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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

janvier 2021

Artana ! Artana ! de Didier Daeninckx

Amie Lectrice et Ami Lecteur, le titre du livre de mon auteur vénéré pourrait vous apparaître bien étrange…

Il identifie le cri de ralliement des veilleurs, qui alertent les revendeurs de la venue de la police ou de quelqu’un de « suspect », pour éviter qu’ils soient pris sur le fait de leurs trafics…

Didier Daeninckx a écrit ce livre, alors qu’il a dû quitter sa banlieue Parisienne natale, et lieu de vie de plus de cinquante ans, car il a été la victime d’un incendie criminel et de menaces, lui qui a toujours défendu les Cités, qui a toujours aimé ses métissages, qui a toujours plaidé pour la concorde, qui a toujours milité, avec engagements, pour la reconnaissance de ses créativités, pour la sortir de ses isolements.

Il n’était pas question, pour lui, de céder aux chantages, mais il avait aussi la sécurité de son couple à assurer, et, comme la banlieue se transformait, par endroits, en mafia organisée, il décida de prendre la plume, de dénoncer les lâchetés des édiles qui préfèrent combiner avec les malfaisants plutôt que de les écarter, qui se transforment en corrompus pour défendre leurs pouvoirs et pré-carrés en laissant les bas trafics continuer à perdurer…

Et pourtant les trafics s’associent à des violences infinies qui terrassent dans l’abandon des pans entiers de quartiers qui n’en peuvent plus de dépendre des acteurs du monde des stupéfiants, de l’argent facile, du crime organisé…

Érik Ketezer est vétérinaire en Normandie et s’est installé dans les anciens quartiers bourgeois et de « cottage » de la famille Renault.

Sa clinique fonctionne bien, il est apprécié, dispose d’une clientèle fidèle qui connaît ses compétences, sa faculté à trouver rapidement le geste inspiré, pour remettre sur pied tous les animaux de compagnie appréciée.

Il connaît bien la banlieue parisienne où il a vécu une bonne partie de sa vie.

Il est appelé par la sœur et la mère de son ancienne petite amie, qui croupit dans un asile d’aliénés, qui semble totalement sous emprise, dans l’impossibilité de sortir d’une dépression emmurée.

Le frère de la famille vient d’être trouvé mort en Thaïlande et Érik est sollicité pour accomplir les démarches de rapatriement du corps.

Érik accepte la demande formulée, va rencontrer, sur place, des personnels consulaires et des relations de travail et d’affaires du frère décédé, qui était un passionné de plongée et qui avait organisé, sur site, une entreprise d’accompagnement de touristes pour des lieux magiques à explorer.

L’histoire, narrée efficacement, ciselée à la manière des veines habituelles de roman noir chez l’auteur, vous offrira :

  • La connaissance de la Thaïlande où s’interpénètrent populations locales, plus ou moins appâtées par les gains promis par les occidentaux de passage, organisant des projets suspects et souvent clandestins.
  • Le repérage que de nombreux responsables politiques des Cités croisent relation avec des personnes peu scrupuleuses, en Thaïlande, sous fond de sexe, de lucre, d’alcool à flot au prix invraisemblable, comme si la débauche planifiée sur place et l’envie de sortir de la condition habituelle livraient à tous les excès, en échange du silence absolu en chape d’acier, de l’acceptation, de retour en France, de ne rien dire qui pourrait remettre en question des états de fait, pourtant bien inquiétants au sein des trafics de drogue et de l’élimination criminelle de ceux qui dérangent.
  • Le lien direct entre trafiquants et édiles municipaux. Ces derniers ont reçu l’appui des réseaux, pour être élus ou conserver leur pouvoir, y compris avec des campagnes sans scrupules et des acceptations d’intégration de personnes peu recommandables dans les services publics, sans respect des règles habituelles de recrutement. Les trafiquants peuvent compter, en échange, sur le silence des responsables sur leurs organisations et sur le blanchiment de leurs finances…
  • La préférence donnée à la violence, à l’intimidation, à la mise en œuvre de foyers de tension, pour mettre à bas, empêcher toute forme de contestation, de débat différent, et surtout pour que ne puissent être dévoilées les arnaques et compromissions.
  • La destruction permanente des fondements des Cités, du désintéressement initial de leurs représentants, par la baisse drastique des subventions pour remédier aux contraintes de logements vétustes, pour améliorer des groupes scolaires en lambeaux, pour appuyer, par subventions, des initiatives, car l’on préfère utiliser les subsides pour des opérations de communication, pour des relations extérieures, au détriment de la justesse et de la justice, en enrichissant les mercantiles de tous acabits.

