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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Romans

La nature exposée d’Erri De Luca

Quel bel opus poétique, apaisant, positif et humaniste, que je vous invite à savourer à satiété !

J’étais rentré dans l’univers de cet auteur par Montedidio, roman ébouriffant sur Naples et sur les relations tissées et enfouies en les profondeurs de la Grande Histoire et des petites (souvent méchantes) histoires qui jalonnent les tensions entre familles et voisinages.

J’ai retrouvé la ferveur talentueuse de l’auteur, à la fois conteur et passeur de mots et surtout vigie sans égale pour prôner l’entraide, la solidarité, la compréhension de l’autre et l’acceptation permanente des différences pour mieux s’enrichir, en ce roman pénétrant.

On sait qu’Erri De Luca est engagé pour la cause écologiste et pour le maintien d’une agriculture paysanne et qu’il a dû payer, par voie judiciaire de sa volonté de clamer haut et fort ses valeurs et convictions.

En ce roman court, lumineux, magistral, écrit avec un flamboiement percutant, il décrit l’univers d’un homme, passionné de montagnes et de promenades en forêt en nord d’Italie, qui, par solidarité affirmée du lien social, se positionne comme passeur de clandestins.

Sculpteur de son état, il décide de quitter son territoire avant d’être potentiellement inquiété par les autorités… et il trouve, en bord de mer, une petite église au sein duquel le prêtre recherche un artiste capable de restaurer une croix de marbre, avec un Christ vêtu d’un pagne, semblant cacher une nudité virginale lors de la conception de l’œuvre.

S’enchevêtre en ce roman à tiroirs un foisonnement de beautés offertes :

  • La force de la mer associée à la profondeur de la forêt
  • La limite de l’homme dénudé face à la pression de celles et ceux qui jugent, nudité s’entendant comme innocence en son acception large
  • La dynamique de l’artiste face à la critique de la bien-pensance
  • La volonté de la conviction face au jugement de valeur
  • L’amour charnel face à la nécessité de garder la tête froide rationnelle pour mener une vie passionnelle construite sur la durée ; la rencontre entre une responsable de maison d’hôtes et notre héros est racontée avec un romantisme exaltant et une tonalité exceptionnelle
  • Le dialogue entre le sculpteur profane et le prêtre exaltant le sacré, mais qui se retrouvent en des échanges d’harmonie, de félicité, d’écoute et de partage
  • La nécessité de réfuter toute forme d’obscurantisme face aux doctrines assénées
  • La volonté de faire corps et cœur avec les forces humanistes contre l’absence de compassion ou d’empathie

Lisez ce livre, il est beau, il est profond, il fait du bien, il apporte, il construit et il ouvre les esprits !

Une merveille de synthèse pour déclamer l’essentiel en notre monde troublé et incertain.

Mon coup de cœur, que je dédie à ma sœur, qui m’a offert ce livre.

Eric

Blog Débredinages

 

Erri De Luca

La nature exposée

Du monde entier – Gallimard

Traduit magistralement de l’italien par Danièle Valin

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Comment j’ai réussi à attraper la lune de Laurence Labbé

Laurence Labbé est mon amie, ma très chère amie.

Laurence Labbé est – avant tout – une auteure inspirée, toujours soucieuse de présenter un univers où s’interpénètrent des personnages aux fêlures attachantes mais dévorantes pour leurs intimités et qui parle de la vie quotidienne, dans ses flamboiements, comme dans ses limites, en développant des tirades réfléchies pour une acceptation des différences et une ouverture permanente en altérité.

J’aime lire Laurence ; cette chronique ne reposera que sur mon humble analyse de lecture, qui ne peut être repérée comme manquant d’objectivité par mon affection amicale pour l’auteure, car le principe de l’amitié qui nous unit vise à nous dire les choses en direct, sans fioriture, en respect et en transparence permanente.

Une jeune femme perd le sens de son identité, ne repère plus qui elle est, ne sait plus ce qui la caractérise. En ne se souvenant plus de son code de carte bleue, elle comprend qu’elle ne se cerne plus, qu’elle n’a plus les réflexes de base sur ce qui nous sous-tend : le libre arbitre, l’émancipation des choix et la volonté de construire.

Sa rencontre avec Théo, en un parc dédié à l’artistique et à la poésie, lui permettra de sortir d’une impasse certaine, pour au moins assurer sa protection minimale de proximité, d’autant plus que la jeune femme est souvent reconnue dans la rue, qu’on la déconsidère en précisant que ses dires, faits ou gestes vus et apparemment publics, ne conviennent pas du tout et qu’ils ont été jaugés et jugés provocants…

Elle perd la trace de Théo, qui s’envole alors qu’elle s’attachait à lui, et elle va vivre plusieurs expériences avec des personnes de rencontre fortuite ou de hasard qui lui permettront de se positionner pour un temps, mais sans pouvoir donner réponse à sa quête de vérité sur son identité, car elle ne sait plus comment avancer, comment imaginer sa prise en main sur sa réalité quotidienne.

Elle retrouve, par la force des esprits et un effet de chance, raconté avec beaucoup de pudeur, de délicatesse et de force émotive, par l’auteure, Théo, en un village du sud où sévit sa mère compliquée et égocentrée et elle est prise en main par le jeune homme, qui désire lui permettre une nouvelle ouverture de sens et lui donner gage pour un nouvel élan dans la reconquête de sa personnalité.

Parallèlement un jeune enfant, dont le père semble avoir disparu, pleure et crie de manière déchirante et récurrente, procurant à Théo crises d’angoisse et peurs paniques, le rappelant certainement à des vécus difficiles plus ou moins enfouis…

Le jeune enfant veut décrocher la lune pour retrouver la trace de son Papa idéalisé comme un découvreur aventurier, avide d’espaces et potentiel navigateur dans les océans…

Lisa, amie et connaissance de Théo, attentive et intuitive, aidée aussi de deux personnes plus âgées qui s’aiment tendrement et vivent aussi de l’acceptation de leurs limites qui se développent sans leur donner plus d’impact qu’elles ne méritent, va relever le défi qu’elle a défini avec le jeune enfant, en lui fabriquant un objet adapté qui lui permettra de prendre confiance en ses retrouvailles avec son Papa et ainsi de sentir plus apaisé et serein, et surtout rassuré de ne pas être oublié…

Ce livre est admirablement structuré et repose sur la vertu rare d’une prose limpide, pure, toujours exigeante dans sa stylistique et je vous recommande de vous immerger en sa profondeur, à plusieurs titres :

