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Le lac salé de Pierre Benoît

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je sais que je vais me placer avec des répétitions, auprès de vous, et je fais appel à votre mansuétude pour tenter de me pardonner…

Non par esprit de provocation ou par défense des causes perdues ou inconséquentes, mais simplement par une nécessité personnelle d’aller puiser directement dans les textes et les écritures, pour alimenter mon opinion et ainsi organiser mon libre arbitre, je lis souvent des livres d’écrivains très en vogue, en leurs temps, mais qui ont du mal à survivre à un certain ostracisme qui les a frappés, du fait de leur rattachement à la liste des écrivains qui avaient cédé aux pratiques antipatriotiques pendant l’Occupation.

Pierre Benoît, disciple de Barrès et Maurras, est-fut de ceux-là.

Sa trop grande préciosité, son goût pour le dandysme, et parfois même pour une certaine pédanterie, lui ont fait préférer, non par désinvolture ou lâcheté, mais par esprit de confort et facilité vénale du bien vivre, les couverts de la Continentale et les invitations de confrères pangermanistes plutôt que rappeler en permanence la nécessité d’une liberté assouvie (que l’on retrouve en tous ses livres) et son esprit de concorde.

N’oublions pas néanmoins que le premier livre du Livre de Poche fut son œuvre de référence Koenigsmark, que l’on ne lit plus aujourd’hui, et qui se consacrait comme un classique de littérature ciselée, inventive, émotive et passionnelle, sorte de romantisme de nouvelle vague, puisant beaucoup dans Musset, revisité et mis en relief avec le contemporain.

Et vous ne pouvez visiter les ruines émerveillantes d’Angkor (je l’ai fait en 2014) sans relire Le Roi lépreux, en se rendant justement sur le site-hommage, terrasse, qui lui est dédié dans la Cité Khmère.

Le lac salé est un livre écrit de manière rayonnante : avec des phrases jamais maniérées, mais riches et enlevées, des sentiments jamais mièvres mais toujours exaltants, des profondeurs jamais sarcastiques ou caricaturales mais toujours assouvies, des ironies jamais de façade mais toujours cruelles et décapantes.

L’héroïne, Annabel, vient d’Irlande, l’Irlande catholique, celle qui recherche, en ce mitan du XIXème siècle qui précède la guerre de Sécession aux États-Unis, son indépendance de la Grande-Bretagne, et dont le père, décédé, a toujours appuyé la cause dite rebelle, pour permettre à l’île de prendre son destin en main.

Elle vit en une belle maison, avec des domestiques Noirs, qui sont en statut libre, et elle est conseillée et appuyée par le Père d’Exiles, un jésuite qui a pour mission d’évangéliser les tribus Indiennes, et qui le fait dans le respect de leurs traditions et sans jamais considérer que son dogme s’opèrera par la force ou une quelconque soumission ; il accepte tous les débats théologiques et imagine même une sorte de syncrétisme entre sa religion et les préceptes ancestraux de celles et ceux qu’il rencontre, notamment en Utah.

La maison est située près de Salt Lake City, ville édifiée par les Mormons, qui veulent organiser leurs espaces comme une nouvelle Jérusalem et qui considèrent leur nouvelle donne spirituelle comme un enjeu de pouvoir et de domination assumée.

L’armée Américaine s’est déployée, des combats ont eu lieu et un quasi pacte de non-agression s’est structuré : laisser les troupes prendre leurs terrains de conquête sur l’ouest des États et laisser faire les Mormons en leur ville, en s’assurant seulement qu’ils se cantonnent en leur Cité et n’imaginent pas la faire déborder…

Un pasteur de passage, aumônier dans l’armée Américaine, rencontre Annabel et son attirance pour elle n’est pas feinte, comme il est aussi troublé par la fille d’un des maîtres de la doctrine Mormone…

Le livre se construit, tout en tiroirs, avec des allers et retours récurrents entre :

  • l’amour positif, éclairé, d’une vie à organiser dans le respect mutuel, et l’amour soumis, hiérarchisé, comme chez les Mormons, avec des épouses figurées avec des numéros correspondant aux jours de la semaine où elles pourront partager la couche du Maître…
  • la rencontre très forte et marquante du Père d’Exiles avec les Indiens – où il leur reprochera l’assassinat de soldats considérés comme des colonisateurs, mais qui acceptera son sort quand ces mêmes Indiens lui reprocheront d’avoir fait un rapport aux autorités qui aura provoqué le massacre de tribus, en représailles – et la vision de Mormons qui placent les Noirs comme des objets et des meubles, qui les assujettissent comme des biens sur lesquels on marquerait la propriété, comme feu le Code Noir terrifiant…
  • la facilité d’accepter son sort, fusse-t-il lié à des erreurs de choix ou d’interprétations et la capacité à se rebeller quand la trahison est utilisée et que ni le temps, ni les événements, ne sauraient pardonner.
  • la dynamique racontée, en une plume avide, de natures sauvages et désertiques, emplies d’une faune ornithologique exceptionnelle et la fadeur de villes construites sans âme et sans relief, avec juste la présence majeure, lourde et oppressive de bâtiments répétés, qui structureraient une autorité qui serait indépassable…

Je vous laisse lire Pierre Benoît, qui peut vous apparaître pompier à la première salve de lecture, mais qui vous saisira par un emploi façonné de la langue, et surtout par une énergie de ressources vives qui parsèment ses personnages toujours volontaires, aiguisés, mais qui vivent souvent des moments rudes et tendus qu’ils affronteront pour des conclusions souvent compliquées…

Une œuvre rare, comme un bon vin en bouche ; allez comme un Condrieu avec un fromage frais du pays d’Ampuis.

Éric

Blog Débredinages

Le lac salé

Pierre Benoît

Le Livre de Poche, édition de 1969 ; trouvée chez un bouquiniste pour 3€

La dame blanche des Habsbourg de Paul Morand

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Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous le savez, en me suivant en cet humble blog, je suis passionné de lectures d’auteurs souvent contestés, à la morale ou au parcours pas forcément reluisants, mais qui n’ont jamais créé d’indifférences…

Paul Morand avait bien ri quand Arletty, lors de son procès, juste au moment de la Libération, avait déclaré au Président du Tribunal, en réponse à sa question sur « comment elle se portait », « qu’elle n’était pas très résistante… ».

Paul Morand était à la fois écrivain de talent et diplomate et il souhaitait continuer à poursuivre sa carrière, quelles que soient les circonstances…

De la Roumanie où il se trouvait en 1940, où il alliait frasques et combines, en même temps qu’il représentait la France, il trouva plutôt intéressant de se rendre à Vichy, de marquer allégeance à Jean Jardin, l’éminence grise de Laval, et servir l’État Français, lui qui rêvait d’une Europe nouvelle, même s’il n’en a jamais souhaité de contours dictatoriaux ou déshumanisés.

Il se retrouva affecté en  Suisse, pays neutre pendant le conflit, et il put continuer à mener sa plume et rester sur place, notamment dès la publication de la liste des écrivains inciviques en laquelle il figurait bien nettement, dès 1944.

