Recherche

débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

mars 2021

Voulez-vous Danser ? – Annette Lellouche

Amie Lectrice et Ami Lecteur, quand Annette publie un nouvel opus qui nous invite à danser, nous ne pouvons faire autrement que de partir en quadrilles avec elle, surtout en ces moments rudes vécus, où les liens sociaux sont réduits aux acquêts.

Mon amitié profonde et indéfectible pour Annette ne peut être considérée comme un manque d’objectivité dans mon analyse sur son travail, car nos relations ont toujours été tournées vers les exigences, les sensibilités, les honnêtetés de nous dire les choses, sans faux-semblant, valorisées par le plaisir de nos discussions, de nos élans, de nos volontés de croisements culturels.

Cet opus, très délicatement introduit par son amie Christine, qui entremêle souvenirs communs et appréciation de plaisirs partagés, se lit avec un vrai bonheur, car il est écrit en une langue recherchée, stylisée, et il affecte tous les domaines littéraires, de la nouvelle à la poésie, du conte onirique à la déclamation de moments d’humeur.

Je viens de le lire par deux fois consécutives, pour en humer les saveurs, je vous incite à suivre mes pas, à vous placer dans le sillage de personnages qui, d’indépendance de récits, se recroisent en des aventures communes, pour prolonger leurs tensions et désirs, pour ainsi offrir au lecteur une vraie tonicité plurielle qui juxtapose tous les moments qu’il a vécus, au détour des mots, des réflexions, des passions que sait puiser Annette, en récurrence.

Si par instants directs et précis, le livre d’Annette rappelle que sa mise en écriture n’allait pas de soi, qu’il lui fallait combattre et s’aguerrir, qu’elle a souvent vécu des espaces sensoriels qui la mettaient en contrainte sur sa confiance en elle, le lecteur sait qu’elle va toujours de l’avant, qu’elle sait nous tenir en haleine, qu’elle aime raconter des histoires, qu’elle définit l’émotion avec un talent inspiré.

Coralie souffre d’incommunicabilité, de manque de respect, elle doute, elle flageole, elle se positionne même sur des tentations noires, mais une voix amie lui permettra de se reconquérir, de se dire qu’elle peut affronter les tempêtes et marquer ses essentiels de son empreinte, faisant fi des jugements de valeur toujours mièvres et stériles.

Elena est chauffeure de taxi, et, quand elle rencontre Victor, auteur en mal d’inspiration, et qu’ils décident de changer leurs vie, quand Elena doit s’arrêter pour une opération, ils se rendent compte que leur rencontre n’aura rien de fugace ou de surprenant, car ils partagent la conviction de créer, de faire vivre leurs intensités.

Jeanne a du mal à s’intégrer aux réalités numériques, mais elle a rencontré un jeune homme, un vendeur, qui sait l’appuyer et la conseiller. Quand il ne répondra plus aux sollicitations, Jeanne se sentira désemparée, mais il n’est pas possible que son ange gardien d’élévation technique ait pu l’oublier…

Très belle touche amicale et sensible que cette rencontre entre une Mamie et une jeune fille, en proie aux douleurs intérieures de spleens ravageurs, et qui, par le contact charnel avec des pommes de couleurs différentes, vendues par la Mamie marchande, dont elle sait conter les différences et les atouts, redonnera espoir à la jeune fille, pour que sa vie se pare de chatoiements et d’espoirs. Toute l’intensité de cette nouvelle, son écriture déployée, me ravissent et m’ont empli de larmes, de force et de nécessité d’optimisme résolu, envers et contre tout.

Eliette et Robert vivent pour les voyages et les découvertes de nouveaux horizons, ils ont la tête bien pleine de nombreuses aventures, aux quatre coins du monde, mais quand Robert vivra un accident, il faudra tout faire pour que les promesses d’autres endroits à conquérir puissent se perpétuer, malgré les handicaps de vie. Car la passion doit rester intacte et réfuter les messages permanents sur la prudence et l’attention, qui empêchent d’éclore les énergies.

