journal les « choses vues », où il considère l’ennemi Allemand comme insuffisamment équipé, en incapacité de tenir ses objectifs, où il repère les alliés, plus intelligents, plus organisés, comme forcément supérieurs et dominateurs…

Bref, il surfe sur la propagande qu’il repère certainement comme assurée et véritable, il se donne le beau jeu de la bravoure en disant qu’il entend les canons de sa voiture, mais que les forces ennemies ne savent même pas le traquer, tellement elles seraient insuffisantes…

Pour lui la guerre ne sera que rapide et nécessaire, même si elle dure depuis plus d’une année, en cet été 1915, elle permettra à la jeunesse de s’aguerrir au sens premier du verbe, de se forger un idéal patriotique utile, et reviendront à la maison les meilleurs, donc les alliés.

Kipling croyait à ce qu’il disait, comme il a cru aux vertus de la colonialisation pour apporter la civilisation aux Indiens d’Inde, comme il croyait aussi, avec Baden Powell, au sens de la discipline apporté par la création des scouts qu’il vénérait.

Il faut lire les très belles lettres qu’il écrit à son fils quand celui-ci est en préparation militaire, en Irlande, à l’époque territoire Britannique, et que le jeune John a décidé de rallier pour partir au combat, mais aussi pour « mater » cette incapacité, jugée Irlandaise, à obéir ou servir.

Ni lui, ni son père, ne comprennent à l’époque, que le sentiment national indépendantiste Irlandais ne lui apporte aucune fierté ou volonté pour aller combattre sous l’uniforme Grand-Breton.

John gravit vite les échelons et devient jeune officier ; il est heureux de commander ses hommes et de les préparer avidement, avec des marches longues et rudes, dont il se plaint aussi, avec des entraînements de résistance, pour les opérations d’arme à venir.

Mais il prend aussi du bon temps à écumer les pubs et les bars des grands hôtels, à sortir pour s’aérer, en pensant que la vie mérite aussi des plaisirs.

Sa préparation militaire durera une année ; il arrive en France en août 1915 où il ne restera qu’un petit mois, puisqu’il sera porté disparu, lors des premiers combats d’assaut proches du Col du Linge, dans les Vosges.

Ses dernières lettres très émouvantes, à ses parents, demandent qu’on lui envoie des colis avec de bonnes chaussettes, avec du papier pour écrire, avec des molletons pour ses guêtres de combat (oui les Anglais portent des guêtres, comme les Français un pantalon rouge, ce qui mesure le décalage entre la guerre à endurer et la tenue dressée pour les combattants…), avec des remerciements pour les envois de délicats mets qui lui permettent de combler des ordinaires de corned-beef, le fameux « singe » du poilu, et il évoque les attentes incessantes, l’absence de perspectives, les incompréhensions de ne faire que marcher ou de tourner en rond.

Quand Kipling apprendra la mort de son fils, il vivra des douleurs physiques récurrentes, il écrira pour reconnaître ses errements et absences de lucidités, pour que la mémoire des sacrifices ne s’oublie jamais, en reconnaissant que la guerre ne fera jamais lien ou nœud gordien avec le romantisme…

Je salue l’initiative des éditions Mille et une nuits pour permettre, à un tarif tout modique, à toute personne investie de culture et d’écoute, de lire ces lettres admirables qui chantent la liberté et l’indépendance, mais qui ont trop fait peser les versants « de droiture et d’honneur », comme des vertus universelles, alors que la notion de droiture dépend aussi de sa capacité à réfuter les abjections et soumissions, et que l’honneur dépend de la personne face à nous qui décrit le sien et que l’on préfère, comme disait Cavanna, « mourir par amour que mourir par honneur, et si cela est possible ne pas mourir du tout… ».

