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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

août 2016

Le bal des vipères d’Horacio Castellanos Moya

le bal des viperes

Amie Lectrice et Ami Lecteur, ne croyez aucunement qu’en ces périodes plus que rudes et troublées, je me positionne pour vous suggérer une méthode pour exercer vos potentiels talents pour l’accomplissement d’un crime parfait… Et pourtant, en terminant ce roman décapant, tonitruant et totalement ébouriffant, vous pourriez prendre quelques notes utiles, si vous envisagiez une telle idée…

Je me place avec ce que je viens de dire juste en amont, dans la veine de Desproges, qui clamait que « l’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui » et vous n’êtes pas n’importe qui…, puisque vous me faîtes le bonheur de me lire, en cet humble blog.

Eduardo Sosa vit chez sa sœur et cherche un sens à sa vie, sans travail, sans repère, sans perspective d’aucune sorte…

Arrive une Chevrolet jaune, qui stationne sur un parking, près d’une épicerie de son quartier, dont la tenancière « La Nina Beatriz » répète que cette satanée voiture est arrivée, sur site, depuis deux semaines, et qu’elle renferme un ivrogne, qui y vit nuit et jour, ce qui peut décourager la clientèle…

Eduardo tente une approche en osant une discussion avec le propriétaire des lieux, assez acariâtre, dénommé Don Jacinto, et qui ne veut pas être importuné…

Eduardo insiste et Don Jacinto répond par une toute petite socialisation, mixée surtout avec beaucoup d’alcool, et, en perception d’une possible violence envers lui, Eduardo, en légitime défense vraiment toute contestable, lui tranche la gorge, séance tenante…

Il rejoint la Chevrolet, qui renferme des serpents, apprivoisés par Don Jacinto ; Eduardo tombe en pâmoison, persuadé d’être la proie de ces reptiles venimeux, mais il se réveille, le lendemain, presque radieux, et il prend la route avec les vipères…

Et à partir de cet instant, ce roman absolument différent et sans concession, qui porte en lui- métaphoriquement mais aussi directement, les contestations des réalités politiques et sociales vécues en de nombreux pays d’Amérique Centrale, en proie à la corruption récurrente et au non partage indigent des richesses, suit un rythme endiablé, bourré d’humour noir et vous ne lâcherez pas…

Eduardo nomme les vipères, ses quatre vipères d’emprunt : Beti, « la potelée », Loli, « délicate et timide », Valentina, « la sensuelle » et Carmela, « la mystérieuse » qui deviennent ses filles de promenade, d’action, de débauche même ou d’aventure frénétique, violente, potentiellement sans retour.

Les vipères informent Eduardo (qui peut communiquer avec elles) que Don Jacinto avait dû quitter le domicile conjugal, sa liaison avec sa secrétaire ayant été découverte, sa maîtresse ayant été , en plus, tuée par son mari infortuné ; il est parti, depuis, en errance, sans que sa femme et sa fille ne daignent le plaindre…

Les vipères se lient rapidement, et avec ferveur, avec Eduardo, et elles organisent, avec lui, une « petite virée », où des clients de supermarché deviennent étouffés ou sont pris de convulsions sous leurs morsures, mais Eduardo ne peut arrêter le mouvement, il a trop soif et il a une petite faim aussi, et il faut bien qu’il trouve à boire, comme à manger…

D’abord hésitant, il consent à conserver les vipères avec lui, en leur recommandant plus de discrétion… Et ensemble, ils décident, pèle-mêle, d’aller chez la femme de Don Jacinto, où son absence de compassion au regard de la fuite en avant de son mari, entraîne sa mise à mort immédiate, corrélée par la même punition pour sa servante, car depuis Bonnie and Clyde, version Gainsbourg, il « faut toujours faire taire ceux qui se mettent à gueuler »…

