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Séville 82 – Le match du siècle – par Pierre-Louis Basse

 

Récemment, Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’ai assisté, à l’Institut Lumière de Lyon, à la présentation d’un film documentaire porté par Hervé Mathoux, le journaliste sportif de Canal plus qui anime les soirées dominicales de championnat de France, depuis plus d’une décennie, dénommé joliment « Ce n’est pas grave d’aimer le foot… » et analysant, avec forte précision et détails, les réalités sociologiques, ethnologiques et sociales de ce jeu, que j’ai toujours apprécié, et qui – malgré ses tentations permanentes à la marchandisation sans limite – continue à me procurer sensations et plaisirs.

En me rendant à la librairie ambulante de l’Institut, mis en place dans le cadre du festival entre filmographies et sports, organisé sous cinq jours, entre la fin janvier et le début février, j’ai pu repérer un opus, paru il y a déjà quinze ans, et dont le titre ne pouvait que m’émouvoir…

Il se voulait un rappel narré et conté sur ce fameux match du 8 juillet 1982…

J’avais dix-huit ans, je n’étais pas beau comme un enfant (je n’ai pas pu résister à cette référence à Dalida)…, et je travaillais au Crédit Agricole de Saint-Yorre (oui la ville de la Source d’eau minérale, bien connue…) entre ma première année d’université validée et la deuxième à venir, et je me trouvais, en ma maison familiale, près de Vichy, lors de cette retransmission quasi homérique.

François Mitterrand vivait lui-même le match en un restaurant de Budapest, et il a été déclaré qu’il mordillait sa serviette fréquemment ce soir-là…

Ce match fut épique.

D’abord parce que la France était opposée à ce qui s’appelait alors la République Fédérale Allemande et qu’elle n’avait que rarement damné le pion aux solides et entreprenants joueurs de la Mannschaft.

Ensuite parce que la France jouait une demi-finale de coupe du Monde, ce qui ne lui était plus arrivé, depuis 1958 (je n’étais pas né, je le précise…) et qu’elle s’y trouvait, à la fois par un brin de chance et des talents reconnus.

A cette époque, on jouait d’abord une poule de quatre équipes, puis en terminant premier ou deuxième du groupe, on rejouait en une poule de trois équipes, avant de passer aux éliminations directes, seulement en demi-finale…

En ayant été battu, lors du match d’entrée dans le tournoi par l’Angleterre, en gagnant contre le Koweit, où le cheick manager avait voulu demander à son équipe de ne plus être sur le terrain lors d’un but validé, alors qu’un membre du public avait simulé le sifflet de l’arbitre, rendant l’action litigieuse et les acteurs empruntés, et en faisant match nul contre la Tchécoslovaquie en étant à deux doigts de se faire éliminés en fin de rencontre, les débuts furent poussifs et la qualification compliquée…

Puis notre équipe a poursuivi sa route, en ayant rencontré et battu, au deuxième tour, l’Autriche et l’Irlande du Nord, qui auraient pu être remplacées par la RFA justement et l’Espagne organisatrice, mais l’Espagne malgré un arbitrage plus que favorable n’avait pas d’équipe suffisamment vaillante, et la RFA avait clairement validé sa qualification au détriment de l’Algérie, en une rencontre, au premier tour, contre l’Autriche, scandaleuse et arrangée, puisque le score organisé permettait aux deux équipes d’aller plus loin dans la compétition… Oui, je sais, ce fut ridicule, mais à cette époque les derniers matchs de poule n’avaient pas lieu aux mêmes horaires…

Puis ce match de légende s’est organisé avec un scénario renversant : une équipe de France menée en première mi-temps, puis qui revient au score par un maître penalty de Platini et qui connaît une seconde mi-temps exceptionnelle et magistrale, où elle devait l’emporter, avant de mener de deux buts dans la prolongation, puis d’être reprise au score à égalité, avant des tirs au but où elle mène, avant de céder et de perdre avec des regrets immenses et éternels…

Ce match est surtout connu pour cet épisode quasi dantesque avec l’agression du gardien de la RFA Harald Schumacher, qui vient au contact plus que fougueux, en sa surface de réparation, contre Patrick Battiston, qui filait au but, et dont le tir touche le poteau alors qu’il vient d’être percuté par la gardien, et qui s’effondre, tombe dans le coma, la mâchoire fracassée, qui est placé en une civière inanimé, avec Platini qui lui donne la main, totalement inquiet et hagard, pendant que le gardien Allemand ne viendra jamais prendre de nouvelles de son adversaire qu’il a blessé sérieusement, sans que l’arbitre de la rencontre ne daigne sanctionner le gardien d’un carton, ni siffler un penalty indiscutable pour une telle faute.

