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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Voyages !

Equateur d’Antonin Varenne

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avoue, sans nulle honte, avoir un vrai « faible » pour des lectures qui ravivent les épopées, qui traversent les contrées et qui me donnent envie de parcourir des espaces entremêlés de multiples aventures pittoresques ou improbables.

Pour atteindre cette exigence, il convient aussi d’intégrer des personnages intrépides, aux fêlures réelles, prêts à tout pour construire leur destin ou pour s’inventer.

J’ai retrouvé cet univers dans le livre marquant et très bien écrit d’Antonin Varenne.

Pete Ferguson fut déserteur de la Guerre de Sécession, que je préfère désigner sous son vocable américain de « Civil War », plus direct et clair ; il vient de quitter le ranch où il a été recueilli avec son petit frère, car on lui reproche d’avoir tué le vieux Meeks sous le témoignage, qu’il conteste fermement de Lydia.

Il ne lui est pas aisé de devoir fuir son petit frère, qu’il a toujours protégé, notamment des violences d’un paternel qui s’est suicidé en se pendant, et que Pete n’a pas décroché alors qu’il le pouvait, le regrettant par intermittences seulement…

Il arrive à Lincoln City où l’on propose des terres à ceux qui voudraient coloniser des espaces pour damner le pion aux « sauvages indigènes Indiens », dont on veut clairement parquer les influences dans des réserves où ils seront contrôlés…

Pete n’aime pas les injustices, le fait de tuer des Indiens, même s’il s’estime supérieur à eux, et encore moins de disposer de terres qui n’appartiennent nullement aux Etats fédérés.

Il vole le représentant des terres coloniales et incendie son officine et part avec son mustang « Réunion » pour vivre son aventure de vie.

Il deviendra d’abord chasseur de bisons : il était promis au dépeçage des bêtes pour conserver leurs peaux et fourrures pour les échanges commerciaux, mais il assurera rapidement la participation à la chasse, du fait de la force et de l’amplitude de son cheval comme de son aisance à viser.

Il s’écartera de ce métier quand il tuera un homme qui voulait atteindre à sa vie et auquel il avait donné un coup de poing, pour avoir brutalisé un jeune homme, car Pete peut être violent mais il défendra toujours le plus faible attaqué lâchement par le fort.

Il atteindra les communautés métissées Indiennes et Mexicaines et travaillera à leurs côtés jusqu’à son refus de participer à une vente d’enfants promis à l’esclavage, en fuyant avec une carriole et une jeune femme Mexicaine, qu’il n’hésite pas à frapper quand elle lui désobéit ou manifeste une indépendance, et qui lui volera son argent et lui décochera une balle dans le corps, qui l’immobilisera en blessure rude pendant un certain temps…

Il ira plus loin et, recherché pour avoir délaissé le clan des communautés Métisses et Mexicaines, et surtout pour n’avoir pas respecté ses missions assignées, il est approché par une personne assez vile et chasseuse de primes et n’hésite pas à tuer la personne désignée, qu’il avait connue dans son aventure Mexicaine et qui l’avait aidé pourtant…

Et comme un tueur à gages, il reçoit, en échange de son forfait, la possibilité de rejoindre un homme de navigation, en partance pour le Guatemala.

Il n’aime pas voguer sur les flots, et n’a pas le pied marin, mais il sait s’adapter et il sera compagnon de route d’un poète et de ses sbires, volontaires pour renverser le pouvoir gouvernemental et pour organiser une révolution.

Mais certain que l’Indienne Guatémaltèque, à qui il doit donner un pistolet contre argent, va mourir dans cette entreprise, il change les plans, danse avec elle, se voit sévèrement rabroué par les organisateurs du bal, et il part, avec elle, sur les traces de son village et de sa communauté, poursuivi par ses anciens « companieros » qui l’affectent comme un traître à la cause.

Il chemine, rencontre un prêtre devenu un adepte du syncrétisme et qui accompagne et soutient les Indiens locaux, parcourt les sentiers difficiles, réussit à créer les désordres et dissensions lors d’une « cérémonie » organisée pour mettre à mort des amis de son Indienne sauvée, Maria, et repart, par les flots, avec elle, jusqu’à atteindre la Guyane et une étonnante Cité exclusivement réservée aux femmes, que les hommes ne peuvent approcher sauf pour apporter un concours de travail ou pour faire en sorte que le village soit amélioré en sa condition.

Si un homme veut épouser une femme de cette Cité, il doit en reconnaître les règles et ne jamais se sentir patriarche, mais bien au contraire, se placer à son service.

Maria et Pete deviennent amants, finissent par s’apprécier par delà leurs différences et leurs limites définies en leur face à face contradictoire et tendu souvent, apprennent leurs langues mutuelles et décident de donner sens à leur vie, en accomplissant une prophétie qu’avait entendue et faite sienne, Pete : se rendre en l’Equateur, endroit mythique où tout serait possible…

Pete se voit réaliser un tatouage protéiforme, symbolisant sa racine qui part de la plante de ses pieds pour atteindre son cou et résumant ses errances, ses partances et le marquage des personnes qui l’ont forgé, et auxquels il pense, à savoir son frère Oliver et la petite Aileen, fille des propriétaires du ranch qui l’avait recueilli.

Pete et Maria atteindront l’équateur, dans le Brésil de l’Amazone, mais les espoirs enfouis ne correspondent pas aux réalités des vécus, et les déchéances physiques les menacent en ces contrées hostiles qui ravagent leur peu de santé restante.

Mais Maria sait que Pete sait écrire, et qu’il écrit régulièrement les lettres qu’il pourrait recevoir de celles et ceux qu’il a fuis, en espérant les revoir, avec une vie de frénésie à raconter.

Maria tente d’écrire à Oliver, comme une bouteille à la mer…

Ce livre se lit d’une traite et il est magnifié :

  • par sa capacité à se placer comme un roman noir, un roman d’aventures et un roman de destinées,
  • par sa coloration de personnages à la fois touchants et émouvants et cumulant aussi des affections et des pensées sans foi ni loi, où la force et la violence s’intègrent en récurrence,
  • par la promenade dans l’Amérique du XIXème siècle, sauvage, coloniale, sans scrupules, impitoyable contre les Indiens et dans l’Amérique Centrale et du Sud, entre échappées dantesques et fanfaronnades,
  • par sa qualité littéraire stylisée et sa propension à faire de Pete un homme affaibli, fataliste, mal en âme, mais aussi conquérant, indépendant, assumant toutes ses tensions et violences, et amoureux.

