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Chronique

Le lac salé de Pierre Benoît

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je sais que je vais me placer avec des répétitions, auprès de vous, et je fais appel à votre mansuétude pour tenter de me pardonner…

Non par esprit de provocation ou par défense des causes perdues ou inconséquentes, mais simplement par une nécessité personnelle d’aller puiser directement dans les textes et les écritures, pour alimenter mon opinion et ainsi organiser mon libre arbitre, je lis souvent des livres d’écrivains très en vogue, en leurs temps, mais qui ont du mal à survivre à un certain ostracisme qui les a frappés, du fait de leur rattachement à la liste des écrivains qui avaient cédé aux pratiques antipatriotiques pendant l’Occupation.

Pierre Benoît, disciple de Barrès et Maurras, est-fut de ceux-là.

Sa trop grande préciosité, son goût pour le dandysme, et parfois même pour une certaine pédanterie, lui ont fait préférer, non par désinvolture ou lâcheté, mais par esprit de confort et facilité vénale du bien vivre, les couverts de la Continentale et les invitations de confrères pangermanistes plutôt que rappeler en permanence la nécessité d’une liberté assouvie (que l’on retrouve en tous ses livres) et son esprit de concorde.

N’oublions pas néanmoins que le premier livre du Livre de Poche fut son œuvre de référence Koenigsmark, que l’on ne lit plus aujourd’hui, et qui se consacrait comme un classique de littérature ciselée, inventive, émotive et passionnelle, sorte de romantisme de nouvelle vague, puisant beaucoup dans Musset, revisité et mis en relief avec le contemporain.

Et vous ne pouvez visiter les ruines émerveillantes d’Angkor (je l’ai fait en 2014) sans relire Le Roi lépreux, en se rendant justement sur le site-hommage, terrasse, qui lui est dédié dans la Cité Khmère.

Le lac salé est un livre écrit de manière rayonnante : avec des phrases jamais maniérées, mais riches et enlevées, des sentiments jamais mièvres mais toujours exaltants, des profondeurs jamais sarcastiques ou caricaturales mais toujours assouvies, des ironies jamais de façade mais toujours cruelles et décapantes.

L’héroïne, Annabel, vient d’Irlande, l’Irlande catholique, celle qui recherche, en ce mitan du XIXème siècle qui précède la guerre de Sécession aux États-Unis, son indépendance de la Grande-Bretagne, et dont le père, décédé, a toujours appuyé la cause dite rebelle, pour permettre à l’île de prendre son destin en main.

Elle vit en une belle maison, avec des domestiques Noirs, qui sont en statut libre, et elle est conseillée et appuyée par le Père d’Exiles, un jésuite qui a pour mission d’évangéliser les tribus Indiennes, et qui le fait dans le respect de leurs traditions et sans jamais considérer que son dogme s’opèrera par la force ou une quelconque soumission ; il accepte tous les débats théologiques et imagine même une sorte de syncrétisme entre sa religion et les préceptes ancestraux de celles et ceux qu’il rencontre, notamment en Utah.

La maison est située près de Salt Lake City, ville édifiée par les Mormons, qui veulent organiser leurs espaces comme une nouvelle Jérusalem et qui considèrent leur nouvelle donne spirituelle comme un enjeu de pouvoir et de domination assumée.

L’armée Américaine s’est déployée, des combats ont eu lieu et un quasi pacte de non-agression s’est structuré : laisser les troupes prendre leurs terrains de conquête sur l’ouest des États et laisser faire les Mormons en leur ville, en s’assurant seulement qu’ils se cantonnent en leur Cité et n’imaginent pas la faire déborder…

Un pasteur de passage, aumônier dans l’armée Américaine, rencontre Annabel et son attirance pour elle n’est pas feinte, comme il est aussi troublé par la fille d’un des maîtres de la doctrine Mormone…

Le livre se construit, tout en tiroirs, avec des allers et retours récurrents entre :

  • l’amour positif, éclairé, d’une vie à organiser dans le respect mutuel, et l’amour soumis, hiérarchisé, comme chez les Mormons, avec des épouses figurées avec des numéros correspondant aux jours de la semaine où elles pourront partager la couche du Maître…
  • la rencontre très forte et marquante du Père d’Exiles avec les Indiens – où il leur reprochera l’assassinat de soldats considérés comme des colonisateurs, mais qui acceptera son sort quand ces mêmes Indiens lui reprocheront d’avoir fait un rapport aux autorités qui aura provoqué le massacre de tribus, en représailles – et la vision de Mormons qui placent les Noirs comme des objets et des meubles, qui les assujettissent comme des biens sur lesquels on marquerait la propriété, comme feu le Code Noir terrifiant…
  • la facilité d’accepter son sort, fusse-t-il lié à des erreurs de choix ou d’interprétations et la capacité à se rebeller quand la trahison est utilisée et que ni le temps, ni les événements, ne sauraient pardonner.
  • la dynamique racontée, en une plume avide, de natures sauvages et désertiques, emplies d’une faune ornithologique exceptionnelle et la fadeur de villes construites sans âme et sans relief, avec juste la présence majeure, lourde et oppressive de bâtiments répétés, qui structureraient une autorité qui serait indépassable…

Je vous laisse lire Pierre Benoît, qui peut vous apparaître pompier à la première salve de lecture, mais qui vous saisira par un emploi façonné de la langue, et surtout par une énergie de ressources vives qui parsèment ses personnages toujours volontaires, aiguisés, mais qui vivent souvent des moments rudes et tendus qu’ils affronteront pour des conclusions souvent compliquées…

Une œuvre rare, comme un bon vin en bouche ; allez comme un Condrieu avec un fromage frais du pays d’Ampuis.

Éric

Blog Débredinages

Le lac salé

Pierre Benoît

Le Livre de Poche, édition de 1969 ; trouvée chez un bouquiniste pour 3€

Les chiens de Riga d’Henning Mankell

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Mon Ami, Yves, indépassable blogueur avec son site « Lyvres », exceptionnel en pépites dénichées et en célérité dans son renouvellement informatif littéraire permanent, m’avait fait part, suite à ma promenade récente estivale, en Lettonie, que l’un de ses enquêteurs fétiches, Kurt Wallander, connaissait bien le pays…

Suivant ses conseils toujours porteurs, j’ai acheté Les Chiens de Riga, œuvre que je n’avais encore jamais fait mienne en mes lectures de roman noir.

J’ai retrouvé toute la tonicité d’Henning Mankell qui intègre toujours les réalités historiques et sociétales, en ses narrations.

J’ai pu surtout mettre en relief le descriptif de la Lettonie d’émancipation naissante en ce livre, datant de 1992, et mes propres pérégrinations en ce pays méconnu qui porte avec fierté sa volonté d’ouverture et d’indépendance affirmée.

Wallander est chargé d’enquêter sur la mort de deux hommes laissés à la dérive, en un canot, et découverts en pleine mer par un bateau de trafic de contrebande qui ne cherche vraiment pas alerter la police, mais qui ne peut se résoudre à passer son chemin et qui fait en sorte que l’on puisse le retrouver en bord de côte Suédoise…

L’on repère assez vite que les deux hommes sont Lettons et qu’ils ont fait les frais radicaux d’un règlement de compte lié au trafic de drogue.

