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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Hommage et ode !

Robert Schnerb, un historien dans le siècle, 1900-1962, de Claudine Hérody-Pierre

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il m’est plutôt rare de lire le livre de personnes que j’ai pu côtoyées, que j’apprécie, que je place en amitié sincère.

J’ai eu un parcours militant et d’engagement avec l’auteure, nos échanges dans les lieux de débats ou simplement dans le cadre d’un partage gustatif, ont toujours été faciles, aisés, revigorants et positifs.

Claudine m’a adressé, et j’en ai été honoré, le livre qu’elle a écrit et qui pénètre avec profondeur, objectivité investie, analyse acérée et émotion, dans la vie de son grand-père, qu’elle a peu connu, qui a accompli un travail immense, majeur, rigoureux d’historien, en partageant son labeur et ses écrits avec les historiens les plus en vue du vingtième siècle.

L’amitié que j’ai pour Claudine ne peut être analysée, Amie Lectrice et Ami Lecteur, comme une offrande qui ferait que cette humble chronique se placerait plus sous l’angle du regard affectif (il existe et je ne le nie pas) que sur mon intérêt et mon plaisir de lecteur (récurrent et précis, vivace fortement après mes deux lectures successives de l’opus).

J’ai apprécié fortement le livre car il m’a ouvert des réflexions que je n’avais pas en connaissance, il est écrit avec une écriture délicate, toute en finesse.

Le livre sait en permanence s’afficher avec le vecteur de la recherche la plus minutieuse, la plus approfondie, avec la volonté de présenter les faits avec cohérence, sans pathos, pour tracer des analyses ordonnées et assez implacables.

Robert Schnerb est né d’une famille de commerçants de Dijon, affectée par la perte des Provinces perdues après la guerre de 1870, ayant clairement affirmé son attachement à la France, exilés obligés de leur Alsace, par détermination patriotique et aussi foi en les valeurs d’une république universaliste.

Leur judéité est effective, mais elle n’est pas pratiquée et elle ne s’affiche pas comme « ostentatoire », comme on dirait aujourd’hui, mais elle n’est pas non plus offusquée, ni reniée.

Il reste que comme de nombreuses familles juives de cette époque, livrées en pleine Affaire Dreyfus, lui-aussi Alsacien national, on s’identifie d’abord par son travail et son attachement à la République laïque, on ne met pas en avant ses origines cultuelles, on évite aussi de prendre corps sur les poncifs antisémites que certains juifs alimentent en exacerbant notamment les réalités financières de train de vie ou d’affaires menées par les leurs.

Robert naît en 1900, comme Jacques Prévert qui aimait rappeler, en ses poèmes, qu’arriver une année aussi ronde et promise à tous les progrès, « ressentait fougue et naïveté ».

J’ai souvent eu ce message en tête, en lisant le livre de Claudine, car Robert a été « plus que fougueux » et a aussi pu pêcher par naïveté…

Cet enfant choyé travaille très bien à l’école, il intègre toutes les portes de l’ascension du mérite républicain ; il est à la fois studieux et réfléchi, organisé et posé, assez conscient aussi de ses qualités ou de ses connaissances supérieures, pour pouvoir tenter de « dépuceler » un cousin de quinze ans dont les conversations et niveaux d’élocution lui paraissent bien mièvres…

A la sortie de la Grande Guerre et du retour des Poilus ou des « fantômes des martyrs » comme disait Barbusse, il étudie l’histoire assidument, méthodiquement, passionnément, en écrivant ses premiers articles avec déclamation patriotique dans les revues étudiantes universitaires.

Il rencontre Albert Mathiez (que l’on doit prononcer Mathié et pas Mathièze…) qu’il vénère, écoute en récurrence, qui le forge, malgré son caractère intransigeant, cassant, sans compromis possible.

Albert Mathiez est marxiste, communiste et une des sommités de la société des études robespierristes, plaçant l’œuvre révolutionnaire de Maximilien sans concession et « idéalisée dans sa pureté », comme disait Victor Hugo dans Quatre vingt treize, en référence majeure, absolue, n’acceptant que peu de critiques.

Dans son sillage, Robert fera ses classes et les mènera avec brio et érudition, bercé par un travail toujours soutenu, et avec ma perception qu’il imagine mal la formation et la connaissance sans une part aussi sacrificielle ou de sacerdoce…

Il avance vite sur le plan universitaire et atteint l’agrégation, avec une ascension rapide, même s’il doit s’y prendre à deux fois.

