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Romans

Escaliers, Une passion avec Louis-Ferdinand Céline, d’Évelyne Pollet

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous n’ignorez pas mon enivrement récurrent pour mon auteur de référence, Céline, que j’essaie, par fréquences, de connaître le mieux possible, dans toutes les acceptions de son œuvre.

Abonné au Bulletin Célinien, qui sans relâche, avec force investissement, ténacité opiniâtre, travaille, pour que l’analyse profonde, réflexive de l’ensemble du corpus littéraire et de correspondances de Céline, fasse l’objet d’études argumentées, de notes inspirantes et de mise en perspectives, j’ai eu le bonheur de découvrir que le livre d’Évelyne Pollet faisait l’objet d’une réédition.

J’ai donc souscrit pour recevoir cet opus, et je l’ai lu et relu avec un intérêt majeur puisqu’il constitue à la fois une force émotive et une retranscription historique narrée.

Corinne, alias Évelyne, vit à Anvers, et se sent subjuguée par les tableaux de Charbier, peintre qui expose en une galerie de la ville.

Corinne, dès la première découverte des œuvres de l’artiste, maîtrise et connaît la profondeur qui se dégage de son travail, qui associe capacité à illustrer les sentiments et états d’âme de ses visages ou portraits, pour les placer en un univers urbain sombre, pour porter les regards en des directions hautes, majeures, élevées, intenses.

Seul Charbier, peintre qui reprend les traits physiques caractéristiques de Céline, a la possibilité de permettre à Corinne de dépasser les extases que l’on peut avoir, parfois, face à une toile, à un tableau.

Charbier, lui, va au-delà, il transcende les sens de beauté inassouvie, pour déplacer son œuvre sur l’axe de la magnificence, de la pureté, de la primaire fougue qui se détache au regard, entraînant Corinne dans l’abime de ce qui indicible, de ce qui dépasse tout ce qui fut entrepris auparavant.

La peinture de Charbier raconte, décrit, positionne, et quand on la rencontre, on est à la fois subjugué, anéanti, on ne peut imaginer trouver pareil manifeste, aussi incomparable talent.

Corinne se permet de l’approcher, alors qu’on lui raconte que Charbier est un homme froid, distant, fruste, difficile, peu reconnaissant, avare de débats.

Charbier apprécie Corinne, lui donne de l’intérêt, lui procure le plaisir d’être cernée comme non seulement une groupie de passage, mais comme une personne digne de respect, dont les messages artistiques sont écoutés.

Charbier sait qu’il séduit Corinne, et Corinne sait qu’elle est séduite irrémédiablement, intensément, par Charbier.

Ils deviennent rapidement amants.

Corinne plonge dans un désir absolu, avec une irrépressible envie de l’assouvir avec majesté, car quand elle se donne à Charbier, elle se donne à l’art, et pas à n’importe quel art, à celui immense, poétisé, porteur, unique, émérite d’un artiste admiré et irremplaçable.

Corinne écrit, elle n’hésite pas à demander conseil à Charbier pour pouvoir améliorer sa narration et obtenir des appuis auprès des éditeurs.

Charbier s’y emploie, pas que pour se donner bonne conscience, mais aussi par sympathie pour celle qui a su lui dire qu’elle était plus qu’émerveillée par ses créations, par ce qu’il inspirait, représentait, développait, engendrait.

Corinne ne travaille pas, elle s’occupe de ses enfants du mieux possible et elle les aime fortement ; elle apprécie son mari, qu’elle a trompé une fois, en se reprochant à la fois cette faiblesse, mais aussi en repérant que son mari doit être plus original, sortir des facilités et des habitudes ou atermoiements.

Sa liaison avec Charbier n’est pas une infidélité, car Charbier représente l’art en sa perfection dimensionnée, et quand on peut le rencontrer, même le mari infortuné, s’il le savait, ne pourrait retenir l’inconséquence conjugale, car sa femme a eu le bonheur de rencontrer l’unique et l’exceptionnel, ce qui ne peut être que l’assurance de la reconnaissance d’une épouse hors norme…

Elle écrit à Charbier qui lui répond d’abord très rapidement, puis de façon plus épisodique ; elle lui en veut de son retard de transcription, de ne pas lui donner de nouvelles, et elle se lamente sur ses venues sur Anvers, bien trop espacées.

Quand elle viendra sur Paris, pour le rencontrer, il sera un conseiller positif pour ses productions littéraires, un bon compagnon de promenade, mais elle lui reprochera, sans jamais lui avouer, de ne pas lui déclarer sa flamme, de ne pas l’envelopper d’un amour furieux, de ne pas la posséder, de ne pas la reconnaître comme la femme enfin attendue…

Mais Charbier, alias Céline, se place au-dessus de ces contingences ; il batifole avec Corinne, il apprécie sa présence, il aime lui donner la main, il est heureux de prendre du plaisir avec elle, mais il ne l’aime pas, il ne veut pas vivre avec elle, il n’a pas de passion pour elle, et il veut rester indéfectiblement libre, même s’il doit faire de la peine à une Corinne qui aimerait tant que les choses prennent une autre tournure…

Corinne va avoir la fièvre de l’amour transi déçu, va devenir maladivement endolorie, et sa famille va la placer pour qu’elle puisse se ressourcer, se retrouver, se reconstruire, même si elle ne cerne pas les raisons de ce dépérissement.

Elle rencontrera Gerbault, en cure, qui lui fera du bien, qui saura la comprendre, envers lequel elle se blottira, qui n’hésiterait pas à l’emporter avec lui, à lui apporter tout ce dont elle aurait besoin.

Si Corinne reste reconnaissante à Gerbault de sa compassion, de son amour direct et compréhensif, elle veut retrouver Charbier, car elle ne peut imaginer qu’il ne puisse pas remarquer, reconnaître, intégrer, repérer qu’elle, et elle seule, constitue la femme idéale et rêvée, pour l’accompagnement d’un artiste d’un tel retentissement.

De Paris à Saint-Malo, Corinne prendra tous les risques, affrontera tous les tourments, acceptera tout ce qu’elle nommerait « ingratitudes », se placera en toutes les fièvres de l’âme, en tous les tourbillons produits par le corps quand la frénésie de la passion s’affiche, mais elle ne pourra pas être mieux reçue qu’une amie, une personne dotée de charme poétique, par un Charbier qui ne peut agir en fidélité, en organisation de vie, qui semble en plus assez séduit par une danseuse, toute jeune…

Ce livre développe un charme suranné, où la passion d’une femme enivrée, qui se consume jusqu’à en perdre la raison et l’étincelle de vie pour séduire et s’adonner un artiste différent, qui crée ce qui n’a jamais existé jusque-là, représente une attraction prodigieuse.

Il est très bien écrit, avec une force émotive lancinante, prenante et il constitue un témoignage remarquable de ce que fut Céline : un artiste créateur accompli, sans concession, livré en amour comme en art, avec la fougue Rimbaldienne de la « liberté libre », qui se refuse aux limites, aux acceptations des normalités et dogmes, surtout d’ordre passionnel ou amoureux, qui a su séduire une femme, qui attendait tellement plus de lui…

Un livre à lire, à savourer, pour vivre intensément, et tendre vers les créations essentielles !

Éric

Blog Débredinages

Escaliers

Une passion avec Louis-Ferdinand Céline

Préface de Marc Laudelout, incomparable passeur de champs de connaissance sur Céline, avec

Le Bulletin Célinien, qu’il met en scène depuis quarante ans ! Respect indépassable pour lui !

Postface de Jeanne Augier

La nouvelle librairie éditions

Du côté de Céline, collection dirigée par Émeric Cian-Grangé

Gâchis à Karachi – OSS 117, de Jean Bruce

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous souhaite une année 2021 apaisante, protectrice en santé, nous permettant, aussi, de reprendre le cours d’une vie la plus « normale » possible…

Question « normalité », je suis toujours en introspection, car je considère que le systématisé rationnel et le permanent « classique » n’ont jamais apporté que la répétition de dogmes, alors que le différent et l’innovant forgent la création, assurent un partage de découvertes.