Le major Liepa, en provenance de Riga, est appelé à se rendre en Suède pour reprendre les commandes de l’enquête ; il analyse assez vite le sérieux et l’opiniâtreté de Wallander qui lui-même, malgré les volutes de fumée étouffantes du major, se prend d’affection pour lui et regrette ardemment que le canot, en lequel les deux hommes ont été retrouvés morts, ait pu disparaître du commissariat en une équipée de cambriolage nocturne fantasque…

Le major Liepa retourne sur Riga, récupérant l’enquête, mais il se retrouve assassiné très peu de jours plus tard…

La police Lettone demande instamment à Wallander de venir l’appuyer et l’aider, mais notre enquêteur sent instinctivement qu’il est suivi, placé en filature, qu’on l’empêche de pouvoir discuter comme il l’entend, de rencontrer qui il souhaite.

Il se sent épié et mis sur écoute.

Il arrive cependant à rencontrer, après des circonvolutions et nécessités de donner le change épiques, l’épouse du major, Baiba, qui est persuadée que le major a été victime d’un crime politique.

Wallander est obligé de quitter Riga quand un coupable idéal semble avoir été arrêté et après ses aveux providentiels, mais il sait qu’il y reviendra, malgré les embûches et la certitude de forces obscures qui s’attacheront à le neutraliser ou à contraindre toute manifestation de la vérité.

Le bastion de Riga et ses petites collines en bord de canal, en plein centre-ville, sont aujourd’hui des lieux de pèlerinage où l’on observe encore des marques de balles dans la pierre, rappelant les combats entre forces indépendantistes et apparatchiks de la minorité russophone désireuse de conserver la vassalité à Moscou.

Henning Mankell évoque ces lieux de mémoire, encore toute vive et émue des combats datant d’à peine une année avant la sortie du livre.

La colonne de l’indépendance, d’intérêt architectural modeste, symbolise la primauté des idéaux de liberté du pays, et elle fait l’objet d’une vénération de mémoire, sur Riga.

Wallander la croise souvent dans le livre, entre volonté d’esquiver des chaperons et tentative de rejoindre le centre historique pour rencontrer Baiba…

Surtout le livre sait structurer les essentiels : déterminer le double jeu, ne pas identifier les coupables en aisance, assurer que les combattants pour l’ivresse indépendante sauront toujours préférer la mort qu’une vie sans liberté…

Cet idéal arboré les honorant, Wallander ne pourra jamais se désengager du lien qui unit son destin aux leurs, dorénavant, et il veut démontrer que les compromissions et hypocrisies se placent souvent en priorité face à la transmission de convictions aiguisées pour lesquelles on serait prêt à tout sacrifier… Mais il sait quel camp il veut appuyer ou servir.

Et comme toujours avec Wallander, l’on ne sait jamais si l’on peut imaginer un avenir moins sombre ou si l’on doit se concentrer pour se dire que le pire est encore à venir…

Aller visiter Riga, en prenant ce livre comme guide de promenade et surtout d’arrêt récurrent de lectures, en ses parcs magnifiques ou en ses bordures de canal, constitue une invitation que je vous recommande.

Et je transmets mes affections à Yves qui m’a permis, ainsi, de prolonger mon voyage.

Amitiés vives, Lectrice et Lecteur.

Eric

Blog Débredinages

 

Les chiens de Riga

Henning Mankell, qui ne cesse de manquer depuis qu’il a tourné le pas trop vite…

Collection Points Seuil

8.5€

Photo de la colonne de l’indépendance à Riga

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La dame blanche des Habsbourg de Paul Morand

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Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous le savez, en me suivant en cet humble blog, je suis passionné de lectures d’auteurs souvent contestés, à la morale ou au parcours pas forcément reluisants, mais qui n’ont jamais créé d’indifférences…

Paul Morand avait bien ri quand Arletty, lors de son procès, juste au moment de la Libération, avait déclaré au Président du Tribunal, en réponse à sa question sur « comment elle se portait », « qu’elle n’était pas très résistante… ».

Paul Morand était à la fois écrivain de talent et diplomate et il souhaitait continuer à poursuivre sa carrière, quelles que soient les circonstances…

De la Roumanie où il se trouvait en 1940, où il alliait frasques et combines, en même temps qu’il représentait la France, il trouva plutôt intéressant de se rendre à Vichy, de marquer allégeance à Jean Jardin, l’éminence grise de Laval, et servir l’État Français, lui qui rêvait d’une Europe nouvelle, même s’il n’en a jamais souhaité de contours dictatoriaux ou déshumanisés.

Il se retrouva affecté en  Suisse, pays neutre pendant le conflit, et il put continuer à mener sa plume et rester sur place, notamment dès la publication de la liste des écrivains inciviques en laquelle il figurait bien nettement, dès 1944.

L’homme était un dandy et un intellectuel brillant, mais sa carrière et sa position lui importaient plus que la rigueur morale ou les principes éthiques. Sans lui accorder de circonstance atténuante particulière, car il s’est mis en retrait quand tant d’autres risquaient leur vie, il a toujours conservé les amitiés qu’il avait contractées et a toujours défendu celles et ceux en qui il était redevable, sans pour cela avoir le courage d’affronter la justice post Libération, préférant les hôtels de Berne et la fortune de ses conquêtes aristocratiques récurrentes…

J’ose cependant apprécier sa plume que je trouve exceptionnelle, car il écrit avec verve, chatoiement et précision, se plaçant toujours en érudition, en mêlant la Grande Histoire avec les petits moments de vie et en ayant la capacité de décrire le réel en le romançant à satiété.

J’ai déniché en un bouquiniste de Saint-Raphaël, proche de la gare de Valescure, un livre de 1963 du club de la femme, illustré d’un cahier sur l’auteur et sur son œuvre, relié en pleine toile, pour la somme modique d’un euro, et j’ai pénétré avec plaisir un roman qui décrit toute la dynastie des Habsbourg, en évoquant des faits, en intégrant le réel effectif, mais en ouvrant des pistes pour tous les imaginaires.

L’auteur avait décidé d’écrire ce livre pour que le lecteur contemple « de belles ruines, au bord de l’orient de l’Europe, à la frontière d’une civilisation millénaire ».

Il rajoutait que personne ne pouvait imaginer ce que pouvait être la Vienne Impériale ni repérer « comment tant de pays vivaient sous un seul prince »…

La Dame Blanche est bien la maison d’Autriche qui paya du prix du sang ses fiertés implacables.

Paul Morand aime évoquer que l’amour a fait parfois perdre des raisons et rationalités aux Habsbourg mais qu’ils ont toujours récupéré en territoires… ; il n’est pas possible de tenter de puiser des anecdotes croustillantes, la cour d’Autriche édifie le mariage avec une morale janséniste avec les principes édictés d’union dans l’honneur, quasiment sanctifiée…

Les Habsbourg se devaient d’être Impériaux et mariés et appréciaient un mélange de solitude et de bals rares.

La Vienne de ces époques était bigarrée avec des palais à cent serviteurs qui baisaient la main de leurs maîtres (Küss die Hände) avec des jardiniers tchèques, des caméristes dalmates, des précepteurs triestins, des pâtissiers transylvains et des marmitons hongrois…

Et Paul Morand, qui s’y connaissait en stratégie des alliances, aime préciser qu’ils furent internationaux trop tôt, avant la création de l’Europe, et nationaux trop tard, après l’Anschluss… Mais Metternich disait aussi que le « vrai chef d’œuvre est de durer » et les Habsbourg ont duré plus de mille ans…

Paul Morand narre le destin de François II, qui fut le beau-père de Napoléon, quand il épousa Marie-Louise. Pendant les Cent Jours Napoléon pensait avoir joué les Habsbourg, il sera joué par eux.

