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Éric Vernassière

Gracieuse et Panache en vacances d’Annette Lellouche

Jeune Amie Lectrice et Jeune Ami Lecteur, c’est vers vous, en ce début de vacances estivales – que je vous souhaite profitables et ressourçantes, après des mois de réalités rudes – que je me tourne, en cette chronique du jour.

Ma Très Chère Amie, Auteure multi-formes et prolixe, toujours qualitative et en inspiration novatrice, Annette Lellouche, poursuit les aventures de Gracieuse, jeune et jolie mésange, et de Panache, protecteur et positif écureuil.

Vous aviez déjà eu le plaisir de découvrir les protagonistes, vous les aviez cernés dans leurs engouements, que ce soit au sein d’une cour de récréation d’école, ou en appuyant solidairement une jeune élève avide de pratiquer l’équitation ; vous les retrouverez avec un plaisir inassouvi, en leurs pérégrinations et escapades, pour prendre quelques repos en un endroit qu’Annette et moi connaissons bien, le lac de Saint-Cassien, situé au sud-est du Var, pour piquer une tête, s’adonner à la plongée, pêcher ou flâner en une étendue d’eau structurée après la réalisation d’un barrage.

Gracieuse trouve triste l’absence de rires et ébats d’enfants en cette période de vacances scolaires et aimerait bien aussi prendre un temps de relaxation.

Panache pense d’abord à faire ses provisions de nourriture d’automne et d’hiver, mais souscrit à l’idée et suggère une promenade au lac de Saint-Cassien, qui permet à l’oisillon de voleter mais aussi de prendre sa respiration, en s’enfouissant dans le pelage doux et salvateur de l’écureuil, quand la petite mésange est fatiguée.

Sur place ils retrouveront humains et autres animaux et profiteront d’un lieu de détente et d’une balade appréciée.

Annette sait conter à un jeune public, elle réussit à organiser une histoire que l’on peut lire aisément à haute voix, en la prolongeant en plusieurs épisodes, chaque soir par exemple, et elle sait aussi narrer les promenades de deux charmants animaux que l’on suit à la trace, en imaginant aisément se trouver parmi eux.

Il s’agit d’un livre pour enfants – mais que les plus grands peuvent lire aussi avec l’assurance de retrouver leur âme passée – car l’on sait bien que l’enfance construit tout, se place comme un repère essentiel, et pour moi qui considère que j’ai toujours huit ans, je me forge en ce sillage irremplaçable.

Le livre est non seulement très agréable à lire, délicatement ficelé, avec un nombre suffisant de mots plus compliqués qui permettra un dialogue entre enfant et adulte, pour toujours prolonger des apprentissages, et il permet une ode sensible et douce, en des moments et des périodes où l’on recherche la quête des essentiels, l’accès à la tolérance, les fugacités des intenses instants de plaisir.

Il vous faut impérativement offrir ou vous offrir ce joli livre ciselé et poétique, qui vous charmera et vous ouvrira des horizons porteurs, apaisants et bienveillants.

Merci Annette pour ton talent investi au service des amoureux et passionnés de lecture, aux âges largement étendus, pour notre plus grand bonheur !

Les dessins et illustrations sont tous réalisés par Annette, qui étoffe ses compétences par une maîtrise de plus en plus poussée de la peinture (j’attends l’organisation de son premier vernissage…) et elle continue à ouvrir un petit concours, à chaque tome, où elle demande à ses jeunes lectrices et lecteurs de colorier les pages aimées, de lui envoyer le travail ainsi réalisé pour tenter de gagner le prochain recueil des aventures de Gracieuse et Panache.

Jeune Lectrice et Jeune Lecteur, j’ai une affection particulière, et Annette le sait – car nous en avons parlé en nous croisant autour d’une belle table en bord de mer le 4 mars dernier – pour l’âne et sa carriole, alors n’hésitez pas à prendre vos crayons de couleur et donner ainsi encore plus de relief à ces illustrations choisies et pétries de finesse et tendresse.

Belles vacances, Chères Jeunes Amies et Chers Jeunes Amis, à passer en lisant Annette, bien évidemment !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Gracieuse et Panache en vacances

Annette Lellouche

A5 Editions

A5editions.fr

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud de Thierry Beinstingel

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, voici un livre-nectar qui se lit avec avidité et mise en exergue sensorielle.

Vous connaissez ma passion Rimbaldienne qui me permet, en toute modestie, de considérer que je peux discuter de manière assez précise sur la vie et l’œuvre de mon poète et aventurier de prédilection, car je m’adonne à lire ou relire tout ce qui a pu être écrit ou se publier sur son œuvre et sa vie.

J’ai au fond de moi, en permanence, un hommage appuyé que je rends à Jean-Jacques Lefrère, auteur d’une biographie-somme indépassable et disparu, beaucoup trop tôt, en 2015.

L’auteur de ce livre, que je viens de véritablement savourer, offre sa dédicace-hommage à Jean-Jacques Lefrère, c’est dire s’il se reconnaît comme envoûté par les recherches inépuisables du médecin dénicheur de l’âme de Rimbaud, pourtant tellement insondable, et qu’il désire ardemment suivre ses pas et ses inclinaisons.

Le pari s’avère totalement réussi !

Isabelle, la sœur d’Arthur, à ses côtés lors de son martyre de souffrance, à Marseille, en retour de terre d’Harar, vaincu par la gangrène et une amputation réalisée comme dernier espoir, si l’on peut dire, cherche à ramener son frère à « Charlestown », comme Rimbaud aimait à baptiser Charleville-Mézières, en espérant que ses dernières pensées le porteront vers Dieu.

Isabelle n’agit pas simplement par dévotion religieuse d’ancrage familial, elle est aussi fascinée par ce frère qui lui envoyait des lettres du bout du monde, sollicitant l’achat d’encyclopédies techniques en récurrence, et dont les poésies écrites, en sa jeunesse déjà presque bien lointaine, lui apparaissent comme facteurs de troubles et d’émotions mêlés.

Un homme, dont on ne connaît rien, décède le 10 novembre 1891 à l’hôpital de la Conception de Marseille, et comme l’employé dédié à la morgue de l’établissement semble bien éméché et que l’état d’Arthur, en ce même établissement, posait question et atermoiements depuis son arrivée, il consigne le décès du poète aventurier et Isabelle entame les démarches de rapatriement du corps.

Arthur est enterré, en présence de la « Mother », Vitalie, toujours sombre et en jugements, fière et pourtant aimante, avec les appuis d’Isabelle qui reste seule avec sa mère, car Frédéric, le frère d’Arthur, est depuis longtemps dénigré, et son autre sœur, prénommée aussi Vitalie, est décédée jeune…

Mais ce n’est pas Arthur qui git dans le caveau familial, mais un autre homme…

Quand le directeur de l’hôpital se rendra compte de cette erreur énorme, risquant sa carrière et la rosette qu’il convoite, il rencontre Arthur qui accepte un marché : prendre une autre identité, ne pas faire de recours contre l’hôpital et partir avec une somme d’argent conséquente.