Question « normalité », OSS 117 – que vous avez forcément apprécié sous les traits de Jean Dujardin, sur le plan filmique – ne répond pas aux critères habituels, se place souvent en contradiction totale avec les attentes et repères, pour orchestrer une personnalité décalée, courageuse, volontariste, souvent iconoclaste, suscitant des débats récurrents pour celles et ceux qui le côtoient en ses aventures.

Pour cette première chronique de l’année, je me place en ses pas, avec la réédition d’un roman de son auteur de référence, malheureusement un peu tombé, injustement, dans l’oubli, Jean Bruce, avec un livre qui se déroule au Pakistan, au tout début de l’indépendance du pays, après la fin de l’Empire Britannique.

OSS 117, alias Hubert Bonisseur de la Bath, passe quelques jours aux Etats-Unis et recroise une de ses ex-compagnes de moments affectifs (Hubert, comme James Bond, collectionne les « conquêtes » pour une durée assez déterminée, et cette forme de phallocratie, sous-entendue, ne constitue nullement un méfait hautain de l’homme dominateur, mais une acceptation bilatérale, avec les femmes rencontrées, de moments de partages égalitaires) , Elaine, qu’il avait dû quitter brutalement, antérieurement, accaparé par une mission secrète qui l’obligea à partir sur le champ.

Il se permet de la séduire, de nouveau, en lui démontrant que l’homme avec lequel elle se trouve ne la mérite pas.

Sans trop de contraintes, peu rancunière du passé avec ce départ précipité proche de la goujaterie, acceptant les excuses d’Hubert, Elaine poursuit la route en direction de New-York, avec lui ; ensemble ils s’arrêtent, en un motel, pour une nuit qui s’annonce pétillante…

Mais Hubert reçoit la visite d’un membre des services secrets, qui savait où il se trouvait – car sa voiture est toujours surveillée – lui demandant instamment de partir, sur le champ, en mission, pour le Pakistan où Mary MacBean, dite Mamie, a disparu, alors qu’elle essaie de négocier la valeur de microphotographies Britanniques recensant les analyses et procédés permettant à un engin, quel qu’il soit, d’apparaître invisible, pouvant ainsi neutraliser aisément des tours de contrôle, représentant une avancée réelle dans la progression des stratégies, notamment militaires.

Hubert reçoit des papiers l’identifiant comme le neveu de Mary, qu’il doit retrouver, car il constitue la seule famille de sa Tantine…

Hubert interviendra, avec cavalcades, dans différentes régions du pays, de Karachi à Lahore, de la frontière Afghane à Peshawar, lieux aujourd’hui signes de terrorismes, d’ostracisme, d’absolutisme religieux et de tensions extrêmes, où tout occidental est honni.

Quand Hubert effectue sa mission, le pays est déjà livré à des trafics, calculs, vindictes et violences.

Hubert va devoir affronter, par deux fois, une relation avec un naja, qu’il retrouve dans son lit d’hôtel et dans un taxi.

Il est souvent mis en difficulté avec des éléments compromettants placés dans ses valises pour qu’il soit confondu par la police locale.

Il se doit de combattre, avec sa savate de boxe française, bien ajustée, contre un homme qui l’écoute attentivement et l’espionne, contre un possible ingénieur Allemand qui semble bien vouloir contrecarrer ses projets et retrouvailles avec Mary…

Il fera face à la chaleur intense et suffocante des avions locaux, des engins de transport du pays, se tiendra en permanence sur ses gardes, car il peut être épié, mis en cause et observé.

Sa rencontre avec Françoise va lui permettre d’affronter plusieurs nouvelles étapes.

Hubert découvre Françoise, comme danseuse de cabaret ; elle se met à ses côtés, à la fois par volonté de protection, partage des connaissances concernant les réalités du pays – puisqu’elle a accompli des missions pour son boss de club – et aussi par plaisir de partager la vie trépidante d’Hubert, pleine d’imprévus, avec des moments de repli doucereux, cependant…

Ensemble, avec des rebondissements et des perceptions mutuelles de trahison potentielle, ils vont avancer dans l’enquête qui permettra d’observer que les services secrets savent manipuler à la perfection, déclamer que rien n’est plus rationnel que l’irrationnel, car si l’on veut s’assurer que des plans de techniques nouvelles ingénieuses ne puissent s’évader, il est impératif de laisser appréhender l’idée que l’évasion est en cours, en la suscitant même…

Hubert, avec tact, élégance, sens de la répartie et de l’humour, à chaque instant, vous associera dans sa quête, au rythme de chapitres enlevés, très agréables en lecture, savoureux dans les chausse-trappes.

Hubert n’oubliera pas d’éviter de se faire abuser par des commerçants peu scrupuleux, par une police aux ordres des castes et n’omettra pas de rester en prudence permanente, car si le Diable se niche dans les détails, il se faufile aisément dans toute son aventure, que d’aucuns voudraient lui voir abandonner ou contrarier fortement…

Un livre irrationnel et subtil, pour une année que je vous souhaite subtile, puisqu’elle sera de facto irrationnelle, et cela a déjà bien commencé, avec une vaccination de 400 personnes en France contre 300 000 en Allemagne, pour la même période… Comprenne qui pourra…

Amitiés vives pour 2021, comme on dit joliment au Québec !

Éric

Blog Débredinages

Gâchis à Karachi

OSS 117

Jean Bruce

Éditions Archipoche  

L’homme à l’oreille cassée d’Edmond About

Amie Lectrice et Ami Lecteur, ce livre, qui date de 1862, et qui n’est pas forcément « dénichable », en dehors des rayons des bouquinistes scrupuleux et investis, que j’ai plaisir de saluer régulièrement, vous saisira fortement, par sa narration enlevée et débordante, son style maniéré, certes, mais renfermant de belles doses d’ironie et d’humour, par sa contemplation, parfois béate, des progrès de la science, auxquels il rattache l’assurance d’un monde plus positif, plus conquérant, oublieux des sacralisations que l’auteur juge passéistes.

L’on sait que l’écrivain, journaliste et polémiste, professait un anticléricalisme assumé, qu’il fut membre de loges maçonniques où il aimait dispenser les principes de la science éclairée face aux obscurantismes repérés chez les hommes de Dieu…

Edmond About avait lu et noté que les zygotes-rotifères ont la particularité de pouvoir survivre, même si leur milieu de vie s’assèche. Lorsque les conditions redeviennent plus favorables, ils sortent de leur léthargie et deviennent de nouvelles femelles qui se reproduisent par parthénogenèse.

Il avait aussi repéré, comme un scientifique qu’il n’était pas, mais qui aimait analyser les dernières découvertes et s’en faire le vulgarisateur, que les tardigrades sont des animaux extrémophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent survivre dans des environnements extrêmement hostiles (températures de −272 à +150 °C et pressions jusqu’à 6 000 bars).

Il avait lu que ces « oursons d’eau », privés d’eau justement et de nourriture, se replient en cryptobiose, ce qui signifie que les processus métaboliques observables ne représentent plus que 0,01 % de la normale (ils semblent donc en état de « mort clinique ») ; ils peuvent demeurer plusieurs années dans cet état, mais « ressuscitent » (le métabolisme repart) dès que les conditions le permettent.

L’homme à l’oreille cassée se place dans ce sillage d’analyses frappantes et imagine que la résurrection, si l’on peut dire, pourrait s’affecter chez l’humain, mais de manière scientifique et doctrinale, et plus en référence à ce qui s’est déclamé 2000 ans plus tôt, en Palestine…

Et le livre ne fait aucune communication anticipée au célèbre album éponyme de Tintin que je relis régulièrement et chéris.

Léon Renault, fils de scientifique, est allé faire fortune et conquérir son avenir, durant trois ans, dans les extractions minières de l’est européen.

Il y a travaillé sans relâche, pour avoir un gain suffisant et pouvoir ainsi demander officiellement la main de celle qu’il aime, Clémentine, mais dont les conditions de rente obligent à ce qu’il lui assure un niveau d’aisance, par ses biens personnels acquis, suffisant, pour pouvoir être comparé au train de vie de sa promise.

