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Vécu !

La Ferme aux poupées de Wojciech Chmielarz

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je me permets de vous susurrer à l’oreille que cet auteur, que je viens de découvrir, mérite votre très forte attention et vous plongera en un univers sans concession et difficile, mais totalement en phase avec nos réalités sociétales rudes…

L’inspecteur Mortka dit « Le Kub » vient d’arriver depuis quelques temps en Silésie, à Krotowice, et même si cette affectation répond officiellement d’une nécessité d’apport de son expertise auprès de ses collègues, il est imaginable de repérer qu’il a vécu des contraintes avec sa hiérarchie passée… et que l’on a souhaité – au moins temporairement – le déplacer… Il ne vit plus avec sa femme, avec laquelle un attendrissement l’unit toujours, mais sans espoir potentiel de le raviver ; et elle est en train de refaire sa vie, lui reprochant de ne pas accorder assez de temps à ses fils, ce qu’il admet volontiers, tout en sachant qu’il ne fera pas grand-chose pour améliorer la situation…

La vie au commissariat de Krotowice s’imagine se dérouler sans trop affaire particulière et l’inspecteur repère une action au travail plutôt morne ou insuffisante.

Quand une adolescente de onze ans est portée disparue, que le signalement d’une femme témoigne de sa prise en charge par un conducteur, tout s’enchaîne pour repérer une possible réalité pédophile.

L’inspecteur a fort à faire en le fonctionnement interne des services de police locaux, car la vérification aboutie des informations reçues, le recoupement des éléments d’enquête ou la volonté de se rendre régulièrement sur le terrain pour analyser des sources et rechercher la vérité ne semblent pas des vertus assumées et intégrées : l’on préfère s’en remettre aux clichés bien enfouis et notamment à la crainte suscitée par les différences, notamment par les communautés Rom, qui ont aussi peu de confiance en la police que la police ne leur en attribue…

Il se sent cependant en affinité avec Lupa, un collègue qui lui-aussi a été réaffecté, mais qui a été reconnu pour ses qualités de policier infiltré dans la pègre du crime organisé, des années antérieures, et ensemble ils partagent une relative indifférence par rapport à leurs hiérarchies, une volonté de faire avancer les choses et surtout une complicité pour boire une bière et écouter tout ce qui se dit en les lieux essentiels où se croisent les gens des cités environnantes.

L’inspecteur vit dans un modeste appartement où il croise Alicja, qui élève seule ses jeunes enfants et à laquelle il s’attache, sachant qu’elle ne semble pas se trouver en indifférence avec lui, lui préparant parfois de quoi se sustenter et lui lavant son linge, en espérance d’un regard plus marqué et d’autres explorations à venir, peut-être…

Lorsque d’anciennes mines de Silésie marqueront la présence de squelettes enfouis, personne ne pourra escompter que la police ne se doive pas d’enquêter et l’inspecteur, par méthode, efficacité, et sens de la droiture, va poursuivre sa route investiguée, à la recherche de signes associant sa quête pour la compréhension de ces environnements sordides… Et ce roman très noir va s’enchevêtrer en des territoires rudes où même les plus fortes complicités pourront se révéler force de duplicité…

J’ai eu le plaisir de rencontrer Wojciech Chmielarz, le 17 mars dernier, lors d’une conférence donnée dans le cadre de Livre Paris 2018 (cf photos), sur le roman noir de l’Est Européen, et j’ai fortement apprécié son sens de l’humeur et de l’humour comme sa faconde répartie pour préciser que les racines de ses inspirations prennent corps et cœur sur les fêlures et tensions vécues par son pays, et qu’en écrivant, il déclame, évoque, suggère, pour que les débats s’ouvrent, pour une écoute plus attentive et réfutant tout fatalisme ou dogmatisme.

Son roman pénétrant, prenant, qui s’appuie sur un style incisif et un suspense haletant, s’offre comme une vraie réussite littéraire, proche des thématiques magnifiées par son compatriote Zygmunt Miloszewski, que j’ai lu avec passion en ses trois romans parus en France, et par Didier Daeninckx qui écrit toujours sous les auspices de son inspecteur Cadin pour déflorer et dénoncer ce que notre histoire a oublié, en ces vicissitudes et insuffisances et que je considère comme un littérateur magnifié, depuis ma première lecture en 1983…

Wojciech sait démontrer que le sens de la justice ne sera jamais atteint sans vouloir rechercher une vérité absolue, même si elle dérange des habitudes, des conformismes ou des réseaux installés. Oui les Roms ne sont pas très appréciés en Pologne et sont souvent parqués dans des secteurs identifiés, mais ils ne seront jamais responsables de toutes les contraintes et de tous les maux rappelle-t-il, même si l’auteur sait aussi dénoncer les mariages Rom arrangés et l’absence de libre arbitre pour les jeunes filles ou les principes d’honneur ou de loi du talion insupportables. Il plaide pour la concorde et la relation et réfute toute dénonciation inconséquente…

Wojciech sait rappeler que les pesanteurs hiérarchiques ou les tensions entre services ne peuvent entacher la recherche de la vérité et la volonté de rendre justice, en respect des mémoires de toutes les victimes.

Wojciech sait aussi que dans son pays, comme dans d’autres, les corruptions ont pu s’installer au sein d’une administration peu reconnue, peu fiabilisée et dont les responsables ne perçoivent pas des émoluments décents, ce qui signifie pas qu’il reconnaisse légitime qu’ils puissent d’écarter de leurs devoirs de probité.

Wojciech sait raconter une histoire enlevée et passionnelle, pour associer sa force émotive à la volonté de plaider pour une société de concorde et transparente et non pour une communication où s’amoncellent des bouc-émissaires, des absences d’objectivité, des pesanteurs, comme des volontés d’oubli par accumulation de lâchetés.

Un livre percutant délivré par un auteur que je vais suivre intensément !

Merci à Nadège Agullo pour son travail investi et de défrichage de talent différencié permanent et toutes mes affections à elle.

Amitiés vives, Cher Wojciech et « à la revoyure », comme on dit à Lyon chez Guignol, où je vous attends pour « Quais du Polar », l’an prochain, sans faute !

Éric

Blog Débredinages

La ferme aux poupées

Wojciech Chmielarz

Traduit du polonais par Érik Veaux (bravo à lui !)

22€

Agullo Éditions – Collection Agullo Noir

Photos personnelles avec Wojciech Chmielarz (auteur), Laurence Labbé (auteure) et votre serviteur et de Wojciech Chmielarz avec Nadège Agullo, son éditrice. Livre Paris 2018. Le 17 mars 2018.

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Comment j’ai réussi à attraper la lune de Laurence Labbé

Laurence Labbé est mon amie, ma très chère amie.

Laurence Labbé est – avant tout – une auteure inspirée, toujours soucieuse de présenter un univers où s’interpénètrent des personnages aux fêlures attachantes mais dévorantes pour leurs intimités et qui parle de la vie quotidienne, dans ses flamboiements, comme dans ses limites, en développant des tirades réfléchies pour une acceptation des différences et une ouverture permanente en altérité.

J’aime lire Laurence ; cette chronique ne reposera que sur mon humble analyse de lecture, qui ne peut être repérée comme manquant d’objectivité par mon affection amicale pour l’auteure, car le principe de l’amitié qui nous unit vise à nous dire les choses en direct, sans fioriture, en respect et en transparence permanente.

Une jeune femme perd le sens de son identité, ne repère plus qui elle est, ne sait plus ce qui la caractérise. En ne se souvenant plus de son code de carte bleue, elle comprend qu’elle ne se cerne plus, qu’elle n’a plus les réflexes de base sur ce qui nous sous-tend : le libre arbitre, l’émancipation des choix et la volonté de construire.

