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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Les furies de Boras d’Anders Fager

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous allez vous trouver un brin déroutés car je vais, pour la première fois, en ce blog, vous parler d’un roman sombre et fantastique, tombant par instants dans l’horrifique…

A la lecture du livre d’Anders Fager dont j’ai découvert l’univers, je tiens à vous dire que je ne suis pas devenu un aficionado du « gore » mais que j’ai trouvé une écriture à la fois saisissante, rythmée, totalement originale qui m’a charmé.

Vous vous promènerez au détour des effluves d’une boîte de nuit à Underryd, vous découvrirez comment Saga s’est livrée en quasi-martyr à un monstre des forêts pour n’avoir pas respecté les codes ancestraux des esprits de la nuit étoilée, permettant ainsi à Sofie de survivre ; vous suivrez les contes et légendes nordiques, notamment les méandres d’Ittakkva qui repoussent les malfaisants, qui chassent ceux qui ont osé toucher aux respects des intimités, qui ont semé la mort sans vergogne ; vous assisterez aux volontés magnifiées d’un jeune enfant qui veut alimenter un deinonychus au bord d’une falaise, vous aborderez les conséquences d’un aquariophile qui lie directement des spécimens de poissons et les réalités compliquées des mammifères que nous pensons ou croyons être ; vous vous questionnerez sur la systématisation récurrente de nombreuses personnes qui au même moment décident de se précipiter d’un pont sans que l’on devine et cerne ce que peut signifier cette forme de suicide collectif ; vous allez côtoyer un combat rude et fantasmatique entre des personnalités déniées d’humanité et des pieuvres ou créatures hideuses et vous finirez par tenter de comprendre comment Sofie, notre héroïne du départ , au sein de cette succession de nouvelles inspirées, a réussi à traverser le livre, en épousant ses complexités, en sublimant caractères, comportements les plus délirants, excessivement volubiles et tenaces.

L’auteur suit les traces de H. P. Lovecraft mais crée une atmosphère où résonnent et tintinnabulent un humour corrosif, un art consommé de raconteur d’histoire, une volonté maniaque de créer le suspense en l’alliant avec le décalage ou la méchanceté assumée…

Lire ce livre représente une gageure pour ceux, qui comme moi, ne sont pas des passionnés ou des inconditionnels du genre fantastique, mais vous entraîne en une vraie cavalcade littéraire à savourer sans modération.

Un auteur différent pour une œuvre intelligente, suggestive, très spécifique, mon coup de cœur de fin d’année auquel je souhaite un bel essor.

Et en plus, l’auteur est mon conscrit, il est né aussi en 64, salut amical Confrère !

Eric

Blog Débredinages

Les furies de Boras

Anders Fager

Traduit du suédois par Carine Bruy

Collection « horizons pourpres »

Mirobole Éditions, 21.50€

Morts en débit d’Éric Vernassière

Amie lectrice et ami lecteur, il ne m’est pas coutume de parler de moi, en mon propre blog.

Je ne me considèrerai jamais comme un auteur mais j’aime écrire, manier la plume, m’autoriser à versifier mes songes ou partis pris.

Après un premier livre en 2000, Ortie blanche, roman d’amour que je trouve médiocre mais que je ne récuse nullement, une tentative en 2021, avec mon deuxième opus, Grèves de la fin…, de décrypter les relations entre métayers bourbonnais et sharecroppers irlandais, en une sorte de fresque de militance, d’engagement, de partages, je me suis adonné à une trilogie pour la période 1934-1954 dans la veine du roman noir.

Le premier opus, Morts en débit, vient de paraître en versions brochée et kindle sur Amazon.

L’Inspecteur Gilles Fradin, ancien combattant de la Grande Guerre, vit et travaille sur Nice où il fait appel en ses investigations et analyses à la police scientifique naissante.

Nous sommes en février 1934.

Les ligues nationalistes, les mouvements antiparlementaires se sont conjugués pour former une force de contestation des institutions, de la République, sous fonds de dénonciation des conditions ouvrières, mises à mal avec la crise économique mondiale déclenchée depuis 1929, de perception d’immigrations étrangères porteuses potentielles de tensions, de nivellement de la rémunération patronale de l’heure de travail, de possibles pertes d’identité…

Tout rapprochement avec des réalités de nos vécus actuels sera totalement assumé et volontaire.

Intégrant personnages historiques réels, reprenant précisément leurs communications, dogmes, comportements et personnages de fiction, j’ai tenté – en utilisant les ressorts du roman noir sociétal – de montrer les vécus des italiens antifascistes en France, les complicités des sbires mussoliniens avec des groupuscules nationalistes français pour organiser des manifestations et combats violents, avec l’acceptation de la perte de Nice et de la vallée de la Roya pour l’affecter à l’Italie en échange de l’intégration de la France dans les forces de l’Axe militarisées, conquérantes d’une dite nouvelle Europe…

Vous croiserez des représentants des ligues, des mouvements nationalistes, des personnalités pacifistes prônant ce que dénonçait Blum « en pacifisme de lâcheté », des citoyens soucieux du respect du vivre ensemble, des anarchistes décidés à renverser la table, des édiles en complexité récurrente entre respect de leurs principes engagés et relations bien douteuses…

Préférant, à l’instar de Voltaire, « l’analyse de la complexité plutôt que le jugement de valeur », le livre se garde de moralisation même s’il plaide pour l’enrichissement nécessaire par les différences plutôt que pour les séparatismes ou les replis sur soi sacralisés.

Ce premier opus de la trilogie se place en immédiat avant Front Populaire, au moment où la France peut prendre un virage autoritaire et fascisant.

Il se poursuivra sur deux autres décennies.