L’homme était un dandy et un intellectuel brillant, mais sa carrière et sa position lui importaient plus que la rigueur morale ou les principes éthiques. Sans lui accorder de circonstance atténuante particulière, car il s’est mis en retrait quand tant d’autres risquaient leur vie, il a toujours conservé les amitiés qu’il avait contractées et a toujours défendu celles et ceux en qui il était redevable, sans pour cela avoir le courage d’affronter la justice post Libération, préférant les hôtels de Berne et la fortune de ses conquêtes aristocratiques récurrentes…

J’ose cependant apprécier sa plume que je trouve exceptionnelle, car il écrit avec verve, chatoiement et précision, se plaçant toujours en érudition, en mêlant la Grande Histoire avec les petits moments de vie et en ayant la capacité de décrire le réel en le romançant à satiété.

J’ai déniché en un bouquiniste de Saint-Raphaël, proche de la gare de Valescure, un livre de 1963 du club de la femme, illustré d’un cahier sur l’auteur et sur son œuvre, relié en pleine toile, pour la somme modique d’un euro, et j’ai pénétré avec plaisir un roman qui décrit toute la dynastie des Habsbourg, en évoquant des faits, en intégrant le réel effectif, mais en ouvrant des pistes pour tous les imaginaires.

L’auteur avait décidé d’écrire ce livre pour que le lecteur contemple « de belles ruines, au bord de l’orient de l’Europe, à la frontière d’une civilisation millénaire ».

Il rajoutait que personne ne pouvait imaginer ce que pouvait être la Vienne Impériale ni repérer « comment tant de pays vivaient sous un seul prince »…

La Dame Blanche est bien la maison d’Autriche qui paya du prix du sang ses fiertés implacables.

Paul Morand aime évoquer que l’amour a fait parfois perdre des raisons et rationalités aux Habsbourg mais qu’ils ont toujours récupéré en territoires… ; il n’est pas possible de tenter de puiser des anecdotes croustillantes, la cour d’Autriche édifie le mariage avec une morale janséniste avec les principes édictés d’union dans l’honneur, quasiment sanctifiée…

Les Habsbourg se devaient d’être Impériaux et mariés et appréciaient un mélange de solitude et de bals rares.

La Vienne de ces époques était bigarrée avec des palais à cent serviteurs qui baisaient la main de leurs maîtres (Küss die Hände) avec des jardiniers tchèques, des caméristes dalmates, des précepteurs triestins, des pâtissiers transylvains et des marmitons hongrois…

Et Paul Morand, qui s’y connaissait en stratégie des alliances, aime préciser qu’ils furent internationaux trop tôt, avant la création de l’Europe, et nationaux trop tard, après l’Anschluss… Mais Metternich disait aussi que le « vrai chef d’œuvre est de durer » et les Habsbourg ont duré plus de mille ans…

Paul Morand narre le destin de François II, qui fut le beau-père de Napoléon, quand il épousa Marie-Louise. Pendant les Cent Jours Napoléon pensait avoir joué les Habsbourg, il sera joué par eux.

François II tiendra Marie-Louise et le Roi de Rome et ne les lâchera pas. Borné et retors, perceur de dossiers, il réussit cependant à éviter des banqueroutes récurrentes et à héberger près de quatre cent cinquante personnages et leurs suites au congrès-gala de la paix de 1814/1815, en consacrant  l’hospitalité Autrichienne et ses féeries.

Même si Marie-Louise ne parla de Louis XVI qu’en évoquant « notre malheureux oncle », elle ne déjuge pas cependant son époux Napoléon, et quand son père François II retire son accord d’avec la France, et fait la guerre contre la France, en 1814, elle précise à son Cher Papa « qu’il n’en tirera aucun profit… ».  Il reste qu’elle ne répondra jamais aux lettres enflammées que Napoléon lui enverra d’exil et elle l’oubliera avec un prince qui la battait…

Napoléon réserve au Roi de Rome la moitié de l’Europe, de Séville à l’Illyrie, en 1811 et dix ans plus tard, à Longwood, sur Sainte-Hélène, il lui lègue sa seule maison d’Ajaccio… Le Roi de Rome, devenu Duc de Reichstadt n’en verra jamais la couleur. Fils de monstre sacré, il ne devait rien lui laisser de son péché originel, un péché qui ne pardonne pas. L’Aiglon a eu une vie courte et triste, sans amour, et on le traitait en prisonnier d’État. Seule l’archiduchesse Sophie lui donnera quelques gages d’apaisement et de tendresse.

Morand, toujours avec son sens de la formule, déclama que Napoléon II aura pu nous épargner Napoléon III, et que son masque mortuaire ressemblait à s’y méprendre à Napoléon au Pont d’Arcole…

Selon Morand, ce n’était pas une idée de fou ni d’imbécile que de vouloir barrer la route aux Etats-Unis sur leur propre continent car profiter, si l’on peut dire, de la guerre de Sécession, pour refaire dans le nouveau monde une sorte d’empire latin, sous l’égide conjointe de la France et de l’Espagne pouvait même être consacré, comme une idée profonde.

François-Joseph n’appréciait pas Maximilien et a accepté d’éloigner son frère mal aimé à la condition qu’il renonçât à tous ses droits sur la couronne d’Autriche, ce que Maximilien accepta, obtenant ainsi un appui pour rejoindre un corps expéditionnaire au Mexique, à la grande joie de son épouse Charlotte, malgré la défection de Napoléon III qui avait pourtant tout fait pour concrétiser ce projet, en assurant de son permanent appui Maximilien.

Bazaine sur place, homme de lige de Napoléon III, n’a jamais été loyal avec Maximilien et n’a rien fait pour empêcher son exécution, Charlotte déjà partie et sombrant dans une folie de persécution et empreinte d’oublis. Et l’on dit encore aujourd’hui qu’une armée Mexicaine n’a aucun sens, alors qu’elle a pu battre une armée de Napoléon III…

François Joseph a toujours été jeune mais imperméable aux idées modernes, il transcendait son autorité uniquement par les bals de la cour en prenant un temps récurrent pour valider les présents, qui passaient un examen avec le « hoffähig », qui s’assurait de la nécessité d’être bien né et de forte empreinte catholique.

Il ne souhaitait rien de moins que d’être intronisé à Prague, Budapest et Vienne pour slaviser la monarchie, trop magyarisée selon lui.

L’archiduc Rodolphe a été immortalisé par Mayerling, et ce colonel de vingt ans avait besoin d’embardées en amour, en se détruisant tout en détruisant les autres ; il fut un « Philippe Egalité qui devait voter sa propre mort », selon Morand.

Un livre précieux, rare et captivant, mais il vous faut accepter d’intégrer un style maniéré et parfois pompier, qui renferme cependant une très vive poésie.

Eric

Blog Débredinages

La dame blanche des Habsbourg

Paul Morand

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Les 500 millions de la Bégum

 

Grâce soit rendue, encore une fois, aux bouquinistes de la place Jean Macé, de Lyon 7ème, qui, chaque premier dimanche du mois, nous présentent des pépites et raretés.

En juillet dernier, j’ai déniché un exemplaire de 1966, en collection du Livre de Poche, reprenant les illustrations originales de Benett pour la collection Hetzel, d’un livre de Jules Verne, que je n’avais pas encore lu, et qui m’a tenu en intérêt, surtout quand on l’affecte en l’historique de sa sortie, en 1879.