François II tiendra Marie-Louise et le Roi de Rome et ne les lâchera pas. Borné et retors, perceur de dossiers, il réussit cependant à éviter des banqueroutes récurrentes et à héberger près de quatre cent cinquante personnages et leurs suites au congrès-gala de la paix de 1814/1815, en consacrant  l’hospitalité Autrichienne et ses féeries.

Même si Marie-Louise ne parla de Louis XVI qu’en évoquant « notre malheureux oncle », elle ne déjuge pas cependant son époux Napoléon, et quand son père François II retire son accord d’avec la France, et fait la guerre contre la France, en 1814, elle précise à son Cher Papa « qu’il n’en tirera aucun profit… ».  Il reste qu’elle ne répondra jamais aux lettres enflammées que Napoléon lui enverra d’exil et elle l’oubliera avec un prince qui la battait…

Napoléon réserve au Roi de Rome la moitié de l’Europe, de Séville à l’Illyrie, en 1811 et dix ans plus tard, à Longwood, sur Sainte-Hélène, il lui lègue sa seule maison d’Ajaccio… Le Roi de Rome, devenu Duc de Reichstadt n’en verra jamais la couleur. Fils de monstre sacré, il ne devait rien lui laisser de son péché originel, un péché qui ne pardonne pas. L’Aiglon a eu une vie courte et triste, sans amour, et on le traitait en prisonnier d’État. Seule l’archiduchesse Sophie lui donnera quelques gages d’apaisement et de tendresse.

Morand, toujours avec son sens de la formule, déclama que Napoléon II aura pu nous épargner Napoléon III, et que son masque mortuaire ressemblait à s’y méprendre à Napoléon au Pont d’Arcole…

Selon Morand, ce n’était pas une idée de fou ni d’imbécile que de vouloir barrer la route aux Etats-Unis sur leur propre continent car profiter, si l’on peut dire, de la guerre de Sécession, pour refaire dans le nouveau monde une sorte d’empire latin, sous l’égide conjointe de la France et de l’Espagne pouvait même être consacré, comme une idée profonde.

François-Joseph n’appréciait pas Maximilien et a accepté d’éloigner son frère mal aimé à la condition qu’il renonçât à tous ses droits sur la couronne d’Autriche, ce que Maximilien accepta, obtenant ainsi un appui pour rejoindre un corps expéditionnaire au Mexique, à la grande joie de son épouse Charlotte, malgré la défection de Napoléon III qui avait pourtant tout fait pour concrétiser ce projet, en assurant de son permanent appui Maximilien.

Bazaine sur place, homme de lige de Napoléon III, n’a jamais été loyal avec Maximilien et n’a rien fait pour empêcher son exécution, Charlotte déjà partie et sombrant dans une folie de persécution et empreinte d’oublis. Et l’on dit encore aujourd’hui qu’une armée Mexicaine n’a aucun sens, alors qu’elle a pu battre une armée de Napoléon III…

François Joseph a toujours été jeune mais imperméable aux idées modernes, il transcendait son autorité uniquement par les bals de la cour en prenant un temps récurrent pour valider les présents, qui passaient un examen avec le « hoffähig », qui s’assurait de la nécessité d’être bien né et de forte empreinte catholique.

Il ne souhaitait rien de moins que d’être intronisé à Prague, Budapest et Vienne pour slaviser la monarchie, trop magyarisée selon lui.

L’archiduc Rodolphe a été immortalisé par Mayerling, et ce colonel de vingt ans avait besoin d’embardées en amour, en se détruisant tout en détruisant les autres ; il fut un « Philippe Egalité qui devait voter sa propre mort », selon Morand.

Un livre précieux, rare et captivant, mais il vous faut accepter d’intégrer un style maniéré et parfois pompier, qui renferme cependant une très vive poésie.

Eric

Blog Débredinages

La dame blanche des Habsbourg

Paul Morand

morand 2

 

Les 500 millions de la Bégum

 

Grâce soit rendue, encore une fois, aux bouquinistes de la place Jean Macé, de Lyon 7ème, qui, chaque premier dimanche du mois, nous présentent des pépites et raretés.

En juillet dernier, j’ai déniché un exemplaire de 1966, en collection du Livre de Poche, reprenant les illustrations originales de Benett pour la collection Hetzel, d’un livre de Jules Verne, que je n’avais pas encore lu, et qui m’a tenu en intérêt, surtout quand on l’affecte en l’historique de sa sortie, en 1879.

La Bégum, veuve de Rajah, avait épousé un Français devenu capitaine instructeur de l’armée Indienne, puis citoyen Britannique ; ils ont eu un enfant qui mourut en 1869 ; la société Trollop, Smith and Co s’est donnée comme mission essentielle de rechercher les héritiers de la Bégum, ce qui permit au docteur Sarrazin, hygiéniste, de bénéficier, pour sa plus grande surprise, d’une somme de 527 millions de francs, soit un coup de fortune prodigieux…

Mais le Professeur Schultze, d’Iena, conteste cet héritage exclusif et produit une attestation prouvant qu’il est le petit-fils de la sœur aînée du capitaine instructeur de l’armée Indienne…

La société Trollop propose une transaction aux deux héritiers qui s’emparent d’une somme rondelette pour tout un chacun.

Ainsi démarre le roman…

Nous sommes en 1879, et la douleur des Provinces perdues, comme de l’occupation Prussienne, et la défaite de la guerre de 1870/1871, résonnent fortement dans l’inconscient national.

Jules Verne, en Républicain volontaire, souhaite mettre sa plume au diapason d’idéaux nationalistes, même s’il restera toujours opposé à la force et aux instincts grégaires et belliqueux, pendant toute sa vie.

Le Docteur Sarrazin désire que tout son héritage soit consacré à l’édification d’une Ville nouvelle qui réfuterait les conditions d’hygiène déplorables des Urbanités de son époque, avec une absence d’air et de lumière ;  il souhaite tracer le plan d’une cité modèle fondée sur des rigueurs scientifiques.

Et cette ville s’appellera France-Ville, Cité du bien-être.

Le Docteur a un fils, Octave, plutôt peu porté sur les études et soutenu en permanence par Marcel, son condisciple, orphelin Alsacien, qui a tenu, bien que très jeune, à participer aux combats pour le maintien national de sa Province natale dans le giron Français et qui s’affecte comme quasiment le fils adoptif de la famille.

Marcel semble aussi très épris de Jeanne, la fille du Docteur.

Cinq ans ont passé et France-Ville a pris place dans l’Oregon, sur la côte ouest Américaine et les personnes qui présentent « de bonnes références » et qui peuvent exercer « une profession utile », en s’engageant à observer les lois de la ville se trouvent accueillies ; tous les bâtiments ont été édifiés avec luxe, entente et convenance hygiénique, en insistant sur la propreté permanente chargée de détruire les miasmes, avec une centralisation des égouts et la présence d’une eau récurrente.

Le Professeur Schultze a, lui, investi toute sa fortune léguée pour la construction d’une cité de l’acier, une Oberland, « aux coups sourds du marteau-pilon et des détonations étouffées de la poudre » et la cité de l’acier se situe à quelques encablures de France-Ville…

Ce roman peut apparaître ingénu et un brin caricatural, car bien évidemment le Bon est caractérisé par le Docteur Sarrazin, Français scientifique, généreux et ouvert au Monde.

Il se pose en créateur d’une société progressiste et épanouissante.