Arthur reste cependant amputé (ce qui n’est pas le cas du cadavre dans le caveau de Charleville…) et il essaie des béquilles que lui déniche une jeune infirmière religieuse, qui tombe en attrait face à ce corps jeune et éblouissant, et qui pourrait, peut-être, se pâmer avec lui, en oubliant sa promesse initiale de son don à Dieu…

Elle tombe en effroi et en pleurs quand elle repère qu’Arthur a quitté les lieux, sans que l’on sache quand et comment…

L’auteur part de ce postulat, somme toute pas si rocambolesque que cela quand on connaît la vie d’Arthur, en l’acception de toutes ses étendues de commerçant, navigateur à marchand d’armes…, et il nous fait vivre la vie prolongée de notre poète aventurier qui l’amènera jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.

Il ne m’est pas loisible, et il ne serait pas correct, de vous dévoiler la teneur de l’ensemble des vécus novateurs de Rimbaud, mais je peux vous égrener quelques petits morceaux, comme « un petit poucet rêveur », pour que vous partiez « avec votre paletot idéal » pour quérir la muse et les songes, et suivre ainsi le cheminement très original d’un livre travaillé, tout en miroirs magiques, aux observations aiguisées reprenant toujours de manière féconde les attraits et qualités d’Arthur en sa courte et si dense vraie vie.

Puisque « je est un autre », alors pourquoi ne pas appeler, Arthur, du prénom de Nicolas, sachant que son identité réelle intègre déjà ce prénom là aussi.

Arthur (enfin Nicolas…) deviendra horloger de précision et excellera dans ce travail manuel investi ; il procurera bien de la tension à son employeur quand il décidera de partir…

Il s’installera, non loin de Givet, à proximité de Charleville, pour travailler pour l’extraction de pierres destinées aux bâtiments et monuments ; il réussira à convaincre un propriétaire d’utiliser les veines de ses terrains, qui renfermeraient des blocs potentiels de marbre, et à s’en faire un allié et ami ; il deviendra rapidement contremaître pour ses talents d’adaptation pour tous les métiers, de l’ingénierie à la gestion, de l’analyse des techniques nouvelles propices à l’organisation du travail la plus appropriée au commandement managérial ; il saura convaincre les financeurs et investisseurs de l’ancienne mine que ses dynamiques innovantes seront porteuses en récupération de dividendes.

Il décidera de reprendre contact avec sa sœur et de lui avouer sa vérité, qu’elle ne devra jamais dévoiler à qui que ce soit.

Il finit par se marier, avoir deux beaux enfants, travaillera sans relâche en ajoutant en permanence des données de modernisme et de développement, mais il vivra aussi des douleurs tenaces avec la perte de son épouse du tétanos, en sa prime jeunesse, avec la montée des nationalismes et des combats guerriers qui lui rappellent en filigranes son vécu de la guerre de 1870, en pleine adolescence, face aux batailles sanglantes qui sévissaient à quelques lieues de sa Ville natale et d’implantation, avec sa santé toujours difficile et son handicap qu’il peut oublier mais qui sait se rappeler à lui.

Il saura rappeler ses idéaux d’ouverture et de concorde en l’Affaire Dreyfus et lors de la montée des périls d’une guerre qui ne peut être qu’absurde et saignante…

Mais il n’écrira plus jamais, comme il l’avait déjà revendiqué quand il vivait en Abyssinie, et s’il sait que son beau-frère Paterne Berrichon, époux d’Isabelle, veut le sacraliser, en clamant son génie, en légitimant tous ses parcours, en récusant toute critique, en contrôlant toute publication, à l’instar de Paul Verlaine et de quelques autres…, il aura toujours intérêt à lire ce qui se dit sur lui et son œuvre, mais il souhaitera, tout de suite, mettre ce qui fut publié dans un tiroir, pour ne plus jamais en reparler.

Arthur-Nicolas aurait pu avoir un tel destin et peut-être que ce roman ne serait pas une fiction, mais une reconquête biographique, les dernières étant inachevées, et celle de Jean-Jacques Lefrère, en panthéon, pourrait apprécier se rouvrir avec ses nouvelles donnes…

Lisez ce livre, suave et passionnant, et vous allez vraiment vous enlivrer !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud

Thierry Beinstingel

Fayard-roman

L’écho de ton silence et DeSirium Tremens d’Isabelle Mutin

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, lors d’une récente chronique, en mon modeste blog, je vous ai parlé de ma lecture palpitante et enivrée avec l’opus d’Isabelle Mutin, Celsius, pour lequel j’avais loué le style porteur et pénétrant, la narration qui m’avait particulièrement saisi puisqu’elle oscillait entre manipulations, introspections, débats ou démons intérieurs, et espérances, par la conquête des liens amoureux ou par les apesanteurs des élans passionnels.

Je vous avais dit que je souhaitais me plonger dans les œuvres complètes de l’auteure.

J’ai donc voulu lire la suite de Celsius et connaître également le livre de chevet du psychiatre à la fois décalé et inquiétant du roman éponyme, lui-même écrit par Isabelle Mutin, et nommé DeSirium Tremens.

Je vais tenter ici une chronique diptyque pour saluer à la fois la force émotive et le style sans concession, direct et percutant de l’auteure, sa capacité magnifiée à décrire la puissance des sentiments, les petites lâchetés des quotidiens, les insuffisances des communications qui laissent sur le carreau des tas de sujets enfouis, et la nécessité rappelée d’être porté et bercé par des créativités ou des épanouissements, qui seuls peuvent assurer les essentiels intenses de vie.

Vincent se laisse aller, il n’a pas fini d’écluser la détresse d’un départ voulu d’Isabelle, meurtrie par ses tensions et noirceurs, qui a préféré en finir pour ramener la lumière auprès de celui qu’elle adorait, certaine de ne lui apporter au sens strict qu’une obscurité indicible…

Vincent n’a jamais trop aimé les chats, mais le bien nommé Maldoror (j’y vois un clin d’œil complice que je transmets à l’auteure, avec Lautréamont, que je relis en permanence à satiété), mais il lui donne des caresses intermittentes, ce dernier cherchant toujours les souvenirs d’Isabelle.

Vincent se décide à aller « rencontrer-consulter » le psychiatre Celsius, certain qu’il est responsable du suicide d’Isabelle par sa thérapie insupportable, malfaisante, qui a entraîné Isabelle avec la certitude que Celsius s’engouffrait dans le corps de Vincent aux intimités, qu’il pouvait régenter sa vie en projetant sur elle les fantasmes ou ébats qu’elle avait déclamés dans DeSirium Tremens.

Il envisage une solution expéditive avec le psychiatre, en lui versant directement sa colère et sa furie même, mais les choses ne se passeront pas comme prévu, car Celsius sait conduire une discussion, sait aussi affecter ses patients dans des rivages imprévus et difficiles.