Quand Érik comprendra pourquoi son ancienne petite amie avait déféqué sur la tombe d’un ancien édile municipal, geste qui l’entraînera en cet asile d’aliénés, il ne pourra que se précipiter pour lui dire qu’il a enfin compris le sens de son acte, que son frère décédé avait aussi cerné…

Cette décision directe et cet acte impitoyable symbolisaient déjà le cri de détresse contre des personnalités malsaines, manipulatrices, qui ont inscrit la première pierre d’une banlieue – autrefois ouverte et multiple, tolérante et conquérante, malgré les misères – instituée comme le sentier permanent des trafics et mafias, avec des subordinations directes entre personnalités politiques et monde des stupéfiants et de la violence.

On retrouve les mêmes germes insupportables des villes Italiennes de Calabre, de Campanie et de Sicile, où gangrènent, depuis des lustres, des sociétés secrètes, qui donnent un peu d’argent à ceux qui en manqueraient, pour qu’ils leur lèchent la main et deviennent serviles.

Quand la délinquance pénètre le service public, quand le ramassage des ordures et le dysfonctionnement des ascenseurs des tours passe après l’avidité des clans, quand les réseaux islamistes s’interpénètrent pour placer des personnes à elles aux postes clefs municipaux, interdisant toute ouverture d’’esprit, plaçant dans les bibliothèques tous les ouvrages de la mouvance nouvelle rouge brune, l’on ressort révolté, et la lecture de Daeninckx, toujours bienfaisante, démontre que le combat pour un renouveau commence dès à présent.

Lisez ce livre direct, sans concession, écrit comme un coup de poing de face, qui vise à réveiller les consciences, à dire ce qui est, avec la volonté qu’il ne se perpétue pas, et qui plaide pour que des forces progressistes reviennent prendre le destin de ces quartiers, pour que les personnes délaissées ou abandonnées reçoivent enfin une nouvelle attention salvatrice !

Éric

Blog Débredinages

Artana ! Artana !

Didier Daeninckx

Nrf Gallimard

Escaliers, Une passion avec Louis-Ferdinand Céline, d’Évelyne Pollet

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous n’ignorez pas mon enivrement récurrent pour mon auteur de référence, Céline, que j’essaie, par fréquences, de connaître le mieux possible, dans toutes les acceptions de son œuvre.

Abonné au Bulletin Célinien, qui sans relâche, avec force investissement, ténacité opiniâtre, travaille, pour que l’analyse profonde, réflexive de l’ensemble du corpus littéraire et de correspondances de Céline, fasse l’objet d’études argumentées, de notes inspirantes et de mise en perspectives, j’ai eu le bonheur de découvrir que le livre d’Évelyne Pollet faisait l’objet d’une réédition.

J’ai donc souscrit pour recevoir cet opus, et je l’ai lu et relu avec un intérêt majeur puisqu’il constitue à la fois une force émotive et une retranscription historique narrée.

Corinne, alias Évelyne, vit à Anvers, et se sent subjuguée par les tableaux de Charbier, peintre qui expose en une galerie de la ville.

Corinne, dès la première découverte des œuvres de l’artiste, maîtrise et connaît la profondeur qui se dégage de son travail, qui associe capacité à illustrer les sentiments et états d’âme de ses visages ou portraits, pour les placer en un univers urbain sombre, pour porter les regards en des directions hautes, majeures, élevées, intenses.

Seul Charbier, peintre qui reprend les traits physiques caractéristiques de Céline, a la possibilité de permettre à Corinne de dépasser les extases que l’on peut avoir, parfois, face à une toile, à un tableau.