La Bégum, veuve de Rajah, avait épousé un Français devenu capitaine instructeur de l’armée Indienne, puis citoyen Britannique ; ils ont eu un enfant qui mourut en 1869 ; la société Trollop, Smith and Co s’est donnée comme mission essentielle de rechercher les héritiers de la Bégum, ce qui permit au docteur Sarrazin, hygiéniste, de bénéficier, pour sa plus grande surprise, d’une somme de 527 millions de francs, soit un coup de fortune prodigieux…

Mais le Professeur Schultze, d’Iena, conteste cet héritage exclusif et produit une attestation prouvant qu’il est le petit-fils de la sœur aînée du capitaine instructeur de l’armée Indienne…

La société Trollop propose une transaction aux deux héritiers qui s’emparent d’une somme rondelette pour tout un chacun.

Ainsi démarre le roman…

Nous sommes en 1879, et la douleur des Provinces perdues, comme de l’occupation Prussienne, et la défaite de la guerre de 1870/1871, résonnent fortement dans l’inconscient national.

Jules Verne, en Républicain volontaire, souhaite mettre sa plume au diapason d’idéaux nationalistes, même s’il restera toujours opposé à la force et aux instincts grégaires et belliqueux, pendant toute sa vie.

Le Docteur Sarrazin désire que tout son héritage soit consacré à l’édification d’une Ville nouvelle qui réfuterait les conditions d’hygiène déplorables des Urbanités de son époque, avec une absence d’air et de lumière ;  il souhaite tracer le plan d’une cité modèle fondée sur des rigueurs scientifiques.

Et cette ville s’appellera France-Ville, Cité du bien-être.

Le Docteur a un fils, Octave, plutôt peu porté sur les études et soutenu en permanence par Marcel, son condisciple, orphelin Alsacien, qui a tenu, bien que très jeune, à participer aux combats pour le maintien national de sa Province natale dans le giron Français et qui s’affecte comme quasiment le fils adoptif de la famille.

Marcel semble aussi très épris de Jeanne, la fille du Docteur.

Cinq ans ont passé et France-Ville a pris place dans l’Oregon, sur la côte ouest Américaine et les personnes qui présentent « de bonnes références » et qui peuvent exercer « une profession utile », en s’engageant à observer les lois de la ville se trouvent accueillies ; tous les bâtiments ont été édifiés avec luxe, entente et convenance hygiénique, en insistant sur la propreté permanente chargée de détruire les miasmes, avec une centralisation des égouts et la présence d’une eau récurrente.

Le Professeur Schultze a, lui, investi toute sa fortune léguée pour la construction d’une cité de l’acier, une Oberland, « aux coups sourds du marteau-pilon et des détonations étouffées de la poudre » et la cité de l’acier se situe à quelques encablures de France-Ville…

Ce roman peut apparaître ingénu et un brin caricatural, car bien évidemment le Bon est caractérisé par le Docteur Sarrazin, Français scientifique, généreux et ouvert au Monde.

Il se pose en créateur d’une société progressiste et épanouissante.

Verne intègre ici les principes qui ont guidé ceux que l’on a dénommé, souvent avec indélicatesse ou volonté péjorative, « les socialistes utopistes », qui rêvaient d’une cité idéale où le travail, la culture, les valeurs financières seraient mutualisées pour un partage harmonieux des compétences et connaissances.

Les phalanstères, les idées de Fourier ou Saint-Simon, la création de New Lanark en Écosse par Robert Owen, ont certainement inspiré Verne qui se place dans le sillage des hygiénistes qui connaissaient les ravages causés par les pandémies alimentées par l’absence d’air, de lumière et d’eau potable.

Et le méchant Allemand est bien Prussien, le Professeur Schultze, qui se cantonne en un belliciste, qui ne pense qu’à la production industrielle, à la capacité à armer et à dominer par la force, et pour lequel la science ne peut qu’être qu’au service de la puissance.

Marcel va s’infiltrer en cet Oberland et prendre le temps de se faire reconnaître et apprécier, puisque sa maîtrise de l’Allemand est évidente, dans tous les corps de métier, en grimpant rapidement toutes les hiérarchies, pour devenir un conseiller de Schultze, dont il devine les intentions d’autoritarisme et de dictature pour anéantir France-Ville…

Mais le roman doit surtout être lu, avec avidité, pour plusieurs essentialités :

  • La comparaison, peu flatteuse, des assureurs Britanniques, qui recherchent surtout à ne jamais dire les choses de la même façon à leurs interlocuteurs, et où « le diviser pour régner » devient une règle d’organisation ; en ce sens Verne nous alerte sur les dissimulations et les décisions qui s’affectent sur le seul angle de l’apanage financier.
  • L’évocation admirable du jeune Carl qui travaille dans le puits Albrecht, pour faire vivre sa Maman, alors qu’il est encore enfant et qui s’attache à faire des études en son sous-sol pour tenter d’élever sa condition. Cet enfant prodigue, auquel un malheur arrêtera les prétentions et envies, illustre les habitudes de Verne de stopper le travail chez l’enfant et la nécessité de pousser l’instruction et la connaissance. On retrouve ici les thématiques qu’il a orchestrées dans Fils d’Irlande, dans le droit fil de Dickens qu’il admirait, alors qu’il détestait Zola…
  • La présence de serviteurs zélés, Arminius et Sigimer, prêts à mourir pour leur maître et qui œuvrent sans moralité et sans se poser de questions, ce qui permet à Verne de rappeler à son lecteur, et notamment à son jeune lecteur, l’importance majeure du libre arbitre et de l’émancipation pour ne jamais vivre en devant quoi que ce soit à quiconque.
  • La primauté de la rigueur scientifique, car il n’est pas envisageable que le pire advienne et que le méchant triomphe, et s’il n’aboutira pas à ses fins, c’est surtout parce qu’il lui manque la cohérence d’analyse, la relecture de ses perceptions, et qu’il consacre un amateurisme sûr de lui alors que la science demande modestie et expérimentation.

Ce livre se lit avec plaisir, en le replaçant dans son contexte historique, même si l’on doit accepter des raccourcis, des facilités dans les caractères des personnages, des évidences trop directes sur le parti du Bien et le parti du Mal et une certaine tendance à considérer celui que l’on doit combattre comme une personne sans vergogne, sans état d’âme, sans compromis et sans humanité.

On préfère le Capitaine Némo en toutes ces acceptions et diversités, car il est mieux de choisir la complexité que le jugement de valeur.

Amitiés vives.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Les 500 millions de la Bégum

Jules Verne

3en collection de poche de 1966, chez les bouquinistes de Jean Macé, à Lyon

 

 

 

malgré tout la nuit tombe d’Antônio Xerxenesky

Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’avais déjà été plus qu’emporté par les deux livres précédents de l’auteur que j’avais lus, relus et offerts souvent : Avaler du sable et F, du fait à la fois de leurs inspirations cinématographiées, où l’on vit la narration comme une projection effective, et de leurs réparties culturelles récurrentes qui donnent envie d’aller plus loin et de suivre les pas d’Antônio Xerxenesky, car la lecture se jalonne de références artistiques aiguisées qui ouvrent des portes nouvelles pour prolonger notre promenade littéraire.