Je m’attacherai à affiner ma propre mise en scène du roman noir car comme le déclame Pablo Neruda : « il est important de toujours se rappeler que les hommes et les femmes construisent leurs vies et leurs histoires, que parfois se tisse un vrai destin, pour le meilleur ou pour le pire… ».

Amie lectrice, ami lecteur, j’ai hâte de recueillir vos avis, critiques, encouragements, conseils ou remarques.

En tout cas, je vous remercie Amie lectrice et ami lecteur, pour nos partages incessants, débats communs, depuis une décennie, dont six années sur ce blog.

Chaque jour qui passe je me félicite de pouvoir continuer à vivre en « enlivrement » !

Éric

Blog Débredinages

Morts en débit

Éric Vernassière

Amazon broché = 15€

Amazon kindle = 7€

Vongozero de Yana Vagner

Voilà un opus peu banal, captivant, très prenant littérairement, vous invitant à une méditation « catharsis » sur les réalités humaines en temps de crise, que l’on a pu apprivoiser – si je peux dire – depuis deux ans et demi…

Anna et Sergueï vivent une passion réelle, ils ont réalisé leur rêve en s’installant en périphérie de Moscou dans une maison individuelle confortable ; Anna y vit aussi avec son fils Micha, Sergueï a quitté Irina et son fils, Anton, qu’il a eu avec elle.

Cette famille recomposée prend son envol quand survient une réalité noire : la présence endémique d’une épidémie majeure qui terrasse tout sur son passage, qui répand la mort à vitesse effroyable, car elle s’étend en contagion sans possibilité de la contrôler.

Je précise que l’auteure a écrit ce livre avant la pandémie Covid 19, se plaçant en quasi prophétie.

Les forces de sécurité sont mobilisées, elles empêchent la circulation sur les grands axes, y compris en utilisant la sommation pour les récalcitrants, des scènes de violence et de pillage commencent à survenir, en dommages collatéraux, quand les premières habitations se vident de leurs occupants victimes des ravages de cette maladie indomptable, inconnue.

Anna et Sergueï, en accord avec le père de Sergueï, Boris, décident d’organiser une évacuation-expédition pour rejoindre une habitation située au milieu d’un lac, près de la frontière Finlandaise, donc au Grand Nord du pays, pour fuir l’épidémie, sauver leur peau, tenter de vivre malgré tout.

Bien évidemment Micha fait partie de cette aventure circonstancielle, rejoints par Irina et Anton que Sergueï est allé chercher, contre vents et marées, en bravant les dangers, puis par les voisins d’Anna et de Sergueï, Léonid et Marina, en piteux état après avoir été victimes d’une intrusion violente à leur domicile par des suppôts de l’armée en recherche de nécessités…, puis par un couple d’amis, Andreï et Natacha, rencontrés en chemin grâce aux réseaux de CB…

L’auteure nous tient en haleine pendant près de 500 pages en s’inscrivant dans une sorte de « road-book » associant ténacité, courage, combativité des protagonistes, moments de tension, de contraintes, de craintes.

Surtout elle poursuit une ascension rythmée qui donne une gradation acérée à la crise sanitaire qui devient vite une lutte sans merci, sans morale, sans repères pour tenter de tenir le pari fou de la survie.

Vous assisterez à des luttes grégaires qui placent les individus en combat violent, car il ne peut y avoir de tolérance et de solidarité suffisante en un monde fermé ou replié. Si l’on accepte le partage, l’on peut mourir de froid et de faim ou récupérer le virus de celui ou celle qui demande de l’aide ou sollicite une communication… On a connu ce type de comportements en 2020…

Vous croiserez des brigands de la route, qui, par nécessité ou par opportunisme deviennent des pirates potentiels, qui cherchent à vider les véhicules de passage de leurs denrées et bagages avant de s’en prendre aux personnes si besoin était.

Vous circulerez en des hameaux, villages et villes désertés où les cadavres sont gelés, où l’épidémie a fait son œuvre sans pitié et sans faiblesse.

Vous repérerez que, même au sein de l’équipée collective des protagonistes, le sentiment de secours n’apparaît pas en première ligne quand Anna est victime d’un gros coup de froid, que l’on imagine les stigmates de l’épidémie ou quand Léonid agressé doit se reposer d’une hémorragie gérée avec les moyens du bord.

Vous apprécierez la venue d’un médecin décalé qui garde envers et contre tout son idéal d’entraide, qui n’arrive pas à perdre toutes ses illusions humanistes.

Vous constaterez que la présence d’un homme à bout de fusil règle souvent plus les problèmes que le débat ou la construction d’un dialogue, car en cette crise indicible, celui qui attend de l’autre risque fort d’être perçu comme un sollicitant, un quémandeur ou un adversaire qu’il faut contrecarrer.

Vous voyagerez entre Moscou et les frontières Finlandaises, en plein hiver, sur des routes enneigées et glacées, en une équipée folle de plusieurs personnages et véhicules entremêlés, avec des moments de doute, d’inconfort, de promiscuité, de fatigue nerveuse, de peur, d’entêtement, de désespoir, de petits arrêts permettant, en contact avec la nature, de garder un sentiment de vie positif.

Imaginez la Guinée Conakry aujourd’hui ou la Sierra Leone, en épidémie récurrente du virus ebola, repérez les regards des autres, de ceux qui ne sont pas atteints par ce fléau, observez leurs comportements : peur d’être contaminé, arrêt des contacts avec les familles des victimes, perception que les élus de la maladie seraient parfois choisis par des forces du mal plus ou moins maraboutées, mise en quarantaine d’espaces entiers, scènes de pillage, de vol des maisons délaissées et vous retrouverez une actualité terrifiante des réalités décrites par Yana Vagner… Et je ne parle pas de nos réalités de 2020 avec le Covid dévorant.