Voilà un bel et beau livre, comme je les affectionne, et qui m’invite à découvrir l’œuvre complète de l’auteur, que j’espère bien croiser lors d’un prochain Quais du Polar, puisque cette année, cela ne fut pas possible, en nos réalités rudes sanitaires…

 

Eric 

Blog Débredinages

 

Equateur

Antonin Varenne

Le livre de poche

7, 90€

Pêcheur d’Islande de Pierre Loti

Ami Lectrice et Ami Lecteur, il m’est habituel de revenir à mes lectures passées, pour replonger dans les classiques de mon adolescence, et ainsi retrouver la saveur de mes propres « madeleines »…

J’ai toujours eu un vif plaisir à lire et relire Pierre Loti, car cet homme multi-formes, navigateur, explorateur, romancier et écrivain, collectionneur, grand-voyageur, m’a toujours séduit, certainement parce que sa vie frénétique et emplie correspond de celle que j’aime côtoyer, moi qui n’ai pas eu le courage de devenir baroudeur, mais qui apprécie cependant bourlinguer, aller de promenade en promenade, pour partager et s’enrichir, par les différences des cultures et civilisations rencontrées, en des successions de voyages…

J’ai pu retrouver les traces de Pierre Loti, en l’Ile de Pâques où j’ai eu la chance de me rendre en 2008, qu’il accosta, ce qui était bien rare en son époque, et qui fut un des premiers à s’émerveiller des moais, et contester la volonté coloniale de récupérer certains « spécimens », comme tels désignés, pour les placer dans des musées…, alors que la population locale considérait légitimement ce vol comme une atteinte à sa dignité et une offense aux ancêtres des ahus (un ahu comporte plusieurs moais et il se doit d’être respecté, comme une tombe en un cimetière).

J’ai pu aussi parcourir sa maison-musée, cabinet de curiosités, à Rochefort sur Mer, et cette visite fut à la fois impressionnante de ses densités de souvenirs, mais aussi un moment de décalage qui donne à voir Pierre Loti comme un vrai bel original pétri de connaissances et d’humeurs, et cela a renforcé mon désir de pénétrer tous ses univers.

Et Pierre Loti a su raconter sa remontée du Mékong et sa rencontre avec Angkor, qui venait juste d’être retrouvé dans la jungle, sous l’influence du remarquable Henri Mouhot, et j’avais avec moi le récit de l’auteur quand j’ai pu, avec ferveur et émotion, passer six jours à Siem-Réap, en 2014, pour m’enivrer de tous les sites des civilisations Khmères.

En cette période de confinement où je fais cours avec mes élèves et stagiaires, en permanence, via Skype ou Zoom, et cela se passe vraiment bien, et où mes évasions restent virtuelles cependant, j’avais besoin de retrouver aussi la qualité d’écriture de Pierre Loti, qui sait décrire un coucher de soleil avec un style aussi pénétrant qu’un artiste impressionniste, qui n’a pas son pareil pour évoquer les déchaînements marins et les tensions entre les hommes de mer et les flots tempétueux et qui déclame les amours naissants avec ravissement, élégance et nuances sublimées.

Certaines ou certains pourront certainement considérer son style comme un brin désuet, mais je le trouve poétique et tellement qualitatif à la lecture, qu’il m’apparaît à la fois indépassable et inimitable.

J’ai relu Pêcheur d’Islande, certainement un de ses livres les plus connus et émérites.

Yann est pêcheur d’Islande, cela signifie qu’il part au milieu de l’automne et qu’il rentre au milieu de l’été, pour aller pêcher des crustacés et poissons dans les mers rudes et sauvages du Grand Nord, aux abords des terres volcaniques d’Islande et des fjords Scandinaves.

On pêche à la ligne plus qu’au filet, pour les poissons, et au casier pour les crustacés, et toutes les prises sont placées dans la saumure, pour les sauvegarder et ensuite pouvoir vendre les marchandises au retour.

Neuf mois par an, en pleine mer, sans famille, on part au labeur, malgré les naufrages, malgré la mort de tellement de disparus, car ce métier est un sacerdoce Breton et il s’intègre dans les gênes des gens de Paimpol et des environs.

On est sous la surveillance de la vierge, et on croit fermement à la providence divine qui seule permet le retour à terre au début d’août ;  la foi tient lieu de réconfort alors que l’on travaille jours et nuits, sans repos, sans arrêt, avec des pauses limitées pour un petit brin de sommeil…

Yann a perdu beaucoup des siens mais il est costaud et fort, aguerri et confiant.

Un jour de bal, il se trouve avec Gaud comme cavalière, demoiselle avec un père avec un peu de fortune, et d’une élégance racée ; leur danse est remarquée et leur couple prometteur…

Mais Yann ne veut pas se marier et ne veut se donner qu’à la mer, au grand dam de son petit frère Sylvestre qui lui considère la vie de famille comme la seule réalité essentielle.

Gaud fut étourdie par ce bal, et elle sait que Yann sera celui qu’elle aime et désire, mais elle ne peut déclarer sa flamme, car cela serait inconvenant et cela ne se fait pas pour une femme…

Elle fait en sorte de croiser Yann mais il lui apparaît en retrait, un brin dédaigneux et sans regard acéré pour elle, et quand elle trouve le courage pour lui demander pourquoi elle est évitée, leur différence de classe sociale paraît irrémédiable pour Yann…

Sylvestre est obligé de faire son service militaire, en marine de guerre, et doit appareiller pour les combats coloniaux dans l’Indochine, malgré son soutien de famille à sa grand-mère tant aimée.

Gaud perd son père et sa petite fortune familiale, car feu son Papa a fait d’hasardeux placements, et Gaud va vivre avec la grand-mère de Sylvestre, puisque ce dernier est mobilisé.

Sylvestre, courageux et téméraire, ne reviendra pas des combats en le lointain sud-est Asiatique.

Sa grand-mère est éplorée et Gaud sait qu’elle n’appartiendra jamais à Yann.

La vieille femme et la jeune femme, qui doit travailler car elle ne possède plus rien, se mettent ensemble en ménage, et donnent du cœur à l’ouvrage en leurs qualités de couturières, et elles s’entraident, malgré leurs tristesses et détresses.

Quand Yann revient d’une nouvelle année de navigation, qu’il salue sa grand-mère, en pleurant son petit frère et qu’il croise Gaud, en sa nouvelle condition sociale, il se prend en main et s’oblige à vérifier si Gaud veut encore de lui…

Le livre sera-t-il porté à l’espérance et à se terminer avec apaisement ?