Sa thèse, structurée par son maître Mathiez, s’affiche comme originale, différente, porteuse, même si elle semble aride, difficile en communication publique pédagogique.

Elle a pour thème « Les contributions directes, à l’époque de la Révolution, dans le département du Puy de Dôme », réalité d’analyse importante, car le fonctionnement de l’impôt s’affiche toujours comme une organisation sociétale, et la politique fiscale sédimente les volontés de leurs acteurs pour marquer les prélèvements incitatifs à destination des populations que l’on veut préserver, ou moins…

Un travail de ce genre, qui n’a jamais été fait, nécessite de la précision, des recherches vives, assises et assidues, de la capacité à s’en tenir aux faits, mais aussi à sentir leurs effets ; il doit associer une analyse nette des réalités fiscales avec un descriptif minutieux de leurs implications sociales.

Robert va innover en travaillant sans relâche, pour éviter les redondances et redites, pour que le plan difficile, car le sujet est complexe et peu aisé à la transcription orale devant jury, en organisant sa pensée avec des tableaux, des lexiques, des statistiques, illustrant et mettant en valeur les essentiels.

Robert qui a rencontré Madeleine, elle-aussi historienne brillante, réussissant ses examens avec mérite remarqué, n’est pas seul, car son aimée travaille à ses côtés et le « maintient », en énergie, pour que sa thèse ne se relâche pas, même si les remarques souvent acerbes de Mathiez, qui lui demande en permanence de synthétiser plus, ou de reprendre des chapitres entiers, sans vergogne et sans trop d’explications rationnelles non plus, sont difficiles à avaler…

Mais Madeleine est là, elle pousse et soutient Robert, ensemble ils forment un couple combatif, certain que le mérite de l’ascension républicaine leur sera accordé.

Robert qui soutient sa thèse, en 1933, alors que son maître et mentor vient de mourir, devant un jury peu avenant, en aucun cas « bienveillant » comme on dit aujourd’hui, avec sa mère et son épouse dans la salle, se débat comme il peut, en étant coupé sans arrêt dans ses propos pour des demandes de précisions plutôt futiles.

A la lecture de ce que l’auteure nomme concrètement « une catastrophe », on ne peut qu’être en empathie avec Robert, qui fait de son mieux pour argumenter et surtout donner cœur à une thèse novatrice et exigeante.

On lui affectera la mention « honorable » qui l’empêchera de pouvoir enseigner en université et d’y faire carrière, ce que Robert revendiquait et qu’il méritait plus qu’amplement, et, ce qu’il ne sait pas encore, pour toute l’étendue de sa vie professionnelle.

Claudine Hérody-Pierre ne part nullement du postulat que la décision du jury répond d’une injustice, elle fait enquête, elle cisèle ses analyses, elle donne une opinion aiguisée.

Robert ne cache pas ses sympathies communistes, même s’il n’est pas affilié au parti, il recherche et préfère les lieux de débats ouverts et intelligents, où l’on se confronte entre personnalités qualifiées et bien éduquées, il n’aime pas les coups passionnels et les insuffisances ou les communications mal élevées.

Il est anticlérical, soutient sa femme victime d’une forme de cabale par des bigots qui lui reprochent un enseignement qui serait par trop critique sur la sacralisation, mais il est surtout ardent pacifiste.

S’il semble heureux de voir le Front Populaire gouverner, il se méfie de l’alliance possible des entreprises d’armement, en ces périodes de montée des périls, avec les gouvernants.

Sa position sur le plébiscite de la Sarre ou sur la nécessité de neutralité plutôt passive face aux bruits de botte qui se répandent, notamment en Allemagne, ne lui fait pas dévier de son indéfectible pacifisme, ancré en humanisme, pour éviter les désastres que l’on a déjà connus avec la saignée de l’Europe en 14/18.

La période de la guerre verra l’infâmie avec son impossibilité d’enseigner, car reconnu comme juif, ce qu’il n’avait jamais vraiment montré pourtant, cette interdiction s’affichant aussi pour son épouse.