Il reste que le poème de Kipling, dédié à son fils est exceptionnel de tendresse, d’harmonie et de délicatesses incarnées, qu’il me revient, en récurrence, pour vous le clamer, en cet instant de fin d’humble chronique : « Si tu sais bien remplir chaque minute implacable, de soixante secondes de chemins accomplis, à toi sera la Terre et son bien délectable et – bien mieux – tu seras un homme, mon fils. ».

« If you can fill the unforgiving minute

With sixty seconds’ worth of distance run.

Yours is the Earth and everything that’s in it,

And – which is more – you’ll be a Man, my son ! ».

Éric

Blog Débredinages

Tu seras un homme, mon fils

Poème, suivi de Lettres à son fils

Rudyard Kipling

1001 Nuits

3.50€

L’oiseau tonnerre – L’ouest vrai de Jean-Louis Rieupeyrout

En cette période de « nouvelle donne » aux Etats-Unis, où la société reste cependant bien fracturée, il est nécessaire de replonger dans les racines de l’histoire de la création de cette fédération, pour en ressentir et pour en peser les soubresauts et tensions.

Jean-Louis Rieupeyrout fut et reste le spécialiste de l’histoire des Indiens d’Amérique.

La collection de ses analyses se repère utile, nécessaire et bienfaisante, surtout en une période incertaine où le poids des non-dits s’avère souvent semeur de risques.

Ce recueil, que j’avais acheté, en ma jeunesse, regroupe plusieurs textes fondamentaux de l’auteur et marque au fer rouge les réalités de la conquête de l’ouest, qui s’est structurée avec une violence indicible.

Le cercle rouge évoque la présence de Mexicains, recevant les appuis de soldats et de populations Américaines du Missouri, désireux d’implanter des colonies sur les territoires apaches, en la province de Chihuahua, repérée pour son sous-sol précieux où l’extraction minière devenait un eldorado d’appât de gains.

Une réalité cruelle offrait des primes en pesos pour toute remise de scalps d’hommes, de femmes et d’enfants Indiens…

Le chef Indien apache, Mangus Colorado, balayait le territoire et scrutait l’horizon pour installer ce fameux « cercle rouge », muraille hérissée de flèches tirées pour frapper, en respect du pouvoir de son peuple.

Cette loi du talion, et les attaques Indiennes qui répondaient aux provocations Mexicaines et Américaines, entraînait souvent à recourir à des médiations, notamment par des hommes de foi et de religion, mais ces dernières entraînaient des règlements de pacotille, où des familles apaches spoliées ou meurtries dans leurs chairs recevaient des compensations financières, souvent mal cernées…

Mangus Colorado était un chef de guerre qui savait aussi être impitoyable, mais il savait d’abord respecter une parole et un traité de cesser le feu.

Pour tenter de le neutraliser, et en utilisant la lâche ruse, en 1862, des émissaires Mexicains furent envoyés, auprès de Mangus Colorado et de son allié Cochise, pour leur préciser que des « Americanos » les invitaient pour leur offrir des cadeaux et permettre ainsi une entente de bons traitements.

Mangus Colorado accepte cet échange de discussions, sous la tente du capitaine Shirland qui le reçoit avec peu d’égards, et lui propose d’attendre le lendemain pour des palabres.

Il fait froid et Mangus Colorado grelotte ; il se lève pour s’étirer, et une sentinelle ne trouve rien de mieux que de faire tâter sa baïonnette sur sa musculature, pour tester les réactions du chef apache.

Mangus Colorado sait qu’il est tombé dans un piège ; il est froidement exécuté et le lendemain il sera titré qu’il a été abattu « parce qu’il tentait de s’évader pour fomenter une révolte »…

Pour le venger les chefs apaches Cochise et Geronimo entameront une guerre de plus de six ans contre les soldats Américain, ce qui paralysa le peuplement et le « développement » imaginé des régions concernées.

L’aube de sang raconte le carnage et le massacre de Sand Creek.