Pierre Loti sait que les destinées se repèrent souvent complexes et inassouvies et il connaît aussi les déchirures des âmes et les injustices des événements.

Je vous laisse lire ou relire ce livre, qui reste totalement émouvant, touchant, suave, positif, pétri de tendresses pour le monde marin et le peuple Breton, et qui est écrit avec une langue stylisée, de qualité pure, et qu’il convient d’avoir en bouche, comme un bon Whisky Écossais.

Et je termine par cette vanne entre Pierre Loti et Victorien Sardou.

Pierre Loti lui écrit une lettre en écrivant « à Victorien Sardy à Port-Marlou »…

Et Victorien Sardou de lui répondre en écrivant à « Pierre Loteau, capitaine de vessie… ».

Tout est dit…

 

Eric

Blog Débredinages

 

Pêcheur d’Islande

Pierre Loti

Et je vous place une photographie de mon exemplaire collector, avec reliure de Brodard et Taupin, de bibliothèque verte, datant de 1967 (je l’avais acheté en 1975, j’avais onze ans, à la librairie Libralfa de Vichy, nostalgie quand tu nous tiens…).

Roald Amundsen : De l’Atlantique au Pacifique par les glaces de l’Arctique

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, c’est avec un plaisir vibrant que je vais tenter de vous parler d’un de mes héros : le Norvégien Roald Amundsen.

Je m’étais rendu à Oslo, en 2015, pour aller visiter le musée qui est consacré au bateau qui l’a transporté, avec son équipage, en Antarctique (cf photo en fin de chronique, copyright wikipedia), et lui a permis d’être le premier à atteindre le pôle sud magnétique, en 1911, alors que le capitaine Scott, avec un pavillon Britannique, se plaçait aussi avec le même enjeu de conquête, au même moment.

Amundsen arrivera le premier et Scott ne survivra pas à l’aventure. Cette course à la fois déraisonnée et fantastique m’a toujours fasciné.

J’avais aussi lu de nombreux écrits sur sa volonté de sauver l’expédition de Nobile, en perdition avec le survol de l’Arctique en dirigeable, en 1928, et qui verra Amundsen trouver la mort en tentant de porter secours à son Ami, et ce dernier, qui eut une longue vie, et qui en réchappa, lui témoignera une reconnaissance permanente pour ce don de lui-même…

Le livre récemment réédité par les éditions Arthaud, nom forcément évocateur pour les inspirations, les découvertes et la navigation (salut à Florence, disparue tragiquement) recense un journal de bord, écrit par Amundsen, et désireux de réaliser la liaison entre Atlantique et Pacifique, par les terres Arctiques.

Amundsen n’en est seulement qu’au début de sa carrière en cette aurore de vingtième siècle, il vient de terminer des études scientifiques poussées, technologiques et médicales (à la demande de sa Mère, pour cette dernière partie), à l’Université de Hambourg, et il a décidé d’acheter un petit bateau solide et adaptable au gros temps, qu’il nomme La Gjoa.

Il met en place un petit équipage de marins habitués aux expéditions en terres de glace, qu’il recrute sur les conseils de son maître navigateur, le grand Nansen ; il s’assure que les membres de son expédition savent prendre des relevés, savent utiliser tous les moyens de navigation, même les plus rustiques ou artisanaux, et se repérer aux astres, cieux et étoiles, et il n’oublie pas d’avoir aussi avec lui un cuisinier-chasseur hors pair, car il ne peut y avoir de dynamique conquérante sans moments de partage et de convivialité.

Depuis la nuit des temps les navigateurs Européens cherchaient à découvrir le passage dit du Nord-Ouest qui devait permettre de joindre l’Europe à l’Asie, en passant par les terres Arctiques du Nord Canadien.

Personne n’y était parvenu. Amundsen réalisera cet exploit mais cela lui mit plus de deux ans, car les glaces solides et tenaces ne permettent pas la navigation en permanence et il faut s’armer de patience et accepter des hivernages récurrents.

Amundsen mit le cap de Christiania (l’ancien nom d’Oslo dédié au prénom du Roi de Suède qui avait pavillon sur la Norvège pendant des lustres historiquement…) pour se rendre ensuite au Groenland et voguer ensuite en direction de l’idéal à atteindre.

Un échouage sécuritaire obligea, après passage du détroit de Lancastre, à un hivernage complet, en un lieu qui fut appelé, pour la circonstance, Port Gjoa.

Comme la nécessité de stationner dure un temps certain, l’équipage décide de se rendre sur le Pôle magnétique, en affrontant des températures extrêmes, en appréciant les splendeurs de l’été Arctique et en devant redoubler de vigilance face à des moustiques spécifiques présents en ces contrées, appréciant particulièrement le sang humain, plutôt rare…, et pouvant provoquer des démangeaisons et piqûres difficilement soutenables.

Un appareillage permet de rejoindre la baie d’Hudson et une arrivée à la terre Crozier, qui est explorée de fond en comble, et dont certains territoires sont dédiés au Roi de Norvège Haakon VII.

L’équipage finit par atteindre le détroit de Béring, mythique lieu que l’on observe sur un planisphère, en se remémorant nos lectures des romans de Melville, avant d’être obligé par un nouvel hivernage en Alaska septentrional, qu’Amundsen utilisera pour des randonnées scientifiques et d’amélioration du champ des connaissances jusqu’à Fort Yukon.

L’arrivée à Home, sur l’Alaska du Pacifique, ne sera pas une partie de plaisir et demandera d’accepter de vivre avec la météorologie plus qu’incertaine, de considérer que parfois, et même souvent, il faille revenir sur ses pas ou sur ses flots, et s’armer d’une patience et d’une vigilance accrue insoupçonnée.

Ce livre se lit comme le récit d’une véritable épopée vécue et comme un livre d’aventures totalement en cohérence avec les merveilles de Jules Verne, que je relis à satiété, vous le savez.