Portée par une énergie quasiment orgiaque, Eduardo rend visite à Raul, le mari de la secrétaire, avec laquelle Don Jacinto avait eu sa liaison ; mais il est vite « recadré » et finit par s’enfuir ; penaud, il évoque sa mésaventure à « ses filles » qui décident d’aller le venger et prennent en chasse asphyxiante Raul et des amis de passage, en son appartement…  Carnage qui se termine aussi avec le décès de Valentina, victime d’un coup de feu de calibre élevé…

La promenade se poursuit en les quartiers riches, pour laisser sur le carreau quelques personnalités en vue, politiciens ou banquiers, et, « la virée » permet aussi à Eduardo de se placer définitivement en la personnalité de Don Jacinto, que tous les témoins des meurtres imaginent en « serial killer » coupable clair , puisque tout concorde, lui qui vivait en une Chevrolet Jaune…

Eduardo apparaît, par Jacinto interposé, en vedettariat, avec une médiatisation des crimes en série, qui semble aussi donner sens, si ce n’est à sa vie, en tout cas, à son actualité, lui qui se sent enfin écouté, attendu, presque reconnu, en faisant peur, alors qu’il n’était abonné qu’à la mièvrerie ou l’insuffisance…

La police est sur les dents, mais le commissaire adjoint Handal en a plus qu’assez des bâtons que l’on met en ses roues, le politique voulant toujours orienter le déroulement de l’enquête, en fonction de critères ne voulant surtout pas mettre en tension l’organisation sociétale préexistante…

La journaliste Rita Mena suit l’affaire de près et Eduardo, dont la vanité opère, pense qu’il est bien de la contacter, pour que son action soit encore plus diffusée, pour laisser des chausse-trappes et tout bonnement pour que son importance extériorisée soit achevée.

Je vous laisse pénétrer l’univers à la fois méchant à souhait, terrifiant, mais aussi tellement proche du réel vécu (certaines sociétés Américano Centrales développent plus de morts par arme à feu que de morts par accident routier…) et écrit avec une plume trempée dans le sang et la noirceur, mais, où un brin de fantastique, de décalage et d’humeur, façonné à chaque instant, contribue à faire de cet opus un régal de lecture comme de réflexion.

Réflexion fondamentale sur la nécessité de ne jamais oublier ceux qui penchent vers la déshérence, car leur vengeance possible peut s’affecter, sans foi ni loi, et en un tourbillon insaisissable autant qu’insatiable…

Et merci à Delphine et Yves pour m’avoir offert cette découverte indépassable de lecture.

Éric, blog Débredinages

Le bal des vipères

Horacio Castellanos Moya

Traduit de l’espagnol (Salvador) par Robert Amutio, je m’incline devant son talent !

Livre de poche 10/18

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La petite fée de Laurent Vyeix

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J’avais déjà eu le plaisir et le vif intérêt à pénétrer l’écriture de Laurent Vyeix, avec « Clarisse et le singe en morceaux », titre de livre original et un brin curieux, renfermant un récit subtil, maîtrisé, développant un suspense haletant, propre au roman noir qualitatif.

Ce nouvel opus, paru en ce début d’année 2016, poursuit la veine inspirée de l’auteur et s’enrichit de collages, de dessins ou d’illustrations photographiées, indications de personnalités comme de sites réels.

Les illustrations résument l’action en des moments clefs ou invitent le lecteur à s’arrêter, à réfléchir, pour qu’il se livre à une sorte d’introspection sur le déroulement de l’histoire qui s’offre à lui, et surtout elles lui proposent, un peu comme un roman feuilleton des années 70, à aller plus loin comme à se confronter, en relecture, avec les lieux parsemés de manière impressionniste et attachante au sein du roman.

L’auteur nous renvoie aussi, en de nombreux bas de page, aux actualités contemporaines ou des vingt dernières années, en ressourçant notre mémoire, et en réussissant la prouesse de faire coller son avancée narrative, en son histoire, avec la Grande Histoire de nos vécus sociétaux les plus troublés ou même les plus dramatiques.