J’avais avec moi, depuis le mois de mars, son dernier opus et je me le suis réservé pour cette récente période de vacances, où je peux m’ « enlivrer » à satiété…

J’ai retrouvé la force attractive de l’auteur, car quand on pénètre ce roman, on ne lâche plus, il est haletant et émotionnel, invitant pour une réflexion sur nos croyances, nos limites et nos possibles dépassements ou insuffisances, interrogateur sur notre capacité à nous émanciper ou à suivre les mouvements, à considérer que nos vécus nous construisent plus que nous les construisons…

Alina vit à Sao Paulo, ville qu’elle a choisie pour étudier et vivre plus intensément.

Elle travaille en une société où ses compétences informatiques pour la réalisation de vidéos publicitaires trouvent leur emploi, mais elle s’y ennuie plus que fortement, même si ses missions autonomes lui permettent l’évasion de celle qui peut vivre professionnellement avec un casque en côtoyant le minimum de collègues…

Elle est passionnée de films d’horreur, qu’elle ne visionne pas en voyeurisme, mais en analyste qui sait déceler l’esthétique rendue par les réalisations et qui aime transmettre ses perceptions des paraboles entre la noirceur incisive de l’écran et les réalités quotidiennes du Brésil ou du Monde contemporain.

Elle a souhaité illustrer ses études historiques comme sur les religions, de thématiques originales en effectuant des recherches poussées sur les ésotérismes ou paganismes qui se sont activés depuis des lustres et qui occupent le champ du gothisme ou du satanisme, notamment…

Elle ne peut oublier la dernière communication qu’elle a eue avec son frère, qui semblait heureux en son kibboutz exploité, et qui est décédé accidentellement beaucoup trop jeune.

Les ombres potentiellement maléfiques qui semblent se coller à Alina, et qui l’effraient autant qu’elle désire les affronter, peuvent avoir pris place suite à cet événement douloureux, et cependant leur présence régulière et permanente forme une sorte de harcèlement entêtant et hantant qui met à mal ses journées et nuits, même si cela lui arrive de foncer dans des fêtes de jeunesse et de s’oublier alors, avec tous les excès d’alcool et de drogue que l’on peut y puiser…

Alina est jointe par la police pour tenter de déchiffrer, du fait de ses études universitaires poussées, des inscriptions triangulaires étranges retrouvées chez une personne, qui en était recouverte, et qui visiblement avait vécu une absolue transe en s’y perdant totalement.

La police cherche à mettre la main sur les porteurs de tels agissements et Alina communique à la fois ses perceptions mais désire aussi développer sa propre enquête.

Le livre n’est pas un roman noir, mais il sait intégrer la montée des tensions, le sens du suspense narratif et les chausses trappe.

Le livre n’est pas un roman d’anticipation, mais il sait interroger sur nos destins collectifs, sur le besoin ou non de se confier aux forces des esprits pour se pencher sur le passé, pour anticiper nos prises de décision à venir, ou pour tout simplement nous adonner aux introspections.

Surtout comme toute science dite fictive il ne juge pas et n’interpelle pas sur un avenir potentiellement meilleur, mais il agglutine des pistes pour que l’on détermine ce qui peut nous aider ou pas et tracer ainsi sa propre route.

Le livre n’est pas un roman sociétal et pourtant il sait conjuguer avec maîtrise la panorama de la jeunesse qui se cherche de Sao Paulo, où se jouxtent différents milieux.

La réalité urbaine de la ville, magnifiée par des trajets en transport en commun ou des promenades plus ou moins obligées en taxi (toujours avec le même chauffeur), font de la Cité un acteur à part entière du roman qui interroge sur les incommunicabilités et sur les faux semblant, en sacralisant notamment le personnage de Fàbio, comme l’ami sur qui l’on peut compter, mais aussi mauvais génie possible ou tout simplement personnalité indétectable qui attire et révulse…

Le livre se place comme un condensé réussi de toutes ces formes littéraires et crée sa propre mouvance inspiratrice ; je ne serai jamais un classificateur et déteste les pré-carrés où l’on veut parfois cantonner et affecter les artistes, mais je reconnais à l’auteur sa fougue de romancier visuel, car chaque chapitre constitue un scénario ou un story-board structuré, et de romancier de sonorités, car les interpellations qu’il suscite en fréquence nous questionnent et développent une vivacité rare.

Un roman de tonicités cinéphiliques, si je me livrais au résumé occasionnel, sans vouloir du tout être réducteur.

Je vous invite ardemment à intégrer les univers de l’auteur et à vous laisser porter par les flux et reflux du jour et de la nuit ; ce roman a été mon vrai coup de cœur de l’été et de l’année et – même si je n’ai jamais caché ma reconnaissance pour les éditions Asphalte pour son travail – je ne place aucunement cette offrande qualitative comme une quelconque allégeance, mais comme une réalité d’un livre qui fait partie du littéraire moderne, différent, et donc à découvrir instamment.

Et je termine cette chronique par une anecdote plus personnelle.

En 1986, à Lyon, sur feu quai Achille Lignon, j’avais vu en concert Serge Gainsbourg, et ce moment restera gravé en ma mémoire.

Le Grand Serge avait arrêté de chanter et avait lu quelques morceaux choisis des Contes « dits » extraordinaires d’Edgar Allan Poe, traduits par Baudelaire, qui connaissait (selon Gainsbourg) mal l’Anglais-Américain, pourtant… Il nous incitait à lire ces Contes qu’il désigna comme « simplement superbes ! ». Je suivis ces pas et offre souvent ces Contes, en cette seule indépassable traduction, à mes amies et amis.

Et le livre d’Antônio Xerxenesky se poursuit par une intégration d’un morceau, lui-aussi choisi, de Thomas de Quincey (dont seule l’attractivité à l’opium m’était connue), traduit par Baudelaire ; vous imaginez aisément ce que je vais lire prochainement…

Éric

Blog Débredinages

malgré tout la nuit tombe

Antônio Xerxenesky

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro

Asphalte Éditions

20€

 

Mémorial Tour de Chris Simon

Est-ce possible que le tourisme de mémoire, pour rendre le vécu indicible de celles et ceux qui partirent pour les camps de la mort, encore plus repérable ou identifiable pour les générations actuelles, se transforme en pèlerinage morbide, voyeur et inconséquent ?

Est-ce nécessaire pour toucher les tréfonds des horreurs, que l’on soit dans l’obligation de supporter brimades, privations, coups, quolibets et que l’on soit aussi en situation de vivre en communauté de tensions, pour repérer si le solidaire l’emportera face à l’individualisme ou si le fort aidera le plus faible ou se considérera comme prédateur utile pour sa propre et unique sauvegarde ?

En lisant et relisant le fort livre de mon amie auteure, Chris Simon, qui sait si bien décrire les psychologies de l’insondable, je revoyais le film « I comme Icare » avec Yves Montand, de la fin des années 70, où un test s’organisait avec deux personnes et la perception pour l’un des protagonistes qu’il adressait une décharge électrique à l’autre personne quand elle ne répondait pas correctement à une question. La personne qui recevait des décharges électriques était un comédien qui simulait, mais son comparse ne le savait pas et rares étaient les personnes qui décidaient de stopper l’exercice avant une intensité électrique réputée forte ou qui le stoppaient avant qu’il ne démarre…

Patrice décide d’offrir un voyage surprise à Hélène ; elle ne doit rien savoir et tout ce qui est organisé doit rester secret.