Il réussit, par l’hypnose, à permettre à Vincent de communiquer avec Isabelle, qui lui déclare avoir eu une relation, sans manquer à son exclusivité intime, lors de son séjour en hôpital psychiatrique, et que ce lien a pesé dans le futur avec Vincent, Isabelle se plaçant entre culpabilité et nécessité de conserver cette discussion, avec un autre, qui l’aidait à se restructurer.

Quand Celsius proposera un marché surréel à Vincent, envisageant la résurrection d’Isabelle, à la condition de « la partager » entre le psychiatre et lui, lors de son « retour », Vincent ne sait plus où se repérer, et il consulte Allan, un ami fidèle d’Isabelle, qui écoute sans juger, qui apporte un appui sans attendre de retour.

Allan saura t-il transporter Vincent sur les rivages de la vraie construction, pour qu’il n’emprunte pas les mirages des élans aiguisés et attirants mais qui revêtent en eux les sirènes des perditions ?

DeSirium Tremens peut avoir été le livre de chevet de Celsius, ce psychiatre perspicace, porté vers des soins et des analyses inhabituels mais certainement d’intérêt, mais aussi intrusif, volontairement provocateur et assez halluciné.

Comme il parle souvent de sexualité et d’actes sexuels, on comprend que le livre DeSirium Tremens ait pu lui donner des élans fougueux.

Et pourtant DeSirium Tremens est d’abord un très beau livre de sensualité, de plaisir intense et en ferveur, il n’est, en aucun cas, un livre qui ne saurait pas parler d’extase amoureux ou qui s’y prêterait sans relief.

J’ai déjà dit, ici en ce blog, qu’il était rare de découvrir des auteures qui savent utiliser la langue et l’écriture pour parler de l’intime, en intégrant un style suggestif tout en ne recourant pas aux clichés de films ou de vidéos d’actes sexuels égrillards.

Isabelle Mutin sait allier le talent de l’écriture sur des sujets très intimes et les rendre porteurs de réflexions, c’est en ce sens que je lui affecte ma gratitude et ma reconnaissance.

Oui la narratrice aime son Amour et elle aime aussi lui faire l’Amour et faire l’Amour avec lui.

Oui elle se sent transportée avec lui et elle attend ses moments qui la revigorent, lui donnent l’essence d’attirer et d’être attirée, et lui assurent la sève pour prendre la vie dans toutes ses intensités et émotions.

Mais elle sait que les intimités, même les plus essentielles et sauvages (au sens de non domestiqué ou de non habituel), peuvent aussi être conçues comme des attraits qui n’iront pas plus loin que l’instant… ; elle sait que les relations engagées ne renferment pas que des réalités positives ou d’attention.

C’est pourquoi, tout en clamant des poèmes oniriques, délicatement suaves et érotiques, très travaillés et qui n’auraient pas dépareillé dans les lettres amantes de Musset et de Sand, l’auteure et sa narratrice, entremêlées,  plaident aussi pour que l’on s’arrête de juger les différents, celles et ceux qui errent dans les hôpitaux, que l’on semble entendre sans les écouter, et que la narratrice côtoie avec sa mère, souffrant de maladie neurologique, quand elles rendent visite, toutes deux, au Père et Mari, en détresse et voulant en finir.

Elles plaident également pour que chacune et chacun ose placer des mots sur des maux, puisse s’exprimer en ne récoltant pas que des jugements de valeur, pour que les profondeurs de ce que l’on veut vivre et ressentir puissent s’épanouir, offrir des champs d’ouverture, des chants de désir et qu’ils ne soient pas réceptionnés comme de seuls vils décalages…

Ces deux livres, extrêmement bien ciselés, aux atmosphères coups de poing, sonnent comme des rappels d’exigence, pour que chacune et chacun puisse s’émanciper, s’atteler à ses envies sans être jaugé et jugé.

Ces deux opus chantent la concorde de l’enrichissement par la différence et la volonté d’oser toutes les envies et fougues, à pleines lèvres.

Comme le disait si bien Kessel dans Les Cavaliers, « il est surtout important d’entreprendre et de conquérir, ensuite les fâcheux jugeront, mais de guerre lasse, ils vous jalouseront… ».

Respect Isabelle Mutin pour votre talent bienfaisant et continuez sur vos traces !

 

Eric

Blog Débredinages

 

L’écho de ton silence

DeSirium Tremens

Isabelle Mutin

Les éditions Mutine, excellente maison d’édition, que vous devez découvrir de ce pas, si cela n’est pas déjà fait

12€ chaque opus

Mortel Végétal de Jacques Koskas

Amie Lectrice et Ami Lecteur, ce fut la première fois que je pénétrais l’univers de Jacques Koskas ; j’en suis ressorti avec la conviction de découvrir une plume stylisée, organisant des personnages aux caractères accomplis, en prise avec des réalités sociétales conjuguées par l’accumulation de drames personnels plus ou moins enfouis.

J’ai apprécié fortement ma lecture et je vous conseille vivement de suivre mes pas.

Le commandant Hippolyte Mangin va prendre en charge une enquête compliquée, aux ramifications denses, alors qu’il devait partir en vacances, pour retrouver celle qu’il a aimée et aime encore, et surtout la fille de cette dernière qu’il devait adopter, mais qu’il a malencontreusement fait chuter lors d’un jeu, et qui conserve des séquelles lourdes neurologiques, situation qui a engendré le départ brutal et sans appel de ces deux personnes qu’il affectionnait le plus au monde.

Il se morfond en sa responsabilité, même si son Chef, en difficultés de santé, lui remet souvent les clefs des enquêtes, à la fois pour pouvoir se soigner lui-même, et aussi par l’assurance qu’il sera dignement remplacé.

Mangin est aussi suivi médicalement, avec une analyse avec un thérapeute qui tente de lui redonner sens à sa vie.

Il est aidé par Marithé Lesourd, dont il ne goûte guère le penchant immodéré pour se « gaver » en permanence, qui méprise son excès de poids, mais qui sait analyser les faits avec acuité et efficacité, et par Dubaille, très à l’aise avec les technologies informatiques et toujours en proie aux réflexions pertinentes, aux détails où peut se nicher le Diable, et qui sait qu’il peut plaire, car bien en attrait de sa personne.

Mangin prend cependant toujours le temps de s’adonner au rituel de la dégustation de thés raffinés, au sein d’une association qu’il fréquente assidûment et régulièrement, et en donnant ses rendez-vous de point d’enquête, en un salon de thé géré par deux femmes répondant toutes deux du prénom Dominique, et qui n’ont aucune égale pour savoir comment allier la température de l’eau, l’affectation du thé proposé en lien avec les moments de la journée et les accompagnements pour une meilleure hygiène de vie.

Elles savent aussi y associer des pâtisseries choisies directement en phase et en harmonie avec les nectars proposés.

Le passionné de thé que je suis (et pas seulement parce que je suis enseignant en anglais…) a trouvé superbes les pages qui parsèment ce roman noir sociétal, consacrées à la dégustation des thés présentés, qui nécessite toujours du temps, de l’apaisement et de la respiration, pour en humer les saveurs et savoir bénéficier de ses apports toujours porteurs

Un responsable associatif et militant acharné du véganisme meurt assassiné, chez lui, en son lit, retrouvé avec un épi de maïs en sa bouche.