J’ai notamment apprécié :

  • Les rencontres incessantes avec les Inuits et les Esquimaux – mais vous me préférerez prendre le terme d’Inuit car le vocable Esquimau voulant dire « homme de glace » peut revêtir une péjorativité – qui ne sont jamais des moments d’affrontement, mais au contraire, des périodes de concorde, de connaissance mutuelle, d’entraide ; l’équipage apprendra beaucoup sur les conditions d’habillement en période hivernale de moins soixante degrés, où les peaux d’animaux se repèrent beaucoup plus adaptées que les manteaux les plus chauds de mode Européenne, et où la connaissance des pistes de chasse et des endroits de pêche leur a assuré des subsistances relativement acceptables.
  • Les connaissances de Ristvedt, mécanicien et météorologiste, capable de poser en toutes circonstances et sur tous les terrains ou tous les flots ses instruments pour effectuer des relevés saisissants en précisions, m’ont fortement impressionné. Et comme il devait établir ces relevés plusieurs fois en journée et en nuit, il a peu dormi en trois ans…
  • Les capacités inventives de Lindström, le cuisinier, qui agrémente les prises de pêches de poissons inconnus, les arrivées d’oiseaux dont le caractère comestible n’est pas assuré et surtout l’accommodement de la graisse et de la chair de phoque à toutes les nuances de palais plus ou moins exigeantes.
  • La force indomptable qui anime l’équipage, certain de son but, fidèle à sa volonté de patience et d’attente, sachant se laisser guider par la nature et appréciant la contempler, en la respectant en toutes ses dimensions, et qui ne se réalise jamais comme une conquête exploratoire avec son apport de gloire parfois surdimensionnée mais comme une reconnaissance de la modestie nécessaire face aux événements et aux éléments, avec la perception que si l’on rencontre d’autres humains, ils seront toujours des semblables inspirants, de partage et communion, jamais à observer avec arrogance ou condescendance, avec le mythe saugrenu du civilisé face au sauvage.

Respect total, donc, pour Roald Amundsen ; je vous invite vraiment à découvrir cet opus qualitatif, ingénieux, condensé de vies et d’apprentissages, culte de la modestie et de la patience raisonnée, et écologiste en amont du terme, par la compréhension que la nature décide et que l’homme s’y adapte, en ne cherchant nullement à la provoquer ou à se jouer d’elle, par mauvais orgueil.

 

Eric

Blog Débredinages

 

De l’Atlantique au Pacifique par les glaces de l’Arctique

Roald Amundsen

Arthaud Poche

Etats-Unis, Tribus américaines de Harold Hyman

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avais déjà narré mon inclinaison forte pour la collection L’âme des peuples, des Editions Nevicata, structurée sous la direction de Richard Werly, correspondant permanent du remarquable journal quotidien suisse, Le Temps, et installée en Belgique.

Quand j’avais pu approcher l’équipe en charge de cette nouvelle donne de publication, lors du Salon du Livre de Paris, en 2018 et en 2019, j’avais pu cerner sa double qualité : une volonté de présenter, pour une ville ou un pays, les éléments qui enrichissent et emplissent leurs dynamiques et histoires culturelles, et une association solide de messages contemporains  illustrant les forces innovantes qui y sont en présence, qui contribuent à porter espoir et positivité, ainsi que les tensions qui s’y structurent ou développent.

La pertinence des informations nous permet une réflexion aiguisée, pour appuyer nos compréhensions, pour mieux cerner les complexités vécues dans la Cité ou le Pays, et ainsi avancer sur nos connaissances, en réfutant les jugements de valeur ou les simplismes.

En cette récente période passée des fêtes de fin d’année, l’on m’a offert deux nouveaux opus de la collection, l’un concernant les Etats-Unis et écrit par Harold Hyman, l’homme qui décortique pour les chaînes d’information en continu, du fait de sa double culture française et américaine, les réalités et diversités de l’Oncle Sam, et l’autre sur le Vietnam écrit par Jean-Claude Pomonti, fin connaisseur du Sud-Est asiatique.

Les deux livres se repèrent totalement passionnants, ils se lisent comme des condensés d’information d’histoire contemporaine, comme des témoignages de personnalités exigeantes qui définissent des clefs pour débattre, comme des ouvertures culturelles qui se placent en nécessité première pour être reprises, ré-analysées, à emporter, avec soi, avant d’entreprendre un voyage, pour dépasser le guide touristique et mieux cerner et comprendre les environnements en présence.

Cette chronique s’attache au livre sur les Etats-Unis, une prochaine concernera le Vietnam, sachant que les deux pays, nous le savons bien, ont bien évidemment une histoire interpénétrée douloureuse, liée par un conflit sanglant et lourd, dont il est important de cerner les soubresauts et les enfouissements.

Pour Harold Hyman, le souffle longtemps pénétré du rêve américain et la possibilité de s’enrichir et d’entreprendre, en prenant inspiration sur des opportunités à saisir, semblent avoir vécus et ils se trouvent remplacés par la prolifération de ce qu’il appelle des tribus, qui orchestrent les champs des idées, des délibératifs et des décisionnels.

La société américaine adosse trois lignes de fractures qui opposent les Blancs aux Hispaniques avec les Noirs, qui met en relief les riches et les pauvres et qui différencie fortement les chrétiens (surtout Blancs) des musulmans.

Chaque tribu se replie sur elle-même et s’interroge par rapport aux autres, dans une confrontation souvent assumée.

Quand Obama a essayé de transcender ces clivages, on lui a reproché de ne pas choisir ou de s’identifier à une tribu nouvelle et il n’est pas parvenu à ses fins.

Et du coup il est ressenti comme le représentant d’une Amérique Nouvelle qui est conspuée par les tenants de l’Amérique dite ancienne ou traditionnelle, prise en main et en leadership par Donald Trump.

Ces tribus ne s’incarnent pas par la seule référence ethnique, elles se composent avec des relais géographiques, des relations familiales, des liens universitaires ou d’organisations et du coup chaque tribu rêve de son Amérique, très différente et multi conceptuelle…

L’auteur précise que la réussite individuelle de l’American Dream ou de l’American way of life s’organisait aussi avec un altruisme revendiqué, pour donner aux organisations caritatives ou dans certaines soirées de charité, un retour de ce qui avait été gagné, et ainsi redistribuer avec élégance solidaire une partie de la richesse, comme Bill Gates qui dépense plus avec sa fondation en vaccins en Afrique que les campagnes de l’Unicef.

Mais aujourd’hui cette aménité se manifeste surtout pour des volontés d’optimisation fiscale…

L’auteur insiste aussi sur une marque de fabrique Américaine, celle de la conquête technologique qui a lancé, par exemple, le programme Apollo, avec ses réussites.

Il regrette le peu d’empressement du projet de mise en forme d’une station spatiale pour Mars, pour susciter le rêve d’une nouvelle concrétisation scientifique et du développement de la connaissance.

