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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar

Que voilà un roman noir incisif, direct, enlevé, qui s’affiche sans concession.

L’action se déroule à Santa Clara à Cuba, ville où l’auteur tient également une librairie « La Piedra Lunar ».

Le commissaire de quartier, Leo Martin, doit enquêter sur le meurtre d’un caïd assassiné par un marteau de cordonnier.

Leo Martin soupçonne instantanément, justement, un cordonnier de profession, en tous cas qui s’affiche comme tel, qu’il ne supporte pas, dénommé Chago Le Boeuf, impressionnant et insaisissable.

Mais bien évidemment la ficelle paraît un peu grosse…

Le cordonnier vient lui-même au commissariat pour évoquer le vol de son outil.

L’enquête menée au galop s’inscrit avec de nombreuses escales aventureuses, emboîtées de chausse-trappes, de confusions, de mensonges par omissions, de coups de gueule :

  • L’on prend la piste des prostituées, celles surtout dénommées « jineteras », jeunes femmes aux charmes en relief, qui s’affichent et vendent leur corps auprès des hauts fonctionnaires Cubains comme des touristes, qui semblent mieux vivre les réalités économiques mais qui alternent surtout entre peur récurrente – car la vie sociale se place souvent avec des fracas grégaires – et volonté de prendre le large pour faire autre chose, permettre aux enfants une vie plus apaisante…
  • L’on suit la nudité de Raquelita, les inspirations de La Cuqui toujours en cohérence avec les ferveurs des touristes qui prennent les plages de Cuba pour des fast-food de chair,  la crudité de la description de Cleopatra avec un « corps pour la rumba, métisse au cul bas et plantureux » ainsi que celle de La China «  aux jambes longues et fuselées, aux cuisses fermes et aux fesses rebondies, aux seins durs et turgescents » qui vous porteront en des invitations où se mêlent une sensualité débordante mais aussi une lassitude en une vie non choisie qui perdure, qui entrave les espoirs de liberté, de maîtrise de ses propres projets…
  • Vous vous promènerez en le parc Vidal, vous cernerez pourquoi il est important de préserver les chouettes, malgré la volonté des techniciens de lutter sans faille contre la prolifération d’un oiseau emblématique et conquérant de ces espaces.
  • Vous croiserez des personnages complexes qui oscillent entre le policier peu scrupuleux, le fonctionnaire avide, où se mélangent sans difficulté les mauvaises intentions, les coups fourrés  et les lâchetés ;  le Commissaire surnage en cette mélasse avec un pessimisme consommé et une lucidité claire sur les  limites de la société Cubaine, tout en marquant ses humeurs avec un envol d’espérance.

On savoure un livre original, tonique, délicieusement charnel, qui pénètre la vie du Cuba actuel, à qui l’on souhaite de consacrer enfin ouverture économique, conservation des traditions culturelles et surtout reconnaissance de la liberté : le chemin sera bien long mais Lorenzo Lunar nous invite à l’emprunter en connaissance de cause, et ce livre y participe, c’est important !

Éric

Blog Débredinages

Coupable vous êtes

Lorenzo Lunar

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy

Asphalte Éditions

16€

En Birmanie de George Orwell

Amie Lectrice et Ami Lecteur, belle année 2022, avec une santé préservée et la présence permanente de « petites douceurs » pour tenter d’oublier nos réalités sanitaires rudes qui durent et usent…

George Orwell s’appelait Eric Blair.

Il paraît que les « Éric » sont « volcaniques ».

Il est vrai que d’Éric Tabarly à Éric Cantona, ils ne mâchent pas leurs mots ou convictions, indifférents aux retours bienpensants…

Pour ce qui me concerne, cela correspondrait totalement à mes racines Auvergnates, que mon nom rappelle en récurrence, même si je ne suis pas de nature querelleuse, ce qui ne veut pas dire que j’apprécie la mièvrerie…

Ce livre, que je n’avais jamais lu, est intégré précieusement dans les œuvres complètes de l’auteur, dans la bibliothèque de La Pléiade.

Il constitue, avec les derniers romans dits « des îles » de Robert-Louis Stevenson, un témoignage majeur du refus des colonialismes, des impérialismes, dans le Pacifique, aux Samoa pour l’auteur Écossais, en Birmanie pour l’auteur Anglais.

Orwell fut fonctionnaire en Birmanie, s’y ennuya fortement.

Il était excédé par le peu de considération des Britanniques pour les autochtones, par l’impossibilité de « se mélanger », puisqu’un colon ne pouvait que vivre replié avec ses compatriotes, indifférent du sort des « indigènes » qu’il ne pouvait côtoyer qu’en les employant en gens de maison ou dans des activités professionnelles dites de civilisation.

Ce livre puise dans l’expérience de l’auteur, représente une force émotive majeure.

Flory exploite une concession forestière, mais il vit plutôt en reclus, car il semble marqué plus que dans sa chair par une tache de vin sur toute une partie de son visage, qui l’a habitué à présenter toujours le profil considéré comme « sain » à ses interlocuteurs.

En différence de toutes les habitudes coloniales, il rend fréquemment visite à un médecin autochtone, responsable de dispensaire.

Ils apprécient fortement, tous deux, leurs discussions libres, même si le Birman apparaît plus redevable dans ses propos à la présence Britannique, alors que Flory exècre le comportement de ses concitoyens.

Flory passe les soirées au club réservé aux seuls Britanniques et colons pour boire et s’enivrer, pour « effacer » qu’il a lui-même, chose rare, une compagne Birmane avec lequel il entretient une relation aussi peu suivie que tendre, mais qui les rend, tous deux, heureux fugacement de petits partages d’intimité.