Francine connaît par cœur toutes les réponses à des questions géographiques, elle veut gagner le concours qui permettra à sa petite voisine de partir en séjour. Quand elle regarde, avec plaisir, son émission de voyages, elle s’imagine triompher et vivre le départ de sa voisine, à qui elle offrirait le séjour, par procuration, pour s’emplir des émotions qu’elle conserve ardemment en son âme.

Julie a consulté une fois un voyant, prénommé Carmen, et elle ne l’a pas cru, car la vie ne lui fut pas simple avec des parents disparus quand elle était toute jeune, des grands-parents peu aimants qui lui reprochent même d’être là… et une proximité avec les hommes qu’elle jure dangereuse. Mais la vie réserve des surprises et peut parfois émettre des sons porteurs, pour sortir des néants et angoisses.

Josiane vit une longue maladie, mais elle va sa battre, réfuter tous les fatalismes, s’attacher intensément à cueillir chaque instant pour marquer ses volontés et ses forces, car tout discours misérabiliste ou pétri de rudesse sur les moments à venir ne fait qu’atteindre la dignité et assure la déconstruction.

Quand lors d’une croisière, l’on retrouve dans un livre de Françoise Sagan un billet de cent dollars, l’on ne sait s’il faut en rechercher le propriétaire ou placer cette mise au casino, mais en tous cas, comme Françoise Sagan brûlait la vie, les deux protagonistes de cette nouvelle élégante, racée et amoureuse, feront tout pour conserver le plaisir de moments partagés, à satiété.

Juliette est abandonnée de ses enfants et, même si elle observe avec frénésie les enfants qui vont à l’école, il lui est difficile de se sentir si seule, alors qu’elle a simplement voulu dire ce qu’elle ressentait en chaque moment partagé de vie, sans faux-semblant. Cette honnêteté, ce ton direct, lui ont été reprochés plus que vivement. Un enfant qui l’observe, timide et maladroit, saura lui redonner sens à la force d’espérer… Cette nouvelle là est écrite avec une harmonie absolue, nous remémore toutes et tous des détresses vécues, mêlées de nouvelles donnes pour avancer quand même, par-delà les douleurs…

Et cet opus riche et foisonnant sait faire valser et danser toutes les protagonistes, qui prolongent leurs vies des nouvelles qui les ont mises en scène, pour procurer un bal où les envies, les tensions de chacune s’agglomèrent, pour créer une force tenace et propice, pour toujours conquérir de nouveaux espaces.

En cette période pénible où les liens sociétaux demeurent complexes, où les décideurs hésitent et tombent souvent dans le moralisme agaçant, où les perspectives positives demeurent ténues, il vous faut lire ce très beau livre d’Annette, quintessence de la poésie la plus esthétique (Annette est aussi peintre) et de l’écriture réflexive, qui nous invite à franchir des ponts, à réfuter les murs qui se dressent, pour assumer nos envies, explorer nos profondeurs, créer notre chemin, en respect de nos identités intérieures.

Merci Annette pour ta bienveillance, ta fougue et ta qualité d’écriture incisive.

Je t’embrasse.

Éric

Blog Débredinages

Voulez-vous Danser

Annette Lellouche

A5 Éditions

http://a5editions.fr

15€

Le goût du rouge à lèvres de ma mère, de Gabrielle Massat

Amie lectrice et Ami lecteur, j’avoue avoir été très intrigué par le titre de ce livre, qui m’apparaissait bien contemporain, au sens le plus néfaste du terme, là où les titres de livre deviennent une vraie source de banalité ou de poncifs…

Le livre s’avère particulièrement captivant, il mérite toute votre considération.