Anselme renferme un secret et vit un peu comme un ermite en Aquitaine, s’adonnant à apporter de quoi sustenter une araignée quasi domestiquée, qui se repère comme sa seule communicante de vie…

Mélusine, jeune femme toute en sensualité, aime les promenades à vélo, avec son chien griffon, en une allure sportive et elle retrouve régulièrement les amis de Cap’tain Baou, Estéban, férus de parties de cartes endiablées et qui l’ont surnommée « la petite fée » et elle en profite aussi pour rejoindre Estéban pour que vivent les sens…

Le lecteur apprend que Mélusine offre ses charmes, contre rémunération, en se déplaçant chez le client ou en une chambre d’hôtel Parisien où elle peut dynamiser la cadence, si je puis dire, une fois le tarif de prestation défini, et l’on repère aisément que ce besoin d’argent rapide est consacré par un autre secret…

Même si un de ses clients, Corentin, semblerait l’émouvoir en s’imaginant faire sa vie avec elle, la prostitution qu’elle intègre vise surtout à compiler une somme suffisante, sans aucune forme d’attachement…

Et elle est heureuse, car amoureuse de Salem, avec lequel elle escale la dune du Pilat, avec lequel elle échafaude une vie commune rêvée, avec enfant, avec lequel elle déguste des fruits de mer, à satiété, avec lequel elle va se rendre à Tunis, pour rencontrer sa famille puisque la mère de Salem en sera ravie, Salem le lui a dit…

Anaïs, la grande amie de Mélusine, travaille en tant que fleuriste, mais elle a du mal avec un patron indélicat qui s’imagine que le droit de cuissage conserve une légalité…

Anselme qui n’a pas été insensible au physique ravageur de Mélusine, qu’il a croisée en allant au supermarché, décide de passer un moment avec elle, d’abord en une chambre d’hôtel, pour préserver son intimité rustre, puis finit par « craquer » et l’appelle régulièrement en son domicile…

Mélusine a remis toutes ses « économies » amassées au beau Salem, qu’elle a souhaitées concrétiser rapidement, y compris avec un métier qui a mis son corps en charpie et dont elle est plus que dégoûtée, mais, quand, quelques jours après le départ possible de Salem en Tunisie, elle tente de visualiser ce que devient son argent, qui doit s’affecter en un projet immobilier fructifiant…, elle se rend compte qu’elle a été escroquée et trahie, elle ressent la violence de cette insulte suprême en toute sa chair, puisque Salem savait comment elle avait pu obtenir une somme aussi rapidement… et elle veut en finir, en amenant son chien avec elle…

A partir de cet instant tragique, douloureux, écrit en intensité, l’auteur manie une écriture acérée et organise une histoire à tiroirs où Anselme ne comprend pas pourquoi Mélusine ne répond plus à ses messages depuis trois semaines…, où Côme, appelé, sur conseils reçus, par Estéban ( Côme revient brillamment en ce livre ; Côme, notre héros aiguisé et aux talents analytiques de détective, bien que professeur de Français en le civil…, déjà vu dans « Clarisse et le singe en morceaux ») reprend de l’activité policière pour tenter de remonter la piste de Salem…

Anaïs tente une aide à la reconstruction pour Mélusine, sauvée, mais en cure de sommeil intensive et elle essaie de lui créer des parcelles de nouvelle vie, pour qu’elle tente d’oublier le démon qui l’a mystifiée et manipulée sauvagement.

Mélusine retrouve Anselme, plus par affection que par réalité économique…, mais elle cerne que le personnage ne lui dit pas tout, qu’il cultive un silence pesant, alors qu’elle veut coûte que coûte en savoir plus, surtout quand il déclame une surprenante citation « Maître Jacquot, Maître Jacquot… », qu’il refuse de lui donner une clef de sa maison ou qu’il lui démontre qu’il dispose de capacités érudites de pilote de rallye…

Mélusine va t-elle percer le secret de la porte interdite de la maison d’Anselme ?