Sa rencontre avec Théo, en un parc dédié à l’artistique et à la poésie, lui permettra de sortir d’une impasse certaine, pour au moins assurer sa protection minimale de proximité, d’autant plus que la jeune femme est souvent reconnue dans la rue, qu’on la déconsidère en précisant que ses dires, faits ou gestes vus et apparemment publics, ne conviennent pas du tout et qu’ils ont été jaugés et jugés provocants…

Elle perd la trace de Théo, qui s’envole alors qu’elle s’attachait à lui, et elle va vivre plusieurs expériences avec des personnes de rencontre fortuite ou de hasard qui lui permettront de se positionner pour un temps, mais sans pouvoir donner réponse à sa quête de vérité sur son identité, car elle ne sait plus comment avancer, comment imaginer sa prise en main sur sa réalité quotidienne.

Elle retrouve, par la force des esprits et un effet de chance, raconté avec beaucoup de pudeur, de délicatesse et de force émotive, par l’auteure, Théo, en un village du sud où sévit sa mère compliquée et égocentrée et elle est prise en main par le jeune homme, qui désire lui permettre une nouvelle ouverture de sens et lui donner gage pour un nouvel élan dans la reconquête de sa personnalité.

Parallèlement un jeune enfant, dont le père semble avoir disparu, pleure et crie de manière déchirante et récurrente, procurant à Théo crises d’angoisse et peurs paniques, le rappelant certainement à des vécus difficiles plus ou moins enfouis…

Le jeune enfant veut décrocher la lune pour retrouver la trace de son Papa idéalisé comme un découvreur aventurier, avide d’espaces et potentiel navigateur dans les océans…

Lisa, amie et connaissance de Théo, attentive et intuitive, aidée aussi de deux personnes plus âgées qui s’aiment tendrement et vivent aussi de l’acceptation de leurs limites qui se développent sans leur donner plus d’impact qu’elles ne méritent, va relever le défi qu’elle a défini avec le jeune enfant, en lui fabriquant un objet adapté qui lui permettra de prendre confiance en ses retrouvailles avec son Papa et ainsi de sentir plus apaisé et serein, et surtout rassuré de ne pas être oublié…

Ce livre est admirablement structuré et repose sur la vertu rare d’une prose limpide, pure, toujours exigeante dans sa stylistique et je vous recommande de vous immerger en sa profondeur, à plusieurs titres :

  • Il évoque une parabole avec nos proches qui perdent temporairement leurs facultés ou qui repèrent que leur personnalité commence à s’égarer et qu’elle ne se cerne plus… On pense bien évidemment à la maladie d’Alzheimer… Plus profondément encore ce livre démontre que toute personne qui ne s’identifie plus mérite cependant une écoute attentive et une considération plutôt que de la cantonner dans les sphères de celles et ceux qui doivent se mettre en marge, du fait de leur différence ou de leur potentielle asocialité
  • Il démontre que l’amour doit sans cesse faire progresser la relation à l’autre et qu’il doit s’accompagner d’un respect inébranlable ; cette progression dans l’altérité doit permettre d’accepter l’autre dans ses limites et ses insuffisances (ce qui ne veut pas dire que la critique ne doit pas être vivace dans la communion de vie) et surtout d’accepter un enrichissement par les différences tonique et volontariste
  • Il rend hommage à l’imaginaire de l’enfance, toujours nécessaire à faire vivre et revivre, qui développe des conquêtes permanentes, car il n’y a rien de plus palpitant que le plaisir délicieux de recréer les univers, au bénéfice d’une écoute indéfectible et prolifique d’un enfant acteur, qui se joint à vos dynamiques ou qui vous promène en les siennes
  • Il n’hésite pas à donner de la controverse forte et fougueuse face aux faux semblants et aux petites lâchetés, surtout face à celles et ceux qui croient lire et qui consomment de la «tiédeur » que l’on ne peut appeler littérature… Quelques assaisonnements sarcastiques inspirés s’affichent à critiquer un certain Lémusso (sic !) et permettent de remettre les pendules à l’heure comme de déclamer que le talent se décline par notre capacité à être ému par la réflexion de détenir – en nos lectures – quelques clefs pour un mieux-être collectif et porteur et non pour un pseudo divertissement qui a le mérite de contenter quelques-uns (peut-être) mais qui débouche souvent sur une vision réductrice et non sublimée de la force culturelle…

Laurence sait allier la capacité à raconter une histoire, à donner sens à des personnages originaux et porteurs de différences et surtout à démontrer que toute relation ne sera vouée qu’à l’échec ou à l’absence de pertinence si l’on ne recherche pas à développer des passerelles, et non des barrières, et si l’on ne plaide pas pour une concorde ouverte et un dialogue permanent, porteur de sens, de respiration et de construction.

Laurence, je te remercie et je t’adresse toutes mes affections.

 

Éric

 

Blog Débredinages

 

Comment j’ai réussi à attraper la lune 

Laurence Labbé

Connaissance des œuvres complètes de l’auteure et achat de ses livres, notamment sur son site http://www.laurencelabbelivres.com et par le biais d’Amazon Fulfillment

 

Photo de Laurence Labbé, auteure.

Brooklyn Paradis – Saisons 1 et 2 de Chris Simon

Grâce soit rendue à mon Amie, auteure, Laurence Labbé, pour m’avoir fait rencontrer Chris Simon, au dernier salon du Livre de Paris – Livre Paris 2018 – et ainsi m’avoir permis de pénétrer l’univers différent et passionnel de l’auteure.

Laurence m’a présenté à Chris en évoquant « mes humbles chroniques déjantées » et « ce plaisir investi du décalage, en mes lectures » et Chris m’a déclamé – tout de go – que la lire me permettrait aisément de perpétuer mon goût pour l’humour corrosif…

J’ai donc acquis la collection complète de Brooklyn Paradis (trois saisons à ce jour et une en préparation) et je me permets de vous donner, Amie Lectrice et Ami Lecteur, un retour sur les deux premiers opus, que j’ai lus avec un plaisir intense, car le sens de la narration de l’auteure, avec la juxtaposition de personnages entiers, directs et totalement baignés dans des caractères fonceurs, comme sa volonté acérée de présenter des situations décapantes m’ont totalement convaincu et m’ont inspiré à suivre les pas de ses œuvres complètes.

Pour la saison 1, Michaël conduit un fourgon sur une longue distance et il a pris en équipage, pour la première fois, Dan, qui se trouvait sans boulot et qui considère que cette nouvelle expérience, plutôt bien payée potentiellement, pourra lui permettre de donner une vie plus aisée, à lui, son épouse et les siens, en remerciant son panthéon de religion juive pour avoir réussi cette reconversion.

Quand Michaël laissera un canapé sur le bord d’un trottoir, en demandant à Dan d’en assurer la responsabilité de surveillance, le temps que Michaël gère un contact, en plein embouteillage, les choses vont s’emballer…

Courtney Burden, paysagiste et décoratrice en devenir, qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses enfants, et surtout pour donner sens à son ascension sociale, avec un mari aimant et nervi de Wall Street, ne peut vivre sans une compulsion addictive et frénétique pour dénicher et récupérer toutes sortes d’objet, entraînant un entassement permanent de choses hétéroclites en son garage, comme en les accès de sécurité de sa « brownstone , au grand dam d’Harlan, l’homme couteau-suisse et multi ressources de la maisonnée.

Lorsqu’elle récupère le canapé, avec l’aide de transsexuels s’adonnant à la prostitution, au moment où Dan prenait un plaisir que la religion (juive ou pas) ne lui proposerait pas en première réflexion…, un enchaînement de faisceaux incertains va faire éclater toutes les certitudes.