Le voyage commence assez mal lorsque les personnes chargées d’accompagner Patrice et Hélène, pour les amener à leur point de départ, directement de leur domicile, se comportent comme des gougnafiers et s’en prennent violemment au chat de la maison qui en reste interdit…

Ils rencontrent, pour « embarquer », Laure et Mathieu ; Laure veut « immortaliser » le voyage à venir par des séquences récurrentes qu’elle postera sur les réseaux sociaux, alors que l’on apprend que les téléphones et engins de communication se trouvent rigoureusement interdits et le contenu des bagages plus que limités…

Les volontaires pour le « voyage » partent de Drancy, lieu sinistre où les trains à destination des camps d’extermination et directement en partance pour la solution finale ont été à l’œuvre entre 1941 et 1944 ; une guide explique historiquement la réalité des lieux et les « voyageurs » attendent le train, en se questionnant quand même pour cerner si la reconstitution des convois horrifiants du passé n’allait pas s’organiser en une sorte de tourisme de réalité directe plutôt inquiétante et sordide…

Le train s’ébroue et tous les voyageurs sont enfermés en un wagon fermé, avec l’obligation de s’asseoir sur le dur du revêtement au sol ; quelques optimistes s’imaginent en réalisation de documentaire instantané sur les traces de l’innommable et d’autres, dont Hélène, commencent sérieusement à se demander ce qu’ils viennent faire en cette galère, sans hygiène, en pleine promiscuité, sans possibilité d’aller aux latrines avec un rudiment d’intimité, en suffocation, sans air et sans savoir ce qui se déroulera en les heures à venir.

Si tour-operator il y a, il pousse le vice et le bouchon très loin, en imaginant reconstituer un train en partance pour le supplice de la Shoah, alors que, même en 1944, les Nazis prendront toujours soin de préciser aux personnes en convoi qu’elles allaient en camp de travail… Et les accueils au son des orchestres devant la sinistre banderole du « Arbeit macht frei » se voulaient accréditeurs de cette volonté « d’apaisement », pour mieux gérer ensuite l’organisation terrifiante du meurtre de masse des internées et internés.

L’auteure sait glaner sans concession les réalités d’une vie en groupe, en ce convoi insupportable et pourtant parti du plein gré de ses voyageurs.

Elle évoque la fébrilité de Christine qui se sent tellement terrorisée par ce vécu, en ce wagon d’inconvenance qui la déchire, qu’elle finit par s’uriner dessus ; elle parle de Bastien qui rapidement cherche à s’échapper, elle transmet le message d’un joueur de cartes, un peu rouleur de mécanique, qui finit par s’adonner à ses excréments dans le wagon et qui en dissimule une honte absolue…

Oui, on peut refaire revivre un train où le groupe réuni alternera des volontés d’entraide pour partager l’eau et conserver des réserves et des moments de déchirement où les injures et le chacun pour soi l’emporteront sur l’once de raison.

L’auteure déploie en son écriture une énergie sauvage où l’humanité ne fait plus sens, où toutes les relations bienveillantes sont anéanties, pour tendre vers la seule sauvegarde de chacune et chacun, prête ou prêt à piétiner l’autre pour conquérir une part de pain supplémentaire ou une respiration d’un peu d’air plus frais.

Et si toute la force émotionnelle de Chris Simon environne son roman pénétrant, elle ne conclut pas par la positivité…

Car ce voyage ne pourrait n’être qu’une mauvaise farce, un sinistre passage ou une tentative de reflux psychologique pour analyser les potentiels comportements de ceux qui sont partis et ne sont jamais revenus…

Et même si l’auteure plaide pour la concorde et l’amitié solidaire, elle ne se méprend pas sur la réalité de la nature humaine, qui peut à la fois se placer en ouverture et en égards mais aussi se cantonner à l’absence totale d’égards, avec la lâcheté de ne pas écouter, repérer et voir ce qui se passe à côté, pour s’auto-conserver, au mépris de toute compassion ou tolérance.

On ne ressort pas totalement indemne de ce roman, mais il est important de le lire et de l’utiliser en philosophie et en science cognitive, car il décrit ce qui est et ce qui fut, sans ambages et sans fioriture.

Il n’insiste pas pour tenter d’améliorer les choses ou de faire en sorte d’éviter le pire mais clame que « la bête immonde » Brechtienne d’Arturo Ui peut toujours revenir et qu’il convient de savoir dire non et parfois, même en documentaire circonstanciel, réfuter ce qui se propose ou se présente.

Et surtout l’indicible n’a pas besoin de commentaire, il est pénétré en nos esprits et cela suffit.

Merci Chris et reçois toutes mes amitiés et affections.

Éric

Blog Débredinages

Mémorial Tour

Chris Simon

13€ – www.chrisimon.com

Roman lauréat du jury Amazon-Kindle KDP au salon Livre Paris 2016

La guerre est une ruse de Frédéric Paulin

En mars dernier, au salon du Livre Paris 2019, j’ai salué l’équipe d’Agullo Éditions et elle m’a ardemment conseillé de découvrir l’univers de Frédéric Paulin, qui s’est attelé, en une trilogie dont deux tomes sont parus à ce jour, à décrire, sans concession, l’Algérie des années 90 jusqu’en nos réalités contemporaines, entre attentats terroristes, montée de l’islamisme radical et collusion trouble entre pouvoir et forces régaliennes du pays avec les mouvements intégristes.

J’ai suivi ce conseil et ai acheté le premier tome.

Je n’ai pas eu le loisir de rencontrer l’auteur pour quais du Polar sur Lyon, en début de printemps 2019, où il obtint, et je l’en félicite, le prix des lecteurs, mais ce n’est que partie remise, car j’aime les auteurs qui utilisent, en source d’inspiration, les réalités du vécu historique, les interpellent et les interrogent pour en dénouer les fils et les actes enfouis.

Ce livre est une vraie réussite investie, tant sur le plan de la narration du roman noir que sur sa force contributive au débat, pour que les consciences atomisées par la chape de plomb des discours officiels reprennent vie et pour que les victimes oubliées ou disparues ne soient pas abandonnées…

Ce livre s’affecte d’abord comme un roman noir de qualité littéraire mais il sait aussi pénétrer des pistes longtemps mises en jachère, et, en ce sens il contribue à revisiter une Histoire récente dont les stigmates s’avèrent toujours présents mais dont la scrutation restait à opérer.

Tedj Benlazar est rattaché à la DGSE et opère en Algérie ; il connaît bien le pays, parle l’arabe, y a aussi ses origines personnelles ; de sa vie intime l’on sait qu’il semble joindre sa femme et prendre des nouvelles de ses deux filles quand il est en mission…

Il est soutenu par son « chef », Rémy Bellevue, qui apprécie son flair et son sens d’initiative à toute épreuve, et il le couvre fréquemment, quand sa façon d’enquêter peut mettre à mal les postures diplomatiques.

Lui-même a presque quasiment toujours vécu en Afrique, y a rencontré Fadoul et sait que l’on ne peut servir une mission que si l’on respire le pays de rattachement par tous ses pores et que si l’on s’y engouffre.

Tedj apprend vite que les sphères du pouvoir Algérien, et notamment les militaires et agents de renseignement, veulent « délégitimer » les islamistes qui avaient gagné les élections – avant qu’un coup de force, pour ne pas dire coup d’État organisé par des généraux appelés « janviéristes », les en aient chassé – en les infiltrant dans leurs maquis, pour que tous les crimes commis (y compris par les relais de ces agents du pouvoir) salissent les islamistes et leur organisation référente, le FIS.