Charbier, lui, va au-delà, il transcende les sens de beauté inassouvie, pour déplacer son œuvre sur l’axe de la magnificence, de la pureté, de la primaire fougue qui se détache au regard, entraînant Corinne dans l’abime de ce qui indicible, de ce qui dépasse tout ce qui fut entrepris auparavant.

La peinture de Charbier raconte, décrit, positionne, et quand on la rencontre, on est à la fois subjugué, anéanti, on ne peut imaginer trouver pareil manifeste, aussi incomparable talent.

Corinne se permet de l’approcher, alors qu’on lui raconte que Charbier est un homme froid, distant, fruste, difficile, peu reconnaissant, avare de débats.

Charbier apprécie Corinne, lui donne de l’intérêt, lui procure le plaisir d’être cernée comme non seulement une groupie de passage, mais comme une personne digne de respect, dont les messages artistiques sont écoutés.

Charbier sait qu’il séduit Corinne, et Corinne sait qu’elle est séduite irrémédiablement, intensément, par Charbier.

Ils deviennent rapidement amants.

Corinne plonge dans un désir absolu, avec une irrépressible envie de l’assouvir avec majesté, car quand elle se donne à Charbier, elle se donne à l’art, et pas à n’importe quel art, à celui immense, poétisé, porteur, unique, émérite d’un artiste admiré et irremplaçable.

Corinne écrit, elle n’hésite pas à demander conseil à Charbier pour pouvoir améliorer sa narration et obtenir des appuis auprès des éditeurs.

Charbier s’y emploie, pas que pour se donner bonne conscience, mais aussi par sympathie pour celle qui a su lui dire qu’elle était plus qu’émerveillée par ses créations, par ce qu’il inspirait, représentait, développait, engendrait.

Corinne ne travaille pas, elle s’occupe de ses enfants du mieux possible et elle les aime fortement ; elle apprécie son mari, qu’elle a trompé une fois, en se reprochant à la fois cette faiblesse, mais aussi en repérant que son mari doit être plus original, sortir des facilités et des habitudes ou atermoiements.

Sa liaison avec Charbier n’est pas une infidélité, car Charbier représente l’art en sa perfection dimensionnée, et quand on peut le rencontrer, même le mari infortuné, s’il le savait, ne pourrait retenir l’inconséquence conjugale, car sa femme a eu le bonheur de rencontrer l’unique et l’exceptionnel, ce qui ne peut être que l’assurance de la reconnaissance d’une épouse hors norme…

Elle écrit à Charbier qui lui répond d’abord très rapidement, puis de façon plus épisodique ; elle lui en veut de son retard de transcription, de ne pas lui donner de nouvelles, et elle se lamente sur ses venues sur Anvers, bien trop espacées.

Quand elle viendra sur Paris, pour le rencontrer, il sera un conseiller positif pour ses productions littéraires, un bon compagnon de promenade, mais elle lui reprochera, sans jamais lui avouer, de ne pas lui déclarer sa flamme, de ne pas l’envelopper d’un amour furieux, de ne pas la posséder, de ne pas la reconnaître comme la femme enfin attendue…

Mais Charbier, alias Céline, se place au-dessus de ces contingences ; il batifole avec Corinne, il apprécie sa présence, il aime lui donner la main, il est heureux de prendre du plaisir avec elle, mais il ne l’aime pas, il ne veut pas vivre avec elle, il n’a pas de passion pour elle, et il veut rester indéfectiblement libre, même s’il doit faire de la peine à une Corinne qui aimerait tant que les choses prennent une autre tournure…

Corinne va avoir la fièvre de l’amour transi déçu, va devenir maladivement endolorie, et sa famille va la placer pour qu’elle puisse se ressourcer, se retrouver, se reconstruire, même si elle ne cerne pas les raisons de ce dépérissement.

Elle rencontrera Gerbault, en cure, qui lui fera du bien, qui saura la comprendre, envers lequel elle se blottira, qui n’hésiterait pas à l’emporter avec lui, à lui apporter tout ce dont elle aurait besoin.