  • Il évoque une parabole avec nos proches qui perdent temporairement leurs facultés ou qui repèrent que leur personnalité commence à s’égarer et qu’elle ne se cerne plus… On pense bien évidemment à la maladie d’Alzheimer… Plus profondément encore ce livre démontre que toute personne qui ne s’identifie plus mérite cependant une écoute attentive et une considération plutôt que de la cantonner dans les sphères de celles et ceux qui doivent se mettre en marge, du fait de leur différence ou de leur potentielle asocialité
  • Il démontre que l’amour doit sans cesse faire progresser la relation à l’autre et qu’il doit s’accompagner d’un respect inébranlable ; cette progression dans l’altérité doit permettre d’accepter l’autre dans ses limites et ses insuffisances (ce qui ne veut pas dire que la critique ne doit pas être vivace dans la communion de vie) et surtout d’accepter un enrichissement par les différences tonique et volontariste
  • Il rend hommage à l’imaginaire de l’enfance, toujours nécessaire à faire vivre et revivre, qui développe des conquêtes permanentes, car il n’y a rien de plus palpitant que le plaisir délicieux de recréer les univers, au bénéfice d’une écoute indéfectible et prolifique d’un enfant acteur, qui se joint à vos dynamiques ou qui vous promène en les siennes
  • Il n’hésite pas à donner de la controverse forte et fougueuse face aux faux semblants et aux petites lâchetés, surtout face à celles et ceux qui croient lire et qui consomment de la «tiédeur » que l’on ne peut appeler littérature… Quelques assaisonnements sarcastiques inspirés s’affichent à critiquer un certain Lémusso (sic !) et permettent de remettre les pendules à l’heure comme de déclamer que le talent se décline par notre capacité à être ému par la réflexion de détenir – en nos lectures – quelques clefs pour un mieux-être collectif et porteur et non pour un pseudo divertissement qui a le mérite de contenter quelques-uns (peut-être) mais qui débouche souvent sur une vision réductrice et non sublimée de la force culturelle…

Laurence sait allier la capacité à raconter une histoire, à donner sens à des personnages originaux et porteurs de différences et surtout à démontrer que toute relation ne sera vouée qu’à l’échec ou à l’absence de pertinence si l’on ne recherche pas à développer des passerelles, et non des barrières, et si l’on ne plaide pas pour une concorde ouverte et un dialogue permanent, porteur de sens, de respiration et de construction.

Laurence, je te remercie et je t’adresse toutes mes affections.

 

Éric

 

Blog Débredinages

 

Comment j’ai réussi à attraper la lune 

Laurence Labbé

Connaissance des œuvres complètes de l’auteure et achat de ses livres, notamment sur son site http://www.laurencelabbelivres.com et par le biais d’Amazon Fulfillment

 

Photo de Laurence Labbé, auteure.

Brooklyn Paradis – Saisons 1 et 2 de Chris Simon

Grâce soit rendue à mon Amie, auteure, Laurence Labbé, pour m’avoir fait rencontrer Chris Simon, au dernier salon du Livre de Paris – Livre Paris 2018 – et ainsi m’avoir permis de pénétrer l’univers différent et passionnel de l’auteure.

Laurence m’a présenté à Chris en évoquant « mes humbles chroniques déjantées » et « ce plaisir investi du décalage, en mes lectures » et Chris m’a déclamé – tout de go – que la lire me permettrait aisément de perpétuer mon goût pour l’humour corrosif…

J’ai donc acquis la collection complète de Brooklyn Paradis (trois saisons à ce jour et une en préparation) et je me permets de vous donner, Amie Lectrice et Ami Lecteur, un retour sur les deux premiers opus, que j’ai lus avec un plaisir intense, car le sens de la narration de l’auteure, avec la juxtaposition de personnages entiers, directs et totalement baignés dans des caractères fonceurs, comme sa volonté acérée de présenter des situations décapantes m’ont totalement convaincu et m’ont inspiré à suivre les pas de ses œuvres complètes.

Pour la saison 1, Michaël conduit un fourgon sur une longue distance et il a pris en équipage, pour la première fois, Dan, qui se trouvait sans boulot et qui considère que cette nouvelle expérience, plutôt bien payée potentiellement, pourra lui permettre de donner une vie plus aisée, à lui, son épouse et les siens, en remerciant son panthéon de religion juive pour avoir réussi cette reconversion.

Quand Michaël laissera un canapé sur le bord d’un trottoir, en demandant à Dan d’en assurer la responsabilité de surveillance, le temps que Michaël gère un contact, en plein embouteillage, les choses vont s’emballer…

Courtney Burden, paysagiste et décoratrice en devenir, qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses enfants, et surtout pour donner sens à son ascension sociale, avec un mari aimant et nervi de Wall Street, ne peut vivre sans une compulsion addictive et frénétique pour dénicher et récupérer toutes sortes d’objet, entraînant un entassement permanent de choses hétéroclites en son garage, comme en les accès de sécurité de sa « brownstone , au grand dam d’Harlan, l’homme couteau-suisse et multi ressources de la maisonnée.

Lorsqu’elle récupère le canapé, avec l’aide de transsexuels s’adonnant à la prostitution, au moment où Dan prenait un plaisir que la religion (juive ou pas) ne lui proposerait pas en première réflexion…, un enchaînement de faisceaux incertains va faire éclater toutes les certitudes.

Le canapé, si passionnant en qualité cuir et en design, pour Courtney, ne se positionne pas comme objet meuble pour ses transporteurs, car il renferme plusieurs kilos de drogue et ne pas le retrouver place Michaël, mais aussi Dan, qui découvre la réalité effective de son emploi…, dans une situation plus que périlleuse avec son commanditaire, peu porté sur la compréhension et la discussion ouverte…

Quand Special K, du nom céréalier du chat de la maison, fera ses griffes sur ce canapé, alors que Sawyer, le jeune enfant de la maison cherche à lui attraper la queue, de la poudre tombe ! Et Sawyer la goûte, entraînant son hospitalisation aux urgences, un message clair du médecin et de la police à la mère de famille Courtney, qui en conclut que la nounou se repère comme toxicomane et qui la licencie donc sur le champ…

L’adolescent de la maison, Cameron, trouve en cette possibilité de récupération de poudre, les moyens de se placer sur les traces de la richesse de son paternel, d’épater ses potes et les filles, de se faire du fric aisément et de devenir un jeune homme respecté, en dealer chic de quartier.

Mais quand il sera repéré par les barons de la drogue locale, eux-mêmes en tension pour la préservation de leur territoire, les choses vont se déplacer sur un terrain beaucoup plus tendu et inquiétant, d’autant que Jason, l’ami de Cameron associe drogue (dont il devient habitué, avec de la livraison facilement accessible, via Cameron) et strangulation visant à exacerber sa libido et une masturbation dynamisante, et qu’il se met fortement en danger.

Lorsque les récupérateurs du canapé se transformeront en pompiers et que l’immeuble des Burden deviendra un enjeu de combat des dealers, seule l’arrivée de la police entraînera un retrait momentané des tensions et l’assurance que la famille Burden apparemment irréprochable et installée, cacherait bien son jeu et ses appétences pour le « hors légal » pour les enquêteurs.

La saison 2 contribue à la nécessité pour Cameron de calibrer ses ventes de drogue, car il n’est plus potentiellement en autogestion et en libéralité, il dépend de Sam Lee Ming, à qui le canapé était destiné, et qui considère que Cameron a inscrit une dette incrustée en son commerce et qu’il ne peut effacer que par une activation de son entregent et le fait de récupérer tous les contenants du canapé.

Cameron ne s’en offusquerait qu’à peine, assez inconscient du danger et certain de son avenir tracé pour être respecté, se faire un nom, gagner de l’argent et devenir le meilleur en son domaine.