Il ne s’agissait plus seulement de football mais de défense quasiment des patries, de nécessité de faire triompher la justice face à l’inconséquente violence, de montrer que les talents inspirés de joueurs Français véloces et habiles pouvaient répondre de la rudesse, de la tactique et de l’endurance des Teutons, et surtout de permettre qu’une nouvelle fois David finisse par battre Goliath, pour que l’intelligence du beau jeu porte le flambeau du football face à la seule puissance physique.

Le livre est à la fois un condensé de mémoires vécues, car nous nous rappelons tous où nous étions ce soir là, et d’émotions répétées des séquences cultes de ce match génial, et dont on parle avec des trémolos dans la voix, maintenant, près de quarante ans après, alors que nous avions la vraie détresse et gueule de bois (alors que je ne buvais aucune goutte d’alcool à cette époque) à la fin de la rencontre, et pour des journées lourdes plus tard, en ce mois de juillet.

Je vous livre quelques instantanés que le journaliste sportif Pierre-Louis Basse, devenu excellent auteur depuis plusieurs ouvrages, décortique et décante, pour notre rappel mémoriel, et même commémoriel, parfois :

  • L’infinie douleur que je vécus quand Horst Hrubesch marque le tir au but vainqueur et que l’on ne comprend pas comment, alors que la finale nous était promise de si près, nous pouvons être éliminés, ce qui nous oblige pèle-mêle à copieusement injurier les attitudes arrogantes d’un gardien de but dressé à mordre, à contester rudement des décisions arbitrales assez incompréhensibles et néfastes à la sécurité physique des joueurs, à rudoyer les joueurs bleus en incapacité de tenir un résultat, à préférer l’euphorie du tout devant plutôt que de s’en tenir à un catenacio à l’Italienne, en finale, malgré un début de Mondial souffreteux…
  • La montée en exergue de ce match qui donnait une impression de revisiter l’histoire avec des Germains qui veulent occuper le terrain et des Français désireux de se faire la malle et de se libérer de leurs filets… Oui, je sais, la comparaison paraît audacieuse et même déplacée, mais il y avait de cela, de la rivalité nationale, sans pour autant oublier que le jeu n’est pas et ne doit jamais être la guerre…
  • L’assurance que l’Allemagne, emmenée pourtant par un Paul Breitner plutôt acquis aux idées sociales, de concorde et généreuses, se transformait en un « kommando » de tricheurs, après le match arrangé et cette sinistre entente entre Frères Germains Autrichiens et Allemands du premier tour, et la volonté déclarée, avant match, de donner de la semelle pour faire mal et blesser des joueurs Français plus en verve de technicité mais plus fragiles et friables.
  • La détresse de Didier Six, attaquant de Stuttgart, rare Français de l’époque jouant à l’étranger, et qui voulait tirer le dernier penalty, avant que Platini lui rappelle sèchement que c’était lui qui officierait, et qui, penaud et agacé, s’avancera trop vite pour tirer le sien, la caméra l’oubliant, pour un ratage absolu et un pseudo-tir, sans conviction, qui lui vaudra de lâches et viles communications de « Collabo » quelques semaines plus tard, en France…
  • Le plaisir d’un milieu à quatre épatant et tonitruant avec un Bernard Genghini marquant deux coups francs de maître dans la compétition, un Jean Tigana, poumon de l’équipe, volontaire, décidé, impliqué, sérieux et émotif, un Michel Platini exceptionnel de maîtrise et d’inspiration et un Alain Giresse, flamboyant et se déplaçant, « comme un avion sans ailes » du Charlélie Couture de l’époque à la voix rauque, cassée, mais douce comme un poème sensoriel (copyright de la chanson, en fin de chronique).
  • L’impression aussi de vivre une ode non pas au sport, mais à la contemplation filmique, en ce mois de juillet 82 qui fut aussi celui du départ, trop tôt et trop vite, de Werner Fassbinder dont les réalisations m’avaient subjuguées, avec son refus des approximations, sa contestation des certitudes et sa socialisation narrative pour préférer toujours l’analyse de la complexité au jugement de valeur.
  • Le but magnifique, en reprise de volée, à la manière d’un avant-centre, de Marius Trésor, libero, qui ouvre les bras comme un enfant et court vers le paradis (revoyez le film des prolongations et la 92ème minute).
  • Le but tout aussi magnifique de Giresse, qui nous fait sortit du réel pour tendre vers la douce folie, où l’on aimerait rester, et où l’équipe de France restera perchée en oubliant les minutes qui restent à jouer (revoyez la 98ème minute)…
  • L’envie de se plonger en la pelouse du stade Sanchez Pizjuan de Séville, et de refaire les mêmes gestes que ceux de Platini à la fin du match, enlevant son maillot, le regard ailleurs et l’impression de vivre un désastre, de Bossis ratant son pénalty et les mains au sol, sachant que l’inéluctable injuste va arriver, et de Schumacher, avec son regard suffisant, conscient de sa faute mais montrant sa certitude de l’impunité…
  • Tenter de comprendre pourquoi l’arbitre Néerlandais, Monsieur Corver, se sentira obligé d’écrire à Patrick Battiston pour lui dire qu’il « aime la France » alors qu’il découvrait (donnons lui la perception de ne pas être coupable par conviction) la réalité de la faute du gardien et l’inconséquence de sa non décision en match ; on lui reprochera surtout son attitude décontractée avec les joueurs Allemands, ce que nous avons pris pour une réalité nette et fiable de partialité, et donc d’injustice, face à nos Bleus.

