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Mois

octobre 2019

Le lac salé de Pierre Benoît

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je sais que je vais me placer avec des répétitions, auprès de vous, et je fais appel à votre mansuétude pour tenter de me pardonner…

Non par esprit de provocation ou par défense des causes perdues ou inconséquentes, mais simplement par une nécessité personnelle d’aller puiser directement dans les textes et les écritures, pour alimenter mon opinion et ainsi organiser mon libre arbitre, je lis souvent des livres d’écrivains très en vogue, en leurs temps, mais qui ont du mal à survivre à un certain ostracisme qui les a frappés, du fait de leur rattachement à la liste des écrivains qui avaient cédé aux pratiques antipatriotiques pendant l’Occupation.

Pierre Benoît, disciple de Barrès et Maurras, est-fut de ceux-là.

Sa trop grande préciosité, son goût pour le dandysme, et parfois même pour une certaine pédanterie, lui ont fait préférer, non par désinvolture ou lâcheté, mais par esprit de confort et facilité vénale du bien vivre, les couverts de la Continentale et les invitations de confrères pangermanistes plutôt que rappeler en permanence la nécessité d’une liberté assouvie (que l’on retrouve en tous ses livres) et son esprit de concorde.

N’oublions pas néanmoins que le premier livre du Livre de Poche fut son œuvre de référence Koenigsmark, que l’on ne lit plus aujourd’hui, et qui se consacrait comme un classique de littérature ciselée, inventive, émotive et passionnelle, sorte de romantisme de nouvelle vague, puisant beaucoup dans Musset, revisité et mis en relief avec le contemporain.

Et vous ne pouvez visiter les ruines émerveillantes d’Angkor (je l’ai fait en 2014) sans relire Le Roi lépreux, en se rendant justement sur le site-hommage, terrasse, qui lui est dédié dans la Cité Khmère.

Le lac salé est un livre écrit de manière rayonnante : avec des phrases jamais maniérées, mais riches et enlevées, des sentiments jamais mièvres mais toujours exaltants, des profondeurs jamais sarcastiques ou caricaturales mais toujours assouvies, des ironies jamais de façade mais toujours cruelles et décapantes.

L’héroïne, Annabel, vient d’Irlande, l’Irlande catholique, celle qui recherche, en ce mitan du XIXème siècle qui précède la guerre de Sécession aux États-Unis, son indépendance de la Grande-Bretagne, et dont le père, décédé, a toujours appuyé la cause dite rebelle, pour permettre à l’île de prendre son destin en main.

Elle vit en une belle maison, avec des domestiques Noirs, qui sont en statut libre, et elle est conseillée et appuyée par le Père d’Exiles, un jésuite qui a pour mission d’évangéliser les tribus Indiennes, et qui le fait dans le respect de leurs traditions et sans jamais considérer que son dogme s’opèrera par la force ou une quelconque soumission ; il accepte tous les débats théologiques et imagine même une sorte de syncrétisme entre sa religion et les préceptes ancestraux de celles et ceux qu’il rencontre, notamment en Utah.

La maison est située près de Salt Lake City, ville édifiée par les Mormons, qui veulent organiser leurs espaces comme une nouvelle Jérusalem et qui considèrent leur nouvelle donne spirituelle comme un enjeu de pouvoir et de domination assumée.

L’armée Américaine s’est déployée, des combats ont eu lieu et un quasi pacte de non-agression s’est structuré : laisser les troupes prendre leurs terrains de conquête sur l’ouest des États et laisser faire les Mormons en leur ville, en s’assurant seulement qu’ils se cantonnent en leur Cité et n’imaginent pas la faire déborder…

Un pasteur de passage, aumônier dans l’armée Américaine, rencontre Annabel et son attirance pour elle n’est pas feinte, comme il est aussi troublé par la fille d’un des maîtres de la doctrine Mormone…

Le livre se construit, tout en tiroirs, avec des allers et retours récurrents entre :

  • l’amour positif, éclairé, d’une vie à organiser dans le respect mutuel, et l’amour soumis, hiérarchisé, comme chez les Mormons, avec des épouses figurées avec des numéros correspondant aux jours de la semaine où elles pourront partager la couche du Maître…
  • la rencontre très forte et marquante du Père d’Exiles avec les Indiens – où il leur reprochera l’assassinat de soldats considérés comme des colonisateurs, mais qui acceptera son sort quand ces mêmes Indiens lui reprocheront d’avoir fait un rapport aux autorités qui aura provoqué le massacre de tribus, en représailles – et la vision de Mormons qui placent les Noirs comme des objets et des meubles, qui les assujettissent comme des biens sur lesquels on marquerait la propriété, comme feu le Code Noir terrifiant…
  • la facilité d’accepter son sort, fusse-t-il lié à des erreurs de choix ou d’interprétations et la capacité à se rebeller quand la trahison est utilisée et que ni le temps, ni les événements, ne sauraient pardonner.
  • la dynamique racontée, en une plume avide, de natures sauvages et désertiques, emplies d’une faune ornithologique exceptionnelle et la fadeur de villes construites sans âme et sans relief, avec juste la présence majeure, lourde et oppressive de bâtiments répétés, qui structureraient une autorité qui serait indépassable…