Le canapé, si passionnant en qualité cuir et en design, pour Courtney, ne se positionne pas comme objet meuble pour ses transporteurs, car il renferme plusieurs kilos de drogue et ne pas le retrouver place Michaël, mais aussi Dan, qui découvre la réalité effective de son emploi…, dans une situation plus que périlleuse avec son commanditaire, peu porté sur la compréhension et la discussion ouverte…

Quand Special K, du nom céréalier du chat de la maison, fera ses griffes sur ce canapé, alors que Sawyer, le jeune enfant de la maison cherche à lui attraper la queue, de la poudre tombe ! Et Sawyer la goûte, entraînant son hospitalisation aux urgences, un message clair du médecin et de la police à la mère de famille Courtney, qui en conclut que la nounou se repère comme toxicomane et qui la licencie donc sur le champ…

L’adolescent de la maison, Cameron, trouve en cette possibilité de récupération de poudre, les moyens de se placer sur les traces de la richesse de son paternel, d’épater ses potes et les filles, de se faire du fric aisément et de devenir un jeune homme respecté, en dealer chic de quartier.

Mais quand il sera repéré par les barons de la drogue locale, eux-mêmes en tension pour la préservation de leur territoire, les choses vont se déplacer sur un terrain beaucoup plus tendu et inquiétant, d’autant que Jason, l’ami de Cameron associe drogue (dont il devient habitué, avec de la livraison facilement accessible, via Cameron) et strangulation visant à exacerber sa libido et une masturbation dynamisante, et qu’il se met fortement en danger.

Lorsque les récupérateurs du canapé se transformeront en pompiers et que l’immeuble des Burden deviendra un enjeu de combat des dealers, seule l’arrivée de la police entraînera un retrait momentané des tensions et l’assurance que la famille Burden apparemment irréprochable et installée, cacherait bien son jeu et ses appétences pour le « hors légal » pour les enquêteurs.

La saison 2 contribue à la nécessité pour Cameron de calibrer ses ventes de drogue, car il n’est plus potentiellement en autogestion et en libéralité, il dépend de Sam Lee Ming, à qui le canapé était destiné, et qui considère que Cameron a inscrit une dette incrustée en son commerce et qu’il ne peut effacer que par une activation de son entregent et le fait de récupérer tous les contenants du canapé.

Cameron ne s’en offusquerait qu’à peine, assez inconscient du danger et certain de son avenir tracé pour être respecté, se faire un nom, gagner de l’argent et devenir le meilleur en son domaine.

Courtney est appréciée de sa clientèle et exprime ses talents de compositrice d’espaces, même si elle ressent qu’elle ne sera pas forcément prise au sérieux par son mari dont le métier l’accapare et qui associe le travail de sa femme à une sorte de hobby, par ses enfants pour lesquels elle reste un objet central de tendresse ou d’incompréhension face à la boulimie de récupération d’objets… et par ses employés de maison qui cerneraient son fonctionnement comme on observe une bourgeoise de goût contestable, assise sur un lit d’or et qui ne regarde le monde que par ses seules œillères.

S’enchevêtrent et s’interpénètrent avec brio plusieurs situations pittoresques, décalées, pétries d’humour et décapantes :

  • Un jeune adolescent qui ne vit plus que par la volonté de dominer les autres et de se construire un empire financier, sans repérage des frontières de l’illégal ou du mal !
  • Une mère de famille qui veut tout à la fois : une vie confortable, assouvir ses envies de posséder, un amour de mari qui la contente en tous points et notamment en intimité, de beaux enfants et des employés à sa disposition et qui n’imagine pas un instant que le factice se renferme dans sa réalité, alors qu’elle ne comprend nullement que les retours critiques qui lui arrivent devraient lui permettre introspection et humilité…
  • Des employés de maison immigrés, à la fois inféodés à leur patronne, mais capables de dire leur ressenti et pour lesquels les visites policières ou d’enquêteurs troublent leur volonté apaisée et le fait de rester en discrétion.
  • Des dealers peu fringants, et aux muscles qui sortent uniquement avec des accompagnements armés, mais qui font la loi et qui bousculent un quartier qui se sentait à l’abri !

L’auteure sait dynamiter les assurances, ne jamais laisser en paix les certitudes et elle donne – au travers de portraits ciselés avec précision et entrain – des messages clairs pour que le libre arbitre, l’émancipation personnelle passent d’abord par la maîtrise d’un destin assumé, d’une vie définie et non bercée de faux semblants ou d’apparences ; en ce sens la Maman de Courtney qui vit d’abord pour sa réalité artistique et qui n’apprécie pas d’être dérangée, même pour garder un petit-fils…, montre le chemin vers une liberté libre Rimbaldienne, tournée vers le sens du bonheur, à conquérir, par la conviction de ne rien devoir à personne.

Merci Chris pour ces flamboyances et ces inspirations et au plaisir de découvrir les saisons 3 (je la lis en ce moment) et 4, à venir.

Merci Chris pour ces partages et notre rencontre qui en promet d’autres.

Merci Laurence pour ton entremise et ton amitié vive qui m’apporte tant !

Éric

Blog Débredinages

Brooklyn Paradis

Saisons 1 et 2

Chris Simon

12€ le volume de chaque saison ; distribution numérique (Kindle, Kobo, Fnac, iBooks, Store and Nook) et papier (Amazon, Barnes and Noble et chrisimon.com)

Aller sur le site www.chrisimon.com et enlivrez vous !

En photos, de gauche à droite : Laurence Labbé, Chris Simon et votre serviteur !

Microfilm d’Emmanuel Villin

Quand le talent du conteur s’associe à l’originalité narrative comme à l’analyse sociétale, nous nous approchons du plaisir inhérent au coup de cœur littéraire, à célébrer et proclamer, sans réserve !

Sans flagornerie hasardeuse qui ne se placera jamais en l’inspirante et dynamisante maison d’édition Asphalte et sans éloge par trop contempteur de l’auteur, je tiens cependant, en cette humble chronique, à dire pourquoi j’ai fortement aimé le livre et pourquoi vous ne pouvez passer à côté de ce moment rare que vous vivrez, en vous y plongeant, car vous vibrerez en des séquences qui mêleront et associeront émotion, décalage, sens de l’absurde, mais aussi réflexions aiguisées sur nos réalités rudes contemporaines.

J’ai retrouvé, en ce livre, la saveur de Ionesco dans la Leçon et ses multiples rappels « comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence… » et de Rhinocéros où l’implacable inconséquence de ce qui est vécu ne peut être contrariée, même si ce qui se passe apparaît sans repère ni cohérence…

Un figurant cinéphile averti et en connaissance appuyée sur la genèse des films et sur leur analyse inventoriée, tente de survivre, entre castings plus ou moins opérants et sollicitations de Pôle Emploi l’incitant à ouvrir son profil de recherche…

Il répond à une annonce, que son Conseiller l’incite à analyser, et trouve presque surprenant que l’on cherche à le contacter aussi rapidement et directement.

Il se présente en une « Fondation pour la paix continentale » située Place Vendôme, peu évidente à repérer, pas forcément accessible au regard, pourtant en un des lieux les plus voyeurs de la Capitale, et se voit engagé, quasi immédiatement, avec pour missions de microfilmer des documents ou d’analyser des dossiers et pièces microfilmés, mais sans appareil de visionnage encore présent, ni disponible…

En attendant que sa mission première prenne forme concrète, on lui demande de compulser une sorte d’encyclopédie explicative de la Fondation et d’en tirer quelques éléments visant à en faire ressortir des axes de communication exploitables pour des publications.