Il transparaît comme un piètre représentant de la Couronne puisqu’il méprise les châtiments corporels, les injonctions sur les nécessaires servilités à adresser aux Birmans, n’accorde que peu de relations directes à ses collègues colons, toujours supérieurs et hautains, voulant en découdre avec la population pour asseoir leur pouvoir.

Quand, par délicatesse suggérée d’apaiser les tensions des autochtones, l’Empire Britannique évoque la possibilité d’accorder la présence d’un non Britannique au club, Flory regrette son silence, sa lâcheté à ne pas avoir proposé la candidature de son ami Docteur.

Il se confie à lui, lui avoue sa limite, ce que le Docteur considère comme une force de caractère et une représentation amicale.

Flory s’enfonce dans le travail sans regard avec qui que ce soit, imagine cependant que tout pourrait changer quand une nièce de colons, Elizabeth, fait son apparition, après la mort de ses parents par la faillite du père et « l’égarement » de la mère, artiste honnie par sa fille qui ne se représentera le monde culturel que par le sceau de l’infamie, que Flory « sauve » d’un tête à tête avec un buffle utilisé pour la culture des rizières pourtant bien pacifique, qui la promène dans une partie de chasse lui offrant une peau de léopard, symbole bien convoité.

Elizabeth ne semble pas éprise mais ne refuserait pas une demande en mariage de Flory, que ce dernier repousse en permanence, par crainte d’être désavoué, en peur panique que sa tache de naissance soit aussi indélébile pour de vrais sentiments ou pour fonder une famille…

La famille d’Elizabeth n’a qu’une envie, qu’elle se marie, sorte de son obligation de prise en charge.

Quand un jeune soldat, misogyne et pétri de certitudes, dédaigneux, peu travailleur fait son apparition, il est repéré comme le futur promis idéal tant par l’oncle et la tante que par la nièce, et Flory ne peut réprimer une jalousie tenace, car il sait que ces deux taches physique et de comportement dans ses valeurs ne lui donnent pas priorité…

Des autochtones savent comment saper les réputations de ceux qui voudraient changer les habitudes qui permettent aussi dans l’Empire Britannique à certains indigènes de se livrer aux chantages, corruptions, enrichissements réels.

On écrit des lettres anonymes sur le médecin qui serait proche des milieux indépendantistes.

On répand des tas de méchancetés sur Flory, son lien avec une Birmane, ses promenades et débats avec le médecin.

La société du club Britannique se découpe en deux castes :

  • Celle qui considère que les Birmans doivent rester inférieurs et inféodés, quitte à employer la force et la violence.
  • Celle qui militerait pour une coopération ou une ouverture.

On repère vite quel est le parti pris d’Orwell, mais avec son pessimisme qu’il considère comme un réalisme désenchanté, il écrit que les évolutions prendront du temps, qu’il n’y croit guère, que les personnes de bien et de débat seront toujours les premières victimes des dénigrements et des accusations.

Ce livre est précieux car il rappelle que les injustices se combattent d’abord en réfutant les soumissions, en assumant ses différences, en ne considérant pas comme acquis des dogmes présentés comme intangibles.

En ce sens il devient plus que jamais très concret, plus qu’actuel.

Éric

Blog Débredinages

En Birmanie

George Orwell

Livre intégré dans le recueil d’Œuvres de George Orwell dans la Bibliothèque de la Pléiade

Dans la dèche à Paris et à Londres de George Orwell

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il m’arrive, en récurrences, de relire des classiques, de me replonger dans des écrits d’auteurs émérites.

George Orwell est de ceux-là, il figure dans le panthéon de mes références littéraires.

Il est bien évidemment mondialement connu, malgré sa vie fulgurante et courte, décédé à 47 ans, pour deux livres majeurs « 1984 » et « La ferme des animaux » qui ont été souvent insuffisamment considérés comme de seuls romans dénonciateurs des enfers totalitaires, des privations de libertés laissées à la vindicte des dominants possédants les clefs du pouvoir et du langage.

Orwell est toujours surtout resté le chantre des démunis et des délaissés, mais ne supportait pas que des politiques ou des syndicalistes s’arrogent le droit de parler en leurs noms pour capter leurs héritages de conquêtes de droits, pour ne rien changer ou pour conserver immuables les réalités des vécus.

Orwell a toujours agi pour « la liberté libre », reprenant l’adage de Rimbaud, et s’il a combattu pour les mieux-être sociétaux, il préférait de loin une société insuffisante en droits d’élévation mais respirante de libertés plutôt qu’une soi-disante structure égalitaire où les libertés se voyaient confisquées.

La Pléiade a eu l’heureuse idée pour le cinquantième anniversaire de sa mort, en 2020, de republier en une édition retraduite avec des notices critiques enlevées, ses œuvres complètes.

Je me permettrai en cet humble blog de vous narrer mes lectures qui assurent à un homme maître-conteur la fiabilité de ses écrits, puisqu’il les a puisés dans le réel en se mêlant directement avec celles et ceux dont il raconte la vie, sans pathos, sans éclairage voyeuriste, sans rajout de détresse pour toucher la larme bourgeoise-bohème, pour lesquels il souhaite témoigner, faire part des ressentis nécessaires pour une nouvelle donne redistributrice et partageuse.

Je commence par vous retracer ma lecture de son premier livre « Dans la dèche à Paris et à Londres » où, immiscé de sa propre volonté dans la vie des couches populaires les plus défavorisées, il décrit, constate et rapporte ce que vit l’ouvrier, l’ouvrière, l’employé, l’employée, la personne au chômage ou en errance.

Il commence par Paris où il donne des cours d’anglais, puis repérant que cette activité pourtant assez noble ne nourrit pas son homme, il deviendra plongeur, homme à tout faire dans les restaurants.

Il travaille sans relâche plus de douze heures par jour, en récurant, lavant la vaisselle, souvent en eau froide, avec peu d’instruments, des tonnes de couverts et assiettes, avec une fatigue musculaire insoutenable, une absence totale de pause.

