Amie Lectrice et Ami Lecteur, cette semaine j’ai vécu une grande tristesse en apprenant le décès d’Arto Paasilinna, un de mes auteurs contemporains fétiches, associant en tous ses romans décalage, drôlerie, douce folie et réflexions critiques et amères sur nos réalités sociétales.

Parti, sommes toutes, assez tôt, à seulement 76 ans, mon compagnon de lecture Finlandais, traduit depuis les lustres par Anne Colin du Terrail, à qui j’adresse mon profond respect, m’a bercé de contes fantasques, me donnant envie aussi de prendre la plume, pour tenter de pénétrer ses traces (je n’y suis pas parvenu, mais je continue à œuvrer…), car j’aime les univers où se côtoient le burlesque et la capacité incisive, sans concession, à marquer ce qui dérange et fait mal pour en démasquer les insuffisances, les fêlures et construire ainsi un avenir plus progressiste.

J’ai particulièrement aimé la narration méchante, directe et démonstrative des lâchetés qui nous environnent et auxquelles je peux forcément céder, car je n’ai aucune prétention à me situer meilleur que quiconque…, dans son opus Petits suicides entre amis et dans son roman décapant sur un règlement de compte d’une personne âgée, que l’on voudrait spolier de ses petites rentes, dénommé La douce empoisonneuse.

Son style  m’avait fait chavirer de rire et m’avait entraîné dans un univers anarchisant, où tous les coups sont permis, car la justice terrestre ne se fie jamais à l’équité…

Mon amie Laurence Labbé, toujours élégante, enjouée, analyste, m’a transporté, en ses romans, dans des narrations fascinantes, car elle sait exacerber les ressorts intérieurs de ses personnages pour les dévoiler dans leurs plénitudes, qu’elles soient limitées, délicates, contrariées ou dynamisantes, et elle intègre toujours les histoires de tensions ou contraintes, passions ou fougues qui s’attachent à sa force romanesque avec la Grande Histoire, celle de nos vécus, celle qui s’unit souvent dans le tragique, en nos défilés d’informations internationales.

Lorsque nous nous sommes vus la dernière fois, au salon du livre de Paris, dit Livre Paris 2018, en mars dernier, elle m’a présenté des auteurs inconnus pour moi et qui m’ont beaucoup apporté dans mes lectures de cette année, par leur talent inspiré et surtout leur honnêteté dans l’écriture, pour décrire ce qui ne va pas dans la régulation de nos vies trépidantes, qui oublient les essentiels, et pour raconter une histoire qui s’interpénètre avec nos vécus sociétaux, avec les descriptions de nos environnements. J’ai déjà chroniqué, ici-même, les livres de Chris Simon, et je le ferai bientôt avec un opus de Cédric Charles Antoine. Merci à toi, Chère Laurence.

Et Laurence m’a offert un livre magnifique, pétri de force expressive et épatant de drôlerie ; en le lisant je me disais que Laurence écrivait comme Arto, et donc cette chronique se veut un hommage dédié à Arto Paasilinaa et une reconnaissance marquée pour les qualités d’auteure de Laurence, qui sait raconter une histoire, qui sait émouvoir et qui sait associer les peines et tensions ou déchirures de nos réalités avec un savoir-faire pénétrant, qui puise dans toutes ses humeurs pour dévoiler un roman d’une drôlerie ébouriffante, qui fait du bien et qui développe une lecture savoureuse et en verve.

Bertrand et Bernadette Lachance ont emménagé à Trou.

Bernadette n’honore pas son patronyme, car elle est créatrice de toutes les catastrophes possibles et imaginables, et le roman de Laurence en étale à foison les intensités les plus créatrices.

Quoiqu’elle entreprenne, quoiqu’elle fasse ou décide, sachant qu’elle limite ses activités à la structure la plus simple de ce qu’il convient de réaliser en une journée de vie, tout se termine en contrainte ou en difficulté. Les habitants environnants, les services de sécurité, son mari et sa fille, ou même le chien et les deux chats, qui vont se succéder dans son entourage, ne peuvent que reconnaître sa faculté à engendrer la poisse et la contrainte…