Entre le film magnifique « le grand embouteillage » et les élans de désespérance de certaines scènes d’ « Apocalypse now », avec en relief celles sur la roulette russe, ce livre important et fort vous apportera la lucidité face à l’adversité, où il est nécessaire d’abord de compter sur soi-même, mais aussi de dénicher les clefs d’un manuel de survie pour conserver espoir ,même dans les moments les plus troublés où ne règnent que le chacun pour soi, la loi de la jungle.

Un livre passionnant que je vous recommande pour réfléchir et conserver votre-notre part d’humanité.

Éric

Blog Débredinages

Vongozero

Yana Vagner

Traduit superbement, et avec des notes toujours précises, du Russe, par Raphaëlle Pache

Mirobole Éditions

22€

Glozel et ma vie d’Émile Fradin

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vais vous conter une histoire fascinante, rude, injuste, passionnelle.

Elle s’inscrit dans la lecture du livre autobiographique d’Émile Fradin, que je viens de relire récemment.

Émile Fradin est un honnête homme.

Un jour de 1924, alors qu’il laboure un champ à l’aide d’une vache harnachée, avec son grand-père, la terre s’affaisse subitement, il faut aider le malheureux bovin pour qu’il puisse se sortir de son infortune.

Le trou découvert intègre des ossements, une tête de squelette, des fragments d’objets, notamment des urnes qu’Émile comme son grand-père cassent pour certaines, s’imaginant avoir découvert une sorte de petit trésor pouvant peut-être améliorer leur ordinaire de petits paysans…

Cette découverte, en le lieu-dit de Glozel, dans l’Allier, à deux pas de la commune de Ferrières sur Sichon, à quelques kilomètres de Vichy, va constituer une controverse inouïe qui se perpétue encore aujourd’hui. Je connais un peu le sujet car natif de Vichy, issu d’aïeux, tous de la Montagne Bourbonnaise.

En faisant des fouilles, Émile, son grand-père et les siens vont dénicher des ossements gravés avec bestiaires, des têtes sans bouches énigmatiques avec écritures inconnues, des tablettes d’argile.

Quand le docteur Morlet, passionné d’archéologie et de préhistoire, viendra sur les lieux, lui qui officie à Vichy, il fera appel à la communauté scientifique pour que Glozel soit fouillé méthodiquement, que l’on sache si le site découvert constitue une référence patrimoniale.

Des savants éminents comme Salomon Reinach, Alexis Carrel soutiennent Glozel, effectuent sur site, notamment dans le lieu baptisé Le Champ des morts, puisque l’on y retrouve des restes de squelettes fréquemment, des fouilles précises, découvrant des objets qu’ils identifient comme appartenant à une période lointaine, potentiellement préhistorique.

Mais d’autres personnes, en lien notamment avec le naissant site muséal de préhistoire des Eyzies en Dordogne, considèrent qu’Émile Fradin serait un faussaire, un tricheur, que tous les objets découverts n’auraient aucune cohérence scientifique, n’auraient jamais été réalisés en des temps immémoriaux.

La tension s’exacerbe quand des personnes portent plainte contre Émile Fradin, lorsque la famille décide de créer un petit lieu muséal, en sa demeure, pour exposer les objets découverts, les protéger, qu’elle réclame un modeste droit d’entrée.

On considère Émile comme une sorte de voleur, de personnalité qui se fait de la publicité, qui ne serait que mensonger.

Émile Fradin est blanchi fort heureusement de ses malveillances, reconnu dans sa droiture, dans sa rectitude.

Mais la controverse se poursuit cependant, elle entraîne un face à face incessant entre :

  • Les tenants des certitudes scientifiques qui, après avoir traité Émile Fradin de faussaire, considèrent les objets retrouvés sans intérêt historique, sans cependant le démontrer par une pertinence circonstanciée de raisonnement. Ces personnes craignent que Glozel soit référencé de manière supérieure au musée de Saint-Germain-en-Laye, seul lieu national d’archéologie repéré ou qu’il concurrence les lieux de préhistoire de Dordogne.
  • Les tenants de l’analyse précise des fouilles menées sur site, encadrées par un consortium de scientifiques émérites internationaux, qui certifient que les objets découverts et ramassés par eux-mêmes, comme par le docteur Morlet et la famille Fradin sont rigoureusement authentiques, nécessitent des analyses appuyées, notamment pour déchiffrer cette écriture énigmatique, inconnue, même si elle se rapprocherait, pour certains, de références phéniciennes.

Émile Fradin constate que les autorités reconnaissent sa bonne foi, il n’a jamais été faussaire ou mythomane, mais qu’elles ne veulent pas, du fait de cette controverse de contradiction trop flagrante, accorder au site un titre de protection des monuments historiques, l’autorisation de fouilles contrôlées à organiser, à déployer.

Le site restera donc sans nouvelle fouille pour une durée indéterminée.

Encore de nos jours, le site n’est plus fouillé scientifiquement, reste tel qu’il fut analysé, avec insuffisance dans les années trente, avec la méfiance jalouse pesante de certains, avec la volonté conquérante d’autres, bien peu écoutée.