La guerre est d’abord un moment de repli et de recherche de la sécurité pour les enfants, en essayant de joindre les deux bouts, en faisant des cours pour les enfants des villages d’accueil et en s’intéressant à l’autosuffisance de la sécurité alimentaire, en jardinant, en mangeant le produit de récoltes personnelles.

Mais la guerre est une déchirure qui meurtrit intrinsèquement et profondément, qui place les plaies à vif, surtout pour un idéaliste pacifiste, un formateur exigeant et érudit, un homme policé et soucieux du respect des règles et lois.

A la Libération, la famille est bouleversée et éprouvée, elle doit se recomposer dans ses priorités, mais on sent Robert combatif, désireux de dire ce qu’il ressent, n’acceptant plus les petites lâchetés ou les combines vécues inlassablement.

Ces traits de caractère peuvent être pris comme une aigreur, ils sont surtout destinés à conserver indépendance et refus de toute soumission, après des années d’obligation de retrait et de placement comme pestiféré…

Le livre de Claudine Hérody-Pierre traverse aussi la petite histoire dans la Grande Histoire, se parsème, en touches pointillistes, d’éléments personnels et familiaux importants et de récits des années de lutte, de combat, d’impuissance ou de lassitude.

Claudine me permettra, en tant qu’Auvergnat, que fut aussi Robert pour la majorité de sa vie, de ne pas établir de comparaisons, car « comparaison n’est pas raison », comme disait Malraux dans Les Conquérants, mais de faire un lien entre ce qu’elle décrit et mes retours personnels de vécu, avec les miens aujourd’hui disparus.

Claudine évoque l’écoute désintéressée et l’accueil des familles Auvergnates, qui savent être taiseuses, quand une famille arrive, en pleine Guerre, que l’on ne connaît pas et dont l’identité a pu changer. On se doit d’être solidaire et en appui et ne jamais juger.

La façon dont Robert, Madeleine et leurs deux enfants, ont pu passer la guerre, avec contrainte, mais sans violence subie ou dénonciation alimentée, me remémore le message de ma chère grand-mère, Marcelle, et de sa cousine, ma chère Laurence : « le long de la ligne de démarcation, on savait que des familles devaient passer et on savait que des juifs essayaient de se protéger ; nous, on se devait de leur apporter à manger, de leur permettre de se reposer, de les guider dans les bois, car on pourrait être à leur place… ».

Quand mon grand-père, Laurent, vécut le stalag à Emden, et que Claude, son cousin par alliance, connaissait les camps, pour leurs actions, en le village de Lavoine (où des miens reposent) martyr, reconnu « juste » à Yad Vashem, comme Le Chambon sur Lignon, je ne peux, à la lecture du livre de Claudine, ne pas méditer le message de mon Pépé : «Eric, apprends l’allemand à l’école et engage toi pour l’Europe, car cela suffit de se taper dessus et de s’affronter, il faut s’enrichir de nos différences ! ».

Robert a été un producteur, contributeur régulier de revues historiques émérites et s’est placé pleinement dans le sillage des Annales, pour promouvoir une histoire vivante, intéressant les élèves et s’organisant par-delà les dates ou les personnages, par la connaissance de la vie sociétale de celles et ceux qui l’ont traversée.

Je ne pourrais citer les multiples articles travaillés, les multiples livres lus et décrits par Robert dans les revues, où il n’a jamais été reconnu comme le vrai rédacteur en chef ou directeur de publication, mais où sans relâche, il s’investit avec ferveur et méthode.

Je ne suis que modeste enseignant, mais j’aime donner du cœur à mes cours, les ouvrir à l’intérêt des apprenants, et j’aime aussi apporter du visuel et de l’étoffe ; j’aurais été passionné par les cours de Robert et Madeleine et je me sens en filiation, même si je ne suis pas à la hauteur de leurs compétences et connaissances encyclopédiques.

Robert et Madeleine ont eu du mal à cerner et comprendre leurs enfants, ils ont été durs avec eux, n’acceptaient pas leurs « échecs », vécus comme une sorte d’incompréhension humiliante pour eux et certainement comme une douleur lancinante de ne pas être à la hauteur pour la progéniture.

