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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Romans urbains

Meurtriers sans visage d’Henning Mankell

 

En cette période de nos vécus de réalités rudes, et pas seulement sanitaires, et surtout de facilités à trouver ou dénicher des boucs-émissaires, il est toujours intéressant et salvateur de revenir aux essentiels que la littérature peut nous remémorer.

J’ai donc eu le plaisir récent de pouvoir retrouver une enquête de Wallander et de l’inscrire aussi en nos actualités de débat, où la concorde ou la tolérance se placent bien en contrainte et où les facilités des raisonnements simplistes s’égaient en récurrence.

Kurt Wallander, en ce début d’année, avec un hiver prenant, froid et humide de Scanie Suédoise, est chargé d’enquêter sur l’assassinat sauvage de deux retraités paysans, un homme et une femme, la femme transportée à l’hôpital n’a pu transmettre qu’un seul mot avant de s’éteindre, celui « d’étranger ».

Quand ce dernier mot est relaté par la presse, l’inspecteur reçoit des messages anonymes lui précisant que si la mort des deux infortunés n’est pas « vengée » par une arrestation rapide, une justice « citoyenne expéditive » s’organisera.

Wallander entend bien par là que des personnes n’hésiteraient pas à s’en prendre à des immigrés censés être responsables du double meurtre…

Et quand un Somalien, issu d’un camp de réfugiés, est tué à bout portant, il repère vite que le passage à l’acte sordide peut bien être concrétisé…

Sa conviction est renforcée lorsqu’il assiste, alors qu’il « planque », dès l’aube, à un incendie d’un camp de migrants, et qu’il donne de son épaisseur pour prévenir les secours à temps et éviter un drame encore plus étendu…

Sans procéder à une comparaison hâtive avec nos situations contemporaines immédiates, on se dit que ce livre, écrit au début des années 90, reste avec une tonalité très présente : la peur de l’autre et la détestation de l’immigrant qui viendrait s’installer en un pays qui ne penserait plus assez à ses compatriotes et nationaux, la volonté d’en découdre pour inquiéter et violenter les étrangers pour tenter de « magnifier » des stéréotypes bien vils de celui qui est issu « du sol natal », et la propension des différents acteurs à nier leurs responsabilités ou à se rejeter les contraintes.

Wallander n’est pas et se sera jamais attiré par les thèses nationalistes et racistes. Mais il se sent nullement coupable de pouvoir discuter sur la nécessité de réguler les flux migratoires, pour permettre aux arrivés de mieux s’insérer et de « préparer » les populations aux croisements avec leurs richesses, plutôt que d’alimenter leurs élans d’égoïsme ou d’oubli solidaire.

C’est ainsi qu’il se prend carrément la tête avec les responsables des camps de réfugiés, en incapacité de savoir qui est hébergé en leurs centres et qui demandent seulement de la sécurité policière, sans accepter des messages de meilleure organisation, en leur sein, des agents civils.

Il doit aussi faire front, face à la presse, pour garantir que les migrants seront protégés mais qu’il est important également que le débat sur les accueils de réfugiés puisse se tenir de manière apaisée, sans passion, pour la concorde de la solidarité Suédoise comme de sa générosité sociale, fer de lance de ses idéaux depuis des lustres.

Wallander se place toujours en chercheur inlassable de la vérité et il enquêtera, quels qu’en soient les prix jusqu’au bout pour la conquérir, avec les appuis de son équipe, et notamment de son fidèle Rydberg, dont la santé chancelle, mais qui connaît les talents de Kurt comme ses élans porteurs, qui sait aussi que quand il a des doutes et des débats intérieurs, il peut les transmettre à Wallander qui les appréciera.

Le livre développe des chausse-trappes incessantes qui semblent conduire à la solution attendue mais qui se referment régulièrement, surtout quand on recherche le fils non reconnu et caché du paysan assassiné, dont sa femme et ses filles ne connaissait pas la double vie, ni les richesses financières provenant de collaborations avec l’Allemagne Nazie, dans un commerce avec son Père, de moralité plus que douteuse…

Wallander est aussi un homme, avec ses limites et ses fêlures et son attention à son Père, peintre  – qui réalise le même tableau depuis des années, qui vit comme un rustre certain de sa vérité, et qui semble perdre les raisons – se repère touchante et difficile car il n’a pas assez de temps pour s’occuper de lui, sans pour cela ne pas lui vouloir le meilleur des appuis.

L’on imagine très vite que son investissement professionnel l’a déjà dévoré et qu’il a entraîné le départ de son épouse, l’éloignement de sa sœur et la mise à distance de sa fille…

Wallander imagine des tas de choses coquines et décalées qu’il pourrait entreprendre avec la nouvelle Procureure Anette Brolin, tout en sachant que s’il dépasse les bornes en retrouvant le goût immodéré pour l’alcool qui le rend à la fois intrépide et triste, il risque des désastres, alors qu’il se présente plutôt comme désarmant de fatuité touchante romantique…

Wallander suivra deux pistes, celle qui le conduira à retrouver les assassins froids et sans complexe du Pauvre Somalien abattu froidement et des volontaires d’incident criminel de camps de réfugiés, et celle qui, complexe et à rebours, tendue et irrésolue, difficile et fragmentée, l’amènera à dénicher les responsables de la mort des deux paysans.

Ainsi il pourra comprendre pourquoi la paysanne s’est exprimée avec ce dernier mot « étranger » et pourquoi le nœud marin autour du coup du paysan, tellement inhabituel et surprenant, qui a tant intrigué Rydberg, qui en faisait un axe essentiel de l’énigme, plutôt solitairement, revêt autant d’importance, car, nous le savons bien, le Diable se niche dans les détails…

 

Eric

Blog Débredinages

 

Meurtres sans visage

Henning Mankell

Policier Points Seuil

Comme un blues d’Anibal Malvar

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en cette période si particulière où les ingéniosités créatives côtoient les langueurs et où les nécessités de prudence s’associent avec des envies de reconquérir des espaces de vie portés sur les essentiels, il est important de se replonger en la littérature qui interpelle, questionne et donne à réfléchir.

En 2017, en me promenant sur le stand d’Asphalte Editions au Salon Livre Paris, Estelle et Claire, éditrices, à qui je demande, par fréquences, quel livre choisir en priorité dans leur catalogue inspiré, m’ont proposé de découvrir l’univers d’Anibal Malvar.

J’avais été séduit, lors de ma lecture initiale en 2017, par ses personnages pétris de fêlures et attachants à souhait en emmêlement, combatifs et fatalistes, et par la présence omnipotente et caractéristique d’un vrai personnage naturel et d’un ingrédient indispensable : la pluie lancinante de Galice et le recours inépuisé au whisky, salvateur de bien des troubles…

J’ai voulu reprendre ma lecture, car il m’est abonné de lire et aussi de relire, car un livre apprécié contient en germes la capacité à se renouveler en deuxième analyse.

Carlos Ovelar a réussi à structurer une petite agence photographique et il est plus que surpris quand un avocat, mari de son ancienne épouse, lui demande de l’aider à retrouver sa fille Ania qui a disparu.