Ces éléments communiqués, le relief inhérent à ce livre étonnant et fort apparaît sur plusieurs strates, en évocation des personnages :

  • Nadège, la secrétaire de la Fondation, avenante et accompagnante de notre personnage principal, pourra apparaître sous un jour différent en d’autres situations… « Aménité un jour, déshumanité toujours … », disait le regretté Desproges…
  • Celle que l’on peut appeler référente « ressources humaines », Lydie Soucy, se positionne avec une communication retenue, mais qui vogue de l’indifférence au cinglant, et qui magnifie au plus haut moins la densité du travail qui l’attend et par délégation la haute responsabilité qu’elle s’imagine développer…
  • Le directeur de la Fondation, qui n’en est pas le Président, – ce que Lydie Soucy répète à foison, marquant par là-même son attachement à l’autorité suprême et pas à se laisser conter par d’autres moins en référence… – semble errer sans mission définie et pourtant il semble se sentir indispensable, derrière des paravents de fumée de cigare…

Quand un spécialiste du juridique recruté avec verve, passionné aussi de cinéma et échangeant des connaissances avec notre personnage principal, se trouvera vilipendé et même mis en retrait de manière tout à fait insupportable par Lydie Soucy et Nadège… et que notre personnage principal, voulant prendre de ses nouvelles, apprendra avec stupeur ce qu’il est advenu de lui, la perception de la Fondation deviendra, pour lui, bien plus périlleuse…

Et un déplacement à Lisbonne pour remettre des feuillets de dépliants et en une rencontre qui laisse planer tous les doutes potentiels sur l’existence possible, en la Fondation, du secret diplomatique ou des missions discrètes, notre personnage principal errera à la recherche de son Patron, pour finir par revenir sur Paris, sans savoir pourquoi il avait fait le déplacement, ces contraintes ressenties deviendront plus majeures…

Il faut lire ce livre comme une ode à notre vécu d’incommunicabilité, où l’on croise des collègues sans se soucier s’ils vont bien ou pas, où l’on est capable de côtoyer quelqu’un mais ne plus s’intéresser à ce qu’il devient, surtout s’il disparaît de la circulation du jour au lendemain, où l’individualisme prend le pas sur le collégial et où l’indifférence et la déférence règnent en parfaite harmonie, sans approche d’un minimum d’ancrage solidaire…

Il faut lire ce livre comme une oraison à l’absurde, car l’on sait bien que le rationnel n’est pas ce qui guide le plus nos actions et donc que l’inconséquence peut se placer en notre quotidien…

Notre héros peut parfois considérer qu’une journée de travail sans mission s’entend et s’organise, que l’absence de mission définie ne se conditionne pas comme une impasse impossible à gérer…

Mais le livre invite surtout à la réflexion sur la condition au travail de celui ou de celle qui sans repérage de ce qu’il a à faire, sans prise en charge collective de son domaine d’activité, peut facilement tomber dans le désarroi, le doute, le déchirement, le stress et donc la dépression…

Il faut lire ce livre si l’on veut reconnaître la cohérence des lignes de métro Parisiennes, dans leur défilé en litanie, si l’on veut arpenter les cimetières comme un nécrosophe (philosophe de la nécrologie, comme le déjanté Bertrand Beyern, que j’admire, et que j’ai rencontré un jour au Père Lachaise, en 1999) et si l’on veut revoir des films d’auteur de référence, car l’auteur parsème à satiété des messages clairs sur des rappels de séquences qui nous invitent à la projection. J’ai même fait ma liste de DVD pour un prochain anniversaire qui arrive…

Il faut lire ce livre en se disant qu’il ne faut jamais, même sous prétexte de rémunération correcte et de possible sécurité d’employabilité (ce qui représente tout de même un luxe investi pour un figurant) accepter ce que l’on nous présente, sans être capable d’en cerner la signification, l’utilité, la fiabilité et surtout la reconnaissance humaine qui s’attache à celle ou celui à qui l’on confie une tâche. Restons humains et en aménité et détestons la déshumanité !

Merci à Emmanuel Villin pour son style aéré, incisif, poétique, pétri d’humeurs et qui se savoure comme une ode à la fraternité, en prenant un Communard en un Bouchon Lyonnais.

Emmanuel, venez sur Lyon, on flânera et on « bouchonnera » !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Microfilm

Emmanuel Villin

Asphalte Éditions

16€

Jon Ronson : La Honte !

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en lisant ce livre important, à considérer comme « une non fiction », comme on dit outre-Atlantique, on s’imagine revivre, avec contrainte lourde, les époques des châtiments publics et corporels, des flagellations en place publique, des mises au pilori et des humiliations directes, au vu et su de tout un chacun. Je sais bien que notre époque contemporaine renferme toujours des régimes et territoires où les spectres de ces vilenies fonctionnent encore et de manière plus qu’aiguisée…, mais il est cependant communément admis en nos sociétés démocratiques et de libre-arbitre que l’infamie ne représente rien d’autre qu’une atteinte à l’intégrité et à la dignité.

Jon Ronson a décidé d’enquêter de manière fouillée et argumentée sur celles et ceux qui ont été les victimes involontaires ou inconséquentes des réseaux sociaux, souvent après une blague qui a mal tourné ou la publication d’un article de second degré mal orienté ou mal cerné… Certaines personnes ont aussi abusé des réseaux sociaux pour dynamiser des plaidoyers professionnels et pour se positionner en reconnaissance d’expertise et ont ensuite fortement souffert de retombées difficiles, quand leurs pensées étaient jugées plus contestables…

L’auteur évoque plusieurs situations vécues.

Celle de Jonah Leher qui se targuait, en abusant de la toile, d’écrire des conférences et des publications de sa seule main, avec des citations empruntées à des personnalités des arts et lettres ; il était très apprécié, reconnu fiable et intéressant, intelligent et cultivé. Lorsqu’un journaliste lui a un jour demandé comment il avait pu citer Bob Dylan sur une orientation de son parcours de vie, sans qu’il ne retrouve nulle part trace de ce qui lui était prétexté, Jonah s’est replié sur lui-même et n’a pu accepter que l’on découvre qu’il inventait des citations ou des emprunts et que même parfois il recyclait des éléments de la toile pour accompagner son travail personnel. Personne ne l’a caractérisé pour un plagiat mais on lui a fortement reproché d’avoir créé un univers imaginaire en faisant croire qu’il s’appuyait sur des analyses d’auteurs crédibles et réelles. Quand le subterfuge a été repéré, les réseaux sociaux l’ont vilipendé comme un menteur invétéré et il devenait l’auteur à la mode qui avait trahi ses fans et qui devait payer…

Justine Sacco s’envolait pour un voyage en Afrique du Sud quand elle a envoyé, avant de s’endormir dans l’avion un « post » de goût d’humour noir, si vous me permettez l’expression, que certaines et certains trouveront douteux en indiquant « qu’elle ne pourrait être victime du Sida sur place, car elle était Blanche… ». Elle pensait que ce message d’humeur moyenne n’allait être lu que par ses « amis » en réseau social et quand elle a débarqué en Afrique du Sud, elle était attendue par une meute enragée, en l’aéroport, qui voulait « casser la raciste » et surtout qui la vilipendait avec une violence et un appel à la haine extrême, on appelait à la violer, à la tuer…

Lindsay Stone avait l’habitude, un brin crétine peut-être, de se faire prendre en photo en décalage avec les interdictions : elle aimait se faire prendre le portrait sur une pelouse où l’on a pas le droit d’aller, se faire identifier en fumant dans un lieu non-fumeur… Et là elle avait décidé de faire un doigt d’honneur en un cimetière militaire. La photo assez grotesque et provocatrice a été publiée sur son réseau social et elle n’a pas cerné que les re-publications lancées allaient déchaîner les passions et que son humour, qui lui appartient et elle en est libre et heureusement, avait été très mal vu et qu’on la considérait comme non patriotique et donc comme une personne « révulsante », à bannir, et tout ce charivaris insupportable lui coûta son emploi, son entreprise ne voulant pas être associée à son image…

L’auteur a rencontré tous les protagonistes de ces lynchages publics et s’il leur donne de l’empathie, il leur rappelle aussi qu’il faut se garder de tout angélisme ou de toute forme de naïveté, car contrairement à ce que les personnes avaient pu penser, la toile est ouverte, non protégée et tout ce que l’on y met se retrouve et s’utilise et la méfiance ou la prudence s’imposent.

Et il nous met face à nos responsabilités. Deviendrions-nous des adeptes du lynchage généralisé, en nos réalités actuelles ?