Je salue, Hélène, la Maman de Claudine, dont les réalités vécues n’ont pas dû être simples, car il est toujours extrêmement difficile de ne pas « être la fierté de la famille ». Je sais ce qu’il en est, car fils d’enseignant et enseignant moi-même, il m’a souvent été reproché de manquer d’ambition…

Madeleine a perpétué l’œuvre et le souvenir de Robert, en écrivant et en s’engageant elle-même, elle qui avait arrêté sa carrière après les troubles et émois de la guerre, mais qui a prolongé le travail de Robert par l’écriture de deux livres majeurs.

Claudine évoque en récurrence une personne que j’ai bien connue, qui fut mon professeur à l’école nationale d’application des cadres territoriaux d’Angers, quand j’étais attaché territorial et que je préparais le concours d’administrateur territorial, en 1991/1993, Madeleine Rebérioux, dont j’avais lu tous les livres dans la collection Points Histoire.

A Angers, j’ai suivi un de ses cours sur « le pacifisme de la lâcheté » qui précisait que l’on ne pouvait pas juger les comportements, mais tenter de les comprendre et les analyser, et qu’il fallait retirer de l’engagement pacifiste son humanité, en ayant en tête que les slogans les plus généreux face aux armes que l’on veut envoyer de manière indéfectible sur les civils, par domination, nécessite de la hauteur et d’accepter de combattre avec les mêmes enjeux.

Moi qui suis passionné de Céline et qui sais que ses pamphlets (je les ai lus et les possède) contiennent une résurgence verbale absolument stylisée et un antisémitisme sauvage, je sais aussi que, marqué par ses mutilations de 1914 et sa haine viscérale de l’armée, pour laquelle il s’était engagé pourtant avec conviction, il a forgé son pacifisme, en préférant toute forme de soumission plutôt que d’accéder à la boucherie.

Il n’était pas le seul et Giono a beaucoup écrit de la sorte.

Je ne sais si Robert a lu Céline (je ne pense pas qu’il aurait apprécié ses outrances…) ou Giono, mais son amour pour la campagne et la récolte m’auraient bien vu le voir côtoyer Giono, ils auraient eu des choses à se dire, car on peut se tromper de combat parfois, mais on ne peut pas se tromper d’humanités…

Merci à Claudine Hérody-Pierre pour ce livre brillant, pédagogique, travail de chercheuse fiable et inspirée, objectif et méthodique, profond et analytique, gage d’historienne qui a suivi les traces de grands-parents talentueux et qui ouvre, elle-même, la voie à de nouveaux talents chez les siens.

Eric

Blog Débredinages

Robert Schnerb – Un historien dans le siècle – 1900-1962

Une vie autour d’une thèse

Claudine Hérody-Pierre

Préface de Nathan Wachtel, disciple de Robert,

Professeur au Collège de France

Editions L’Harmattan

L’espoir en contrebande de Didier Daeninckx et Ode à l’auteur !

Amie Lectrice et Ami Lecteur,

J’ai découvert, en 1984, Didier Daeninckx, avec son premier roman, Meurtres pour mémoire, sorti dans la prestigieuse « Série Noire » évoquant ce qui avait été « mis en place » sous l’égide du Préfet de Police de Paris, Maurice Papon, le 17 octobre 1961, en répression d’une manifestation pacifique des Algériens travaillant en France et soutenant le FLN.

La reconnaissance par le Président de la République, François Hollande, en 2012, de ce qui s’était vraiment passé ce jour là a certainement été appréciée par Didier Daeninckx qui a ouvert le débat et surtout les consciences, car Amie Lectrice et Ami Lecteur, en 1984, 23 ans déjà après les faits, peu de personnes savait ou connaissait ce qui avait eu lieu le 17 octobre 1961…

J’ai donc suivi les traces de l’Inspecteur Cadin et j’ai lu avec passion, ensuite, toutes les productions de Didier (j’ai rencontré l’auteur pour Quais du Polar sur Lyon, et je peux l’appeler par son prénom, car il est facile et très accueillant en contacts), au fur et à mesure de leur sortie, avec notamment Le Der des ders, plaçant la Grande Guerre en filigrane, Le Bourreau et son double, Lumière Noire, passionnants romans, totalement intégrés dans les réalités de notre Histoire et de nos Vécus, qui ont constitué la création d’un genre littéraire novateur et inédit en France au médian des années 80 : le roman noir, qui prend sa racine au sein des réalités sociales, des déchirures et fêlures traversant nos époques, en s’exposant surtout comme un roman policier avec une intrigue construite et envoûtante.

