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Mois

juin 2017

Les Châteaux de la Loire de Cazenove et Larbier

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je me remémore, avec avidité, ma rencontre passionnelle et passionnante avec Christophe Cazenove et Philippe Larbier, en novembre 2015 (cf photos ci-dessus), pour un festival BD sur Rive de Gier (entre Lyon et Saint-Etienne, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette vallée qui fut pourtant tellement industrieuse), respectivement émérites scénariste et dessinateur des Petits Mythos, collection qui allie pédagogie, réflexion et humour incisif et décalé, attributs d’un vrai plaisir pour les jeunes ou leurs parents qui n’ont jamais trop grandi (et je me place aisément dans ce doux sillage…).

Les deux acolytes restent accessibles et humbles, cela n’empêche pas, sans me positionner comme un de leurs thuriféraires, que je loue fortement leur talent, leur faculté immédiate et réactive pour le sens du gag et leur capacité à réinventer des histoires prenant corps et cœur sur des lectures érudites.

J’avais eu plaisir à les interviewer, en modestie, et je garde de cette rencontre un souvenir enjoué et flatteur.

Je les ai retrouvés avec un nouvel opus consacré aux Châteaux de la Loire.

L’album s’inscrit avec la volonté de parler de l’histoire de la construction, souvent ancrée avec plusieurs édifices successifs, des Châteaux, et de mêler réalité historique et humeur pour délivrer ce qui s’est déroulé d’important, en ces lieux, qui marquent de leur empreinte tout ce « val » dit de douceur et qui connut cependant moult soubresauts…

Philippe dessine des personnages toujours acérés, en son style caractéristique alliant sens du comique et caricature, qui n’oublie jamais la reconnaissance fiable de celle ou celui dont il parle, et il nous démontre ici, aussi, un sens aigu de la rigueur architecturale, en marquant de son crayon ou de son feutre une précision aiguisée pour tous les Châteaux dont l’album narre l’histoire comme les évolutions.

Christophe s’attache à puiser dans la Grande Histoire pour évoquer « les petites histoires » qui traversent la présence des occupants ou qui s’associent aux destinées des pierres et pièces de cachet des édifices ; il sait, avec maîtrise, concilier rappel informatif et éducatif et humour percutant.

Vous vous rappellerez que François Ier désirait placer ses pas sous le sceau de la salamandre, animal « censé éteindre les mauvais feux et attiser les bons » et que Chambord regorge de ces représentations, mais vous comprendrez aisément qu’il est plus compliqué d’en faire un festin, même si le cuisinier royal désire surprendre son altesse…

Vous repérerez que l’escalier à vis, toujours à Chambord, où l’on  peut monter et descendre sans croiser qui que ce soit, aurait pu aussi, peut-être, être construit pour masquer un libertinage…

Le temps record de la construction du château de Langeais inspire un gag rappelant l’agilité de Lucky Luke, qui tire (comme chacun sait) plus vite que son ombre et qui renvoie aux ouvriers de chantier de l’édifice qui pourraient presque réaliser les perspectives de Louis XI avant qu’il ne les ai réfléchies ou pensées.

Vous apprécierez découvrir que le château d’Ussé, dont Perrault s’est inspiré pour la Belle au bois dormant, s’est affecté de la construction d’un bastion, réalisé par Vauban, dont l’une des filles avait épousé le propriétaire de l’édifice ; Christophe et Philippe imaginent avec crédibilité que la réalisation ne fut peut-être pas du goût de la jeune femme…

Vous apprendrez que le château de Blois intègre plusieurs styles architecturaux  et le guide des lieux semble prendre les traits d’un de nos grands acteurs, vigneron de son état aussi, en Touraine…

J’aime beaucoup le gag sur l’ajout d’étages sur la galerie du pont de Chenonceau, qui aurait entraîné l’obligation pour les bateliers navigants de rebrousser chemin, car ne pouvant plus passer sous les arches, et le clin d’œil injurieux avec la présence de Totor le Minotaure rassemble la tendresse affective de nos deux auteurs pour leurs productions et parcours communs.

Je place aussi un élan particulier pour la reconnaissance à Chinon par Jeanne d’Arc, du dauphin, futur Charles VII, qui remet quelques idées en place, salvatrices, sur le mythe fondateur sacralisé de notre « héroïne ».

Quant à Léonard de Vinci, sa venue à Amboise pour profiter d’une douce retraite… ne s’est pas forcément déroulée comme ses vœux l’imaginaient, car si François Ier lui avait assuré soutien et appui, il souhaitait bien évidemment l’intégrer dans sa volonté de magnificence pour installer la France dans la renaissance des arts plutôt que de lui laisser libre cours au farniente.

Un cahier pédagogique de bonne facture est glissé dans l’opus pour donner envie de promenades et découvertes et pour prolonger la lecture par un élan touristique, avec une envie réelle de replonger dans l’histoire des Châteaux, qui allie l’analyse de leur construction pas à pas et pierre à pierre avec notre déroulé de vécu, depuis la Renaissance.

Salut fraternel, et toujours admiratif, à Christophe et Philippe, et à bientôt, « les gars » et amitiés vives !

Éric

Blog Débredinages

Les châteaux de la Loire de Christophe Cazenove et Philippe Larbier

Scénario : Cazenove

Dessins : Larbier

Couleurs : Alexandre Amouriq et Mirabelle – Bamboo Editions

Photos personnelles ; et merci à mes fils pour ce cadeau de fête des pères plus que sympathique.