Les tribus s’opposent aussi sur des sujets sociétaux comme le droit à l’avortement, la volonté de respect de l’environnement et donc de l’acceptation ou pas de l’exploitation du gaz de schiste, ou sur la contestation de plus en plus marquée du darwinisme ou de l’origine de l’évolution des espèces, en imaginant  et en revendiquant, sans vergogne, une opposition admise et frontale entre le divin et la science.

L’auteur énumère des tribus religieuses, professionnelles ou électives, puisque l’on retrouve souvent les mêmes familles aux commandes depuis des lustres dans tous les cercles des pouvoirs, mais il reste optimiste en considérant que de la Silicon Valley à Cap Canaveral le génie américain peut encore s’engager dans des aspirations porteuses et progressistes.

Trois entretiens passionnants complètent le livre, l’un concernant le socle des valeurs américaines fait à la fois de libérations mais aussi de puritanismes, l’autre relatif à la permanence des tensions raciales, et le dernier concernant le refus de l’intégration, par certaines tribus évangélistes, des immigrations musulmanes et leur tendance à souhaiter ou suggérer des affrontements plus que des mains tendues…

Comme l’éditeur le précise, « ce livre n’est pas un guide, mais un décodeur », un concentré d’informations importantes et marquantes pour mieux comprendre les réalités Américaines et tenter de mieux percevoir l’importance des débats à venir, pour en cerner les enjeux, en cette année électorale.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Etats-Unis

Tribus américaines

Harold Hyman (cf photo, copyright éditions Nevicata)

Collection L’âme des peuples

Editions Nevicata – 9€

Bravo aux éditions Nevicata, pour cette ligne éditoriale, originale et réflexive !

La panthère des neiges de Sylvain Tesson

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en ce début d’année, permettez-moi de consacrer cette humble chronique à l’un de mes auteurs contemporains fétiches, Sylvain Tesson.

J’ai toujours apprécié son écriture poétique, sa capacité contemplative à nous promener ou nous faire errer entre escapades (toujours à pied, bien évidemment) physiques – où l’on s’abandonne à l’écoute des essentiels, en faisant toujours corps et cœur avec la nature et ses environnements – et rappels de lectures enrichissants, prolongeant les débats pour aller toujours plus loin.

Je vénère surtout sa volonté précise et acérée de dire ce qu’il ressent, par delà les convenances et les certitudes, en considérant que la conviction passe d’abord par le respect magnifié de toutes les cultures accumulées solidement par des siècles d’histoire.

Quand son ami Vincent Munier lui propose de l’accompagner sur les hauts plateaux du Tibet pour tenter d’apercevoir, d’observer la panthère des neiges, l’auteur n’hésite pas longtemps, même s’il ne pourra pas, à la différence de ces trois autres compagnons, porter de lourdes charges, du fait d’un squelette bien endolori suite à une chute en été en Montagne, il y a cinq ans, alors qu’il tentait d’escalader un toit de chalet, après avoir bu plus que de raison…, ce que Sylvain Tesson sait aussi apprivoiser, souvent avec délices, parfois avec caprices, notamment dans les Forêts de Sibérie, où isolé en une cabane au bord du lac Baïkal, en un opus que j’avais lu avec frénésie, il déclamait son amour immodéré pour la vodka…

Quand Vincent, Sylvain, accompagnés de Marie et de Léo, en bande, décident, tous quatre, d’aller aux affûts de la panthère des neiges, ils sacralisent ensemble quelques principes de camaraderie et d’exigence bien trempés :

  • intégrer la patience et la nécessité d’attente, car la panthère ne se laisse pas aisément approcher, et il est possible que certaines nuits ou journées n’apportent aucun message de sa part…
  • savoir faire face au froid endurci et excessivement rigoureux de plusieurs dizaines de degrés en dessous de zéro, en faisant en sorte cependant de ne pas se découvrir ou se mouvoir, quand les membres commencent à s’engourdir ou à se geler, car cela pourrait entraîner un signalement, aux animaux, de la présence humaine…
  • organiser la vie, en lien avec la nature et ses obligations, avec le respect de la parcimonie, de la rencontre avec les rares personnes en élevage sur ses hauteurs, en reprenant scrupuleusement leurs usages, en ouvrant grand les yeux pour cerner les immensités et dénicher ainsi, en leur sein, les parcelles de vie d’animaux qui se fondent parmi les environnements avec une dextérité et une malignité qui forcent l’admiration.

L’auteur sanctifie la nécessité d’une approche mûrie et réfléchie qui passe par une connaissance assouvie des lieux (Vincent Munier et Sylvain Tesson sont venus plusieurs fois au Tibet et ont en permanence noté et annoté leurs visions des territoires) et par la création d’un centre de vie qui passe par une organisation structurée des quatre protagonistes : à Vincent la capacité étincelante de déclencher une image par son instantanéité à en mémoriser les motifs, à Marie et Léo le soin de préparer les affûts et de vérifier les appareils et à Sylvain de décrire ou prolonger les intensités des affûts par son écriture ou certaines déclamations ou liens culturels.

Sylvain Tesson sait raconter la découverte de pistes de loup, la présence des yacks, animal emblématique de ses contrées, à la fois domestiqué et tellement libre, et il savoure, par une plume toujours pénétrante et enlevée, la beauté pure de paysages envoûtants, en des altitudes oppressantes et vertigineuses, qui se modifient sans cesse, alors que le blanc étincelant semble immaculé, inaccessible et sans évolution apparente…

L’auteur valorise les étapes qu’il faut entreprendre avec méthode, sans bousculer le programme établi, avec minutie, pour appréhender les silences, le froid, le respect des traces, la capacité à observer et à regarder en permanence, même dans les endroits déjà pénétrés aux regards précédents.

Il rappelle qu’il faut prendre le temps d’écouter, de repérer que l’on est soi-même observé, et pour analyser les choses qui font qu’un enjambant un espace, en montant en altitude, en changeant d’orientation, on découvrira d’autres sites, d’autres lieux, malgré leurs similitudes, avec une faune aux aguets, des yeux animaliers qui font face, des espèces différentes mais qui s’auto-émulent, entre rapaces, carnassiers, herbivores et animaux isolés ou fonctionnant en groupe.

L’auteur dissèque avec concision, sens du verbe, et ne boude pas son plaisir, pour décrire les apparitions qui lui seront permises de la panthère des neiges, qui peut même apparaître sur une photographie sans être visible au premier regard, tellement elle fait corps avec les éléments et les reliefs, et il prend le temps de la contempler, de fixer son regard, son pelage, sa beauté encore plus raffinée par une rareté qui en accomplit un animal quasi mythique.