Les tribus Arapahoes voulaient rappeler aux soldats qu’un traité de 1861 leur accordait une « réserve » sur le cours supérieur de l’Arkansas, et que des voyageurs, sans respect, ne le prenaient pas en compte, en détruisant, en chasseurs acharnés, des nombres inconséquents de bisons, nourriture essentielle des Indiens.

Les Arapahoes et les Cheyennes, sous la conduite du chef Black Kettle, avaient sollicité une entrevue visant à faire respecter les droits issus de traités antérieurs, en échange de prisonniers capturés, membres de diligence qui avaient traversé leurs territoires de réserves, et se livraient à des parties de chasse inconsidérées.

Si des gouverneurs civils et des soldats éclairés étaient prêts à négocier, à accepter des terrains d’entente, des militaires imaginaient d’autres formes d’intervention.

Au retour de l’entrevue dite de Denver, les Cheyennes et les Arapahoes pensaient qu’une paix durable allait survenir.

Mais le colonel Chivington en avait décidé autrement ; il suivait les chefs en se rapprochant de Sand Creek.

Il reprenait avec une forme réelle et assouvie de plaisir cruel les paroles du général Curtis « je n’accorderai pas de paix jusqu’à que les Indiens souffrent davantage… » ou celles du major Downing « je pense et je crois fermement que l’Indien est un obstacle à la civilisation, aussi doit-il être exterminé… ».

Lorsque que John Smith, un marchand métis, familier des Cheyennes, se leva, ce jour-là, il repéra des hordes infinies de soldats.

On lui tirait dessus.

Et le massacre débuta, se plaçant d’abord et en priorité pour mettre en joue les personnalités tolérantes qui travaillaient et commerçaient avec les tribus…

Chivington observait, avec contentement, que « le travail allait bon train… ».

Black Kettle essayait d’échapper au feu intense, en escalant la paroi friable d’une colline, en prenant dans ses bras son épouse bien mal en point, et qu’il croyait décédée.

L’on ne sait quand la tuerie stoppa mais on trouva le cadavre du chef White Antelope devant un drapeau blanc…

Le colonel Chivington télégraphia en disant « avoir attaqué un village Cheyenne de 130 tipis et de 1000 guerriers et avoir tué ses chefs et 500 Indiens », précisant que « tout cela fut exécuté noblement… ».

Le colonel fut bientôt démobilisé et échappa aux sanctions que le Congrès des Etats-Unis voulait prendre contre lui…

Ce massacre de Sand Creek ouvrit une nouvelle période de troubles.

Les Collines Noires appartenaient aux Sioux, depuis un traité, mais de nombreux convois de soldats les franchissaient allègrement, même si les soldats refusaient aux civils de s’implanter, eux qui avaient l’avidité de pouvoir trouver et dénicher, ici, des filons d’or.

Quand les soldats de Washington proposèrent à Red Cloud et Spotted Tail, les chefs Sioux, de leur racheter les Collines Noires, ces derniers refusèrent ce marchandage, qui mettait à mal leurs vies et insultait celles de leurs ancêtres.

Little Big Man, de la tribu de Crazy Horse, déclara même, mais fut retenu, qu’il allait tuer des Blancs…

Quand Red Cloud proposa que Washington verse à son peuple 400 000 dollars de droits d’extraction de mines pour le Big Horn, pour deux années, et une somme de 6 millions de dollars pour l’achat des Black Hills, Grant ne suivit pas les consignes de son cabinet qui rappelait « que les mineurs se considéraient comme des conquérants » et déclara que « comme la magnanimité avait échoué, la puissance allait demeurer… ».

Le lieutenant-colonel George-Armstrong Custer, 37 ans, héros de la guerre de Sécession, général de brigade très jeune, sentit que son avenir glorieux allait être tout tracé…

Et pourtant il avait maille à partir avec l’administration de Washington, car il avait dénoncé une clique de politiciens corrompus, ce que Grant lui avait clairement reproché…

Nous sommes en juin 1876, et le plan Terry a précisé que chaque bataillon devait suivre le chemin défini, et qu’aucune attaque n’aurait lieu sans que les regroupements n’aient pu être menés à bien.