Courtney est appréciée de sa clientèle et exprime ses talents de compositrice d’espaces, même si elle ressent qu’elle ne sera pas forcément prise au sérieux par son mari dont le métier l’accapare et qui associe le travail de sa femme à une sorte de hobby, par ses enfants pour lesquels elle reste un objet central de tendresse ou d’incompréhension face à la boulimie de récupération d’objets… et par ses employés de maison qui cerneraient son fonctionnement comme on observe une bourgeoise de goût contestable, assise sur un lit d’or et qui ne regarde le monde que par ses seules œillères.

S’enchevêtrent et s’interpénètrent avec brio plusieurs situations pittoresques, décalées, pétries d’humour et décapantes :

  • Un jeune adolescent qui ne vit plus que par la volonté de dominer les autres et de se construire un empire financier, sans repérage des frontières de l’illégal ou du mal !
  • Une mère de famille qui veut tout à la fois : une vie confortable, assouvir ses envies de posséder, un amour de mari qui la contente en tous points et notamment en intimité, de beaux enfants et des employés à sa disposition et qui n’imagine pas un instant que le factice se renferme dans sa réalité, alors qu’elle ne comprend nullement que les retours critiques qui lui arrivent devraient lui permettre introspection et humilité…
  • Des employés de maison immigrés, à la fois inféodés à leur patronne, mais capables de dire leur ressenti et pour lesquels les visites policières ou d’enquêteurs troublent leur volonté apaisée et le fait de rester en discrétion.
  • Des dealers peu fringants, et aux muscles qui sortent uniquement avec des accompagnements armés, mais qui font la loi et qui bousculent un quartier qui se sentait à l’abri !

L’auteure sait dynamiter les assurances, ne jamais laisser en paix les certitudes et elle donne – au travers de portraits ciselés avec précision et entrain – des messages clairs pour que le libre arbitre, l’émancipation personnelle passent d’abord par la maîtrise d’un destin assumé, d’une vie définie et non bercée de faux semblants ou d’apparences ; en ce sens la Maman de Courtney qui vit d’abord pour sa réalité artistique et qui n’apprécie pas d’être dérangée, même pour garder un petit-fils…, montre le chemin vers une liberté libre Rimbaldienne, tournée vers le sens du bonheur, à conquérir, par la conviction de ne rien devoir à personne.

Merci Chris pour ces flamboyances et ces inspirations et au plaisir de découvrir les saisons 3 (je la lis en ce moment) et 4, à venir.

Merci Chris pour ces partages et notre rencontre qui en promet d’autres.

Merci Laurence pour ton entremise et ton amitié vive qui m’apporte tant !

Éric

Blog Débredinages

Brooklyn Paradis

Saisons 1 et 2

Chris Simon

12€ le volume de chaque saison ; distribution numérique (Kindle, Kobo, Fnac, iBooks, Store and Nook) et papier (Amazon, Barnes and Noble et chrisimon.com)

Aller sur le site www.chrisimon.com et enlivrez vous !

En photos, de gauche à droite : Laurence Labbé, Chris Simon et votre serviteur !

Microfilm d’Emmanuel Villin

Quand le talent du conteur s’associe à l’originalité narrative comme à l’analyse sociétale, nous nous approchons du plaisir inhérent au coup de cœur littéraire, à célébrer et proclamer, sans réserve !

Sans flagornerie hasardeuse qui ne se placera jamais en l’inspirante et dynamisante maison d’édition Asphalte et sans éloge par trop contempteur de l’auteur, je tiens cependant, en cette humble chronique, à dire pourquoi j’ai fortement aimé le livre et pourquoi vous ne pouvez passer à côté de ce moment rare que vous vivrez, en vous y plongeant, car vous vibrerez en des séquences qui mêleront et associeront émotion, décalage, sens de l’absurde, mais aussi réflexions aiguisées sur nos réalités rudes contemporaines.

J’ai retrouvé, en ce livre, la saveur de Ionesco dans la Leçon et ses multiples rappels « comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence… » et de Rhinocéros où l’implacable inconséquence de ce qui est vécu ne peut être contrariée, même si ce qui se passe apparaît sans repère ni cohérence…

Un figurant cinéphile averti et en connaissance appuyée sur la genèse des films et sur leur analyse inventoriée, tente de survivre, entre castings plus ou moins opérants et sollicitations de Pôle Emploi l’incitant à ouvrir son profil de recherche…

Il répond à une annonce, que son Conseiller l’incite à analyser, et trouve presque surprenant que l’on cherche à le contacter aussi rapidement et directement.

Il se présente en une « Fondation pour la paix continentale » située Place Vendôme, peu évidente à repérer, pas forcément accessible au regard, pourtant en un des lieux les plus voyeurs de la Capitale, et se voit engagé, quasi immédiatement, avec pour missions de microfilmer des documents ou d’analyser des dossiers et pièces microfilmés, mais sans appareil de visionnage encore présent, ni disponible…

En attendant que sa mission première prenne forme concrète, on lui demande de compulser une sorte d’encyclopédie explicative de la Fondation et d’en tirer quelques éléments visant à en faire ressortir des axes de communication exploitables pour des publications.

Ces éléments communiqués, le relief inhérent à ce livre étonnant et fort apparaît sur plusieurs strates, en évocation des personnages :

  • Nadège, la secrétaire de la Fondation, avenante et accompagnante de notre personnage principal, pourra apparaître sous un jour différent en d’autres situations… « Aménité un jour, déshumanité toujours … », disait le regretté Desproges…
  • Celle que l’on peut appeler référente « ressources humaines », Lydie Soucy, se positionne avec une communication retenue, mais qui vogue de l’indifférence au cinglant, et qui magnifie au plus haut moins la densité du travail qui l’attend et par délégation la haute responsabilité qu’elle s’imagine développer…
  • Le directeur de la Fondation, qui n’en est pas le Président, – ce que Lydie Soucy répète à foison, marquant par là-même son attachement à l’autorité suprême et pas à se laisser conter par d’autres moins en référence… – semble errer sans mission définie et pourtant il semble se sentir indispensable, derrière des paravents de fumée de cigare…

Quand un spécialiste du juridique recruté avec verve, passionné aussi de cinéma et échangeant des connaissances avec notre personnage principal, se trouvera vilipendé et même mis en retrait de manière tout à fait insupportable par Lydie Soucy et Nadège… et que notre personnage principal, voulant prendre de ses nouvelles, apprendra avec stupeur ce qu’il est advenu de lui, la perception de la Fondation deviendra, pour lui, bien plus périlleuse…

Et un déplacement à Lisbonne pour remettre des feuillets de dépliants et en une rencontre qui laisse planer tous les doutes potentiels sur l’existence possible, en la Fondation, du secret diplomatique ou des missions discrètes, notre personnage principal errera à la recherche de son Patron, pour finir par revenir sur Paris, sans savoir pourquoi il avait fait le déplacement, ces contraintes ressenties deviendront plus majeures…

Il faut lire ce livre comme une ode à notre vécu d’incommunicabilité, où l’on croise des collègues sans se soucier s’ils vont bien ou pas, où l’on est capable de côtoyer quelqu’un mais ne plus s’intéresser à ce qu’il devient, surtout s’il disparaît de la circulation du jour au lendemain, où l’individualisme prend le pas sur le collégial et où l’indifférence et la déférence règnent en parfaite harmonie, sans approche d’un minimum d’ancrage solidaire…