Il associe à ces moments de forte intensité la délicatesse qui semble unir Vincent et Marie et les réflexions souvent décalées, mais tellement à propos pourtant, d’un Léo dont les études philosophiques sur le sens de la vie et des traces prennent ici toutes leurs ampleurs.

Et l’auteur clôture ce livre flamboyant et fascinant par des pages sublimes sur la source du Mékong, fleuve de référence qui nous ramène en boucle au Cambodge et à la fantastique civilisation Khmère.

L’auteur rappelle toujours en convocations des lectures qui parsèment son parcours et qui peuvent aussi prolonger son récit : Héraclite et sa vision métaphysique, Nietzsche et sa fougue de volonté, Walt Whitman (poète préféré de Neruda) que je vais m’employer à relire, avec le recueil Feuilles d’herbe que j’ai toujours trouvé étincelant, ou Jules Renard qui le premier avec ses Histoires Naturelles a rappelé que le monde n’était pas composé que d’humains et que toutes les espèces y étaient fondamentales.

Ce livre est à la fois un récit d’aventures, un conte onirique, une histoire d’amitiés vives et il sanctuarise le talent de Sylvain Tesson qui romance la poésie ou poétise le roman et sait dire à fleuret moucheté des choses essentielles en un concentré malaxé de concision, d’élégance majeure et de profondeur.

Chapeau bas, l’artiste !

 

Eric

Blog Débredinages

 

La panthère des neiges

Sylvain Tesson

Prix Renaudot 2019

Nrf Gallimard

Offert à Noël par mon Cher fils aîné, que j’embrasse !

L’Ami Fritz d’Erckmann-Chatrian

 

Emile Erckmann et Alexandre Chatrian ont écrit à deux plumes, du collectif de leurs deux noms collés, qui fait parfois oublier la spécificité de leur aventure littéraire, comme le développèrent, après eux, Boileau et Narcejac, notamment.

Leur livre de référence, L’Ami Fritz, peut sembler daté et un peu emprunté et convenu, tant dans le style de narration, où l’on sent toute la réalité des classes sociales divisées très clairement pour « le bon fonctionnement du Monde » et où chacun se cantonne en la part qui lui revient, sans jamais remettre en cause ou ordre tout ce qui pourrait donner lieu à une meilleure redistribution sociale, que dans la présence de certains personnages, adonnés aux rentes, et qui peuvent bien vivre, sans jamais travailler…

Fritz Kobus est, ce que l’on pourrait appeler, un bon vivant ; il aime faire ripailles, il apprécie boire du bon vin et de la bonne bière, se lever quand il en a envie, se laisser vivre par les relais appliqués d’une domestique à son service, comme elle le fut aussi pour son père, et qui passe son temps libre, forcément conséquent, à imaginer comment utiliser au mieux de ses investissements l’argent qu’il possède, dont un héritage cossu lui permet de profiter sans avoir besoin de gagner autrement sa vie.

Il apprécie se quereller, avec affection, mais en pouvant tout lui dire en direct, avec le Rabbin Sichel, confident et conseiller de la famille et qui n’imagine pas que Fritz puisse rester éternellement célibataire.

Fritz se sent bien, seul, et considère le mariage comme une perte définitive de liberté et un abandon de ses choix de vie, qui peuvent être critiqués, mais qu’il assume avec le plaisir absolu de celui qui a eu de la chance et qui veut s’employer à la faire perpétuer.

Il parie une superficie de ses propres vignes, les plus recherchées en qualité, avec le Rabbin, en déclarant que s’il se mariait (ce que Fritz ne peut imaginer un instant comme une réalité possible), les vignes partiraient en propriété au Rabbin, qui lui est persuadé, tout au contraire, que Fritz prendra femme, parce que tel est l’ordre des choses et parce qu’il le désire.

Le livre s’offre quatre visions de la Bavière du XIXème siècle, ce qui permet aussi à Emile Erckmann et Alexandre Chatrian de placer en filigrane les Provinces perdues Alsaciennes dans leurs entrefilets, qui pourraient bien s’apparenter à cette Bavière décrite, à la manière de Montesquieu qui parlait de la Perse, dans ses célébrissimes Lettres, pour mieux fustiger les indigences du Royaume de France, à l’abri relatif des censures… On trouve ainsi :

  • une vision de panorama, avec des petites villes centrées sur l’église et la culture des champs, sur la nécessité de donner ardeur pour assurer des récoltes suffisantes et qualitatives et où le labeur fini, les hommes (les femmes sont reléguées en l’ouvrage en une place bien médiocre et sans relief…) se retrouvent au bar. Seul moment de communion des deux sexes, les fêtes de village, où l’on prend le plaisir d’une danse pour donner de la joie en une vie assez repliée et monotone, mais pour laquelle on se ne plaindra jamais…
  • une vision d’organisation sociale rythmée par de longs chapitres sur la récolte des impôts et sur l’importance des propriétaires qui savent en permanence ce qui est bel et bon pour leurs gens des villages attenants, et qui structurent les paysages pour que chacun puisse avoir ce qu’il lui revient, en s’assurant cependant que les demandes ne dépassent pas les bornes établies depuis des successions de générations…
  • une vision sur les dogmes établis, qu’ils soient liés à la place limitée de la femme, à la soumission docile des exploitants de fermage pour le compte du maître, à l’acceptation d’un antisémitisme larvé, et qui se voudrait cependant acceptable et bon enfant, et sur le choix décidé par les édiles de qui doit se marier avec qui, sans demander consentement aux intéressées et intéressés…
  • une vision de l’amour, qui, dans le roman, semble la seule concession volontaire pour sortir des contemplations naïves et validées des habitudes et accoutumances…, qui permettra à Fritz, d’un âge déjà de bel élan, de fréquenter la toute jeune Suzel qui associe charmes, délicatesses et finesse. Cette vision là permet de pouvoir marquer une différence avec les principes édictés, qui veulent que les gens du Monde ne peuvent convoiter des personnes du Peuple et que les âges de raison ne peuvent convoler avec des âges moins élevés…

Ce livre se lit comme un rappel des peintures d’authenticité de personnages truculents, parfois caricaturaux et sarcastiques, mais vivants et marquants, comme un souvenir aussi des chaleurs des rencontres en villages autour de tables riches et roboratives et comme une succession d’images des mœurs et coutumes de la vieille Bavière, ou de la vieille Alsace…

Un livre à lire avant d’arpenter les pentes du Haut-Koenigsbourg et de revoir La Grande Illusion de Jean Renoir, tourné sur place, alors que les bruits de botte retentissaient à proximité, et que le film narrait la fin d’un Monde aristocratique, sur fond de Grande Guerre et de prise et reprise du fort de Douaumont, à Verdun…

Eric

Blog Débredinages

 

L’ami Fritz 

Erckmann-Chatrian

Collection de la Bibliothèque Verte, retrouvable chez les meilleurs bouquinistes, et notamment chez celui proche de la Gare de Saint-Raphaël, où je l’ai re-déniché récemment.