Le soir, quand il rentre épuisé, bête de somme, dans sa pension de famille, où son lit est mité par les insectes et les rongeurs, il s’endort comme une masse, obligé de se réveiller avec une pause qui ne ressourcera pas sa force de travail.

Il connaît les promesses non tenues, les discours grandiloquents de personnes qui assurent une bonne place, mais il s’associe aussi des amitiés, des gratitudes, il se laisse entraîné à boire ou s’enivrer dans des bouges ou des endroits où chacune et chacun tente d’oublier sa condition en se laissant ravager par les prémices du déclin de santé…

« Paris au loin ressemble à la prison, on a le cœur (pourtant) plein de chansons » chantait Jean Gabin dans « La Belle Equipe » en 1936 ; Orwell quelques années en amont raconte les plaisirs de la camaraderie, les désenchantements d’une vie livrée au seul labeur pour un salaire de misère couvrant à peine le maigre gîte insalubre et le quignon de pain de la journée, mais qui permet de boire à satiété des bocks pour oublier ou tenir…

Orwell prend le chemin de Londres, va vivre avec ceux que l’on ne nomme pas encore les sans domicile fixe avec cet aphorisme de façade qui oublie de parler de celles et ceux qui n’ont rien, qui sont livrés au caprice des climats rudes.

Il va vivre les moments insupportables des nuits où entassés dans des dortoirs il peut être volé, violé et battu, obligé d’écouter les sermons de belles âmes éduquées et cléricales qui rappellent que chacune et chacun doit méditer sa condition.

Il va vivre des moments incessants de marche ininterrompue pour tenter de trouver un gîte, sachant que l’on ne peut pas dormir deux nuits de suite au même endroit, il rencontrera des artistes de rue qui créent des images à la craie sur les trottoirs, des personnes sans emploi chassées de leur maisonnée car considérées comme indésirables car justement chômeurs, des personnes qui errent et ne savent pas ce que demain sera fait mais qui continuent à vivre, entre désespérance et espoir étoilé vissé au front.

Orwell n’en tire pas de conclusion, il se permet juste de dire qu’une société qui accepte autant d’injustice renferme en son sein l’éclosion de toutes les violences, de toutes les possibles lâchetés ou vilenies.

Près de cent ans après, son message porte encore.

Que vive la volonté d’une redistribution intelligente qui réfute les assistanats et les oisivetés (qu’Orwell avait croisés et qu’il détestait) mais qui promeuve l’émancipation de chacune et chacun, pour que chaque talent puisse s’exprimer, être reconnu et ainsi s’affirmer !

Comme le disait Orwell : Si l’on s’exprime, que l’on se lève, on doit pouvoir être écouté et avancer ! ».

A lire intensément en cette période où sous couvert de liberté collective supérieure, certaines et certains oublient ce qu’est la liberté individuelle  !

Éric

Blog Débredinages

Dans la dèche à Paris et à Londres

George Orwell

Bibliothèque de la Pléiade Nrf

Préface, chronologie, note sur la présente édition, notices et notes et bibliographie, publiées

sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Véronique Béghain, Marc Chénetier

et Patrice Repusseau

Grèves de la fin d’Éric Vernassière

Amie Lectrice et Ami Lecteur, une fois n’est pas coutume, et sans être repéré par une vanité inconséquente, je vais me permettre de parler de moi…

J’aime écrire mais suis toujours en doutes sur les éventuelles qualités ou les repérages d’intérêt de mon humble écriture.

J’avais écrit un premier roman, en 2000, appelé « Ortie blanche » que je ne renie pas mais que je trouve assez médiocre.

Avec l’appui permanent et émérite de mes amies Laurence Labbé et Annette Lellouche, que j’embrasse avec affections, que je remercie plus que fortement, j’ai tenté de « mettre en propos », comme on dit joliment au Québec, les réflexions que j’avais en tête depuis des années sur une envie nécessaire de raconter les combats des métayers pour leur reconnaissance sociétale et statutaire.

Je voulais conter une histoire qui plonge dans la grande Histoire, qui tout en faisant des références au réel passé, puisse se concentrer aussi sur la narration romancée.

De cette maïeutique récurrente, a pu sortir récemment Grèves de la fin…

En Allier le métayage s’est installé depuis des lustres pour repeupler des terres abandonnées après les guerres et pestes noires.

Les métayers doivent une forte partie de leur récolte au propriétaire de la terre, subissent des corvées de curage des fossés et le versement des impôts dits « coloniques ».

François a décidé d’organiser le métier pour faire aboutir des revendications, obtenir des droits équitables entre propriétaires et métayers, en lien avec les nouvelles donnes de la République naissante.

Ivan en Irlande, dans le Comté d’Athlone mène un combat similaire pour la reconnaissance du pouvoir de vivre des « sharecroppers ».

Se plaçant en respect des réalités historiques, ce roman croisé entre Bourbonnais et Celtes se veut une ode-hommage à tous les conquérants d’espérance.

Je vous laisse, si tel est votre bon vouloir, lire par vous-même ; je vous remercie de vos retours qui, quels qu’ils soient, me seront un honneur.

Vive l’écriture !

Merci encore à Laurence et Annette pour leurs accompagnements et leurs talents littéraires.

Merci à mon ami Michel-Hubert pour sa bienveillance, sa relecture précise en acuité.

Éric

Blog Débredinages

https://www.amazon.fr/s?k=Gr%C3%A8ves+de+la+fin&i=stripbooks&__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&ref=nb_sb_noss

Grèves de la fin…

Éric Vernassière

Amazon broché et Kindle, pour votre lecture

Rebelle de Lounès Matoub

Amie Lectrice et Ami Lecteur, cette chronique se dressera avec une confidence très personnelle.