Tedj connaît l’existence d’Aïn M’guel, zone qui servit au pouvoir Gaulliste pour les essais des premières bombes nucléaires dans le désert du sud Algérien, et reconverti en camp d’internement depuis l’indépendance, tellement isolé que l’on ne sait ce qui s’y pratique, mais l’on imagine que le pire peut s’y tenir et qu’il peut accroître encore son inanité…

Quand Tedj assiste à un interrogatoire plus que musclé d’un potentiel terroriste par les forces militaires Algériennes, au nord du pays, mais qu’il repère une personnalité qui semble elle-même dans la mouvance islamiste que l’on respecterait avec un certain égard, il place un de ses indicateurs pour suivre un véhicule qui va en direction du Grand Sud pour tenter d’en savoir plus.

Mais l’indicateur ne donne pas signe de vie et Tedj sait ce qu’il lui est arrivé… et il décide de passer à l’action, seul, ne voulant plus mettre en péril les personnes qu’il mandate pour l’aider et le renseigner.

La jeune et belle Gh’zala, étudiante, indépendante, très volontariste sur sa capacité à s’affirmer et à revendiquer une place pour la femme dans le pays, ne sait plus ce qu’est devenu son « promis » Raouf, qui a flirté avec les islamistes, plus par dégoût des caciques du FLN et de leur veulerie, que par conviction ; il a été arrêté, mais aucune demande sur son sort ne reçoit de réponse et le frère de Raouf, militaire, est aux ordres du pouvoir.

Elle passe régulièrement saluer et prendre soin de la Maman de Raouf, pour garder lien avec la famille qu’elle pensait intégrer…

Le roman décrit les fonctionnements des chefs militaires qui ont bien cerné que la terreur renforcerait leur pouvoir d’ordre et que personne n’imaginerait que les attentats islamistes pourraient être fomentés ou même aiguillés, en sous-main et en infiltration, par l’armée ou les services de renseignement.

En arrêtant des islamistes, en rasant des villages suspectés de les appuyer ou de les cacher, en organisant avec certains islamistes, et en s’associant à eux, des attentats touchant notamment des intérêts étrangers (surtout Français), ils pouvaient légitimement demander des appuis et des soutiens extérieurs et renforcer leur pérennité, en cultivant ce double jeu.

Tedj n’est pas dupe et les chefs militaires locaux l’ont bien repéré, mais il n’est pas aisé de détrôner la vérité officielle quand la France préfère soutenir le pouvoir de la force, le considérant, comme beaucoup moins néfaste qu’un pouvoir islamiste…

Mais les liens du FIS avec de jeunes Français et notamment en certains quartiers de Vaulx en  Velin ne cessent d’inquiéter Tedj qui mesure ce que représenterait la poursuite perpétuée des attentats hors territoire Algérien…

Est-ce que le pouvoir Algérien organiserait aussi des possibles conversions d’apprentis terroristes en France pour que la France sache bien qu’elle ne peut être qu’unie avec le pouvoir militaire…

Quand des Français sont kidnappés et qu’ils sont retrouvés trop rapidement par les forces militaires, Tedj imaginera que la duplicité peut aussi se placer sur les angles les plus cruels pour magnifier la volonté d’un pouvoir de perdurer, en acceptant toutes les lâchetés et compromissions.

Tedj sait que Gh’zala est en danger et il veut la faire sortir du territoire, et il ne peut que se remémorer le terrible attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983, où des militaires Français avaient été sauvagement assassinés en un attentat ; Tedj y était et depuis lors il se sent toujours porté par la nécessité de secourir les personnes avec lesquelles il se sent en lien et dont il repère la potentielle fragilité, même à leur corps défendant ; Tedj renferme aussi un secret plus que douloureux qui magnifie aussi sa volonté de bravoure et d’entraide, malgré ses fêlures et sa prise de boisson trop récurrente…

Le premier tome qui s’ouvrait sur le coup de force des janviéristes se clôture avec l’attentat de l’été 95 au RER Saint-Michel et les soubresauts de Khaled Kelkal qui agissait au nom du FIS en France, enfin au nom du FIS et-ou de ses éventuels alliés militarisés…

Le livre intègre subtilement, et avec force, des personnalités réelles et ayant existé et ne camoufle rien, ni des enlèvements odieux avec décapitations à la clef ou de ceux fomentés pour prouver que le pouvoir Algérien peut retrouver des étrangers sains et saufs, ni des généraux et militaires dont les volontés de commandement intègrent toutes les panoplies des doubles jeux, ni les mouvements islamistes dans toutes leurs différentes acceptions, qu’ils s’imaginent de politique pure ou de combat armé ou de djihad.

Un livre marquant et percutant et plus qu’important en son sujet traité.

Je vais maintenant lire le second tome ; à bientôt pour vous en parler.

Éric

Blog Débredinages

La guerre est une ruse

Frédéric Paulin

Agullo Noir – Agullo Éditions – 22€

Fils d’Irlande de Jules Verne

 

En parcourant, comme quasiment tous les premiers dimanches de mois, les tréteaux des bouquinistes de la Place Jean Macé, sur Lyon 7ème, j’ai déniché, récemment, un livre de Jules Verne, que je pensais pourtant avoir lu, en son intégralité, au moins deux fois, que je n’avais pourtant jamais parcouru, ni même identifié : il s’agit de Fils d’Irlande.

Ce livre se place en forte originalité dans l’œuvre du grand écrivain, malheureusement trop souvent affecté à la littérature de jeunesse, alors que ses connaissances scientifiques et encyclopédiques en font un analyste brillant et un conteur hors pair, soucieux de ménager le suspense, enchevêtrant en permanence ses personnages et narrations pour insuffler un esprit de conquête et d’aventure qui m’ont toujours fasciné.

Ce livre raconte, à la manière de David Copperfield de Dickens ou de Sans Famille d’Hector Malot, l’histoire d’un tout jeune garçon, qui n’a jamais reçu d’autre nom que celui de « P’tit Bonhomme », et qui, de misère endurcie à châtiments corporels, va finir cependant, à force de droiture, de conviction, de travail investi, de volonté de se sublimer par l’étude et la réflexion, à sortir de sa nasse et de sa condition pour répandre le bien autour de lui.

On pourra considérer que ce roman s’intègre en une fiction de bon aloi, où tout finit bien et où toute personne peut s’élever, en respectant les codes pourtant inégaux, mais ce serait bien péjoratif, car Verne, qui fut aussi Conseiller Municipal Républicain-social, dénonce les injustices, les privilèges et condamne les ordres établis, sans pour cela accepter les malversations ou violences ou les volontés de bouleversement révolutionnaire.

P’tit Bonhomme se voit d’abord enlevé d’une famille d’où il ne repère que le visage doux et l’affection d’une toute jeune fille, prénommée Sissy, pour aller servir un mauvais homme qui part en bohème sur les chemins, par tous temps, pour présenter des marionnettes.

Le chaland ne sait pas que P’tit Bonhomme est le seul à faire fonctionner les marionnettes et qu’il s’échine à la tâche en avançant, de plus, à pied, sur des chemins difficiles.