Il vivait bien, dans une maison cossue, avec un jardin conséquent et une annexe de qualité, représentant elle-même une habitation, et il faisait fi avec détachement marqué de ses détracteurs nombreux et incisifs.

Sa femme, Clémence, tient un restaurant de gastronomie végan, avec son ex-mari.

La sœur de la victime, avec une différence d’âge marquée avec son frère aîné, vit aussi, en cette maison, même si elle a pris son indépendance en rencontrant un homme, ce qui ne plait nullement à son frère, qui s’entre-déchire avec elle, sur ce sujet, en permanence.

Et Louisa, la gouvernante de la maisonnée, à la fois inspirée, espiègle, un brin mijaurée, n’imagine pas quitter les conditions de vie qui lui sont offertes en un lieu de luxe, même si elle s’attelle à des missions qui l’accaparent en densité forte.

Le décor est planté et l’auteur réussit avec brio, en entremêlant les chapitres avec des narrations sur l’avancée de l’enquête, sur les fêlures du Commandant, les récits à la première personne d’un personnage en détresse et en souffrance, et sur la nécessité de respecter les rites de la prise de thé, à nous tenir en haleine, à nous donner l’envie avide de découvrir les suites et rebondissements de son livre.

Est-ce que le combat entre partisans d’une consommation de viande, telle qu’elle a toujours existé, et gens désireux de modifications drastiques des comportements pour ne prendre comme nourritures ou achats que des produits sans lien avec l’animal, serait à l’origine de cet assassinat ?

Est-ce que les menaces et tensions vécues pour faire vivre des engagements et convictions se trouvent responsables de cet acte définitif ?

Est-ce que la famille de la victime ne devrait pas faire face à sa complète introspection, pour cerner ses déchirures, ses limites, ses tensions, ses drames ?

Est-ce que la Grande Histoire du Moment sur la nécessité de repenser nos modes de consommation, notamment alimentaires, n’est pas assise sur La Petite Histoire des bipolarités, où l’on pense connaître très bien quelqu’un qui peut aussi renfermer sa part d’ombre, sachant que cette dernière peut tout aussi bien être une protection personnelle, une limite, qu’une insupportable caractérisation de troubles et violences qui s’affichent, par fréquences, et disparaissent aussitôt, en ayant cependant créé des contraintes vives et vivaces auprès des personnes rencontrées ?

Je vous incite à lire le livre de Jacques Koskas, qui sait raconter une histoire trépidante (mention particulière pour le médecin légal, qui ouvre aussi, avec ses façons d’être, une autre enquête différente de la principale…), qui structure ses personnages avec beaucoup de verve et d’ironie subtile, qui devient aussi, merci à lui, mon maître de référence pour la sacralisation des rites du thé.

J’attends avec impatience le retour de Mangin, en espérant que ses démons intérieurs ne l’auront pas broyé et que son goût effréné pour l’élégance, en buvant une tasse de thé ou en observant les délicates formes de Clémence, lui aura permis de se ressourcer et de repartir pour d’autres aventures.

Un livre bien ficelé et bien narré, que je vous recommande instamment.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Mortel Végétal

Jacques Koskas

Editions Vivaces

16€

Allez vous promener sur le site de l’auteur : https://jacqueskoskas/wixsite.com/jacques-koskas

Clin d’œil affectif à Mon Amie, Annette Lellouche, qui m’a fait connaître cet auteur et que je remercie !

Les allées du pardon de Laurence Labbé

Amie Lectrice et Ami Lecteur, cette chronique se veut fidèle à ma lecture, comme à mes relectures, mais elle aura aussi quelques airs de confidence.

Je suis très ami avec l’auteure, et nos liens indéfectibles m’honorent, et je la remercie pour sa fidélité.

Elle sait que ce que j’écris sur son œuvre littéraire sera toujours pesé, pensé, et que je ne serai jamais laudateur par une transposition bienveillante placée en notre union, mais par réflexion assouvie d’un lecteur passionnel.

Son dernier opus est un pur chef d’œuvre, et je ne lésine pas sur l’appellation, et vous devez, Amie Lectrice et Ami Lecteur, lire ce livre fort, poignant, magistralement écrit, qui vous fera rebondir en introspections sur vos tendresses, vos déceptions, vos poids, vos fêlures, en nos vécus entremêlés de moments satisfaits et d’autres en incertitudes.

J’ai aussi une anecdote plus directement encore personnelle à raconter.

En un passé pas si lointain, j’étais adonné à un blog collectif, appelé « Les 8 plumes », et hébergé par Le Magazine L’Express, j’avais offert un de mes livres phare à Laurence, elle m’avait en retour offert La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, avec son inénarrable héros Ignatius J. Reilly.

J’avais découvert ce livre, pourtant culte, et je le relis depuis souvent, à satiété, pour m’y plonger, avec en mémoire le fait que le livre n’a été publié qu’après le suicide de l’auteur et les efforts de sa mère pour publier son écrit, qui lui apportera une notoriété internationale posthume.

Ce livre a pénétré Laurence Labbé, et son dernier livre s’y réfère, mais elle sait sublimer l’ivresse de tenter de s’en approcher par une composition personnelle qui aurait été plus que savourée par Le Maître, et si Laurence était une disciple, elle peut se targuer d’être plus qu’à la cheville de son auteur vénéré !

Ce livre s’analyse comme une ode à tiroirs, avec un homme, syndicaliste, en permanence sollicité, volontaire, impliqué dans ses missions, mais qui fourbu, lassé, assez désespéré aussi que celles et ceux qui le sollicitent ne cernent pas qu’il a aussi des limites et des blessures,  décide de se mettre au vert, sans prévenir quiconque, coupant son portable ou n’y jetant plus qu’un coup d’œil détaché, arrive en un hôtel de Normandie où il découvre dans sa chambre un recueil, une sorte de projet d’écriture ou de manuscrit.

Le livre de Laurence insère en permanence la lecture du recueil découvert et les retours appréciatifs de l’homme volontairement en exil, vaincu par les intensités de vie accumulées, bercées sans aucune forme de reconnaissance.

Théodule, le héros du recueil, vient d’être découvert avec sa mère gisante et assassinée, il se place en torpeur, clame son innocence, alors que tout l’accuse, et surtout il n’est nullement troublé par ce meurtre, car il n’aimait pas sa mère qui le séquestrait, l’apostrophait en permanence et ne lui donnait aucun signe positif affectif.

Il est placé en hospitalisation et il détonne car il se reconnaît comme un vrai génie (le lien clin d’œil avec Ignatius est ici marqué…) et appelle sa vertu virile Guillaume, car il peut être conquérant, et son organe essentiel, Richard, car il se veut avoir aussi un Cœur de lion…

Il est scruté par un psychiatre Creutz qui se vante d’en faire un sujet d’étude et il est victime d’extrasystoles, ses variations cardiaques en rythme pénibles, mais qui ne le surprennent que quand il est en repos ou en stagnation obligée…

Il agace les médecins et les assistants de corps médical.