Je vous laisse lire Pierre Benoît, qui peut vous apparaître pompier à la première salve de lecture, mais qui vous saisira par un emploi façonné de la langue, et surtout par une énergie de ressources vives qui parsèment ses personnages toujours volontaires, aiguisés, mais qui vivent souvent des moments rudes et tendus qu’ils affronteront pour des conclusions souvent compliquées…

Une œuvre rare, comme un bon vin en bouche ; allez comme un Condrieu avec un fromage frais du pays d’Ampuis.

Éric

Blog Débredinages

Le lac salé

Pierre Benoît

Le Livre de Poche, édition de 1969 ; trouvée chez un bouquiniste pour 3€

Les chiens de Riga d’Henning Mankell

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Mon Ami, Yves, indépassable blogueur avec son site « Lyvres », exceptionnel en pépites dénichées et en célérité dans son renouvellement informatif littéraire permanent, m’avait fait part, suite à ma promenade récente estivale, en Lettonie, que l’un de ses enquêteurs fétiches, Kurt Wallander, connaissait bien le pays…

Suivant ses conseils toujours porteurs, j’ai acheté Les Chiens de Riga, œuvre que je n’avais encore jamais fait mienne en mes lectures de roman noir.

J’ai retrouvé toute la tonicité d’Henning Mankell qui intègre toujours les réalités historiques et sociétales, en ses narrations.

J’ai pu surtout mettre en relief le descriptif de la Lettonie d’émancipation naissante en ce livre, datant de 1992, et mes propres pérégrinations en ce pays méconnu qui porte avec fierté sa volonté d’ouverture et d’indépendance affirmée.

Wallander est chargé d’enquêter sur la mort de deux hommes laissés à la dérive, en un canot, et découverts en pleine mer par un bateau de trafic de contrebande qui ne cherche vraiment pas alerter la police, mais qui ne peut se résoudre à passer son chemin et qui fait en sorte que l’on puisse le retrouver en bord de côte Suédoise…

L’on repère assez vite que les deux hommes sont Lettons et qu’ils ont fait les frais radicaux d’un règlement de compte lié au trafic de drogue.

Le major Liepa, en provenance de Riga, est appelé à se rendre en Suède pour reprendre les commandes de l’enquête ; il analyse assez vite le sérieux et l’opiniâtreté de Wallander qui lui-même, malgré les volutes de fumée étouffantes du major, se prend d’affection pour lui et regrette ardemment que le canot, en lequel les deux hommes ont été retrouvés morts, ait pu disparaître du commissariat en une équipée de cambriolage nocturne fantasque…

Le major Liepa retourne sur Riga, récupérant l’enquête, mais il se retrouve assassiné très peu de jours plus tard…

La police Lettone demande instamment à Wallander de venir l’appuyer et l’aider, mais notre enquêteur sent instinctivement qu’il est suivi, placé en filature, qu’on l’empêche de pouvoir discuter comme il l’entend, de rencontrer qui il souhaite.

Il se sent épié et mis sur écoute.

Il arrive cependant à rencontrer, après des circonvolutions et nécessités de donner le change épiques, l’épouse du major, Baiba, qui est persuadée que le major a été victime d’un crime politique.

Wallander est obligé de quitter Riga quand un coupable idéal semble avoir été arrêté et après ses aveux providentiels, mais il sait qu’il y reviendra, malgré les embûches et la certitude de forces obscures qui s’attacheront à le neutraliser ou à contraindre toute manifestation de la vérité.

Le bastion de Riga et ses petites collines en bord de canal, en plein centre-ville, sont aujourd’hui des lieux de pèlerinage où l’on observe encore des marques de balles dans la pierre, rappelant les combats entre forces indépendantistes et apparatchiks de la minorité russophone désireuse de conserver la vassalité à Moscou.

Henning Mankell évoque ces lieux de mémoire, encore toute vive et émue des combats datant d’à peine une année avant la sortie du livre.

La colonne de l’indépendance, d’intérêt architectural modeste, symbolise la primauté des idéaux de liberté du pays, et elle fait l’objet d’une vénération de mémoire, sur Riga.