Carlos a travaillé dans la police, au service des enquêtes intérieures, auprès de son Père, dénommé « Le Vieux », avec une petite pointe de tendresse, mais surtout avec des rancœurs inassouvies qui laissent planer l’assurance d’un Paternel insaisissable et prêt, en ses missions, à tous les coups, même ceux qui peuvent compromettre…

Son Père a travaillé dans la Police Franquiste et s’est faufilé pour retrouver une place adaptée lors de la transition démocratique, mais l’on ne sait exactement le rôle plus ou moins sombre qu’il a pu développer lors de la tentative de Coup d’Etat du 23 février 1981, du lieutenant-colonel Tejero, qui fit trembler les institutions espagnoles, même si le Roi d’Espagne a réussi, avec maîtrise et courage, à contenir cette rébellion.

Carlos a accepté la demande de l’avocat et prend place dans l’appartement d’Ania, il commence son enquête, fortement appuyé par un ancien condisciple de son Père, Gualtrapa.

Le livre se scinde en cinq directions, très bien huilées, qui donnent de la consistance à la narration et permettent au suspense d’osciller, de ne jamais oublier d’intégrer l’histoire des faits divers avec la Grande Histoire en marche.

La première direction concerne le trafic de drogues, bien établi en Galice et qui n’a rien à envier aux mafias Napolitaines ou Siciliennes. Quand le caïd local repèrera qu’on lui a fauché une partie de sa cargaison et que les Colombiens sembleraient vouloir lui faire concurrence, on ressent clairement que le choix entre la soumission au « boss » et la mort violente apparaît comme seule potentielle réalité.

La deuxième direction prend force sur l’homosexualité, plutôt refoulée et intégrée en déni, en cette période du roman de la fin des années 90, où l’orientation sexuelle peut être un enjeu de menace et de dénonciation abjecte, et assurer, aussi, une raison pour une mort scénarisée et bestiale. Quand le fils du caïd associe homosexualité et potentialité de se servir de la drogue pour un commerce même limité, les affections et ainesse n’existent plus…

La troisième direction s’affecte sur la recomposition de la police, où stationnent d’anciens nostalgiques de l’Ordre ancien, jeunes avides de faire vivre la démocratie et une justice apaisée avec des serviteurs civils loyaux et sans corruption, et anciennes références des chasses aux sorcières où tout socialiste était repéré comme un révolutionnaire néfaste, où le poids de la guerre civile entre partisans de la sacralisation du chef et partisans de l’autogestion libertaire reste totalement présent, empêchant toute forme de cohabitation positive ou d’enrichissement par la différence, avec la préférence, au contraire, au combat ou à l’affrontement.

La quatrième direction, certainement pour moi la plus remarquable dans l’écriture, correspond à la puissance des réalités naturelles, à cette pluie intense, tenace, lugubre, froide, récurrente, qui sillonne dans les rues, les rendant malhabiles et obscures, qui recouvre le bitume et renvoie la route à un flot marin, qui pénètre les âmes, les rendant secrètes, tiraillées, lourdes de conversations enfouies et qui pourtant donnent réelle envie de saluer Saint-Jacques de Compostelle, starisée comme ville sainte des pèlerinages, alors que le livre n’évoque que de manière très fugace la cathédrale…

La cinquième direction s’interpénètre dans le fol amour que Carlos a eu avec une femme très aimée, participante au même service que lui dans la police d’enquête, et qui fut sa passion avide, frénétique, porteuse, qui s’arrêta subitement, certainement par une manipulation du « Vieux », laissant hagard Carlos, avec des regrets immenses…

Ce livre engendre une écriture plurielle et à tiroirs, il se place comme un vrai roman noir où s’additionnent une réalité sombre d’histoire de meurtres sordides, une contemplation d’une jeunesse qui a du mal à se positionner, qui peut être tentée par l’argent facile, même sale, et une analyse très fouillée de l’histoire de la police espagnole, en son fonctionnement, à mi-chemin entre renseignements généraux et société secrète.

La présence de la pluie et de l’alcool, du whisky en particulier, parsèment de noirceurs et saveurs un roman complet et inspiré.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Comme un blues

Anibal Malvar

Traduit de l’espagnol par Hélène Serrano

Asphalte Editions

22€

Corps à l’écart d’Elisabetta Bucciarelli

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je ne sais pas si vous vivez parfois ces mêmes réalités, mais il peut m’arriver qu’un livre, qui me soit proposé lors d’un salon ou d’une rencontre, rejoigne une étagère de ma bibliothèque, mis en valeur pour une prochaine rencontre, et que je ne le retrouve finalement que plusieurs temps après, ayant priorisé la pile près de mon lit qui m’attend en permanence, sans cesse renouvelée…

En mettant un peu de cohérence (je n’ose parler d’ordre, et le terme même d’ordre m’offusque, quand on parle livres et littérature…) en ma bibliothèque, récemment, j’ai retrouvé un livre qui m’avait été dédicacé (et donc suggéré, et je la remercie) par Estelle, des éditions Asphalte, lors du salon du livre de Paris de 2015.

Oui je sais cela date, cela fait cinq ans bientôt…

Je ne l’avais pas encore lu et j’avoue que j’ai eu quelque honte à imaginer avoir laissé vieillir ce roman qui m’attendait ; je pourrais m’en sortir, certes, en disant que comme le bon vin, la littérature peut s’affermir par un peu d’attente, mais cela serait une sorte de turpitude de ma part…

Le livre est tout simplement magnifique, il est écrit comme en plans de séquences filmées, en petits chapitres incisifs et précis, directs et percutants et il décrit des réalités de vie à la fois difficiles et terrifiantes mais qui renferment aussi des instantanés d’espoirs et de solidarités.

Tout le roman prend place en une décharge à ciel ouvert, d’une superficie très importante, en Italie.

Cette décharge semble être pour une petite partie contrôlée par les services d’ordures ménagères et de déchetterie, mais elle sert aussi, et par fréquences régulières, de lieux de stockage pour produits toxiques ou dangereux, car il est tellement plus facile de les laisser  s’enfouir en ce lieu que de respecter les obligations réglementaires…

Cette décharge constitue aussi le lieu de vie de Saddam le Turc, sorte de Sage claudiquant qui a construit, sur site, son habitation, avec des tapis, couvertures et cartons trouvés sur place et qui associe ingéniosité – car on peut y dormir, y manger, y trouver des tas de choses utiles ou qui pourront l’être plus tard – et organisation, car du sommet d’une sorte de butte constituée par l’accumulation d’humbles protections, il peut, comme en une ziggourat, observer ce qui se trame et se met en scène en ce lieu sordide, mais qui lui assure une demeure, un chez soi et éviter ainsi la rue et ses cortèges de violences…

Cette décharge recense aussi la présence du Vieux, sale de vomissures et d’excès d’alcool, préoccupé à dormir en récurrence sous ses couvertures, celle d’Argos, un colosse du Zimbabwe chargé de vendre sur les marchés les produits retrouvés et encore utilisables ou recomposés ou recyclés par ses soins, avec l’aide de Saddam, celle de Lira Funesta, jeune homme à la fois presque poète en ses expressions et naïvetés, facile à la discussion, à qui l’on reproche de trop en dire et celle de Iac, en fin d’adolescence, en crise avec sa mère et avec l’institution scolaire, débrouillard, volontaire et qui essaie de donner le change à Silvia qu’il apprécie observer, regarder, en espérant secrètement qu’elle puisse penser la même chose, sans pour autant s’en faire un défi systématisé, car ses journées doivent d’abord lui permettent de se nourrir…

L’auteure embrasse ses protagonistes et leur donne corps et chaleur, en insistant sur leurs limites et fêlures, mais aussi sur leurs ressorts permanents.