Sans un cri échappé un jour de représentation et entendu par un prêtre, il aurait pu continuer longtemps à errer de la sorte, en misère d’esclavage…

Mais le prêtre le confie à une pension où le seul intérêt de son responsable vise à suggérer aux enfants d’abandon d’aller se livrer à la mendicité ou à de menus larcins pour subvenir à leur gîte et couvert, pourtant plus que rudimentaires…

Heureusement P’tit Bonhomme croise la route de Grip, jeune homme qui le prend en protection, et qui reconnaît vite les qualités humaines de l’enfant, et lui apprend aussi à lire, écrire et compter, malgré la méchanceté de ses autres condisciples.

Un incendie ravageur où Grip sauve P’tit Bonhomme, sépare leurs chemins, car l’enfant est recueilli par une comédienne qui veut l’adopter et le chérir, mais surtout pour assurer sa notoriété de bienfaitrice.

Une mauvaise compréhension, entre la comédienne et l’enfant, un jour où elle l’invite à monter sur scène, laisse P’tit Bonhomme de nouveau, seul et abandonné… Verne en profite pour donner sa perception impitoyable sur celles et ceux qui font le bien uniquement pour leur gouverne de communication…

Il finit par rencontrer une famille de fermiers, aimante et solidaire, qui le recueille ; il y passe de belles années, avant que les récoltes soient compliquées et que le propriétaire expulse celles et ceux qui l’ont reconnu comme fils.

Verne en profite pour prendre la défense des nationalistes Irlandais désireux de prendre leur émancipation et leur indépendance face à une Grande-Bretagne repliée sur ses privilèges d’aristocratie ; il magnifie leur volonté de combat qui ne peut se vivre qu’avec des révoltes, pourtant réprimées sévèrement par les ordres de sa Majesté…

P’tit Bonhomme se retrouve de nouveau seul, mais avec le chien de la maison Birk, et ensemble, ils vont affronter de nouveau l’existence, avec un passage comme valet de châtelain, puis, en sauvant un jeune enfant de la noyage suicidaire, vont tenter de se lancer dans le commerce de produits de papeterie, avant de devenir de vraies hommes d’affaire avisés, et surtout très organisés, employant déjà des techniques publicitaires et de communication.

P’tit Bonhomme voudra surtout tout faire pour remercier celles et ceux, qui l’auront aimé, aidé et appuyé, sur sa route douloureuse et pénible, rude et sans pitié, pour les assurer de son infinie reconnaissance et pour que s’ouvrent des lendemains plus apaisants et porteurs.

Un livre solidaire, positif, qui n’élude pas les réalités insupportables et les avidités humaines, mais qui plaide vers une concorde, et surtout pour la mise en œuvre de lois permettant à l’enfance de vivre et de s’épanouir tranquillement, en sa découverte intérieure, avec l’appui d’une éducation bienveillante qui lui donnera les clefs pour construire une vie digne et juste, ouverte au partage. Et en fin de XIXème siècle, ce message avait une force évidente, qui reste encore à porter aujourd’hui, en de nombreux coins du Monde.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Fils d’Irlande

Jules Verne

4 euros en Bibliothèque Verte de 1975 chez les Bouquinistes Lyonnais

 

 

Moana blues d’Anne-Catherine Blanc

 

Ce samedi 16 mars dernier, où j’arpentais, à mes habitudes, le salon Livre Paris, je me suis rendu sur le stand de la Polynésie Française et du Pavillon Océanien, où je déambule aussi chaque année, pour dénicher de vraies pépites.

J’ai eu l’immense plaisir de retrouver « Lucile » des Éditions « Au vent des îles », avec laquelle j’avais déjà eu le privilège intense de rencontrer Russel Soaba, auteur indépassable de Papouasie-Nouvelle Guinée, à la découverte de son opus magnifique, d’une poésie rare, Maiba, en 2017.

Ayant eu un autre bonheur de pouvoir compter, en mes amitiés sincères, directes, en plénitude, une auteure de talent, Anne-Catherine Blanc, avec laquelle je partage les nécessités d’appui sociétal pour une meilleure compréhension des relations humaines et pour plaider une entraide toujours solidaire, et une passion pour le Peuple Rapa Nui et ses héritages, je recherchais son roman, écrit quand elle « professait » en Polynésie et quand elle s’est plus que familiarisée aux réalités, coutumes et enivrements locaux.

Ce roman, que j’ai lu deux fois de suite, avec intensité, et que j’offrirai souvent en mes humbles réseaux, se consacre avec une force émotionnelle majeure, une sensibilité exacerbée ; surtout il s’affiche avec une narration stylisée remarquable qui donne encore plus de hauteur à la lecture, puisque nous sommes happés, au sens strict, par les réalités décrites, par les communions ou désunions entre les protagonistes et par la recherche d’un mieux-être par-delà toutes les déchirures, même les plus enfouies.

Paulot s’est mis en couple avec Malinda et ils constituent les parents d’Urahei (Couronne de flammes) née récemment et encore pouponne ; ils forment un couple organisé autour d’une famille dite pudiquement recomposée, avec Vaitiare (Rivière de fleurs), jeune fille qui s’épanouit mais qui renferme une fragilité lancinante et Moana, le fils de Malinda, qui au départ avait battu froid la venue d’un autre homme dans le foyer, mais qui l’avait adopté en entremêlant leurs passions pour le surf pour le jeune et pour la plongée pour le « paternel ».

L’auteure déploie son roman à partir des significations plurielles de Moana, bleu intense quand on atteint les profondeurs et qui peut même faire planer des vertiges entêtants ou déchirants, avec des limites insatiables et tendues, mais aussi symbolique d’un prénom lié à l’Océan, en toutes ses dimensions, surtout celles sur lesquelles la prise humaine demeure compliquée, car l’appel de son immensité peut à la fois donner sens à la liberté mais rappelle aussi l’assurance qu’il maîtrise seul l’avenir de celui ou de celle qui s’aventure en ses tréfonds…

Il ne serait pas convenable de raconter le roman, en ses pénétrations, fougues, envoûtements et fragilités, mais il m’importe, à touches impressionnistes, de donner quelques messages forcément insuffisants, sur ce qui m’a marqué, et m’incite à vous encourager, à suivre mes pas, pour intégrer cette force littéraire présente, en palpitations permanentes, en ce livre :