Ramuntcho de Pierre Loti

Lire Pierre Loti me ramène toujours aux découvertes, aux aventures, aux voyages, aux exaltations des sens.

Je l’avais lu en promenade, en les temples d’Angkor, en 2014 ; et il fut surtout un des rares occidentaux à raconter son passage en l’Ile de Pâques, avec une volonté marquée de tisser liens avec les autochtones et cerner les mystères des moais qui l’ont transporté, malgré une halte en Pacifique Sud, très courte…

J’ai eu le bonheur de pouvoir passer une semaine en cette île exceptionnelle, en 2008 ; et dans le petit musée d’Hanga-Roa, on peut dénicher le récit de Pierre Loti, en une édition locale, ce qui prouve que les Pascuans savent reconnaître celui qui s’est incliné face à la grandeur d’une civilisation inconnue et qui s’est considéré comme redevable et enrichi des différences, plutôt que se positionner comme un conquérant potentiel…

Ayant, pour raisons de santé (oui, Amie Lectrice et Ami Lecteur, cela fait un petit mois que vous ne me repérez plus en ce modeste blog…), été obligé à une convalescence d’ascèse, j’ai décidé de suivre les pas de Pierre Loti qui utilisait toujours les moments de contrainte personnelle pour écrire, réfléchir, raconter et lire…

Je me suis replongé dans la lecture de Ramuntcho, histoire vive et pénétrée de traditions colorées et qui fait que le héros éponyme symbolise, depuis plus d’un siècle, le Pays Basque, comme Tartarin la Provence…

Le fond de l’histoire peut sembler un brin désuet et vieillot, quoique ses réalités soient toujours effectives en de nombreux endroits de la planète, mais le style de l’auteur reste percutant, majeur et marquant, avec un flamboiement ciselé dans la narration de la nature et des escapades, qui contribue à ce que l’on s’imagine aisément suivre les pas des protagonistes, et une assurance récurrente dans la lecture, avec une langue magnifiée où chaque phrase devient un essor de théâtralité et de fougue, qui transporte.

Ramuntcho vit dans la Montagne du Pays-Basque, avec sa Maman, qui a réussi, à force de sagacité et d’abnégation, à racheter sa maison de famille et pouvoir ainsi montrer sa tête haute et fière, de celle qui possède son toit, au milieu d’un village où les secrets enfouis, les querelles intestines vivaces et transmises de génération en génération, ont toujours tendance à s’agglutiner. On ne sait que peu de chose sur le Père, mais il est patent qu’il n’est plus là.

Ramuntcho travaille comme contrebandier, entre douanes françaises et espagnoles et arpente toutes les nuits des sentiers compliqués, des pentes dangereuses, pour transporter de la marchandise et développer un réseau d’affaires parallèles, pour le compte de la palanquée qui lui a accordé sa confiance.

On réclame le silence, la discrétion, parfois l’on doit aussi endurer des tensions et coups de violence, mais être contrebandier au Pays Basque s’affecte comme une mission ancestrale, reconnue, et même valorisée, par le courage qu’elle nécessite, avec des dangers incessants de coup de chaud avec les autorités.

Ramuntcho retrouve surtout sa liberté, son indépendance, sa capacité à s’exprimer en jouant à la pelote Basque et il est apprécié fortement, car il sait virevolter, danser, sauter, faire preuve d’agilités pour exercer son art de la récupération et faire gagner son équipe.

Il aime ce moment intense sportif et artistique, surtout quand il est contemplé par Gatchutcha, sa promise, son élue, qu’il n’imagine pas autrement que future femme de sa vie…

Mais la mère de Gatchutcha n’a que du mépris pour la famille de Ramuntcho, à la fois pour des critères de classe (Ramuntcho ne possède rien ou presque) et par accumulations d’histoires, dont l’on ne connaîtra jamais la réalité effective, mais qui constituent une chape d’acier implacable, rendant impossible tout lien commun.

Les deux amoureux se rencontrent en cachette, se croisent au jeu de pelote, se font des promesses langoureuses et positives, mais ne dépassent jamais les champs de la camaraderie, car il est nécessaire, obligé et même impératif que l’on respecte scrupuleusement la soumission parentale.

Gatchutcha demande à Ramuntcho de prendre la nationalité Française, ce qui l’élèvera positivement pour l’appréciation de la famille de la jeune femme – ce sera déjà un premier pas – et Ramuntcho en prend acte, même si cette décision lui coûte car elle entraîne trois ans de service militaire et un éloignement du Pays Basque pendant la même période, laissant sa Maman esseulée, sa fiancée abandonnée et la clôture de ses retours financiers de contrebande qui apportaient le juste suffisant au logis.

Pendant ces funestes trois ans où Ramuntcho naviguera sur les mers, la mère de Gatchutcha présentera sa fille à un meilleur parti, que cette dernière refusera, par fidélité à son serment pour celui qu’elle aime, et elle sera donc transférée, sans vergogne, en un couvent…

Ramuntcho consacrera, à son retour, toute son énergie pour tenter de retrouver, et même d’enlever celle qu’il aime, mais le poids des certitudes, des traditions compactées et la force du religieux local l’obligeront à un autre choix, celui du départ et de l’exil, sa Maman venant, de plus, de rendre son dernier soupir.

Pierre Loti sait parler de la religion ; il aime les cérémoniaux d’encens et de chant, il apprécie la communion pour saluer une certaine force des esprits, mais il sait critiquer les intolérances, les morbidités et les enfermements vils de personnes sous influence ou sous contrainte qui détruisent des âmes.

Pierre Loti sait aussi signifier son respect pour l’ensemble des habitants qui considéreront qu’il vaut mieux s’échapper ou se placer en contrition plutôt que de tenter une certaine sorte de blasphème en voulant s’attaquer aux bigoteries et aux sacrements.

Pierre Loti sait que l’amour s’affiche comme l’essentialité de l’essor des âmes mais qu’il peut provoquer des douleurs indicibles dont les plaies peuvent ne jamais se refermer.