Il revient chez lui, chez les siens, à Fontainebleau, avec, dans ses malles, un cadeau pour son père en provenance des biens dispersés du grand savant Humboldt, récemment disparu sur Berlin, et admiré par le père Renault et avec une sorte de momie, qu’il a achetée chez un marchand, qu’il a lui-même récupérée d’une vente organisée par le neveu d’un savant nommé Meiser qui s’était pris de sympathie pour un grognard Napoléonien de retour de la campagne de Russie, arrêté comme espion en Prusse et condamné à être exécuté, dont il fut le traducteur lors de son procès, qui a « gelé » dans sa cellule, et qui considéré comme « mort » par ses geôliers, avait été « acheté » par le scientifique pour des expériences de dissection de cadavre… Excusez du peu en cette narration d’aventure…

Mais le savant Meiser voulait dessécher et non pas disséquer Fougas, le fameux Grognard, pour lui enlever méthodiquement l’eau contenue en son corps, pour le placer en léthargie et pouvoir ainsi le « réveiller »,  le « ramener à la vie » quand les conditions internationales le permettraient, lui permettant d’échapper à la mort…

Lorsque Léon présente sa momie à son retour, il provoque les incrédulités, mais aussi des intérêts passionnels, mais rapidement l’idée d’acheter une sépulture pour l’ancien soldat semble la raison la plus assurée.

Mais en conversant et en écrivant avec des savants allemands et académiques de France, il est analysé la possibilité de « tenter une expérience » de remise en vie.

Au départ, assez émotive et inquiète de cette momie qui pourrait manifester des troubles en la maisonnée, Clémentine en devient la protectrice majeure, elle souhaite ardemment que l’on puisse redonner vie et sens à cet homme, dont la beauté conservée, et la jeunesse de 24 ans, l’ont profondément touchée et peut-être même secrètement attirée. Elle ne se mariera pas, elle n’en démord pas, tant que tout n’aurait pas été fait pour remettre à la vie ce beau jeune homme endormi…

L’expérience s’organise, avec un soin continuel pendant trois jours, pour que la réinjection de l’eau dans les tissus, organes et muscles s’opère sans dommage, progressivement, pour que la température du corps retrouve ses cohérences, pour vérifier s’il est possible que l’état de l’homme ne soit que léthargique et en hibernation et pas en mort reconnue.

L’expérience s’avère concluante et ses péripéties retentissent fortement à l’extérieur du logis Renault.

Mais à l’instar d’Hibernatus dans le célèbre film avec un De Funès et un Michaël Lonsdale, en grandes verves et formes, il n’est pas simple pour Fougas :

  • D’avoir vécu une sorte de nuitée de 46 ans…
  • De retrouver une vie, avec un Empereur adulé, décédé depuis près de 30 ans, et des envies de conquête, de gloire et de combats révolus…
  • De solliciter de reprendre les armes auprès d’un nouvel Empereur (Napoléon III) alors qu’il est un jeune homme de 70 ans civilement, même s’il n’en apparaît que 24 en sa constitution physique…
  • De vouloir considérer Clémentine, comme sa mie et son amour, rappelant celui de sa jeunesse, alors qu’elle est promise à celui qui lui a, sommes toutes, sauvé la vie, ce cher Léon…
  • De tenter de repartir sur les traces de sa vie passée, sur Paris, comme en Prusse, en ne sachant pas comment il sera repéré, reconnu et considéré.
  • Et surtout il lui est difficile de prendre une posture équilibrée, apaisée et nuancée, alors qu’il ne fut qu’homme d’action, feu follet, sans retenue et souvent querelleur et impulsif, en sa vie passée…

Ce livre se lit comme les romans d’aventure Verniens de nos adolescences, mais qui n’a jamais fini de se prolonger, pour moi, et que je retrouve toujours avec autant de bonheur, quand il s’agit de partir en exploration, en découvertes et en surréel, car, bien évidemment ce roman part un peu dans tous les sens et les exagérations, mais l’on se dit cependant que ces choses pourraient bien se produire, et, en tous cas, elles constituent un plaisir de lecture porteur et marquant.

Éric

Blog Débredinages

L’homme à l’oreille cassée

Edmond About

Éditions de l’érable – François Beauval

Déniché pour 1€ à la « bouquinerie de la gare » à Saint-Raphaël ; bonne future pioche pour vous, Amie Lectrice et Ami Lecteur, pour suivre mes pas…

Tombe d’Edmond About au Père Lachaise, sculpture de Gustave Crauk, mairie de Paris en copyright

La Loire, Agnès et les garçons de Maurice Genevoix

Couverture du livre édité par le Cercle des Bibliophiles

Maurice Genevoix (1890 – 1980), romancier Français, Prix Goncourt en 1925, ici en 1979, photo Télérama copyright

Maurice Genevoix sera « panthéonisé » le 11 novembre prochain et ce n’est que justice.

Il a fait partie des promotions de l’École normale supérieure lourdement touchées par la Première guerre mondiale.

Mobilisé comme sous-lieutenant au 106ème régiment d’infanterie, début août 1914, dès le déclenchement de la guerre, il est très grièvement blessé, le 25 avril 1915, et réformé, après avoir perdu l’usage de son bras gauche.

Ses récits de guerre, avec son observation minutieuse du quotidien des soldats, qu’il mêle avec les cheminements intérieurs des hommes au front, ont toujours été placés en mémorial, pour que ses camarades tombés ne sombrent pas dans l’oubli.

Il faut relire « Ceux de 14 » car, comme il le déclamait si fortement : « nous autres, avant d’avoir 30 ans, nous avons eu froid et nous ne nous retournions que pour apercevoir des fantômes », alors que les autres générations retrouvaient, en se retournant, des vivants toujours reconnus, même après leurs décès…

Sa fille Sylvie, parti trop tôt des suites d’une longue maladie, a beaucoup œuvré pour la transmission de l’œuvre de son père, appuyé par son compagnon, le regretté et remarquable économiste Bernard Maris, l’oncle Bernard de Charlie Hebdo, assassiné lors de l’attentat terroriste du 7 janvier 2015.

Né à Decize, dans la Nièvre, à quelques encablures de mon Allier natal, Maurice Genevoix avait trouvé refuge dans le Loiret, à Saint-Denis-de-L’Hôtel, au hameau des Vernelles, où il avait acheté une maison, grâce au Prix Goncourt, reçu en 1925 pour son roman « Raboliot ». C’est en cette maison des bords de Loire que Genevoix a rédigé l’essentiel de ses romans, et c’est aussi là que sa fille Sylvie naquit en 1944.

Aujourd’hui, après Sylvie, puis Bernard, c’est le petit-fils de Maurice Genevoix, Julien, qui a pris la relève à la tête de l’association « Je me souviens de Ceux de 14 », dont le siège est toujours sis aux Vernelles, et qui a permis cette panthéonisation très prochaine, en mémoire de tous les Poilus.

Prenant récemment quelques jours de congés en mon antre de Fréjus, avant le reconfinement, je suis allé flâner chez un bouquiniste de Saint-Raphaël, et j’ai déniché un livre, en la belle et rare collection du cercle des bibliophiles, de Maurice Genevoix, que je ne connaissais pas, et que je viens de lire, qui m’a charmé, par son côté suranné, par la force de son écriture empruntant toujours un style puissant et recherché, par sa poésie qui touche au sublime lors de la description des bords de Loire, personnage majeur du roman.

Je vais tenter de vous le narrer.

Daniel Bailleul et Paul Jeanneret terminent leurs études secondaires et vont partir en vacances.

Nous savons qu’ils sont lycéens, en tout début de XXème siècle, condisciples donc des vécus de l’auteur.

Les vacances se déroulent, en cette période de la IIIème République, des Moissons aux Vendanges, donc de fin juillet à fin septembre, pour que les jeunes puissent donner de leurs forces aux travaux des champs, et c’est en ce sens qu’avaient été inscrits les congés estivaux scolaires.