Si Corinne reste reconnaissante à Gerbault de sa compassion, de son amour direct et compréhensif, elle veut retrouver Charbier, car elle ne peut imaginer qu’il ne puisse pas remarquer, reconnaître, intégrer, repérer qu’elle, et elle seule, constitue la femme idéale et rêvée, pour l’accompagnement d’un artiste d’un tel retentissement.

De Paris à Saint-Malo, Corinne prendra tous les risques, affrontera tous les tourments, acceptera tout ce qu’elle nommerait « ingratitudes », se placera en toutes les fièvres de l’âme, en tous les tourbillons produits par le corps quand la frénésie de la passion s’affiche, mais elle ne pourra pas être mieux reçue qu’une amie, une personne dotée de charme poétique, par un Charbier qui ne peut agir en fidélité, en organisation de vie, qui semble en plus assez séduit par une danseuse, toute jeune…

Ce livre développe un charme suranné, où la passion d’une femme enivrée, qui se consume jusqu’à en perdre la raison et l’étincelle de vie pour séduire et s’adonner un artiste différent, qui crée ce qui n’a jamais existé jusque-là, représente une attraction prodigieuse.

Il est très bien écrit, avec une force émotive lancinante, prenante et il constitue un témoignage remarquable de ce que fut Céline : un artiste créateur accompli, sans concession, livré en amour comme en art, avec la fougue Rimbaldienne de la « liberté libre », qui se refuse aux limites, aux acceptations des normalités et dogmes, surtout d’ordre passionnel ou amoureux, qui a su séduire une femme, qui attendait tellement plus de lui…

Un livre à lire, à savourer, pour vivre intensément, et tendre vers les créations essentielles !

Éric

Blog Débredinages

Escaliers

Une passion avec Louis-Ferdinand Céline

Préface de Marc Laudelout, incomparable passeur de champs de connaissance sur Céline, avec

Le Bulletin Célinien, qu’il met en scène depuis quarante ans ! Respect indépassable pour lui !

Postface de Jeanne Augier

La nouvelle librairie éditions

Du côté de Céline, collection dirigée par Émeric Cian-Grangé

Novellas 3, le dernier volume ! de Didier Daeninckx

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vais vous narrer, encore une fois, une expérience de lecture palpitante, bienfaisante, décapante, avec un de mes auteurs fétiches.

J’ai lu les œuvres complètes de Didier (je peux l’appeler par son prénom, car il m’accompagne tellement souvent qu’il est devenu un ami de pensée et de réflexion), représentant une bonne quarantaine de publications.

Mais le registre de la nouvelle longue se place certainement comme son style d’expression le plus référencé, car il peut décrire, en romance noire, les mots et maux qui traversent notre société, rappeler ses insuffisances, se remémorer les lâchetés de son histoire enfouie, de manière compacte, directe, sans concession, tout en ayant aussi la possibilité de vagabonder, de faire vivre des personnages, en explicitant leurs déboires et tensions, dans des contextes finement rappelés.

Ce troisième et dernier recueil de nouvelles longues est paru au Cherche Midi, et je vous conseille ardemment de vous procurer les trois qui composent ces « novellas », reprenant des textes de publications antérieures et une nouvelle inédite.

Je ne vais pas vous résumer chacune des nouvelles, car cela ne serait pas adapté à la force d’écriture de Didier et cela vous empêcherait de retrouver l’effet de suspense de chaque écrit, car Didier parle du réel ou du passé sociétal, mais sait d’abord raconter, intensément, des histoires de roman noir.

L’enclave, nouvelle inédite, se déroule en un moment terrifiant de l’histoire, que l’on peut rapprocher du ghetto de Varsovie, où des personnes parquées n’ont plus d’identité et de dignité propre, sont soumises aux brutalités et violences incessantes. Mais, même avec une absence totale d’espoir, une camaraderie secrète s’opère pour tenter de recréer un espace culturel, où un pianiste pourrait donner un récital de Chopin, car il n’y a pas plus forte résistance que celle du fait culturel face aux armes de déchéance.