De mon métier d’enseignant-formateur, j’ai souvent tiré des moments forts, de partage.

J’aime la relation avec les apprenantes et apprenants, car je préfère ce terme à celui d’élève, car je me sens autant « élevé » par les débats avec celles et ceux avec lesquels je développe mes transmissions de connaissances, que j’essaie de les « élever » humblement moi-même pour les appuyer dans leur concrétisation professionnelle, dans leur avenir citoyen émancipé.

Récemment, en cours d’histoire-géographie pour les CAP des métiers de bouche, au Lycée Rabelais de Dardilly, pour le compte du Greta Lyon Métropole, dans le nord de Lyon, Bilal a ému profondément l’assistance par son exposé-hommage à Lounès Matoub, poète, musicien, martyr, chantre de l’identité Berbère, de la Kabylie.

Il en a parlé avec force, constance, sa communication fut un moment de grâce inspirée.

Il m’a remis le livre qu’il avait lu et relu, qui fut une de ses sources premières pour son exposé, et cette chronique lui est sincèrement dédiée, ayant pris un vif intérêt à suivre ses pas, à reconnaître la portée de l’œuvre et de la vie effervescente, emplie de courages et de combats de l’artiste majeur que fut et reste Lounès Matoub.

Je me permets aussi de saluer Tarek, autre apprenant émérite de cette même formation, qui a approfondi les réflexions de Bilal, lors de son exposé, en les replaçant dans des contextes historiques nécessaires et porteurs.

Lounès Matoub est né en 1956, en pleine guerre d’indépendance Algérienne.

Il est Kabyle, parle la langue tamazight, celle de son peuple, de ses racines, de ses terres, qui vient de bien loin, qui se magnifiait déjà lors des conquêtes romaines en Afrique du Nord.

Il va à l’école, organisée par ce que l’on appelait alors « les pères blancs », religieux qui officiaient un enseignement laïc, très impliqués pour la reconnaissance de la culture berbère, eux qui évoquent en histoire les Gaulois, mais aussi le rôle majeur de Jugurtha, le roi Berbère qui avait fait face aux Romains avant d’être livré par la trahison de son beau-père.

Lounès fait des bêtises, cultive l’école buissonnière, mais s’affiche déjà avec une volonté de fer, avec un culte effréné de l’indépendance, de la liberté.

Il comprend vite que le pouvoir devenu indépendant du colonialisme français recherche à nier l’identité et la langue Berbère, qu’il utilise la présence des pères blancs restés sur place comme l’assurance que le territoire Kabyle serait directement en son sein pétri de colonialisme, ce qui lui permet de justifier son arabisation, déployée par la présence Nassérienne du panarabisme d’enseignants Egyptiens sur place, alors que les Berbères ne parlent et n’écrivent que rarement l’arabe, fonctionnent aussi en français, langue de référence adoptée pour déployer les ouvertures culturelles, pas les soumissions.

Lounès ne suit pas les cours à l’école, entraînant les regrets de sa mère qui chante si bien mais qui ne sait pas lire et écrire ; Lounès a besoin de vagabondages, de nature, d’expressions extérieures.

Il apprend la mécanique après avoir essuyé une bagarre qui aurait pu mal se terminer, mais le code d’honneur à réfuter les insultes et les humiliations l’oblige parfois à en découdre, à se battre directement, même s’il réfute les violences.

Il passe deux ans à l’armée, se rend compte de la perversion du pouvoir étatique qui utilise les tensions avec le Maroc dans le Sahara occidental pour obliger aux déplacements déportés des Marocains d’Algérie.

Lounès apprend aussi que du Rif au Hoggar, on peut retrouver des cultures voisines ou cousines des Berbères, que la volonté arabisante vise à enfouir toutes leurs identités.

Il assiste aussi, enfant, puis adolescent, à des compromissions coupables de responsables Kabyles, comme Aït Ahmed, qui de transactions en échanges oublient de défendre leurs populations et leurs attentes.

Il a reçu un superbe cadeau de son père, qui a vécu trente ans en France pour faire vivre sa famille, que Lounès connaît peu : une mandole, sorte de luth typique de l’expression musicale Berbère ; il oublie sa première guitare réalisée avec des bidons et une ligne de canne à pêche pour approfondir ses connaissances à l’oreille de musicalité, d’ambiance poétisée.

Il écrit et compose, sans partition, car il ne lit pas la musique, ses créations se veulent spontanées, directes, incisives, percutantes, il continuera sur cette voie assumée.

Il commence à être connu en chantant dans les bars et petites salles, entre Annemasse et Paris, il fait même l’Olympia, en 1980, consécration à 24 ans, tout en vivant sous les relais de producteurs douteux et véreux qui l’exploitent financièrement.

Mais Lounès ne peut imaginer que le printemps Berbère, réprimé par le pouvoir central, ne se fasse sans lui, alors il s’engage, proclame, chante, se positionne, décrit, crie son identité, il devient une cible que le pouvoir traque de manière récurrente et éhontée :

  • Il chante une chanson critiquant le Président Chadli, donc il devient un espion à la solde de l’étranger et, en France, les hommes du pouvoir Algérien, tentent de le dénigrer chez les réseaux de l’immigration.
  • Son voisin détourne une route avec la complicité du pouvoir, créant des nuisances et désordres en proximité directe de son habitation ; il se défend, mais le père du voisin lui enfonce une dague ce qui le contraint physiquement et l’affaiblit. Tout sera fait pour enterrer judiciairement cette affaire bien lâche.
  • Il est directement visé par un attentat, certainement perpétré par le pouvoir, en 1988, en réchappe miraculeusement, avec une lente et douloureuse convalescence, qui le fera surgir déterminé, mais aussi meurtri, car son couple majeur ne résiste pas à ces tempêtes…
  • Il est enlevé par le GIA (et peut-être aussi par des membres du pouvoir) alors qu’il célèbre dans ses chansons le martyr de Mohamed Boudiaf, Président assassiné, dont on ne recherche pas les auteurs du crime, qui voulait une Algérie ouverte réfutant les intégrismes et corruptions qu’elles viennent du pouvoir, de l’armée ou des marabouts.