Saddam veut conserver son lieu de vie, et se contentera de ce qu’il peut avoir, car il sait que s’il ne peut y rester, il vivra encore plus difficilement, sans toit ou en un lieu indéfini, entre foyer de zonards et combat personnel pour exister. La sécurité se trouve bien mièvre en la décharge, mais le lieu de vie créé lui appartient et tel est l’essentiel.

Et que l’on ne compte pas sur lui pour déclarer à quiconque ce qu’il peut voir quand des camions clandestins déversent des déchets que l’on imagine illégaux et toxiques à souhait.

Argos fut adopté en provenance du Zimbabwe, mais il a quitté sa famille – qui semble pourtant vouloir connaître de ses nouvelles en venant sur le marché de revente des produits rebâtis ou reconsolidés – il a le sens commercial et se contente de vivre de ce talent, considérant comme Saddam que la vie pourrait être pire, du côté d’une rue menaçante…

Iac ne va plus à l’école, il sait que sa mère ne s’intéresse plus à lui, il aime son petit-frère mais ne supporte pas qu’il le rejoigne à la décharge, et il peut lui dire violemment qu’il s’en retourne ailleurs, car la présence du frangin le positionne en détresse absolue, à la fois comme celui qui ne peut plus vivre à la maison et qui n’y est plus le bienvenu et comme le grand-frère qui n’a pas encore la forte capacité autonome pour s’en sortir seul et qui n’a pu que trouver des expédients au milieu des immondices.

Mais il a toujours le pouvoir d’être le grand-frère de Tommi, qui le vénère, quand il lui effectue un tour de magie, toujours le même, mais qui sait le fasciner.

Iac aime bavarder avec Silvia, quand elle sort de l’école, quand il s’y rend ; il ne comprend pas toujours ce qu’elle lui dit, il paraît gauche et emprunté, mais elle sait qu’il a le cœur doux pour elle et qu’il essaie de lui apparaître positif et bienveillant ; il va même lui faire visiter tous les recoins de la maison de Saddam, devenu le lieu central de vie de toute la troupe de la décharge.

Iac aime aussi caresser Nero, chien corniaud qui l’accompagne souvent et tout aussi débrouillard que lui.

Mais la Chose, comme on appelle pudiquement la décharge, peut aussi être le théâtre de situations graves et violentes ; et quand Nero sera kidnappé et torturé, que Iac sera pris à partie par des personnes dont on sait que leur venue vise à camoufler des déchets interdits, le pompier solidaire et salutaire, Lorenzo, tentera d’aider la communauté, tout en sachant qu’il ne pourra rien faire de majeur, car s’il en dit trop leur situation pourrait même empirer, et s’il n’en dit pas assez, la gangrène de la peur, de la crainte et du mal pourrait revenir…

Au milieu de cette chaîne de vie entre acceptation que des humains vivent au milieu de déchets et de gravats, comme existait l’accoutumance des années 50 et 60 pour une vie dans les bidonvilles pour un pan entier des citoyennes et citoyens, entre considération que l’enfouissement de déchets ménagers et de déchets totalement toxiques, en un seul et même lieu, peut bien être tolérée, tant que l’on ne voit pas ou que l’on ne découvre pas trop de choses pénibles, l’on trouve un médecin plasticien de chirurgie esthétique qui demande à sa femme de jouer les rabatteuses de clientèles lors de soirées, et pour lequel l’importance majeure ne réside qu’à montrer un corps parfait et sans tâche, entre suffisance et fatuité…

Le livre se termine sur une analyse d’articles sur la confiscation mafieuse de la gestion des décharges, en Italie, avec la complicité des édiles.

Un livre que l’on verrait bien en mise en scène filmée, poignant, fort, émouvant, très efficace dans sa force narrative et qui aide à réfléchir sur les priorités humaines, entre nécessaire solidarité première face à ceux qui souffrent mais qui n’attendent rien des autres et qui savent se débrouiller pour survivre, et superficialité de personnes qui ne vivent que pour se repaître d’un corps qui ne peut connaître aucune aspérité.

Entre corps à l’écart en abandon et en tension permanente de survie, en la décharge, et corps à l’écart pour décharger une impression de perfection…

 

Eric

Blog Débredinages

 

Corps à l’écart

Elisabetta Bucciarelli

Traduit remarquablement de l’italien par Sarah Guilmault

Asphalte Editions

malgré tout la nuit tombe d’Antônio Xerxenesky

Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’avais déjà été plus qu’emporté par les deux livres précédents de l’auteur que j’avais lus, relus et offerts souvent : Avaler du sable et F, du fait à la fois de leurs inspirations cinématographiées, où l’on vit la narration comme une projection effective, et de leurs réparties culturelles récurrentes qui donnent envie d’aller plus loin et de suivre les pas d’Antônio Xerxenesky, car la lecture se jalonne de références artistiques aiguisées qui ouvrent des portes nouvelles pour prolonger notre promenade littéraire.

J’avais avec moi, depuis le mois de mars, son dernier opus et je me le suis réservé pour cette récente période de vacances, où je peux m’ « enlivrer » à satiété…

J’ai retrouvé la force attractive de l’auteur, car quand on pénètre ce roman, on ne lâche plus, il est haletant et émotionnel, invitant pour une réflexion sur nos croyances, nos limites et nos possibles dépassements ou insuffisances, interrogateur sur notre capacité à nous émanciper ou à suivre les mouvements, à considérer que nos vécus nous construisent plus que nous les construisons…

Alina vit à Sao Paulo, ville qu’elle a choisie pour étudier et vivre plus intensément.

Elle travaille en une société où ses compétences informatiques pour la réalisation de vidéos publicitaires trouvent leur emploi, mais elle s’y ennuie plus que fortement, même si ses missions autonomes lui permettent l’évasion de celle qui peut vivre professionnellement avec un casque en côtoyant le minimum de collègues…

Elle est passionnée de films d’horreur, qu’elle ne visionne pas en voyeurisme, mais en analyste qui sait déceler l’esthétique rendue par les réalisations et qui aime transmettre ses perceptions des paraboles entre la noirceur incisive de l’écran et les réalités quotidiennes du Brésil ou du Monde contemporain.

Elle a souhaité illustrer ses études historiques comme sur les religions, de thématiques originales en effectuant des recherches poussées sur les ésotérismes ou paganismes qui se sont activés depuis des lustres et qui occupent le champ du gothisme ou du satanisme, notamment…

Elle ne peut oublier la dernière communication qu’elle a eue avec son frère, qui semblait heureux en son kibboutz exploité, et qui est décédé accidentellement beaucoup trop jeune.