On finit, après enquête, par reconnaître si ce n’est son innocence, tout du moins son impossibilité d’avoir été assassin.

Un curateur, peu avenant et préoccupé de sa tache uniquement de manière mercantile, le prend en charge, si l’on peut dire, en l’affectant en une habitation insalubre et infectée de nuisibles, à proximité de lieux de prostitution et de deal de drogues ou de vagabondages.

Théodule n’est entraîné par aucune forme de jugement, car il essaie de développer ses forces, et ne sent nullement en tension ou mépris face à celles et ceux qui seraient en différence ou qui pourraient être mal repérées ou ressenties, même s’il affirme aussi ses prétentions.

Le curateur lui trouve un emploi dans une sorte d’Administration où les missions déployées sont consacrées par des consignes et formules établies avec des règles des meilleures circonvolutions…

Il s’y ennuie ferme, mais sait travailler et vite, agaçant et rendant en jalousie ses collègues pas forcément solidaires, à l’exception du gentil et brave Gudule, qui fait une fixation effrénée sur les complots, tout en donnant des informations à la fois rationnelles et circonstanciées.

Théodule finira par être rapidement mis à la porte et il se met à l’écriture, recherchant les inspirations et la manifestation de son génie dans sa plus forte acception, et en aidant Alicia, une prostituée en complexité avec la drogue, il recevra enfin une marque d’estime.

Le livre ne se referme nullement sur mon humble narration potentiellement et bien insuffisamment retracée, il ouvre des portes et des pistes pour nos réflexions intérieures et nos envies de découvertes, pour briser nos limites et faire front pour faire vivre nos essentiels.

Et Laurence écrit avec aisance et prouesse et magnifie par ce livre, son talent.

Ce livre est remarquable car il est écrit en une langue maîtrisée, directe, sans concession, et elle ose parler des démunis, des déchirés, dans toute l’étendue de leurs tensions et difficultés ; elle n’hésite pas à porter un regard ironique et rude sur les pétris de certitudes, sur les fonctionnements administratifs ou de management qui érigent des codes et des rites, qui réfutent toute différence ou toute personne en dehors des axes établis.

Ce livre est remarquable car il sait parler de la détresse de celles et ceux qui vivent des tensions, des incommunicabilités aux enfermements, de l’absence d’écoute au refus de l’enrichissement par la différence, mais il sait aussi donner sa part à la détresse de celles et ceux qui essaient d’apporter un appui, un accompagnement, un conseil et qui seront balayés d’un revers de manche quand ils ne serviront plus à rien ou que l’on dénigrera si les choses n’avancent pas comme cela était imaginé ou décrit.

Laurence reprend la phrase terrible et lucide de Céline : « gardez vous bien des gens que vous aidez en permanence, ils sauront très vite vous le reprocher vilement… ». Et comme notre homme en mise au vert, j’ai eu aussi des responsabilités syndicales et sais ce que les incompréhensions, les petites lâchetés, les enjeux de pouvoir et les ingratitudes peuvent faire germer comme tensions et règlements de compte, tout aussi vils, que la phrase du reclus de Meudon, qui, comme moi, ne chercha jamais à considérer cependant que les problèmes vécus ne viennent que des autres…

Ce livre est remarquable car il sait manier la force et l’incision, le mordant et l’ironie, il aide à réfléchir : pour ne jamais arrêter ses élans, même si certaines et certains ont pu briser les envies et harmonies passées ; pour réfuter les facilités ou les acceptations des principes endoctrinés en agissant comme on l’entend, dans le respect des autres, pour un mieux être social, sociétal ou et environnemental ; pour plaider pour la concorde, l’analyse de la complexité plutôt que le jugement de valeur hâtif rendu ; pour ne jamais s’arrêter dans sa volonté d’apprentissage ou de communication et se dire qu’une expérience perdue ou ratée, mal jaugée ou mal appréciée donnera vie à une autre expérience porteuse.

Ce livre est remarquable car il offre une vue créative différente, positive, ouverte aux aventures, qui laisse chacune et chacun s’emparer de ses forces pour les faire exister, miroiter et avancer.

Ce livre m’a ému aux larmes, car je m’y suis aussi très souvent retrouvé et les mots de Laurence pansent les plaies et les maux.

Etre ton ami, Laurence, est un honneur, et être ton lecteur, avec ce livre d’une force puissante, encore plus qu’à l’ordinaire (tu cerneras aisément ce jeu de langage, assez modeste, je le sais de ma part…), est un honneur complémentaire !

Merci pour ce que tu es, merci pour ton talent et vive Toi !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Les allées du pardon

Laurence Labbé

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Les cinq sous de Lavarède de Paul d’Ivoi, en collaboration avec Henri Chabrillat

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous le savez, il m’arrive, en récurrences, de vouloir retrouver des lectures d’enfance et d’adolescence, de me remémorer les délices des imaginaires qui m’emportaient sur d’autres rives, propices aux évasions et aux aventures.

J’ai retrouvé, récemment, en revenant (puisque les déplacements pouvaient s’opérer, de nouveau) dans la bibliothèque de la maison familiale, en mon ancienne chambre, un livre collector de la belle collection 1000 soleils d’or de Gallimard, un fort livre, comme on dit, dont le nom nous est souvent usité en rappel, Les cinq sous de Lavarède, mais dont les deux auteurs (un romancier et un librettiste directeur de théâtre) nous sont totalement oubliés, fort injustement.

Ce livre puise dans les narrations de Jules Verne, avec notamment Le tour du monde en 80 jours et Le testament d’un excentrique, et dans les récits de découvertes et explorations qui étaient en permanence proposés aux lecteurs assidus de L’Illustration, notamment, où abondaient les rapports des envoyés lointains qui évoquaient des sites merveilleux retrouvés, comme avec Henri Mouhot, pour les temples Khmers sur Angkor et sa Région.

Armand Lavarède, journaliste et homme de culture et de sciences, rompu à de très nombreux métiers allant de technicien à militaire, reçoit un message notarial l’invitant à prendre connaissance du testament d’un de ses cousins, dont il est l’unique légataire, qui a amassé une fortune en Angleterre.

Ce cousin, bien nommé Richard, lui transmet tout ce qu’il possède, à la condition qu’il effectue un tour du Monde, en une année au maximum, avec simplement cinq sous en poche.

Pour être en certitude que ce tour du monde puisse s’effectuer sans aucune tricherie, et dans le respect des règles définies par le cousin, Lavarède effectuera cette longue et intrépide promenade, sous la surveillance de Mr Murlyton, voisin de campagne Anglaise du cousin Richard, et qui héritera de la fortune si Lavarède ne peut réussir dans sa tentative.

