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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Etats-Unis

Equateur d’Antonin Varenne

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avoue, sans nulle honte, avoir un vrai « faible » pour des lectures qui ravivent les épopées, qui traversent les contrées et qui me donnent envie de parcourir des espaces entremêlés de multiples aventures pittoresques ou improbables.

Pour atteindre cette exigence, il convient aussi d’intégrer des personnages intrépides, aux fêlures réelles, prêts à tout pour construire leur destin ou pour s’inventer.

J’ai retrouvé cet univers dans le livre marquant et très bien écrit d’Antonin Varenne.

Pete Ferguson fut déserteur de la Guerre de Sécession, que je préfère désigner sous son vocable américain de « Civil War », plus direct et clair ; il vient de quitter le ranch où il a été recueilli avec son petit frère, car on lui reproche d’avoir tué le vieux Meeks sous le témoignage, qu’il conteste fermement de Lydia.

Il ne lui est pas aisé de devoir fuir son petit frère, qu’il a toujours protégé, notamment des violences d’un paternel qui s’est suicidé en se pendant, et que Pete n’a pas décroché alors qu’il le pouvait, le regrettant par intermittences seulement…

Il arrive à Lincoln City où l’on propose des terres à ceux qui voudraient coloniser des espaces pour damner le pion aux « sauvages indigènes Indiens », dont on veut clairement parquer les influences dans des réserves où ils seront contrôlés…

Pete n’aime pas les injustices, le fait de tuer des Indiens, même s’il s’estime supérieur à eux, et encore moins de disposer de terres qui n’appartiennent nullement aux Etats fédérés.

Il vole le représentant des terres coloniales et incendie son officine et part avec son mustang « Réunion » pour vivre son aventure de vie.

Il deviendra d’abord chasseur de bisons : il était promis au dépeçage des bêtes pour conserver leurs peaux et fourrures pour les échanges commerciaux, mais il assurera rapidement la participation à la chasse, du fait de la force et de l’amplitude de son cheval comme de son aisance à viser.

Il s’écartera de ce métier quand il tuera un homme qui voulait atteindre à sa vie et auquel il avait donné un coup de poing, pour avoir brutalisé un jeune homme, car Pete peut être violent mais il défendra toujours le plus faible attaqué lâchement par le fort.

Il atteindra les communautés métissées Indiennes et Mexicaines et travaillera à leurs côtés jusqu’à son refus de participer à une vente d’enfants promis à l’esclavage, en fuyant avec une carriole et une jeune femme Mexicaine, qu’il n’hésite pas à frapper quand elle lui désobéit ou manifeste une indépendance, et qui lui volera son argent et lui décochera une balle dans le corps, qui l’immobilisera en blessure rude pendant un certain temps…

Il ira plus loin et, recherché pour avoir délaissé le clan des communautés Métisses et Mexicaines, et surtout pour n’avoir pas respecté ses missions assignées, il est approché par une personne assez vile et chasseuse de primes et n’hésite pas à tuer la personne désignée, qu’il avait connue dans son aventure Mexicaine et qui l’avait aidé pourtant…

Et comme un tueur à gages, il reçoit, en échange de son forfait, la possibilité de rejoindre un homme de navigation, en partance pour le Guatemala.

Il n’aime pas voguer sur les flots, et n’a pas le pied marin, mais il sait s’adapter et il sera compagnon de route d’un poète et de ses sbires, volontaires pour renverser le pouvoir gouvernemental et pour organiser une révolution.

Mais certain que l’Indienne Guatémaltèque, à qui il doit donner un pistolet contre argent, va mourir dans cette entreprise, il change les plans, danse avec elle, se voit sévèrement rabroué par les organisateurs du bal, et il part, avec elle, sur les traces de son village et de sa communauté, poursuivi par ses anciens « companieros » qui l’affectent comme un traître à la cause.

Il chemine, rencontre un prêtre devenu un adepte du syncrétisme et qui accompagne et soutient les Indiens locaux, parcourt les sentiers difficiles, réussit à créer les désordres et dissensions lors d’une « cérémonie » organisée pour mettre à mort des amis de son Indienne sauvée, Maria, et repart, par les flots, avec elle, jusqu’à atteindre la Guyane et une étonnante Cité exclusivement réservée aux femmes, que les hommes ne peuvent approcher sauf pour apporter un concours de travail ou pour faire en sorte que le village soit amélioré en sa condition.

