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Les merveilleux voyages du baron de Münchhausen – Wunderbare Reisen des Freiherrn von Münchhausen

Amie Lectrice et Ami Lecteur, cet été je me suis promené quelques jours en Lettonie ; et dans la ville patrimoniale riche de Riga, je me suis arrêté devant la Tour dite poudrière, qui fut la propriété effective du baron de Münchhausen, Karl Friedrich Hieronymus (1720/1797) dont Rudolf Erich Raspe publia les aventures qui auraient été contées, par le baron lui-même, en 1785.

Intrigué fortement par cette réminiscence, aussi bien littéraire que cinématographiée, car ces aventures ont été mises en images aussi bien par Georges Méliès que Jean Image ou John Neville, je me suis rappelé que mon fils Antonin m’avait offert la version bilingue (franco-allemande) éditée par Folio de ce livre surréaliste et très souvent déjanté, avant l’heure des décalages, et enthousiasmant à plus d’un titre.

Soyez confortablement installées ou installés, et écoutez les déclamations du baron, en toutes ces péripéties et aventures ou engagements, considérez que tout est vrai, ou en tout cas rien ne prouve le contraire, et il ne s’agirait pas d’offenser un baron, que diantre !

Et prenez le temps régulièrement de boire un petit shooter de Balsam de Riga à la cerise (ma version préférée) ou aux fruits rouges, pour donner corps et lustre à ces contes enchanteurs et franchement fascinants.

Jugez du peu :

  • Une tempête de neige place son cheval à la flèche d’une église, mais le baron, d’un coup de pistolet, délivre son infortunée monture et repart avec elle…
  • Un loup dévore l’arrière train de son cheval et s’engouffre en lui, mais le baron sait bien mettre fin à ces agissements ; quant à la santé du cheval, on ne peut que boire à son souvenir potentiel…
  • Le baron arrive, par procédés chimiques particuliers, à créer une auréole de feu sacré, au-dessus de la tête d’un général…
  • Le baron réussit la prouesse, avec un seul et simple morceau de jambon, à prendre en brochette plusieurs canards…
  • Son cheval fait des merveilles lors de la guerre contre les Turcs, en étant capable de se découper en deux parties distinctes, et donc ainsi permettre, à son cavalier, d’intervenir sur deux fronts à la fois ; l’ubiquité se trouve donc ainsi résolue et dépassée même…
  • Il arrive à vaincre un lion et un crocodile en alliant discernement, tact, esprit d’initiative et calme à toute épreuve et on imagine aisément que les deux animaux ont eu plus peur du baron que l’inverse…
  • A la manière de Gepetto et Pinocchio, dans le ventre du cachalot, le baron, avalé par un gros poisson au large de Marseille, fait contre mauvaise fortune bon cœur, et passe un certain temps en son ventre, avant de l’étouffer et de retrouver la mer libre…
  • Il s’associe des personnalités aux talents émérites, sortes de géants ou êtres aux pouvoirs exceptionnels, en anticipation des caractères de Marvel des temps contemporains, et il parie avec le sultan de Constantinople sur le fait que son Tokay ne vaut pas celui de la cour de Hongrie, et qu’en une seule heure, il en goûtera une bouteille originale signée de l’Impératrice du pays. Le sultan le prend pour un fou réel, mais le pari est gagné par le baron…
  • De manière plus chevaleresque il fait échapper deux Anglais, promis à la potence, par les Espagnols, sur Gibraltar, en déployant des ingéniosités techniques et des camouflages jamais encore advenus…
  • Et bien évidemment le baron a pu atteindre aisément plusieurs fois la lune, surtout pour y récupérer ce qu’il y avait laissé par imprudence lors de voyages précédents… Et l’on apprend que la lune comporte des habitants d’un seul sexe et qu’ils ne meurent pas, mais se réduisent en poussière…
  • Et si vous désirez rencontrer le baron, car une telle âme ne peut être mortelle, il vous donne rendez-vous pour une « conterie » appréciable, aux abords de Saint-Pétersbourg.