Lorsque de manière débridée, Custer déferla sur les troupes Sioux et Cheyenne, il pensait tenir sa victoire et l’immortaliser par sa seule bravoure.

Les Chefs Sitting Bull, Crazy-Horse, Black Moon, Big Road, n’avaient pas de plan défini, mais ils menèrent une charge avec toute l’élite guerrière de leurs villages et firent face et front.

Les troupes des autres détachements de soldats, autres que celui de Custer, se voyaient soit sans repère ou compréhension, soit obligés de battre en retraite ou de se placer en abri…

Custer, lui exultait, pris par une ivresse folle, ignorant les déplacements de force, voulait tomber, sans coup férir, sur le village Cheyenne, mais les troupes Indiennes formèrent un fatal et mortel tourbillon, et Custer n’exista plus…

En cette bataille de Little Big Horn, la désobéissance de Custer avait donné lieu à un spectacle désolant de soldats anéantis et à une impétueuse victoire Indienne.

Crazy-Horse et sa bande voulaient recouvrer des territoires plus fertiles, après ces évènements, et se lancèrent en une longue marche, mais furent bientôt rejoints par des sentinelles de soldats, et aussi d’anciens condisciples du chef Indien, ayant accepté de se mettre au service des Americanos…

On proposa à Crazy-Horse de parlementer.

Il indiqua qu’il n’acceptait pas que certains chefs indiens, comme ceux des Nez Percés, veuillent de nouveau la guerre, mais il désirait de l’accompagnement des « Americanos » sur sa volonté d’avoir une réserve pour les siens.

On mystifia sa prose de parole et on traduisit ses propos avec erreur volontaire, marquant qu’il voudrait être belliqueux.

Quand Crazy Horse refit son chemin retour, il fut attaqué par un ancien condisciple, agissant certainement à la demande de l’État-Major, pour venger Custer…

On ne sait pas où aurait été enterré Crazy-Horse, mais à quelques encablures du célèbre Mont Rushmore où sont gravés, dans la roche, les portraits géants de quatre Présidents Américains, au pied des Black Hills, près d’une ville nommée Custer, se tient la statue géante de Crazy-Horse, sculptée dans la roche des Thunderhead Mountain, la Montagne de la Tête du Tonnerre, œuvre de Karczak Ziolkowski.

Les Cheyennes se virent ensuite accompagnés par les soldats pour s’établir dans des terres bien plus au sud et peu fertiles, ce qui conduisit à des épidémies, à des tensions et à la volonté de certains chefs, comme Little Wolf, de réfuter « cette terrible transhumance humaine » obligée , pour revenir sur leurs terres ancestrales, avec le souhait que ce retour se fasse sans heurs et sans violence.

Lorsque le capitaine Wessels rattrapa les fugitifs et leur ordonna de retourner dans le Sud, qu’il se vit présenter un refus catégorique, le massacre de Fort Robinson, tout aussi semblable à celui de Sand Creek, se déclencha, et constitua le prélude des derniers moments de vie Cheyenne, en cette année de 1879.

S’ensuivit une conquête de l’ouest effrénée et une vie de reclus pour tous les Amérindiens…

Quand en cette année électorale, on repère les votes populaires sur les Etats des anciennes batailles entre soldats et Indiens, l’on ne peut que constater que les territoires où vivaient la concorde et l’ouverture semblent toujours tendre vers la concertation et la relation à l’autre, alors que les territoires de conquête, de combat et de domination restent isolés, protectionnistes et repliés.

Il est toujours utile de réanalyser l’histoire du moment avec celle passée, tout en considérant qu’elle n’explique pas tout, mais qu’elle peut permettre de mieux comprendre, et ainsi de mieux agir pour l’universel solidaire.