Glozel ne sera pas aidé par des personnalités qui auraient pu ajouter, par volonté plus ou moins assumée, dans le site certains objets assez surprenants comme des os avec bestiaire aux allures assez contemporaines. Robert Liris, président, pendant une longue période, de l’association pour la sauvegarde de Glozel, parle intelligemment de « faux positif », belle déclamation et analyse où se juxtapose la volonté de créer du beau, de l’art, pour mettre en valeur des objets plus insignifiants au regard, permettant leur élévation reconnaissante avec la possible mise en détresse de toutes les collections qui deviennent ainsi suspectes…

Pourtant Glozel fera l’objet d’analyses de datation par la thermoluminescence, par le carbone 14 et les tablettes d’argile, urnes funéraires, ossements seront définis comme appartenant aux ères de – 2500 ans à – 5000 ans en moyenne. Les références scientifiques assurent l’ancienneté des objets et découvertes, même si elles ne se positionnent pas comme préhistoriques.

Mais pour Émile Fradin, il était démontré l’importance du site, sa nécessité de conservation, son caractère bien inclus dans le passé historique, même si Le Petit Robert continue à placer dans sa mention sur Glozel que les objets ont été reconnus inauthentiques, injuriant ainsi la mémoire de son inventeur.

Aujourd’hui on peut visiter Glozel, sur réservation, des bénévoles de l’association pour la sauvegarde et la protection des collections de Glozel assurent la présence nécessaire, laissent les visiteurs regarder et observer, attendent peut-être qu’un hypothétique jour permette de relancer les fouilles, de donner au site et aux objets les écrins qu’ils ont le devoir et le mérite de recevoir, en dignité.

Je me permettrai d’associer quelques éléments personnels en mémoire d’Émile Fradin.

Mon grand-père Laurent, de Laprugne, à une vingtaine de kilomètres de Glozel, fut l’ami d’Émile Fradin.

Mon vénéré grand-père, en stalag à Emden entre 1940 et 1945, a toujours été un homme précis, fiable, juste.

Il m’a assuré de la droiture d’Émile, de sa volonté de démontrer que les objets découverts méritaient un intérêt historique de conservation. Je me sens donc détenteur de cette transmission que je dois à mon Pépé, aussi à Émile.

Robert Liris, mon ancien professeur d’histoire-géographie, que je considère comme un des hommes les plus influents dans ma construction personnelle puisqu’il m’a ouvert des portes culturelles insoupçonnées, que j’ai plaisir infini à revoir par fréquences pour des conversations enivrantes, a été longtemps président de l’association de sauvegarde de Glozel.

Il s’est battu, a écrit avec intensité, force, pour que l’on puisse considérer Glozel avec cohérence, en analysant ses objets, en essayant de cerner les mystères insondables de cette écriture si énigmatique.

Je sais quelles furent ses hauteurs, mais aussi tensions pour amener la réflexion, suggérer des débats, tenter de faire accepter aux scientifiques installés d’accepter de mettre en retrait, un instant, leurs certitudes et pesanteurs. Je me sens aussi totalement détenteur de ses socles et compétences.

Je vous demande simplement, Amie Lectrice et Ami Lecteur, de vous rendre à Glozel, de découvrir les objets, de vous pénétrer des mystères du lieu, de saluer la mémoire d’Émile Fradin dont la vie fut parcourue d’injustices et méchancetés proférées en permanence, alors qu’il mérite le respect d’un inventeur digne, qui n’a jamais voulu vendre ses terres, ni mettre en retrait le site muséal, car il croyait en la capacité humaine à aller de l’avant, à progresser au moins en écoutes…

A suivre…

Éric

Blog Débredinages

Glozel et ma vie

Émile Fradin

Édition Archeologia

Livre personnel dédicacé par Émile Fradin, en 1997

Quatre valses avec Marie de Claire Desthomas Demange

Amie Lectrice et Ami Lecteur, c’est avec un bonheur non feint que je vais vous livrer ma découverte passionnelle de la poésie de Claire Desthomas Demange.

La lecture de son dernier recueil m’a été susurrée par mon vénéré ancien professeur d’histoire-géographie, Robert Liris, auteur de la postface de cet opus, avec lequel une affection inébranlable me lie, que j’ai eu le plaisir de retrouver récemment en une conversation toujours élevée.

Claire Desthomas Demange s’affiche avec le cycle des saisons, en l’approfondissant avec nos réalités de vie où nos doutes, nos combats, nos incertitudes, nos convictions s’entrechoquent pour se placer en dynamiques assouvies, en contraintes potentielles, assurant à nos avancées d’âges des moments de tension qui ouvriront de nouvelles éclosions.

Claire Desthomas Demange s’affiche aussi avec la fugacité des instants, qu’ils soient appréciés d’observations intenses, qu’ils soient traversés de peines, de fragilités.

La danse, comme disait Céline, qui a vécu avec une chorégraphe émérite les années les plus intrépides mais aussi les plus ravagées de sa vie complexe « construit le rythme de l’insondable grâce de nos limites permanentes ».

On peut valser à la mode de Brel avec frénésie, en étant emporté par le tourbillon des sens, en une cavalcade digne d’ « On achève bien les chevaux », mais on peut aussi valser en dignité aristocratisée, à la manière des débuts d’année à Vienne où les préludes des espoirs de conquêtes, de moments partagés positifs retentissent en un croisement de pas maniéré, organisé, qui ne souffre pas de décalage.

« Guetter, il me faudra guetter le fil invisible » déclame l’auteure, car les liens entre les saisons restent – encore plus en nos réalités vives actuelles où le climat semble se défaire des passés inspirants pour désorienter faune et flore, rappeler à l’humain sa responsabilité, son inconséquente volonté de maîtriser la nature – motifs de repères mais aussi d’incertitudes, d’inquiétudes, d’impossibilité d’observations définies fiables, intangibles.

