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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

février 2019

Pharaon, mon royaume est de ce monde, de Christian Jacq

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il peut arriver parfois que l’on soit obligé de se justifier, même en, ce blog personnel de chroniques de liberté libre, pour reprendre l’expression remarquable de Rimbaud…

Quand on me pose la question suivante : quel est le livre, l’auteur, ou le disque ou l’artiste que vous appréciez et/ou que vous détenez et pour lequel vous auriez si ce n’est un brin de honte ou de remords, en tous cas une nécessité d’explication argumentée, je réponds du tac au tac avec feu le chanteur Carlos et avec l’auteur Christian Jacq.

Carlos a chanté beaucoup de refrains sans relief, mais dont nous nous souvenons en permanence et il plaçait un moment de décalage et de gaieté dans la grisaille du quotidien et je conserve, en les réécoutant parfois, les standards de Señor Météo et de Papayou (il m’a fallu grandir pour comprendre les paroles coquines en sous-entendu…) sans me sentir en retrait du culturel sacralisé…

Christian Jacq est repéré comme un auteur facile, qui écrit trop fréquemment, qui ne soigne pas son style, qui raconte des histoires avec des méchants vite cernés.

Je comprends ces réactions mais je ne les partage pas.

Quand je lis Christian Jacq (et ma bibliothèque est pleine à craquer de ses ouvrages), j’ai le plaisir d’une lecture détente et d’évasion, et je me remémore mes promenades en bord de Nil de 1987 et 1997, ou mes lectures de livres d’Histoire de 6ème où je rêvais de me placer sur les traces d’Howard Carter et de Lord Carnavon, en redécouvrant les merveilles de la tombe de Toutankhamon dans la Vallée des Rois, comme en 1922 avec ses épigones.

Je défendrais Christian Jacq en permanence car il donne envie d’aller plus loin et de se plonger dans le fraternel, l’écoute introspective, le partage ou l’exigence de l’effort, valeurs cardinales qui consacrent la règle de Mâat, tellement rappelée par l’auteur en ses ouvrages, et la sagesse inspirée des textes hiéroglyphiques que l’auteur maîtrise totalement puisqu’il est lui-même docteur en égyptologie.

Et ce n’est pas sa propension à l’ésotérisme qui doit contraindre la lecture de ses romans, avec la perception qu’ils enfermeraient la pensée, en la réduisant au repérage que les textes anciens sont forcément des vérités…

On peut parfaitement lire une biographie de Christiane Desroches- Noblecourt (je l’ai fait souvent) en y puisant l’exégèse de la scientifique et apprécier aussi un roman de Christian Jacq, qui associera la fiction avec des analyses de conteur connaisseur qui cerne l’Égypte, à la fois dans ses richesses de patrimoines et de civilisations comme dans les préceptes des scribes et des transmissions d’Empires qui ont duré plus de 3000 ans, quand même…

Dissocier Christian Jacq du culturel ou de l’attractivité sur l’Égypte, en le comparant à un auteur de forfanterie et sans conscience ou rigueur intellectuelles, équivaut à dire que rencontrer Mickey à Disneyland empêcherait de se plonger dans Victor Hugo…

Je trouve ces types de raccourcis inconséquents et même je considère qu’ils sont incitateurs d’une culture de classe et d’expression d’une vérité du beau, de ce qui doit être référencé comme crédible culturellement de ce qui ne le serait pas.

Et comme je n’ai jamais aimé les princesses et princes du bon goût, qui de Télérama aux Inrockuptibles (notamment), décernent des palmes ou des croupières à ce qui est beau ou bon ou ne le serait pas, je vous recommande la lecture de ce dernier roman, dense et foisonnant et qui m’a comblé intellectuellement et m’a transporté en des rivages de dépaysement.

Christian Jacq se place dans le sillage du Pharaon Thoutmosis III, que l’on appellera plus tard Le Napoléon Égyptien, et le livre est écrit à la première personne, avec le Pharaon comme narrateur, ce qui renforce la proximité des confidences avec le lecteur.