Les ombres potentiellement maléfiques qui semblent se coller à Alina, et qui l’effraient autant qu’elle désire les affronter, peuvent avoir pris place suite à cet événement douloureux, et cependant leur présence régulière et permanente forme une sorte de harcèlement entêtant et hantant qui met à mal ses journées et nuits, même si cela lui arrive de foncer dans des fêtes de jeunesse et de s’oublier alors, avec tous les excès d’alcool et de drogue que l’on peut y puiser…

Alina est jointe par la police pour tenter de déchiffrer, du fait de ses études universitaires poussées, des inscriptions triangulaires étranges retrouvées chez une personne, qui en était recouverte, et qui visiblement avait vécu une absolue transe en s’y perdant totalement.

La police cherche à mettre la main sur les porteurs de tels agissements et Alina communique à la fois ses perceptions mais désire aussi développer sa propre enquête.

Le livre n’est pas un roman noir, mais il sait intégrer la montée des tensions, le sens du suspense narratif et les chausses trappe.

Le livre n’est pas un roman d’anticipation, mais il sait interroger sur nos destins collectifs, sur le besoin ou non de se confier aux forces des esprits pour se pencher sur le passé, pour anticiper nos prises de décision à venir, ou pour tout simplement nous adonner aux introspections.

Surtout comme toute science dite fictive il ne juge pas et n’interpelle pas sur un avenir potentiellement meilleur, mais il agglutine des pistes pour que l’on détermine ce qui peut nous aider ou pas et tracer ainsi sa propre route.

Le livre n’est pas un roman sociétal et pourtant il sait conjuguer avec maîtrise la panorama de la jeunesse qui se cherche de Sao Paulo, où se jouxtent différents milieux.

La réalité urbaine de la ville, magnifiée par des trajets en transport en commun ou des promenades plus ou moins obligées en taxi (toujours avec le même chauffeur), font de la Cité un acteur à part entière du roman qui interroge sur les incommunicabilités et sur les faux semblant, en sacralisant notamment le personnage de Fàbio, comme l’ami sur qui l’on peut compter, mais aussi mauvais génie possible ou tout simplement personnalité indétectable qui attire et révulse…

Le livre se place comme un condensé réussi de toutes ces formes littéraires et crée sa propre mouvance inspiratrice ; je ne serai jamais un classificateur et déteste les pré-carrés où l’on veut parfois cantonner et affecter les artistes, mais je reconnais à l’auteur sa fougue de romancier visuel, car chaque chapitre constitue un scénario ou un story-board structuré, et de romancier de sonorités, car les interpellations qu’il suscite en fréquence nous questionnent et développent une vivacité rare.

Un roman de tonicités cinéphiliques, si je me livrais au résumé occasionnel, sans vouloir du tout être réducteur.

Je vous invite ardemment à intégrer les univers de l’auteur et à vous laisser porter par les flux et reflux du jour et de la nuit ; ce roman a été mon vrai coup de cœur de l’été et de l’année et – même si je n’ai jamais caché ma reconnaissance pour les éditions Asphalte pour son travail – je ne place aucunement cette offrande qualitative comme une quelconque allégeance, mais comme une réalité d’un livre qui fait partie du littéraire moderne, différent, et donc à découvrir instamment.

Et je termine cette chronique par une anecdote plus personnelle.

En 1986, à Lyon, sur feu quai Achille Lignon, j’avais vu en concert Serge Gainsbourg, et ce moment restera gravé en ma mémoire.

Le Grand Serge avait arrêté de chanter et avait lu quelques morceaux choisis des Contes « dits » extraordinaires d’Edgar Allan Poe, traduits par Baudelaire, qui connaissait (selon Gainsbourg) mal l’Anglais-Américain, pourtant… Il nous incitait à lire ces Contes qu’il désigna comme « simplement superbes ! ». Je suivis ces pas et offre souvent ces Contes, en cette seule indépassable traduction, à mes amies et amis.

Et le livre d’Antônio Xerxenesky se poursuit par une intégration d’un morceau, lui-aussi choisi, de Thomas de Quincey (dont seule l’attractivité à l’opium m’était connue), traduit par Baudelaire ; vous imaginez aisément ce que je vais lire prochainement…

Éric

Blog Débredinages

malgré tout la nuit tombe

Antônio Xerxenesky

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro

Asphalte Éditions

20€

 

Le Parisien de Jean-François Paillard

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous incite fortement à suivre mes humbles pas et ainsi à pénétrer l’univers de ce roman noir très maîtrisé, associant une histoire structurée et des enchevêtrements récurrents avec les réalités sociétales, qu’elles soient liées à certaines combines politiques ou au déploiement du « secret défense »…

Nicolas a été soldat et a été mobilisé dans ce que l’on appelle pudiquement « les opérations extérieures » et notamment dans celles de l’Irak de la guerre du Golfe, lancée officiellement (commentaire personnel) pour défendre la souveraineté du Koweït envahi par les troupes de Saddam Hussein (qui fut l’allié de la France pendant de nombreuses années, après avoir été reconnu comme le dictateur funeste qu’il avait toujours été…) ou au Congo-Brazzaville, pour le maintien de l’ordre public et accessoirement (nouveau commentaire personnel) pour maintenir en place la famille de dirigeants au pouvoir, pourtant appelée de manière récurrente, en les tribunaux Parisiens, pour les biens mal acquis…

Nicolas semble avoir été victime du syndrome du désert, appellation communiquée par l’armée, qui a aujourd’hui encore du mal à reconnaître sa responsabilité (dernier commentaire personnel) sur les dommages collatéraux vécus par les forces alliées, et donc le contingent Français, lors de l’utilisation de gaz paralysants visant à stopper la progression des forces Irakiennes mais se voulant non nocifsIl reste que les vents ont renvoyé les gaz à leurs prescripteurs causant des pathologies neurologiques à de nombreux soldats, mais que l’on a refoulées pendant des années, prétextant leurs troubles psychologiques individuels…

Nicolas a quitté l’active, par obligation médicale, mais il se convertit, en étant chargé de la protection rapprochée, nouveau terme élégant employée pour la vigie…, en travaillant pour un ancien condisciple auquel il a sauvé la vie au Congo-Brazzaville, alors que ce dernier avait tenté une intervention inutile et provocatrice, ayant entraîné le décès tragique d’une relation de Nicolas, dont le souvenir le hante encore, puisqu’il a dû la laisser en agonie, obligé qu’il était de se replier. Ces passages, en le roman, sont décrits avec délicatesse infinie et plongent en la vraie littérature, celle qui décrit et invite à penser…

Quand son ancien condisciple lui propose une opération sur Marseille, lucrative, alors que Nicolas est en proie à des soucis financiers compliqués, ce dernier accepte, ne sachant pas où il met les pieds…

L’auteur organise un récit palpitant, entraînant, pétri d’humeur et d’humour et dévoilant des réalités de Marseille, sans aucune concession.