Sa vie constitue une suite de survies qui se terminera tragiquement par son assassinat en 1998.

La Kabylie pleure son héros, son porte-parole, sa confiance d’identité incarnée.

Bilal a su décrire ce que représente cet homme pour lui : la force de caractère, l’élévation de l’esprit, le refus des soumissions, la nécessité de tolérance, car on peut être Algérien, Berbère, ne pas pratiquer l’Islam, sans réfuter l’expression religieuse.

Je remercie Bilal pour son offrande.

Bilal et Tarek, restez ce que vous êtes et haut les cœurs !

A demain, en cours, à Rabelais !

Éric

Blog Débredinages

Lounès Matoub

Rebelle

Livre paru en 1995

Collection « au vif » de Stock

L’Autre Ville de Michal Ajvaz

Amie Lectrice et Ami Lecteur, la Ville de Prague a toujours été un lieu privilégié pour la création et elle le démontre encore, avec une forte modernité, ces derniers temps, aux détours de ces humbles chroniques, avec Timothée Demeillers dont j’ai salué les forces inspiratrices, et avec un auteur très référencé en République Tchèque que je vous invite instamment à découvrir : Michal Ajvaz.

Habituellement j’ai tendance à donner corps au livre lu, à vous en livrer la substance.

Je ne serais pas cohérent, ne rendrais pas grâce méritée à l’auteur si je me plaçais en cette analyse, car le livre se savoure à gorgées douces, comme une bière de printemps devant la cathédrale de Tyn.

Il pénètre nos pores avec le doux sentiment d’un privilège vécu, car le roman se place en différence majeure, tant dans sa conception narrative qu’en son écriture.

Imaginez que vous vous rendiez à Prague, que vous vous promeniez en une librairie, que vous découvriez, comme le héros du roman-récit, un livre écrit en un alphabet surprenant, apparemment indéchiffrable et inconnu.

Notre héros emporte le livre chez lui et – à la manière surréelle de Lewis Carroll – il se trouve transporté, par son contact, en un autre monde, une Autre Ville, à la fois fascinante, onirique mais aussi sans concession, livrée à toutes les tensions et menaces, dangereuse à chaque instant.

Je vous transmets, à petites touches pointillistes, quelques promenades, que votre lecture vous procurera, entre songe et rêve, entre imaginaire fantastique et décalage, entre magie et envoutement :

  • Vous suivrez l’homme récitant, narrateur et héros du livre, dans l’escalade de la tour de l’Horloge, au centre de ce que l’on appelle la Mala Strana à Prague, et vous assisterez à son combat avec un requin…
  • Vous repèrerez que prendre un verre en un bar peut vous faire rencontrer des tenanciers qui peuvent se transposer en une autre vie, vous serez intrigué par une porte de communication qui semble ne pas simplement vous emmener d’une pièce à une autre…
  • Vous serez transféré en une jungle luxuriante, en un jardin flamboyant, dont il est aussi difficile de s’échapper qu’une balade en labyrinthe, vous courrez sans répit en suivant les traces de notre héros qui peut courir pour construire son destin ou se rendre à sa perte…
  • Vous vous poserez de fortes questions, quand vous flânerez dans Prague, surtout en noctambule, quand vous croiserez un tramway vert, car il pourrait se refermer sur vous et vous ensorceler…
  • Vous n’imaginez pas trouver la mer ou l’immensité Océanique en Prague, or ce livre vous démontrera que les apparences ne s’auto-suffisent plus, qu’une sorte de « Vague » de Courbet peut concrétiser sa fougue picturale en se déversant sur la Ville du Baroque flamboyant…

Le livre se lit à plusieurs degrés, comme tout roman surréel, car il décrit des références imaginaires qui s’installent en notre réel avec ténacité, constance et trouble.

Ne nous plongeons-nous pas en un monde de concurrence effrénée, où les portes se referment souvent pour certains, qui ne s’ouvrent jamais pour d’autres, en un monde où la tension, la menace, la violence guident les appétits, où le faible ou le « non connaisseur » sera écarté sans pitié, en un monde où la lecture d’un livre renfermant des codes inconnus peut être à la fois source de découverte indépassable, comme pour la compréhension de la pierre de Rosette par Champollion, mais aussi de dangers renversants quand un petit nombre considère qu’il est le seul gardien de la seule lecture possible, avec son unique interprétation.

Ce livre nous invite à saluer les gardiens du temple quand ils ont pour objectifs de donner les clefs du partage comme l’ouverture culturelle mais à garder raison, surtout à nous inviter au doute, quand d’autres gardiens du temple excluent toute différence et toute contestation du dogme.

Voici un livre que j’offrirai en de nombreuses occasions, autour de moi, qu’il vous faut connaître, que vous apprécierez si vous avez à la fois conservé vos fonds d’enfance, votre force à rechercher l’imaginaire, votre passion des voyages comme des espaces à conquérir, que vous plaidez pour la compréhension du partage, que vous réfutez toute vérité absolue.

Un bel et bon livre, comme je les aime, inclassable, différent, porteur de sens.

Éric

Blog Débredinages

L’Autre Ville

Michal Ajvaz

Traduction du tchèque par Benoît Meunier, que je salue fortement car la qualité littéraire du livre s’affiche en majesté et elle lui est due pour beaucoup.

Mirobole Éditions

19€

Et en plus vous aurez droit à un fabuleux perroquet, en première de couverture, que je conserverai en mémoire, au même titre que celui de l’héroïne d’Une Histoire Simple, dans le recueil, « Trois Contes » de Flaubert, ce qui n’est pas rien !