Bernadette, qui a fait des études, aurait pu travailler, mais comme elle vit à Trou, en un bel écrin de maisonnée, et qu’elle tente (souvent difficilement, nous l’avons vu) de s’occuper de sa fille Lisa, et que Monsieur s’inscrit en un travail très occupant toute la semaine, ne revenant que pour le week-end, elle n’a pu que concevoir qu’il lui fallait rester en cette situation de femme sans activité…, ce qu’elle regrette souvent, quand elle rencontre un responsable des services de sécurité enjoué et compatissant de ses désespoirs…

Bertrand considère, avec une fatuité conservatrice et un aplomb bien machiste, que sa femme ne peut qu’être heureuse avec sa maison et sa fille, et il apprécie sa semaine de travail intense et solitaire qui lui permet aussi de jouer de liberté, y compris potentiellement libertine…

Lisa grandit vite et elle se repère entreprenante, créative et très habile. Elle n’apprécie pas que le père Noël ne lui apporte pas les jouets qu’elle a commandés, analysés comme trop masculins par ses parents et elle va de déception en déception, quand elle déballe, le jour dit, des cadeaux qui ne lui conviennent pas du tout.

Alors elle décide de prendre le taureau par les cornes, en envisageant toutes sortes de machines issues de son invention bienfaisante, propice et ingénieuse, visant à lui permettre d’être éveillée lors du passage du père Noël et de lui demander, en direct, de bien vouloir exaucer ses souhaits et d’éviter ainsi de lui remettre des cadeaux qui ne la concernent en rien et la frustrent.

Malgré son génie dynamique, elle n’arrive pas à être éveillée la nuit de référence, mais ces machines constituent des obstacles pour son Papa, quand il place les cadeaux, ou pour le chien de la maison, surpris par cette capacité inventive exceptionnelle de talent mais dont ils ne cernent pas la raison objective qui a poussé cette créativité inventive.

Le Père de Lisa finit cependant par se rendre compte que toute machine créée par sa fille peut utilement être brevetée et commercialisée, et il en tire des bénéfices conséquents, sans jamais évoquer que le « copyright »devrait revenir à Lisa.

Lisa associe aisément réussite aux études et capacité à s’autodéterminer, quand elle prend son essor de l’enfance à la jeunesse et elle recherche aussi sa voie, sa liberté, son ouverture, pour assumer ses envies, ses volontés de conquête ou tout simplement pour sortir d’une vie carcan magnifiée par une mère aimante mais totalement incontrôlable et un père absent, assez terne.

Je ne peux aller plus loin car je vous dévoilerai trop l’histoire, en toutes ses acceptions, mais je peux simplement vous inviter à suivre mes pas et à lire instamment ce livre original, tonique, positif, alerte et surtout pétri d’un humour tenace et intelligent, celui qui invite à réfléchir et à faire avancer.

Lisez ce livre pour au moins cinq bonnes raisons :

  • Ce livre fait du bien, car il démontre que la créativité innovante est souvent confisquée par celles et ceux qui l’exploitent en un profit purement économique, alors que ces talents constitués doivent à la fois apporter à leurs auteurs et servir des causes redistribuées, notamment pour le respect des environnements.
  • Ce livre donne envie de rire, car il est direct, sans concession, parfois sarcastique, qui peut virer au caricatural assumé, mais il pointe ce qui ne va pas et décrit là où l’on doit aller pour un mieux être.
  • Ce livre est bien écrit, il est ciselé, concentré, précis et vif et telle est la nécessité littéraire.
  • Ce livre donne du charme aux animaux, à un chien et deux chats, à la manière de Colette, et Laurence sait intégrer des animaux comme des personnages à part entière, totalement présents dans l’univers de son roman.
  • Ce livre est écrit par une auteure que vous devez lire, connaître et dont vous devez amplifier les envols, car elle le mérite, et comme en plus Laurence est une vraie belle personne, je pense que vous ne pouvez qu’être en conviction avec moi !

Laurence, merci, je t’embrasse et t’adresse toutes mes affections.

Arto, je ne vous ai jamais rencontré et cela restera un regret, mais merci pour tout et rejoignez, là où vous êtes, celles et ceux qui apprécient votre sens aiguisé de toutes dérisions…

Éric

Blog Débredinages

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Laurence Labbé

Contact achat du livre et univers de Laurence sur son site internet : http://www.laurencelabbelivres.com

Photo au salon du livre de Paris 2018 avec Laurence et Céline Fuentes, au Pavillon Océanien