Côme, surpris par la façon dont il retrouve Raouf en Tunisie, aura t-il la possibilité de recouvrer Salem et de rendre à Mélusine une part de sa dignité perdue ?

Les cahiers d’Eliette, bilingues Gascon-Français, permettront t-ils de donner des indices pour un déroulement plus affûté de l’enquête de Côme ?

Le secret de Mélusine n’est t-il pas plus profond, et lié notamment à son histoire familiale, comme à l’emprise qu’elle a toujours su qu’elle pouvait avoir sur les hommes, pour obtenir d’eux ce qu’elle désirait ?

Et Salem, qui pourrait apparaître comme un vil escroc, n’est t-il pas de ceux qui utilisent l’argent sale pour le mobiliser pour des réalités plus impitoyables et si présentes en nos réalités noires du moment ?

Je vous laisse lire le livre pour aller plus loin et répondre de ces questionnements que je laisse volontairement ouverts…

Laurent Vyeix associe des compétences de conteur d’histoire, d’hôte invitant à parcourir une Aquitaine différente, de métronome du roman noir comme de l’intrigue policière et il fait vivre ses personnages avec leurs forces, leurs secrets enfouis, leurs limites, leurs fêlures.

Il s’inscrit en un style dynamique, et le livre se lit avec percussion alerte et sens aigu de l’humeur et de l’humour, si nécessaire surtout quand on inclut , avec succès ici, les face à face avec les horreurs de nos actualités.

Un livre à lire qui fait méditer !

Éric, blog Débredinages !

La petite fée

Laurent Vyeix

Illustrations (très réussies et stylisées, bravo à elle) de Sophie Ainardi

Atome Éditions

15€

Photo de l’auteur, droits réservés en copyright pour Atome Éditions

Te quiero de J.P. Zooey

TE QUIERO

Une fois votre lecture achevée, Amie et Ami, vous ne pourrez plus observer la littérature de la même façon, car vous aurez eu le bonheur insigne de découvrir un texte enivrant, originel et original, et associant de l’humeur et de l’humour, du décalage, de la sensibilité, une réflexion sociétale acérée, et qui vous transportera en des rivages insoupçonnés, auxquels seule l’écriture mobilisée, avec « les tripes sur la table », selon la formule consacrée de Céline, peut vous conduire et vous pénétrer.

Bonnie et Clyde vivent à Buenos Aires.

Je vous repère, d’ores et déjà, en train de susurrer le refrain de la célébrissime chanson de Gainsbourg, interprétée par le Grand Serge lui-même, et Brigitte Bardot, à l’époque de sa flamboyance – bien oubliée en nos réalités contemporaines, pauvre fille… -, ou de retrouver le film éponyme avec Faye Dunaway et Warren Betty, sur les traces de ceux qui sont bien obligés « de faire taire ceux qui se mettent à gueuler »…

Le couple Parker-Barrow revit, pour partie, en ce livre absolument indispensable, et coup de cœur personnel de mes lectures sur 2016 !

Ils aiment commander des pizzas moitié provolone, moitié épinard et boivent des bières Quilmes : si le diable se niche dans les détails, ce roman rengorge de faits, tous fondamentaux pour le déroulement de l’intrigue, même si les informations parsemées peuvent parfois sembler insolites, inconséquentes ou futiles…

Il est en effet totalement indispensable de savoir qu’après avoir savouré une petite mousse, on ressent l’envie de monter à cheval…

Bonnie travaille en un pressing, où on lui montre régulièrement des photos d’échographie et quand elle a envie d’intimité avec Clyde, il est nécessaire et irrépressible de voler un collier en diamants, en amont…