L’agence secrète par Alper Canigüz

Cher Alper,

Nous nous sommes rencontrés par deux fois pour Quais du Polar, à Lyon.

Je retiens de nos conversations très fortes et riches une vraie complicité pour le décalage, une envie de découverte des lieux propices pour boire un bon raki à Lyon, réalité que je vous ai proposée, qui nécessitera (vous êtes parti avec mes coordonnées) une promenade effective quand vous reviendrez entre Rhône et Saône…

J’avez déjà lu et chroniqué, en un blog collectif appelé « Les 8 Plumes » et hébergé par L’Express, entre septembre 2011 et avril 2016, vos deux précédents opus, que j’avais beaucoup appréciés, dénommés « l’assassinat d’Hicabi Bey » et « une fleur en enfer » où un jeune détective émérite, surdoué, voyeur et analyste de cinq ans (oui, de cinq ans !) tentait de démêler des histoires à tiroirs sur fonds de vie sociale et politique à Istanbul très compliquée et tendue.

Ici le sujet se place en différence nette mais l’on retrouve les saveurs de votre écriture avec un humour incessant, un sens aigu du rocambolesque, la volonté de décrire une narration qui nous mène en ivresse, sans relâche, d’un endroit en un autre, sur les traces de protagonistes les plus improbables.

Musa Bey, sans emploi et sans vraiment en recherche pour en trouver un, reçoit un coup de fil d’une agence secrète publicitaire désireuse de recevoir sa collaboration.

Il est reçu en entretien par deux responsables, l’un victime d’une maladie lacrymale lui donnant l’impression de porter la misère du monde en permanence et un deuxième, poseur de question, caressant un chat, qui finira par déclarer que le décideur du recrutement, c’est le chat lui-même…

Ce roman se lit comme une épopée totalement ubuesque et folle où pêle-mêle vous repèrerez ces insignes spécifiques :

1/ la présence sensuelle et charnelle de Sanem, dont Musa, c’est certain, l’imagine comme la femme de sa vie, qui se métamorphosera en personnalité indiscernable, langoureuse, renfermant des secrets enfouis.

2/ la perception que des personnages en dehors du réel et peut-être de champ extra-terrestre pourraient s’inviter au sein de l’agence, mettre à mal la sécurité de citoyens ciblés, notamment du locataire de Musa, avide d’érotisme et peut-être de Musa lui-même.

3/ la force d’une voisine de Musa, propriétaire de gros chiens agressifs, passionnée du Prince Charles (je vous laisse imaginer l’extase…) qui livre un caractère plutôt repoussant mais qui renferme des capacités d’action insoupçonnées.

4/ la présence d’une école du bonheur intergalactique se situant en le même immeuble que Musa dont on ne cerne ni les activités concrètes, ni la crédibilité.

L’action vous mènera en voiture très ancienne, puis en équivalence plus modernisée d’ultra-léger motorisé en une chevauchée sur le sud Turc et sur les hauteurs de Myconos.

Ce livre se place à la fois comme un essai, un récit, un roman, ne correspond à aucune équivalence très concrète mais il se lit avec délectation, si vous appréciez le sens du burlesque et l’absolue insondable incommunicabilité qui peut survenir à chaque instant en nos douces réalités, décrite ici dans toutes ses étendues, avec un plaisir infini, car il n’est pas envisageable de suivre Alper, sans un doux délire généralisé.

Que cette initiative invitante, comme on dit au Québec, vous donne envie d’aller plus loin, de suivre les pas d’un auteur charmant relationnellement, totalement enjoué et foutraque, et ce pour ma plus grande joie, car j’aime que l’on ne se prenne pas au sérieux, que l’on mène le lecteur en des rivages insoupçonnés, pétris d’artifice en suivant des personnages difficilement cernables mais avides d’avancer, même dans le mur…

Et comme je vous l’ai dit, Cher Alper, s’il me faut être une tête de turc, autant vous ressembler !

Très amicalement à vous et merci.

Éric

Blog Débredinages

L’Agence secrète

Alper Canigüz

Traduit du turc par Célin Vuraler

Mirobole Éditions

20€

André Maginot par Pierre Belperron

En cette période où l’on arbore « poppy » et « bleuet » (enfin Boris Johnson porte son poppy mais Emmanuel Macron oublie son bleuet…), où le Souvenir Français arpente nos cimetières pour rappeler l’importance de l’entretien des tombes de ceux qui sont tombés pour la France, je ne voudrais pas faire œuvre de grandiloquence mais simplement tenter d’éviter de perpétuer des errements historiques.

Maginot est connu pour sa ligne réputée fantasque et décalée, car elle n’aurait jamais servi puisque les envahisseurs Teutons de 1939 auraient refait le « coup » de 1914 en envahissant la Belgique, pourtant non belligérante, laissant l’ingénieux système de fortifications, de casemates enterrées, particulièrement bien pensé, se devant d’assurer la protection de tout le front « est » de la France, sans utilité, avec un dédain affirmé sur sa conception.

Il reste que Maginot fut un homme politique éprouvé, particulièrement populaire, à la vie frénétique, ponctuée en permanence d’actes de courage et de bravoure.

Cet homme est d’abord une constitution de la nature puisqu’il mesure plus de deux mètres.

Il aime les sports et le combat, s’affiche avec des prétentions reconnues comme escrimeur et chasseur.

Il est né à Paris mais il affectionne surtout sa Meuse, là où il dispose de ses racines, là où il se ressource pour des vacances profitables et nécessaires.

Il est de Revigny sur Ornain, endroit que je connais personnellement bien et qui m’émeut, puisque feu mon arrière-grand-père paternel, François Cros, le Papa de ma Mémé Marcelle, ma grand-mère paternelle, y est tombé, un jour de Saint-Nicolas, pour la grande guerre, en 1915.