Il faut lire ce livre comme une oraison à l’absurde, car l’on sait bien que le rationnel n’est pas ce qui guide le plus nos actions et donc que l’inconséquence peut se placer en notre quotidien…

Notre héros peut parfois considérer qu’une journée de travail sans mission s’entend et s’organise, que l’absence de mission définie ne se conditionne pas comme une impasse impossible à gérer…

Mais le livre invite surtout à la réflexion sur la condition au travail de celui ou de celle qui sans repérage de ce qu’il a à faire, sans prise en charge collective de son domaine d’activité, peut facilement tomber dans le désarroi, le doute, le déchirement, le stress et donc la dépression…

Il faut lire ce livre si l’on veut reconnaître la cohérence des lignes de métro Parisiennes, dans leur défilé en litanie, si l’on veut arpenter les cimetières comme un nécrosophe (philosophe de la nécrologie, comme le déjanté Bertrand Beyern, que j’admire, et que j’ai rencontré un jour au Père Lachaise, en 1999) et si l’on veut revoir des films d’auteur de référence, car l’auteur parsème à satiété des messages clairs sur des rappels de séquences qui nous invitent à la projection. J’ai même fait ma liste de DVD pour un prochain anniversaire qui arrive…

Il faut lire ce livre en se disant qu’il ne faut jamais, même sous prétexte de rémunération correcte et de possible sécurité d’employabilité (ce qui représente tout de même un luxe investi pour un figurant) accepter ce que l’on nous présente, sans être capable d’en cerner la signification, l’utilité, la fiabilité et surtout la reconnaissance humaine qui s’attache à celle ou celui à qui l’on confie une tâche. Restons humains et en aménité et détestons la déshumanité !

Merci à Emmanuel Villin pour son style aéré, incisif, poétique, pétri d’humeurs et qui se savoure comme une ode à la fraternité, en prenant un Communard en un Bouchon Lyonnais.

Emmanuel, venez sur Lyon, on flânera et on « bouchonnera » !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Microfilm

Emmanuel Villin

Asphalte Éditions

16€

D’exil et de chair d’Anne-Catherine Blanc

Parler et écrire sur l’indicible ou sur l’enfoui ne représente jamais une chose aisée. On peut facilement tomber dans la mièvrerie ou dans la litanie des bons sentiments de celles et ceux qui se morfondent en se désolant des réalités ambiantes… mais qui n’agiront jamais pour que les choses puissent changer en mieux…

Pour Anne-Catherine Blanc cette gageure se repère plus qu’atteinte puisqu’elle réussit à exprimer le réel le plus rude en témoignant une empathie permanente pour ses personnages tout en clamant la volonté d’un regard positif, précis, qui se transformerait si ce n’est en compassion, tout du moins en accompagnement solidaire.

Elle ouvre ce regard nécessaire vers celles et ceux qui ont quitté leurs terres du fait de la guerre, des souffrances, des manques de reconnaissance, des réalités économiques insupportables et qui ne peuvent jamais être perçus comme des citoyens du Monde, mais simplement comme des gens d’ailleurs, que l’on croise ou que l’on dénigre, mais que l’on ne rencontre pas vraiment pour les découvrir…

Brassens chantait « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part » avec raison puisque comme le dit son disciple Maxime Le Forestier « on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher… »…

Il reste que l’appartenance à un territoire fermé se place comme une réalité assez ancrée et si personne ne considèrera que l’on ne puisse pas s’attacher à des ou ses racines, l’enrichissement par la différence doit toujours prendre le pas sur le repli primaire sur soi et sur l’absence de geste fraternel envers celle ou celui qui vient d’ailleurs parce qu’il n’a pu faire autrement…

Anne-Catherine cherche en ce livre à tenter de sauver les migrants « du deuxième exil, le plus terrible, celui de l’oubli » et d’ailleurs le terme d’exilés s’analyse comme beaucoup plus juste que celui de migrants, puisque l’on s’exile par obligation alors que l’on peut parfois migrer par choix, mais l’on sait que les mots employés se veulent apaisants et politiquement corrects et qu’il est plus simple de se positionner en appui pour « des camps de migrants » forcément temporaires… que de se dire que les exilés doivent prendre place en nos réalités et qu’ils y apporteront leurs concours pour le grand bénéfice « de l’entraide et des croisements » comme le disait le regretté Prix Nobel Georges Charpak, Prix Nobel pour la France, alors qu’il venait d’une famille d’exil…

Comme un opus à tiroirs où s’enchevêtrent les réalités et destins de personnages qui s’entremêlent, Anne-Catherine nous conte les vécus de Mamadou Diamé, obligé de s’engager dans l’armée Française, en tant que tirailleur Sénégalais, puisque s’il n’avait pas fait ce pas là, il aurait été mis face à ses responsabilités pour son village ou sa famille, car les recruteurs coloniaux recherchaient des valides costauds et qu’il en faisait partie et qu’il convenait que chaque localité apporte son tribu à ce qui se préparait en métropole… de Soledad Juarez, dont le mari vient d’être assassiné sauvagement devant les yeux de son fils en pleine Catalogne Républicaine et qui quitte son pays de peur que celui, riche et bien-pensant, propriétaire et fier de lui, commanditaire au moins par collatéralité du meurtre de son mari ne cherche à lui imposer de devenir sa femme et ainsi de trahir les idéaux de son aimé… et d’ Issa Diamé, qui cherche à fuir son Sénégal sans repères suffisants et qui rêve de découvrir et pourquoi pas de conquérir « Londres », dont il a détaché quelques pages de magazine et dont il se repaît souvent pour y puiser la force de partir et l’espoir aussi plus ou moins conscient d’un monde plus porteur…

Ce livre écrit avec tact, avec un style incisif choisi et pénétrant, nous conduit, au fil des différents chapitres, qui parfois et souvent se croisent et s’influencent, à suivre le parcours de trois personnages, dans leurs quêtes désespérées d’un meilleur à venir et dans leurs tensions, contraintes et périodes rudes et insupportées :

  • Mamadou se retrouvera dans un camp à Rivesaltes, en 1938, destiné à parquer les réfugiés du Franquisme et que le Front Populaire devait accueillir en « frères républicains » mais qu’il encerclera, en attendant de voir comment l’Europe évoluera…, alors que l’on savait déjà que la légion Condor testait les armes Nazies et que les impitoyables réalités à venir prenaient déjà corps et cœur, dans le sang, et que Picasso pour l’exposition internationale de 37 avait déjà tout dit avec Guernica… Blum regrettera « ce pacifisme de la lâcheté » et la non intervention solidaire en Espagne, mais comme il l’a dit dans ses mémoires « déjà que l’on me reprochait d’être juif… »…
  • Mamadou se demande ce qu’il fait vraiment sur ce site et s’il accomplit sa besogne de rappel à l’ordre par la force si cela est nécessaire, il ne cerne pas ce que signifie sa mission, si ce n’est qu’il croise un homme de cuisine apaisant et ouvert et un responsable militaire inconséquent et toujours heureux de son piètre pouvoir…
  • Quand il rencontre Soledad, transie de froid en ce camp ouvert aux quatre vents, dont on ne peut se dépêtrer, il lui donne un café qui réchauffera temporairement son cœur et il lui apportera petits sucres et lait pour accompagner le quotidien sinistre qu’elle essaie de rendre acceptable pour son fils Jacinto…
  • Et Issa traversera toutes les péripéties les plus effroyables, entre chavirage de pirogue au large de la Mauritanie et esclavage dit moderne dans une compagnie pétrolière en Libye, pour tenter de joindre sa quête d’Europe et pouvoir ainsi structurer sa vie pour laquelle il ne repère aucun salut et aucun espoir…