Didier a aussi écrit pour la jeunesse et pour les enfants (lisez à vos enfants et à d’autres Le Chat de Tigali, magnifique) et s’est même intégré dans un projet pédagogique développé dans les quartiers dits difficiles de Région Parisienne, d’où Didier est lui-même issu : la ville de Courvilliers, chère à l’Inspecteur Cadin, étant la contraction de La Courneuve et d’Aubervilliers…

Depuis près de 40 ans, Didier a écrit une cinquantaine de romans, recueils de nouvelles, toujours en allant chercher et glaner des informations enfouies dans l’histoire, en les faisant resurgir avec sa plume alerte où l’on s’identifie avec les personnages, où l’on souhaite connaître avec avidité la suite de l’histoire, avec deux préoccupations majeures de l’auteur placées en exergue : le devoir de mémoire des réalités oubliées et la compassion permanente avec les opprimés, les laissés pour compte et les « cabossés » de la vie.

Relisez les œuvres de Didier comme Galadio, sur les traces d’un enfant qui recherche ses racines en Afrique, lui-même enfant d’une union que l’on devait taire et oublier au moment où les bruits de botte en Allemagne se font pressants, comme Missak sur le groupe Manouchian, ses engagements, ses combats pour leur patrie d’adoption, où l’on retrouve notamment un Henri Krasucki courageux et attachant et bien évidemment vous ne pouvez pas ne pas avoir lu et relu deux livres absolument remarquables et totalement prenants : La Mort n’oublie personne et Cannibale, ce dernier très étudié en Collège, notamment, pour expliquer les réalités de la France coloniale.

Didier a reçu le prix Goncourt de la nouvelle 2012, pour un recueil intitulé L’espoir en contrebande, paru aux Editions du Cherche Midi.

Que dire de ce recueil, si ce n’est que l’on retrouve pleinement la veine de Didier et son attachement récurrent et inimitable à parler des tensions, des douleurs, des insuffisances, des compromissions qui jalonnent nos réalités et que par les cris de ses personnages, on se sentira plus solidaire, plus partageur, même si souvent les destins restent sombres et que les méchancetés s’avèrent déterminantes et impitoyables.

Dans Les corps râlent, l’auteur s’immisce, avec tact et émotion, au sein du sujet difficile de la pédophilie émanant de certains responsables cléricaux, que les membres d’une ancienne chorale qui se reconstitue doivent affronter plusieurs années plus tard…

Dans La péniche aux enfants, vous découvrirez une offrande délicate, hommage à la lecture d’évasion et aux espaces libres, pour sortir des enfermements de quartiers.

Dans Les Pompes de Risquons-Tout, on se retrouve en 1968 au moment où les entreprises manquent de matières premières et développent des combines plus ou moins inspirées, par des responsables prêts à tout, pour sortir du blocus, en lien avec des salariés plus ou moins conscients…

Dans J’ai mal quand je pense, la façon d’être toujours très « classieuse » d’un ancien Président du Conseil Italien apparaît dans toute sa splendeur, si l’on ose dire

Dans La Queen des Kinks, on assiste au destin compliqué d’une ancienne idole des groupes rock qui tente de recroiser une forme d’amitié sur les bords de Mer du Nord.

Dans Les sorciers de la Bessède, on vit les réalités du travail de charbonnier et on essaie de se plonger dans cet univers rude où se côtoient misères, souffrances, mais aussi amitiés fortes entre collègues soumis aux mêmes contraintes.

Dans Nous sommes tous des gitans Belges, remarquable nouvelle, on suit les traces d’anciens Républicains Espagnols qui s’adonnent à la contrebande avec le soutien de certains Ministres du Front Populaire qui ne peuvent ouvertement les soutenir : une page d’histoire avec une verve de polar passionnante.

Un plaisir de lecture, une rencontre récurrente avec les réalités des vies de crise et de l’Histoire en ses soubresauts, le style aiguisé de la nouvelle reprenant les habitudes alertes du roman noir, cet opus détient tous ces ingrédients et doit être lu, en premier choix, car il s’attache à faire réfléchir intelligemment.

Merci à Didier pour sa qualité de raconteur d’histoire, au sein de la Grande Histoire contemporaine et passée !