Une oasis dans la ville décrit l’univers sordide qui attend les réfugiés, qui, ne trouvant pas de travail et de lieu pour s’abriter, finissent par être enrôlés par des marchands de sommeil et des dealers, ce qu’ils acceptent pour avoir un toit et manger, mais qu’ils regrettent aussitôt, car devenant des marionnettes de trafiquants sans scrupules, intégrant des opérations violentes.

Quand Skander dénichera, par hasard, un lieu dédié aux enfants, avec un jardin pédagogique et un lieu d’apprentissage des essentiels, il se sent chez lui et ne veut pas retourner dans son ancienne vie…

Mais quand il recroise un de ses anciens tauliers, il ne pourra pas échapper à la demande de replonger dans le trafic, même s’il fera tout pour préserver ses vrais amis d’idéal.

Est-ce possible qu’une oasis d’espoir se pérennise dans les quartiers infectés par la drogue et ses fléaux d’argent facile, de violence systématisée ?

La couleur du noir rappelle, à la manière récurrente de Daeninckx, qui dès Meurtres pour mémoire  prenait ce vaisseau romancier , que des épisodes nauséabonds de notre histoire peuvent ressurgir dans la littérature, alors que certains (re) deviendraient assassins pour que l’oubli soit permanent et que rien ne puisse refaire surface…

Hors limites raconte le parcours d’un détective privé, approché par des parents pour tenter de remettre sur un chemin plus droit, un fils, qui s’écarte.

Celui-ci ne se sent vivre qu’avec sa bande, qui cherche à réaliser de petits larcins. Mais quand un vol qui devait être facile se transforme en échange de feux, qu’un des amis décède, les choses prennent une autre tournure, surtout quand le détective, qui a les moyens de faire arrêter la bande, sans désigner le fils de ses mandants, fait du chantage sexuel à la compagne de ce dernier…

Cités perdues raconte tout le désespoir que Didier recense depuis quelques années dans les villes de banlieue parisienne, qu’il aime et arpente, où il a vécu longtemps et où il est né, et dont il a été chassé (incendie criminel de son domicile) par ceux qui veulent la permanence de la chappe de plomb et des combines corruptives.

On retrouve un mort dans un immeuble qui vient d’être démoli, que l’on imaginait ne jamais retrouver et l’on remonte aux trafics de stupéfiants, mais aussi aux intégrismes de prêche, sachant que les liens entre les deux se démontrent assez fréquemment.

Sans amalgame (ce n’est pas son genre), mais avec rationalité aiguisée, Didier décrit les enfermements des consciences, les rapines des tours, les exécutions froides de ceux qui finissent par refuser d’aller plus loin, quand les manipulations leur apparaissent.

Didier jette un regard lucide et positif sur le conglomérat des échanges culturels qui font d’un inspecteur d’origine serbe un client apprécié des restaurants Brésiliens ou du Maghreb et caractérisant les quartiers avec des couleurs d’enrichissement, avec l’espoir que les désastres de la violence incarnée n’anéantiront pas des années de fraternité.

Bonjour les petits enfants parcourt la vie d’un cirque ambulant où des artistes donnent leur vie pour un spectacle de plus en plus considéré comme dépassé, alors qu’ils souhaitent apporter de la joie, de l’aventure, de l’évasion, en repoussant les limites des risques des acrobates, pour que les frissons apparaissent.

Mais le cirque sème aussi des moments de doute, quant à chaque lieu où la roulotte s’arrête, apparaissent des crimes pédophiles… Les membres de la troupe se doivent de devenir enquêteurs, car la confraternité du cirque n’existe plus si l’enfance est massacrée par un des leurs.

A nous la vie est une nouvelle magnifique, qui prend place dans les usines occupées des grèves de 36, pour que naissent les conquêtes sociales et les premiers droits ouvriers. On s’immisce dans la vie d’une famille qui intègre intensément, et avec courage, ces moments de doute, de fierté, pour que la dignité s’affiche.