Nicolas sait qu’il a pour objectif de suivre un gros bonnet du trafic de drogue et que ce dernier est suspecté d’avoir fait exécuté un adolescent, visiblement qui n’aurait pas tenu ses « objectifs » ou qui s’en serait écarté…

Il rencontre, sur place, les organisateurs qui souhaitent qu’il soit mis hors d’état de nuire et on lui livre des consignes qu’il est prêt à observer puisqu’il a accepté la mission…

Quand il revient à son hôtel, après avoir proposé un dîner à la jeune réceptionniste, qui en a accepté l’idée à la vraie surprise de Nicolas, il observe, tout en se camouflant, que le dit gros bonnet a été exécuté en l’hôtel, et qu’il devient ainsi la personne recherchée, le Parisien recherché…

Nicolas veut comprendre ce qui est advenu et peut compter sur deux alliés : la sensuelle Djamila, la réceptionniste de l’hôtel qui n’a pas froid aux yeux et qui comprend vite que Nicolas associe force, lucidité et volonté de quête de vérité et avec lequel la relation s’ouvre sur tous les plans, et Jean-No, ancien docker, installé en les réseaux de Nicolas, et qui sait repérer chaque recoin de Marseille pour s’y faufiler avec  soin, en ayant toujours un plaisir profond à communiquer sur l’histoire et le patrimoine des lieux parcourus, même en pleine urgence… Ces scènes-là se placent en cinématographie, et on attend la version filmée de ce livre, charpenté avec dynamique.

Nicolas devra cerner la part de crédibilité ou de supercherie de ses commanditaires, et surtout il va devoir affronter des situations redoutables quand la direction de cabinet de la mairie de Marseille semble être en cheville étroite avec des gangs du trafic de drogue…, eux-mêmes décidés à en découdre entre eux, sachant que « des territoires » ont été définis et qu’il ne convient pas d’en dériver… et que les édiles locaux peuvent parfaitement prendre un accord qui pourra être remanié en fonction des évènements et des profits à réaliser.

L’auteur ne se place pas en une volonté de dénoncer des pratiques mafieuses ou des corruptions, il s’intègre en la volonté de construire une histoire et un roman noir et urbain tonique et convaincant.

Mais il sait glisser quelques messages précis sur les effrois causés par le trafic de drogues, en certains quartiers de la ville, où les règlements de compte sanglants sont légion et où la réalité rude dépasse la fiction romancée.

Il s’attarde aussi, par entrelacements successifs, à évoquer les collusions entre monde des affaires, milieu politique et personnalités peu recommandables, et le passage qui se déroule au stade Vélodrome (que l’on appelle stupidement, pour encore une histoire de fric, Orange Vélodrome, der de der des commentaires personnels, alors que le dernier était suggéré plus haut, je sais…) s’insère de manière très documentée, car il relate tous les coups fourrés et abjections susceptibles d’abriter des relations aussi confuses et inconséquentes, en une ville que Jean-No rend, comme elle l’est (je la connais bien) fraternelle, en vécu ouvert de quartiers composites, et au bord de mer invitant pour une sieste, une promenade ou un romantisme amoureux.

Nicolas arrivera-t-il à ses fins et à remonter la filière du trafic de drogue en large échelle ? Quel est l’enjeu de cette pochette qu’il récupère chez la femme d’un parrain, qui ne se fait plus aucune illusion sur un mari qu’elle a abandonné et qu’elle méprise et dont les photos semblent plus que compromettantes ? La désirable Djamila, qui apporte son aide et son appui sans compter, renferme-t-elle une fêlure enfouie ?

Je vous laisse lire, à satiété, ce roman enlevé et très bien ficelé, qui vous donnera envie, envers et contre tout, de retourner à Marseille et de parcourir la ville, avec Jean-No pour guide, entre corniche Kennedy et lacets routiers ou tunnels urbains.

Merci à l’auteur et à Asphalte-Editions.

Eric

Blog Débredinages

 

Le Parisien

Jean-François Paillard

Asphalte Editions – 21€

Brooklyn Paradis – Saisons 1 et 2 de Chris Simon

Grâce soit rendue à mon Amie, auteure, Laurence Labbé, pour m’avoir fait rencontrer Chris Simon, au dernier salon du Livre de Paris – Livre Paris 2018 – et ainsi m’avoir permis de pénétrer l’univers différent et passionnel de l’auteure.

Laurence m’a présenté à Chris en évoquant « mes humbles chroniques déjantées » et « ce plaisir investi du décalage, en mes lectures » et Chris m’a déclamé – tout de go – que la lire me permettrait aisément de perpétuer mon goût pour l’humour corrosif…

J’ai donc acquis la collection complète de Brooklyn Paradis (trois saisons à ce jour et une en préparation) et je me permets de vous donner, Amie Lectrice et Ami Lecteur, un retour sur les deux premiers opus, que j’ai lus avec un plaisir intense, car le sens de la narration de l’auteure, avec la juxtaposition de personnages entiers, directs et totalement baignés dans des caractères fonceurs, comme sa volonté acérée de présenter des situations décapantes m’ont totalement convaincu et m’ont inspiré à suivre les pas de ses œuvres complètes.

Pour la saison 1, Michaël conduit un fourgon sur une longue distance et il a pris en équipage, pour la première fois, Dan, qui se trouvait sans boulot et qui considère que cette nouvelle expérience, plutôt bien payée potentiellement, pourra lui permettre de donner une vie plus aisée, à lui, son épouse et les siens, en remerciant son panthéon de religion juive pour avoir réussi cette reconversion.

Quand Michaël laissera un canapé sur le bord d’un trottoir, en demandant à Dan d’en assurer la responsabilité de surveillance, le temps que Michaël gère un contact, en plein embouteillage, les choses vont s’emballer…

Courtney Burden, paysagiste et décoratrice en devenir, qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses enfants, et surtout pour donner sens à son ascension sociale, avec un mari aimant et nervi de Wall Street, ne peut vivre sans une compulsion addictive et frénétique pour dénicher et récupérer toutes sortes d’objet, entraînant un entassement permanent de choses hétéroclites en son garage, comme en les accès de sécurité de sa « brownstone , au grand dam d’Harlan, l’homme couteau-suisse et multi ressources de la maisonnée.

Lorsqu’elle récupère le canapé, avec l’aide de transsexuels s’adonnant à la prostitution, au moment où Dan prenait un plaisir que la religion (juive ou pas) ne lui proposerait pas en première réflexion…, un enchaînement de faisceaux incertains va faire éclater toutes les certitudes.

Le canapé, si passionnant en qualité cuir et en design, pour Courtney, ne se positionne pas comme objet meuble pour ses transporteurs, car il renferme plusieurs kilos de drogue et ne pas le retrouver place Michaël, mais aussi Dan, qui découvre la réalité effective de son emploi…, dans une situation plus que périlleuse avec son commanditaire, peu porté sur la compréhension et la discussion ouverte…

Quand Special K, du nom céréalier du chat de la maison, fera ses griffes sur ce canapé, alors que Sawyer, le jeune enfant de la maison cherche à lui attraper la queue, de la poudre tombe ! Et Sawyer la goûte, entraînant son hospitalisation aux urgences, un message clair du médecin et de la police à la mère de famille Courtney, qui en conclut que la nounou se repère comme toxicomane et qui la licencie donc sur le champ…

L’adolescent de la maison, Cameron, trouve en cette possibilité de récupération de poudre, les moyens de se placer sur les traces de la richesse de son paternel, d’épater ses potes et les filles, de se faire du fric aisément et de devenir un jeune homme respecté, en dealer chic de quartier.

Mais quand il sera repéré par les barons de la drogue locale, eux-mêmes en tension pour la préservation de leur territoire, les choses vont se déplacer sur un terrain beaucoup plus tendu et inquiétant, d’autant que Jason, l’ami de Cameron associe drogue (dont il devient habitué, avec de la livraison facilement accessible, via Cameron) et strangulation visant à exacerber sa libido et une masturbation dynamisante, et qu’il se met fortement en danger.