En ce sens les textes de Jean-Louis Rieupeyrout restent irremplaçables.

Éric

Blog Débredinages

L’oiseau tonnerre – L’ouest vrai

Jean-Louis Rieupeyrout

Recueil incluant les textes suivants : Le cercle rouge. Aube de sang. Custer est mort. Crazy-Horse est parti. La piste des Cheyennes. Massacre à Fort-Robinson.

L’homme à l’oreille cassée d’Edmond About

Amie Lectrice et Ami Lecteur, ce livre, qui date de 1862, et qui n’est pas forcément « dénichable », en dehors des rayons des bouquinistes scrupuleux et investis, que j’ai plaisir de saluer régulièrement, vous saisira fortement, par sa narration enlevée et débordante, son style maniéré, certes, mais renfermant de belles doses d’ironie et d’humour, par sa contemplation, parfois béate, des progrès de la science, auxquels il rattache l’assurance d’un monde plus positif, plus conquérant, oublieux des sacralisations que l’auteur juge passéistes.

L’on sait que l’écrivain, journaliste et polémiste, professait un anticléricalisme assumé, qu’il fut membre de loges maçonniques où il aimait dispenser les principes de la science éclairée face aux obscurantismes repérés chez les hommes de Dieu…

Edmond About avait lu et noté que les zygotes-rotifères ont la particularité de pouvoir survivre, même si leur milieu de vie s’assèche. Lorsque les conditions redeviennent plus favorables, ils sortent de leur léthargie et deviennent de nouvelles femelles qui se reproduisent par parthénogenèse.

Il avait aussi repéré, comme un scientifique qu’il n’était pas, mais qui aimait analyser les dernières découvertes et s’en faire le vulgarisateur, que les tardigrades sont des animaux extrémophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent survivre dans des environnements extrêmement hostiles (températures de −272 à +150 °C et pressions jusqu’à 6 000 bars).

Il avait lu que ces « oursons d’eau », privés d’eau justement et de nourriture, se replient en cryptobiose, ce qui signifie que les processus métaboliques observables ne représentent plus que 0,01 % de la normale (ils semblent donc en état de « mort clinique ») ; ils peuvent demeurer plusieurs années dans cet état, mais « ressuscitent » (le métabolisme repart) dès que les conditions le permettent.

L’homme à l’oreille cassée se place dans ce sillage d’analyses frappantes et imagine que la résurrection, si l’on peut dire, pourrait s’affecter chez l’humain, mais de manière scientifique et doctrinale, et plus en référence à ce qui s’est déclamé 2000 ans plus tôt, en Palestine…

Et le livre ne fait aucune communication anticipée au célèbre album éponyme de Tintin que je relis régulièrement et chéris.

Léon Renault, fils de scientifique, est allé faire fortune et conquérir son avenir, durant trois ans, dans les extractions minières de l’est européen.

Il y a travaillé sans relâche, pour avoir un gain suffisant et pouvoir ainsi demander officiellement la main de celle qu’il aime, Clémentine, mais dont les conditions de rente obligent à ce qu’il lui assure un niveau d’aisance, par ses biens personnels acquis, suffisant, pour pouvoir être comparé au train de vie de sa promise.

Il revient chez lui, chez les siens, à Fontainebleau, avec, dans ses malles, un cadeau pour son père en provenance des biens dispersés du grand savant Humboldt, récemment disparu sur Berlin, et admiré par le père Renault et avec une sorte de momie, qu’il a achetée chez un marchand, qu’il a lui-même récupérée d’une vente organisée par le neveu d’un savant nommé Meiser qui s’était pris de sympathie pour un grognard Napoléonien de retour de la campagne de Russie, arrêté comme espion en Prusse et condamné à être exécuté, dont il fut le traducteur lors de son procès, qui a « gelé » dans sa cellule, et qui considéré comme « mort » par ses geôliers, avait été « acheté » par le scientifique pour des expériences de dissection de cadavre… Excusez du peu en cette narration d’aventure…

