Recherche

débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Catégorie

BD

Pif Gadget : 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, de Christophe Quillien

Qu’il est agréable de se remémorer « nos madeleines » par instants !

Je suis de la génération « Pif Gadget » que mon cher grand-père, Henry, m’achetait, chaque mercredi, et me remettait quand je passais le saluer dans son épicerie, pour avoir le plaisir de refaire le monde avec lui, et ainsi de parler résultats sportifs ou d’actualités, ou tout simplement pour lui évoquer mes réalités plus ou moins fastes de collégien…

J’attendais ce moment avec impatience, et je salue aussi la tendresse de feu ma Maman, qui a accueilli les « Artemia Salima » dans un bocal pour poisson rouge (ces petits êtres microscopiques devaient être nourris par une poudre spéciale que Pif plaçait lors de chaque nouveau numéro, ce qui devait permettre leur développement…), a accepté de placer sur la viande dominicale « la plante délice du grand Nord » que j’avais tenté de faire pousser dans un pot… et qui devait agrémenter avec une saveur particulière les mets les plus raffinés ou qui a accepté que je teste, souvent en pure perte, la machine à réaliser des œufs carrés, et qui a souvent condamné des œufs durs qui auraient bien été employés autrement…

Mais le gadget faisait partie de l’aventure de la semaine et d’une certaine ouverture à l’imaginaire ou à la construction d’un paysage personnel, où j’avais l’impression de donner sens à une invention créative, que seuls les lecteurs de Pif pouvaient apprécier et ainsi d’appartenir aussi au socle fermé des initiés…

Parfois les « grands du collège » me regardaient de haut en considérant que ce magazine, issu de la presse communiste de la Résistance et du Groupe Vaillant, était forcément tendancieux politiquement et que du coup je commençais à être embrigadé… J’ai toujours réfuté cet argument, que je trouvais spécieux, car Pif n’a jamais organisé de prosélytisme et s’il proférait des valeurs de concorde, d’entraide, d’universalité humaniste, je m’y suis toujours trouvé bien en phase avec mon enfance qui considérait que la relation à l’autre et la rencontre avec la différence devaient toujours primer sur le jugement de valeur ou la crainte de ce qui n’est pas cerné ou compris.

Mon cher fils, Arthur, m’a offert un superbe livre-souvenir et mémoire, pour Noël et je l’ai lu avidement et en première priorité.

Il est très bien conçu car il évoque tous les personnages des bandes dessinées de Pif, sur toute son histoire (je l’ai lu en permanence ente 1973 et 1981, pour ce qui me concerne) et il est organisé par séquences, entre textes et dessins humoristiques, historiques, d’aventures, d’anticipation ou de regards sur le monde contemporain.

Il met en perspective chaque auteur et chaque personnage, dans le contexte des époques, et avec des illustrations et des rappels des meilleures pages qui assurent au connaisseur de Pif, ce que je me targue d’être un peu, des souvenirs marquants et majeurs, et à l’analyste de la bande dessinée, la capacité de cerner que les auteurs qui ont sévi dans Pif ont développé un talent inspiré, qui a servi de point d’ancrage pour des auteurs contemporains ou pour le renouveau de la bande dessinée sociétale ou décalée.

Mes choix d’expression, en cette modeste chronique, seront forcément partiels et partiaux, mais je voulais insister sur mes préférences de lecture que j’ai retrouvées, à satiété et avec plaisir, en ce livre riche et documenté.

D’abord La Jungle en Folie de Godard et Mic Delinx, page que je lisais en premier et qui m’enthousiasmait. Un humour percutant, un regard sur la vie contemporaine direct, sous prétexte d’évocation d’une jungle où des animaux conversent sur leurs travers et réalités de vie, et une morale totalement déjantée à la fin de l’histoire, en une bulle à droite assurée par des pies, voilà tout ce que renfermait cette BD magistrale !