Je me suis rendu en ce lieu pour le centenaire de sa mort, j’ai pu voir qu’André Maginot restait son héros local distingué.

Maginot, même s’il préférait les vagabondages aux études, s’est cependant illustré par des études de droit et de sciences politiques reconnues, il est devenu, à la trentaine juste atteinte, un conseiller général puis un député de Meuse sans cesse réélu, dès 1910.

Il est forgé par la nécessité de reconquérir les provinces perdues, lui le Lorrain de Meuse qui pleure la Moselle devenue Prussienne depuis sa naissance.

Il fait ses classes d’administrateur en Algérie où son entregent, sa volonté intrépide de travailler non pas en restant en salon mais en allant sur le terrain, en posant des actes concrets, se voient appréciés et fiabilisés.

Il est parfaitement en phase avec l’expansion de l’Empire Colonial mais il sait s’affecter des injustices et œuvrer pour un mieux-être collectif, à l’attention des populations indigènes, selon le terme employé courant de l’époque.

Il épouse avec amour une femme de bonne famille, et trois enfants naissent de cette union, mais le troisième décède peu de temps après son éclosion, laissant sa Maman, l’épouse de Maginot, inanimée, morte en couche.

Cette détresse personnelle constituera une douleur incommensurable pour Maginot, qui ne se remariera jamais, qui portera en permanence ce deuil insupportable, terriblement injuste.

Il est référencé par les cabinets ministériels, ses interventions à la Chambre pour le maintien de la stabilité des budgets militaires, comme pour la conscription de trois ans, le portent comme un fauteur de guerre, vilipendé par les pacifistes, alors qu’il ne se veut que fidèle à la défense des territoires de sa  circonscription faisant face à une Prusse belliqueuse.

Il devient sous-secrétaire d’État à la guerre, mais à 37 ans il est rapidement appelé sous les drapeaux pour servir la mobilisation générale de début août 1914.

Il s’illustre très vite, dans sa division d’infanterie, par des reconnaissances de terrain efficaces et précises, sur des terres qu’il connaît bien, car elles sont siennes, il n’hésite pas à braver l’adversité en effectuant des patrouilles pour cerner et repérer les armées allemandes.

En quatre mois d’août à novembre 1914, il emportera par sa fougue ses soldats, deviendra vite cité aux ordres militaires.

Il ne vise pas à partir en s’exposant en feu follet, car il veut à tout prix éviter des pertes et il se sent fortement responsable, mais il veut repousser les assauts, calculer comment envisager un combat, et il fait feu souvent.

Il est grièvement blessé lors d’une patrouille de reconnaissance et surveillance, et est touché deux fois au tibia et à la rotule.

Il lui est impossible de se mouvoir, il reste près d’une journée entière sous le feu ennemi avant de pouvoir être transporté par ses hommes et pouvoir rejoindre un hôpital, alors que ses blessures s’infectent.

Sa guerre courageuse et bravache se termine, il reste une année en hospitalisation et rééducation, avant de pouvoir cerner qu’il restera mutilé avec une jambe non amputée mais indolente, sachant qu’il ne peut marcher qu’avec des cannes.

Il reprend ses activités politiques, met toute son énergie à accompagner les arrières des soldats, à appuyer les familles éplorées par la concrétisation de fonds de pension et de soutien.

La guerre terminée, il s’évertue à ce que le traité de Versailles n’oublie pas les provinces ravagées par les combats, que sa Meuse chérie puisse recevoir des dommages de guerre.

Il deviendra plusieurs fois ministres de la guerre, des armées, des pensions et des colonies. 

Sa plus grande réalisation sera d’avoir organisé une administration de proximité pour que les veuves et orphelins de guerre reçoivent appuis et pensions, aides et accompagnements, allant jusqu’à organiser des rencontres directes avec les familles à Paris, en son Ministère, ou dans les Préfectures délocalisées.

Il combat ardemment pour que le pacifisme de « la der des ders » ne devienne pas un acte d’angélisme laxiste.

Il soutient les efforts de désarmement à la Société des Nations, mais il veut des preuves que l’Allemagne commence par elle-même cette sollicitation qu’elle quête ardûment, en réfutant un départ de l’occupation de la Ruhr trop hâtif.

Il ne veut pas que sa Meuse soit démilitarisée alors qu’elle est si proche des terres possibles d’invasion.

Il appuie les conversions et employabilités de ceux qui sont revenus ravagés et cabossés des combats.

Et il met surtout son énergie pour qu’une ligne qui portera son nom soit édifiée, employant les techniques les plus modernes, avec des installations ultra organisées, assurant la protection de la frontière « est » du pays, empêchant toute invasion, croyant à l’arme de la dissuasion, avant sa concrétisation nucléaire, croyant à l’esprit de la dimension forte et haute inspirant la crainte, comme Abou Simbel devant empêcher les conquêtes des peuples du sud dans l’Egypte de Ramsès II.

Oui, l’Allemagne nazie contournera l’obstacle en envahissant la Belgique, la ligne d’André Maginot sera considérée ainsi comme un leurre, puis un simple enjeu de patrimoine national, mais elle revêtait une analyse stratégique structurante, une pensée à la fois pacifiée et militariste.

Le livre de Pierre Belperron a été rédigé en 1940, et la France est de nouveau depuis quelques jours, en guerre.

L’auteur est persuadé de la victoire française et de l’utilité de la ligne Maginot.

Il est bien de le relire, de le mettre en perspectives des connaissances de l’époque, plutôt que de juger avec les regards de nos actualités, propices à toute condamnation et vindicte facile.