Pour lui, on aime crier avec la foule pour :

  • Dénoncer des comportements que l’on juge peu pertinents ; et les cas cités plus haut peuvent s’y rapprocher, mais ils ne mettaient pas en cause les institutions et ne portaient à conséquence qu’au détour d’une plaisanterie mal cernée et surtout publiée sans cohérence. Car comme le dit mon vénéré Desproges « on peut rire de tout, on peut réfuter toute sacralisation, mais pas avec n’importe qui ». Or la toile transfère tout et notamment auprès du n’importe qui…
  • Aller dans le sens de la colère incisive fait du bien au plus grand nombre, cela donne la même force que celle affectée par le Prince dans l’arène quand le public présentait le pouce en position basse pour sanctionner la mort de l’infortuné gladiateur ; on se permet, comme pour certains supporters en stade, de tomber dans la vulgarité la plus écœurante, la plus insupportable et on considère l’autre comme une misère qui ne représente rien et l’on se positionne comme si l’autre devait être la référente bête immonde…
  • Se pourvoir et se mouvoir dans ces agitations négatives permet, surtout si l’on veut se « cogner » à celles et ceux qui ont eu du pouvoir ou de la notoriété, de se sentir acteur lanceur d’alerte, acteur « robin des bois » du futur, redresseur de tort, pourfendeur des corruptions et insuffisances de celles et ceux qui en ont trop profité…

Et il nous invite à considérer que si la toile représente un instrument palpitant et moteur, elle reste aussi un lieu maléfique car toutes les personnes dont il a reçu les témoignages ne pourront jamais plus vivre comme avant, car les moteurs de recherche rappelleront pour de longues années ce qui les représente et leur e-notoriété ne sera que crainte, contrainte et porteuse de messages malsains. Et quand on sait que tous les recruteurs regardent toujours les e-réputations en surfant sur le net, on sait que cela placera les personnes, dont le vécu aura été lourd de passé, dans une situation très pesante et rude.

Un livre qui aide à réfléchir et qui doit vous être approprié avant d’écrire un message sur facebook ou twitter, « quand vous voudrez vous payer quelqu’un » ou quand vous voudrez vous lâcher dans une diatribe contre une personne que vous ne pouvez sentir…

On a le droit de critiquer, pas de placer quiconque en atteinte à son intégrité.

Amitiés vives et faisons en sorte ne pas être honteux d’avoir sali et/ou rendu honteux quiconque !

Je deviens moraliste, rassurez-vous, ce sera tempéré et ponctuel.

 

Éric

Blog Débredinages

La Honte !

Jon Ronson

Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau

Éditions Sonatine

21€

Vasco de Gama – Le premier voyage 1497-1499 – La relation attribuée à Alvaro Velho

Ce livre, au sens précis et intrinsèque du terme, constitue une vraie pépite.

Pépite car il renferme un texte rare et fondateur.

Pépite car il se lit comme un roman d’aventures ou de pionnier.

Pépite car on ressort de sa lecture, bien mobilisé, avide de promenades à venir et reconnaissant des explorations et découvertes passées, pour élargir les champs du possible…

Alvaro Velho, dont l’identification reste incertaine mais vraisemblable, a accompagné Vasco de Gama, pour son voyage aux Indes, par le passage du cap de Bonne-Espérance entre 1497 et 1499 ; il demeure un témoin manifeste du vécu de cette expédition, de ses prises de risque, des rencontres développées et des informations recensées, pour comprendre et cerner les réalités d’un monde qui s’ouvrait et dont le commerce s’étendait.

La fin du XVème siècle inscrit deux évènements majeurs, le débarquement dans les Bahamas, repérées comme les Indes, pour le compte d’Isabel de Castille, par Christophe Colomb, et la liaison entre Europe et Inde, par le circuit maritime du Cap de Bonne-Espérance, par Vasco de Gama, pour le compte du roi Manuel Ier du Portugal.

Espagne et Portugal signèrent un traité dit de Tordesillas, en 1494, qui fixait comme frontière entre eux, le méridien, qui divisant la terre de pôle à pôle, passait à 370 lieues maritimes à l’ouest du Cap Vert. Ce qui serait découvert à l’est du méridien serait Portugais, et ce qui serait découvert à l’ouest du méridien serait Espagnol. Selon les historiens les Portugais connaissaient déjà à cette époque l’existence du Brésil et auraient gardé cette information secrète, sachant que cet immense potentiel territoire leur reviendrait…, ainsi que les éventuelles conquêtes que  l’expédition menée par Vasco de Gama aurait développées.

La flotte de quatre navires quitte Lisbonne, à l’emplacement de l’actuelle et sublime Tour de Belém et fait escale trois semaines après le départ sur l’une des îles du Cap Vert, point de rencontre des bateaux, en cas de perte de vue commune, même si l’organisation Portugaise vise à rester au plus près des côtes.

Un des navires porte à son bord Bartolomeu Dias, le premier à avoir doublé en janvier 1488 le cap de Bonne-Espérance.

Une escale se structure au château de Saint-Georges de la Mine, construit par les Portugais en 1482 sur la côte de l’actuel Ghana, où Dias s’arrêtera.

Puis s’ensuit une longue et palpitante navigation dans l’Atlantique Sud où l’on perd le contact avec les côtes pour éviter écueils et récifs pour atteindre début novembre la baie de Sainte-Hélène, au nord du Cap.

Le 16 novembre les navires double le Cap de Bonne-Espérance et s’identifient, en la lecture, des messages forts de conseil et d’accompagnement des navigateurs, car la rencontre des courants de deux océans entraîne une pénétration difficile et des précautions assouvies.

Puis s’organise une escale plus longue dans la baie dite de Sao Bras au cours duquel un navire de ravitaillement est détruit, car devenu inutile pour la poursuite de la navigation, et le 16 décembre les équipages atteignent le point extrême joint par Dias en 1488.

Puis les navires décident de remonter la côte nord de l’Afrique Orientale, où il est repéré une présence musulmane de plus en plus importante, analysée comme dominatrice par notre chroniqueur qui n’oublie pas qu’il navigue pour le compte d’un roi du Portugal pétri de chrétienté…

Les escales dans les îles du Moçambique se déroulent difficilement avec des heurts directs signifiant une nécessité de prendre le large, mais à Malindi, au large de Zanzibar, le roi local propose aux navigateurs un pilote éclairé chargé de les aider pour la poursuite du voyage et donc potentiel partenaire commercial.

Vasco de Gama traverse ensuite l’Océan Indien et la terre est joignable le 18 mai 1498.

Les Portugais ont atteint le but ultime de leur voyage, Calicut, et effective terre du sud de l’Inde, la vraie, elle…

Vasco de Gama remet des lettres de doléance de Manuel Ier au Raja local mais les relations directes ne se placent pas en aisance et se structurent souvent avec des hostilités développées.

Les navires rentrent sur leurs bases de navigation arrière, sans points de relais commerciaux établis, notamment pour les épices ; une halte est effectuée pour nettoyer les navires et se ravitailler, et, une personne embarquée, qui parle le Vénitien, semble plutôt se positionner comme un espion potentiel…

La traversée de l’Océan Indien s’affiche en péril absolu, avec une épidémie lourde de scorbut qui fait des ravages et qui décime les équipages, qui arrivent exsangues sur les côtes de Somalie début 1499.

L’escale à Malindi se déroule posément et un navire est détruit par obligation, car les membres d’équipage se trouvent trop réduits pour poursuivre le voyage.

Le texte s’arrête au large de la Guinée Bissau en avril 1499, sachant que le frère de Vasco de Gama ne pourra arriver à Lisbonne, épuisé et malade.

Notre chroniqueur a pu être lui-même atteint du même mal ?

Les rescapés organiseront une procession en témoignage du péril vécu et de la recommandation à Dieu des âmes de leurs camarades.