Le livre possède deux intérêts : l’un de nous faire remémorer un moment de grâce et de douleur mêlées, et l’autre de nous faire réfléchir sur la réalité du sport-jeu, où celui qui gagne n’est pas forcément le plus talentueux, où celui qui gagne ne l’emporte pas sur des critères forcément justes, et où la nécessité de trouver un vainqueur ne doit pas faire oublier les valeurs de partage et de combativité, dans le respect de l’adversité, sans querelle nationaliste de bas étage, qui peut faire rejaillir en tribunes les plus bas instincts de l’espèce humaine.

Comme Pierre-Louis Basse, je me place comme supporter impétueux et engagé, mais en considérant que si le sport fait vibrer et dynamiser des moments majeurs, l’on doit toujours se rappeler qu’il ne représente que du sport, ni plus, ni moins.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Séville 82 – Le match du siècle

Pierre-Louis Basse

Collection de poche La petite vermillon

Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin

 

De Gérard Philipe, je n’ai pu approcher que le mythe qui s’est emparé sur son aura, après sa disparition beaucoup trop tôt, à 37 ans, comme Raphaël, comme Van Gogh, comme Rimbaud, comme si cet âge de floraison de jeunesse où le génie s’incarnait en force et fougue devait être le dernier, pour ne pas s’atténuer et se perpétuer…

Je voyais ses photographies dans les classiques d’études des grands textes et auteurs de collège et lycée (cela remonte aux années soixante-dix, pour moi…), et notamment celles emblématiques de son rôle titre dans Le Cid où il avait retrouvé, selon les critiques de l’époque, et notamment celles de son ancien professeur du Conservatoire, Georges Le Roy, les préceptes théâtraux que Corneille avait annotés pour le jeu de Rodrigue.

Comme Jean Vilar avait refusé toute forme de captation des représentations en Avignon ou au TNP, car le théâtre ne peut que se vivre en direct, et pas de manière filmée, il ne nous est pas permis de revoir Gérard Philipe en sa majesté, mais je suis toujours aussi troublé par son jeu à la fois si simple et si captivant, en revoyant par fréquences Le Diable au Corps, où il magnifie le personnage dévorant et sans complexe que Radiguet (lui aussi parti tellement jeune…) avait su décrire avec une emphase majeure, en déclenchant un scandale chez la bien-pensance de la sinistre chambre bleue horizon, qui glorifiait les morts de la Grande Guerre et oubliait leurs martyrs et les idéaux de concorde et de pacifisme que les Poilus tombés avaient tant réclamés…

Le livre de Jérôme Garcin se lit comme un récit des derniers moments de Gérard Philipe , mais surtout comme un roman picaresque, car l’aventure du comédien va se terminer douloureusement et pourtant elle ne se clôturera jamais, car la force du don théâtral perdurera.

On suit les dernières semaines et derniers mois comme un concentré de vie et de vigueur et non comme une attente de fin de vie en soins palliatifs, et l’on finit même par apprivoiser la douleur indicible de la mort, qui là arrive vraiment trop tôt, en considérant qu’elle n’oubliera jamais l’incarnation d’un homme de théâtre aussi lumineux.

Gérard Philipe ressent de violents maux de ventre et des douleurs lancinantes qui l’empêchent de se mouvoir comme il l’entend pour entreprendre les travaux du jardin ou de la maison de Ramatuelle, en cet été 1959, où il passe des moments heureux avec son épouse, Anne, et ses deux enfants chéris et choyés.

Les visites des amis et les baignades à Pampelone rythment ces moments de ressourcement où Gérard passe un temps incessant aussi à relire des classiques et à annoter les pièces qu’il compte interpréter ou mettre en scène.

Il revient sur Paris, fin août, et donne son énergie pour remettre en état une maison repérée à Cergy, en bord de rivière, et qui s’imagine comme un lieu familial de respiration face aux densités Parisiennes, mais surtout comme un endroit de partages dédié à la création sous toutes ses formes, où les artistes s’installeront et se placeront en une sorte de résidence permanente.

Il revient Rue de Tournon, en son appartement personnel et familial Parisien, proche des nouveaux locaux des annexes du TNP et il reçoit beaucoup, de René Clair qui ne peut concevoir un film sans l’associer en rôle titre, ou de Jean Vilar qui lui demande en récurrences de songer à interpréter Dom Juan.