Lavarède donne son accord pour cette sorte de pari unique et captivant, même s’il se pare de douces folies potentielles et d’invraisemblances quant à sa capacité à réussir, déclamées par Mr Murlyton, le notaire et un de ses créanciers Monsieur Bouvreuil, qui voudrait (pour ce dernier) transformer l’argent que lui doit Lavarède par son acceptation à devenir son gendre, pour la plus grande joie de sa fille, ce que Lavarède ne peut absolument pas imaginer et encore moins accepter…

Lors de la rencontre avec le notaire, la fille de Mr Murlyton, la belle et douce Aurett, trouve Lavarède à la fois inédit, cocasse, charmeur et plein de vitalité alerte ; elle décide de suivre son père, dans le respect des principes du testament, pour ce tour du monde.

La lecture de près de 500 pages de ce roman picaresque vous emportera et vous amènera en toutes les contrées, en des tas de situations des plus décalées aux plus dangereuses, et vous donnera à suivre, en épisodes à suspense, des aventures palpitantes et que l’on se sent vivre, en direct, avec frénésie.

Je tente de vous en donner un panorama, forcément limité et subjectif, qui se veut une invitation à suivre mes pas et à vous proposer de vous plonger, au sens littéral et en toutes les acceptions du terme, dans ce roman inouï, d’une totale folie bouffonne mêlée à des récits de précisions scientifiques que Jules Verne aurait validés…

Lavarède prend souvent la place de marchandises dans les transports qu’il retient, dans un tonneau, comme par exemple entre Paris et Bordeaux, par voie ferrée, ou il voyage en pièce funéraire, comme entre San Francisco et Chine, parmi les immigrés décédés pour lesquels les familles payaient le transport pour qu’ils terminent leur dernier voyage sur leurs terres ancestrales.

Lavarède sait aussi subtiliser les identités et rendre bien en émotion les victimes de ses supercheries très ironisées, comme quand il voyage au nom de son créancier entre Bordeaux et les Caraïbes, ou quand il accepte d’être pris pour un escroc de la finance et qu’il suit des policiers Austro-Hongrois entre la mer Caspienne et la Hongrie.

Lavarède sait faire preuve d’entregents, d’agilités (comme on dit en management contemporain, en employant ce mot à toutes les sauces et en effet de mode, ce qui m’irrite plus que fortement…), de maîtrise, de rigueur et d’adaptation, comme quand il devient Président de la République en Amérique Centrale, ayant remarqué que les gouvernements se succédaient en coups d’Etat permanents et que les protagonistes d’un jour pouvaient aisément être défiés et mis en cause, comme quand il devient aéronaute de dirigeable et qu’il sait en manier avec cohérence et fiabilité les fonctionnements, comme quand il devient pilote de sous-marin et qu’il veut rendre, par patriotisme, à la Nation Française, l’ingéniosité de ses procédés et brevets, que des personnes mal famées et opportunistes, ont récupérés pour réaliser concrètement la fabrication qui revenait pourtant à la France.

Lavarède sait déjouer les pièges et manipulations de Monsieur Bouvreuil, parti au départ pour s’assurer des bons placements financiers d’actionnaires qu’il sait orienter, et qui finit par suivre Lavarède pour tenter de tout faire pour qu’il échoue dans son tour du monde, et qu’il soit ainsi obligé de repenser à sa proposition de devenir son gendre.

Il sait aussi éviter les chausse trappes de la mafia de Sicile, des exécutants de bas procédés d’Amérique Centrale qui voudraient attenter à ses jours ou des représentants de certaines communautés proches des Montagnes de l’Himalaya qui désireraient s’emparer d’Aurett pour la placer en obligation d’épouse officielle…

Lavarède se sent attiré par Aurett, il lui sauve la vie plusieurs fois, d’abord lors d’un coup militaire et lors d’un combat armé où il se place en première ligne pour la protéger, puis quand elle devient la proie d’un chef de clan qui n’imagine pas la laisser repartir.

Mais Aurett use de sa délicatesse pour rappeler à son père que Lavarède mérite, dans le respect testamentaire, un retour d’appui ou d’influence, car quand on est sauvé par quelqu’un, on doit lui être quitte, ce qui permettra à Lavarède d’éviter le pire en Chine lorsque son exécution semble effective, pour avoir mis en contrainte l’ordre public par ses agissements…

Ce livre met en exergue une vraie dynamique de roman feuilleton et se lit à satiété, avec bonheur, et même s’il est couvert par quelques approximations et parts de merveilleux qui se recouvrent souvent pour permettre au héros de s’en sortir, ce n’est en aucun cas un problème, car le flot de l’aventure nous prend et ne nous quitte pas.

J’apprécierai simplement qu’une réédition explique, notamment, que le livre a été rédigé à la fin du XIXème siècle, et que la façon dont les Européens parlent des peuples Asiatiques ou confondent les Juifs avec des usuriers pervers, doit se placer en le contexte de l’époque, où l’antisémitisme de premier degré était souvent une opinion répandue et où l’assurance de la primauté de la race blanche ne posait aucun débat…

 

Eric

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Les cinq sous de Lavarède

Paul d’Ivoi, avec la collaboration d’Henri Chabrillat

Collection personnelle collector 1000 soleils d’or – Gallimard 1980

Meurtriers sans visage d’Henning Mankell

 

En cette période de nos vécus de réalités rudes, et pas seulement sanitaires, et surtout de facilités à trouver ou dénicher des boucs-émissaires, il est toujours intéressant et salvateur de revenir aux essentiels que la littérature peut nous remémorer.

J’ai donc eu le plaisir récent de pouvoir retrouver une enquête de Wallander et de l’inscrire aussi en nos actualités de débat, où la concorde ou la tolérance se placent bien en contrainte et où les facilités des raisonnements simplistes s’égaient en récurrence.

Kurt Wallander, en ce début d’année, avec un hiver prenant, froid et humide de Scanie Suédoise, est chargé d’enquêter sur l’assassinat sauvage de deux retraités paysans, un homme et une femme, la femme transportée à l’hôpital n’a pu transmettre qu’un seul mot avant de s’éteindre, celui « d’étranger ».

Quand ce dernier mot est relaté par la presse, l’inspecteur reçoit des messages anonymes lui précisant que si la mort des deux infortunés n’est pas « vengée » par une arrestation rapide, une justice « citoyenne expéditive » s’organisera.

Wallander entend bien par là que des personnes n’hésiteraient pas à s’en prendre à des immigrés censés être responsables du double meurtre…

Et quand un Somalien, issu d’un camp de réfugiés, est tué à bout portant, il repère vite que le passage à l’acte sordide peut bien être concrétisé…

Sa conviction est renforcée lorsqu’il assiste, alors qu’il « planque », dès l’aube, à un incendie d’un camp de migrants, et qu’il donne de son épaisseur pour prévenir les secours à temps et éviter un drame encore plus étendu…

Sans procéder à une comparaison hâtive avec nos situations contemporaines immédiates, on se dit que ce livre, écrit au début des années 90, reste avec une tonalité très présente : la peur de l’autre et la détestation de l’immigrant qui viendrait s’installer en un pays qui ne penserait plus assez à ses compatriotes et nationaux, la volonté d’en découdre pour inquiéter et violenter les étrangers pour tenter de « magnifier » des stéréotypes bien vils de celui qui est issu « du sol natal », et la propension des différents acteurs à nier leurs responsabilités ou à se rejeter les contraintes.