Il faut donc toujours se targuer d’éviter les jugements de valeur…

Il prend trace sur les modèles des romans noirs américains, notamment des meilleurs opus de Don Wislow, où les carnages et férocités n’hésitent pas à se convoquer en bandes organisées, où les réalités sociétales rudes et difficiles surgissent entre violences et compromissions impitoyables.

Cyrus Colfer a vu sa mère gésir dans une mare de sang, alors qu’il avait quinze ans.

Cette mère lui était affective, même si son métier de mère maquerelle, en lien avec le milieu de tous les trafics Californiens de drogue et de prostitution, ne correspondait pas exactement aux vertus éducatives traditionnelles attendues…

Elle a élevé son fils en lui apprenant à ne jamais devenir une balance ou un indic de flics, à accepter les violences les plus excessives pour défendre les pré-carrés de la famille du milieu, en lui démontrant qu’il ne pouvait jamais se fier à quiconque ne serait pas assermenté par ce même milieu.

On lui a souvent cassé la figure pour lui apprendre à vivre…

Cyrus avait quinze ans quand il trouvé sa mère assassinée de multiples coups de couteau, au moment où sa rétine lui posait contrainte, où il devenait aveugle sans rémission.

Il a été adressé à une famille d’accueil peu appréciée, mais il a su se construire en se battant, malgré son infirmité de perte de vue – que seul un éclair puissant, qui apparaît par instants, le rattache à la lumière – avec une pratique de boxe investie et remarquée, en vendant de la drogue qu’il achète en gros, qu’il refourgue en paquets individuels.

Il a un ami, Lee, prêt à tout pour l’aider et l’appuyer, qui possède un métier, qui a une femme, qui attend de devenir père, que Cyrus n’hésite pas à appeler pour lui demander de lui prêter mains fortes dans toutes les combines possibles, alors que Lee voudrait qu’il arrête de développer ce type de penchant…

Quand un homme qui recherchait Cyrus est retrouvé mort dans des conditions étranges, en ayant perdu littéralement tout son sang dans des conditions atroces après injection létale d’une sorte de mort aux rats, Cyrus décide de revenir sur la côte ouest Américaine, de tenter de rechercher le meurtrier de sa mère, de comprendre ce qui a bien se passer quinze ans auparavant.

Cyrus compte sur son fidèle chien, accompagnateur, joueur, dévoreur de plantes à l’occasion, pour que son handicap soit moins contraignant, car son chien mémorise aisément les trajets, sait facilement guider Cyrus, qui, avec sa canne, peut se targuer, aussi, d’une autonomie rare et fiabilisée.

Sur place Cyrus retrouve l’employeur ou le responsable direct de sa mère, et un homme qui le reconnaît comme son fils, qui a gardé une statuette que Cyrus avait sculptée, qui représente le gratin de l’organisation, le summum de la mafia locale, sans jamais avoir été inquiété, car toutes ses entreprises sont enchevêtrées dans un terreau de prête-noms ou de filiales indescriptibles…

Ces derniers lui font comprendre sans ménagement qu’il ne pourra jamais, du fait de son handicap, reprendre une quelconque position, mais que l’on peut lui accorder une sorte de rente, s’il sait se tenir, c’est-à-dire s’il sait oublier ses recherches, s’il ne se mêle pas d’enquêtes sur le passé, surtout s’il se tait.

Cyrus finit par rencontrer deux inspecteurs de police, l’un qui donne tout son argent à une église évangélique pour tenter de sauver son âme, qu’il considère menacée – car il n’a pas su aider une femme en contrainte, morte sauvagement, alors qu’il était chargé de sa protection -, l’autre qui reprend du service à la criminelle, alors qu’elle en avait été écartée.

Il accepte de travailler avec eux, sans pour cela perdre son indépendance ou se transformer en balance, car il sait que sans l’aide de la police il ne remontera jamais sur la piste des assassins de sa mère, et sans ses liens directs avec le milieu, il ne pourra jamais obtenir d’informations sérieuses ou de première main.