Verne intègre ici les principes qui ont guidé ceux que l’on a dénommé, souvent avec indélicatesse ou volonté péjorative, « les socialistes utopistes », qui rêvaient d’une cité idéale où le travail, la culture, les valeurs financières seraient mutualisées pour un partage harmonieux des compétences et connaissances.

Les phalanstères, les idées de Fourier ou Saint-Simon, la création de New Lanark en Écosse par Robert Owen, ont certainement inspiré Verne qui se place dans le sillage des hygiénistes qui connaissaient les ravages causés par les pandémies alimentées par l’absence d’air, de lumière et d’eau potable.

Et le méchant Allemand est bien Prussien, le Professeur Schultze, qui se cantonne en un belliciste, qui ne pense qu’à la production industrielle, à la capacité à armer et à dominer par la force, et pour lequel la science ne peut qu’être qu’au service de la puissance.

Marcel va s’infiltrer en cet Oberland et prendre le temps de se faire reconnaître et apprécier, puisque sa maîtrise de l’Allemand est évidente, dans tous les corps de métier, en grimpant rapidement toutes les hiérarchies, pour devenir un conseiller de Schultze, dont il devine les intentions d’autoritarisme et de dictature pour anéantir France-Ville…

Mais le roman doit surtout être lu, avec avidité, pour plusieurs essentialités :

  • La comparaison, peu flatteuse, des assureurs Britanniques, qui recherchent surtout à ne jamais dire les choses de la même façon à leurs interlocuteurs, et où « le diviser pour régner » devient une règle d’organisation ; en ce sens Verne nous alerte sur les dissimulations et les décisions qui s’affectent sur le seul angle de l’apanage financier.
  • L’évocation admirable du jeune Carl qui travaille dans le puits Albrecht, pour faire vivre sa Maman, alors qu’il est encore enfant et qui s’attache à faire des études en son sous-sol pour tenter d’élever sa condition. Cet enfant prodigue, auquel un malheur arrêtera les prétentions et envies, illustre les habitudes de Verne de stopper le travail chez l’enfant et la nécessité de pousser l’instruction et la connaissance. On retrouve ici les thématiques qu’il a orchestrées dans Fils d’Irlande, dans le droit fil de Dickens qu’il admirait, alors qu’il détestait Zola…
  • La présence de serviteurs zélés, Arminius et Sigimer, prêts à mourir pour leur maître et qui œuvrent sans moralité et sans se poser de questions, ce qui permet à Verne de rappeler à son lecteur, et notamment à son jeune lecteur, l’importance majeure du libre arbitre et de l’émancipation pour ne jamais vivre en devant quoi que ce soit à quiconque.
  • La primauté de la rigueur scientifique, car il n’est pas envisageable que le pire advienne et que le méchant triomphe, et s’il n’aboutira pas à ses fins, c’est surtout parce qu’il lui manque la cohérence d’analyse, la relecture de ses perceptions, et qu’il consacre un amateurisme sûr de lui alors que la science demande modestie et expérimentation.

Ce livre se lit avec plaisir, en le replaçant dans son contexte historique, même si l’on doit accepter des raccourcis, des facilités dans les caractères des personnages, des évidences trop directes sur le parti du Bien et le parti du Mal et une certaine tendance à considérer celui que l’on doit combattre comme une personne sans vergogne, sans état d’âme, sans compromis et sans humanité.

On préfère le Capitaine Némo en toutes ces acceptions et diversités, car il est mieux de choisir la complexité que le jugement de valeur.

Amitiés vives.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Les 500 millions de la Bégum

Jules Verne

3en collection de poche de 1966, chez les bouquinistes de Jean Macé, à Lyon

 

 

 

Les merveilleux voyages du baron de Münchhausen – Wunderbare Reisen des Freiherrn von Münchhausen

Amie Lectrice et Ami Lecteur, cet été je me suis promené quelques jours en Lettonie ; et dans la ville patrimoniale riche de Riga, je me suis arrêté devant la Tour dite poudrière, qui fut la propriété effective du baron de Münchhausen, Karl Friedrich Hieronymus (1720/1797) dont Rudolf Erich Raspe publia les aventures qui auraient été contées, par le baron lui-même, en 1785.

Intrigué fortement par cette réminiscence, aussi bien littéraire que cinématographiée, car ces aventures ont été mises en images aussi bien par Georges Méliès que Jean Image ou John Neville, je me suis rappelé que mon fils Antonin m’avait offert la version bilingue (franco-allemande) éditée par Folio de ce livre surréaliste et très souvent déjanté, avant l’heure des décalages, et enthousiasmant à plus d’un titre.

Soyez confortablement installées ou installés, et écoutez les déclamations du baron, en toutes ces péripéties et aventures ou engagements, considérez que tout est vrai, ou en tout cas rien ne prouve le contraire, et il ne s’agirait pas d’offenser un baron, que diantre !

Et prenez le temps régulièrement de boire un petit shooter de Balsam de Riga à la cerise (ma version préférée) ou aux fruits rouges, pour donner corps et lustre à ces contes enchanteurs et franchement fascinants.

Jugez du peu :

  • Une tempête de neige place son cheval à la flèche d’une église, mais le baron, d’un coup de pistolet, délivre son infortunée monture et repart avec elle…
  • Un loup dévore l’arrière train de son cheval et s’engouffre en lui, mais le baron sait bien mettre fin à ces agissements ; quant à la santé du cheval, on ne peut que boire à son souvenir potentiel…
  • Le baron arrive, par procédés chimiques particuliers, à créer une auréole de feu sacré, au-dessus de la tête d’un général…
  • Le baron réussit la prouesse, avec un seul et simple morceau de jambon, à prendre en brochette plusieurs canards…
  • Son cheval fait des merveilles lors de la guerre contre les Turcs, en étant capable de se découper en deux parties distinctes, et donc ainsi permettre, à son cavalier, d’intervenir sur deux fronts à la fois ; l’ubiquité se trouve donc ainsi résolue et dépassée même…
  • Il arrive à vaincre un lion et un crocodile en alliant discernement, tact, esprit d’initiative et calme à toute épreuve et on imagine aisément que les deux animaux ont eu plus peur du baron que l’inverse…
  • A la manière de Gepetto et Pinocchio, dans le ventre du cachalot, le baron, avalé par un gros poisson au large de Marseille, fait contre mauvaise fortune bon cœur, et passe un certain temps en son ventre, avant de l’étouffer et de retrouver la mer libre…
  • Il s’associe des personnalités aux talents émérites, sortes de géants ou êtres aux pouvoirs exceptionnels, en anticipation des caractères de Marvel des temps contemporains, et il parie avec le sultan de Constantinople sur le fait que son Tokay ne vaut pas celui de la cour de Hongrie, et qu’en une seule heure, il en goûtera une bouteille originale signée de l’Impératrice du pays. Le sultan le prend pour un fou réel, mais le pari est gagné par le baron…
  • De manière plus chevaleresque il fait échapper deux Anglais, promis à la potence, par les Espagnols, sur Gibraltar, en déployant des ingéniosités techniques et des camouflages jamais encore advenus…
  • Et bien évidemment le baron a pu atteindre aisément plusieurs fois la lune, surtout pour y récupérer ce qu’il y avait laissé par imprudence lors de voyages précédents… Et l’on apprend que la lune comporte des habitants d’un seul sexe et qu’ils ne meurent pas, mais se réduisent en poussière…
  • Et si vous désirez rencontrer le baron, car une telle âme ne peut être mortelle, il vous donne rendez-vous pour une « conterie » appréciable, aux abords de Saint-Pétersbourg.