Mais le savant Meiser voulait dessécher et non pas disséquer Fougas, le fameux Grognard, pour lui enlever méthodiquement l’eau contenue en son corps, pour le placer en léthargie et pouvoir ainsi le « réveiller »,  le « ramener à la vie » quand les conditions internationales le permettraient, lui permettant d’échapper à la mort…

Lorsque Léon présente sa momie à son retour, il provoque les incrédulités, mais aussi des intérêts passionnels, mais rapidement l’idée d’acheter une sépulture pour l’ancien soldat semble la raison la plus assurée.

Mais en conversant et en écrivant avec des savants allemands et académiques de France, il est analysé la possibilité de « tenter une expérience » de remise en vie.

Au départ, assez émotive et inquiète de cette momie qui pourrait manifester des troubles en la maisonnée, Clémentine en devient la protectrice majeure, elle souhaite ardemment que l’on puisse redonner vie et sens à cet homme, dont la beauté conservée, et la jeunesse de 24 ans, l’ont profondément touchée et peut-être même secrètement attirée. Elle ne se mariera pas, elle n’en démord pas, tant que tout n’aurait pas été fait pour remettre à la vie ce beau jeune homme endormi…

L’expérience s’organise, avec un soin continuel pendant trois jours, pour que la réinjection de l’eau dans les tissus, organes et muscles s’opère sans dommage, progressivement, pour que la température du corps retrouve ses cohérences, pour vérifier s’il est possible que l’état de l’homme ne soit que léthargique et en hibernation et pas en mort reconnue.

L’expérience s’avère concluante et ses péripéties retentissent fortement à l’extérieur du logis Renault.

Mais à l’instar d’Hibernatus dans le célèbre film avec un De Funès et un Michaël Lonsdale, en grandes verves et formes, il n’est pas simple pour Fougas :

  • D’avoir vécu une sorte de nuitée de 46 ans…
  • De retrouver une vie, avec un Empereur adulé, décédé depuis près de 30 ans, et des envies de conquête, de gloire et de combats révolus…
  • De solliciter de reprendre les armes auprès d’un nouvel Empereur (Napoléon III) alors qu’il est un jeune homme de 70 ans civilement, même s’il n’en apparaît que 24 en sa constitution physique…
  • De vouloir considérer Clémentine, comme sa mie et son amour, rappelant celui de sa jeunesse, alors qu’elle est promise à celui qui lui a, sommes toutes, sauvé la vie, ce cher Léon…
  • De tenter de repartir sur les traces de sa vie passée, sur Paris, comme en Prusse, en ne sachant pas comment il sera repéré, reconnu et considéré.
  • Et surtout il lui est difficile de prendre une posture équilibrée, apaisée et nuancée, alors qu’il ne fut qu’homme d’action, feu follet, sans retenue et souvent querelleur et impulsif, en sa vie passée…

Ce livre se lit comme les romans d’aventure Verniens de nos adolescences, mais qui n’a jamais fini de se prolonger, pour moi, et que je retrouve toujours avec autant de bonheur, quand il s’agit de partir en exploration, en découvertes et en surréel, car, bien évidemment ce roman part un peu dans tous les sens et les exagérations, mais l’on se dit cependant que ces choses pourraient bien se produire, et, en tous cas, elles constituent un plaisir de lecture porteur et marquant.

Éric

Blog Débredinages

L’homme à l’oreille cassée

Edmond About

Éditions de l’érable – François Beauval

Déniché pour 1€ à la « bouquinerie de la gare » à Saint-Raphaël ; bonne future pioche pour vous, Amie Lectrice et Ami Lecteur, pour suivre mes pas…

Tombe d’Edmond About au Père Lachaise, sculpture de Gustave Crauk, mairie de Paris en copyright

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