Mais ce jeu n’est pas aisé, et la frontière est bien ténue entre la capacité à être démasqué, et donc mis en torture ou à mort, par les sbires du milieu, et celle de ne pas tenir son rang avec les inspecteurs qui pourraient le coffrer, le placer en détention, pour tous ses trafics passés et actuels.

Cyrus saura-t-il convaincre la tenancière du bar, lieu de présence des prostituées qui attendent les commandes de clients, avant que des taxis les emmènent sur leurs lieux de travail, pour lui demander de rencontrer des personnes clefs de l’organisation?

Ces mêmes individus accepteront – ils de discuter, de converser avec Cyrus ou le considèreront-ils comme un intrus, un donneur de contraintes, un paria, qu’il conviendrait de mettre au pas ou de neutraliser ?

Le frère de Cyrus, Kurt, qui n’a jamais cherché à avoir de nouvelles de Cyrus, pourra-t-il l’aider dans sa quête de la compréhension et de la vérité, pourra-t-il devenir un allié ?

La compagne de celui qui l’appelle « son fils », et qui veut protéger Cyrus, avenante et peu farouche, deviendra-t-elle une amante de passage, une avocate d’appui, puisque tel est son métier, ou une personne insaisissable qui navigue dans des eaux troubles et peu identifiées, qu’elle seule peut maîtriser ?

Être aveugle deviendra-t-il un enjeu complémentaire de tension, qui oblige à encore plus d’abnégation et de combat, ou sera-ce l’assurance d’une forme d’empathie ou de compassion, y compris parmi les plus violents et durs de l’organisation criminelle monopolistique sur la drogue et la prostitution ?

Cyrus, à qui sa mère avait défendu de fumer, qui essaie en permanence de lutter pour arrêter, mais qui n’arrête pas de fumer et d’y trouver du plaisir, qui possède en image le rouge à lèvres carmin de sa Maman, toujours repérée comme la quintessence de la beauté incommensurable, saura-t-il accepter, avec objectivité, que les pistes qu’il pénètre, que les chausse trappes qui s’amoncellent, que les chemins de traverses qui s’agglutinent devant lui, doivent être utilisés et intégrés comme des étapes nécessaires, ou au contraire comme des obligations insupportables qui ne font qu’aggraver sa détresse amplifiée par un handicap qu’il peut exécrer, en criant aux injustices récurrentes ?

Ce livre est écrit par une auteure Française, mais pourrait tout aussi bien être écrit par une romancière de polars Américaine ; il est enlevé, car l’on ne connaît qu’à la toute fin la réalité des faits et la vérité sur le meurtre d’Amy, la mère de Cyrus ; il est bien écrit, car il intègre à la fois le descriptif sans concession des organisations criminelles et le fonctionnement des enquêteurs, la vie sociétale Californienne qui associe des confraternités, comme pour les relations entre Lee et Cyrus, et une profonde détestation des relations humaines qui se pervertissent par la circulation de l’argent sale à flot, l’acceptation des luxures les plus pernicieuses et pédophiles, la présence d’une violence crue et régulière qui sert de régulation aux difficultés, sans que cela semble poser la moindre contestation…

Ce livre ne laisse pas indifférent, il oblige à méditer sur le sens du partage et de l’entraide, sur la nécessité de lutter contre toutes les vilenies, qu’elles soient issues des gangs, des institutions, des relations interpersonnelles, en réfutant les engagements coupables et déshonorants, en refusant de détruire son âme au bénéfice du pouvoir et de l’argent.

Car comme le disait Michel Foucault, « qui détruit un homme, sciemment les détruit tous », surtout si cette destruction apporte à ses auteurs plus de pouvoir, de représentation.