Wallander la croise souvent dans le livre, entre volonté d’esquiver des chaperons et tentative de rejoindre le centre historique pour rencontrer Baiba…

Surtout le livre sait structurer les essentiels : déterminer le double jeu, ne pas identifier les coupables en aisance, assurer que les combattants pour l’ivresse indépendante sauront toujours préférer la mort qu’une vie sans liberté…

Cet idéal arboré les honorant, Wallander ne pourra jamais se désengager du lien qui unit son destin aux leurs, dorénavant, et il veut démontrer que les compromissions et hypocrisies se placent souvent en priorité face à la transmission de convictions aiguisées pour lesquelles on serait prêt à tout sacrifier… Mais il sait quel camp il veut appuyer ou servir.

Et comme toujours avec Wallander, l’on ne sait jamais si l’on peut imaginer un avenir moins sombre ou si l’on doit se concentrer pour se dire que le pire est encore à venir…

Aller visiter Riga, en prenant ce livre comme guide de promenade et surtout d’arrêt récurrent de lectures, en ses parcs magnifiques ou en ses bordures de canal, constitue une invitation que je vous recommande.

Et je transmets mes affections à Yves qui m’a permis, ainsi, de prolonger mon voyage.

Amitiés vives, Lectrice et Lecteur.

Eric

Blog Débredinages

 

Les chiens de Riga

Henning Mankell, qui ne cesse de manquer depuis qu’il a tourné le pas trop vite…

Collection Points Seuil

8.5€

Photo de la colonne de l’indépendance à Riga

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La dame blanche des Habsbourg de Paul Morand

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Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous le savez, en me suivant en cet humble blog, je suis passionné de lectures d’auteurs souvent contestés, à la morale ou au parcours pas forcément reluisants, mais qui n’ont jamais créé d’indifférences…

Paul Morand avait bien ri quand Arletty, lors de son procès, juste au moment de la Libération, avait déclaré au Président du Tribunal, en réponse à sa question sur « comment elle se portait », « qu’elle n’était pas très résistante… ».

Paul Morand était à la fois écrivain de talent et diplomate et il souhaitait continuer à poursuivre sa carrière, quelles que soient les circonstances…

De la Roumanie où il se trouvait en 1940, où il alliait frasques et combines, en même temps qu’il représentait la France, il trouva plutôt intéressant de se rendre à Vichy, de marquer allégeance à Jean Jardin, l’éminence grise de Laval, et servir l’État Français, lui qui rêvait d’une Europe nouvelle, même s’il n’en a jamais souhaité de contours dictatoriaux ou déshumanisés.

Il se retrouva affecté en  Suisse, pays neutre pendant le conflit, et il put continuer à mener sa plume et rester sur place, notamment dès la publication de la liste des écrivains inciviques en laquelle il figurait bien nettement, dès 1944.

L’homme était un dandy et un intellectuel brillant, mais sa carrière et sa position lui importaient plus que la rigueur morale ou les principes éthiques. Sans lui accorder de circonstance atténuante particulière, car il s’est mis en retrait quand tant d’autres risquaient leur vie, il a toujours conservé les amitiés qu’il avait contractées et a toujours défendu celles et ceux en qui il était redevable, sans pour cela avoir le courage d’affronter la justice post Libération, préférant les hôtels de Berne et la fortune de ses conquêtes aristocratiques récurrentes…

J’ose cependant apprécier sa plume que je trouve exceptionnelle, car il écrit avec verve, chatoiement et précision, se plaçant toujours en érudition, en mêlant la Grande Histoire avec les petits moments de vie et en ayant la capacité de décrire le réel en le romançant à satiété.

J’ai déniché en un bouquiniste de Saint-Raphaël, proche de la gare de Valescure, un livre de 1963 du club de la femme, illustré d’un cahier sur l’auteur et sur son œuvre, relié en pleine toile, pour la somme modique d’un euro, et j’ai pénétré avec plaisir un roman qui décrit toute la dynastie des Habsbourg, en évoquant des faits, en intégrant le réel effectif, mais en ouvrant des pistes pour tous les imaginaires.

L’auteur avait décidé d’écrire ce livre pour que le lecteur contemple « de belles ruines, au bord de l’orient de l’Europe, à la frontière d’une civilisation millénaire ».

Il rajoutait que personne ne pouvait imaginer ce que pouvait être la Vienne Impériale ni repérer « comment tant de pays vivaient sous un seul prince »…

La Dame Blanche est bien la maison d’Autriche qui paya du prix du sang ses fiertés implacables.

Paul Morand aime évoquer que l’amour a fait parfois perdre des raisons et rationalités aux Habsbourg mais qu’ils ont toujours récupéré en territoires… ; il n’est pas possible de tenter de puiser des anecdotes croustillantes, la cour d’Autriche édifie le mariage avec une morale janséniste avec les principes édictés d’union dans l’honneur, quasiment sanctifiée…

Les Habsbourg se devaient d’être Impériaux et mariés et appréciaient un mélange de solitude et de bals rares.