Et quand un des ouvriers va rejoindre les Brigades Internationales, on se rappelle que le Front Populaire a préféré l’attentisme plutôt que le courage de ses convictions, même s’il n’était pas aisé de faire bouger la France en une période où elle retenait surtout son pacifisme de lâcheté, précurseur de ce qui fera 1940…

Les corps râlent rapportent les souvenirs d’enfants de chorale et le plaisir de retrouvailles, mais celles-ci, qui pouvaient ardemment devenir des moments porteurs, se transformeront en détresses incommensurables, quand les enfants de l’époque se remémoreront les agissements du prêtre, qui feront des émules plus tard…

L’inspecteur à la retraite, qui pensait retrouver ses bases géographiques et ses liens avec sa vie doucerette, soulèvera des pans rudes de la vie villageoise, comme une boîte de Pandore…

Non à la guerre rappelle, avec minutie et profondeur, la mort de Louis Jaurès, âgé d’à peine vingt ans, en 1917, au front, fidèle à la force pacifiste de son père, qui l’a payée de sa vie, et à sa volonté de ne surtout pas laisser témoigner que sa famille serait en désertion ou non patriote, malgré la boucherie vécue en récurrences en ces funestes années…

L’esclave du lagon décrit l’enfer d’enfants vendus par leurs parents, sans ressources, à des armateurs sans âme, qui ont décrit aux familles qu’ils ne manqueraient de rien, alors qu’ils sont employés comme plongeurs en apnée pour récupérer des poissons en filet, qu’ils s’épuisent et s’époumonent…

Quand deux jeunes garçons voudront courageusement réagir, ils devront affronter des dangers tenaces, au milieu de rivieras de touristes peu intéressés par le sort d’enfants en contrainte lourde, démunis de tout, exploités sans vergogne.

Suite espagnole n’hésite pas à décrire la chasse que l’administration française a livrée aux républicains espagnols, souvent héroïques face aux périls des occupants nazis, alors que cette dernière « bien maréchaliste », dans son ensemble sacralisé, retrouvait sa capacité à mater le différent et l’étranger, au début des années cinquante…

Didier sait décrire les tensions de nos sociétés, sait faire parler les insurgés et les mutins, sait apporter du réconfort aux blessés de la vie, sait écrire avec conviction les essentiels libertaires qui constituent nos socles de combat et nos droits humains. Merci à lui !

Éric

Blog Débredinages

Novellas 3, le dernier volume !

Didier Daeninckx

Cherche-Midi Éditions

21€

Gâchis à Karachi – OSS 117, de Jean Bruce

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous souhaite une année 2021 apaisante, protectrice en santé, nous permettant, aussi, de reprendre le cours d’une vie la plus « normale » possible…

Question « normalité », je suis toujours en introspection, car je considère que le systématisé rationnel et le permanent « classique » n’ont jamais apporté que la répétition de dogmes, alors que le différent et l’innovant forgent la création, assurent un partage de découvertes.

Question « normalité », OSS 117 – que vous avez forcément apprécié sous les traits de Jean Dujardin, sur le plan filmique – ne répond pas aux critères habituels, se place souvent en contradiction totale avec les attentes et repères, pour orchestrer une personnalité décalée, courageuse, volontariste, souvent iconoclaste, suscitant des débats récurrents pour celles et ceux qui le côtoient en ses aventures.

Pour cette première chronique de l’année, je me place en ses pas, avec la réédition d’un roman de son auteur de référence, malheureusement un peu tombé, injustement, dans l’oubli, Jean Bruce, avec un livre qui se déroule au Pakistan, au tout début de l’indépendance du pays, après la fin de l’Empire Britannique.

OSS 117, alias Hubert Bonisseur de la Bath, passe quelques jours aux Etats-Unis et recroise une de ses ex-compagnes de moments affectifs (Hubert, comme James Bond, collectionne les « conquêtes » pour une durée assez déterminée, et cette forme de phallocratie, sous-entendue, ne constitue nullement un méfait hautain de l’homme dominateur, mais une acceptation bilatérale, avec les femmes rencontrées, de moments de partages égalitaires) , Elaine, qu’il avait dû quitter brutalement, antérieurement, accaparé par une mission secrète qui l’obligea à partir sur le champ.