Dans sa préface maîtrisée, Théophile Gautier fils, précise que « la plaisanterie allemande n’est pas d’abord aisé », mais que « sa bizarrerie ne recule devant aucune outrance et se perpétue dans une logique d’absurdie » ; il est toujours nécessaire de ce dire que la réalité est bien trop insupportable pour qu’elle soit crédible, et que les contes de fantaisie – ou même d’inconséquence – peuvent donner des idées et réflexions pour générer une nouvelle harmonie, et surtout pour s’ouvrir au Monde et ne pas se considérer comme le centre de celui-ci…

En ce positionnement, le baron est un précurseur du multilatéralisme et de la volonté de rencontre ; et comme il a toujours su s’adapter, ses souvenirs ne peuvent qu’être passionnels et pétris de cet esprit d’aventure et d’exploration qui donne à observer l’autre, sans le juger ou se placer en supériorité, et à partager avec lui, en réfutant tous les replis.

Éric

Blog Débredinages

Les merveilleux voyages du baron de Münchhausen – Wunderbare Reisen des Freiherrn von Münchhausen

Préface de Théophile Gautier fils

Traduction inédite d’Olivier Mannoni, très réussie, bravo à lui !

Collection Folio Bilingue

Les caïds de Mario Vargas Llosa

Belle initiative, mise en œuvre par la collection Folio, de rééditer, en version bilingue, six nouvelles publiées pour la première fois à la fin des années cinquante, quand notre futur Prix Nobel de Littérature s’adonnait à la plume, à vingt ans à peine…, en ses terres et racines Péruviennes.

Mario Vargas Llosa se place d’abord comme conteur, avide de faire découvrir des histoires, mais il sait magnifier ses personnages en les intégrant dans un réel sociétal, toujours proche du vécu et de l’histoire du Pérou, alternant enthousiasmes, fougues et violence indicible.

La première nouvelle qui donne son titre éponyme au recueil, Les caïds, évoque, certainement calquée sur une perception et un ressenti autobiographiés de l’auteur, la difficulté de la relation existante entre étudiants et administration scolaire, avec la primauté donnée à un mandarinat hors d’âge qui réfute toute discussion, qui suggère des soumissions autoritaires et qui développe des contraintes qui peuvent aller jusqu’à l’exclusion de la sphère d’étude de toute personne qui se permettra la plus minimale des contestations.

Surtout si cette contestation est justifiée par une volonté d’équité et de concorde, la mise en retrait sera implacable.

La difficulté qui s’organisera chez les étudiants, pour conserver la solidarité de leur combat, en évitant toute velléité permettant à l’administration de diviser les jeunes et de couper court à leurs débats, s’exprime en toute sa réalité ; les tensions humaines vécues touchent souvent à la souffrance des âmes.

La nouvelle Le défi pénètre nos sens et s’organise comme un combat permanent et incessant entre la volonté personnelle de conserver sa dignité et sa hauteur, face aux tentations de reculer ou d’accepter si ce n’est les compromissions, tout du moins une marge d’acceptabilité de celle ou de celui dont on considère que le comportement se caractérise par l’indécence ou l’insuffisance…

La fin de l’histoire associe cruauté, crudité mais aussi respect face à celle et celui qui ne sombrera jamais dans l’acceptation de sa destruction humaine, car comme le disait Michel Foucault « qui détruit un homme, sciemment les détruit tous »…

La troisième nouvelle Le frère cadet se positionne sur les archétypes d’une Amérique du Sud toujours enferrée dans le droit d’aînesse et où le chemin est tracé par une relation systématisée ou « privilégiante » entre Fils aîné et Paternel.