 

Éric

Blog Débredinages

 

L’espoir en contrebande – Goncourt de la Nouvelle 2012

Didier Daeninckx

Éditions Cherche-Midi, 15€

Photo de l’auteur : Gallimard copyright

 

Hommage à Robert Hébras !

 

Cher Robert,

Vous ne vous souvenez, bien évidemment, pas de moi, mais pour ce qui me concerne, je me remémore, en permanence, votre présence toute en douceur, en émotions et en forces incarnées, en cette journée du printemps 1987, où vous m’accueillîtes, avec quelques amis, pour un parcours de mémoire, en le village martyr d’Oradour sur Glane.

Vous aviez soixante-deux ans, et vous teniez à recevoir, par vous-même, les visiteuses et visiteurs de ce lieu marqué par l’horreur, pour évoquer ce qu’était votre village avant la folie dévastatrice et la cruauté installée du 10 juin 1944 ; vous vouliez aussi témoigner, encore et toujours, pour que pareille infamie et réalité terrifiante ne se reproduisent plus jamais.

Vous nous aviez montré la grange Laudy où les hommes avaient été rassemblés pour être fusillés, et où vous surviviez, en ne bougeant pas, sous les corps des villageois qui vous recouvraient, sachant que les SS de la Division Das Reich observaient tout mouvement et achevaient tout corps manifestant encore une étincelle de vie…

Vous nous aviez raconté, avec la larme du souvenir et de la douleur toujours vivaces, que la grange avait été incendiée, pour que les traces de ce forfait insoutenable disparaissent, comme les Nazis l’avaient aussi fait pour les chambres à gaz des camps de concentration. Vous quittâtes cette grange alors que le feu vous ravageait.

Vous nous aviez présenté l’église, où femmes et enfants avaient été réunis avant d’y mettre le feu et de les brûler vifs, emportant vos sœurs et mère ; vous aviez aussi retracé, souffle coupé, en montrant un mur, comment un barbare de la division avait pris un nouveau né pour lui fracasser le crane…

Vous parliez avec un semblant « détaché », en présentant les faits, sans omettre les plus viles ignominies, et vous montriez que l’humanité s’était arrêtée en ce jour funeste où seule la volonté d’horreur retentissait, en n’oubliant pas de rappeler qu’Oradour fut martyrisé quatre jours après le débarquement en Normandie, que les divisions SS, comme celle de Das Reich, voulaient terrifier, massacrer, et montrer la force par la violence la plus assumée, comme si les combats pour la victoire Nazie devaient anéantir pour leurs succès toute forme de morale.

Et vous évoquiez Tulle et les pendaisons de 99 suppliciés, la veille, par les mêmes tortionnaires.

Vous aviez assisté au procès de 1953 et aviez regretté qu’il n’ait pu se déployer comme un procès pour l’humanisme et l’humanité, puisqu’il fut accaparé par le soutien du peuple Alsacien auprès des Malgré-Nous, donc des enrôlés de force Alsaciens dans les Waffen SS, très nombreux dans la division Das Reich. Les considérer comme coupables de crimes contre l’humanité ne pouvait s’entendre puisqu’ils ne pouvaient qu’obéir ou mourir…

Pour vous ce procès n’avait pas été orienté sous les auspices attendus et que devait réunir le village martyr.

Dans vos mémoires, l’on vous reprochera, sans vergogne, d’avoir pu douter de cet enrôlement forcé, alors que vous souhaitiez seulement placer chaque homme face à sa conscience : entre le choix de mourir libre de ne pas être souillé par l’horreur et celui d’accepter de participer à l’insoutenable, vous aviez, en tant que témoin du drame absolu, la possibilité d’ouvrir un débat.

Vous regrettiez que l’on vous menace de procès (et vous en avez connus, avant d’être fort heureusement absous) sur la seule intention qui était la vôtre de mettre l’homme ou la femme face à ce choix cornélien : la soumission avec la perte de toute réalité humaine ou l’acceptation d’en finir en conservant son âme. Je ne sais pas – et ne vais certainement pas anticiper – quel serait le mien, en pareille circonstance absolue, mais votre message me sera toujours présent.

La visite de mémoire réalisée, vous ouvriez un sourire, car la vie vous porte, par delà la perte de vos êtres chers et des cauchemars qui s’emplissaient depuis tellement d’années, rappelant ce que vous aviez vécu.