Car qui obtient plus de déférence et de référence, en s’étant comporté sans vergogne, sans respect, sans attitude compassée, sans écoute, ne mérite aucune considération, et s’assure le mépris du silence permanent…

Éric

Blog Débredinages

Le goût du rouge à lèvres de ma mère

Gabrielle Massat

Le masque Éditions

20 €

Le sourire du scorpion de Patrice Gain

Pourquoi une famille unie, avec mari, femme et deux enfants – une fille, plutôt brillante scolairement et intrépide sportive accomplie, et un fils que les études n’enchantent guère, peu prolixe et taciturne souvent –  qui vit de manière nomade volontaire, avec un camion qui ne les quitte pas, et s’évertue à dénicher des contrats saisonniers  – qui assurent les subsistances pour leurs vies affectionnées d’ermites et de promeneurs vagabonds – décide, avec l’appui et sous l’inspiration d’un ami, d’affronter les rapides qui serpentent dans les canyons du Monténégro ?

La mère n’était pas d’accord et rappelle fréquemment que cette expédition ne lui convient pas, car elle l’oblige à vivre en crainte des dangers, sans aucun rudiment de confort.

Les jeunes s’y sont faits, mais n’ont pas non plus exprimé de désir effectif pour cette aventure.

Le père, lui, est heureux, et, avec son ami Goran, ils se sentent combatifs, plus forts, plus entreprenants.

Quand le père sera porté disparu en les rapides, la vie de la famille deviendra tortueuse, rude, pétrie de doutes, de tensions récurrentes, de peines infinies…

La famille retrouve une bergerie des Causses, que le père voulait remettre en ordre.

Goran, qui a tenté de rechercher en vain, le père, se sent pris, par obligation et affection, par la nécessité de reprendre les rênes de ce chantier, même si la fille lui reproche son initiative fatale au paternel, que l’ambiance relationnelle s’analyse difficilement entre les membres de la famille, qu’elle s’étend de l’indifférence au délétère.

La mère finira par se rapprocher de Goran et tenter, ainsi, de revivre un nouvel amour, aidée par une psychologue passant dans le secteur des Causses, qui, de médecine chinoise à thérapies orientalistes avec huiles essentielles, l’accompagne pour reprendre sens à une existence bouleversée.

Le fils s’escrime à un apprentissage en menuiserie, semble avoir trouvé sa voie, avec une entreprise qui va lui permettre de réaliser son chef d’œuvre de compagnonnage, de se définir en un métier de charpentier-menuisier.

La fille arrive au lycée, et cela se passe vraiment bien, mais elle a besoin d’airs, entre escalade, varappe, et possibilités encore plus émérites de sports extrêmes qui l’attirent, sa mère l’épuise et Goran ne peut plus lui être approché…

Goran renferme un secret inavouable et indicible, encore plus complexe à exprimer quand un collègue de travail du fils est certain de l’avoir reconnu comme ancien tortionnaire, sans état d’âme, lors des combats et massacres en ex-Yougoslavie.

Il pourrait même y avoir une cassette vidéo qui démontrerait les engagements coupables, assimilables à des crimes contre l’humanité, en premier acteur.

Tom, le fils, va-t-il vaincre ses difficultés à assumer une vie solitaire quasi monacale, pour pouvoir se construire et s’assumer ?

Tom va-t-il devenir le centre névralgique d’une famille qui part en déliquescence, alors que Luna, notamment, la fille, se sent plus attirée par les lointains espaces que par sa capacité à tenir ses objectifs scolaires et professionnels, pour lesquels pourtant elle excelle ?

La mère pourra-t-elle se remettre de deux abandons, celui de son mari disparu, puis celui de Goran qui s’échappe, par fuite, pour tenter d’oublier ses infamies ?

La mère peut-elle comprendre que celui avec lequel elle a refait sa vie a été un monstre invétéré ?

Est-ce que Goran n’aurait pas eu un rôle dans la disparition du père ?