J’ai aimé ce livre pour toute une panoplie de raisons :

  • Il montre un Pharaon qui ne voulait pas vraiment régner, mais qui savait que son rôle était déjà dicté ; il ne lui était pas simple de succéder à sa tante Hatchepsout qui s’est imposée comme une femme d’exception en bâtissant le temple merveilleux de Deir el Bahari, à Thèbes, consacré à la déesse Hathor et dont le plafond encore scintillant d’étoiles bleutées me revient encore en mémoire, plus de 30 ans après l’avoir parcouru à satiété…
  • Il présente un Pharaon qui aimait la lecture et l’étude assouvie des textes antiques et qui aurait rêvé de passer sa vie, en bibliothèque et en qualité de scribe ou de manieur de la règle de Thot, le Dieu à tête d’Ibis.
  • Il évoque la force intérieure d’un homme qui détestait la violence, mais qui a accompli plus d’une dizaine de campagnes militaires pour mettre au pas des protectorats entre Liban et Syrie actuelles, qui ne voulaient que renverser la civilisation Pharaonienne et s’emparer de ses richesses sacrées, au bénéfice d’individualités vénales…
  • Il raconte un homme amoureux fou d’une musicienne harpiste, qui deviendra sa grande épouse royale et qu’il associera dans la construction de son temple des milliers d’années, comme son égale et son inspiratrice, pour relier les espaces terrestres au monde céleste.
  • L’auteur sait magnifier cette relation intime et caractérise le féminisme d’avant-garde de cette civilisation où la compétence, la tonicité, la volonté se placent comme des vertus largement supérieures au droit d’aînesse.
  • Il transfigure un homme qui prend le temps aussi d’aller dans les temples, de peindre des hiéroglyphes, de s’inspirer des textes et préceptes de ses aïeux, avant de prendre une décision d’importance et de confectionner un herbier ou de concevoir un carnet de dessin de la flore et de la faune des paysages traversés, qui font encore autorité de nos jours…
  • Le livre associe des personnages d’appui du souverain, qui se méfie des amis faciles et des compliments d’allégeance et qui préfère les communications de celles et ceux qui ne prennent pas de gant, qui parlent des critiques du terrain et qui travaillent sans relâche pour le bien commun, et d’autres protagonistes, certainement un peu caricaturaux, qui présentent les traits de caractère de ceux qui ne pensent qu’au confort individuel, qui ne seront jamais solidaires et qui n’attendent de la vie que la satisfaction du temps direct, au bénéfice de leurs seuls intérêts…
  • Le livre parcourt l’Égypte, en toute son acception du Moyen-Orient actuel et même jusqu’aux confins de la Mésopotamie jusqu’à la Nubie, démontrant son étendue, ses pouvoirs, son inspiration et surtout la consécration de temples majestueux, sans cesse complétés et enrichis, pour saluer la grandeur des Dieux et surtout pour célébrer la nécessité d’un lien indéfectible avec un au-delà qui assure aux présents terrestres un vécu juste et apaisé, qui déteste les avidités personnelles  comme les attaques aux patrimoines comme à l’environnement. Quelle actualité que cette analyse !

Ce livre se place comme une émotion permanente, entre sagesse inspirée pour rappeler les essentiels et plaisirs de lecture dépaysante : on y retrouve la confraternité, l’écoute et la tolérance comme la volonté de se retrouver au bord du Nil pour déguster une perche avec les consécrations monumentales de pierre, en arrière-plan et à perte de vue.

Christian Jacq reste un parfait conteur et un auteur toujours à saluer.

Merci à mon Grand Fils Loïc, pour cette offrande de Noël dernier !

Éric

Blog Débredinages

Pharaon, mon royaume est de ce monde

Christian Jacq

XO Éditions

 

 

Cambodge : Maîtres de la terre et de l’eau de Jean-Claude Pomonti

 

Très intéressante collection que celle de L’âme des peuples que j’ai découverte en flânant au Salon du Livre Paris 2018.

Un auteur, écrivain ou journaliste, ou cumulant les deux forces narratives, décrit ses retours de vécus d’un pays et les confronte avec des entretiens, avec des acteurs investis, pour une nouvelle donne dans l’évolution de ce même pays, et il en retire des enjeux pour un avenir plus égalitaire et tolérant ou ouvert.

J’ai lu avec passion le livre consacré au Cambodge.

Ce pays a développé la civilisation Khmère aux flamboiements magnifiés, notamment sur les sites proches de Siem Reap, avec le fabuleux  temple d’Angkor Vat, que j’ai eu le bonheur de contempler dans ses détails inspirés en 2014.