La Vienne de ces époques était bigarrée avec des palais à cent serviteurs qui baisaient la main de leurs maîtres (Küss die Hände) avec des jardiniers tchèques, des caméristes dalmates, des précepteurs triestins, des pâtissiers transylvains et des marmitons hongrois…

Et Paul Morand, qui s’y connaissait en stratégie des alliances, aime préciser qu’ils furent internationaux trop tôt, avant la création de l’Europe, et nationaux trop tard, après l’Anschluss… Mais Metternich disait aussi que le « vrai chef d’œuvre est de durer » et les Habsbourg ont duré plus de mille ans…

Paul Morand narre le destin de François II, qui fut le beau-père de Napoléon, quand il épousa Marie-Louise. Pendant les Cent Jours Napoléon pensait avoir joué les Habsbourg, il sera joué par eux.

François II tiendra Marie-Louise et le Roi de Rome et ne les lâchera pas. Borné et retors, perceur de dossiers, il réussit cependant à éviter des banqueroutes récurrentes et à héberger près de quatre cent cinquante personnages et leurs suites au congrès-gala de la paix de 1814/1815, en consacrant  l’hospitalité Autrichienne et ses féeries.

Même si Marie-Louise ne parla de Louis XVI qu’en évoquant « notre malheureux oncle », elle ne déjuge pas cependant son époux Napoléon, et quand son père François II retire son accord d’avec la France, et fait la guerre contre la France, en 1814, elle précise à son Cher Papa « qu’il n’en tirera aucun profit… ».  Il reste qu’elle ne répondra jamais aux lettres enflammées que Napoléon lui enverra d’exil et elle l’oubliera avec un prince qui la battait…

Napoléon réserve au Roi de Rome la moitié de l’Europe, de Séville à l’Illyrie, en 1811 et dix ans plus tard, à Longwood, sur Sainte-Hélène, il lui lègue sa seule maison d’Ajaccio… Le Roi de Rome, devenu Duc de Reichstadt n’en verra jamais la couleur. Fils de monstre sacré, il ne devait rien lui laisser de son péché originel, un péché qui ne pardonne pas. L’Aiglon a eu une vie courte et triste, sans amour, et on le traitait en prisonnier d’État. Seule l’archiduchesse Sophie lui donnera quelques gages d’apaisement et de tendresse.

Morand, toujours avec son sens de la formule, déclama que Napoléon II aura pu nous épargner Napoléon III, et que son masque mortuaire ressemblait à s’y méprendre à Napoléon au Pont d’Arcole…

Selon Morand, ce n’était pas une idée de fou ni d’imbécile que de vouloir barrer la route aux Etats-Unis sur leur propre continent car profiter, si l’on peut dire, de la guerre de Sécession, pour refaire dans le nouveau monde une sorte d’empire latin, sous l’égide conjointe de la France et de l’Espagne pouvait même être consacré, comme une idée profonde.

François-Joseph n’appréciait pas Maximilien et a accepté d’éloigner son frère mal aimé à la condition qu’il renonçât à tous ses droits sur la couronne d’Autriche, ce que Maximilien accepta, obtenant ainsi un appui pour rejoindre un corps expéditionnaire au Mexique, à la grande joie de son épouse Charlotte, malgré la défection de Napoléon III qui avait pourtant tout fait pour concrétiser ce projet, en assurant de son permanent appui Maximilien.

Bazaine sur place, homme de lige de Napoléon III, n’a jamais été loyal avec Maximilien et n’a rien fait pour empêcher son exécution, Charlotte déjà partie et sombrant dans une folie de persécution et empreinte d’oublis. Et l’on dit encore aujourd’hui qu’une armée Mexicaine n’a aucun sens, alors qu’elle a pu battre une armée de Napoléon III…

François Joseph a toujours été jeune mais imperméable aux idées modernes, il transcendait son autorité uniquement par les bals de la cour en prenant un temps récurrent pour valider les présents, qui passaient un examen avec le « hoffähig », qui s’assurait de la nécessité d’être bien né et de forte empreinte catholique.

Il ne souhaitait rien de moins que d’être intronisé à Prague, Budapest et Vienne pour slaviser la monarchie, trop magyarisée selon lui.

L’archiduc Rodolphe a été immortalisé par Mayerling, et ce colonel de vingt ans avait besoin d’embardées en amour, en se détruisant tout en détruisant les autres ; il fut un « Philippe Egalité qui devait voter sa propre mort », selon Morand.

Un livre précieux, rare et captivant, mais il vous faut accepter d’intégrer un style maniéré et parfois pompier, qui renferme cependant une très vive poésie.

Eric

Blog Débredinages

La dame blanche des Habsbourg

Paul Morand

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