Est-ce que les montagnes du Causse, la présence du vent qui y est incessante, la force de la nature qui y est environnante, le bruit des cris des animaux qui ne cesse, ne revêtent pas, à la fois, une proximité réconfortante, un appui pour un avenir de meilleure sérénité, ou se confondent avec la détresse du lugubre, l’attente des inavouables ?

Est-ce que Luna pourra trouver la paix tout en dynamisant toutes ses compétences acérées pour des expéditions sportives toujours les plus audacieuses ?

Ce livre, rédigé avec concision, élégance de style, nous happe pleinement, nous prend sévèrement à la gorge.

On vit, en direct, comme dans un film à suspense, les tensions, détresses, moments de retrouvailles intenses émotionnels, des protagonistes.

On se dit que les choses vont certainement s’améliorer et trouver de meilleurs auspices.

Mais l’auteur montre les faits, les déchirures, les déchéances, ne cherche ni à blâmer, ni à condamner, ni à devenir laudateur.

Il nous invite à penser et réfléchir, pour ne jamais être les victimes de choix que nous n’aurions pas faits ou que d’autres auraient voulu faire pour nous…

Un livre écrit avec tonicité, vigueur, qui ouvre aux champs de la connaissance psychanalytique, sous fond de réalités des retours des horreurs des Balkans, il y a vingt-cinq ans, pour ne jamais oublier.

Éric

Blog Débredinages

Le sourire du scorpion

Patrice Gain

Le mot et le reste

19 €

Richesse oblige d’Hannelore Cayre

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous trouverez cette humble chronique, très enthousiaste, car je ne vous cache pas que j’ai refermé ce livre avec la satisfaction d’avoir vécu des moments marquants, qui élèvent « le champ des connaissances », comme disait Malraux, et pour avoir lu un roman noir excellemment mis en œuvre, avec un cocktail très structuré de références historiques maîtrisées, de réalités sociétales contemporaines, avec un humour récurrent dans les lignes, acéré notamment là où il n’est pas souvent appuyé, en adresse précise aux personnes porteuses de handicap…

« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », avait dit Desproges, l’auteure suit ses traces assidument, avec talent.

Blanche de Rigny s’est toujours questionnée sur les origines de son nom, elle qui a vécu, en une île Bretonne, où les personnes  s’appelaient toujours avec les références sonnantes attendues des patronymes.

Elle a été élevée par sa grande tante, car son père n’a pu l’aimer comme il l’aurait voulu, son épouse étant décédée en couche, puisqu’un accouchement nécessitait un transport sur la mer toujours tempétueuse et incertaine, qu’il ne voyait sa fille que comme la responsable du départ de son aimée…

Blanche s’est rapidement prise en main, avec des excès,  des volontés réactives face à son enfermement insulaire, elle a fugué, et elle a aussi , un jour, fait les quatre cents coups en beuverie, et en voiture…

Elle est sortie handicapée lourde d’un accident terrifiant où le véhicule de ses amis de boissons est tombé dans un ravin…

Elle est obligée, en permanence, de vivre avec béquilles et protections jambières, avec des douleurs atroces.

En centre de soins, elle a rencontré Hildegarde, courageuse jeune femme élancée, victime du syndrome de Marfan, avec des clous plantés dans la tête, qui lui a redonné tonicité et  force, qui est devenue son amie ; c’est elle qui lui a permis de travailler dans un service de reprographie des données judiciaires et policières et ainsi de pouvoir s’assumer, d’autant plus qu’elle peut récupérer des données de junkies et les transmettre à des dealers, en puisant une somme pour cette communication discrète, bien utile pour les futures transactions du trafic de drogue, lui permettant, aussi, une meilleure aisance sociale personnelle…

Blanche a eu une fille, Juliette, dont elle ne se souvient plus du père, très en passage, qui égaie sa vie et lui donne les influx nécessaires pour l’aiguiser, car elle se sent forcément mise en contraintes, avec une mobilité plus que réduite.