Et les deux lettres de marchands Florentins, incluses dans le recueil, montrent que le commerce passera désormais, sous les auspices du Portugal, par la voie de navigation qui contourne l’Afrique et qu’elle commencera à concurrencer, de manière redoutable, la route des épices passant par l’Egypte et la Méditerranée, monopole des Vénitiens, et cette potentialité de concurrence semble ravir nos Florentins, pour damner le pion à Venise

Le livre se parcourt comme une ode au voyage, à l’invitation et à la découverte sensible ; certes il magnifie le Blanc et l’Européen et il ressort des rêves de conquête et de colonies possibles, mais il est aussi respectueux des différences et de la volonté de se comprendre par les échanges et le commerce.

Et les malheurs des navigateurs, dont peu ont pu arriver à bon port, au sens strict, doivent aussi nous inspirer car sans leurs combativités et leurs élans, notre monde aurait été moins bien cerné, connu et identifié.

Un livre très agréable à lire et passionnant et de bout en bout, cadeau de mon fils Arthur, à Noël, à qui je dédie cette humble chronique.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Vasco de Gama

Le premier voyage

1497/1499

La relation attribuée à Alvaro Velho

Éditions Chandeigne

Magellane Poche, la bien nommée collection !

 

D’exil et de chair d’Anne-Catherine Blanc

Parler et écrire sur l’indicible ou sur l’enfoui ne représente jamais une chose aisée. On peut facilement tomber dans la mièvrerie ou dans la litanie des bons sentiments de celles et ceux qui se morfondent en se désolant des réalités ambiantes… mais qui n’agiront jamais pour que les choses puissent changer en mieux…

Pour Anne-Catherine Blanc cette gageure se repère plus qu’atteinte puisqu’elle réussit à exprimer le réel le plus rude en témoignant une empathie permanente pour ses personnages tout en clamant la volonté d’un regard positif, précis, qui se transformerait si ce n’est en compassion, tout du moins en accompagnement solidaire.

Elle ouvre ce regard nécessaire vers celles et ceux qui ont quitté leurs terres du fait de la guerre, des souffrances, des manques de reconnaissance, des réalités économiques insupportables et qui ne peuvent jamais être perçus comme des citoyens du Monde, mais simplement comme des gens d’ailleurs, que l’on croise ou que l’on dénigre, mais que l’on ne rencontre pas vraiment pour les découvrir…

Brassens chantait « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part » avec raison puisque comme le dit son disciple Maxime Le Forestier « on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher… »…

Il reste que l’appartenance à un territoire fermé se place comme une réalité assez ancrée et si personne ne considèrera que l’on ne puisse pas s’attacher à des ou ses racines, l’enrichissement par la différence doit toujours prendre le pas sur le repli primaire sur soi et sur l’absence de geste fraternel envers celle ou celui qui vient d’ailleurs parce qu’il n’a pu faire autrement…

Anne-Catherine cherche en ce livre à tenter de sauver les migrants « du deuxième exil, le plus terrible, celui de l’oubli » et d’ailleurs le terme d’exilés s’analyse comme beaucoup plus juste que celui de migrants, puisque l’on s’exile par obligation alors que l’on peut parfois migrer par choix, mais l’on sait que les mots employés se veulent apaisants et politiquement corrects et qu’il est plus simple de se positionner en appui pour « des camps de migrants » forcément temporaires… que de se dire que les exilés doivent prendre place en nos réalités et qu’ils y apporteront leurs concours pour le grand bénéfice « de l’entraide et des croisements » comme le disait le regretté Prix Nobel Georges Charpak, Prix Nobel pour la France, alors qu’il venait d’une famille d’exil…

Comme un opus à tiroirs où s’enchevêtrent les réalités et destins de personnages qui s’entremêlent, Anne-Catherine nous conte les vécus de Mamadou Diamé, obligé de s’engager dans l’armée Française, en tant que tirailleur Sénégalais, puisque s’il n’avait pas fait ce pas là, il aurait été mis face à ses responsabilités pour son village ou sa famille, car les recruteurs coloniaux recherchaient des valides costauds et qu’il en faisait partie et qu’il convenait que chaque localité apporte son tribu à ce qui se préparait en métropole… de Soledad Juarez, dont le mari vient d’être assassiné sauvagement devant les yeux de son fils en pleine Catalogne Républicaine et qui quitte son pays de peur que celui, riche et bien-pensant, propriétaire et fier de lui, commanditaire au moins par collatéralité du meurtre de son mari ne cherche à lui imposer de devenir sa femme et ainsi de trahir les idéaux de son aimé… et d’ Issa Diamé, qui cherche à fuir son Sénégal sans repères suffisants et qui rêve de découvrir et pourquoi pas de conquérir « Londres », dont il a détaché quelques pages de magazine et dont il se repaît souvent pour y puiser la force de partir et l’espoir aussi plus ou moins conscient d’un monde plus porteur…

Ce livre écrit avec tact, avec un style incisif choisi et pénétrant, nous conduit, au fil des différents chapitres, qui parfois et souvent se croisent et s’influencent, à suivre le parcours de trois personnages, dans leurs quêtes désespérées d’un meilleur à venir et dans leurs tensions, contraintes et périodes rudes et insupportées :

  • Mamadou se retrouvera dans un camp à Rivesaltes, en 1938, destiné à parquer les réfugiés du Franquisme et que le Front Populaire devait accueillir en « frères républicains » mais qu’il encerclera, en attendant de voir comment l’Europe évoluera…, alors que l’on savait déjà que la légion Condor testait les armes Nazies et que les impitoyables réalités à venir prenaient déjà corps et cœur, dans le sang, et que Picasso pour l’exposition internationale de 37 avait déjà tout dit avec Guernica… Blum regrettera « ce pacifisme de la lâcheté » et la non intervention solidaire en Espagne, mais comme il l’a dit dans ses mémoires « déjà que l’on me reprochait d’être juif… »…
  • Mamadou se demande ce qu’il fait vraiment sur ce site et s’il accomplit sa besogne de rappel à l’ordre par la force si cela est nécessaire, il ne cerne pas ce que signifie sa mission, si ce n’est qu’il croise un homme de cuisine apaisant et ouvert et un responsable militaire inconséquent et toujours heureux de son piètre pouvoir…
  • Quand il rencontre Soledad, transie de froid en ce camp ouvert aux quatre vents, dont on ne peut se dépêtrer, il lui donne un café qui réchauffera temporairement son cœur et il lui apportera petits sucres et lait pour accompagner le quotidien sinistre qu’elle essaie de rendre acceptable pour son fils Jacinto…
  • Et Issa traversera toutes les péripéties les plus effroyables, entre chavirage de pirogue au large de la Mauritanie et esclavage dit moderne dans une compagnie pétrolière en Libye, pour tenter de joindre sa quête d’Europe et pouvoir ainsi structurer sa vie pour laquelle il ne repère aucun salut et aucun espoir…

Comme dans la vraie vie, on rencontre dans ce livre, prenant et maîtrisé, des personnages sans vergogne comme ce militaire nazi qui voudrait qu’on lui « cède » les Tirailleurs Sénégalais après l’armistice de 1940, comme ce sbire du propriétaire terrien de Catalogne prêt à toutes les lâchetés pour servir en se disant que cela lui procurera une reconnaissance milicienne…, comme ces hommes de l’ordre au Maroc qui effraient les candidats à l’exil pour les ramener sur les eaux territoriales de Mauritanie, car s’ils tombent dans ces eaux-là, ce ne serait plus de leur ressort d’avoir la bonté de les « récupérer »…

Mais on rencontre aussi des hommes et femmes de courage et de dignité comme ce militaire qui ne trahira pas ses hommes tirailleurs et qui se dévoue avec conviction, comme ce vieillard en Mauritanie qui recueille Issa éploré et blessé et lui assure la survie minimale, comme cet ami d’Issa qui lui fera découvrir le camp de Rivesaltes sur les traces du passé, peut-être même familial qui sait… et comme ce dessinateur Catalan qui fait le portrait de ses compagnons d’infortune dans le camps de Rivesaltes et qui remettra à Mamadou son effigie, qu’il conservera précieusement toute sa vie durant…

Il vous faut lire ce livre admirable dans sa sonorité car il clame et décrit le réel pour mieux accompagner et célébrer le geste solidaire salvateur, car il évoque des personnages entiers qui ne se morfondent jamais et qui essaient simplement de se tenir dignes et d’avancer et il place surtout un lien indéfectible, sous forme de passerelles récurrentes, entre exilés, car Mamadou, Soledad et Issa, dans leurs destins croisés et différenciés, donnent aussi naissance à d’autres fougues, fugues et envies comme à d’autres destins, qui seuls permettent au monde de s’ouvrir, de s’émanciper et donc de s’enrichir…

Et comme le disait le Père Delorme au moment de la marche des Minguettes en 1983, « le monde c’est comme une mobylette, il n’avance bien qu’avec du vrai mélange » !