Joe le tigre ne mange que des pommes, Gros Rino, rhinocéros craintif essaie toujours de lancer des considérations sur tous sujets et Mortimer, le serpent « à sornettes » (oui le jeu de mots me fait toujours rire…) communique des vannes absurdes à chaque instant. Cette bande dessinée ouvre le champ des complicités de Cazenove et Larbier en notre époque, ou de certains sketchs de l’équipe de Groland où l’on n’hésitera jamais à parler des problèmes financiers d’un mille-pattes qui doit acheter tellement de chaussures…

Puis Docteur Justice d’Ollivier et Marcello, qui racontait les tribulations d’un médecin, maître des arts martiaux, affecté à une organisation internationale de santé et qui démantelait, quasi seul, des gangs qui sévissaient pour la contrebande de faux médicaments ou qui répandaient des virus pour prendre le pouvoir. Docteur Justice était mon héros, redresseur de torts, et celui qui permettait de proclamer un monde plus ouvert et tolérant face à tous les fanatismes ; le message peut apparaître un peu puéril ou facile pour celles et ceux qui considèrent que le monde est ce qu’il est, il reste cependant en résonance permanente avec toutes nos actualités.

Et encore « Rahan », le chevelu blond vivant en période préhistorique, de Lécureux et Chéret, agissant avec son coutelas, en rappel des messages de son père Craô, pour aller toujours à la rencontre des autres hommes qui l’intimideront, le pourchasseront, le mettront en pièce, mais qu’il affrontera sans jamais les tuer et auxquels il déclamera sa flamme pour une relation plus apaisée et une union face aux adversités. Et si Rahan savait comme Tarzan, dont il s’inspire un peu-beaucoup, utiliser des lianes et combattre à mains nus des animaux aux griffes acérées et sans blessure autre que superficielle, j’ai toujours considéré que cela ne me posait pas de problème, car Rahan devait poursuivre son destin, envers et contre tout, même les approximations…

Puis Gai Luron de Gotlib, mon dessinateur favori, créateur de ce personnage béat, naïf, souvent inerte, mais toujours calme et pondéré pour toutes les résolutions, et souvent découvreur avant tout le monde de décisions directes et assumées propres à renverser toutes les certitudes.

Quand Gai Luron ramène des champignons et quand on l’interroge sur la réalité ou pas de leur comestibilité, Gai Luron précise qu’il les mange et que l’on verra bien…

Quand il saute en parachute et qu’il hésite à ouvrir son parachute, il se dit qu’à deux mètres du sol, il n’est plus nécessaire de l’ouvrir et que cela lui évitera de le remettre en ordre, il sera déjà plié…

J’ai toujours aimé cette poésie inspirante, proche du « ravi de la crèche » certes, mais qui sait aussi transmettre de l’affection et de la douceur et qui ne fera jamais aucun mal à quiconque, et qui saura aussi être solidaire face à celles et ceux qui se moqueront de lui.

Et Corto Maltese d’Hugo Pratt qui m’a tant fait voyager, dont je découpais scrupuleusement les dessins des moais de l’Ile de Pâques qu’il a parcourue souvent et qui me faisaient tellement rêver, ou qui se promenait dans des lieux d’aventure où je retrouvais les ruines d’Angkor, en me plaçant en son sillage, comme un découvreur qui aurait été le premier à retrouver des sites enfouis…

Et je termine par un hommage à un dessinateur que je reproduisais avec envie, en mes dessins personnels, et dont j’ai appris le décès très jeune, en 1980, à l’âge de 38 ans, en lisant ce livre, Jean-Claude Poirier.

Il était mon scénariste et dessinateur phare, créateur déjanté et ô combien talentueux de Supermatou ou d’Horace, cheval de l’ouest et qui alliait un humour dévastateur, un dessin d’une drôlerie récurrente et un lettrage enjoué et palpitant.

Et j’avais un faible absolu pour Agagax, dit le téteur fou, bébé méchant à souhait et qui se livre à toutes les turpitudes, en rencontrant des camions qui parlent et qui se hissent eux-mêmes comme des personnages à part entière, et où le héros de l’auteur croise des caricatures de personnages de comédies, devenant eux-mêmes des protagonistes de l’histoire.