Wallander n’est pas et se sera jamais attiré par les thèses nationalistes et racistes. Mais il se sent nullement coupable de pouvoir discuter sur la nécessité de réguler les flux migratoires, pour permettre aux arrivés de mieux s’insérer et de « préparer » les populations aux croisements avec leurs richesses, plutôt que d’alimenter leurs élans d’égoïsme ou d’oubli solidaire.

C’est ainsi qu’il se prend carrément la tête avec les responsables des camps de réfugiés, en incapacité de savoir qui est hébergé en leurs centres et qui demandent seulement de la sécurité policière, sans accepter des messages de meilleure organisation, en leur sein, des agents civils.

Il doit aussi faire front, face à la presse, pour garantir que les migrants seront protégés mais qu’il est important également que le débat sur les accueils de réfugiés puisse se tenir de manière apaisée, sans passion, pour la concorde de la solidarité Suédoise comme de sa générosité sociale, fer de lance de ses idéaux depuis des lustres.

Wallander se place toujours en chercheur inlassable de la vérité et il enquêtera, quels qu’en soient les prix jusqu’au bout pour la conquérir, avec les appuis de son équipe, et notamment de son fidèle Rydberg, dont la santé chancelle, mais qui connaît les talents de Kurt comme ses élans porteurs, qui sait aussi que quand il a des doutes et des débats intérieurs, il peut les transmettre à Wallander qui les appréciera.

Le livre développe des chausse-trappes incessantes qui semblent conduire à la solution attendue mais qui se referment régulièrement, surtout quand on recherche le fils non reconnu et caché du paysan assassiné, dont sa femme et ses filles ne connaissait pas la double vie, ni les richesses financières provenant de collaborations avec l’Allemagne Nazie, dans un commerce avec son Père, de moralité plus que douteuse…

Wallander est aussi un homme, avec ses limites et ses fêlures et son attention à son Père, peintre  – qui réalise le même tableau depuis des années, qui vit comme un rustre certain de sa vérité, et qui semble perdre les raisons – se repère touchante et difficile car il n’a pas assez de temps pour s’occuper de lui, sans pour cela ne pas lui vouloir le meilleur des appuis.

L’on imagine très vite que son investissement professionnel l’a déjà dévoré et qu’il a entraîné le départ de son épouse, l’éloignement de sa sœur et la mise à distance de sa fille…

Wallander imagine des tas de choses coquines et décalées qu’il pourrait entreprendre avec la nouvelle Procureure Anette Brolin, tout en sachant que s’il dépasse les bornes en retrouvant le goût immodéré pour l’alcool qui le rend à la fois intrépide et triste, il risque des désastres, alors qu’il se présente plutôt comme désarmant de fatuité touchante romantique…

Wallander suivra deux pistes, celle qui le conduira à retrouver les assassins froids et sans complexe du Pauvre Somalien abattu froidement et des volontaires d’incident criminel de camps de réfugiés, et celle qui, complexe et à rebours, tendue et irrésolue, difficile et fragmentée, l’amènera à dénicher les responsables de la mort des deux paysans.

Ainsi il pourra comprendre pourquoi la paysanne s’est exprimée avec ce dernier mot « étranger » et pourquoi le nœud marin autour du coup du paysan, tellement inhabituel et surprenant, qui a tant intrigué Rydberg, qui en faisait un axe essentiel de l’énigme, plutôt solitairement, revêt autant d’importance, car, nous le savons bien, le Diable se niche dans les détails…

 

Eric

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Meurtres sans visage

Henning Mankell

Policier Points Seuil

Poèmes de Walt Whitman

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en me rendant en 2008, sur les traces de mon poète indépassable et admiré, Pablo Neruda, en sa maison-cabinet de multiples curiosités, en la ville d’Isla Negra, face au Pacifique, là où il a pu être enterré, avec son épouse, lorsque la démocratie revint en le pays, au début des années 90, j’ai pu cerner qu’il plaçait très haut la poésie de Walt Whitman, qu’il considérait comme un maître-fondateur.

Le poète Walt Whitman est connu pour sa somme, Feuilles vertes, recueil compact de plus de 700 pages, et il est bien qu’un éditeur indépendant, attaché aussi à une nouvelle traduction, ait eu l’idée de présenter des poèmes choisis, permettant de pénétrer l’univers de l’auteur, de donner l’envie d’aller plus loin, permettant ensuite de pouvoir affronter son recueil cité exigeant et touffus.

Walt Whitman fut un homme du XIXème siècle, engagé dans la lutte contre toute forme d’esclavage et d’asservissement, et, s’il resta toujours fidèle au Parti Démocrate, il s’écarta de ses responsables quand ces derniers ne voulaient pas s’atteler à la lutte contre le travail imposé dans les états de l’ouest naissant.

Il fut impliqué dans la guerre de Sécession, toujours sur le sujet de la lutte contre l’esclavage, et fut un des représentants ministériels des armées victorieuses du Nord.

Walt Whitman a fortement influencé Pablo Neruda et tous les poètes Américains pour qu’ils écrivent selon leur sensibilité propre, en ne prenant pas appui, prétexte ou référence sur l’Europe culturelle toute puissante à l’époque.

Et Walt Whitman fut un des premiers défenseurs de la libre expression ou d’orientation sexuelle, en reconnaissant en ces poèmes l’homosexualité.

Ce recueil est illustré par plusieurs poèmes de référence, chacun arguant d’un sujet spécifique :

  • sur les études qu’il n’a pas eu l’envie de suivre didactiquement comme on les lui imposait, qu’il ne suivit qu’hâtivement pour se construire par lui-même son éducation, voulant ainsi porter flambeau sur la nécessité d’une écoute individualisée liée aux attentes de chaque enfant ou jeune,
  • sur la nécessité de combattre pour la démocratie, par delà les tensions ou conséquences funestes, car le prix pour l’avènement de la liberté se paie de sang souvent, mais ce sang portera les germes d’un mieux-être social et individuel,
  • sur la conquête des espaces et des variétés de paysages Américains, non pas pour se porter comme un homme avide des territoires-propriétés, mais pour magnifier, par des chants, les champs immenses et divers d’une Nation naissante.

Walt Whitman aime aussi parler de New-York, sa Ville, des bateaux, des fleuves et de la Mer, des mystères insondables de la mort, comme de la vie donnée, lui qui invoque une sorte d’Etre Suprême, mais qui surtout cherche à poursuivre les débats et conversations avec celles et ceux qui nous ont quittées et quittés, qu’il considère comme perpétuels par les songes et les forces des esprits.

Walt Whitman écrit en prose poétique, mais sait aussi versifier, et quand il ne prend pas la route des vers, sa poésie reste toujours prenante et enivrante, réflexive et porteuse.