Comme dans la vraie vie, on rencontre dans ce livre, prenant et maîtrisé, des personnages sans vergogne comme ce militaire nazi qui voudrait qu’on lui « cède » les Tirailleurs Sénégalais après l’armistice de 1940, comme ce sbire du propriétaire terrien de Catalogne prêt à toutes les lâchetés pour servir en se disant que cela lui procurera une reconnaissance milicienne…, comme ces hommes de l’ordre au Maroc qui effraient les candidats à l’exil pour les ramener sur les eaux territoriales de Mauritanie, car s’ils tombent dans ces eaux-là, ce ne serait plus de leur ressort d’avoir la bonté de les « récupérer »…

Mais on rencontre aussi des hommes et femmes de courage et de dignité comme ce militaire qui ne trahira pas ses hommes tirailleurs et qui se dévoue avec conviction, comme ce vieillard en Mauritanie qui recueille Issa éploré et blessé et lui assure la survie minimale, comme cet ami d’Issa qui lui fera découvrir le camp de Rivesaltes sur les traces du passé, peut-être même familial qui sait… et comme ce dessinateur Catalan qui fait le portrait de ses compagnons d’infortune dans le camps de Rivesaltes et qui remettra à Mamadou son effigie, qu’il conservera précieusement toute sa vie durant…

Il vous faut lire ce livre admirable dans sa sonorité car il clame et décrit le réel pour mieux accompagner et célébrer le geste solidaire salvateur, car il évoque des personnages entiers qui ne se morfondent jamais et qui essaient simplement de se tenir dignes et d’avancer et il place surtout un lien indéfectible, sous forme de passerelles récurrentes, entre exilés, car Mamadou, Soledad et Issa, dans leurs destins croisés et différenciés, donnent aussi naissance à d’autres fougues, fugues et envies comme à d’autres destins, qui seuls permettent au monde de s’ouvrir, de s’émanciper et donc de s’enrichir…

Et comme le disait le Père Delorme au moment de la marche des Minguettes en 1983, « le monde c’est comme une mobylette, il n’avance bien qu’avec du vrai mélange » !

Merci à Anne-Catherine pour cette ode solidaire en ce début d’année où mon vœu se placera, en ses traces, pour que l’on puisse découvrir l’autre, apprendre de lui et construire ensemble avec l’assurance de vivre une expérience porteuse et mobilisatrice.

Un vrai beau livre et un espoir de ne pas oublier les exilés !

 

Éric

Blog Débredinages

 

D’exil et de chair

Anne-Catherine Blanc

Les Éditions Mutine

18€

Pour aller plus loin, allez faire un tour, ou plus, sur le blog inspirant et toujours « recenseur de pépites » de mon ami Yves, appelé Lyvres, et lisez sa chronique sur le même livre d’Anne-Catherine Blanc, notamment, dont voici le lien : http://www.lyvres.fr/2017/12/d-exil-et-de-chair.html

Et j’irai apporter quelques fleurs au mémorial de Chasselay, prochainement, proche de chez moi et en pensant fort à Anne-Catherine et notamment au personnage de Mamadou !

La Miraculée par Annette Lellouche

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous souhaite une belle année 2018, apaisante pour vous et les vôtres et pour ainsi penser aux essentiels, dynamisante pour éclore vos projets et envies et gratifiante pour que l’on reconnaisse vos engagements et talents inspirants.

J’adresse tous mes vœux fraternels et affectifs à Ma Très Chère Amie, Annette Lellouche, auteure toujours volontariste et réflexive, qui associe, en ses livres, la précision narrative avec une tonalité empathique et bienveillante qui n’exclura jamais sa capacité à dire ce qu’elle ressent et pense, quelles qu’en soient les conséquences, car la vie est aussi faite de choix, de décisions, qui façonnent notre force à surnager en nos troubles vécus et à marquer nos différences !

Je viens de lire et de relire son dernier opus, qui s’affiche comme un vrai roman naturaliste ou comme un récit de vie, mais qui se place surtout comme une ode à la résilience, à la volonté indéfectible et permanente de combativité et de courage face aux éléments de noirceur ou aux difficultés qui s’amoncellent… et comme un hommage à la vraie amitié, celle qui partage les liens et ouvre les communications, qui jamais ne juge et toujours appuie ou renforce les fidélités.

Je savais qu’Annette avait vécu de longs moments d’immobilisation et de tension les mois passés, mais je n’avais pas pris le soin d’aller plus loin ou en profondeur… pour connaître le sens de son vécu rude et de lui témoigner ainsi une affection continuelle et directe ; je ne vais pas, car ce serait contraire à nos forces amicales, solliciter une sorte de pseudo-pardon pour mon relatif éloignement, par cette chronique, car je veux parler de son livre percutant, écrit avec une plume acérée et précise, mais je me permets tout de même de dire à Annette que même si j’ai pas assez cerné ce qu’elle vivait en douleurs, j’étais présent, avec elle, par la force des esprits d’amitié qui nous anime.

Cette amitié s’étire depuis plus de 5 ans, lorsque nous nous sommes rencontrés et plus qu’appréciés au détour d’une chronique dans un blog collectif d’une belle aventure appelée « Les 8 plumes » où je commentais le récit de Marguerite Duras sur ses entretiens avec François Mitterrand, et où Annette plaça un commentaire, en lien avec un livre puissant qu’elle venait d’écrire « retourne de là où tu viens » et qui marquait un sens aigu à ne jamais accepter les enfermements et les replis et ainsi affirmer nos authenticités avec la seule réalité qui nécessite une inflexibilité totale : le refus de se laisser abaisser et de perdre sa dignité !

Je retrouve dans La Miraculée la percussion du livre qui fut le prélude à nos débats et rencontres.

Annette décrit ce qui lui survint la nuit du 4 octobre 2016. Oiseau nocturne et noctambule qui se déplace sans heurs et sans bruit, Annette a l’habitude d’aimer contempler les lumières et les senteurs, quand nos réalités puisent un sommeil profond, et elle ne se lève pas par contrainte, mais par élan, par goût et pour profiter de moments qui lui appartiennent et qui la retiennent.

Je connais sa délicieuse maison et ses jardins envoûtants et elle et son mari, Paul, que je salue, constituent des ferments de gentillesse et de délicatesse ; les invitations partagées renferment une ouverture aux débats et un plaisir de retrouvailles.

L’on ne pouvait éviter son escalier stylisé et monumental, tout en arpentage italianisant, mais sans rampe, car elle défigurerait son intégration spatiale et son élancement propice à toutes les légèretés, aux envols et aux rêveries, rassemblant ainsi toutes les captations des imaginaires d’Annette.