L’auteure délivre sa plume avec une sensibilité exacerbée : « marcher dans la neige » associe les pas à des « baisers » ; la transmission parabolique de laisser à celle que l’on aime le choix d’imprimer ses pas, sa volonté, son destin, de « tracer son chemin » constitue la confiance la plus magnifiée pour une émancipation élégante qui n’empêchera jamais appuis et soutiens.

J’aime beaucoup ses vers « Et toi aussi tu écris sur le ciel, A feuilles à branches », car j’imagine en permanence communier par la force des esprits avec les personnes qui m’ont marqué, porté, dessiner par-delà les nuages et les horizons, en forêts, sans incrustation malvenue de canif, sur les arbres et les feuillages, mes propres déclamations de remerciements, d’adresses reconnaissantes.

Je regrette comme l’auteure qu’il ne soit plus possible de réaliser ou confectionner un bouquet de violettes car si « l’amour est un bouquet de violettes » qui se « fanera un jour » selon Luis Mariano, la puissance de la senteur, la douceur délicate de la fragrance peuvent rester marquantes, se positionner comme des souvenirs indélébiles.

« Que soient la violette la neige l’ombre le soleil Pour toi et moi », constitue des vers majeurs que l’auteure délivre, associant ainsi l’élégance d’une fleur tendue vers le regard, l’odorat, enivrante comme un parfum, le descriptif d’un chemin assumé marqué par les pas dans la neige qui en conserveront la trace quelques instants avant de laisser la liberté se structurer une fois l’effacement atteint, la nécessité de profiter des rayons d’un soleil bienfaisant, d’une ombre salvatrice pour conserver les tonicités et fougues.

L’auteure plaide aussi pour une certaine forme de détachement, de désobéissance : « nous savourions alors l’art de la dissidence De l’esquive de la fuite loin des certitudes », je loue ce regard affûté car il n’y a rien de plus terrifiant que de vouloir accaparer la vérité, considérer que toute communication officialisée représente la seule donnée indéfectible. Mais on reprendra aussi ces vers pour réfuter toute référence complotiste, toute remise en cause superficielle qui oublie la réflexion pour préférer le réflexe.

Le poème inclus dans le recueil dénommé « Cinquième saison » constitue une maîtrise virtuose et j’en isole volontairement trois verbes signifiants « Réapparaître recommencer redevenir » car ils placent les rythmes des saisons, des valses, avec la capacité de ressurgir des limbes des difficultés et rudesses, pour relancer de nouvelles harmonies, avec la nécessité de toujours remettre l’ouvrage sur le métier pour développer des expériences, ne jamais se reposer sur de potentiels lauriers, avec la volonté de marquer son destin par de petites pierres personnelles pour que son devenir soit concrétisé par une empreinte personnelle définie, organisée, tracée.

Les illustrations de Marie-Christine Sartin nous emportent, nous transportent de l’essayage de robes de valses avant le possible grand bal du nouvel an Viennois à la fugacité d’un déshabillage propice aux songes les plus intimistes, au regard délicat et sensible croisé au détour d’une promenade, à la présence assumée d’une femme qui se définit par son port et sa mise, à l’envoutement d’une envolée possible de la danseuse vers des cieux infinis, à la concrétisation (page 37 du recueil) d’une sorte d’hommage remarquable à Chirico où l’architecture détermine le chemin à accomplir pour une personnalité fragile mais conquérante.

Comme le déclame en sa postface Robert-Louis Liris « voici venir au bal des ardeurs les grands tourments et les somptueux orages d’être femme », hommage magnifié à la grâce des inconnus de vie, faits de dynamiques propices, de tensions exacerbées dévoreuses, qui nous assurent cependant de marquer nos empreintes, nos forces, ossatures, limites, insuffisances.

Me reviennent souvent ces vers de Pablo Neruda, que j’admire, dont j’ai suivi les traces au Chili en 2008 en tous ses lieux de vie : « prends le plaisir des intensités, façonne-les, tu en tireras de bons ou de mauvais enseignements mais tu avanceras toujours sans faux semblant… ».

Éric

Blog Débredinages

Quatre valses avec Marie

Claire Desthomas Demange

Préface de Gilles Demange

Postface de Robert-Louis Liris

Illustrations, peintures de Marie-Christine Sartin

Collection Accent tonique – Poésie

L’Harmattan Éditions – 10.50€

Les marrons du feu de Jean Bruce

Amie lectrice et ami lecteur, je vous ai déjà narré comment j’étais « tombé » nez à nez, chez un bouquiniste lyonnais, devant une collection de vingt deux opus du héros de Jean Bruce, OSS 117, en versions originales des années cinquante et soixante, en collections de poche.

Celui dont je vais vous parler, ce jour, nous transporte en Indonésie, à l’époque de la fin de la colonisation néerlandaise.

Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, retrouve Jan Krook, qui l’avait caché dans sa maison aux Pays-Bas, en pleine période de deuxième guerre mondiale, totalement par hasard en promenade Indonésienne.

Il le salue fortement, le remercie encore pour son courage passé en période tendue et trouble, lui dit qu’il lui doit « une vie ».

Jan Krook n’hésite pas longtemps à solliciter Hubert car sa maison semblerait hantée depuis qu’une personne ambulante lui a vendu des kriss (sorte de poignards traditionnels) qui ont le pouvoir de s’échapper de l’endroit où ils sont entreposés, qui peuvent même émigrer en extérieur, qui sèment la terreur puisqu’ils sont incitatifs de moments pénibles apportant douleur ou deuil.

Hubert ne peut réprimer un sourire, mais son aventure lui montrera que les perceptions de vaudous ou de maraboutage n’apparaissent pas que virtuelles, qu’il lui faudra enquêter avec conviction pour repérer le pot aux roses.