Lorsque les récupérateurs du canapé se transformeront en pompiers et que l’immeuble des Burden deviendra un enjeu de combat des dealers, seule l’arrivée de la police entraînera un retrait momentané des tensions et l’assurance que la famille Burden apparemment irréprochable et installée, cacherait bien son jeu et ses appétences pour le « hors légal » pour les enquêteurs.

La saison 2 contribue à la nécessité pour Cameron de calibrer ses ventes de drogue, car il n’est plus potentiellement en autogestion et en libéralité, il dépend de Sam Lee Ming, à qui le canapé était destiné, et qui considère que Cameron a inscrit une dette incrustée en son commerce et qu’il ne peut effacer que par une activation de son entregent et le fait de récupérer tous les contenants du canapé.

Cameron ne s’en offusquerait qu’à peine, assez inconscient du danger et certain de son avenir tracé pour être respecté, se faire un nom, gagner de l’argent et devenir le meilleur en son domaine.

Courtney est appréciée de sa clientèle et exprime ses talents de compositrice d’espaces, même si elle ressent qu’elle ne sera pas forcément prise au sérieux par son mari dont le métier l’accapare et qui associe le travail de sa femme à une sorte de hobby, par ses enfants pour lesquels elle reste un objet central de tendresse ou d’incompréhension face à la boulimie de récupération d’objets… et par ses employés de maison qui cerneraient son fonctionnement comme on observe une bourgeoise de goût contestable, assise sur un lit d’or et qui ne regarde le monde que par ses seules œillères.

S’enchevêtrent et s’interpénètrent avec brio plusieurs situations pittoresques, décalées, pétries d’humour et décapantes :

  • Un jeune adolescent qui ne vit plus que par la volonté de dominer les autres et de se construire un empire financier, sans repérage des frontières de l’illégal ou du mal !
  • Une mère de famille qui veut tout à la fois : une vie confortable, assouvir ses envies de posséder, un amour de mari qui la contente en tous points et notamment en intimité, de beaux enfants et des employés à sa disposition et qui n’imagine pas un instant que le factice se renferme dans sa réalité, alors qu’elle ne comprend nullement que les retours critiques qui lui arrivent devraient lui permettre introspection et humilité…
  • Des employés de maison immigrés, à la fois inféodés à leur patronne, mais capables de dire leur ressenti et pour lesquels les visites policières ou d’enquêteurs troublent leur volonté apaisée et le fait de rester en discrétion.
  • Des dealers peu fringants, et aux muscles qui sortent uniquement avec des accompagnements armés, mais qui font la loi et qui bousculent un quartier qui se sentait à l’abri !

L’auteure sait dynamiter les assurances, ne jamais laisser en paix les certitudes et elle donne – au travers de portraits ciselés avec précision et entrain – des messages clairs pour que le libre arbitre, l’émancipation personnelle passent d’abord par la maîtrise d’un destin assumé, d’une vie définie et non bercée de faux semblants ou d’apparences ; en ce sens la Maman de Courtney qui vit d’abord pour sa réalité artistique et qui n’apprécie pas d’être dérangée, même pour garder un petit-fils…, montre le chemin vers une liberté libre Rimbaldienne, tournée vers le sens du bonheur, à conquérir, par la conviction de ne rien devoir à personne.

Merci Chris pour ces flamboyances et ces inspirations et au plaisir de découvrir les saisons 3 (je la lis en ce moment) et 4, à venir.

Merci Chris pour ces partages et notre rencontre qui en promet d’autres.

Merci Laurence pour ton entremise et ton amitié vive qui m’apporte tant !

Éric

Blog Débredinages

Brooklyn Paradis

Saisons 1 et 2

Chris Simon

12€ le volume de chaque saison ; distribution numérique (Kindle, Kobo, Fnac, iBooks, Store and Nook) et papier (Amazon, Barnes and Noble et chrisimon.com)

Aller sur le site www.chrisimon.com et enlivrez vous !

En photos, de gauche à droite : Laurence Labbé, Chris Simon et votre serviteur !

Satanas de Mario Mendoza

 

Roman noir, analyse sociétale approfondie de la Colombie, dénonciation des inconséquences de pratiques violentes tolérées et installées, incommunicabilités familiales, impossibilité d’accepter les différences, tels pourraient être les qualificatifs à affecter à ce livre tonitruant, haletant, pénétrant et surtout sans concession aucune, qui se place à Bogota, dans les années quatre-vingts.

Ernesto est prêtre, mais il y a longtemps qu’il a cerné que la guérison potentielle des âmes passait d’abord par une rencontre permanente avec les humbles, pour cerner leurs peines et leurs vécus et pour leur apporter appui, réconfort, pour non seulement les écouter mais aussi partager avec eux leurs contraintes, pour tenter d’aller avec eux vers un mieux-être…

On le sent sensible aux inspirations de la théologie de la libération qui avait entraîné quelques prêtres à suivre la révolution Sandiniste au Nicaragua, avant que Jean-Paul II ne les sermonne fermement en public, avec un rappel à l’ordre sur la sacralisation de leur mission qui ne saurait suivre une aventure humaine, encore moins marxisante…

Ernesto aime Irene et sent que l’appel à devenir défroqué s’annonce… car les charmes d’Irene et sa chaleur sensuelle développent plus de positivité qu’une relecture intempestive évangélique.

Ernesto prend du temps, en son confessionnal, pour apporter du soutien, de l’empathie, de la compassion, mais quand un pauvre homme qui n’a plus le sou envisage de tuer les membres de sa famille pour ne plus avoir à se reprocher qu’il ne peut plus rien faire pour eux, il alerte avant son passage à l’acte. L’irréparable advint pourtant et le pauvre homme se place comme un meurtrier absous par le prêtre, ce qui déconcerte et révulse Ernesto…

En lisant cette partie-là du livre, crûe et directe, je me remémorais le film de Claude Autant-Lara, passé de la CGT au Front National je le sais, mais je vais différencier le parcours de l’homme de son œuvre, si vous me le permettez, « L’Auberge Rouge », où Fernandel, prêtre, confessait Françoise Rozay, aubergiste, qui lui confiait que tous les passants de nuitée étaient détroussés et assassinés depuis des années en son hôtel… Fernandel était tiraillé entre respect du secret de la confession et nécessité d’alerter les personnes en place dans l’auberge pour la nuit. Ce fut certainement le rôle le plus marquant pour Fernandel et Ernesto lui emboîte le pas, par sa candeur et sa douceur, son affliction et son courage et sa volonté très humaniste.

Andrés vit correctement de ses talents artistiques et notamment de portraitiste, il est reconnu et quasiment installé ; il a vécu une relation torride et passionnelle avec Angélica mais qu’il a contribué à clôturer, rendant la jeune femme au désespoir et l’artiste dans l’absolue pureté de ne se consacrer qu’à son œuvre.