Vous étiez et êtes toujours un Européen convaincu, un partisan permanent, récurrent, du rapprochement, puis de la réconciliation Franco-Allemande et Franco-Autrichienne, et vous vouliez que les Institutions garantissent la paix et la protection civile, la concorde entre les peuples.

Vous arpentez les écoles et rencontrez les jeunes, pour témoigner de l’horreur Nazie et des intolérances, pour affirmer que la déshumanisation se place comme une réalité toujours possible, qu’il convient pour la combattre et l’anéantir, de toujours se pencher sur le passé, se souvenir des moments de l’histoire insoutenables, pour organiser un futur apaisé, positif, où chaque femme et chaque homme considèrent l’autre comme un « enrichisseur » personnel et pas comme un ennemi à contester, avilir, détester…

Vous m’aviez serré la main et dit ces quelques mots : « respirez l’air, songez au passé douloureux de ce village martyr, engagez-vous pour témoigner et porter la mémoire, et surtout soyez conquérant humaniste ! ».

J’ai toujours conservé votre maxime intacte, et ne sais pas si je fus ou si je suis un « conquérant humaniste », mais j’essaie de me placer sous les axes de l’humanisme, pour tenter de participer à la conquête d’un mieux-vivre sociétal.

Je n’évoquerai pas les dernières abjections de viles personnes qui ont saccagé le centre de mémoire, en osant biffer la mention du village martyr pour en revêtir le sinistre mot de « mensonge » ; comme vous l’avez déclaré avec votre profondeur habituelle : « ces actes ne sont pas peut-être pas cernés, mais ils nécessitent de toujours renforcer la vigilance du devoir de mémoire ».

Je voulais, très modestement, en cette humble chronique, vous rendre hommage et vous adresser mes sincères et chaleureuses affections !

Eric

Blog Débredinages

Joyeux anniversaire Elizabeth !

 

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, ce jour est un anniversaire.

Malgré les réalités rudes vécues, où je vous souhaite d’abord de vous préserver et de prendre soin de vous, je désire saluer une de mes actrices favorites, une de mes muses depuis mon début de jeunesse (je sais, cela fait loin…), que je sacralise, Elizabeth Bourgine, à laquelle je déclame aujourd’hui mes vœux de bel et joyeux anniversaire, en ce 20 mars.

Joyeux anniversaire Elizabeth !

Ma première rencontre avec Elizabeth – que je n’ai jamais eu le plaisir de « voir en vrai », mais que je vais quand même appeler par son prénom, qui s’écrit avec un « z », la vraie orthographe originelle, comme pour la Reine d’Angleterre, et en référence avec la puissance du prénom hébraïque « elisheba » qui signifie que « Dieu est mon serment » – est venue lors de mon visionnage au cinéma de « Vive la Sociale », en 1984, un film de Gérard Mordillat, cinéaste et écrivain que j’apprécie fortement, qui a su appréhender une œuvre atypique avec des personnages toujours portés par la volonté de vivre leurs passions, qui luttent face aux jugements de valeurs pour promouvoir leurs engagements et leurs créativités.

Elizabeth rayonnait dans ce film choral, avec un drame en latence, où elle dégageait une force et une empathie bienveillante, un sens délicat d’élégance permanente, qui invitait au partage, au débat, à la communion.

J’ai tout de suite considéré que le talent d’Elizabeth serait précieux et rare, et j’en faisais « serment à Dieu », même si l’agnostique que je suis n’en est pas à une contradiction près…

Elizabeth obtint de manière plus que méritée le prix Romy Schneider, accordé au meilleur espoir du cinéma français, en 1985.

Et puis elle tourna en vedette inspirée dans le merveilleux film de Pierre Granier-Deferre, « Cours privé », que je revois régulièrement (j’ai encore une cassette vidéo Secam) et qui sait toujours autant m’émouvoir.