Ils n’imaginent pas une vie sans passion dévorante permanente et ils feraient leur cette citation d’Oscar Wilde qui a déclamé « qu’il valait mieux avoir brûlé sa jeunesse que de ne pas en avoir vécue du tout » et Clyde poursuit en « disant qu’il a plus peur d’exister que de mourir »…

Bonnie et Clyde s’envoient des messages en permanence, aux contenus insolites, où sont évoquées pêle-mêle des envies de faim, qui iraient jusqu’à envisager de grignoter un des deux pieds à leur disposition individuelle, ou de parler du chat Deschanel, assez loufoque et dont le nom – qui sait – aurait peut-être à voir avec le Président de la République Française du début des années vingt, considéré comme un vrai agité et dont je pourrais vous compter, si vous insistez, en commentaire, la fameuse nuit noctambule, en la gare de Saint-Germain des Fossés, à dix kilomètres de mon lieu natal…

Mais je m’égare, sans calembours saugrenus, et je reviens au livre, à l’essentiel !

On se balade à Buenos Aires, avec des réminiscences aux œuvres de Thomas Mann (rappelez vous « Mort à Venise » de Visconti sur les traces de l’auteur…), de Faulkner, que je relis en permanence et que je suivrai, un jour, en remontant le Mississippi, comme je l’ai fait entre Santiago et Valparaiso, sur les traces de Neruda, et de Stendhal, dont le récit de Fabrice Del Dongo, sur le champ de bataille de Waterloo, dans « La Chartreuse de Parme » continue à m’émouvoir, comme une incantation de la perfection stylisée.

Ensuite nos deux héros ont envie de libérer un lièvre de Patagonie du zoo, mais Bonnie ne doit pas oublier qu’elle a un TP de stylisme à remettre dans le cadre de son diplôme, puis Clyde retourne saluer Gros Marxxx, qui travaille en une librairie, car Clyde envisage d’écrire une nouvelle qu’il repère à la fois surréelle, mais aussi très ancrée dans la réalité actuelle où jeux vidéos, références de marques et développements systématisés d’application n’en finissent pas de fleurir.

Il se voit bien engendrer une œuvre, en intégrant une mixité de ces différentes substances qu’il possède en lui et qui s’agrippent en sa réflexion, lui qui reste étudiant en littérature et qui aimerait composer et structurer un récit, en écoutant les conseils de Moe, son tuteur.

Et rien ne vaut d’en parler autour d’un bon maté (là aussi en commentaire, s vous voulez que je vous narre, amie et ami, ma dégustation, en transe, d’un maté de coca à Chivay, au Pérou, en 2004, je suis à votre disposition…) puis Clyde retourne chez lui « en se masturbant deux fois », ce qui représente un vrai signe de santé, et « puis vomit avant d’aller se coucher », ce qui était préconisé pour bien dormir par les Trissotin du XVIIème siècle, que l’on peut ne pas croire…

Puis un individu semble suivre Clyde, avec sa chèche autour du cou, son blouson et son « jean », mais il est vite rattrapé par un rêve qui l’amène sur les rivages d’un lac « alors que certains pères voulaient sauver leurs filles de la noyade » ou par une envie d’aller « voir la mer », malgré une douleur récurrente à l’oreille qui devient de plus en plus insistante et pénible…

Ce livre ne peut se résumer, se synthétiser, il est unique et il vous faut le lire, le relire, en contemplation, en extase, en réflexion, en prenant des notes, et vous comprendrez qu’écrire nécessite de faire corps à son époque, de la dépiauter pour mieux la disséquer, pour aussi chercher à la comprendre et tenter de l’améliorer.

En ce sens la profusion, dans le récit, de références de marques, d’applications informatisées montrent bien notre abrutissement face à l’immédiateté de l’instantané et notre besoin de poésie comme d’échappatoire.