L’un sait écrire et manier la plume avec verve, Bailleul, et l’autre, Jeanneret, préfère l’analyse concrète et l’expérimentation ; l’un deviendra professeur et écrivain, comme Genevoix, et l’autre médecin.

Mais le roman est centré sur cet été de leur fin d’année de lycée, au moment où ils écrivent, à deux mains, un roman d’amour qui prend place dans le Tyrol, où l’on ressent un romantisme enfiévré mais aussi un peu emprunté et maniéré.

L’un et l’autre apprécient fortement les promenades et balades en bord de Loire, les saveurs des fleurs et plantes rencontrées et les oscillations de l’eau, en ses multiples soubresauts, quand le fleuve croise, en ses méandres, de multiples obstacles plus ou moins impétueux…

Ils rencontrent Agnès, lors d’une fête foraine, où elle attire le chaland en son stand de tir à la carabine.

Ils ont le même âge et se donnent envie, croisée, de gambader dans les environs.

Agnès leur donne la main et leurs promenades à trois les enchantent, surtout quand elles se terminent par un baiser d’Agnès aux deux amis.

Mais Agnès doit partir, car les forains sont nomades, et ils se donnent rendez-vous pour une prochaine fête dans quelques semaines, non loin de la ville étape, lieu de résidence de Daniel et Paul.

Paul est à la fois intrépide et sportif, avec de la famille répandue un peu partout et possède des moyens financiers visiblement aisés ; il dispose aussi d’une liberté que le paternel de Daniel lui interdit.

Il décide de partir sur les traces d’Agnès, en vélo, et il part la rejoindre, pour deux, pour lui et son ami, car leur relation indéfectible n’imagine nullement une concurrence amoureuse, même s’ils sont épris, tous deux…

Quand Paul retrouve Agnès, qui chavire sur ses genoux un soir de pêche aux écrevisses proposé par le frère d’Agnès, il se sent débordé, et quand il retrouve Daniel, il finit par lui déclarer qu’il s’est uni à Agnès (ce qui est mensonger) et qu’il se sent en détresse d’avoir trahi le serment donné…

Il préfère mentir que de laisser imaginer à Daniel qu’Agnès pourrait être partagée…

Quand Agnès retrouvera les deux jeunes gens, Daniel se placera en retrait, fera même le fanfaron dans la Loire alors qu’il ne sait pas nager, il entamera même des acrobaties de gymnaste sur un pont pour montrer sa valeur, entraînant une paire de gifles méritée d’Agnès.

Elle giflera aussi Paul et elle considère, avec raison, que les deux garçons se sont comportés comme de jeunes hommes à la fois stupides, fats et présomptueux.

Daniel voudra se racheter et parviendra à conquérir Agnès, bercée par ses mots « invitants » de jeune homme qui a des lettres et sait faire sa cour.., comme on dit joliment au Québec, mais le frère d’Agnès lui révèlera qu’elle est promise à un autre, car en ce début de XXème siècle, les amours n’étaient pas toujours décidées par les tourtereaux, de leur volonté unique et propre…

Que deviendront Daniel et Paul, est-ce que leur amitié indéfectible jusqu’alors survivra à ces évènements d’été ?

L’auteur fait le parallèle entre sa vie de survivant et celle de ses amis, tombés au combat.

Paul mourra alors qu’il transporte un corps meurtri, avec des brancardiers, en la Grande Guerre qui s’annonce, en tant que médecin du front, mort pour rien car la sentinelle ne voit pas qu’il est citoyen Français quand il ramène le blessé ; de nombreux morts touchés par les balles alliées deviendront des héros de malchance en ces années de Grande Guerre et l’auteur le sait bien et le rappelle, alors que l’Armée n’aimait pas ce souvenir pénible…

Daniel prend les traces de Maurice Genevoix – qui avait été profondément marqué par la mort de Robert Porchon, son ami lieutenant tombé aux Éparges, là où l’auteur fut très grièvement blessé – qui, dans les années soixante, se remémore, en permanence, la force de l’amitié vécue.

Ce livre est admirable, car il est écrit en suavité, en intelligence pétrie du sens des âmes humaines, en toutes leurs acceptions, et il forge de la Loire un caractère de merveilleux, de surréel, de douceur et de force, de mystère et de contemplation réelle, de délicatesse élégante et de songe qui pourrait déboucher sur une cataracte effroyable.

Je vous le recommande instamment, si vous le dénichez…

Éric

Blog Débredinages

La Loire, Agnès et les garçons

Maurice Genevoix, de l’Académie Française

Cercle du Bibliophile

Acheté pour la modique somme de 1 euro au bouquiniste, proche de la gare de Saint-Raphaël, que je salue !

Wuthering Ent d’Isabelle Mutin

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il me faut d’abord commencer par « mon » sentiment d’intrigue, quand j’ai débuté ma lecture de ce livre d’Isabelle Mutin, qui fut « mon » auteure de découverte, en 2020, devenue depuis une de mes auteures de référence et de prédilection, sans allégeance superflue ou flagorneuse, mais en toute sincérité.

J’avais en tête « Les Hauts de Hurlevent » d’Émily Brontë, car la version en langue britannique de cet opus se nomme « Wuthering heights », et j’avais aussi en mémoire le nom d’une plante éponyme dont les feuilles se replient au moindre effleurement.

Mais je pense qu’il n’est pas essentiel de chercher à percer la part de mystère qui s’attache au titre du roman, car il est préférable de s’y laisser pénétrer et conduire, avec ses ressorts oniriques, poétiques, surréels.

J’ai lu le livre, avec avidité, par deux fois successives, mais je le relirai encore, et je suis persuadé lui trouver des charmes, des saveurs et senteurs qui m’auraient échappé la première fois, car ce livre est pétri d’élégances, de suavités et d’originalités.

Tenter une chronique se repère comme une gageure, et j’ai l’impression, en m’y attelant, de tenter un exercice aussi inutile qu’inconsidéré, tellement je vous invite d’abord à le lire par vous-même et à vous en émouvoir !

Je ne vais qu’effleurer, à touches pointillistes, la force de ce roman novateur et construit avec talent et habileté, qui touche et attire.

Camille grimpe une colline, seule, et y rencontre un grand homme, qui dort, avec un corbeau noir sur l’épaule.

La petite fille semble plus intriguée qu’apeurée, et quand l’homme lui propose qu’elle devienne son amie, en jouant à se déguiser en fonction de leurs rêves et inspirations, sans autre recours que la pensée et la force de l’esprit, tout part en enchantement.

Lors d’un vernissage, un tableau attire et semble inviter à replonger en la relation intimiste, et que l’on ne peut pas vraiment rationaliser, de Camille et de l’homme.

Quand Camille reprend l’ascension de la colline, mais qu’elle ne repère plus son ami, elle souffre de cette absence et se sent fortement endolorie.

Dans un café, que j’apprécierai découvrir, de Dijon, une jeune demoiselle souhaite boire une « amentia » (liqueur odorante selon le descriptif de l’auteure), et elle la partage avec un homme aux allures chevaleresques et surannées, qui la rapproche aussi de songes passés (mais sont-ce vraiment des songes…) en ses ascensions de colline, ou en observation passée d’un tableau ; quand la demoiselle chavirera et tombera en pamoison, la différence entre le réel potentiellement vécu et l’appel aux rêves enfouis sera bien ténue…

La partie du roman appelée « La rose noire » m’a enchanté car elle m’a rappelé de manière insistante ma lecture d’adolescent marquante avec « L’écume des jours » de Boris Vian, où son héroïne, Chloé, dépérit si l’on ne lui affecte pas des fleurs qui lui sont nécessaires pour conserver ses instincts de vie.

Ici Camille sait que les choses en seront finies pour elle, le jour où la rose noire qui s’est infiltrée en son être ne fleurira plus.

Mais même si ses temps sont comptés, la force émotive et la poésie ciselée et délicate restent présentes pour apaiser les cœurs et donner relief à tous les instants que l’on doit déployer en profits.

