Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avais déjà narré mon inclinaison forte pour la collection L’âme des peuples, des Editions Nevicata, structurée sous la direction de Richard Werly, correspondant permanent du remarquable journal quotidien suisse, Le Temps, et installée en Belgique.

Quand j’avais pu approcher l’équipe en charge de cette nouvelle donne de publication, lors du Salon du Livre de Paris, en 2018 et en 2019, j’avais pu cerner sa double qualité : une volonté de présenter, pour une ville ou un pays, les éléments qui enrichissent et emplissent leurs dynamiques et histoires culturelles, et une association solide de messages contemporains  illustrant les forces innovantes qui y sont en présence, qui contribuent à porter espoir et positivité, ainsi que les tensions qui s’y structurent ou développent.

La pertinence des informations nous permet une réflexion aiguisée, pour appuyer nos compréhensions, pour mieux cerner les complexités vécues dans la Cité ou le Pays, et ainsi avancer sur nos connaissances, en réfutant les jugements de valeur ou les simplismes.

En cette récente période passée des fêtes de fin d’année, l’on m’a offert deux nouveaux opus de la collection, l’un concernant les Etats-Unis et écrit par Harold Hyman, l’homme qui décortique pour les chaînes d’information en continu, du fait de sa double culture française et américaine, les réalités et diversités de l’Oncle Sam, et l’autre sur le Vietnam écrit par Jean-Claude Pomonti, fin connaisseur du Sud-Est asiatique.

Les deux livres se repèrent totalement passionnants, ils se lisent comme des condensés d’information d’histoire contemporaine, comme des témoignages de personnalités exigeantes qui définissent des clefs pour débattre, comme des ouvertures culturelles qui se placent en nécessité première pour être reprises, ré-analysées, à emporter, avec soi, avant d’entreprendre un voyage, pour dépasser le guide touristique et mieux cerner et comprendre les environnements en présence.

Cette chronique s’attache au livre sur les Etats-Unis, une prochaine concernera le Vietnam, sachant que les deux pays, nous le savons bien, ont bien évidemment une histoire interpénétrée douloureuse, liée par un conflit sanglant et lourd, dont il est important de cerner les soubresauts et les enfouissements.

Pour Harold Hyman, le souffle longtemps pénétré du rêve américain et la possibilité de s’enrichir et d’entreprendre, en prenant inspiration sur des opportunités à saisir, semblent avoir vécus et ils se trouvent remplacés par la prolifération de ce qu’il appelle des tribus, qui orchestrent les champs des idées, des délibératifs et des décisionnels.

La société américaine adosse trois lignes de fractures qui opposent les Blancs aux Hispaniques avec les Noirs, qui met en relief les riches et les pauvres et qui différencie fortement les chrétiens (surtout Blancs) des musulmans.

Chaque tribu se replie sur elle-même et s’interroge par rapport aux autres, dans une confrontation souvent assumée.

Quand Obama a essayé de transcender ces clivages, on lui a reproché de ne pas choisir ou de s’identifier à une tribu nouvelle et il n’est pas parvenu à ses fins.

Et du coup il est ressenti comme le représentant d’une Amérique Nouvelle qui est conspuée par les tenants de l’Amérique dite ancienne ou traditionnelle, prise en main et en leadership par Donald Trump.

Ces tribus ne s’incarnent pas par la seule référence ethnique, elles se composent avec des relais géographiques, des relations familiales, des liens universitaires ou d’organisations et du coup chaque tribu rêve de son Amérique, très différente et multi conceptuelle…

L’auteur précise que la réussite individuelle de l’American Dream ou de l’American way of life s’organisait aussi avec un altruisme revendiqué, pour donner aux organisations caritatives ou dans certaines soirées de charité, un retour de ce qui avait été gagné, et ainsi redistribuer avec élégance solidaire une partie de la richesse, comme Bill Gates qui dépense plus avec sa fondation en vaccins en Afrique que les campagnes de l’Unicef.

Mais aujourd’hui cette aménité se manifeste surtout pour des volontés d’optimisation fiscale…

L’auteur insiste aussi sur une marque de fabrique Américaine, celle de la conquête technologique qui a lancé, par exemple, le programme Apollo, avec ses réussites.

Il regrette le peu d’empressement du projet de mise en forme d’une station spatiale pour Mars, pour susciter le rêve d’une nouvelle concrétisation scientifique et du développement de la connaissance.

Les tribus s’opposent aussi sur des sujets sociétaux comme le droit à l’avortement, la volonté de respect de l’environnement et donc de l’acceptation ou pas de l’exploitation du gaz de schiste, ou sur la contestation de plus en plus marquée du darwinisme ou de l’origine de l’évolution des espèces, en imaginant  et en revendiquant, sans vergogne, une opposition admise et frontale entre le divin et la science.

L’auteur énumère des tribus religieuses, professionnelles ou électives, puisque l’on retrouve souvent les mêmes familles aux commandes depuis des lustres dans tous les cercles des pouvoirs, mais il reste optimiste en considérant que de la Silicon Valley à Cap Canaveral le génie américain peut encore s’engager dans des aspirations porteuses et progressistes.

Trois entretiens passionnants complètent le livre, l’un concernant le socle des valeurs américaines fait à la fois de libérations mais aussi de puritanismes, l’autre relatif à la permanence des tensions raciales, et le dernier concernant le refus de l’intégration, par certaines tribus évangélistes, des immigrations musulmanes et leur tendance à souhaiter ou suggérer des affrontements plus que des mains tendues…

Comme l’éditeur le précise, « ce livre n’est pas un guide, mais un décodeur », un concentré d’informations importantes et marquantes pour mieux comprendre les réalités Américaines et tenter de mieux percevoir l’importance des débats à venir, pour en cerner les enjeux, en cette année électorale.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Etats-Unis

Tribus américaines

Harold Hyman (cf photo, copyright éditions Nevicata)

Collection L’âme des peuples

Editions Nevicata – 9€

Bravo aux éditions Nevicata, pour cette ligne éditoriale, originale et réflexive !