 

 

 

 

 

 

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Berezina de Sylvain Tesson

 

Quand je lis Sylvain Tesson, admirable conteur et écrivain voyageur insatiable, je suis certain de recouvrer deux de mes humbles fragilités : le plaisir de savourer la dive bouteille, en discutant sans délai et carcan avec des amis comme la volonté de tenter de puiser dans la grande histoire pour essayer de mieux apprivoiser ou de mieux s’approprier nos réalités ambiantes du moment.

Deux cents ans pile après, Sylvain Tesson, avec quatre acolytes, amis Russes et Français, décide de refaire, en side-car, le trajet de la campagne de Russie ; entre le 3 et le 15 décembre 2012, sur les traces posthumes de la Grande Armée, sans vénération, mais avec respect, sans grandiloquence, mais avec inclinaison, notre auteur tente de percevoir des signes, des indices, permettant de cerner ce que fut le vécu violent et déchirant des grognards, prêts à tout pour suivre leur Empereur mais qui savaient qu’en plein hiver et sans repaires, ils allaient affronter une mort certaine, pour une gloire à la fois porteuse, mais aussi si funeste…

« Pourquoi ne pas faire offrande de quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon, à leurs fantômes et à leurs sacrifices ? » déclame Sylvain Tesson, qui, toujours affecté par une humeur mordante, considère que des hommes ont péri ou traversé une « effroyable boucherie », pour tenter de « voir scintiller les bulbes de Moscou »…

Le premier jour de trajet devait relier Moscou à Borodino, lieu intense de tensions entre Napoléon et Koutouzov, le maréchal du tsar, plutôt inspiré, car il considéra que la géographie ferait le travail et que la Grande Armée se perdrait dans « l’immensité des territoires »…

Et c’est en ce sens qu’il choisit de préférer la « dérobade » à l’ « affrontement » ; mais comme le tsar voulait un vrai combat, les charges ont fini par sonner la terreur, et Borodino conserva longtemps le record crétin de « la bataille la plus meurtrière depuis l’invention de la poudre »…, avant que la Grande Guerre ne remette un chapitre encore plus insupportable sous l’angle du nombre de morts et disparus, en ces successions d’assauts inconséquents…

Plus surprenant apparaît sur le site de Borodino un monument avec comme inscription « ici nous avons combattu l’Europe », ce qui n’est pas exact puisque l’Angleterre soutenait le tsar mais qui permettait hier, comme aujourd’hui, avec Poutine, de considérer que l’isolement Russe s’assortit d’une forme de vraie et forte grandeur.

Les équipages de side-car de marque Oural, à la fois robustes et imprévisibles, roulant sur la neige, et croisant des camions incessants, arrivent à Smolensk où une halte est faite en un ancien hôtel d’apparatchik, proche des fortifications et remparts de la cité ; Sylvain Tesson se remémore les récits du sergent Bourgogne qui écrivit, ici, des témoignages confirmés  de cannibalisme aux babines pleines de sang, alors que six mois auparavant « les grognards faisaient trembler l’Europe »…

Et toute proche de Smolensk, l’on traverse une rivière, nommée Berezina, au nom si direct, si prophétique de douleurs, tensions et de détresses…

En direction de Vilnius, l’Empereur avait décidé, précisément, à Smorgoni de rentrer directement aux Tuileries, pour « en imposer plus en Europe » ; cette réalité confiée à Caulaincourt pourrait apparaître comme une situation assez lâche en laissant ses hommes à la vindicte, au froid et à l’épuisement, mais l’on se remémore la phrase célèbre et misogyne de l’Empereur pour qui « les Français sont comme les femmes, car il ne faut jamais les laisser en de trop longues absences… » et, on le sait, un militaire consacré aux destinées du pays a mieux à faire que de périr avec les siens…

Vilnius vit encore sur le souvenir de la débâcle des pauvres hères, en haillons, de l’armée de zombies et comme ils étaient parfois couverts de peaux de bête, les bourgeois de la cité décidèrent de fermer les portes de la ville, sachant que les grognards qui avaient survécu aux massacres des combats, au froid et à la faim se voyaient maintenant attaquer par la vermine ; la mort n’oublie personne décidément…

Le plus surprenant, en cette tragédie humaine, fut de savoir que les hommes avaient tous pas mal d’argent sur eux, récupéré lors des conquêtes et pillages de l’aller, mais que plus un seul ne possédait de fusil…

En passant par la Pologne, on perçoit aujourd’hui un buste de Napoléon qui y avait créé un duché indépendant de la Russie et qui avait aussi apporté le code civil aux Varsoviens.

La grande armée avait à développer un bref passage en Prusse pour tenter de rallier Paris pour ceux qui restaient…, que Napoléon, en éclaireur, redoutait, même s’il ne percevait pas de rupture à son idéal, et qu’il a toujours mésestimé la campagne de Russie, persuadé que sa grandeur de vue ne pouvait souffrir d’une défaite.

Le périple de Sylvain Tesson prend fin, aux travers des Ardennes, pour rejoindre les Invalides et le tombeau de l’Empereur.

Sylvain Tesson a toujours été rebelle en tout et s’est toujours lancé des défis, en suivant Jules Verne autour de la mer Noire, en s’exilant au bord du Lac Baïkal, et ici en suivant les traces tragiques de l’épopée de la grande armée ; il sait conter, il sait dompter le flot de la grande histoire pour y puiser les affluents de la plus petite, mais qui donne son sens à l’épique, et il n’oubliera jamais de prendre le temps nécessaire d’apprécier une ou plusieurs bières et de poursuivre par une vodka d’herbe de bison…

Un récit tonique et érudit sur un pan d’histoire, où se mêle aussi une belle aventure amicale et enivrée, comme il s’entend…

Éric

Blog Débredinages

Sylvain Tesson

Berezina

Collection Folio

7.5€

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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