Et l’on poursuit la lecture, bercé par Camille qui « accroche des confidences à un garçon comme on accrocherait des étoiles », par la compréhension de la véritable signification de la chouette de la cathédrale de Dijon, et par la mise en abyme de ce que l’on a de plus cher en pensées et souvenirs pour clôturer son passage, ici-bas, avec un vrai sentiment de plénitude.

Ce livre peut se lire au travers de plusieurs miroirs et s’interprète aussi avec de nombreuses intensités ; pour ce qui me concerne, il m’invite à continuer à rêver, à parler – comme je le fais – à haute voix, à mes chers disparus, par la force des esprits, et à conquérir des territoires différents, que je ne pourrais peut-être jamais approcher en mon réel parfois atrophié, mais que je pourrais toucher, en promenades, par la magie éphémère, mais si puissante, des mots et des images de ce livre et d’Isabelle.

Chère Isabelle, relisez « Songe pour une nuit d’été » du Grand William, vous vous approchez de son univers et je suis certain qu’il vous promènerait avec plaisir en son théâtre du Globe…

Éric

Blog Débredinages

Wuthering Ent

Isabelle Mutin

Les édictions Mutine

12€

L’étoile dans la poussière de Sylvain Dubois

Amie lectrice et Ami lecteur, j’ai déjà eu l’occasion de vous déclamer tout le bien que j’attache aux Éditions Mutine, sises à Cessey-sur-Tille, en Côte d’or, en Bourgogne.

J’avais lu, avec avidité et passion, Equipe de nuit, de mon amie auteure sociétale émérite, Anne-Catherine Blanc, et j’ai eu le vif plaisir de découvrir la plume inspirée, incisive, percutante, d’Isabelle Mutin, avec trois lectures successives,  qui m’ont amené aux nécessaires réflexions introspectives pour réfuter les petites lâchetés qui nous environnent, assumer nos différences, reconnaître nos fêlures et suivre le cap de nos engagements porteurs.

Très récemment, dans le cadre d’un salon d’éditeurs sur Dijon, j’ai eu le bonheur de rencontrer et de saluer Isabelle.

J’en ai aussi profité pour effectuer mon petit marché littéraire, en promenade de stands.

J’ai pu ainsi faire la connaissance de Sylvain Dubois, publié lui-aussi par les éditions Mutine, pour son premier roman.

Et j’ai lu le travail de Sylvain, en quelques heures qui me furent prenantes et enlevées, et je le remercie.

Doc Swindler ou Jack fut médecin.

Il arpentait Milwaukee pour diagnostiquer ses patients et leur procurer des soins avec attention.

Mais un jour il a tout largué.

Il a décidé de vivre une vie différente,  en suivant les camps des chercheurs d’or, des orpailleurs, en Californie, en leur vendant des fioles destinées à atténuer tous leurs maux physiques, qu’ils soient gastriques, capillaires, musculaires…

Il sait bien que ces fioles de couleur ne forment qu’une supercherie, mais il aime bonimenter, malgré quelques rebuffades, parfois, d’anciens clients, qui n’hésitent pas à l’affronter en combat direct.

L’argent qu’il gagne sert à lui donner du plaisir avec les filles de joie des institutions où il se rend en vieil habitué…

Il va et vient, de camp en camp, avec sa carriole et son vieux cheval, Cushy, fringant dans le passé et étalon reconnu, mais bien usé maintenant, qui espère qu’on le ménagera.

Jack, sur son chemin, croise un chariot à terre ; il sait qu’il a été victime d’une attaque d’Indiens, en ces territoires qui sont leurs et appropriés.

Une jeune fille, visiblement marquée par ce que sa famille a subi, qui en a réchappé par miracle, semble interdite, frappée de stupeur. Elle ne peut prononcer un mot !

Jack ne sait ce qu’il fera d’elle, mais à la fois par protection et forme d’élan solidaire, il la prend en charge ; elle partagera, dans la carriole, le chemin déterminé.

Ces réalités plantées, l’auteur réussit à mener une histoire acérée, avec des personnages aiguisés.

Il décrit des univers difficiles, rudes, rustres, sans concession et sans pitié, où pourtant résonne un possible espoir.

Vous rencontrerez Charlotte, tenancière autoritaire, sans fort scrupule, qui donne cependant un attachement à la jeune sans famille, en lui affectant Joséphine, fataliste sur son sort de prostituée, pétrie de douceurs, qui saura l’apaiser et lui ouvrir des portes insoupçonnées…

Vous croiserez à plusieurs moments, fugaces ou intenses, du roman, Lola Montez, dont la beauté et l’intrépidité, ont subjugué toutes les cours d’Europe, et notamment celle de Bavière, au XIXème siècle, qui semble veiller comme une bonne fée sur l’avenir de la jeune fille, Rebecca dite Becky, puisqu’elle peut s’exprimer (c’est ainsi que l’on finit par connaître son prénom) en notant des messages sur un petit carnet, idée de Jack, amplifiée par Lola, qui l’avertit de se méfier des hommes comme de rester indépendante.

Vous assisterez à des moments de supplice qui attiraient du Monde, qui visiblement égayaient les journées, sans vergogne, avec des immigrés Chinois que l’on pend par les cheveux, que l’on fouette pour tester leur volonté immuable de souffrir en silence, car » on ne méprise pas son bourreau, on l’ignore », comme l’a si bien dit Primo Levi.

Vous intégrerez aussi que les voleurs pris sur le vif n’attendent pas que l’on les transporte en justice : la loi du talion, avec les châtiments corporels, fait office de punition reconnue.  Et quand un Mexicain, qui revient sur ses terres pour venger les siens, finira par être arrêté, il sait que sa fin de vie sera un concentré d’atrocités.

Vous saluerez des chercheurs d’or qui serpentent la rivière, sans relâche, pour des résultats bien médiocres, mais qui ne peuvent revenir sur leurs engagements, car « l’honneur prime sur la reconnaissance des erreurs », comme disait Mark Twain, réalité souvent reconnue toujours et partout.

Vous découvrirez aussi que des exilés Français de l’Empire de Napoléon III ont suivi les traces de cette ruée vers la richesse du métal jaune.

Ce livre se lit avec la narration directe oscillante de Jack, Becky, Joséphine, du cheval Cushy, qui constitue un personnage majeur du roman.

J’ai apprécié fortement cette virevolte, qui n’est marquée par aucune ponctuation, ce qui renforce la profondeur et l’avancée du récit,  ce qui structure des réflexions, des états d’âme, des variétés d’analyse, qui  donnent vigueur au roman, car il n’y a d’enrichissement que par les différences !

Suivez mes pas en cette promenade impitoyable, en l’Amérique des chercheurs d’or, où des villes se créent pour repérer les éventuels filons, où les hommes se donnent à la tâche sans répit, où ils soulagent leurs plaies dans la débauche du lucre et de l’alcool, où les tenancières savent que leur commerce de chair nécessite en permanence la soumission des employées, où les rencontres avec les Indiens ne côtoieront que violence et mort…

Par delà la cruauté vécue, il est possible de tendre vers la reconquête, par la présence de douceurs humaines chez Joséphine ou Becky, ou par la succession de paysages et environnements propices à la contemplation.

Merci Sylvain pour ce premier roman réussi, fort, marquant et réflexif, prometteur d’autres inspirations à venir !

Éric

Blog Débredinages

 

L’étoile dans la poussière

Sylvain Dubois

Les Éditions Mutine

18€

Photos de Sylvain Dubois et d’Isabelle Mutin au salon des éditeurs de Dijon, copyright personnel

Saint-Yves de Robert-Louis Stevenson

 

Ce roman fut inachevé par mon maître conteur ; il est décédé en 1894, à seulement 44 ans, aux Samoa, sans avoir pu le terminer. Il sera clôturé par Arthur Quiller-Couch, critique littéraire et écrivain lui-même, reconnu surtout pour ses grandes capacités de rameur nautique (il n’y a rien de plus sérieux que l’aviron en Grande-Bretagne, surtout pour un intellectuel) et pour ses rôles de mentor de Daphné du Maurier et d’ami, à l’identique de Stevenson, de J.M Barrie, le créateur de Peter Pan.