Quand les codes évolueront, grâce notamment à l’appui d’un frère cadet, pour secourir son aîné, en situation d’extrême urgence, on attend que les choses s’organisent différemment en les rapports familiaux, mais entre la pesanteur suspendue et la réalité d’un instant, les résultantes ne se placeront pas toujours dans le progressisme…

La quatrième nouvelle, Un dimanche, se structure sur la même lignée et se déroule en l’immensité du Pacifique, face à la magnifique baie et des falaises grises de Miraflorès, aux surfeurs intrépides, que je vous recommande de visiter un jour, en dégustant un « cebiche » (poisson cru mariné au citron vert et aux herbes).

En les ressorts aventureux du texte, les liens solidaires et familiaux de fratrie sont bien mis à mal par le sentiment de supériorité de certains,  enfouis en des traditions fortement pénalisantes pour les essors des responsabilités ou des créativités individuelles.

La cinquième nouvelle, Un visiteur, prend appui sur les violences intestines existantes au Pérou où les gens du Pacifique se considèrent supérieurs intellectuellement aux gens des volcans (secteur d’Arequipa d’où l’auteur est originaire), qui se considèrent eux-mêmes en supériorité des personnes qui vivent aux abords des montagnes, proches des sites Incas.

Les Indiens de Cusco sont invités à accomplir de basses besognes, et l’on imagine que leur potentielle crédulité les façonnera à la convenance de leurs dirigeants… et quand une expédition punitive est mise en œuvre, l’on repérera que celles et ceux que l’on avait manipulées et manipulés peuvent se résigner, mais que cette résignation donnera des germes à la férocité.

Quand Le sinistre « Sentier Lumineux » éclusera, de sa terreur aveugle, le Pérou, pendant les années quatre-vingt, on objectera la non compréhension d’une telle déferlante négative en un pays paisible… mais ce serait oublier que les rigidités et séparations des relations, proches des castes, avaient instauré géographiquement des humiliations et des injustices récurrentes.

Loin de moi la volonté d’accorder l’once d’une légitimité à ces pseudo marxistes maoïstes, surtout portés par leur violence mafieuse, mais les responsables politiques du Pérou, alertés notamment par Vargas Llosa qui s’était lancé un temps dans la vie partisane et pour les élections présidentielles, ont dû cerner qu’il fallait abolir des traditions insupportables qui mettaient à mal le vivre ensemble ; et le combat n’est pas fini…

La dernière nouvelle, L’Aïeul, évoque l’absence et la rupture, de manière nette, ciselée, précise, sans fioriture et démontre que pour tenter une réconciliation, il faut un chemin volontaire accepté et une capacité d’élévation ou de sensibilité, hors-norme, mais quand il est trouvé, il nous fait grandir fortement et construit une force de caractère.

Lisez ce livre, que vous vouliez vous plonger dans le rédactionnel initial en espagnol du Pérou ou que vous le parcouriez avec la force tragique rendue parfaitement par la traduction, et vous vivrez un moment intense de profondeur, d’émotion et de fugue vers un avant ouvert, que chacune déterminera comme il l’entend, en émancipation personnelle.

Merci Mario ! A vingt ans, le regretté Paul Nizan, disparu trop tôt disait « j’avais vingt ans et je ne laisserai jamais dire à quiconque que c’est le plus bel âge… », Mario, lui, à vingt ans, savait déjà écrire, dire et transmettre et surtout interpeller…

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous savez que je n’aime pas Sartre, dont j’apprécie cependant le théâtre, goûte très peu les romans et abhorre les engagements où il s’est souvent trompé ou fourvoyé, sans regret (notamment ces textes sur les partis uniques, insupportables…), mais comme il était ami avec Paul Nizan, je me dis que Paul aurait pu lui ouvrir l’esprit…

Éric

Blog Débredinages

Les caïds – Los jefes

Mario Vargas Llosa

Traduction de l’espagnol (Pérou) par Sylvie Sesé-Léger et Bernard Sesé, révisé par Aurore Touya

Collection bilingue Folio

Pas de tarif précisé, ce livre m’a été offert par mes fils pour la fête des pères et je les embrasse !

 

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