En cette nuit où les habitudes qu’Annette prenait pour déambuler silencieusement et sans lumière, pour ne créer aucune perturbation, auront peut-être pu fugacement s’oublier, elle fit une chute très lourde qui lui fit perdre connaissance et la fracassa. Elle remercie simplement, toujours avec sa douceur habituelle, une sculpture, qui chavira sous l’onde de choc de la chute effrénée et qui ainsi réveilla son mari qui put donner l’alerte… Car Annette avait perdu connaissance et perdait son sang…

Le livre d’Annette évoque ses combats, ses douleurs, ses détestations, mais aussi ses reconnaissances comme ses volontés de reconstruction ; elle décrit toutes ses réalités, non comme un témoignage exutoire, mais comme le récit d’une force fière qui se sent responsable de ce qui est arrivé mais se refuse explicitement de s’abandonner au désespoir ou à l’inéluctable, pour donner corps et cœur à la nécessité d’engager un combat pour se reconstituer et montrer que la vie peut repartir par-delà toutes les obscurités.

Elle crie l’absolue promiscuité des services d’urgence où les patients attendent, sur leurs brancards mièvres, de connaître quand aurait lieu leur prise en charge, même si elle est consciente de la volonté des personnels de gérer au mieux toutes les réalités auxquelles ils doivent faire face.

Elle crie, avec la détresse de l’infortunée qui attend d’être écoutée, qu’elle ne veut pas être placée avec un numéro d’ordre, alors que la douleur s’affiche au milieu de pertes de connaissance et d’une fatigue installée consécutive à la chute qui la laisse avec un bras en miettes, des côtes touchées et des hémorragies pénalisantes et que son cas nécessite un traitement rapide, sans se considérer comme le centre du monde…

Elle crie son absence de compréhension qui la fait partager une chambre avec une personne troublée psychologiquement et violente, et elle craint autant pour sa sécurité que pour celle de sa comparse dont elle ne peut que cerner les perturbations qui nécessitent des soins adaptés.

Elle crie surtout sa révolte face à l’absence de compassion quand un personnel quitte son travail et qu’il la laisse, sans aide ou relais, ni regard, seule face à l’expression de ses besoins élémentaires, alors qu’elle doit se soulager… et qu’elle ne peut l’exécuter efficacement seule, sauf à perdre toute forme de dignité… Et l’on sait depuis Michel Foucault que « qui détruit un homme (ou une femme), sciemment les détruit tous (ou toutes) ».

Elle rend hommage à un chirurgien, auquel le livre est dédié, qui réalise un travail d’orfèvre et reconstitue le coude d’Annette et lui évite une possible amputation qui n’était pas à exclure et qui l’appuiera dans tous les efforts qu’elle va entreprendre, pour recouvrer sa mobilité et pouvoir compter sur ce bras meurtri, qui la fait tant souffrir et qui se repose comme un fardeau inutile…

Elle rend hommage à ses condisciples des temps de rééducation où entre soins, exercices et nécessités de s’étirer toujours à la limite du douloureux indicible, on peut se retrouver, partager, et se livrer à des moments de fête ou de saine camaraderie.

Elle rend hommage à ses amies et amis, les vraies et les vrais, qui lui ont témoigné l’accompagnement et le soutien et l’ont guidée pour garder le cap de sa reconstitution ; elle crie sa hargne face à celles et ceux qui se livraient plus à de la moralisation et qui répétaient de manière insatiable que cet escalier sans rampe représentait une fatale incohérence…

Or cet escalier, photo de couverture du livre, représente effectivement Annette, je le répète, dans sa ligne de fragilité de construction et dans sa force de démonstration où l’on s’élance à l’escalader, car Annette représente la gracilité et l’élan dans l’effort, la délicatesse incarnée et la capacité à dire « non ».

Annette va avoir du mal à trouver le kiné qui saura la comprendre, la cerner et l’encadrer et elle crie les insuffisances de cabinets oublieux des règles d’hygiène et peu scrupuleux sur les demandes de versements de la sécurité sociale, qui exigent pourtant un temps minimum de « manipulation » pas toujours respecté, mais elle finira par avoir le repérage d’une confiance qui l’entourera et la fera progresser, jusqu’à non pas la rédemption mais l’assurance d’avoir accompli le chemin pour recouvrer indépendance et fierté corporelle, pour toujours exister et ainsi ne jamais s’assister…

Lisez ce livre formidable, tranche de vécu, direct, incisif, plein, entier et toute à la volonté de donner élan et inspiration pour avancer, progresser et comme disent les sportifs, « ne jamais rien lâcher ! ».

Chère Annette, je t’embrasse très affectueusement et que 2018 apporte de nouvelles réalités à tes talents de conteuse ; mais je sais que ce n’est pas un vœu que je formule, juste une humble exigence pour avoir le plaisir inassouvi de te lire.

Et repère toi en tranquillité, si je peux être un appui, je ne te donnerai pas mon bras pour une escalade, tu es trop indépendante et impétueuse, pour n’avoir que l’envie de t’y livrer, seule !

 

Éric

Blog Débredinages

 

La Miraculée

Annette Lellouche

A5 Editions

15€

 

Les îles du matin de Guy Mazeline

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous pouvez aisément, en cette humble chronique, retrouver le charme suranné des écritures passées…

Qui est Guy Mazeline, me direz-vous ?

Il est surtout connu pour avoir remporté le Prix Goncourt 1932, avec son opus « Les loups » qui a devancé, contre toute cohérence prévisible (mais les prix remis se repèrent-ils avec une notion de cohérence…) l’indépassable « Voyage au bout de la nuit » de Céline qui ne récoltera que le Renaudot, en cette même année…

Je n’avais rien lu de lui et avais plutôt une image ancrée de mièvrerie, d’auteur de bluette, que j’avais en germe, narrée essentiellement par la déception des Céliniens, dont je fais partie, qui ne peuvent concevoir qu’un livre qui a révolutionné le sens de l’écrit, en incorporant une « petite musique » de différence, puisse avoir été oublié par les pontes des récompenses, au bénéfice d’un auteur plus en retrait…

Comme à mon habitude, je me suis promené au hasard des rayonnages de bouquiniste, précisément à Saint-Raphaël, en ce mois d’août 2017, et j’achetais, pour le prix modique de 1 euro, ce livre datant de 1936 et d’abord stylisé, non nécessairement trop pompier et pompeux, mais qui se savoure souvent intensément et qui recouvre des réalités sociétales encore très actuelles et valorisantes.

Élisabeth vit au Havre, elle est issue d’une famille aisée et vit avec un époux aimé et aimant, Didier, qui lui a donné un fils trop idolâtré et capricieux, mais apprécié et volontaire.

Elle se sent respectable et respectée et elle fait partie du monde des personnes dont on parle et qui peut donner libre aspiration à ses pouvoirs comme à ses envies.

Elle sait qu’elle fût aimée par Benoît, le frère de Didier, aussi intrépide et imprévisible que son frère et époux apparaît mesuré et apaisant, mais cette histoire demeure enfouie et il n’est pas prévu lui donner un nouvel essor.