Vous trouverez en cette histoire bien ficelée, ménageant le suspense en permanence, les ingrédients suivants, propices à un roman noir inspirant et enlevé :

  • Le kidnapping des enfants de la maisonnée que leur mère ne semble pas craindre, attirant des soupçons sur son affection pour eux comme pour sa fidélité amoureuse personnelle…
  • Le lien direct entre une préceptrice et les enfants qui semble renforcé depuis que le maître de maison apparait épris de la jeune femme, elle-même attirée par lui…
  • Le lien affectif qui peut certainement devenir plus fort et intense entre le grand-père propriétaire des plantations et la domestique de la maisonnée.
  • Les tensions récurrentes entre le grand-père et son gendre, qu’il ne voit vraiment pas en capacité de lui succéder.
  • La tentation assez volage de la maîtresse de maisons à aguicher les hommes de passage, certaine de créer la passion, qui ne supporte pas que l’on lui résiste…
  • La présence des autochtones, employés de la plantation, qui attendent en rongeant leur frein la venue promise de l’indépendance, de la prise de possession des terres coloniales.
  • La difficulté de retrouver la tombe d’une personne tuée par mégarde et accident, qui semble s’éparpiller façon puzzle, sur plusieurs territoires, donnant encore plus de relief aux étrangetés vécues des moments.

Ce livre décrit une Indonésie qui sombre, qui ne comprend pas les revendications de ses peuples premiers, il évoque une maisonnée aux fêlures multiples, où les non-dits, les silences, les mensonges continuent de peupler le quotidien, rend les relations insincères, conditionne la vie de dépendances, de relations tendues permanentes, qui se prolonge aussi, avec bonheur, dans la magie et les mystères.

La clôture redonnera sens aux rationalités, tout en n’excluant pas leur réapparition prochaine…

Un beau moment de lecture, agréable et alerte.

Éric

Blog Débredinages

Les marrons du feu

Jean Bruce

Collection des bouquinistes lyonnais de la rue Jean Macé, du premier dimanche de chaque mois, merci à eux !

Presses de la cité, en collection de poche des années cinquante et soixante

La nuit d’Élie Wiesel

Élie Wiesel, avec Michel Noir (maire de Lyon) lors de l’inauguration du Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, en 1992.

Ce livre est d’abord paru en yiddish.

Jérôme Lindon, le créateur des éditions de minuit, a reçu sa première version en français des mains de François Mauriac qui s’était longuement entretenu avec Élie Wiesel, qu’il assura de son appui, soutien indéfectible.

Jérôme Lindon proposa des corrections pour que le texte suive, si l’on peut dire quand on tente de parler de l’indicible, pas à pas, les vécus insupportés, dramatiques d’Élie et de son père en camp de concentration, d’extermination.

Le texte retenu par Wiesel, Mauriac et Lindon vient d’être réédité dans le fort volume de la collection de La Pléiade intitulé « l’espère humaine (cf livre de Robert Antelme inclus dans le livre, chroniqué modestement récemment ici-même en ce blog) et autres écrits des camps ».

Wiesel a survécu de l’enfer absolu, se demandant chaque jour ce qui a fait qu’il a pu tenir par-delà les détresses permanentes physiques, morales, les abaissements, les souffrances multipliées.

Il était orphelin à la libération des camps – son père l’a accompagné avec un courage noble exemplaire sur Auschwitz puis lors de la marche nazie d’évacuation du camp jusqu’à son dernier souffle – son père tombant lors de la fuite du camp par les nazis, en hiver 1945, emmenant avec eux les cohortes décharnées des prisonniers, ne voulant à aucun prix que les témoignages de leurs forfaits puissent être découverts par les libérateurs alliés, sa mère ayant été gazée avec sa petite sœur chérie dès son arrivée en août 1944 sur Birkenau.

Il a retrouvé ses deux autres sœurs dans un centre de soutien aux orphelins juifs, en France, y a appris la langue, y a fait des études, avant d’émigrer aux États-Unis où il deviendra journaliste puis écrivain, passeur exemplaire de mémoire, prix Nobel de la paix en 1986.

Il était destiné à l’étude des textes juifs, à l’analyse des sacrés les plus précieux, lors de sa jeunesse capturée sinistrement à 16 ans, en 1944.

Il considéra que Dieu ne pouvait que l’avoir abandonné pour avoir été obligé de vivre les détentions en camps, les privations, les brimades, le travail forcé, la faim, la soif omniprésentes, les odeurs pestilentielles des crématoires.

Il ne pouvait plus croire en lui, ou n’y croire que bien différemment.

Quand il rencontra Mauriac alors que son livre n’était pas encore écrit, ils parlèrent de Dieu, de son aveuglement pour Wiesel, de son infinie bonté parmi les épreuves y compris outrageantes pour Mauriac, ils aimèrent leurs débats, Wiesel avait trouvé son maître d’écritures.

Wiesel devait écrire pour celles et ceux qui ne le pourraient plus jamais, pour témoigner de l’enfer de la shoah, pour alerter les consciences, raviver les mémoires, comme il l’a fait (j’étais présent) en 1992 pour l’inauguration du Centre de la Résistance et de la Déportation de Lyon, sur le lieu de la sinistre Gestapo de Klaus Barbie, avec l’appui inébranlable de Michel Noir, que je salue en cette modeste chronique.