Lorsqu’il repère qu’en peignant un portrait il est attiré par des forces incontrôlables qui l’obligent à traduire ce qui va arriver dans un proche avenir aux personnes qui posent devant lui, il se sent à la fois terrifié et impuissant et le besoin de conseil devient impératif. Angélica veut absolument qu’Andrés lui fasse son portrait et elle considère le refus de l’artiste comme lié à leur rupture et quand Andrés consentira à s’exécuter, et donc ainsi à découvrir le mal qui ronge la jeune femme, il voudra reprendre lien avec elle…

Les pages de tension entre les deux amants écartelés sont totalement magnifiques, déchirantes, et elles subliment la passion qui part de la force des sentiments à la détestation et de la volonté de reconstruire au chapelet d’injures. Il faudra qu’un réalisateur utilise cette force émotionnelle et de tension pour en faire vivre « un vrai beau film », comme on dit au Québec, sans jamais avoir l’apparition du mot « fin ».

Maria vit d’errances, son petit commerce où elle propose quelques boissons au marché et pour lesquels ses clients cumulent des ardoises ne lui rapporte pas beaucoup. Elle est sans arrêt victime de sarcasmes sexistes et d’une propension abusée des hommes à lui indiquer que la voie pour gagner beaucoup d’argent, du fait de son charme indéniable et racé, signifierait qu’elle accepte de s’offrir à eux. Elle ne supporte plus ces œillades et se désespère.

Quand deux jeunes garçons lui proposent de séduire dans un night-club des « richards » de passage, pour leur placer un anesthésiant dans leur verre, permettant ensuite aux garçons de récupérer argent et affaires des infortunés séduits, elle saute le pas… car elle peut connaître une vie enfin aisée avec appartement, fringues et possibilité de penser à elle.

Mais en prenant un taxi, elle rencontrera deux violeurs et elle ne pourra imaginer que la vengeance acérée, pour laquelle elle n’aura jamais aucune honte, considérant que son humiliation ne trouvera réconfort que par l’assistance à une autre humiliation en retour, vécue directement par ses bourreaux.

Maria fut la protégée d’Ernesto, Andrés appartient à la famille d’Ernesto et ils ont tous les trois des tas de choses à se dire, et une invitation dans un restaurant apprécié semble le bon moment pour partager craintes et tensions et considérer l’avenir sous une autre face, peut-être enfin positive et plus alerte…

Campo Elias, ancien vétéran du Vietnam avec les forces américaines, reprend des études et vit de ses cours d’anglais donnés à domicile. Il est détesté de ses voisins car il se place sans chaleur et sans compassion aucune et ne voit que son individualité.

Il analyse de manière récurrente le livre de Stevenson « Docteur Jekyll et Mr Hyde » et l’a tellement interprété et surjoué qu’il a acquis l’intime conviction que chaque individu se place en bipolarité, avec des moments rares d’apaisement et une extase onirique portés par un déferlement de violence, incarnée par Satan et qu’il doit conquérir et structurer.

Et il se prépare pour ce moment important de jouissance par le côté réputé salvateur de purifier son âme en tuant de sang- froid celles et ceux qui pensent œuvrer pour le Bien, alors qu’ils se doivent d’affronter le mal incarné vers lequel ils sont destinés…

L’auteur, en postace, nous précise qu’il a rencontré Campo Elias, en ses études, et qu’il en frémit encore, mais quand on sait la violence qui incarna la Colombie pendant de nombreuses années, on se dit que le règne de Satanas s’est imposé et a produit sa gangrène de manière insidieuse puis impitoyable, devenant même la norme…

J’aime beaucoup les messages de l’auteur, en déférence à Stevenson, cet écrivain dont on ne connaît que le merveilleux « l’île au trésor » et qui a combattu pour le droit des Samoans à disposer d’eux-mêmes, contre l’Empire Britannique, alors qu’il en possédait la nationalité et il est enterré là-bas et j’espère bien, un jour, le saluer sur place… J’ai cet écrivain, en passion. En 2013, en sa bonne ville d’Edimbourg, je suis allé sur ses traces et j’ai rencontré un de ses exégètes et on a parlé longuement de sa vie, de son œuvre et son parcours Francophile avec un âne dans les Cévennes et le rappel du fait qu’il ait utilisé comme prénom Robert-Louis et non Robert-Lewis, en hommage à notre langue.

Je vous invite à lire ce livre, une nouvelle offre de choix publié par Asphalte, et vous ne resterez pas indifférent ni à sa teneur, ni à son style, ni au charisme des personnages ou à leur emboitement enchevêtré pour le meilleur et pour le pire ; une vraie réussite littéraire, vraiment !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Satanas

Mario Mendoza

Traduit de l’espagnol (Colombie) par Cyril Gay

Asphalte Éditions

22€

Microfilm d’Emmanuel Villin

Quand le talent du conteur s’associe à l’originalité narrative comme à l’analyse sociétale, nous nous approchons du plaisir inhérent au coup de cœur littéraire, à célébrer et proclamer, sans réserve !

Sans flagornerie hasardeuse qui ne se placera jamais en l’inspirante et dynamisante maison d’édition Asphalte et sans éloge par trop contempteur de l’auteur, je tiens cependant, en cette humble chronique, à dire pourquoi j’ai fortement aimé le livre et pourquoi vous ne pouvez passer à côté de ce moment rare que vous vivrez, en vous y plongeant, car vous vibrerez en des séquences qui mêleront et associeront émotion, décalage, sens de l’absurde, mais aussi réflexions aiguisées sur nos réalités rudes contemporaines.

J’ai retrouvé, en ce livre, la saveur de Ionesco dans la Leçon et ses multiples rappels « comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence… » et de Rhinocéros où l’implacable inconséquence de ce qui est vécu ne peut être contrariée, même si ce qui se passe apparaît sans repère ni cohérence…

Un figurant cinéphile averti et en connaissance appuyée sur la genèse des films et sur leur analyse inventoriée, tente de survivre, entre castings plus ou moins opérants et sollicitations de Pôle Emploi l’incitant à ouvrir son profil de recherche…

Il répond à une annonce, que son Conseiller l’incite à analyser, et trouve presque surprenant que l’on cherche à le contacter aussi rapidement et directement.

Il se présente en une « Fondation pour la paix continentale » située Place Vendôme, peu évidente à repérer, pas forcément accessible au regard, pourtant en un des lieux les plus voyeurs de la Capitale, et se voit engagé, quasi immédiatement, avec pour missions de microfilmer des documents ou d’analyser des dossiers et pièces microfilmés, mais sans appareil de visionnage encore présent, ni disponible…

En attendant que sa mission première prenne forme concrète, on lui demande de compulser une sorte d’encyclopédie explicative de la Fondation et d’en tirer quelques éléments visant à en faire ressortir des axes de communication exploitables pour des publications.