Ce livre que j’ai déniché chez un bouquiniste, récemment, permet de remettre dans le contexte des hommes d’influence nationale, avec le travail et l’œuvre d’un homme investi, courageux, combattant de l’adversité et patriote : André Maginot !

En cette période de poppy et de bleuet, nous lui devons un hommage appuyé !

Éric

Blog Débredinages

André Maginot

Pierre Belperron

Éditions Plon

1940

5€ chez les bouquinistes merveilleux de la Place Ambroise Courtois de Lyon 8ème, les quatrièmes dimanches de chaque mois : on y trouve de vraies pépites !

Astérix et le Griffon de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

Astérix et le Griffon de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

Hommage permanent à René Goscinny et Albert Uderzo

Un nouvel album d’Astérix est paru !

Il ne m’est pas possible de ne pas courir l’acheter dès sa sortie.

Ainsi fut fait ce jeudi 21 octobre !

Depuis la reprise – validée par Anne Goscinny, la fille de René, et par Albert Uderzo – par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, des aventures de nos valeureux gaulois, en 2013, je n’avais été séduit vraiment que par l’album Astérix chez les Pictes qui rendait visite aux Calédoniens, futurs Écossais, au moment où le mur d’Hadrien, forteresse romaine septentrionale, était construite, toujours en place en notre ère.

Les autres albums me permettaient de retrouver mes personnages de lectures d’enfance, puis d’adultes, enchantées, mais ne recouvraient pas le charme des textes ciselés d’un scénariste de génie, René Goscinny, à la verve gouailleuse, humoristique en diable, inimitable.

Ce dernier album, Astérix et le Griffon, m’a particulièrement plu, j’en suis ravi, je félicite les auteurs.

Astérix et Obélix, avec Panoramix, partent sur les terres lointaines des Scythes, dont on sait qu’ils parcouraient les steppes de l’Eurasie centrale, pour un territoire qui irait de l’Ukraine au Kazakhstan actuels.

Ils étaient le plus souvent nomades, avec un mode de vie de cavaliers, utilisant une langue qui a forgé les références indo-iraniennes.

On a analysé aussi qu’ils étaient des tireurs à flèches émérites, qu’ils parcouraient des distances considérables, préludes aux ouvertures de ce que l’on appellera plus tard la route de la soie.

Et les amazones ne constituent pas qu’un mythe car les découvertes récentes de tombeaux ont montré que des jeunes femmes, dès l’âge de treize ans, partaient à la conquête, au combat, qu’elles utilisaient arcs, haches et flèches.

Panoramix a été approché, en songes druidiques, par son ami Cékankondine, chaman de son état, aux pouvoirs incarnés magiques dans le grand est, l’informant que des Romains voulaient prendre possession de sa terre et de sa culture, notamment de la force magnifiée par un griffon, animal à la fois surnaturel et inquiétant, mais représentant un pouvoir divin qui ne pourrait que renforcer celui de César.

Je ne vais bien évidemment pas raconter l’histoire et vous laisse découvrir l’album pour votre plus grand plaisir.

Mais je me permets simplement, de manière impressionniste, de vous donner quelques illustrations pour aiguiser votre appétit, que vous l’ayez au niveau substantiel d’Obélix ou pas…

Les dessins se repèrent très soignés, avec une élégance qui sied à la représentation des peuples nomades scythes, soucieux de leurs divinités aux panthéons animaliers, avec une grâce accordée au cheval qui constitue l’ami premier de toute vie.

Les paysages, la nature, l’incrustation de la neige ou de la glace, l’incorporation des craintes et angoisses que pouvaient signifier la pénétration de forêts obscures, avec loups et chimères potentielles, sont particulièrement bien rendus.

On retrouve la présence de yourtes, on s’imaginerait transporté même entre Gobi et Himalaya.

L’écriture des dialogues se stylise avec la perception d’un parler cyrillique où l’on retrouve la verve d’ Astérix chez les Goths ou de la traduction employée en permanence avec ce type de transcriptions dans Astérix Légionnaire.

Les noms des personnages assurent humour et malice, ont été délicieusement dénichés.

Les personnages féminins constituent une représentation marquée, pas symbolique, et s’imposent avec constance dans l’album.

Idéfix n’est pas en reste, lui qui donne à son allure canidée un côté plus sauvage, qui contraint Obélix à se soucier de ne plus être obéi comme un « maître» exclusif.

Et notre Obélix toujours volontaire, costaud invétéré, intrépide, mais à la timidité maladroite ou maladive dans les relations potentielles amoureuses, saura nous émouvoir avec un élan pour une amazone bien troublée par la force et la détermination de notre gaulois vénéré.

Le personnage qui accompagne les Romains de conquête, conseiller de César, Terrinconus, s’affuble presque des traits de Détritus, que l’on a pu cerner dans la Zizanie, puisqu’il ne traduit pas correctement les vérités prononcées par la prisonnière scythe sarmate, qu’il prend en otage pour espérer convaincre les populations de montrer le chemin vers le griffon, sachant qu’il accomplit aussi cette expédition pour des raisons plus personnelles et vénales…

Les albums alternent des aventures extérieures, d’autres ancrées dans le fameux village que l’on connaît si bien, celui-ci nous emmène en cet « est » lointain et se lit d’une traite captivante, d’une traite, même au lait de jument fermenté…

Excusez-moi pour cette vanne d’équidé, je n’ai pas pu résister, mais nous sommes dans l’univers de calembours d’Astérix, n’est-il pas…

Promenez-vous sans réserve et lisez et relisez cet album enlevé et réussi !

Éric

Blog Débredinages

Astérix et le Griffon

Texte de Jean-Yves Ferri

Dessins de Didier Conrad

Mise en couleur de Thierry Mébarki (ne jamais oublier les coloristes)

Les aventures d’Astérix de René Goscinny et Albert Uderzo

Album 39 (je les ai tous !)

Les Éditions Albert René

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