L’auteure insère dans son roman noir un pan de notre histoire, souvent peu relaté, celle des conscriptions militaire qui s’effectuaient par tirage au sort, qui entraînaient que certains étaient affectés en mobilisation pour une durée qui n’était pas inférieure à trois ans et d’autres qui pouvaient en réchapper. 

Ce système inique suscitait aussi des propositions commerciales de « compensations » qui, au mépris de tout sens humaniste, permettait à des familles fortunées, dont le fils avait infortunément tiré un mauvais numéro, d’être remplacé, moyennant finances, par une personne dont la famille avait besoin d’argent ou était nécessiteuse, ou par un homme qui voyait, en cette transaction redoutable,  la seule possibilité d’échapper à sa condition miséreuse.

Nous nous trouvons à quelques encablures de la guerre avec la Prusse, en 1870, et Auguste de Rigny, idéaliste, socialiste, utopiste, prêt en permanence à des déclamations dans des clubs ou cafés, vient de tirer un mauvais numéro…

Si son élévation humaniste ne l’entraîne pas vers le remplacement de sa condition de possible soldat, il ne retient pas son père –  capitaliste et réactionnaire, qui veut l’avoir sous la main et lui faire abandonner ses idées révolutionnaires – du désir de lui dénicher une personne de bonne taille (un 5 pieds 8 pouces sera très apprécié par l’armée…) et de dentition convenable, pour qu’il parte au régiment, à sa place …

Auguste se morfond, malgré sa volonté assouvie d’études, vilipendé par un frère sans scrupules, qui lui, ne cherche qu’à s’enrichir et à maintenir les castes sociales ; Auguste vit chez sa tante, d’éducation libérale et libertine, mais qui reste très attachée à son rang et à ses privilèges et qui trouve que le jeune homme ne connaît pas son bonheur de vivre libre et riche…

L’auteure cisèle son roman en nous happant en permanence, en faisant s’entrecroiser la Grande Histoire avec Auguste et ses états d’âme,  en cette fin de Second Empire, où les conflits sociaux et extérieurs s’amoncellent , avec les réalités des négociations abjectes où l’on monnaye son remplacement militaire comme si l’on discutait aux marchés aux bestiaux, et l’Histoire de Blanche, qui a repéré que son nom avait un lien direct avec Auguste et son remplaçant, que les différentes branches de la famille de Rigny se rapportaient à elle, qu’elle pouvait essayer de s’y glisser, pour se donner, dans toutes les acceptions du terme, une meilleure fortune…

Je vous laisse imaginer si :

  • Blanche arrivera à conquérir son destin, pour ainsi assurer une forme de revanche personnelle, familiale et sociale sur vécu tragique, de la mort de sa Maman à sa naissance, à son accident qui l’a meurtrie,  l’a affectée en infirmité douloureuse…
  • Auguste conservera ses élans humanistes pour au moins suivre la destinée de son remplaçant et de celle qu’il a aimée si fortement…
  • Blanche et Hildegarde confirmeront leurs amitiés indéfectibles, avec l’éducation associée de Juliette, pour qu’elle vive un destin moins ombrageux et difficile.
  • L’Administration repèrera ou pas si l’on peut croiser des fichiers de personnes répondant de délits pour extraire des informations et les utiliser, pour les monnayer…

Ce livre est écrit avec une force de propos, avec un suspense manié avec soins, qui nous porte jusqu’aux conclusions, sans pré-repères, avec l’envie de nous permettre de nous plonger dans les vilenies des conscriptions fallacieuses, dans les méandres des nobles familles qui renferment tellement de secrets inavoués qu’elles en oublient, souvent, les convenances et le respect dû à tous leurs membres, pour souvent placer en retrait celles et ceux qui ne mériteraient pas leur part de destinée…

Un livre que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande !

Éric

Blog Débredinages

Richesse oblige

Hannelore Cayre

Éditions Métailié

18€

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