La nuit s’ouvre sur la Transylvanie, sur le message d’un ancien homme d’études du Talmud, qui revient d’un camp d’où il s’est miraculeusement échappé, il parle de ce qu’il a vu, il dit à ses amies et amis de confession de fuir, mais il n’est pas entendu, on ne peut croire ce qu’il dit, il est forcément devenu fou…

Quand les sbires hongrois des nazis enfermeront des quartiers juifs en ghettos puis déporteront par trains à bestiaux entiers des villages et familles intégrales, l’on sut que l’enfer était bien de ce monde, qu’une femme alertait bien dans le train sur la présence de feux brûlants, que l’on commençait à comprendre ce qui signifiait un enfermement absolu en terreur systématisée dès la sélection à Birkenau où l’on dit au père d’Élie de se rajeunir, à Élie de se vieillir pour éviter d’être reconnus comme faibles, d’affronter les chambres à gaz dans sa foulée d’horreur, immédiatement…

Wiesel décrit ensuite avec pudeur, humour même par-delà les insupportables mépris et violences, la vie en camp de travail forcé, l’impossibilité de dormir, la peur lors de fatigues ou maladies de se rendre à l’infirmerie où sévit le sinistre Mengele, la nécessité de toujours suivre, accompagner son père qui fait face, mais qui dépérit, les lâchetés de certains pour gagner quelques miettes de pains, les sévices gratuits communiqués par des kapos qui n’ont plus d’humanité depuis si longtemps…

Wiesel décrit aussi les tentatives de solidarité, par des chants, des prières communes, par la présence de Juliek qui conservera son violon, qu’il utilise à la demande des nazis pour accueillir les nouveaux convois devant le portail au slogan scandalisant Arbeit macht frei (le travail rend libre…), évitant des paniques de familles séparées, imaginant un havre culturel en un monde de terreur encore inconnue…

Wiesel parle de sa détresse d’avoir choisi de partir avec les nazis qui obligeaient les valides à les suivre, sous peine de mort, pour fuir le camp avant sa libération par les alliés, car opéré récemment d’un pied il pouvait rester en infirmerie, où il aurait demandé à un médecin militaire non nazi d’affecter aussi son père.

Mais tous deux imaginèrent un piège destiné à supprimer les faibles et malades, ils décidèrent aussi de partir, alors que les Russes allaient libérer l’infirmerie sans heurt quelques jours après…

Wiesel décrit l’enfer de la marche forcée, l’abandon des derniers souffles de son père qui mourra d’épuisement après avoir tout fait pour prendre en main son fils en une année de terrifiante souffrance, l’arrivée à Buchenwald au centre de l’Allemagne, puis la libération conjointe entre les forces alliées et des prisonniers juifs et communistes qui préfèreront, à ce moment-là, historique, mourir en combattant plutôt qu’en attendant une éventuelle liberté qu’ils n’escomptaient plus…

Ce livre constitue un témoignage édifiant, mérite d’être lu, étudié, rappelé, surtout en nos périodes où sévissent les insuffisances des absences de cultures, les récurrences complotistes, les fâcheux falsificateurs de l’histoire.

Un libre profond, bouleversant, essentiel.

Éric

Blog Débredinages

La nuit

Élie Wiesel

Livre de la Pléiade intitulé « L’espère humaine et autres écrits des camps »

Élie Wiesel, lors de la parution de La Nuit, à la fin des années cinquante, en France

Ressacs de David-James Kennedy

Oyez, Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous invite à suivre les traces d’un auteur de roman noir à l’inspiration percutante, délivrant une écriture de belle facture, recherchant en permanence à soutenir le suspense, à créer des rebondissements.

L’auteur d’ascendance Irlandaise vit et travaille à Lille, en qualité de pharmacien, nécessairement son  roman prend racine en secteur médical, domaine où il retrouve en belle compagnie littéraire mon ami Benoît, ex co-blogueur de feu le blog collectif des 8 plumes où j’ai écrit de 2011 à 2016.

L’on se situe sur la côte Atlantique, et, un soir de garde où il tente de garder en vie un accidenté de la route, Jean-Christophe d’Orgeix, interne arrivé récemment en hôpital, repère son patient – après quelques minutes de reprise de souffle opératoire – en très mauvais état, largement différent de celui dans lequel il l’avait laissé…  Puis Jean-Christophe subitement disparaît, ne donne plus signe de vie.

Tom Castille, son confrère, jeune interne également, abasourdi par cette disparition, décide de tenter de comprendre ce qui est advenu, se positionne, à la fois en accord et aussi avec un brin de décalage avec le Lieutenant Bost – dont c’est la mission de référence – comme un véritable limier-enquêteur.

Ce livre d’une belle densité se lit de manière multiforme, puisqu’il constitue un polar savoureux et agréable, puisqu’il structure une progression narrative bien menée, avec des tiroirs d’imprévus fréquents, qu’il communique une vision de la vie en hôpital associant journées de garde qui n’en finissent pas, urgences compliquées, nécessité salvatrice de prendre du recul face aux réalités opératoires rudes qui surviennent.

L’on intègre en ce roman les volontés mafieuses de tester de nouveaux traitements sur des patients en secteur psychiatrique, les tentations manipulatoires d’anciens praticiens qui ont été placés en retrait, qui cherchent à reprendre de manière différente des expérimentations, des situations familiales enfouies, des envies d’enfant qui peuvent parfois entraîner des manipulations d’identité à la naissance en maternité, des promenades sous la pluie battante entre Pyrénées et Océan, des discussions avec des religieuses protectrices, d’envoûtantes déclamations d’amour en bord de précipice avec les flots déchaînés…

Et si je rajoute que la bibliothèque de l’hôpital sera elle-même lieu majeur de l’histoire avec la profusion de grimoires ensorcelants qui réagissent du passé pour faire place à l’analyse des énigmes du présent, vous ne pourrez qu’avoir envie de vous accaparer cet opus et de vous laisser bercer par le souffle plus ou moins vénéneux d’une histoire associant sordide et pathétique.