Stevenson voulait revenir au roman d’aventures avec ses tensions amoureuses, ses péripéties, ses situations souvent rocambolesques, son suspense, son humour, et avec ses narrations historiques jalonnées de nombreuses précisions factuelles.

Il y parvient, avec brio, et ce livre vaut autant le détour que la relecture d’œuvres affirmées comme l’Ile au Trésor ou Dr Jekyll et Mr Hyde, beaucoup plus admirés et célébrés.

On suit les réalités trépidantes, virevoltantes de Saint-Yves, prisonnier de guerre, en Ecosse, de l’armée de Napoléon, juste avant sa première abdication.

Saint-Yves se morfond dans sa cellule, mais il a droit, car il s’exprime aisément en anglais et force des allures de gentilhomme, à des promenades de quasi-liberté en chemin de ronde, à recevoir des visites de personnes, gens de piété, pétris de sollicitudes, qui viennent le saluer, comme certains autres prisonniers, pour quérir un peu de réconfort.

La rencontre, dans ce contexte des visiteuses et visiteurs de prison, avec Flora, ne le laisse nullement indifférent, il en tombe amoureux platonique, vivant ainsi plus facilement sa réclusion forcée, imaginant un espoir de se sentir aussi attiré par celle qui l’a émerveillé.

Il reçoit, comme un coup du sort à multiples détentes, la visite d’un notaire qui lui précise qu’il hérite de la fortune d’un oncle, exilé en Angleterre, plutôt royaliste légitimiste, et qui n’a pas de descendance hormis deux neveux : l’un qu’il a entretenu en permanence et qu’il juge vil et sans aménité, l’autre qu’il ne connaît pas (Saint-Yves lui-même), dont les engagements lui sont contestés, mais qui sait qu’il fut juste lorsqu’il eut à combattre ou décider des suites d’affaires publiques.

Le notaire propose à Saint-Yves de profiter d’une tentative d’évasion, qui se forge, de la prison forteresse, pour venir récupérer son dû, avant le décès de son oncle, ce que notre héros a du mal à cerner car la bâtisse semble infranchissable et qu’il ne sait pas si son départ l’empêchera de pouvoir conquérir celle qu’il aime…

Sans vous résumer les intrigues, ce qui ne serait pas élégant de ma part, mais en vous brossant des moments fugaces,  pour vous suggérer de suivre mes pas en ma lecture, vous pourrez notamment :

  • vérifier que l’amour peut être plus fort que les traditions et pesanteurs, car Flora se sent en confiance, en élans de vie pleine d’imprévus et de fantaisie, en ses discussions avec Saint-Yves ; ce dernier associera toujours poésie et sensibilité pour que sa flamme soit reconnue comme honnête et inébranlable.
  • vous promener sur les traces des chemins des bouviers, dans les campagnes Écossaises, parsemés d’embuches et d’amitiés, de respect de la nature et de refus de toute forme de privilège, engagement récurrent de Stevenson, homme de liberté et vilipendeur de toute forme d’arbitraire.
  • vous retrouver dans la chambre d’un noble et tenter de comprendre que les héritages passés identifiaient des patriarches qui avaient droit exclusif sur l’avenir de leurs propriétés et qui pouvaient aiguiser ou contrarier toutes les réputations…
  • vous faufiler pour éviter les forces de police, souvent mal informées, qui semblent persuadées que Saint-Yves a commis un meurtre en prison – alors qu’il s’est battu en duel pour l’honneur de sa promise – ou assurées qu’il a donné un coup de gourdin sur le chemin des bouviers à un agresseur de ses amis de voyage obligé par volonté de le mettre à mal, alors que la légitime défense peut se comprendre…
  • vous balader en calèche, en diligence, en montgolfière, en bateau de remorquage, en navire, et vivre intensément toutes sortes de moments ébouriffants, où le sort apparaît contraire, où les menaces s’amplifient, où la possibilité de trouver une issue demeure quasi nulle.
  • transmettre des messages réguliers sur la nécessité de travailler pour le bien public, en désintéressement, pour la justice et l’intérêt général, pour la force des convictions des libertés au détriment de toutes les turpitudes et habitudes insupportables installées.

Stevenson se veut républicain et plaide pour un état de droit, avec justice indépendante ; il fustige les dogmes assis et même « rassis » de la Grand-Bretagne Victorienne qui ne s’affiche que pour les soutiens des bien nantis.

Sa volonté qu’un grognard se fasse la belle et échappe aux armées et polices de Sa Majesté, allant même jusqu’à l’amener à composer avec les diplomates Américains, s’affiche comme une vraie parabole francophile de l’auteur, sur sa préférence pour un pays sans couronne, respectueux et enrichi des diversités de tous ses habitants, sans forme de privilège d’aucune sorte. Il idéalise la France, certes, mais il nous invite aussi à l’introspection de nos valeurs.

Ce livre constitue un vrai bijou littéraire, au charme suranné d’une narration stylisée, parfois un brin ampoulée, mais qui permet de transcrire un récit poétique et charmeur, propre à toutes les narrations des récits d’aventures ou de romans picaresques.

Stevenson suit les pas de ses illustres inspirateurs, et parfois même il dépasse et transcende son maître Dickens, et il rejoint aisément les plus belles épopées de Jules Verne.

Mettez le cap pour un récit vigoureux, au rythme enlevé, et vous ne pourrez pas sortir du roman sans connaître son épilogue, emporté que vous serez par un flot continu de fougues.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Saint-Yves

Robert-Louis Stevenson, avec un appendice d’Arthur Quiller-Couch

Traduit de l’anglais (Ecosse) par Laurent Bury, avec une mention particulière pour son travail émérite, qui retrace fortement les langages de nombre de provinces et qui suit le phrasé incomparable poétisé du héros.

Tome III des œuvres complètes de Stevenson

Bibliothèque de la Pléiade

Veillées des îles – derniers romans

Nrf Gallimard

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je dois vous livrer une confidence assez peu reluisante.

J’enseigne, notamment – vous le savez – l’anglais, mais je n’avais encore jamais lu ce livre de référence avant qu’il ne me soit offert, en 2015, par ma très chère amie, auteure, Laurence Labbé, livre culte même de la littérature Américaine, au même titre que « L’attrape-cœur »  de J.D. Salinger.

En offrant à Laurence, le livre passionnant et tellement différent Shangrila, de Malcolm Knox, édité chez Asphalte, elle m’a immédiatement précisé que la lecture du livre lui donnait des réminiscences de La Conjuration des imbéciles, et comme je lui narrais que je n’avais jamais encore lu le livre, elle décida de me l’offrir, et ce fut l’une de mes lectures fortes et je le relis depuis très souvent.

Quel plus beau cadeau d’amitié que l’incitation à la découverte d’un livre phare relié par un enchevêtrement de nos lectures passées croisées !

Et ce livre m’a plongé en un univers fascinant entre douce folie, humour corrosif et dévastateur et surtout ode permanente à la différence comme à la nécessaire critique de toute réalité insupportée ou de tout poncif, pour en dénoncer les constructions.

L’auteur, né en 1937, s’est donné la mort à 32 ans, se considérant comme écrivain incompris, n’ayant pu être édité.  Sa Maman, dès 1969, ne voulant pas que sa mémoire puisse s’assimiler à celle d’un écrivain raté (perception rude que John Kennedy Toole avait douloureusement intégrée jusqu’à ne plus la supporter…) s’est démenée et a arpenté les universités jusqu’à la publication du roman, avec  l’appui de l’écrivain Walker Percy, et le livre obtint le prix Pulitzer, en 1981, à titre posthume.

Ignatius J. Reilly (héros au nom déjà détonnant et pas qu’en Anglais-Américain) arbore une casquette de chasseur avec une visière verte, car il craint les rhumes de cerveau, enfile un volumineux pantalon en tweed, porte une chemise de flanelle à carreaux et un cache-nez, tout cela coiffé par un regard « bleu et jaune ».