Secrètement Didier veut solliciter une mutation pour travailler dans les Antilles (les îles du matin) et ainsi se libérer d’un joug familial pesant, notamment d’une mère possessive et fortunée, comme d’une grand-mère matriarche et décideuse de tout, sollicitant sans cesse des tiraillements pour mettre à mal la cohésion possible de la famille, par volonté jubilatoire de lui donner une force de division…

Le père d’Élisabeth, capitaine de vaisseau ayant échappé à un naufrage et très apprécié de ses matelots sauvés, ne peut imaginer le départ de sa fille admirée et de son petit-fils choyé et il ne peut s’empêcher de contrarier ce dessein de départ, qu’il considère comme mal venu, économiquement négatif pour les prétentions du couple pour s’imposer en société et incitateur d’incertitudes car la vie en « colonies » inspire la différence et donc agrémente la propagation de nouveautés libertaires, forcément progressistes et donc attentatoires aux ordres établis…

Élisabeth finira par partir aux Antilles, avec Didier, et appréhendera le plaisir de prendre part à sa vie, à ses plaisirs, à ses priorités, à vivre pleinement, en réfutant toute forme de représentation.

Et elle rencontrera Guillaume et elle l’aimera passionnément et tendrement, par-delà les convenances et les offuscations décrites, la considérant comme une mère indigne qui abandonne son fils et qui se métamorphose en infidèle, alors qu’elle était dévouée et même soumise à son mari…

Ce livre peut être perçu comme un opus sans intrigue, assez plat, et référençant des communications contemplatives sur une famille vivant soubresauts et compromissions, dans les années trente.
Mais cette analyse serait bien réductrice.

Ce livre se savoure et se déteste pour quatre raisons diversifiées, à chaque fois, ce qui donne corps à l’acronyme de ce blog de « s’enrichir par la différence ».

Il se savoure car il se place comme féministe avant la lettre avec une femme qui désire vivre sa passion au grand jour, par-delà les remontrances des corps constitués et des pesanteurs.
Il se savoure car il déclame que la vie familiale s’assortit d’intrigues et de coups bas qui s’orchestrent juste pour démontrer que les libertaires d’un moment peuvent devenir les conservateurs invétérés d’une autre époque.
Il se savoure car il évoque avec une dimension très poétique les promenades dans les criques, inspirantes pour toute rêverie contemplative.
Il se savoure car il planifie la victoire de l’amour sur le pouvoir.

Il se déteste car il utilise une langue trop maniérée, souvent empâtée et inutile.
Il se déteste car les personnages manquent souvent de candeur, de courage et de conviction et cependant l’auteur leur donne parfois plus d’ampleur que celles et ceux qui résistent.
Il se déteste car il ne peut s’empêcher de considérer que les relations dominantes nécessitent un patriarcat rigide et garant de ses avantages ou principes féodaux.
Il se déteste car à la fin Élisabeth semble livrée à elle-même sans appui et sans écoute…

Mais l’auteur mérite un arrêt, une lecture, un passage, une promenade, un vagabondage et je vous invite à lire du « Mazeline », ne serait-ce que pour se dire qu’il ne pourra jamais atteindre Céline !

Éric
Blog Débredinages

Les îles du matin
Guy Mazeline
NRF Gallimard
1 euro chez le bouquiniste de la gare de Saint-Raphaël, merci à lui car il renferme de fortes pépites !

La ligne droite d’Yves Gibeau

J’ai toujours un plaisir infini à flâner chez les bouquinistes pour découvrir, au hasard des rayons méticuleusement rangés ou au contraire laissés totalement en jachère, le livre découverte d’un auteur qui me parle mais dont je ne connais rien ou si peu ou pour trouver, et éventuellement dénicher, une perle que ma volonté n’estimait même pas pouvoir affleurer…

En balade à Vichy, en ce début de novembre, en lien avec une rééducation métabolique, ma ville natale, au passé tellement compliqué, que je ré-arpentais , j’ai retrouvé les traces de la rue Montaret où j’allais chercher scrupuleusement, quand j’étais adolescent, mes cahiers de musique ou mes diapasons et j’ai repéré un bouquiniste spécialisé dans les éditions de poche des premières années de création.

Mes yeux se sont portés sur une édition rare de 1966 d’un livre d’Yves Gibeau que je n’avais jamais lu et dénommé : La ligne droite.

Yves Gibeau, amie lectrice et ami lecteur, cette personnalité ne peut vous être inconnue et si tel était le cas, suivez mes pas…

Il est l’auteur admirable du célébrissime Allons  z’enfants, qui parle sans nuance des réalités insupportables du vécu des écoles des « enfants de troupe » et qui prend appui sur l’enfance de l’auteur, où son père – qui a passé et ressenti la Grande Guerre comme une valeur héroïque et non comme un gâchis humain – a tout de suite désiré qu’il devienne officier pour conforter la pseudo-glorification familiale, ce dont Yves ne voulait absolument pas…

Ce livre a été aussi magistralement mis en scène par Yves Boisset et certaines images me reviennent sans cesse comme celle où le jeune, lassé des déchirures et des soumissions, indique qu’il va sauter par la fenêtre, avec pour seul message celui d’un adjudant formateur l’en défiant ; le jeune saute en lui disant « qu’il a bien tort » et il s’en remettra de justesse…ou celle où il décide en 39 de partir en mission de transmission, alors qu’il est mobilisé pour la « drôle de guerre », et qu’il n’en revient pas ; son père, à ses obsèques, effectue le salut militaire en déclamant « qu’il aurait pu être officier le bougre » …

J’ai retrouvé les traces d’Yves Gibeau, en me rendant sur le Chemin des Dames, à Craonne, « sur le plateau où l’on y laisse la peau », comme le célèbre tristement et atrocement la chanson éponyme et Yves Gibeau y a arpenté, sans relâche, en ce plateau dit de Californie, la levée du sol, pour en retirer des vestiges et des témoignages, pour donner ainsi réalité vive et mémoire aux soldats combattants obligés, tombés en nombre effroyable, notamment lors de la sinistre offensive Nivelle.

Yves Gibeau est enterré avec une petite tombe modeste et à peine visible sur ce même plateau, pour donner lien de son parcours à ceux qui sont morts en leur juvénilité, pour conserver un bout de plateau dont aujourd’hui l’on perçoit encore les cicatrices atroces et des restes d’éclats d’obus qui ont plus que meurtri et retourné les paysages délavés…

La ligne droite raconte l’histoire d’un jeune athlète prometteur Stefan Volker, coureur de 800m avant la deuxième guerre mondiale et laissé pour mort sur le front de Prusse Orientale, que son entraîneur exigeant et paternaliste Julius Henckel finit par retrouver grâce à un regard volé d’un de ses amis à Münich qui a cru – et avec raison – retrouver l’ancien brillant demi-fondeur et sprinter, mutilé avec un bras en moins, et qui répondait au nom de Sporn, et de son état vendeur de journaux.

Julius Henckel se place comme un brave homme ; il veut aider et appuyer son ancien protégé, il est plus qu’ému de le retrouver et de le savoir en vie, lui qui a sillonné toute l’Allemagne de fin de guerre pour savoir ce qu’il était devenu, surtout depuis que la mère de Stefan est décédée dans les derniers bombardements. Il insiste et réussit, non sans mal, à convaincre Stefan de partir avec lui et d’être choyé, en étant accueilli à bras ouverts, dans la maison de Julius où sa femme apaisante et sans jugement considère Stefan comme un fils prodigue, à qui il est nécessaire de donner du temps pour se reconstruire.