Si un homme veut épouser une femme de cette Cité, il doit en reconnaître les règles et ne jamais se sentir patriarche, mais bien au contraire, se placer à son service.

Maria et Pete deviennent amants, finissent par s’apprécier par delà leurs différences et leurs limites définies en leur face à face contradictoire et tendu souvent, apprennent leurs langues mutuelles et décident de donner sens à leur vie, en accomplissant une prophétie qu’avait entendue et faite sienne, Pete : se rendre en l’Equateur, endroit mythique où tout serait possible…

Pete se voit réaliser un tatouage protéiforme, symbolisant sa racine qui part de la plante de ses pieds pour atteindre son cou et résumant ses errances, ses partances et le marquage des personnes qui l’ont forgé, et auxquels il pense, à savoir son frère Oliver et la petite Aileen, fille des propriétaires du ranch qui l’avait recueilli.

Pete et Maria atteindront l’équateur, dans le Brésil de l’Amazone, mais les espoirs enfouis ne correspondent pas aux réalités des vécus, et les déchéances physiques les menacent en ces contrées hostiles qui ravagent leur peu de santé restante.

Mais Maria sait que Pete sait écrire, et qu’il écrit régulièrement les lettres qu’il pourrait recevoir de celles et ceux qu’il a fuis, en espérant les revoir, avec une vie de frénésie à raconter.

Maria tente d’écrire à Oliver, comme une bouteille à la mer…

Ce livre se lit d’une traite et il est magnifié :

  • par sa capacité à se placer comme un roman noir, un roman d’aventures et un roman de destinées,
  • par sa coloration de personnages à la fois touchants et émouvants et cumulant aussi des affections et des pensées sans foi ni loi, où la force et la violence s’intègrent en récurrence,
  • par la promenade dans l’Amérique du XIXème siècle, sauvage, coloniale, sans scrupules, impitoyable contre les Indiens et dans l’Amérique Centrale et du Sud, entre échappées dantesques et fanfaronnades,
  • par sa qualité littéraire stylisée et sa propension à faire de Pete un homme affaibli, fataliste, mal en âme, mais aussi conquérant, indépendant, assumant toutes ses tensions et violences, et amoureux.

Voilà un bel et beau livre, comme je les affectionne, et qui m’invite à découvrir l’œuvre complète de l’auteur, que j’espère bien croiser lors d’un prochain Quais du Polar, puisque cette année, cela ne fut pas possible, en nos réalités rudes sanitaires…

 

Eric 

Blog Débredinages

 

Equateur

Antonin Varenne

Le livre de poche

7, 90€

Etats-Unis, Tribus américaines de Harold Hyman

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avais déjà narré mon inclinaison forte pour la collection L’âme des peuples, des Editions Nevicata, structurée sous la direction de Richard Werly, correspondant permanent du remarquable journal quotidien suisse, Le Temps, et installée en Belgique.

Quand j’avais pu approcher l’équipe en charge de cette nouvelle donne de publication, lors du Salon du Livre de Paris, en 2018 et en 2019, j’avais pu cerner sa double qualité : une volonté de présenter, pour une ville ou un pays, les éléments qui enrichissent et emplissent leurs dynamiques et histoires culturelles, et une association solide de messages contemporains  illustrant les forces innovantes qui y sont en présence, qui contribuent à porter espoir et positivité, ainsi que les tensions qui s’y structurent ou développent.

La pertinence des informations nous permet une réflexion aiguisée, pour appuyer nos compréhensions, pour mieux cerner les complexités vécues dans la Cité ou le Pays, et ainsi avancer sur nos connaissances, en réfutant les jugements de valeur ou les simplismes.

En cette récente période passée des fêtes de fin d’année, l’on m’a offert deux nouveaux opus de la collection, l’un concernant les Etats-Unis et écrit par Harold Hyman, l’homme qui décortique pour les chaînes d’information en continu, du fait de sa double culture française et américaine, les réalités et diversités de l’Oncle Sam, et l’autre sur le Vietnam écrit par Jean-Claude Pomonti, fin connaisseur du Sud-Est asiatique.

Les deux livres se repèrent totalement passionnants, ils se lisent comme des condensés d’information d’histoire contemporaine, comme des témoignages de personnalités exigeantes qui définissent des clefs pour débattre, comme des ouvertures culturelles qui se placent en nécessité première pour être reprises, ré-analysées, à emporter, avec soi, avant d’entreprendre un voyage, pour dépasser le guide touristique et mieux cerner et comprendre les environnements en présence.