Il lit avec frénésie et prend des notes, surligne, souligne, pour donner corps et cœur à des imaginaires futurs, élançant de nouvelles entreprises théâtrales et la manière de les préparer, en jeu, en présence, en incarnation des textes originels.

Il sait qu’il veut interpréter Hamlet, qu’il a une proposition pour devenir Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo et surtout il lit et relit les tragédies grecques pour puiser à la source de textes socles du théâtre immémorial.

Mais il se sent fatigué et doit consulter, et il a pris rendez-vous en la Clinique Violet où il n’arrivera pas sous son identité livrée, pour que l’on puisse lui laisser conserver une intimité, même si le personnel médical assurant discrétion vient régulièrement le saluer et lui demander des dédicaces de revues consacrées à l’idole théâtralisée et cinématographiée.

Il vient pour un mauvais abcès, mais le médecin analyse, en voulant l’enlever, une forme foudroyante de cancer qui n’est pas opérable et dont le pronostic terrifiant se place en netteté, l’assurance de la mort entre une quinzaine de jours et six mois.

En accord avec le personnel médical et Anne, l’épouse attendrie, toujours revitalisante, en écoute permanente, qui a toujours insufflé à Gérard de faire des choix exigeants et de ne pas vivre sur ses talents pourtant tellement éclatants, il est décidé de cacher la vérité à l’acteur et de l’accompagner au mieux pendant son restant de vie.

Anne devra composer, donner le change, faire le lien et se placer en illusion avec les amis, les enfants, la famille, la Maman de Gérard à la fois excessive, possessive et fantasque, pour que Gérard reste vivant, ne se morfonde jamais et continue à entreprendre et à imaginer, tourné vers la création jusqu’au bout.

Ce livre est exceptionnellement écrit, car il nous fait vivre de l’intérieur des intimités sans voyeurisme, il nous raconte les complexités qui attendent Anne et le corps médical mais qui assurent à Gérard la perception qu’il pourra se « refaire » et qu’il doit continuer à annoter, analyser et lire, pour que son œuvre soit fléchée par la force des esprits et pour un avenir indéterminé, mais long…

Surtout il pénètre un personnage intense et qui a vécu une vie fascinante, en une concentration surdimensionnée et qui reste aujourd’hui, soixante après son décès, comme un modèle pour une présence artistique à la fois populaire, exigeante et ouvrant en permanence le champ des connaisseurs.

Jugez du peu :

  • Gérard Philipe n’a jamais renié son père, collaborateur notoire, condamné à mort par contumace et réfugié à Barcelone ; il fera toujours en sorte qu’il ne manque de rien. Et pourtant Gérard Philipe a récusé clairement les engagements de son père, a participé avec les forces de la création à la Libération de Paris et s’est positionné nettement comme une personnalité compagne de route du communisme et des idéaux révolutionnaires, passionné de l’œuvre de Lénine, et en visite enthousiaste sur Moscou, Pékin et Cuba, où il est devenu, et où il est toujours resté, une icône internationaliste.
  • Gérard Philipe pouvait jouer sur une même journée deux rôles titre de pièces classiques, toujours en se réinventant, toujours en se réincarnant, toujours en recherchant une amélioration du jeu.
  • Gérard Philipe voulait à la fois interpréter au théâtre et au cinéma, mettre en scène, reprendre des textes anciens et les replacer en une écriture plus contemporaine, s’assurer des conditions de travail des personnels du spectacle vivant en les représentant syndicalement, voyager et découvrir le monde et notamment les terres dites de progrès et d’humanisme et se donner entièrement pour les siens et pour ses amis.
  • Gérard Philippe ne pouvait être dans l’attente, mais nécessairement dans le mouvement ; il ne pouvait être dans la concrétisation consommée, il devait engager des projets et chantiers multiformes, à la fois pour donner sens à sa force créatrice et il devait agir, être acteur et ainsi perpétuer la flamme du don de soi.

On n’imagine mal aujourd’hui ce que représenta sa disparition, pour la France et le Monde, et les hommages qui lui furent rendus, dignes d’un Chef d’Etat émérite, car il avait su réconcilier l’humanité avec la volonté de vivre, après deux guerres mondiales, en plaçant la création comme la découverte du beau et comme la capacité à cerner les essentiels de nos vies et actions ; en ce sens il a su être à la fois populaire, sans être populiste et proche des gens, sans se livrer à la moindre facilité mièvre.

Un livre qu’il faut lire avant de saluer Gérard Philipe, à Ramatuelle, en se rappelant, comme le souhaitait Anne, qu’il repose avec le costume du Cid ; il est certain que là-haut, il a pu interpréter son rôle phare pour le plus grand bonheur des forces de l’esprit…

 

Eric

Blog Débredinages

 

Le dernier hiver du Cid

Jérôme Garcin

Nrf Gallimard

Ramuntcho de Pierre Loti

Lire Pierre Loti me ramène toujours aux découvertes, aux aventures, aux voyages, aux exaltations des sens.