Dans sa préface maîtrisée, Théophile Gautier fils, précise que « la plaisanterie allemande n’est pas d’abord aisé », mais que « sa bizarrerie ne recule devant aucune outrance et se perpétue dans une logique d’absurdie » ; il est toujours nécessaire de ce dire que la réalité est bien trop insupportable pour qu’elle soit crédible, et que les contes de fantaisie – ou même d’inconséquence – peuvent donner des idées et réflexions pour générer une nouvelle harmonie, et surtout pour s’ouvrir au Monde et ne pas se considérer comme le centre de celui-ci…

En ce positionnement, le baron est un précurseur du multilatéralisme et de la volonté de rencontre ; et comme il a toujours su s’adapter, ses souvenirs ne peuvent qu’être passionnels et pétris de cet esprit d’aventure et d’exploration qui donne à observer l’autre, sans le juger ou se placer en supériorité, et à partager avec lui, en réfutant tous les replis.

Éric

Blog Débredinages

Les merveilleux voyages du baron de Münchhausen – Wunderbare Reisen des Freiherrn von Münchhausen

Préface de Théophile Gautier fils

Traduction inédite d’Olivier Mannoni, très réussie, bravo à lui !

Collection Folio Bilingue

malgré tout la nuit tombe d’Antônio Xerxenesky

Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’avais déjà été plus qu’emporté par les deux livres précédents de l’auteur que j’avais lus, relus et offerts souvent : Avaler du sable et F, du fait à la fois de leurs inspirations cinématographiées, où l’on vit la narration comme une projection effective, et de leurs réparties culturelles récurrentes qui donnent envie d’aller plus loin et de suivre les pas d’Antônio Xerxenesky, car la lecture se jalonne de références artistiques aiguisées qui ouvrent des portes nouvelles pour prolonger notre promenade littéraire.

J’avais avec moi, depuis le mois de mars, son dernier opus et je me le suis réservé pour cette récente période de vacances, où je peux m’ « enlivrer » à satiété…

J’ai retrouvé la force attractive de l’auteur, car quand on pénètre ce roman, on ne lâche plus, il est haletant et émotionnel, invitant pour une réflexion sur nos croyances, nos limites et nos possibles dépassements ou insuffisances, interrogateur sur notre capacité à nous émanciper ou à suivre les mouvements, à considérer que nos vécus nous construisent plus que nous les construisons…

Alina vit à Sao Paulo, ville qu’elle a choisie pour étudier et vivre plus intensément.

Elle travaille en une société où ses compétences informatiques pour la réalisation de vidéos publicitaires trouvent leur emploi, mais elle s’y ennuie plus que fortement, même si ses missions autonomes lui permettent l’évasion de celle qui peut vivre professionnellement avec un casque en côtoyant le minimum de collègues…

Elle est passionnée de films d’horreur, qu’elle ne visionne pas en voyeurisme, mais en analyste qui sait déceler l’esthétique rendue par les réalisations et qui aime transmettre ses perceptions des paraboles entre la noirceur incisive de l’écran et les réalités quotidiennes du Brésil ou du Monde contemporain.

Elle a souhaité illustrer ses études historiques comme sur les religions, de thématiques originales en effectuant des recherches poussées sur les ésotérismes ou paganismes qui se sont activés depuis des lustres et qui occupent le champ du gothisme ou du satanisme, notamment…

Elle ne peut oublier la dernière communication qu’elle a eue avec son frère, qui semblait heureux en son kibboutz exploité, et qui est décédé accidentellement beaucoup trop jeune.

Les ombres potentiellement maléfiques qui semblent se coller à Alina, et qui l’effraient autant qu’elle désire les affronter, peuvent avoir pris place suite à cet événement douloureux, et cependant leur présence régulière et permanente forme une sorte de harcèlement entêtant et hantant qui met à mal ses journées et nuits, même si cela lui arrive de foncer dans des fêtes de jeunesse et de s’oublier alors, avec tous les excès d’alcool et de drogue que l’on peut y puiser…

Alina est jointe par la police pour tenter de déchiffrer, du fait de ses études universitaires poussées, des inscriptions triangulaires étranges retrouvées chez une personne, qui en était recouverte, et qui visiblement avait vécu une absolue transe en s’y perdant totalement.

La police cherche à mettre la main sur les porteurs de tels agissements et Alina communique à la fois ses perceptions mais désire aussi développer sa propre enquête.

Le livre n’est pas un roman noir, mais il sait intégrer la montée des tensions, le sens du suspense narratif et les chausses trappe.

Le livre n’est pas un roman d’anticipation, mais il sait interroger sur nos destins collectifs, sur le besoin ou non de se confier aux forces des esprits pour se pencher sur le passé, pour anticiper nos prises de décision à venir, ou pour tout simplement nous adonner aux introspections.

Surtout comme toute science dite fictive il ne juge pas et n’interpelle pas sur un avenir potentiellement meilleur, mais il agglutine des pistes pour que l’on détermine ce qui peut nous aider ou pas et tracer ainsi sa propre route.

Le livre n’est pas un roman sociétal et pourtant il sait conjuguer avec maîtrise la panorama de la jeunesse qui se cherche de Sao Paulo, où se jouxtent différents milieux.

La réalité urbaine de la ville, magnifiée par des trajets en transport en commun ou des promenades plus ou moins obligées en taxi (toujours avec le même chauffeur), font de la Cité un acteur à part entière du roman qui interroge sur les incommunicabilités et sur les faux semblant, en sacralisant notamment le personnage de Fàbio, comme l’ami sur qui l’on peut compter, mais aussi mauvais génie possible ou tout simplement personnalité indétectable qui attire et révulse…

Le livre se place comme un condensé réussi de toutes ces formes littéraires et crée sa propre mouvance inspiratrice ; je ne serai jamais un classificateur et déteste les pré-carrés où l’on veut parfois cantonner et affecter les artistes, mais je reconnais à l’auteur sa fougue de romancier visuel, car chaque chapitre constitue un scénario ou un story-board structuré, et de romancier de sonorités, car les interpellations qu’il suscite en fréquence nous questionnent et développent une vivacité rare.

Un roman de tonicités cinéphiliques, si je me livrais au résumé occasionnel, sans vouloir du tout être réducteur.

Je vous invite ardemment à intégrer les univers de l’auteur et à vous laisser porter par les flux et reflux du jour et de la nuit ; ce roman a été mon vrai coup de cœur de l’été et de l’année et – même si je n’ai jamais caché ma reconnaissance pour les éditions Asphalte pour son travail – je ne place aucunement cette offrande qualitative comme une quelconque allégeance, mais comme une réalité d’un livre qui fait partie du littéraire moderne, différent, et donc à découvrir instamment.

Et je termine cette chronique par une anecdote plus personnelle.

En 1986, à Lyon, sur feu quai Achille Lignon, j’avais vu en concert Serge Gainsbourg, et ce moment restera gravé en ma mémoire.

Le Grand Serge avait arrêté de chanter et avait lu quelques morceaux choisis des Contes « dits » extraordinaires d’Edgar Allan Poe, traduits par Baudelaire, qui connaissait (selon Gainsbourg) mal l’Anglais-Américain, pourtant… Il nous incitait à lire ces Contes qu’il désigna comme « simplement superbes ! ». Je suivis ces pas et offre souvent ces Contes, en cette seule indépassable traduction, à mes amies et amis.