Ce pays a aussi vécu un génocide atroce broyant le quart de sa population, entre 1975 et 1979, quand les sinistres Khmers Rouges ont, de manière structurelle et hallucinée, torturé et massacré les intellectuels, les éventuels opposants et tous les rétifs à la construction d’un homme nouveau pensé sur les théories ou préceptes Maoïstes, avec un nationalisme intransigeant qui excluait tout contact avec un extérieur.

Comment un pays aussi calme et posé, où les pêcheurs du lac Tonlé Sap ou des bords du Mékong peuvent s’adonner à l’attente des poissons en écoutant les bonzes désireux de quêter leurs parts, tout en titillant une petite sieste, où les regards et sourires du Bayon et des Apsaras tendent vers une inclinaison d’apaisement et de positivité, a-t-il pu tomber dans un registre aussi terrifiant et d’une inconséquence meurtrière d’une ampleur si horrifiante ?

L’auteur tente quelques explications :

  • La suprématie nationaliste érigée comme dogme de domination avec Pol Pot qui clamait, en tant que Frère N°1 que « le peuple qui avait édifié Angkor était capable de tous les exploits » et donc même d’obéir aux préceptes les plus abjects…
  • La volonté de se débarrasser des esprits gardiens de la terre (neak ta) qui promeuvent une énergie sacrée pour soumettre tous les habitants à la lecture du seul dogme installé : celui de l’obéissance aux décisions des soi-disant Frères…
  • L’absence récurrente de dialogue et d’échange qui intègre que l’on ne commente pas ce qui se produit et du coup, que l’on ne se révolte pas, ou que l’on ne connaît pas ou que l’on réfute les actions collectives

Le pays peut-il, après cette détresse densifiée, repartir sur des rails apaisés, de concorde, d’appui et d’accompagnement aux créativités ou aux innovations ?

L’auteur évoque plusieurs pistes enrichissantes :

  • Le travail de mémoire inlassable de Rithy Panh dont la famille a été emportée, sous ses yeux, quand il avait treize ans, en une cruauté insupportable, et qui travaille en ses films, documentaires et réalisations pour comprendre la thématique Khmère Rouge qu’elle parle du tortionnaire de S21 Douch ou des sbires encore vivants ayant travaillé, si j’ose dire, sous l’égide de Pol Pot
  • La dynamique d’Ou Ritthy pour mobiliser les jeunes et les inviter à partager leurs analyses et convictions autour d’un café ou d’un thé, en créant des associations porteuses d’idées ou de projets, en contestant ou en proclamant des différences aux préceptes du Premier Ministre en place depuis plus de trente ans, Hun Sen, qui reprenait les refrains du Roi Sihanouk avec le positionnement de proposer aux habitants « de faire ce qu’on leur dit pour assurer leur bonheur à venir…
  • La volonté de faire bouger le pouvoir par l’arme des arts, très en vogue notamment par le renouveau des chorégraphies assises sur une histoire magnifiée par les Asparas dans les temples, car la politique manque de vision et d’innovation, et elle replie les identités sur des territoires que l’on décerne à des sortes d’alliances familiales dénommées Oknhas qui financent des services publics mais qui sont surtout capables de servir de potentats aux sbires du régime installé, quand il faut confisquer des terres…
  • Cette volonté est celle de Phloeun Prim qui veut recouvrer les vestiges de la tradition artistique du pays et qui aspire à créer deux grands centres artistiques, eux-mêmes en relais internationaux avec des investisseurs, notamment de la scène New-Yorkaise

Parce que ce pays mérite d’aller tout simplement mieux, en confrontant en devoir de mémoire ce qu’il a enduré pour construire un espoir par la communion, la discussion libre, l’envie de débattre et la proposition de projets collectifs, il est important d’appuyer les initiatives du Mékong pour que les douleurs vécues, qu’il ne faudra jamais éluder, donnent aussi place à des signes de renaissance et de retour à l’excellence Khmère qui a dominé l’Asie pendant des siècles et dont le drapeau du Cambodge s’enorgueillit.

Éric

Blog Débredinages

Cambodge – Maîtres de la terre et de l’eau

Collection L’âme des peuples

Jean-Claude Pomonti

9€

 

 

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