Un livre réussi, qui m’a fait du bien, qui m’a rappelé de forts bons moments et qui me fait conserver mon âme d’enfance ou d’adolescence que je n’ai jamais vraiment perdue, en tous cas je l’espère…

Merci à Arthur pour son offrande !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Pif Gadget, 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, de Christophe Quillien

Éditions Hors Collection

Joe le Tigre de Godard et Mic Delinx et Gai Luron de Gotlib, tous droits réservés

La guerre de cent ans de Cazenove, Richez et Peral

Allier humour, pédagogie, sens de la dérision, avec une vive plongée dans les références historiques, telles sont les fortes gageures sur lesquelles nos auteurs se livrent dans cet opus particulièrement instructif, subtilement corrosif et délicieusement décalé, mais aussi dynamiquement renseigné sur les vécus de cette guerre continuelle, durant près de cent vingt ans, fratricide entre Anglais et Français.

Vous pourrez ainsi, en lisant cet album inspirant, vous remémorer le concept de la loi salique, qui écarte définitivement toute femme –  même en priorité de droit d’ainesse – pour régner sur le trône de France, redécouvrir la fatuité du barrage que les Français avaient établi pour éviter une invasion Anglaise, avant de voir leur flotte détruite de manière irrémédiable par un incendie causé par des flèches enflammées, revivre la réalité de la bataille de Poitiers où le roi Jean II le Bon a été fait prisonnier et qui sera libéré moyennant une rançon qui videra les caisses du royaume, revisiter la destinée de Jeanne d’Arc qui a placé Charles VII en légitimité, avant qu’elle ne soit abandonnée par son souverain, vous rappeler les batailles gagnées en permanence par Duguesclin et méditer sur l’avancée funeste de la peste, qui décime les populations, déjà plus que ravagées par cette guerre dont elle ne connaîtra jamais la fin…

Un dossier pédagogique de grande qualité accompagne l’album, au sein duquel l’on peut puiser avec intérêt, pour recouvrer les dates et périodes majeures de cette période si troublée, qui permit cependant la reconnaissance d’une monnaie nationale et d’une certaine forme d’identité ou de souveraineté du pays, qui commence à se structurer et s’organiser.

Merci aux auteurs très en verve, pour leurs jeux de mots et de paroles, et pour placer de l’humanité humoristique en l’évocation de ces terribles réalités rudes.

Bon vent pour la poursuite des aventures et des collaborations de nos auteurs, pour cette même période peut-être, pour de nouvelles anecdotes, avec leurs mises en perspectives motivantes, ou pour d’autres analyses historiques sur d’autres époques, avec de mêmes élans dynamiques, éducatifs et salvateurs, comme seules les communications en bande dessinée savent l’organiser.

Amitiés vives à toute l’équipe de réalisation de l’album.

Éric

Blog Débredinages

La guerre de cent ans

Scénario : Cazenove et Richez

Dessins : Peral

Couleurs : Alexandre Amouriq et Mirabelle

Bamboo Éditions

Les Châteaux de la Loire de Cazenove et Larbier

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je me remémore, avec avidité, ma rencontre passionnelle et passionnante avec Christophe Cazenove et Philippe Larbier, en novembre 2015 (cf photos ci-dessus), pour un festival BD sur Rive de Gier (entre Lyon et Saint-Etienne, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette vallée qui fut pourtant tellement industrieuse), respectivement émérites scénariste et dessinateur des Petits Mythos, collection qui allie pédagogie, réflexion et humour incisif et décalé, attributs d’un vrai plaisir pour les jeunes ou leurs parents qui n’ont jamais trop grandi (et je me place aisément dans ce doux sillage…).

Les deux acolytes restent accessibles et humbles, cela n’empêche pas, sans me positionner comme un de leurs thuriféraires, que je loue fortement leur talent, leur faculté immédiate et réactive pour le sens du gag et leur capacité à réinventer des histoires prenant corps et cœur sur des lectures érudites.

J’avais eu plaisir à les interviewer, en modestie, et je garde de cette rencontre un souvenir enjoué et flatteur.

Je les ai retrouvés avec un nouvel opus consacré aux Châteaux de la Loire.