Un livre alerte, fort et organisé comme un kaléidoscope d’images où les personnages, les sites, les intrigues, les périodes se livrent un combat sans fin en une atmosphère délétère, sans pitié, qui donne peu envie de tomber en panne ou d’avoir un accident corporel nocturne en bord d’Océan un soir pluvieux entre Aquitaine et Pays Basque…

Un auteur à suivre qui promet.

Un livre novateur, bien ficelé.

Éric

Blog Débredinages

Ressacs

David-James Kennedy

Thriller Fleuve Noir

18.90€

Visa pour Caracas de Jean Bruce

Amie lectrice, ami lecteur, vous savez que je suis un inconditionnel d’OSS 117, que je relis régulièrement les œuvres d’une densité démesurée en rapport à la vie si brève injustement de son auteur, Jean Bruce, remis au goût du jour depuis 2006, avec le personnage filmique auquel Jean Dujardin a rendu hommage par son interprétation très fidèle.

Récemment en un lieu où il m’arrive de déposer des livres lus, relus, pour lesquels je souhaite une nouvelle vie pour de nouveaux lecteurs, j’ai pu retrouver des exemplaires dans leur « jus d’origine » d’OSS 117, parus aux presses de la cité, en collection de poche, dans les années cinquante et soixante.

Régulièrement en cet humble blog, je vous narrerai mes lectures toujours palpitantes de Jean Bruce, car OSS 117 nous fait voyager, replonge dans les réalités historiques de la guerre froide, parsème les aventures de moments passionnants sur les relations entre services de renseignement, entre communications nécessaires et coups bas permanents…

Éliza a pensé, il y a de nombreuses années, que la proposition que lui a faite un impresario pour venir se produire au Venezuela, pour participer à des tours de chant, à des spectacles de danse ou musicaux, lui permettrait de faire carrière, d’échapper à sa boîte de nuit bien insipide, insuffisante sur Paris.

Il reste qu’elle a été confondue, qu’on lui a pris ses papiers en arrivant, qu’on lui a obligé à rembourser les frais d’avion et d’hôtel à son arrivée, et, comme elle n’en avait pas les moyens, elle a suivi l’offre que lui faisait une jeune personne, qu’elle pensait devenir son amie, qui a fini par la droguer, l’obliger à l’addiction, la faisant tomber dans la prostitution dont elle ne peut plus se défaire…

Quand Gilbert Gordon, qui a eu une liaison passée avec Éliza, qui l’a quittée avec goujaterie prétextant que son épouse ne comprendrait pas une rupture, arrive sur Caracas, Éliza se trouve sonnée, à la fois heureuse de demander à l’homme qu’elle a aimé s’il peut l’aider, très en tension sur le fait de le retrouver alors qu’il est parti un jour, sans lui laisser d’adresse, sans aucune classe.

Gilbert Gordon apprend à Éliza qui devient encore plus dévastée – elle qui vivait depuis un temps certain en une voie sans issue, sans liberté – la mort de son fils, apparemment liée à un accident.

Gilbert Gordon veut ramener Éliza en France, lui demande de patienter, d’accepter son aide, de se tenir cachée dans un appartement loué, lui indiquant qu’il pourra l’exfiltrer si elle sollicite sa souteneuse pour prétexter des achats de nouvelles tenues.

Éliza arrive à fausser compagnie à sa mère maquerelle, pourtant bien sur ses gardes, retrouve Gilbert qui la met à l’abri.

Quand elle fait mine de dormir en l’appartement loué, elle consulte un carnet rédigé par Gilbert qui contient les noms de personnes qui sont à l’origine des marasmes, drames cumulés d’Éliza : le barman de son ancien club nocturne, le faux impresario, la personne qui l’a accueillie sur Caracas et l’a placée en hôtel lui demandant d’attendre de ses nouvelles.

Elle est intriguée par le contenu de ce carnet, prend des notes, le repose à sa place, ne sait pas si Gordon veut vraiment l’appuyer, si des choses peu claires continueraient de se perpétuer…

Elle se refuse à lui, lui demandant d’accepter un délai pour qu’elle reprenne possession de son corps, ce que Gordon entend fort heureusement.

Pour une fois OSS 117 ne prend aucune place en cet opus.

Éliza se fera justice elle-même en donnant des guet-apens à son ancienne mère maquerelle, à celle qui sous prétexte d’amitié l’a fait tomber dans la drogue et la déchéance.

Elle veut procéder de même en rentrant sur Paris avec le barman de son ex-club de nuit, avec les entremetteurs entre cet établissement et les sbires du Venezuela.

Elle suivra Gordon, lui échappera, sera prise en kidnapping, réussira à prendre le large car son ravisseur saura qu’elle ne répond pas au standard féminin qu’il se définissait avec mièvrerie, qu’elle est à la fois élégante, libre, racée, courageuse, puissante.

Vous apprendrez que l’esclavage sexuel a commencé dès les années cinquante, que la vie au Venezuela de l’époque se rapproche de celle des bouges de Thaïlande glauques d’aujourd’hui.

Vous suivrez avec constance, volonté d’appui, effroi, émotion toutes les vicissitudes, combats qui attendent Éliza.

Vous repèrerez que des personnes susceptibles d’être créatrices de tension pour Éliza deviendront de réels protecteurs, que d’autres accompagnateurs potentiellement empathiques renferment des secrets bien insupportables, menaçants.

Un livre bien écrit, précis, condensé, au rythme enlevé, d’un Jean Bruce en pleine forme, avec lequel on espère une fin de suspense, en lecture, la plus apaisée possible pour l’héroïne.

Éric

Blog Débredinages

Visa pour Caracas

Jean Bruce

Presses de la cité

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