J’ai lu ce livre, comme je relis Rimbaud, en ne comprenant pas tout, mais en me disant que ce n’est pas grave, puis en trouvant des explications différentes d’une lecture à l’autre sur certains passages, sans savoir si je suis dans le vrai, mais en étant assuré que je rencontre une tonalité inspirante et une vraie beauté.

Et si je vous dis que l’histoire se prolonge, en bord de mer, avec crustacés, colombes et faucons, vous ne pouvez qu’être aiguisés par une curiosité insatiable et la volonté de réserver ce livre, toute séance tenante, chez votre libraire.

La postface de Leandro Avalos Blacha précisant que le nom de l’auteur, âgé d’une petite quarantaine, renverrait à Salinger, entretient une dose encore plus forte d’appétence pour découvrir ce livre, totalement différent, et à l’univers surfant entre tableaux de Dali et de Bacon.

Eric, blog Débredinages

Te quiero

J.P. Zooey

Traduit de l’espagnol (Argentine), avec maestria, par Margot Nguyen Béraud, bravo à elle !

Postface de Leandro Avalos Blacha

Asphalte Éditions

15 €

Crazy in Love de Lauren Chapman

CRAZY IN LOVE

Il n’est pas aisé d’allier intrigue soutenue prolongée, capacité à explorer des caractères entiers et passionnels et sensibilité acérée pour décrire les émois sensuels, en un roman qui se veut à la fois populaire et novateur.

Lauren Chapman réussit avec force ces prouesses, signes de talent percutant !

Mélodie rencontre, de manière tout à fait impromptue, en un avion pour New-York, qu’elle a pu prendre avec un surclassement organisé par une connaissance, un acteur Américain en vogue dont elle ignore tout…

Ce dernier n’hésite pas à lui montrer qu’il apprécie ce premier contact et qu’il est sous le charme de cette jeune étudiante Française, en partance pour la Big Apple, alors que Mélodie répond à ces œillades de manière un peu rustre, non sans se sentir attirée par la volupté qui se dégage de cet homme, dont elle entend le prénom : Ryan…

Elle retrouve Claire, son amie indéfectible, et toutes les deux s’apprêtent à conjuguer études et découverte de New-York fascinante et flamboyante.

Les prémices d’intégration s’organisent, avec des amis et amies des années de lycées ou de campus en France, et l’on ressent les relations tissées mêlées de tendresses, d’attentes mais aussi de jalousies ou de regards sans pitié sur les blessures et fêlures de chacune et chacun…

Mélodie a reçu une recommandation utile pour se faire un peu d’argent et c’est en tant que serveuse en un lieu huppé : Le Markus, qu’elle se produit, tout en ignorant les contraintes et subtilités du métier et Sylvain, le chef de bar, lui demande vraiment de faire ses preuves…

Elle retrouve Ryan au Markus, ce dernier n’y venant pas fortuitement, mais ayant pensé que la feuille de recommandation que Mélodie avait échappée, en sortant de l’avion, signifiait qu’elle pouvait y résider…

Mélodie se sent toute chavirée, par le plaisir de retrouver le séduisant Ryan et un peu perdue par le fait qu’elle puisse imaginer qu’il la considère comme ayant voulu se « hausser » en condition…

Sylvain est estomaqué par le lien suggéré entre cette serveuse fraîchement débarquée et un VIP du renom de Ryan Reed, dont Mélodie ne connaît encore rien de la carrière…

Mélodie se concentre cependant sur ses cours à la prestigieuse Université de Columbia, en sachant qu’elle devra faire preuve de constance et de responsabilité, car les étudiants s’organisent comme ils l’entendent et sont évalués à période régulière, mais sans tests préalables, et il faut associer endurance et lectures régulières aux USA pour aboutir.

Mais Mélodie ne cesse de penser à Ryan, il l’a subjuguée et elle se sent irrépressiblement attirée, aimantée à lui.