Merci à Anne-Catherine pour cette ode solidaire en ce début d’année où mon vœu se placera, en ses traces, pour que l’on puisse découvrir l’autre, apprendre de lui et construire ensemble avec l’assurance de vivre une expérience porteuse et mobilisatrice.

Un vrai beau livre et un espoir de ne pas oublier les exilés !

 

Éric

Blog Débredinages

 

D’exil et de chair

Anne-Catherine Blanc

Les Éditions Mutine

18€

Pour aller plus loin, allez faire un tour, ou plus, sur le blog inspirant et toujours « recenseur de pépites » de mon ami Yves, appelé Lyvres, et lisez sa chronique sur le même livre d’Anne-Catherine Blanc, notamment, dont voici le lien : http://www.lyvres.fr/2017/12/d-exil-et-de-chair.html

Et j’irai apporter quelques fleurs au mémorial de Chasselay, prochainement, proche de chez moi et en pensant fort à Anne-Catherine et notamment au personnage de Mamadou !

La Miraculée par Annette Lellouche

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous souhaite une belle année 2018, apaisante pour vous et les vôtres et pour ainsi penser aux essentiels, dynamisante pour éclore vos projets et envies et gratifiante pour que l’on reconnaisse vos engagements et talents inspirants.

J’adresse tous mes vœux fraternels et affectifs à Ma Très Chère Amie, Annette Lellouche, auteure toujours volontariste et réflexive, qui associe, en ses livres, la précision narrative avec une tonalité empathique et bienveillante qui n’exclura jamais sa capacité à dire ce qu’elle ressent et pense, quelles qu’en soient les conséquences, car la vie est aussi faite de choix, de décisions, qui façonnent notre force à surnager en nos troubles vécus et à marquer nos différences !

Je viens de lire et de relire son dernier opus, qui s’affiche comme un vrai roman naturaliste ou comme un récit de vie, mais qui se place surtout comme une ode à la résilience, à la volonté indéfectible et permanente de combativité et de courage face aux éléments de noirceur ou aux difficultés qui s’amoncellent… et comme un hommage à la vraie amitié, celle qui partage les liens et ouvre les communications, qui jamais ne juge et toujours appuie ou renforce les fidélités.

Je savais qu’Annette avait vécu de longs moments d’immobilisation et de tension les mois passés, mais je n’avais pas pris le soin d’aller plus loin ou en profondeur… pour connaître le sens de son vécu rude et de lui témoigner ainsi une affection continuelle et directe ; je ne vais pas, car ce serait contraire à nos forces amicales, solliciter une sorte de pseudo-pardon pour mon relatif éloignement, par cette chronique, car je veux parler de son livre percutant, écrit avec une plume acérée et précise, mais je me permets tout de même de dire à Annette que même si j’ai pas assez cerné ce qu’elle vivait en douleurs, j’étais présent, avec elle, par la force des esprits d’amitié qui nous anime.

Cette amitié s’étire depuis plus de 5 ans, lorsque nous nous sommes rencontrés et plus qu’appréciés au détour d’une chronique dans un blog collectif d’une belle aventure appelée « Les 8 plumes » où je commentais le récit de Marguerite Duras sur ses entretiens avec François Mitterrand, et où Annette plaça un commentaire, en lien avec un livre puissant qu’elle venait d’écrire « retourne de là où tu viens » et qui marquait un sens aigu à ne jamais accepter les enfermements et les replis et ainsi affirmer nos authenticités avec la seule réalité qui nécessite une inflexibilité totale : le refus de se laisser abaisser et de perdre sa dignité !

Je retrouve dans La Miraculée la percussion du livre qui fut le prélude à nos débats et rencontres.

Annette décrit ce qui lui survint la nuit du 4 octobre 2016. Oiseau nocturne et noctambule qui se déplace sans heurs et sans bruit, Annette a l’habitude d’aimer contempler les lumières et les senteurs, quand nos réalités puisent un sommeil profond, et elle ne se lève pas par contrainte, mais par élan, par goût et pour profiter de moments qui lui appartiennent et qui la retiennent.

Je connais sa délicieuse maison et ses jardins envoûtants et elle et son mari, Paul, que je salue, constituent des ferments de gentillesse et de délicatesse ; les invitations partagées renferment une ouverture aux débats et un plaisir de retrouvailles.

L’on ne pouvait éviter son escalier stylisé et monumental, tout en arpentage italianisant, mais sans rampe, car elle défigurerait son intégration spatiale et son élancement propice à toutes les légèretés, aux envols et aux rêveries, rassemblant ainsi toutes les captations des imaginaires d’Annette.

En cette nuit où les habitudes qu’Annette prenait pour déambuler silencieusement et sans lumière, pour ne créer aucune perturbation, auront peut-être pu fugacement s’oublier, elle fit une chute très lourde qui lui fit perdre connaissance et la fracassa. Elle remercie simplement, toujours avec sa douceur habituelle, une sculpture, qui chavira sous l’onde de choc de la chute effrénée et qui ainsi réveilla son mari qui put donner l’alerte… Car Annette avait perdu connaissance et perdait son sang…

Le livre d’Annette évoque ses combats, ses douleurs, ses détestations, mais aussi ses reconnaissances comme ses volontés de reconstruction ; elle décrit toutes ses réalités, non comme un témoignage exutoire, mais comme le récit d’une force fière qui se sent responsable de ce qui est arrivé mais se refuse explicitement de s’abandonner au désespoir ou à l’inéluctable, pour donner corps et cœur à la nécessité d’engager un combat pour se reconstituer et montrer que la vie peut repartir par-delà toutes les obscurités.

Elle crie l’absolue promiscuité des services d’urgence où les patients attendent, sur leurs brancards mièvres, de connaître quand aurait lieu leur prise en charge, même si elle est consciente de la volonté des personnels de gérer au mieux toutes les réalités auxquelles ils doivent faire face.

Elle crie, avec la détresse de l’infortunée qui attend d’être écoutée, qu’elle ne veut pas être placée avec un numéro d’ordre, alors que la douleur s’affiche au milieu de pertes de connaissance et d’une fatigue installée consécutive à la chute qui la laisse avec un bras en miettes, des côtes touchées et des hémorragies pénalisantes et que son cas nécessite un traitement rapide, sans se considérer comme le centre du monde…

Elle crie son absence de compréhension qui la fait partager une chambre avec une personne troublée psychologiquement et violente, et elle craint autant pour sa sécurité que pour celle de sa comparse dont elle ne peut que cerner les perturbations qui nécessitent des soins adaptés.

Elle crie surtout sa révolte face à l’absence de compassion quand un personnel quitte son travail et qu’il la laisse, sans aide ou relais, ni regard, seule face à l’expression de ses besoins élémentaires, alors qu’elle doit se soulager… et qu’elle ne peut l’exécuter efficacement seule, sauf à perdre toute forme de dignité… Et l’on sait depuis Michel Foucault que « qui détruit un homme (ou une femme), sciemment les détruit tous (ou toutes) ».