Elizabeth y est étincelante, en associant sa capacité à résister aux méchancetés, aux calomnies éhontées, liées aux diffusions de photographies qui semblent clairement la représenter en une sexualité à multiples partenaires forcément jaugée et jugée par les « décideurs des morales », sa maîtrise à rester stoïque et pédagogue face à ses élèves pour lesquels elle recherche les meilleurs appuis et soutiens pour leurs apprentissages, et sa volonté d’assumer ses libertés et ses recherches sensorielles, donnant ainsi un message net au féminisme, en une période, en 1986, où l’on dénigrait facilement une femme repérée à la vertu contestable alors qu’un homme ne serait jamais jugé débauché…

En ce film elle est à la fois magnifique par sa prestance, par sa beauté rayonnante et flamboyante, mais surtout par sa grandeur d’âme qui élève, dynamise et porte des valeurs de demande de respect, de concorde et de tolérance, pour faire fi des pesanteurs, des représentants des bien-pensances, et pour que le corps soit toujours un élan des esprits et de conquête indépendante.

Je la reverrais avec le même cinéaste pour « Noyade interdite », toujours amplifiée par sa séduction douce, sa délicatesse absolue et son élégance indicible, positive, prenante, pétrie d’humeur et d’humour, très anglaise…

Elle tournera avec Claude Sautet qui savait reconnaître les fougues artistiques des actrices qui se plaçaient toujours entre « fugue et raison », et j’aime cette belle formule qui caractérise Elizabeth.

Puis Elisabeth s’est tournée vers le théâtre et la télévision, et à chaque fois je guette sa présence, ses apparitions, aucunement par nostalgie, car Elizabeth ne sera jamais une actrice de mes années derrière moi, car elle représente à la fois la flamme de ma jeunesse et la volonté de marquer mes actualités, toujours avec ténacité, sourire, positivité, douceur, écoute et élégance.

Car quoi de plus agréable que le charme de l’élégance, qui pour moi est quantifié, sérié, magnifié par Elizabeth.

Pêle-mêle je l’ai retrouvée dans « Maigret et le fantôme », dans le splendide « Barrage sur l’Orénoque » où je l’imaginais reprendre un rôle titre de Jules Verne avec son roman majeur et pourtant méconnu « la Superbe Orénoque », et pourquoi pas avec Elizabeth en possible aimée de Jean de Kermor, Nantais comme Verne, à la recherche de son père colonel…

Je l’ai ré-admirée dans le rôle d’Isabelle dans la série « Sauveur Giordano », où elle côtoie Pierre Arditi qui semble irrésistiblement en attirance par cette élégance toujours suave et détachée, espiègle, indépendante et toujours portée vers le support aux autres.

Et depuis 2012, elle incarne avec charme étincelant, élégance toujours renforcée avec des couleurs chatoyantes et des robes et foulards entrelacés avec tact, soin et vivacité tonique, le rôle de Catherine, la patronne d’un bar-restaurant dans « Meurtres au paradis », dans l’île de Saint-Marie.

Elle est la Maman de Sara Martins la première co-enquêtrice des premières saisons.

Elizabeth reste un personnage incontournable, qui apparaît à des moments clés, qui devient même Maire de l’île, qui réconforte, appuie, sensibilise, se structure comme la personne de confidences des cœurs en tension ou détresse. 

Et elle sait aussi déclamer des tendresses et même des petits messages judicieusement coquins, toujours avec douceur et élégance, toujours aussi avec inspiration.

Je n’ai pas eu le plaisir de la voir au théâtre, même si je sais qu’elle a jouée avec Francis Huster dans Le Cid, après ses études de théâtre sur Rennes, mais si Elizabeth remonte prochainement sur les planches, je serai son spectateur avide et assidu, pour toutes les représentations.

Elizabeth, ne voyez pas en cette modeste chronique, en ce tout aussi humble blog, autre chose que ma reconnaissance pour votre prestance toujours incarnée, qui, comme je le répète à foison depuis le début de cette ode, associe aussi mes remerciements pour votre élégance récurrente, car vous représentez la quintessence qui sait allier le raffinement, la délicatesse, la force de l’indépendance, l’écoute et la préférence à accepter l’analyse des complexités plutôt que les raccourcis ou des jugements péremptoires.

Chère Elizabeth, vous revoir avec la nouvelle saison de « Meurtres au paradis », depuis lundi passé, aide à passer nos réalités compliquées du moment, et malgré les tensions et ces situations exceptionnelles, je vous souhaite un très bel et joyeux anniversaire !

Et j’espère bien avoir le plaisir, un jour, de vous saluer, et de m’incliner pour ce que vous incarnez : l’élégance, par « serment de Dieu »…

 

Eric

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