Je l’avais lu en promenade, en les temples d’Angkor, en 2014 ; et il fut surtout un des rares occidentaux à raconter son passage en l’Ile de Pâques, avec une volonté marquée de tisser liens avec les autochtones et cerner les mystères des moais qui l’ont transporté, malgré une halte en Pacifique Sud, très courte…

J’ai eu le bonheur de pouvoir passer une semaine en cette île exceptionnelle, en 2008 ; et dans le petit musée d’Hanga-Roa, on peut dénicher le récit de Pierre Loti, en une édition locale, ce qui prouve que les Pascuans savent reconnaître celui qui s’est incliné face à la grandeur d’une civilisation inconnue et qui s’est considéré comme redevable et enrichi des différences, plutôt que se positionner comme un conquérant potentiel…

Ayant, pour raisons de santé (oui, Amie Lectrice et Ami Lecteur, cela fait un petit mois que vous ne me repérez plus en ce modeste blog…), été obligé à une convalescence d’ascèse, j’ai décidé de suivre les pas de Pierre Loti qui utilisait toujours les moments de contrainte personnelle pour écrire, réfléchir, raconter et lire…

Je me suis replongé dans la lecture de Ramuntcho, histoire vive et pénétrée de traditions colorées et qui fait que le héros éponyme symbolise, depuis plus d’un siècle, le Pays Basque, comme Tartarin la Provence…

Le fond de l’histoire peut sembler un brin désuet et vieillot, quoique ses réalités soient toujours effectives en de nombreux endroits de la planète, mais le style de l’auteur reste percutant, majeur et marquant, avec un flamboiement ciselé dans la narration de la nature et des escapades, qui contribue à ce que l’on s’imagine aisément suivre les pas des protagonistes, et une assurance récurrente dans la lecture, avec une langue magnifiée où chaque phrase devient un essor de théâtralité et de fougue, qui transporte.

Ramuntcho vit dans la Montagne du Pays-Basque, avec sa Maman, qui a réussi, à force de sagacité et d’abnégation, à racheter sa maison de famille et pouvoir ainsi montrer sa tête haute et fière, de celle qui possède son toit, au milieu d’un village où les secrets enfouis, les querelles intestines vivaces et transmises de génération en génération, ont toujours tendance à s’agglutiner. On ne sait que peu de chose sur le Père, mais il est patent qu’il n’est plus là.

Ramuntcho travaille comme contrebandier, entre douanes françaises et espagnoles et arpente toutes les nuits des sentiers compliqués, des pentes dangereuses, pour transporter de la marchandise et développer un réseau d’affaires parallèles, pour le compte de la palanquée qui lui a accordé sa confiance.

On réclame le silence, la discrétion, parfois l’on doit aussi endurer des tensions et coups de violence, mais être contrebandier au Pays Basque s’affecte comme une mission ancestrale, reconnue, et même valorisée, par le courage qu’elle nécessite, avec des dangers incessants de coup de chaud avec les autorités.

Ramuntcho retrouve surtout sa liberté, son indépendance, sa capacité à s’exprimer en jouant à la pelote Basque et il est apprécié fortement, car il sait virevolter, danser, sauter, faire preuve d’agilités pour exercer son art de la récupération et faire gagner son équipe.

Il aime ce moment intense sportif et artistique, surtout quand il est contemplé par Gatchutcha, sa promise, son élue, qu’il n’imagine pas autrement que future femme de sa vie…

Mais la mère de Gatchutcha n’a que du mépris pour la famille de Ramuntcho, à la fois pour des critères de classe (Ramuntcho ne possède rien ou presque) et par accumulations d’histoires, dont l’on ne connaîtra jamais la réalité effective, mais qui constituent une chape d’acier implacable, rendant impossible tout lien commun.

Les deux amoureux se rencontrent en cachette, se croisent au jeu de pelote, se font des promesses langoureuses et positives, mais ne dépassent jamais les champs de la camaraderie, car il est nécessaire, obligé et même impératif que l’on respecte scrupuleusement la soumission parentale.

Gatchutcha demande à Ramuntcho de prendre la nationalité Française, ce qui l’élèvera positivement pour l’appréciation de la famille de la jeune femme – ce sera déjà un premier pas – et Ramuntcho en prend acte, même si cette décision lui coûte car elle entraîne trois ans de service militaire et un éloignement du Pays Basque pendant la même période, laissant sa Maman esseulée, sa fiancée abandonnée et la clôture de ses retours financiers de contrebande qui apportaient le juste suffisant au logis.