  • La dignité dans le chagrin s’impose comme une valeur transcendante. L’ on ne masque ni la douleur, ni la détresse ; l’on ne compose pas de rites de deuil, mais l’on se rassemble pour porter le « partant » vers un au-delà spiritualisé ou pas, qui le place en les sphères où il aimait être, avec l’affection de celles et ceux qui l’ont aimé. Comme cela, au travers d’un soleil étincelant et d’un bleu percutant, le « partant » sera toujours présent au fond des âmes…
  • Le solidaire amical qui entoure les personnes en détresse, sans intéressement, par simple volonté d’être là, en silence, en appui, avec son corollaire nécessaire où les choses doivent être bien en place, notamment si une échoppe ou un camion, version food-truck Polynésien, ne pourra ouvrir quelques temps, avec l’avertissement donné aux clients potentiels, sans attendre de compassion, mais en sollicitant juste la compréhension des essentiels dans l’art de vivre et de ne plus vivre aussi bien…
  • Les couleurs multiples du bleu, déployées à satiété en ce roman et qui collent en récurrence dans les expressions, où le bleu démontre la mer, ses enveloppes, ses poussées, ses reflets avec le soleil, sa présence en vision entre ciel et lointain, et surtout sa gravité, qui promeut une intensité plus marquée lorsque l’on plonge, surtout en qualité de plongeur émérite. Le plongeur amateur que je suis, qui apprécie les promenades en palanquée, sait que l’atmosphère de ces bleus multiples doit s’apprécier en silence, en respect, et surtout avec une prudence acérée…
  • L’assurance que l’on peut avoir une deuxième chance, qu’elle soit liée à une orientation (comme l’on dit pudiquement) scolaire réussie et placée en bienveillance, avec un accompagnement professoral et parental adapté, ou qu’elle soit due à un transfert familial pour sortir une jeune d’une nasse sans affection ou pire d’une tension familiale qui la place en danger et peut mettre en péril tous ses sens et sa construction à venir.
  • La nécessité de prendre en compte la douleur comme un temps de vie difficile mais qu’il n’est pas possible d’éviter ou de mettre en repli. Sans délectation morose ou perception dépressive, mais avec l’importance de vivre un moment que l’on doit affronter, où comme le dit joliment Jacques Prévert : « si le rire est le propre de l’homme, le sale ne sera jamais de pleurer »…

Merci aux éditions « Au vent des îles » pour son catalogue inspiré et inspirant, et merci à Anne-Catherine Blanc, pour son écriture puissante, positive, apaisante, réactive, « sollicitante », et surtout tendrement émotionnelle et-ou émotionnellement tendre.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Moana

Anne-Catherine Blanc

Éditions « Au vent des îles » – Tahiti

Photo avec Lucile et « Moana » le 16 mars dernier, au salon Livre Paris 2019

Les frères Kip de Jules Verne

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je ne peux passer deux mois sans revenir, en les entrelacements de mes promenades littéraires, à une « revisitation » (comme on dit joliment au Québec) de mes auteurs de référence d’enfance ou d’adolescence, pour retrouver les saveurs de certains de mes « livres-madeleines ».

Quel plaisir absolu de lire Jules Verne dans la bibliothèque verte et de partir en aventure sur les traces de ses personnages fougueux, investis par la force de la confiance en les sciences de progrès, pétris par un sentiment solidaire de justice et de concorde et en étant assuré, en suivant leurs pas, de pénétrer des contrées inexplorées et qui associent rêve et enchantement.

Je pensais avoir tout lu et relu, notamment dans la bibliothèque verte, qui avait volontairement tout fait pour que même des livres un peu oubliés de l’auteur trouvent un jeune (ou moins jeune) public, aiguisé par l’envie de vivre passionnément des récits picaresques. Je regrettais juste un message appuyé de l’éditeur Hachette de l’époque, pour réduire et cantonner Jules Verne, à une lecture pour seuls garçons, principe bien inconséquent et malvenu pour l’ouverture pour l’égalité hommes-femmes. La bibliothèque rose allait pour les filles et la verte pour les garçons…

Sur le stand d’un bouquiniste de la Place Jean Macé de Lyon, où je me promène tous les premiers dimanches du mois pour aller les saluer, faire « mon marché » et dénicher des pépites, je suis tombé sur un livre de Jules Verne, dont j’ignorais l’existence, et je me précipitais pour l’acheter, pour la somme modique de 2€, et bien dans la bibliothèque verte, en édition cartonnée illustrée de 1977.

Il s’agit des « Frères Kip » et je vous recommande instamment de tout faire pour vous le procurer, car vous y trouverez et y puiserez tous les ingrédients que Jules Verne a assaisonnés pour permettre à son lecteur de s’enrichir en connaissance, de partir sur des terres inconnues, hostiles ou inviolées, en s’appuyant sur des personnages vivant des rebondissements permanents, mus par une combativité en verve et bien décidés à faire valoir leurs droits.

Jugez plutôt :

L’histoire prend source en Nouvelle-Zélande, administrée au XIXème siècle par la Grande-Bretagne, dans les milieux des dockers, des armateurs, des bars à marins, plus ou moins louches, et où se combinent toutes les envies de piraterie…

Le brick James Cook part en expédition commerciale pour joindre plusieurs îles du Pacifique renfermant des produits rares, précieux et exotiques, pour une durée de plusieurs mois, avant le retour sur ses bases.

L’équipage semble solidaire du capitaine et avide de travail et peu vénal pour les gains.

Mais la volonté de certains membres de prendre en main les destinées du bateau et de partir en piraterie devient de plus en plus marquée, et elle semble bien contrariée par le repêchage de deux frères qui étaient échoués sur une île…, à la manière de Robinson, après le naufrage du bateau qui les employait et bien loin de leurs terres d’origine, aux Pays-Bas…

En effet, le capitaine voyant leurs signaux de détresse approche un canot pour les sauver, ce qui en bons marins, raffermit le solidaire et donne une reconnaissance éternelle pour les frères Kip à celui qui les a sortis d’une si funeste posture.

En pleine mer de Corail, après un arrêt sur une île pour effectuer des transactions, une partie de l’équipage fomente l’assassinat du capitaine et s’empare du bateau, au sein duquel est présent le propre fils de l’infortuné chef de bord…

A partir de ce moment-là, le livre prend plusieurs postures :

  • Avec la volonté des pirates de faire accuser les frères Kip de l’assassinat du capitaine, car l’étranger est toujours responsable de tous les maux, adage que Verne fait méditer à ses lecteurs, pour mieux le réfuter.
  • Avec l’incompétence des marins pirates qui ne savent pas guider le bateau, que prennent en main les frères Kip, en hommage à leur sauveur défunt, ce que les pirates ne peuvent pardonner, car il n’est pas envisageable que celui qui vient d’ailleurs apporte plus de conscience que celui qui est bien né et qui sait forcément tout sur tout…
  • Avec l’injustice criante qui apparaît quand les frères sont accusés de meurtre et avec les péripéties qu’ils vont devoir endurer pour faire reconnaître leur innocence, avec toujours chez Verne, la lucidité d’une personne objective et raisonnée, dans ses livres, qui repère les fausses pistes et sait dénouer les lâchetés et les vicissitudes.
  • Avec la capacité de Verne d’intégrer la géographie avec l’histoire et sa propension permanente à rappeler le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, avec ici un soutien marqué aux Fenians, les nationalistes Irlandais qui étaient enfermés au bagne pour oser réclamer une indépendance face à la couronne Victorienne.
  • Avec la présence des indices de roman noir, sur les traces d’Edgar Allan Poe, que Verne vénérait, qui permet notamment, grâce à des analyses scientifiques de dernier cri, de prouver l’innocence des frères.

Ce livre se savoure et s’apprécie dans toute sa palpitation.

Et moi je suis retombé en enfance et en adolescence, avec vigueur, avec un contentement majeur, en lisant ce livre, que je ne pourrais jamais considérer comme réservé seulement à un jeune public, car Verne s’adresse aux grandeurs et suppléments d’âme et donc à tout un chacun et chacune, ne l’oublions pas…

Eric

Blog Débredinages

 

Les frères Kip

Jules Verne

En bibliothèque verte, pour 2€, chez les talentueux bouquinistes des premiers dimanches du mois, de la Place Jean Macé de Lyon 7ème, merci à eux ! Photo collector du livre, en édition de 1977.

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