Et le livre d’Antônio Xerxenesky se poursuit par une intégration d’un morceau, lui-aussi choisi, de Thomas de Quincey (dont seule l’attractivité à l’opium m’était connue), traduit par Baudelaire ; vous imaginez aisément ce que je vais lire prochainement…

Éric

Blog Débredinages

malgré tout la nuit tombe

Antônio Xerxenesky

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro

Asphalte Éditions

20€

 

Mémorial Tour de Chris Simon

Est-ce possible que le tourisme de mémoire, pour rendre le vécu indicible de celles et ceux qui partirent pour les camps de la mort, encore plus repérable ou identifiable pour les générations actuelles, se transforme en pèlerinage morbide, voyeur et inconséquent ?

Est-ce nécessaire pour toucher les tréfonds des horreurs, que l’on soit dans l’obligation de supporter brimades, privations, coups, quolibets et que l’on soit aussi en situation de vivre en communauté de tensions, pour repérer si le solidaire l’emportera face à l’individualisme ou si le fort aidera le plus faible ou se considérera comme prédateur utile pour sa propre et unique sauvegarde ?

En lisant et relisant le fort livre de mon amie auteure, Chris Simon, qui sait si bien décrire les psychologies de l’insondable, je revoyais le film « I comme Icare » avec Yves Montand, de la fin des années 70, où un test s’organisait avec deux personnes et la perception pour l’un des protagonistes qu’il adressait une décharge électrique à l’autre personne quand elle ne répondait pas correctement à une question. La personne qui recevait des décharges électriques était un comédien qui simulait, mais son comparse ne le savait pas et rares étaient les personnes qui décidaient de stopper l’exercice avant une intensité électrique réputée forte ou qui le stoppaient avant qu’il ne démarre…

Patrice décide d’offrir un voyage surprise à Hélène ; elle ne doit rien savoir et tout ce qui est organisé doit rester secret.

Le voyage commence assez mal lorsque les personnes chargées d’accompagner Patrice et Hélène, pour les amener à leur point de départ, directement de leur domicile, se comportent comme des gougnafiers et s’en prennent violemment au chat de la maison qui en reste interdit…

Ils rencontrent, pour « embarquer », Laure et Mathieu ; Laure veut « immortaliser » le voyage à venir par des séquences récurrentes qu’elle postera sur les réseaux sociaux, alors que l’on apprend que les téléphones et engins de communication se trouvent rigoureusement interdits et le contenu des bagages plus que limités…

Les volontaires pour le « voyage » partent de Drancy, lieu sinistre où les trains à destination des camps d’extermination et directement en partance pour la solution finale ont été à l’œuvre entre 1941 et 1944 ; une guide explique historiquement la réalité des lieux et les « voyageurs » attendent le train, en se questionnant quand même pour cerner si la reconstitution des convois horrifiants du passé n’allait pas s’organiser en une sorte de tourisme de réalité directe plutôt inquiétante et sordide…

Le train s’ébroue et tous les voyageurs sont enfermés en un wagon fermé, avec l’obligation de s’asseoir sur le dur du revêtement au sol ; quelques optimistes s’imaginent en réalisation de documentaire instantané sur les traces de l’innommable et d’autres, dont Hélène, commencent sérieusement à se demander ce qu’ils viennent faire en cette galère, sans hygiène, en pleine promiscuité, sans possibilité d’aller aux latrines avec un rudiment d’intimité, en suffocation, sans air et sans savoir ce qui se déroulera en les heures à venir.

Si tour-operator il y a, il pousse le vice et le bouchon très loin, en imaginant reconstituer un train en partance pour le supplice de la Shoah, alors que, même en 1944, les Nazis prendront toujours soin de préciser aux personnes en convoi qu’elles allaient en camp de travail… Et les accueils au son des orchestres devant la sinistre banderole du « Arbeit macht frei » se voulaient accréditeurs de cette volonté « d’apaisement », pour mieux gérer ensuite l’organisation terrifiante du meurtre de masse des internées et internés.

L’auteure sait glaner sans concession les réalités d’une vie en groupe, en ce convoi insupportable et pourtant parti du plein gré de ses voyageurs.

Elle évoque la fébrilité de Christine qui se sent tellement terrorisée par ce vécu, en ce wagon d’inconvenance qui la déchire, qu’elle finit par s’uriner dessus ; elle parle de Bastien qui rapidement cherche à s’échapper, elle transmet le message d’un joueur de cartes, un peu rouleur de mécanique, qui finit par s’adonner à ses excréments dans le wagon et qui en dissimule une honte absolue…

Oui, on peut refaire revivre un train où le groupe réuni alternera des volontés d’entraide pour partager l’eau et conserver des réserves et des moments de déchirement où les injures et le chacun pour soi l’emporteront sur l’once de raison.

L’auteure déploie en son écriture une énergie sauvage où l’humanité ne fait plus sens, où toutes les relations bienveillantes sont anéanties, pour tendre vers la seule sauvegarde de chacune et chacun, prête ou prêt à piétiner l’autre pour conquérir une part de pain supplémentaire ou une respiration d’un peu d’air plus frais.

Et si toute la force émotionnelle de Chris Simon environne son roman pénétrant, elle ne conclut pas par la positivité…

Car ce voyage ne pourrait n’être qu’une mauvaise farce, un sinistre passage ou une tentative de reflux psychologique pour analyser les potentiels comportements de ceux qui sont partis et ne sont jamais revenus…

Et même si l’auteure plaide pour la concorde et l’amitié solidaire, elle ne se méprend pas sur la réalité de la nature humaine, qui peut à la fois se placer en ouverture et en égards mais aussi se cantonner à l’absence totale d’égards, avec la lâcheté de ne pas écouter, repérer et voir ce qui se passe à côté, pour s’auto-conserver, au mépris de toute compassion ou tolérance.

On ne ressort pas totalement indemne de ce roman, mais il est important de le lire et de l’utiliser en philosophie et en science cognitive, car il décrit ce qui est et ce qui fut, sans ambages et sans fioriture.

Il n’insiste pas pour tenter d’améliorer les choses ou de faire en sorte d’éviter le pire mais clame que « la bête immonde » Brechtienne d’Arturo Ui peut toujours revenir et qu’il convient de savoir dire non et parfois, même en documentaire circonstanciel, réfuter ce qui se propose ou se présente.

Et surtout l’indicible n’a pas besoin de commentaire, il est pénétré en nos esprits et cela suffit.

Merci Chris et reçois toutes mes amitiés et affections.

Éric

Blog Débredinages

Mémorial Tour

Chris Simon

13€ – www.chrisimon.com

Roman lauréat du jury Amazon-Kindle KDP au salon Livre Paris 2016

La guerre est une ruse de Frédéric Paulin

En mars dernier, au salon du Livre Paris 2019, j’ai salué l’équipe d’Agullo Éditions et elle m’a ardemment conseillé de découvrir l’univers de Frédéric Paulin, qui s’est attelé, en une trilogie dont deux tomes sont parus à ce jour, à décrire, sans concession, l’Algérie des années 90 jusqu’en nos réalités contemporaines, entre attentats terroristes, montée de l’islamisme radical et collusion trouble entre pouvoir et forces régaliennes du pays avec les mouvements intégristes.

J’ai suivi ce conseil et ai acheté le premier tome.

Je n’ai pas eu le loisir de rencontrer l’auteur pour quais du Polar sur Lyon, en début de printemps 2019, où il obtint, et je l’en félicite, le prix des lecteurs, mais ce n’est que partie remise, car j’aime les auteurs qui utilisent, en source d’inspiration, les réalités du vécu historique, les interpellent et les interrogent pour en dénouer les fils et les actes enfouis.