Pendant ces funestes trois ans où Ramuntcho naviguera sur les mers, la mère de Gatchutcha présentera sa fille à un meilleur parti, que cette dernière refusera, par fidélité à son serment pour celui qu’elle aime, et elle sera donc transférée, sans vergogne, en un couvent…

Ramuntcho consacrera, à son retour, toute son énergie pour tenter de retrouver, et même d’enlever celle qu’il aime, mais le poids des certitudes, des traditions compactées et la force du religieux local l’obligeront à un autre choix, celui du départ et de l’exil, sa Maman venant, de plus, de rendre son dernier soupir.

Pierre Loti sait parler de la religion ; il aime les cérémoniaux d’encens et de chant, il apprécie la communion pour saluer une certaine force des esprits, mais il sait critiquer les intolérances, les morbidités et les enfermements vils de personnes sous influence ou sous contrainte qui détruisent des âmes.

Pierre Loti sait aussi signifier son respect pour l’ensemble des habitants qui considéreront qu’il vaut mieux s’échapper ou se placer en contrition plutôt que de tenter une certaine sorte de blasphème en voulant s’attaquer aux bigoteries et aux sacrements.

Pierre Loti sait que l’amour s’affiche comme l’essentialité de l’essor des âmes mais qu’il peut provoquer des douleurs indicibles dont les plaies peuvent ne jamais se refermer.

Et Pierre Loti sait rendre hommage à celles et ceux qui font vivre les fêtes de villages, les costumes chamarrés, les dynamiques collectives, comme on dit de nos jours, comme ces élévations par la pelote Basque ; il sait conter la beauté sauvage de paysages, que seuls les initiés connaissent, et qui renferment à la fois des désirs non assouvis, des déceptions réelles, des rancunes tenaces et des possibilités de conquête ou d’aventures uniques.

Un livre qu’il convient de relire avant de retrouver une promenade future en Euskadi.

Éric

Blog Débredinages

Ramuntcho

Pierre Loti

Livre retrouvé dans ma collection de livres dits de jeunesse, en bibliothèque verte, reliée par Brodard et Taupin, bien évidemment ; toute une époque…

Rabbit Hole – Univers parallèles de David Lindsay-Abaire, mise en scène de Claudia Stavisky

« Rabbit Hole » s’entend à la fois comme une référence à Alice au pays des merveilles, où le lapin, forcément toujours en retard…, s’engouffre dans un trou qui donne accès à un monde plus que surprenant de l’autre côté du miroir… et aussi comme un lien direct avec le « trou noir », ce puits où l’on s’engouffre au sein d’une énergie folle dont nul ne sait comment elle est véhiculée et qui « absorbe tout, même la lumière ».

Cette double traduction et ce jeu de mots entre le « trou du lapin » et le « trou noir atmosphérique » s’invite comme une parabole pour cette pièce de théâtre contemporaine, essentielle, où la résilience côtoie l’humour et où la possibilité de pardon n’empêche pas le besoin invitant de se souvenir en permanence, en évitant cependant la morbidité, même si l’implacable détresse peut resurgir à chaque instant.

Becky et Howard ont eu la douleur indicible de perdre leur fils vénéré et adoré de quatre ans, de manière accidentelle ; on apprendra qu’il avait suivi son chien en courant et qu’un jeune automobiliste n’a pas freiné à temps…

Huit mois ont passé et Becky et Howard tentent de survivre et de surmonter, si telle est la gageure possible, leur peine immense, incommensurable…

Becky préfère se séparer des affaires de son fils alors qu’Howard apprécierait les conserver ; Becky ne comprend pas pourquoi ses amies et amis intimes ne l’appellent pas alors qu’Howard considère qu’ils se sentent certainement en gêne et n’osent pas, de peur de créer des contraintes, surtout en venant, en invitation, avec leurs propres enfants…

La sœur de Becky, Izzy, plutôt perçue comme difficile pour se poser et s’engager, qui a du mal à conserver un emploi et apparaît comme fortement instable, informe la famille qu’elle est enceinte et cette belle nouvelle ne se place pas de façon aisée, car la naissance à venir peut aussi rappeler le souvenir de l’enfant disparu…

La maman de Becky et d’Izzy, Nat, dont nous apprendrons la mort de son fils à un âge jeune, vient fréquemment rendre visite à ses filles, elle aime discuter, converser, mais ses propos ne sont pas toujours adéquats ; il reste que Nat cherche toujours à s’ouvrir et réfléchir et n’imagine jamais créer une maladresse…

Cette pièce de théâtre, écrite avec soin et finesse, sur un sujet très difficile et nécessitant ô combien de l’adresse rédactionnelle et de la minutie dans la relation des actrices et acteurs, est jouée en ce moment par une distribution en état de grâce.