Ces éléments communiqués, le relief inhérent à ce livre étonnant et fort apparaît sur plusieurs strates, en évocation des personnages :

  • Nadège, la secrétaire de la Fondation, avenante et accompagnante de notre personnage principal, pourra apparaître sous un jour différent en d’autres situations… « Aménité un jour, déshumanité toujours … », disait le regretté Desproges…
  • Celle que l’on peut appeler référente « ressources humaines », Lydie Soucy, se positionne avec une communication retenue, mais qui vogue de l’indifférence au cinglant, et qui magnifie au plus haut moins la densité du travail qui l’attend et par délégation la haute responsabilité qu’elle s’imagine développer…
  • Le directeur de la Fondation, qui n’en est pas le Président, – ce que Lydie Soucy répète à foison, marquant par là-même son attachement à l’autorité suprême et pas à se laisser conter par d’autres moins en référence… – semble errer sans mission définie et pourtant il semble se sentir indispensable, derrière des paravents de fumée de cigare…

Quand un spécialiste du juridique recruté avec verve, passionné aussi de cinéma et échangeant des connaissances avec notre personnage principal, se trouvera vilipendé et même mis en retrait de manière tout à fait insupportable par Lydie Soucy et Nadège… et que notre personnage principal, voulant prendre de ses nouvelles, apprendra avec stupeur ce qu’il est advenu de lui, la perception de la Fondation deviendra, pour lui, bien plus périlleuse…

Et un déplacement à Lisbonne pour remettre des feuillets de dépliants et en une rencontre qui laisse planer tous les doutes potentiels sur l’existence possible, en la Fondation, du secret diplomatique ou des missions discrètes, notre personnage principal errera à la recherche de son Patron, pour finir par revenir sur Paris, sans savoir pourquoi il avait fait le déplacement, ces contraintes ressenties deviendront plus majeures…

Il faut lire ce livre comme une ode à notre vécu d’incommunicabilité, où l’on croise des collègues sans se soucier s’ils vont bien ou pas, où l’on est capable de côtoyer quelqu’un mais ne plus s’intéresser à ce qu’il devient, surtout s’il disparaît de la circulation du jour au lendemain, où l’individualisme prend le pas sur le collégial et où l’indifférence et la déférence règnent en parfaite harmonie, sans approche d’un minimum d’ancrage solidaire…

Il faut lire ce livre comme une oraison à l’absurde, car l’on sait bien que le rationnel n’est pas ce qui guide le plus nos actions et donc que l’inconséquence peut se placer en notre quotidien…

Notre héros peut parfois considérer qu’une journée de travail sans mission s’entend et s’organise, que l’absence de mission définie ne se conditionne pas comme une impasse impossible à gérer…

Mais le livre invite surtout à la réflexion sur la condition au travail de celui ou de celle qui sans repérage de ce qu’il a à faire, sans prise en charge collective de son domaine d’activité, peut facilement tomber dans le désarroi, le doute, le déchirement, le stress et donc la dépression…

Il faut lire ce livre si l’on veut reconnaître la cohérence des lignes de métro Parisiennes, dans leur défilé en litanie, si l’on veut arpenter les cimetières comme un nécrosophe (philosophe de la nécrologie, comme le déjanté Bertrand Beyern, que j’admire, et que j’ai rencontré un jour au Père Lachaise, en 1999) et si l’on veut revoir des films d’auteur de référence, car l’auteur parsème à satiété des messages clairs sur des rappels de séquences qui nous invitent à la projection. J’ai même fait ma liste de DVD pour un prochain anniversaire qui arrive…

Il faut lire ce livre en se disant qu’il ne faut jamais, même sous prétexte de rémunération correcte et de possible sécurité d’employabilité (ce qui représente tout de même un luxe investi pour un figurant) accepter ce que l’on nous présente, sans être capable d’en cerner la signification, l’utilité, la fiabilité et surtout la reconnaissance humaine qui s’attache à celle ou celui à qui l’on confie une tâche. Restons humains et en aménité et détestons la déshumanité !

Merci à Emmanuel Villin pour son style aéré, incisif, poétique, pétri d’humeurs et qui se savoure comme une ode à la fraternité, en prenant un Communard en un Bouchon Lyonnais.

Emmanuel, venez sur Lyon, on flânera et on « bouchonnera » !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Microfilm

Emmanuel Villin

Asphalte Éditions

16€

La guerre des bulles de Kao Yi-Feng

En refermant ce livre, l’on se dit que l’on a pu vivre une forte expérience littéraire, à la fois étonnante, novatrice et originale et j’y reviendrai.

Gao Ding, enfant, se dit que la réalité de son vécu urbain sans eau potable distribuée, sans prise en compte de besoins de première nécessité dans plusieurs quartiers, sans capacité repérée de responsabilisation des adultes pour que les choses changent, nécessite un changement de paradigme et qu’il convient de prendre le pouvoir et que les enfants finissent par réaliser ce que des adultes n’ont jamais pu obtenir ou concrétiser.

Pour ce faire, muni avec des acolytes, tout aussi enfants que lui et qui le prennent pour capitaine, d’armes spécifiques, desquelles sortent des bulles, lorsque l’on les utilise, il neutralise le responsable de la distribution d’eau qui se transformera en spectre permanent dans tout le roman.

Les enfants vont s’acharner pour ce que l’eau puisse être maîtrisée et qu’elle puisse être solidairement répartie.

Tous les enfants magnifient leurs compétences, qu’elles soient techniques, sportives, sécuritaires et ils s’emploient à mettre en place un système de tuyaux reliés les uns aux autres, épousant une déclivité cohérente pour assurer un débit d’eau et un stockage en une ancienne piscine.

Ils devront faire face à un vieillard dont les chiens semblent en permanence affamés, et qui se sont déjà attaqués à des enfants et dont le caractère sauvage apparaît aiguisé, à une sorcière dont on ne sait si elle apprécie les évolutions de la prise de pouvoir par les enfants ou si elle reste calculatrice pour tirer le meilleur parti des changements, et d’adultes disposés à ne pas tous accepter cette confiscation par les enfants de leur position sociale et opérationnelle pour leur ville.

Ce roman livre une expérience étonnante, car il montre la vacuité du monde adulte quand il ne fonctionne plus sur des repères solidaires, partagés, démocratiques, car si l’on se moque, lorsque l’on s’occupe de la distribution de l’eau de sa non répartition, l’on acceptera les tensions et conflits et même on contribuera à les provoquer.

Ce roman livre une expérience novatrice car dans le sillage du célébrissime roman de William Golding « Sa majesté des mouches », il présente des enfants acteurs, courageux, mais aussi pétris de doute et qui n’oublient pas qu’ils préfèreraient se baigner d’insouciance et de tranquillité ou s’adonner aux jeux, ce que l’enfance vivante doit intégrer et que le monde adulte doit lui apporter et protéger.

Ce roman livre une expérience originale car il présente des personnages enfants qui s’apprécient, se mettent en discorde, se rassemblent, puis se distendent et il précise que toute réalité sociétale doit apprendre à appuyer un collectif et à lui donner sens.

Ce roman place l’écologie comme une parabole permanente car l’auteur sait que la présence de l’eau, source de toute vie, pourrait être, si elle n’est pas équitablement répartie, rebondir sur les prémices de tous les combats et de tous les conflits.

Ce livre est à lire comme une ode à la probité, à la solidarité, au partage et comme un poème sublimé pour des ressources naturelles gérées avec intelligence, dans le respect des différences de toutes les communautés et dans le souci du soutien à l’enrichissement par la diversité, en acceptant les enfants, les adultes, les vieillards et même une sorcière, comme une contribution à une forme sociétale, heureuse de sa combinaison de compétences et d’apports…

Un livre à savourer, vraiment !

Éric

Blog Débredinages

La guerre des bulles

Kao Yi-Feng

Traduit du chinois (Taïwan) par Gwennaël Gaffric

Mirobole Éditions

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