L’album s’inscrit avec la volonté de parler de l’histoire de la construction, souvent ancrée avec plusieurs édifices successifs, des Châteaux, et de mêler réalité historique et humeur pour délivrer ce qui s’est déroulé d’important, en ces lieux, qui marquent de leur empreinte tout ce « val » dit de douceur et qui connut cependant moult soubresauts…

Philippe dessine des personnages toujours acérés, en son style caractéristique alliant sens du comique et caricature, qui n’oublie jamais la reconnaissance fiable de celle ou celui dont il parle, et il nous démontre ici, aussi, un sens aigu de la rigueur architecturale, en marquant de son crayon ou de son feutre une précision aiguisée pour tous les Châteaux dont l’album narre l’histoire comme les évolutions.

Christophe s’attache à puiser dans la Grande Histoire pour évoquer « les petites histoires » qui traversent la présence des occupants ou qui s’associent aux destinées des pierres et pièces de cachet des édifices ; il sait, avec maîtrise, concilier rappel informatif et éducatif et humour percutant.

Vous vous rappellerez que François Ier désirait placer ses pas sous le sceau de la salamandre, animal « censé éteindre les mauvais feux et attiser les bons » et que Chambord regorge de ces représentations, mais vous comprendrez aisément qu’il est plus compliqué d’en faire un festin, même si le cuisinier royal désire surprendre son altesse…

Vous repérerez que l’escalier à vis, toujours à Chambord, où l’on  peut monter et descendre sans croiser qui que ce soit, aurait pu aussi, peut-être, être construit pour masquer un libertinage…

Le temps record de la construction du château de Langeais inspire un gag rappelant l’agilité de Lucky Luke, qui tire (comme chacun sait) plus vite que son ombre et qui renvoie aux ouvriers de chantier de l’édifice qui pourraient presque réaliser les perspectives de Louis XI avant qu’il ne les ai réfléchies ou pensées.

Vous apprécierez découvrir que le château d’Ussé, dont Perrault s’est inspiré pour la Belle au bois dormant, s’est affecté de la construction d’un bastion, réalisé par Vauban, dont l’une des filles avait épousé le propriétaire de l’édifice ; Christophe et Philippe imaginent avec crédibilité que la réalisation ne fut peut-être pas du goût de la jeune femme…

Vous apprendrez que le château de Blois intègre plusieurs styles architecturaux  et le guide des lieux semble prendre les traits d’un de nos grands acteurs, vigneron de son état aussi, en Touraine…

J’aime beaucoup le gag sur l’ajout d’étages sur la galerie du pont de Chenonceau, qui aurait entraîné l’obligation pour les bateliers navigants de rebrousser chemin, car ne pouvant plus passer sous les arches, et le clin d’œil injurieux avec la présence de Totor le Minotaure rassemble la tendresse affective de nos deux auteurs pour leurs productions et parcours communs.

Je place aussi un élan particulier pour la reconnaissance à Chinon par Jeanne d’Arc, du dauphin, futur Charles VII, qui remet quelques idées en place, salvatrices, sur le mythe fondateur sacralisé de notre « héroïne ».

Quant à Léonard de Vinci, sa venue à Amboise pour profiter d’une douce retraite… ne s’est pas forcément déroulée comme ses vœux l’imaginaient, car si François Ier lui avait assuré soutien et appui, il souhaitait bien évidemment l’intégrer dans sa volonté de magnificence pour installer la France dans la renaissance des arts plutôt que de lui laisser libre cours au farniente.

Un cahier pédagogique de bonne facture est glissé dans l’opus pour donner envie de promenades et découvertes et pour prolonger la lecture par un élan touristique, avec une envie réelle de replonger dans l’histoire des Châteaux, qui allie l’analyse de leur construction pas à pas et pierre à pierre avec notre déroulé de vécu, depuis la Renaissance.

Salut fraternel, et toujours admiratif, à Christophe et Philippe, et à bientôt, « les gars » et amitiés vives !

Éric

Blog Débredinages

Les châteaux de la Loire de Christophe Cazenove et Philippe Larbier

Scénario : Cazenove

Dessins : Larbier

Couleurs : Alexandre Amouriq et Mirabelle – Bamboo Editions

Photos personnelles ; et merci à mes fils pour ce cadeau de fête des pères plus que sympathique.

 

 

 

 

 

 

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