L’entrelacement entre des phrases courantes, de la vie quotidienne et la montée des tensions exprimant la crainte de l’avenir et la perte de l’être cher interrogent la volonté de vivre malgré tout, orchestrent une ampleur marquante, donnant au jeu des rôles une subtilité toute en retenue où s’enchevêtrent des moments de partage, des cris déchirants d’abandon, des doutes, des songes complexes, des détresses et pleurs, mais surtout la force de garder intacte la mémoire de celui tant aimé, parti dans des conditions insupportables, en essayant de faire face puis peut-être de tenter une reconstruction.

Julie Gayet (Becky) se voit exceptionnelle, alternant avec application le jeu de la sœur protectrice, de la fille apaisante mais aussi capable de donner du répondant à sa mère, d’épouse attentive mais déterminée à faire valoir son point de vue et surtout ouverte à l’écoute de celui qui se place en responsabilité du terrible accident.

Les moments où elle se place en tension avec Howard, quand ce dernier se rend compte que la cassette où il visionnait son fils, a été utilisée par forte mégarde de son épouse pour un enregistrement… et où elle reçoit Jason – le jeune homme qui conduisait la voiture le jour de l’accident – où ce dernier lui parle d’une nouvelle qu’il vient d’écrire, dédiée à l’enfant disparu, évoquant une parabole sur un monde sublimé par la force des esprits où l’enfant pourrait apparaître en étoile, constituent une attractivité théâtrale majeure.

Car l’on parle de la différence du deuil porté, où certains ont besoin de rites et de sacralisation et d’autres de retrait et d’introspection, sans jamais donner de jugement de valeur, et l’on évoque aussi la possible rédemption par l’écoute et le pardon, même si Howard ne s’y sent pas encore prêt, ce que personne ne lui reprochera.

Patrick Catalifo (Howard) donne de l’épaisseur à son rôle et ne cache pas ses troubles, ses limites, ses débats intérieurs, lui qui aime tant son chien, qu’aimait tant son fils, alors que Becky a confié l’animal à sa mère, alors qu’Howard a tant besoin de son retour… Là encore, le chien peut être perçu comme le responsable collatéral de l’accident, mais il peut aussi se placer comme le lien de tendresse et d’affection qui l’unissait à l’enfant.

Mention spéciale pour le jeune Renan Prévot qui joue Jason et sait jouer avec candeur, avec un sens parfois proche de l’impassibilité, mais qui veut forcer le destin, en comprenant que les parents de l’enfant puissent le rejeter, en sollicitant l’écoute de leur douleur et en leur témoignant compassion et volonté personnelle, non pas de se racheter, mais d’exprimer son désarroi, en voulant trouver les mots et les formes pour se rendre utile et ainsi participer à la mémoire de l’enfant.

Je vous conseille instamment d’aller voir la pièce et aussi de prolonger votre découverte théâtrale en lisant le numéro de L’avant-scène théâtre, consacré à la pièce, où vous retrouverez le texte de l’adaptation, intégral, car sa lecture permet à la fois de se remémorer la force du jeu, mais aussi de savourer la maîtrise de l’écriture, car elle allie la puissance du sujet : la perte d’un enfant avec la juxtaposition de phrases très quotidiennes, d’une simplicité majeure, mais qui savent émouvoir, choquer, agacer, pour enfin cerner les pistes pour une résilience possible.

Merci à Claudia Stavisky pour la sincérité donnée dans l’émotion de la pièce, dans les fêlures des personnages et qui associe à ces tensions rudes des moments d’humour et de poésie attachants et prenants.

Merci à la distribution pour sa complémentarité réussie pour donner corps au texte et faire réfléchir l’assistance en même temps qu’elle savoure un moment de théâtre structurant.

Allier la force de l’analyse avec le plaisir d’un jeu percutant, c’est ce que vous vivrez lorsque la pièce viendra vous rencontrer en votre ville, pour sa promenade en tournée.

Et lisez le texte de David Lindsay-Abaire ou son adaptation réussie par Marc Lesage.

Éric

Blog Débredinages

Rabbit Hole – Univers parallèles

Texte en anglais (États-Unis) de David Lindsay-Abaire

Adaptation remarquable en français de Marc Lesage

Mise en scène de Claudia Stavisky ; création au théâtre des Célestins de Lyon le 13 septembre 2017

Distribution : Julie Gayet (Becky), Patrick Catalifo (Howard), Lolita Chammah (Izzy), Nanou Garcia (Nat) et Renan Prévot (Jason)

Poursuivez par la lecture du dossier très complet de L’avant-scène théâtre, numéro 1428, 14€, avec le texte intégral de la pièce adaptée.

Amphitryon de Molière

 

En cette période vécue, pour le moins agitée, où les théories du complot s’enchevêtrent avec des faussetés permanentes, il est bon de revenir aux textes fondateurs et à la littérature de notre patrimoine.