Julius veut remettre son champion en selle, il veut qu’il puisse recourir et il veut aussi le rendre compétitif, mais Stefan ne souhaite qu’une chose, qu’on le laisse en paix et tranquille ; s’il apprécie l’hospitalité donnée, il la veut non pérenne et limitée, et il s’adonne surtout au plaisir de promenades vivifiantes en forêt, avec le chien de la maison, qu’il associe comme confident et ami direct, mais il désire oublier sa vie d’athlète passée, non en se morfondant avec une sorte de délectation morose, mais en plaidant pour le fait de se reconquérir seul, avec sa mutilation, en pensant à ses frères d’arme qui n’avaient rien demandé et qui ne sont pas revenus et qui en plus ont été vaincus…

Julius, aidé par son ami qu’il rabroue souvent de manière injuste, Voldemar, va tout faire pour que Stefan reprenne goût à la course, à sa volonté mobilisée de donner corps à ses sensations en rythme sportif, avec la dynamique de se dépasser pour se prouver à lui-même qu’il est bien toujours vivant malgré les meurtrissures et les infamies et petit à petit, Stefan reprend sens à ses palpitations et arrive à se positionner avec des temps de course appréciables.

Quand un Américain manager propose à Julius d’entraîner aussi un soldat noir des troupes installées dans le pays post libération du 8 mai 1945, et de le mettre en compétition avec Stefan, Julius accepte sans hésiter et perpétue des séances d’entraînement où se malaxent des temps intenses de course, des respirations positives et des élans d’amitié ou d’affection, avec un travail sur le comportemental et l’alimentaire.

Et il sait comment Stefan doit tenter de neutraliser son bras mutilé, son moignon, même s’il va courir avec les valides, les compétitions paralympiques n’étant pas orchestrées en cette fin des années quarante…

Ce livre se place dans le sillage direct d’Yves Gibeau, un homme de tolérance, d’ouverture, de concorde et de générosité, qui réfute toute forme d’enfermement, d’embrigadement, de dogmatisme et qui sait que face à la bêtise des certitudes, il convient de plaider pour un rappel vigoureux des différences, qui, seules, permettent un vivre ensemble intelligent et porteur de sens.

Je me permets de terminer cette modeste chronique en vous livrant un petit secret.

Le livre que j’ai acheté pour 1 euro chez ce bouquiniste comportait une publicité du début des années 70 pour apprendre les langues avec un électrophone chez un institut linguaphone, ce qui vous le repérerez est assez cocasse pour un formateur en langues que je suis… et il contient aussi une dédicace d’Yves Gibeau adressé à l’ancien propriétaire de ce livre, qui a certainement parcouru aussi des écoles d’enfant de troupe, notamment en ex Indochine, et qui évoque «  le souvenir partagé de nos heures de français communes à Nguyen An » et cela date du 29 avril 1970…

Belle parabole pour se remémorer les forts moments de plaisir de lecture, de découverte que les deux amis ont dû passer ensemble, pour oublier les errements du disciplinaire intransigeant et pour pouvoir avoir la force des évasions comme la volonté de se sentir désespérément libre.

Et bien évidemment je continuerai à flâner chez les bouquinistes, à Vichy, ou ailleurs.

Éric

Blog Débredinages

Yves Gibeau

La ligne droite

Livre de poche de 1966, pour un livre paru en 1956, qui a obtenu le grand prix de la littérature sportive en 1957, à l’époque où tous les droits étaient réservés, y compris pour l’URSS…

1 euro chez le bouquiniste de Vichy de la rue Montaret, que je salue s’il parcourt Débredinages…

Chanson de Craonne, à retrouver avec ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=z-yRaEYQNQs

 

La guerre des bulles de Kao Yi-Feng

En refermant ce livre, l’on se dit que l’on a pu vivre une forte expérience littéraire, à la fois étonnante, novatrice et originale et j’y reviendrai.

Gao Ding, enfant, se dit que la réalité de son vécu urbain sans eau potable distribuée, sans prise en compte de besoins de première nécessité dans plusieurs quartiers, sans capacité repérée de responsabilisation des adultes pour que les choses changent, nécessite un changement de paradigme et qu’il convient de prendre le pouvoir et que les enfants finissent par réaliser ce que des adultes n’ont jamais pu obtenir ou concrétiser.

Pour ce faire, muni avec des acolytes, tout aussi enfants que lui et qui le prennent pour capitaine, d’armes spécifiques, desquelles sortent des bulles, lorsque l’on les utilise, il neutralise le responsable de la distribution d’eau qui se transformera en spectre permanent dans tout le roman.

Les enfants vont s’acharner pour ce que l’eau puisse être maîtrisée et qu’elle puisse être solidairement répartie.

Tous les enfants magnifient leurs compétences, qu’elles soient techniques, sportives, sécuritaires et ils s’emploient à mettre en place un système de tuyaux reliés les uns aux autres, épousant une déclivité cohérente pour assurer un débit d’eau et un stockage en une ancienne piscine.

Ils devront faire face à un vieillard dont les chiens semblent en permanence affamés, et qui se sont déjà attaqués à des enfants et dont le caractère sauvage apparaît aiguisé, à une sorcière dont on ne sait si elle apprécie les évolutions de la prise de pouvoir par les enfants ou si elle reste calculatrice pour tirer le meilleur parti des changements, et d’adultes disposés à ne pas tous accepter cette confiscation par les enfants de leur position sociale et opérationnelle pour leur ville.

Ce roman livre une expérience étonnante, car il montre la vacuité du monde adulte quand il ne fonctionne plus sur des repères solidaires, partagés, démocratiques, car si l’on se moque, lorsque l’on s’occupe de la distribution de l’eau de sa non répartition, l’on acceptera les tensions et conflits et même on contribuera à les provoquer.

Ce roman livre une expérience novatrice car dans le sillage du célébrissime roman de William Golding « Sa majesté des mouches », il présente des enfants acteurs, courageux, mais aussi pétris de doute et qui n’oublient pas qu’ils préfèreraient se baigner d’insouciance et de tranquillité ou s’adonner aux jeux, ce que l’enfance vivante doit intégrer et que le monde adulte doit lui apporter et protéger.

Ce roman livre une expérience originale car il présente des personnages enfants qui s’apprécient, se mettent en discorde, se rassemblent, puis se distendent et il précise que toute réalité sociétale doit apprendre à appuyer un collectif et à lui donner sens.

Ce roman place l’écologie comme une parabole permanente car l’auteur sait que la présence de l’eau, source de toute vie, pourrait être, si elle n’est pas équitablement répartie, rebondir sur les prémices de tous les combats et de tous les conflits.

Ce livre est à lire comme une ode à la probité, à la solidarité, au partage et comme un poème sublimé pour des ressources naturelles gérées avec intelligence, dans le respect des différences de toutes les communautés et dans le souci du soutien à l’enrichissement par la diversité, en acceptant les enfants, les adultes, les vieillards et même une sorcière, comme une contribution à une forme sociétale, heureuse de sa combinaison de compétences et d’apports…

Un livre à savourer, vraiment !

Éric

Blog Débredinages

La guerre des bulles

Kao Yi-Feng

Traduit du chinois (Taïwan) par Gwennaël Gaffric

Mirobole Éditions

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