« La tenue était acceptable au regard de tous les critères théologiques et géométriques, aussi abstrus fussent-ils, et dénotait une riche vie intérieure ».

Avec une écriture de ce calibre, je suis aux anges !

Le livre va vous emmener en des directions insoupçonnées, délicieuses, décalées, difficiles, tendues, « barrées » et démonstratives des excès et des insuffisances de nos relations sociétales habituelles, qu’il ne faut pas localiser qu’aux États-Unis et en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, en particulier, où se déroule toute l’action du roman.

Ignatius vit toujours avec sa Mère qu’il attend souvent et il n’imagine pas, lui qui est déjà assez âgé et fortement diplômé (son Père décédé, et sa Mère surtout, se sont bien « saignés » pour lui permettre d’étudier), de se mettre à travailler, car cela ne lui correspond pas.

Il ne supporte pas l’autorité et répond, lorsqu’il est interpellé, par des phrases excessives, interminables mais tenaces où il cite fréquemment le vice du monde civilisé « avec ses antéchrists, ses onanistes, ses pornographes,.., dûment protégés par la prévarication et le trafic d’influence ».

Lorsque sa Mère émet la volonté d’évoquer à son fils une nécessité de rechercher un travail, Ignatius rappelle le cauchemar vécu lorsqu’il utilise un moyen de transport et ses contraintes d’estomacs, l’anneau pylorique du héros du roman devenant lui-même une référence inscrite du récit. D’ailleurs si vous utilisez un moteur de recherche et placez « anneau pylorique » en réflexion, vous arriverez automatiquement à la vie d’Ignatius Reilly…

Il mange souvent et beaucoup, avec exigence de qualité, et ne se prive pas de rabrouer sa Mère si elle n’applique pas les consignes d’achat des produits attendus.

Ignatius s’exprime toujours avec un vocabulaire riche, pédant même et il apprécie peu les conglomérats de communication de sa Mère ou de ses semblables qui arborent un langage entre argot et création libre, que le traducteur du livre, à qui je rends hommage, a remarquablement retracé avec un style direct, désarmant, mais d’une profondeur populaire attendrissante.

On va donc jouer au « bouligne » et non au « bowling » et je suis maintenant persuadé que «The  big Lebowski » est un hommage, clin d’œil, au roman de John Kennedy Toole.

Ignatius aime écrire sur des cahiers « Big Chief » des textes inspirés où il se rappelle les époques où « le monde Occidental avait joui de l’ordre  et où l’on se dédiait à l’âme et pas au commerce » et se trouve souvent « assez bon » et il perpétue le message « qu’aller au travail serait affronter l’ultime perversion ».

Il célèbre Roswitha, une nonne médiévale de Gandersheim qu’il est seul à connaître et à vénérer, ce qui le place en permanence en retrait de vie sociale, qu’il recherche peu du reste…

Il va souvent au cinéma et met en émoi la salle car il critique vertement ce qu’il visionne à haute voix et parfois avec violence.

Il souhaite créer une  sorte de club d’élévation intellectuelle et croit fermement à ses idéaux, mélange de révérence pour l’ordre et de refus de toute autorité qui ne soit fondée sur une conscience culturelle.

Le livre vous amènera à l’intérieur d’un bar glauque et louche appelé « Les Folles Nuits (tout un programme) » où l’on sert de la bière ou de l’alcool fort peu habituel, accoudé sur un zinc ou une table dont la saleté représente le seul semblant de confort, si j’ose dire. On y rencontre Darlene, gentille pauvrette, embauchée par une tenancière mercenaire calculatrice, Miss Lana Lee, qui essaie de proposer un numéro, pour le spectacle cabaret affligeant habituel, avec un cacatoès mais qui est surtout là pour forcer les maigres clients à boire des boissons frelatées…

On repère aussi un agent de police, Mancuso, souffre douleur de son commissariat d’attache et que l’on envoie enquêter dans les toilettes publiques, notamment, pour lui rappeler l’obéissance à l’autorité, qui se morfond, qui perd sa santé, mais qui tient plus que tout à conserver son uniforme.

La mère d’Ignatius transporte son grand fils dans une Plymouth 46 ; elle le conduit avec le talent inspiré de notre très chère bonne sœur dans la série des « Gendarmes De Funèssiens… ».

Elle commet un accident  de la route responsable et elle doit une forte somme d’argent, Ignatius lui interdit d’imaginer qu’il puisse participer aux dépenses courantes en travaillant, il lui propose au contraire des tas d’économie sur son fonctionnement de vie…

Mais Mme Reilly siffle la fin de la récréation et somme son fils de répondre enfin à une annonce pour participer à la vie du ménage.

Ignatius Reilly débarque un matin devant le siège des « Pantalons Levy » où le chef de bureau Gonzales tente de régner sur un environnement incertain et sur une production aléatoire et où une assistante Miss Trixie s’évertue à effectuer des taches sans intérêt en attendant une retraite qui ne vient pas car la femme du Patron exige qu’elle demeure employée « quoiqu’il arrive… ».

Ignatius est embauché, impressionnant fortement Gonzales « avec ses yeux incroyablement jaune et bleu avec leur fine résille de veines rosâtres, avec sa moustache enduite de vaseline et sa chemise blanche étroite que divisait une large cravate à fleurs… ».

L’auteur enfonce les codes des critères de recrutement habituels avec un sens de la satire féroce et décapant.

Ignatius,  lors d’un semblant d’entretien,  rappelle que « son anneau pylorique est soumis à des vicissitudes qui risquent de la contraindre à garder le lit souventes fois » ; il conteste le salaire alloué, mais/et…  le chef de bureau le recrute avec les honneurs…

On lui demande de classer des documents avec méthode et il opte pour le décisif et déterminé « classement vertical » et en réponse à une demande de correctifs de fabrication d’un partenaire commercial,  il n’hésite pas à écrire une lettre injurieuse rappelant que les Pantalons Levy récuseront « des réclamations fastidieuses » et que si une insistance survenait « le brûlure de notre fouet se sentira sur les pitoyables épaules » de l’associé…

Puis Ignatius, dont on rappelle que la « valeur travail »  ne sera jamais pour lui qu’une absence de valeur, est prié de quitter les Pantalons Levy en ayant contribué à une émeute chez les salariés de confection qu’il souhaitait transformer en nouveaux croisés.

Il atterrit chez Paradise Vendors SA,  marchands de hot-dog, où après avoir consommé force sandwiches, on lui demande, en échange, d’en vendre avec une carriole ambulante, costumé aux attraits de la société.

Vous vous délecterez des lettres qu’envoie Miss Myrna Minkoff, l’ancienne condisciple d’Ignatius à l’Université, à Ignatius lui-même ; elle reste persuadée que la vie recluse de son camarade provient d’une insuffisante de pratique et de découverte sexuelles alors qu’Ignatius place sa réelle chasteté comme une vertu cardinale, à laquelle il s’échappe parfois solitairement cependant…

Savourez ce roman admirable par sa tonalité, sa différence et sa capacité salvatrice à se moquer de tout, avec délicatesse et sans jugement, et où tout le monde en prend pour son grade, de la bourgeoisie aux prolétaires, de celui qui n’a pas fait d’étude à celui qui est sur-diplômé.

Chronique dédiée, avec mes remerciements, à Laurence Labbé qui a écrit récemment un livre admirable, inspiré pour partie de La Conjuration des imbéciles, Les allées du pardon, que vous devez lire impérativement !

 

Éric

Blog Débredinages

 

La Conjuration des imbéciles

John Kennedy Toole

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso, mention spéciale pour lui !

Éditions de poche 10/18

 

 

Catriona de Robert-Louis Stevenson

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je poursuis mes retours de lecture estivale des œuvres écrites en Pacifique Sud, en sa fin de vie, par Robert-Louis Stevenson.

N’oublions jamais que Stevenson était francophile, et lors de ma visite au centre littéraire d’Édimbourg, en 2013, consacré aux écrivains natifs Ecossais, la personne-ressource et érudite sur Stevenson que je rencontrais, avait insisté, sur ce point, en me rappelant à plusieurs reprises que Stevenson signait Robert-Louis et non Robert-Lewis.