Il se permet de la séduire, de nouveau, en lui démontrant que l’homme avec lequel elle se trouve ne la mérite pas.

Sans trop de contraintes, peu rancunière du passé avec ce départ précipité proche de la goujaterie, acceptant les excuses d’Hubert, Elaine poursuit la route en direction de New-York, avec lui ; ensemble ils s’arrêtent, en un motel, pour une nuit qui s’annonce pétillante…

Mais Hubert reçoit la visite d’un membre des services secrets, qui savait où il se trouvait – car sa voiture est toujours surveillée – lui demandant instamment de partir, sur le champ, en mission, pour le Pakistan où Mary MacBean, dite Mamie, a disparu, alors qu’elle essaie de négocier la valeur de microphotographies Britanniques recensant les analyses et procédés permettant à un engin, quel qu’il soit, d’apparaître invisible, pouvant ainsi neutraliser aisément des tours de contrôle, représentant une avancée réelle dans la progression des stratégies, notamment militaires.

Hubert reçoit des papiers l’identifiant comme le neveu de Mary, qu’il doit retrouver, car il constitue la seule famille de sa Tantine…

Hubert interviendra, avec cavalcades, dans différentes régions du pays, de Karachi à Lahore, de la frontière Afghane à Peshawar, lieux aujourd’hui signes de terrorismes, d’ostracisme, d’absolutisme religieux et de tensions extrêmes, où tout occidental est honni.

Quand Hubert effectue sa mission, le pays est déjà livré à des trafics, calculs, vindictes et violences.

Hubert va devoir affronter, par deux fois, une relation avec un naja, qu’il retrouve dans son lit d’hôtel et dans un taxi.

Il est souvent mis en difficulté avec des éléments compromettants placés dans ses valises pour qu’il soit confondu par la police locale.

Il se doit de combattre, avec sa savate de boxe française, bien ajustée, contre un homme qui l’écoute attentivement et l’espionne, contre un possible ingénieur Allemand qui semble bien vouloir contrecarrer ses projets et retrouvailles avec Mary…

Il fera face à la chaleur intense et suffocante des avions locaux, des engins de transport du pays, se tiendra en permanence sur ses gardes, car il peut être épié, mis en cause et observé.

Sa rencontre avec Françoise va lui permettre d’affronter plusieurs nouvelles étapes.

Hubert découvre Françoise, comme danseuse de cabaret ; elle se met à ses côtés, à la fois par volonté de protection, partage des connaissances concernant les réalités du pays – puisqu’elle a accompli des missions pour son boss de club – et aussi par plaisir de partager la vie trépidante d’Hubert, pleine d’imprévus, avec des moments de repli doucereux, cependant…

Ensemble, avec des rebondissements et des perceptions mutuelles de trahison potentielle, ils vont avancer dans l’enquête qui permettra d’observer que les services secrets savent manipuler à la perfection, déclamer que rien n’est plus rationnel que l’irrationnel, car si l’on veut s’assurer que des plans de techniques nouvelles ingénieuses ne puissent s’évader, il est impératif de laisser appréhender l’idée que l’évasion est en cours, en la suscitant même…

Hubert, avec tact, élégance, sens de la répartie et de l’humour, à chaque instant, vous associera dans sa quête, au rythme de chapitres enlevés, très agréables en lecture, savoureux dans les chausse-trappes.

Hubert n’oubliera pas d’éviter de se faire abuser par des commerçants peu scrupuleux, par une police aux ordres des castes et n’omettra pas de rester en prudence permanente, car si le Diable se niche dans les détails, il se faufile aisément dans toute son aventure, que d’aucuns voudraient lui voir abandonner ou contrarier fortement…

Un livre irrationnel et subtil, pour une année que je vous souhaite subtile, puisqu’elle sera de facto irrationnelle, et cela a déjà bien commencé, avec une vaccination de 400 personnes en France contre 300 000 en Allemagne, pour la même période… Comprenne qui pourra…

Amitiés vives pour 2021, comme on dit joliment au Québec !

Éric

Blog Débredinages

Gâchis à Karachi

OSS 117

Jean Bruce

Éditions Archipoche  

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