Walt Whitman est aussi le poète du sexe, car il n’hésite pas à être cru et direct pour parler des sens et des enlacements, en restant toujours dans le registre du verbe inspiré, élégant et délicat, et croiser les envies de parler de sexe avec la capacité « à bien en dire », comme on dit joliment au Québec, n’est pas donné à tout le monde…

Et voilà en version française et américaine, en guise d’ode pour vous inviter, vous aussi, à aller plus loin, l’un des extraits d’un de mes poèmes préférés – Un chant de joies (A song of joy) – et je suis certain que vous saurez l’apprécier ; ainsi vous aurez l’irrésistible assurance de découvrir une œuvre originale, méconnue, tellement passionnelle, inspiratrice de tous les grands poètes contemporains :

Oh tandis que j’existe, être celui qui commande à la vie, non un esclave,

Affronter la vie en puissant conquérant,

Pas d’irritations, pas de spleen, plus de plaintes ni de critiques dédaigneuses,

A ces hautaines lois de l’eau, de l’air et de la terre, prouvant que mon âme intérieure est imprenable,

Et que rien de l’en-dehors n’aura jamais pouvoir sur moi.

Oh while I exist, be the one in charge of life, not a slave,

Face life as a powerful conqueror,

No irritations, no spleen, no more complaints or dismissive criticism,

To these haughty laws of water, air and earth, proving that my inner soul is impregnable,

And that nothing from outside will never have power over me.

 

Eric

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Poèmes

Walt Whitman

Simplicissimus Book farm, nouvelle edition et traduction

Via http://write.streetlib.com

Comme un blues d’Anibal Malvar

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en cette période si particulière où les ingéniosités créatives côtoient les langueurs et où les nécessités de prudence s’associent avec des envies de reconquérir des espaces de vie portés sur les essentiels, il est important de se replonger en la littérature qui interpelle, questionne et donne à réfléchir.

En 2017, en me promenant sur le stand d’Asphalte Editions au Salon Livre Paris, Estelle et Claire, éditrices, à qui je demande, par fréquences, quel livre choisir en priorité dans leur catalogue inspiré, m’ont proposé de découvrir l’univers d’Anibal Malvar.

J’avais été séduit, lors de ma lecture initiale en 2017, par ses personnages pétris de fêlures et attachants à souhait en emmêlement, combatifs et fatalistes, et par la présence omnipotente et caractéristique d’un vrai personnage naturel et d’un ingrédient indispensable : la pluie lancinante de Galice et le recours inépuisé au whisky, salvateur de bien des troubles…

J’ai voulu reprendre ma lecture, car il m’est abonné de lire et aussi de relire, car un livre apprécié contient en germes la capacité à se renouveler en deuxième analyse.

Carlos Ovelar a réussi à structurer une petite agence photographique et il est plus que surpris quand un avocat, mari de son ancienne épouse, lui demande de l’aider à retrouver sa fille Ania qui a disparu.

Carlos a travaillé dans la police, au service des enquêtes intérieures, auprès de son Père, dénommé « Le Vieux », avec une petite pointe de tendresse, mais surtout avec des rancœurs inassouvies qui laissent planer l’assurance d’un Paternel insaisissable et prêt, en ses missions, à tous les coups, même ceux qui peuvent compromettre…

Son Père a travaillé dans la Police Franquiste et s’est faufilé pour retrouver une place adaptée lors de la transition démocratique, mais l’on ne sait exactement le rôle plus ou moins sombre qu’il a pu développer lors de la tentative de Coup d’Etat du 23 février 1981, du lieutenant-colonel Tejero, qui fit trembler les institutions espagnoles, même si le Roi d’Espagne a réussi, avec maîtrise et courage, à contenir cette rébellion.

Carlos a accepté la demande de l’avocat et prend place dans l’appartement d’Ania, il commence son enquête, fortement appuyé par un ancien condisciple de son Père, Gualtrapa.

Le livre se scinde en cinq directions, très bien huilées, qui donnent de la consistance à la narration et permettent au suspense d’osciller, de ne jamais oublier d’intégrer l’histoire des faits divers avec la Grande Histoire en marche.

La première direction concerne le trafic de drogues, bien établi en Galice et qui n’a rien à envier aux mafias Napolitaines ou Siciliennes. Quand le caïd local repèrera qu’on lui a fauché une partie de sa cargaison et que les Colombiens sembleraient vouloir lui faire concurrence, on ressent clairement que le choix entre la soumission au « boss » et la mort violente apparaît comme seule potentielle réalité.

La deuxième direction prend force sur l’homosexualité, plutôt refoulée et intégrée en déni, en cette période du roman de la fin des années 90, où l’orientation sexuelle peut être un enjeu de menace et de dénonciation abjecte, et assurer, aussi, une raison pour une mort scénarisée et bestiale. Quand le fils du caïd associe homosexualité et potentialité de se servir de la drogue pour un commerce même limité, les affections et ainesse n’existent plus…

La troisième direction s’affecte sur la recomposition de la police, où stationnent d’anciens nostalgiques de l’Ordre ancien, jeunes avides de faire vivre la démocratie et une justice apaisée avec des serviteurs civils loyaux et sans corruption, et anciennes références des chasses aux sorcières où tout socialiste était repéré comme un révolutionnaire néfaste, où le poids de la guerre civile entre partisans de la sacralisation du chef et partisans de l’autogestion libertaire reste totalement présent, empêchant toute forme de cohabitation positive ou d’enrichissement par la différence, avec la préférence, au contraire, au combat ou à l’affrontement.

La quatrième direction, certainement pour moi la plus remarquable dans l’écriture, correspond à la puissance des réalités naturelles, à cette pluie intense, tenace, lugubre, froide, récurrente, qui sillonne dans les rues, les rendant malhabiles et obscures, qui recouvre le bitume et renvoie la route à un flot marin, qui pénètre les âmes, les rendant secrètes, tiraillées, lourdes de conversations enfouies et qui pourtant donnent réelle envie de saluer Saint-Jacques de Compostelle, starisée comme ville sainte des pèlerinages, alors que le livre n’évoque que de manière très fugace la cathédrale…

La cinquième direction s’interpénètre dans le fol amour que Carlos a eu avec une femme très aimée, participante au même service que lui dans la police d’enquête, et qui fut sa passion avide, frénétique, porteuse, qui s’arrêta subitement, certainement par une manipulation du « Vieux », laissant hagard Carlos, avec des regrets immenses…

Ce livre engendre une écriture plurielle et à tiroirs, il se place comme un vrai roman noir où s’additionnent une réalité sombre d’histoire de meurtres sordides, une contemplation d’une jeunesse qui a du mal à se positionner, qui peut être tentée par l’argent facile, même sale, et une analyse très fouillée de l’histoire de la police espagnole, en son fonctionnement, à mi-chemin entre renseignements généraux et société secrète.

La présence de la pluie et de l’alcool, du whisky en particulier, parsèment de noirceurs et saveurs un roman complet et inspiré.

 

Eric

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Comme un blues

Anibal Malvar

Traduit de l’espagnol par Hélène Serrano

Asphalte Editions

22€

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