Il faut croire aussi que Stevenson voulait, ainsi, faire un pied de nez à l’Angleterre Victorienne, puissance impériale et dominatrice, et à sa faconde récurrente pour damner toute velléité d’autonomie ou d’indépendance chez les Écossais.

Catriona est un roman Écossais, même s’il a été écrit aux Samoa, et il intègre de nombreuses communications en style direct, avec une traduction qui respecte les accents et « patois » des différents clans d’Ecosse, permettant ainsi à Stevenson de rappeler la richesse des peuples de la Calédonie historique, pétrie de diversités, mais aussi de luttes souvent fratricides qui n’ont qu’occasionné la mainmise Anglaise sur les territoires…

Catriona se veut la suite d’un roman de Stevenson, Enlevé, qui raconte les tensions et angoisses trépidantes, mais aussi les courages et volontés insondables de David Balfour, vendu comme esclave par son oncle, qui ne voulait pas qu’il réclame ses droits sur le domaine familial à la mort de ses parents, alors qu’il n’avait pas dix-huit ans.

David Balfour a été, si l’on peut dire, sauvé, par Alan Breck Stewart, dont la chaloupe avait été heurtée par le bateau d’esclaves, l’envoyant par le fond.

Alan avait pour mission secrète de récupérer des fonds de son clan, les Stewart d’Appin, dont le chef était exilé en France (la France a toujours appuyé l’Ecosse face à l’Angleterre et Stevenson en a raffermi sa francophilie…).

Mais les esclavagistes, au bateau endommagé par les heurs avec la chaloupe, pouvant continuer à naviguer, avaient eu vent qu’Alan avait de l’or et avaient décidé de l’assassiner.

David prévint à temps Alan et se rangea de son côté.

Le capitaine du bateau esclavagiste avait proposé à Alan de le débarquer sur une côte à proximité des territoires d’Appin, mais en se rapprochant de la terre le bateau heurta un récif et sombra.

David put rejoindre à la nage le secteur de Mull, où Alan l’avait précédé, et ils devaient se retrouver chez l’un des parents d’Alan, James Stewart des Glens.

Sur sa route David croise Glenure, un agent du roi, qui avait pour objectif d’expulser les résidents qui occupaient les terres confisquées du clan d’Alan.

Glenure fut assassiné par un coup de feu tiré d’un bois ; David prit la fuite, d’abord pour rechercher l’auteur du méfait, puis fut rejoint par Alan.

Les coupables repérés du forfait étaient donc James Stewart des Glens, Alan et David, ces deux derniers ayant démontré leurs potentiels aveux par le fait d’avoir disparu et en « ayant accepté » d’être fugitifs…

Une récompense fut promise à qui arrêterait le trio.

David finit par rencontrer un notaire qui le rétablit dans ses droits patrimoniaux, et prit fait et cause pour lui, assuré de son innocence.

David aida Alan à quitter l’Ecosse mais voulait témoigner de l’innocence de James Stewart des Glens, qui fut arrêté et mis en prison, pour son procès, et lui éviter la peine capitale promise.

David désirait rencontrer le Procureur du roi, Prestongrange, pour lui évoquer son témoignage.

En chemin il croise une très belle jeune fille, digne et forte, qui allait rendre visite à son père emprisonné, don le nom de clan était proscrit depuis des lustres.

La jeune fille souhaite acheter du tabac pour son père mais n’a pas pris d’argent ; David insiste pour lui venir en aide, et ainsi pouvoir avoir le plaisir de la revoir, puisque cette jeune fille ne souffrirait pas de posséder même une petite dette…

David est subjugué par sa beauté et la retient en ses yeux, et il ne peut plus s’en détacher.

Le canevas du livre se repère défini ainsi, avec de multiples aventures qui vont s’enchevêtrer, organisant ce roman à tiroirs, avec plusieurs épisodes mariant le suspense, la tension, l’humeur et l’humour, et la galanterie amoureuse ou romanesque, avec un charme un brin suranné, mais très poétisé :

  • Prestongrange est vite convaincu par le témoignage de David, mais il lui demande de considérer que la raison d’Etat, qui doit décider de la mort d’un homme de clan hostile au roi, ne peut être contestée, et qu’entre la justice et la puissance, l’autorité aura toujours avantage…
  • Les filles de Prestongrange deviennent les confidentes de David, qui s’essaie à plusieurs reprises, à plaider pour la reconnaissance de l’innocence de Stewart et l’une d’entre elles, qu’il va accompagner en promenades récurrentes, lui donnera des conseils pour que sa flamme pour Catriona soit partagée, tout en espérant que David lui témoigne toujours une amitié réelle et solide.
  • David sait qu’il est suivi par les agents du roi ; il est même provoqué en duel au moment où ses racines et clans sont insultés, alors qu’il ne sait pas escrimer, mais comme il est tombé sur un gentilhomme qui refuse un combat inégal, il s’en tire avec de simples contusions…
  • Il est clair pour les officiels que David ne réfutera jamais sa volonté de témoigner en faveur de Stewart à son procès, alors il s’agit de le faire taire, de le mettre en sécurité sur une île aux quatre vents, où seuls les fous de Bassan prennent repos, en attendant que le procès passe…
  • David finit par échapper à ses geôliers, traverse la mer dans des conditions épiques et arrivera au procès en son dernier jour…
  • Catriona doit embarquer pour la Hollande, David l’accompagne, car il pourra à la fois pourvoir aux intérêts du clan d’Alan, avec ses liens avec la France, et aider Catriona en sa volonté de défendre les idéaux de ses familles, même si elle est consciente que son père, emprisonné, a pu les trahir pour recouvrer sa liberté récente…
  • David sauve Catriona de la déchéance, car il est imaginé qu’elle continue un voyage sans le sou et sans repère ; il la prend sous sa protection et ils occupent deux chambres contiguës, alors que David s’inscrit à l’université et que Catriona devient sa dame de compagnie et de promenade, David lui apportant confort, gîte et couvert, en une réalité platonique qui met à mal les sens des deux jeunes…
  • Le retour du père de Catriona se livrant à une sorte de chantage avec David, entre son appui financier direct et le fait de livrer publiquement qu’il aurait déshonoré sa fille, entraîne de vives péripéties et l’obligation pour David, en retrouvant Alan, de sauver sa réputation, de faire reconnaître la dignité de Catriona, de lutter pour la sauvegarde des clans des Highlands, quand le père de Catriona voudra livrer David et Alan aux autorités anglaises…

Ce livre se lit comme un roman d’aventures picaresque et – si l’on peut parfois le trouver un peu apprêté et aux poncifs sur l’orgueil, l’honneur et le devoir, un peu trop marqués  – il nous faut se rappeler qu’il se place avec une histoire romancée du XVIIIème siècle, où les formes maniérées avaient une importance majeure dans les relations humaines. Ceci dit je plaide toujours pour le respect et l’élégance des formes, en permanence.

Ce livre parle de justice, avec sa confiscation par les puissants et les autorités qui font fi des respects de la défense ou du contradictoire ; ce livre parle d’amour et plaide, avec force, pour l’indépendance des sentiments et le consentement éclairé du promis ou de le promise ; ce livre parle du droit des peuples et des populations à disposer d’eux-mêmes pour réfuter les dominations ou les obscurantismes.

Clairement ce livre s’affiche avec une forte modernité, car les combats pour la justice, le libre arbitre et le refus de soumission demeurent totalement actuels, ici et ailleurs !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Catriona

Robert-Louis Stevenson

Traduction par Marc Porée

Veillées des îles – Derniers romans – Œuvres III – Bibliothèque de la Pléiade – Nrf Gallimard

« To travel hopefully is a better thing than to arrive ! » ; Stevenson (Virginibus Puerisque, 1881), citation de référence pour moi !

Photo de Stevenson, bedetheque copyright

Ile de Mull, chère à Stevenson, et évoquée dans Catriona, photo, copyright Télérama

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