Ce livre est une vraie réussite investie, tant sur le plan de la narration du roman noir que sur sa force contributive au débat, pour que les consciences atomisées par la chape de plomb des discours officiels reprennent vie et pour que les victimes oubliées ou disparues ne soient pas abandonnées…

Ce livre s’affecte d’abord comme un roman noir de qualité littéraire mais il sait aussi pénétrer des pistes longtemps mises en jachère, et, en ce sens il contribue à revisiter une Histoire récente dont les stigmates s’avèrent toujours présents mais dont la scrutation restait à opérer.

Tedj Benlazar est rattaché à la DGSE et opère en Algérie ; il connaît bien le pays, parle l’arabe, y a aussi ses origines personnelles ; de sa vie intime l’on sait qu’il semble joindre sa femme et prendre des nouvelles de ses deux filles quand il est en mission…

Il est soutenu par son « chef », Rémy Bellevue, qui apprécie son flair et son sens d’initiative à toute épreuve, et il le couvre fréquemment, quand sa façon d’enquêter peut mettre à mal les postures diplomatiques.

Lui-même a presque quasiment toujours vécu en Afrique, y a rencontré Fadoul et sait que l’on ne peut servir une mission que si l’on respire le pays de rattachement par tous ses pores et que si l’on s’y engouffre.

Tedj apprend vite que les sphères du pouvoir Algérien, et notamment les militaires et agents de renseignement, veulent « délégitimer » les islamistes qui avaient gagné les élections – avant qu’un coup de force, pour ne pas dire coup d’État organisé par des généraux appelés « janviéristes », les en aient chassé – en les infiltrant dans leurs maquis, pour que tous les crimes commis (y compris par les relais de ces agents du pouvoir) salissent les islamistes et leur organisation référente, le FIS.

Tedj connaît l’existence d’Aïn M’guel, zone qui servit au pouvoir Gaulliste pour les essais des premières bombes nucléaires dans le désert du sud Algérien, et reconverti en camp d’internement depuis l’indépendance, tellement isolé que l’on ne sait ce qui s’y pratique, mais l’on imagine que le pire peut s’y tenir et qu’il peut accroître encore son inanité…

Quand Tedj assiste à un interrogatoire plus que musclé d’un potentiel terroriste par les forces militaires Algériennes, au nord du pays, mais qu’il repère une personnalité qui semble elle-même dans la mouvance islamiste que l’on respecterait avec un certain égard, il place un de ses indicateurs pour suivre un véhicule qui va en direction du Grand Sud pour tenter d’en savoir plus.

Mais l’indicateur ne donne pas signe de vie et Tedj sait ce qu’il lui est arrivé… et il décide de passer à l’action, seul, ne voulant plus mettre en péril les personnes qu’il mandate pour l’aider et le renseigner.

La jeune et belle Gh’zala, étudiante, indépendante, très volontariste sur sa capacité à s’affirmer et à revendiquer une place pour la femme dans le pays, ne sait plus ce qu’est devenu son « promis » Raouf, qui a flirté avec les islamistes, plus par dégoût des caciques du FLN et de leur veulerie, que par conviction ; il a été arrêté, mais aucune demande sur son sort ne reçoit de réponse et le frère de Raouf, militaire, est aux ordres du pouvoir.

Elle passe régulièrement saluer et prendre soin de la Maman de Raouf, pour garder lien avec la famille qu’elle pensait intégrer…

Le roman décrit les fonctionnements des chefs militaires qui ont bien cerné que la terreur renforcerait leur pouvoir d’ordre et que personne n’imaginerait que les attentats islamistes pourraient être fomentés ou même aiguillés, en sous-main et en infiltration, par l’armée ou les services de renseignement.

En arrêtant des islamistes, en rasant des villages suspectés de les appuyer ou de les cacher, en organisant avec certains islamistes, et en s’associant à eux, des attentats touchant notamment des intérêts étrangers (surtout Français), ils pouvaient légitimement demander des appuis et des soutiens extérieurs et renforcer leur pérennité, en cultivant ce double jeu.

Tedj n’est pas dupe et les chefs militaires locaux l’ont bien repéré, mais il n’est pas aisé de détrôner la vérité officielle quand la France préfère soutenir le pouvoir de la force, le considérant, comme beaucoup moins néfaste qu’un pouvoir islamiste…

Mais les liens du FIS avec de jeunes Français et notamment en certains quartiers de Vaulx en  Velin ne cessent d’inquiéter Tedj qui mesure ce que représenterait la poursuite perpétuée des attentats hors territoire Algérien…

Est-ce que le pouvoir Algérien organiserait aussi des possibles conversions d’apprentis terroristes en France pour que la France sache bien qu’elle ne peut être qu’unie avec le pouvoir militaire…

Quand des Français sont kidnappés et qu’ils sont retrouvés trop rapidement par les forces militaires, Tedj imaginera que la duplicité peut aussi se placer sur les angles les plus cruels pour magnifier la volonté d’un pouvoir de perdurer, en acceptant toutes les lâchetés et compromissions.

Tedj sait que Gh’zala est en danger et il veut la faire sortir du territoire, et il ne peut que se remémorer le terrible attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983, où des militaires Français avaient été sauvagement assassinés en un attentat ; Tedj y était et depuis lors il se sent toujours porté par la nécessité de secourir les personnes avec lesquelles il se sent en lien et dont il repère la potentielle fragilité, même à leur corps défendant ; Tedj renferme aussi un secret plus que douloureux qui magnifie aussi sa volonté de bravoure et d’entraide, malgré ses fêlures et sa prise de boisson trop récurrente…

Le premier tome qui s’ouvrait sur le coup de force des janviéristes se clôture avec l’attentat de l’été 95 au RER Saint-Michel et les soubresauts de Khaled Kelkal qui agissait au nom du FIS en France, enfin au nom du FIS et-ou de ses éventuels alliés militarisés…

Le livre intègre subtilement, et avec force, des personnalités réelles et ayant existé et ne camoufle rien, ni des enlèvements odieux avec décapitations à la clef ou de ceux fomentés pour prouver que le pouvoir Algérien peut retrouver des étrangers sains et saufs, ni des généraux et militaires dont les volontés de commandement intègrent toutes les panoplies des doubles jeux, ni les mouvements islamistes dans toutes leurs différentes acceptions, qu’ils s’imaginent de politique pure ou de combat armé ou de djihad.

Un livre marquant et percutant et plus qu’important en son sujet traité.

Je vais maintenant lire le second tome ; à bientôt pour vous en parler.

Éric

Blog Débredinages

La guerre est une ruse

Frédéric Paulin

Agullo Noir – Agullo Éditions – 22€

Vichy Vertigo de Robert Liris

Vichy Vertigo : Une Mémorielle Damnation, de Robert Liris

Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’ai été élève, en classes de 4ème et de 3ème, au Collège Jules Ferry de Vichy, entre 1976 et 1978, et j’ai eu Robert Liris comme professeur d’histoire et géographie.

Il fut, sans allégeance circonstancielle liée à cette humble chronique, un constructeur et un passeur de savoirs, pour moi, et il m’a marqué vraiment, en étant en permanence en recherches d’élévation pour nous, en classe.