Récemment, fin janvier 2017, au théâtre des Célestins de Lyon, j’ai partagé un moment important en assistant à la représentation, pour la première fois pour ce qui me concerne, d’une pièce de Molière pour laquelle j’avoue que je ne maîtrisais pas le texte, « Amphitryon », et elle m’est apparue d’une telle actualité que je me suis décidé, au rideau de fin, d’aller à la boutique du théâtre pour me procurer le texte intégral et le savourer une nouvelle fois, à mon rythme de lecture.

Cette pièce en trois actes, et en vers, a été écrite en 1668, en une période où « Le Tartuffe » était toujours censuré et-ou interdit mais où Molière ressentait une capacité à pouvoir continuer à alerter et critiquer, et où sa notoriété et sa protection relative en Cour, pouvaient lui assurer une certaine liberté de ton.

Il reste que cette pièce n’a pas connu les succès d’estime de bien d’autres, qu’elle est toujours un peu confidentielle et peu jouée sur les scènes théâtrales.

Amphitryon, général des Thébains a sollicité son valet, Sosie, pour informer son épouse Alcmène de sa victoire au combat.

Il ignore que le Dieu des Dieux, Jupiter, a pris, depuis quelques temps, son apparence physique, pour prendre sa place auprès d’Alcmène, dont la beauté l’a subjugué.

Quand Sosie approche du domicile d’Amphitryon et qu’il répète la scène qu’il va livrer à Alcmène pour lui narrer les exploits de son mari, il est sévèrement recadré par Mercure, qui lui aussi s’est glissé dans la peau et les réalités de Sosie, et qui est chargé, par Jupiter, d’empêcher Sosie de toute communication avec la femme d’Amphitryon.

Toute la pièce, avec un comique enlevé, s’intercale en ce quiproquo où Alcmène ne comprend pas comment son époux ne peut pas se souvenir d’une nuit d’ébats sensuels (Jupiter prenant les traits d’Amphitryon semble avoir des ressources bien supérieures à l’original…) et Amphitryon ne peut accepter que sa femme ne l’accueille pas, avec vénération, en prétextant une rencontre nocturne dont il ne se souvient nullement et pour cause…

Sosie vit les mêmes déboires avec Cléanthis, servante d’Alcmène et son épouse dans le civil, car cette dernière s’est vu rejetée par Mercure (alias le faux Sosie) et elle se place en bouderie sévère face à son vrai mari, qu’elle considère comme un ingrat et comme ayant pu l’oublier…

Mais la pièce se structure aussi en tragédie, car elle se métamorphose comme une parabole sur le mensonge et la manipulation, où les Grands de ce Monde-ici ou de l’Olympe, se moquent bien des gens d’ici-bas et se jouent d’eux, sans contrainte et sans aucun regret, et où les faveurs que l’on peut recevoir d’eux se payent comptant, avec la perception que l’on sera bien « jeté » si l’on ne satisfait plus aux regards des Princes…

Entre nos impétrants du moment à la fonction suprême, qui quand ils se doivent de répondre à une demande d’audience judiciaire, prétextent une manœuvre du pouvoir en place… ou qui transforment une possible mise en examen par un complot judiciaire ou médiatique, on retrouve avec force l’illustration de la tirade de Jupiter qui regagne l’Olympe en déclarant à Amphitryon, cocufié et interdit par ce qu’il vient de vivre, qu’il « peut hardiment se flatter de ces espérances données ; c’est un crime que d’en douter, les paroles de Jupiter sont des arrêts des destinées ! (acte III Scène 10) ».

L’on pourrait aisément considérer que nous ne pouvons qu’être heureux des messages de nos édiles, car douter d’eux serait assimilé à un crime de lèse ou à une offense insoutenable, et nous ne pouvons qu’être satisfaits de leurs réalités ou de leurs programmes, puisque notre « destinée » et « notre avenir » ne seront assurément qu’entre de bonnes mains, et il faut nécessairement le croire…

Utilise l’ironie pour montrer que l’apparence se place souvent en un poids supérieur au réel ou que le réel n’est intégré que par la fatuité des apparences que l’on considère comme impérativement justes ou justifiées, résonne avec force, particulièrement en ce moment, et seule la quintessence de l’esprit de Molière s’affecte d’arriver à nous faire rire et réfléchir, nous invite à rester analyste, en proie au doute et nous assure de demeurer des citoyens actifs, éclairés, soucieux de la meilleure des probités et du possible désintéressement de nos représentants…

Une pièce qui invite à méditer comme à rester lucides et optimistes !

Et je vous conseille la représentation de la pièce, avec la mise en scène de Guy-Pierre Couleau , si d’aventure, elle pénètre votre secteur géographique.

 

Éric

Blog Débredinages

Amphitryon

Pièce en trois actes de Molière

Édition du Livre de Poche, en texte intégral

Présentation érudite, et notes très intéressantes et réflexives, de Jean-Pierre Collinet

3.10€

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