Cette chronique s’attache au livre sur les Etats-Unis, une prochaine concernera le Vietnam, sachant que les deux pays, nous le savons bien, ont bien évidemment une histoire interpénétrée douloureuse, liée par un conflit sanglant et lourd, dont il est important de cerner les soubresauts et les enfouissements.

Pour Harold Hyman, le souffle longtemps pénétré du rêve américain et la possibilité de s’enrichir et d’entreprendre, en prenant inspiration sur des opportunités à saisir, semblent avoir vécus et ils se trouvent remplacés par la prolifération de ce qu’il appelle des tribus, qui orchestrent les champs des idées, des délibératifs et des décisionnels.

La société américaine adosse trois lignes de fractures qui opposent les Blancs aux Hispaniques avec les Noirs, qui met en relief les riches et les pauvres et qui différencie fortement les chrétiens (surtout Blancs) des musulmans.

Chaque tribu se replie sur elle-même et s’interroge par rapport aux autres, dans une confrontation souvent assumée.

Quand Obama a essayé de transcender ces clivages, on lui a reproché de ne pas choisir ou de s’identifier à une tribu nouvelle et il n’est pas parvenu à ses fins.

Et du coup il est ressenti comme le représentant d’une Amérique Nouvelle qui est conspuée par les tenants de l’Amérique dite ancienne ou traditionnelle, prise en main et en leadership par Donald Trump.

Ces tribus ne s’incarnent pas par la seule référence ethnique, elles se composent avec des relais géographiques, des relations familiales, des liens universitaires ou d’organisations et du coup chaque tribu rêve de son Amérique, très différente et multi conceptuelle…

L’auteur précise que la réussite individuelle de l’American Dream ou de l’American way of life s’organisait aussi avec un altruisme revendiqué, pour donner aux organisations caritatives ou dans certaines soirées de charité, un retour de ce qui avait été gagné, et ainsi redistribuer avec élégance solidaire une partie de la richesse, comme Bill Gates qui dépense plus avec sa fondation en vaccins en Afrique que les campagnes de l’Unicef.

Mais aujourd’hui cette aménité se manifeste surtout pour des volontés d’optimisation fiscale…

L’auteur insiste aussi sur une marque de fabrique Américaine, celle de la conquête technologique qui a lancé, par exemple, le programme Apollo, avec ses réussites.

Il regrette le peu d’empressement du projet de mise en forme d’une station spatiale pour Mars, pour susciter le rêve d’une nouvelle concrétisation scientifique et du développement de la connaissance.

Les tribus s’opposent aussi sur des sujets sociétaux comme le droit à l’avortement, la volonté de respect de l’environnement et donc de l’acceptation ou pas de l’exploitation du gaz de schiste, ou sur la contestation de plus en plus marquée du darwinisme ou de l’origine de l’évolution des espèces, en imaginant  et en revendiquant, sans vergogne, une opposition admise et frontale entre le divin et la science.

L’auteur énumère des tribus religieuses, professionnelles ou électives, puisque l’on retrouve souvent les mêmes familles aux commandes depuis des lustres dans tous les cercles des pouvoirs, mais il reste optimiste en considérant que de la Silicon Valley à Cap Canaveral le génie américain peut encore s’engager dans des aspirations porteuses et progressistes.

Trois entretiens passionnants complètent le livre, l’un concernant le socle des valeurs américaines fait à la fois de libérations mais aussi de puritanismes, l’autre relatif à la permanence des tensions raciales, et le dernier concernant le refus de l’intégration, par certaines tribus évangélistes, des immigrations musulmanes et leur tendance à souhaiter ou suggérer des affrontements plus que des mains tendues…

Comme l’éditeur le précise, « ce livre n’est pas un guide, mais un décodeur », un concentré d’informations importantes et marquantes pour mieux comprendre les réalités Américaines et tenter de mieux percevoir l’importance des débats à venir, pour en cerner les enjeux, en cette année électorale.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Etats-Unis

Tribus américaines

Harold Hyman (cf photo, copyright éditions Nevicata)

Collection L’âme des peuples

Editions Nevicata – 9€

Bravo aux éditions Nevicata, pour cette ligne éditoriale, originale et réflexive !

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