Pendant que Claire s’engouffre, en une passade, avec un prof de fitness très convoitant, Juan ; ses amis de France tentent de séduire Mélodie, et notamment Léonard, si enflammé par sa plastique envoûtante, mais cette dernière ne peut que se fixer et se focaliser sur Ryan, ce qui peut s’orienter plus vite qu’elle ne l’imagine depuis qu’Alan, l’assistant ombrageux de Ryan, a demandé à Sylvain les coordonnées de Mélodie…

Un premier rendez-vous est fixé mais sur lequel Mélodie, coincée entre Ryan et Alan, ne maîtrisera pas l’enjeu et elle préfère la fuite, mais Ryan revient à la charge au Markus pour un rendez-vous, en une chambre d’étage de l’hôtel, et avec du Champagne Roederer en prime…

A partir de cet instant, Lauren Chapman délivre avec sensualité charnelle et onirisme, s’étalant de l’érotisme suave aux ardeurs corporelles désirables, sa force de transmission, pour décrire avec doigté toutes les expressions des sentiments, des regards attendrissants, aux fougues émotionnelles et jusqu’aux enfouissements amoureux les plus enlacés et sans retenue…

Dans l’actualité un peu trop abondante de la littérature dite des « éveils des sens », Lauren s’immisce avec une différence : elle sait évoquer sans voyeurisme stérile, elle sait suggérer avec finesse, délicatesse, élégance et on se transporte en son écriture avec le plaisir de partager les intimités, mais en laissant aux protagonistes leur part de mystère et de complexités…

Il n’est pas donné à quiconque de réussir cette gageure et Lauren y parvient avec brio, minutie et saveurs, en toutes les acceptions du terme, si l’auteure peut me permettre ce léger écart très confraternel…

Lauren explore la découverte des âmes, des sens et des corps et passe, en nous captivant, des suggestions complices de regards échangés aux frénésies des pensées et envies sur l’autre que l’on attend impatiemment, aux enlacements pénétrants et toujours à conquérir de manière inassouvie…

Les relations entre Mélodie et Ryan ne seront pas de tout repos et ne s’organiseront jamais comme un long fleuve tranquille, elles oscilleront entre rencontres gâchées par l’irruption d’Alan, avertissements ou conseils, selon les humeurs et écoutes de Mélodie, en provenance de Kim Brood – au service de la carrière de Ryan et qui considère que Mélodie n’incarne pas la solidité qu’elle attend pour l’avenir engageant de l’acteur – , week-end paradisiaque avec Ryan à Los Angeles en « guest star », mais sans vraiment être présentée comme celle qui a su conquérir son cœur et qui va se trouver victime d’un pari pas vraiment de bon goût, Noël passé de manière esseulée et jour de l’an avec un texto amoureux, mais sans la passion des effluves de l’amour ardent…

Mélodie tient à assurer ses examens, ou en tous cas à donner le meilleur d’elle-même, par respect pour son père et sa grand-mère et aussi pour donner cœur à ses études et à cette envie d’Amérique qui l’a tant fait rêver et qu’elle a décidé de conquérir…

Ryan lui propose de faire partie de sa délégation artistique au festival de Cannes, Mélodie cerne aussi, comprend qu’un lien difficile et enfoui, inquiétant, se glisse entre Ryan et Alan et elle veut découvrir la vérité de leur relation…

Le récit vous prendra en haleine jusqu’à la dernière ligne et je vous laisse découvrir l’entrelacement remarquable qui se glisse en ce livre, entre tensions entre personnages, réalités de la vie d’un acteur au sommet de la notoriété internationale, avec son lot de courtisaneries et de faux semblant, suspense proche des romans noirs et avidité extatique des corps à corps, somptueusement dévoilés par le style direct, incisif, percutant et probant de Lauren, à qui je souhaite le meilleur pour la destinée de ce livre, coup de cœur personnel !

Eric, blog « Débredinages »

Crazy in Love

Lauren Chapman

Cherche Midi Éditions

17,80 euros

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