Elle rend hommage à un chirurgien, auquel le livre est dédié, qui réalise un travail d’orfèvre et reconstitue le coude d’Annette et lui évite une possible amputation qui n’était pas à exclure et qui l’appuiera dans tous les efforts qu’elle va entreprendre, pour recouvrer sa mobilité et pouvoir compter sur ce bras meurtri, qui la fait tant souffrir et qui se repose comme un fardeau inutile…

Elle rend hommage à ses condisciples des temps de rééducation où entre soins, exercices et nécessités de s’étirer toujours à la limite du douloureux indicible, on peut se retrouver, partager, et se livrer à des moments de fête ou de saine camaraderie.

Elle rend hommage à ses amies et amis, les vraies et les vrais, qui lui ont témoigné l’accompagnement et le soutien et l’ont guidée pour garder le cap de sa reconstitution ; elle crie sa hargne face à celles et ceux qui se livraient plus à de la moralisation et qui répétaient de manière insatiable que cet escalier sans rampe représentait une fatale incohérence…

Or cet escalier, photo de couverture du livre, représente effectivement Annette, je le répète, dans sa ligne de fragilité de construction et dans sa force de démonstration où l’on s’élance à l’escalader, car Annette représente la gracilité et l’élan dans l’effort, la délicatesse incarnée et la capacité à dire « non ».

Annette va avoir du mal à trouver le kiné qui saura la comprendre, la cerner et l’encadrer et elle crie les insuffisances de cabinets oublieux des règles d’hygiène et peu scrupuleux sur les demandes de versements de la sécurité sociale, qui exigent pourtant un temps minimum de « manipulation » pas toujours respecté, mais elle finira par avoir le repérage d’une confiance qui l’entourera et la fera progresser, jusqu’à non pas la rédemption mais l’assurance d’avoir accompli le chemin pour recouvrer indépendance et fierté corporelle, pour toujours exister et ainsi ne jamais s’assister…

Lisez ce livre formidable, tranche de vécu, direct, incisif, plein, entier et toute à la volonté de donner élan et inspiration pour avancer, progresser et comme disent les sportifs, « ne jamais rien lâcher ! ».

Chère Annette, je t’embrasse très affectueusement et que 2018 apporte de nouvelles réalités à tes talents de conteuse ; mais je sais que ce n’est pas un vœu que je formule, juste une humble exigence pour avoir le plaisir inassouvi de te lire.

Et repère toi en tranquillité, si je peux être un appui, je ne te donnerai pas mon bras pour une escalade, tu es trop indépendante et impétueuse, pour n’avoir que l’envie de t’y livrer, seule !

 

Éric

Blog Débredinages

 

La Miraculée

Annette Lellouche

A5 Editions

15€

 

Les îles du matin de Guy Mazeline

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous pouvez aisément, en cette humble chronique, retrouver le charme suranné des écritures passées…

Qui est Guy Mazeline, me direz-vous ?

Il est surtout connu pour avoir remporté le Prix Goncourt 1932, avec son opus « Les loups » qui a devancé, contre toute cohérence prévisible (mais les prix remis se repèrent-ils avec une notion de cohérence…) l’indépassable « Voyage au bout de la nuit » de Céline qui ne récoltera que le Renaudot, en cette même année…

Je n’avais rien lu de lui et avais plutôt une image ancrée de mièvrerie, d’auteur de bluette, que j’avais en germe, narrée essentiellement par la déception des Céliniens, dont je fais partie, qui ne peuvent concevoir qu’un livre qui a révolutionné le sens de l’écrit, en incorporant une « petite musique » de différence, puisse avoir été oublié par les pontes des récompenses, au bénéfice d’un auteur plus en retrait…

Comme à mon habitude, je me suis promené au hasard des rayonnages de bouquiniste, précisément à Saint-Raphaël, en ce mois d’août 2017, et j’achetais, pour le prix modique de 1 euro, ce livre datant de 1936 et d’abord stylisé, non nécessairement trop pompier et pompeux, mais qui se savoure souvent intensément et qui recouvre des réalités sociétales encore très actuelles et valorisantes.

Élisabeth vit au Havre, elle est issue d’une famille aisée et vit avec un époux aimé et aimant, Didier, qui lui a donné un fils trop idolâtré et capricieux, mais apprécié et volontaire.

Elle se sent respectable et respectée et elle fait partie du monde des personnes dont on parle et qui peut donner libre aspiration à ses pouvoirs comme à ses envies.

Elle sait qu’elle fût aimée par Benoît, le frère de Didier, aussi intrépide et imprévisible que son frère et époux apparaît mesuré et apaisant, mais cette histoire demeure enfouie et il n’est pas prévu lui donner un nouvel essor.

Secrètement Didier veut solliciter une mutation pour travailler dans les Antilles (les îles du matin) et ainsi se libérer d’un joug familial pesant, notamment d’une mère possessive et fortunée, comme d’une grand-mère matriarche et décideuse de tout, sollicitant sans cesse des tiraillements pour mettre à mal la cohésion possible de la famille, par volonté jubilatoire de lui donner une force de division…

Le père d’Élisabeth, capitaine de vaisseau ayant échappé à un naufrage et très apprécié de ses matelots sauvés, ne peut imaginer le départ de sa fille admirée et de son petit-fils choyé et il ne peut s’empêcher de contrarier ce dessein de départ, qu’il considère comme mal venu, économiquement négatif pour les prétentions du couple pour s’imposer en société et incitateur d’incertitudes car la vie en « colonies » inspire la différence et donc agrémente la propagation de nouveautés libertaires, forcément progressistes et donc attentatoires aux ordres établis…

Élisabeth finira par partir aux Antilles, avec Didier, et appréhendera le plaisir de prendre part à sa vie, à ses plaisirs, à ses priorités, à vivre pleinement, en réfutant toute forme de représentation.

Et elle rencontrera Guillaume et elle l’aimera passionnément et tendrement, par-delà les convenances et les offuscations décrites, la considérant comme une mère indigne qui abandonne son fils et qui se métamorphose en infidèle, alors qu’elle était dévouée et même soumise à son mari…

Ce livre peut être perçu comme un opus sans intrigue, assez plat, et référençant des communications contemplatives sur une famille vivant soubresauts et compromissions, dans les années trente.
Mais cette analyse serait bien réductrice.

Ce livre se savoure et se déteste pour quatre raisons diversifiées, à chaque fois, ce qui donne corps à l’acronyme de ce blog de « s’enrichir par la différence ».

Il se savoure car il se place comme féministe avant la lettre avec une femme qui désire vivre sa passion au grand jour, par-delà les remontrances des corps constitués et des pesanteurs.
Il se savoure car il déclame que la vie familiale s’assortit d’intrigues et de coups bas qui s’orchestrent juste pour démontrer que les libertaires d’un moment peuvent devenir les conservateurs invétérés d’une autre époque.
Il se savoure car il évoque avec une dimension très poétique les promenades dans les criques, inspirantes pour toute rêverie contemplative.
Il se savoure car il planifie la victoire de l’amour sur le pouvoir.

Il se déteste car il utilise une langue trop maniérée, souvent empâtée et inutile.
Il se déteste car les personnages manquent souvent de candeur, de courage et de conviction et cependant l’auteur leur donne parfois plus d’ampleur que celles et ceux qui résistent.
Il se déteste car il ne peut s’empêcher de considérer que les relations dominantes nécessitent un patriarcat rigide et garant de ses avantages ou principes féodaux.
Il se déteste car à la fin Élisabeth semble livrée à elle-même sans appui et sans écoute…

Mais l’auteur mérite un arrêt, une lecture, un passage, une promenade, un vagabondage et je vous invite à lire du « Mazeline », ne serait-ce que pour se dire qu’il ne pourra jamais atteindre Céline !

Éric
Blog Débredinages

Les îles du matin
Guy Mazeline
NRF Gallimard
1 euro chez le bouquiniste de la gare de Saint-Raphaël, merci à lui car il renferme de fortes pépites !

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