C’est lui qui m’a fait découvrir le TNP de Villeurbanne, pour une rencontre sur Sartre, au printemps 1978, en un voyage scolaire, un samedi… et c’est lui qui m’a initié aux mystères enfouis de l’Ile de Pâques ; si je m’y suis rendu intensément et passionnément en 2008, c’est un peu aussi pour me placer sur ses traces, en mémorisant nos discussions communes, entrecoupées d’arabesques portant sur la mise en scène de « Songe pour une nuit d’été » du Grand William, que l’on avait vue au théâtre, sans se concerter…

Je le savais taquiner la muse, car il avait déjà écrit des poèmes quand j’étais élève, mais je n’avais plus vraiment de nouvelles de lui, si ce n’est sa passion indestructible et tenace pour les éléments inexpliqués qu’il a toujours voulu affronter rationnellement, tout en se persuadant que la rationalité ne guette pas fréquemment les décisions…

L’on m’a offert récemment son dernier opus, avec une dédicace sur notre passé commun très affective en ma direction et en celle de mon Cher Papa, et ouverte sur l’avenir, considérant que le livre de nos souvenirs ne sera jamais fermé et qu’il reste encore des pages à créer ou à conquérir…

Son livre n’est pas de lecture aisée, mais il se mérite, et quand on s’y implique en profondeur, comme en apnée, on pénètre sa force émotionnelle, son intensité réflexive et ses marques d’attention.

Je suis né à Vichy et je sais ce que signifie la représentation de la Cité dans notre inconscient collectif.

L’auteur, qui y vit et y travaille depuis des années, avait en germe la volonté d’analyser ce qui s’adosse sur le nom de la Ville et qui la place, souvent de manière systématisée, au ban de l’Histoire ; en aucun cas l’auteur ne souhaite interférer une quelconque nostalgie d’une Vichy reine des villes d’eau et encore moins une compassion avec des heures qui ont dénigré les droits humains, mais il désire que l’on parle de la Cité, en toutes ses acceptions, en s’enfouissant dans toutes ses réalités et en toutes ses organisations.

La Ville est d’abord une ville d’eau, une ville thermale, mais qui ne s’est pas composée d’un luxe architectural récurrent ; elle ne fut magnifiée que par Napoléon III, dont le médecin traitant lui avait recommandé les bienfaits, en se trompant de destination, car l’Empereur était malade des reins, et à Vichy on apaise les contraintes de foie et de digestion…

Toutes les flâneries possibles du curiste s’attachent à des découvertes des styles Belle Époque, mais en remontant 150 ans en arrière, au maximum ; auparavant la ville n’était pas destination hôtelière.

La Ville a été capitale de l’État Français mais ne dispose pas de musée digne de ce nom capable d’analyser avec cohérence, objectivité et mise en perspectives, son histoire et son passé, et c’est bien regrettable, car on ne peut faire l’économie d’un diagnostic ou d’une introspection, surtout quand on sait ce que représente le nom de la Cité en l’histoire contemporaine.

Le Corbusier, architecte de Pétain, pendant quelques mois, et laudateur du réalisme socialiste, avait un projet pour organiser la Cité, soutenu par Giraudoux, son voisin de Cusset, pour en faire un exemple de l’urbanité de la rénovation nationale.

Mais Pétain était à la fois trop ruraliste et peu porté sur la grandiloquence et il assista, assez affligé, aux données des propositions, et comme souvent il ne décida rien mais ne programma rien non plus, et la Cité Nouvelle potentielle ne vit jamais le jour, pour le plus grand bien de « son périmètre réduit » actuel qui fait de Vichy une ville de bâti décoratif, plutôt passive mais contemplative…

L’auteur évoque souvent l’Opéra de Vichy en son livre, à mi-chemin entre récit et essai, où le 10 juillet 1940, sous l’impulsion de celui que l’on surnommait Bougnatparte, Pierre Laval, voisin de Chateldon, la République se sacrifia, avec seulement 80 députés pour refuser les pleins pouvoirs au Maréchal.

Vichy se voit hériter de l’épithète « capitale » et Paris de l’attribut de « libération » et pour ne pas accabler Paris, où l’Administration restait en puissance et en collaboration active entre 40 et 44 quand même…, l’Histoire retiendra seulement la parenthèse non Républicaine de « régime de Vichy ou de gouvernement de Vichy » lui léguant les infamies pour l’éternité…

Or on a aussi résisté à Vichy, d’abord avec la ligne de démarcation située à moins de 50 kilomètres ou quand les habitants de la Ville se sont élevés pour protester souverainement contre la destruction, pour récupération du bronze, de la statue d’Albert Ier de Belgique, grand amateur de la ville d’eau et compagnon lors de la Première Guerre Mondiale des forces alliées.

Vichy se voulait cosmopolite et pacifique et avait donné à ces artères de référence les noms du Président Wilson, orchestrateur de la Société des Nations et d’Aristide Briand, pionnier de la paix universelle et de la nécessaire réconciliation Franco-Allemande.

Mais Vichy ne s’est jamais enthousiasmée pour une race unique et pure ou pour une Grande Allemagne, au contraire elle a toujours été ouverte aux Nations et aux Francophonies, comme une ville de croisements internationaux.

La Ville s’est creusée pour sacraliser les rites des soins, de la santé, du sport et de la culture, pour célébrer à la fois le repos des esprits, le bien-être et la nécessité d’ouvrir les yeux, d’observer les extérieurs ; si les défilés de culture gymnique dans les années 40 symbolisaient clairement l’adhésion de l’État Français aux thèses totalitaires, la Ville les vivait plus comme la nécessité de donner force et conviction à la santé et à la beauté, comme pour la structuration ultérieure de ses laboratoires de produits cosmétiques. Mais elle n’adhérait pas aux thèses de domination ou d’inégalité des Peuples.

La Ville était ouverte aux Nations, elle a été capitale abusée d’un État refermé, et elle a voulu reconquérir sa quête prédestinée d’être une Desti-Nation.

Le Maréchal rêvait d’être intronisé à Versailles ; se rendre à Vichy avait été vécu comme une cure de rétrécissement ou d’amaigrissement de ses ambitions…

Ville de pacifisme et de neutralité, toute en références Helvétiques, Vichy endure le nom affecté d’un régime désastreux, déshonorant et tombé en abîme et elle en souffre.

L’auteur fait aussi référence au monument aux morts de la Cité, édifié après la première guerre mondiale qui retrace un guerrier au repos juché sur un autel triomphal, mais qui ne veut rien célébrer, car les guerres rendent les foules et les hommes asservis ; or le guerrier les guide pour qu’ils aient toujours l’âme ouverte à la désobéissance face à la tyrannie et à la volonté de fraternité envers et contre tout.

L’auteur dont j’apprends, sans en cerner la raison, ce qui nécessitera une rencontre prochaine que j’attendrais comme une retrouvaille de nos discussions datant de plus de 40 ans, qu’il a été consul de Serbie en Auvergne, compare le monument aux morts de Vichy avec celui de Belgrade, où le guerrier se place aussi en bouclier pour une paix perpétuelle et où l’arme se baisse car elle devient inutile…

L’auteur milite pour que la Cité redevienne une ville d’eau, pétrie de charme en ses parcs et jardins, tournée vers la santé et le sport et pour que, comme il l’exprime joliment, la Ville reste « une ville de guérison et pas de garnison ».

Partageons avec lui cet espoir de reconquête et remercions-le pour sa plume aiguisée, culturellement offerte et ouverte, pénétrante d’idées et contributrice au débat, puisque seule la psychologie des Peuples en temps dédié permet de comprendre l’Histoire qu’ils créent.

Merci Professeur !

Éric

Blog Débredinages

Vichy Vertigo

Robert Liris

Éditions Sydney Laurent

 

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