Et Pierre Loti sait rendre hommage à celles et ceux qui font vivre les fêtes de villages, les costumes chamarrés, les dynamiques collectives, comme on dit de nos jours, comme ces élévations par la pelote Basque ; il sait conter la beauté sauvage de paysages, que seuls les initiés connaissent, et qui renferment à la fois des désirs non assouvis, des déceptions réelles, des rancunes tenaces et des possibilités de conquête ou d’aventures uniques.

Un livre qu’il convient de relire avant de retrouver une promenade future en Euskadi.

Éric

Blog Débredinages

Ramuntcho

Pierre Loti

Livre retrouvé dans ma collection de livres dits de jeunesse, en bibliothèque verte, reliée par Brodard et Taupin, bien évidemment ; toute une époque…

Le lac salé de Pierre Benoît

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je sais que je vais me placer avec des répétitions, auprès de vous, et je fais appel à votre mansuétude pour tenter de me pardonner…

Non par esprit de provocation ou par défense des causes perdues ou inconséquentes, mais simplement par une nécessité personnelle d’aller puiser directement dans les textes et les écritures, pour alimenter mon opinion et ainsi organiser mon libre arbitre, je lis souvent des livres d’écrivains très en vogue, en leurs temps, mais qui ont du mal à survivre à un certain ostracisme qui les a frappés, du fait de leur rattachement à la liste des écrivains qui avaient cédé aux pratiques antipatriotiques pendant l’Occupation.

Pierre Benoît, disciple de Barrès et Maurras, est-fut de ceux-là.

Sa trop grande préciosité, son goût pour le dandysme, et parfois même pour une certaine pédanterie, lui ont fait préférer, non par désinvolture ou lâcheté, mais par esprit de confort et facilité vénale du bien vivre, les couverts de la Continentale et les invitations de confrères pangermanistes plutôt que rappeler en permanence la nécessité d’une liberté assouvie (que l’on retrouve en tous ses livres) et son esprit de concorde.

N’oublions pas néanmoins que le premier livre du Livre de Poche fut son œuvre de référence Koenigsmark, que l’on ne lit plus aujourd’hui, et qui se consacrait comme un classique de littérature ciselée, inventive, émotive et passionnelle, sorte de romantisme de nouvelle vague, puisant beaucoup dans Musset, revisité et mis en relief avec le contemporain.

Et vous ne pouvez visiter les ruines émerveillantes d’Angkor (je l’ai fait en 2014) sans relire Le Roi lépreux, en se rendant justement sur le site-hommage, terrasse, qui lui est dédié dans la Cité Khmère.

Le lac salé est un livre écrit de manière rayonnante : avec des phrases jamais maniérées, mais riches et enlevées, des sentiments jamais mièvres mais toujours exaltants, des profondeurs jamais sarcastiques ou caricaturales mais toujours assouvies, des ironies jamais de façade mais toujours cruelles et décapantes.

L’héroïne, Annabel, vient d’Irlande, l’Irlande catholique, celle qui recherche, en ce mitan du XIXème siècle qui précède la guerre de Sécession aux États-Unis, son indépendance de la Grande-Bretagne, et dont le père, décédé, a toujours appuyé la cause dite rebelle, pour permettre à l’île de prendre son destin en main.

Elle vit en une belle maison, avec des domestiques Noirs, qui sont en statut libre, et elle est conseillée et appuyée par le Père d’Exiles, un jésuite qui a pour mission d’évangéliser les tribus Indiennes, et qui le fait dans le respect de leurs traditions et sans jamais considérer que son dogme s’opèrera par la force ou une quelconque soumission ; il accepte tous les débats théologiques et imagine même une sorte de syncrétisme entre sa religion et les préceptes ancestraux de celles et ceux qu’il rencontre, notamment en Utah.

La maison est située près de Salt Lake City, ville édifiée par les Mormons, qui veulent organiser leurs espaces comme une nouvelle Jérusalem et qui considèrent leur nouvelle donne spirituelle comme un enjeu de pouvoir et de domination assumée.

L’armée Américaine s’est déployée, des combats ont eu lieu et un quasi pacte de non-agression s’est structuré : laisser les troupes prendre leurs terrains de conquête sur l’ouest des États et laisser faire les Mormons en leur ville, en s’assurant seulement qu’ils se cantonnent en leur Cité et n’imaginent pas la faire déborder…

Un pasteur de passage, aumônier dans l’armée Américaine, rencontre Annabel et son attirance pour elle n’est pas feinte, comme il est aussi troublé par la fille d’un des maîtres de la doctrine Mormone…

Le livre se construit, tout en tiroirs, avec des allers et retours récurrents entre :

  • l’amour positif, éclairé, d’une vie à organiser dans le respect mutuel, et l’amour soumis, hiérarchisé, comme chez les Mormons, avec des épouses figurées avec des numéros correspondant aux jours de la semaine où elles pourront partager la couche du Maître…
  • la rencontre très forte et marquante du Père d’Exiles avec les Indiens – où il leur reprochera l’assassinat de soldats considérés comme des colonisateurs, mais qui acceptera son sort quand ces mêmes Indiens lui reprocheront d’avoir fait un rapport aux autorités qui aura provoqué le massacre de tribus, en représailles – et la vision de Mormons qui placent les Noirs comme des objets et des meubles, qui les assujettissent comme des biens sur lesquels on marquerait la propriété, comme feu le Code Noir terrifiant…
  • la facilité d’accepter son sort, fusse-t-il lié à des erreurs de choix ou d’interprétations et la capacité à se rebeller quand la trahison est utilisée et que ni le temps, ni les événements, ne sauraient pardonner.
  • la dynamique racontée, en une plume avide, de natures sauvages et désertiques, emplies d’une faune ornithologique exceptionnelle et la fadeur de villes construites sans âme et sans relief, avec juste la présence majeure, lourde et oppressive de bâtiments répétés, qui structureraient une autorité qui serait indépassable…

Je vous laisse lire Pierre Benoît, qui peut vous apparaître pompier à la première salve de lecture, mais qui vous saisira par un emploi façonné de la langue, et surtout par une énergie de ressources vives qui parsèment ses personnages toujours volontaires, aiguisés, mais qui vivent souvent des moments rudes et tendus qu’ils affronteront pour des conclusions souvent compliquées…

Une œuvre rare, comme un bon vin en bouche ; allez comme un Condrieu avec un fromage frais du pays d’Ampuis.

Éric

Blog Débredinages

Le lac salé

Pierre Benoît

Le Livre de Poche, édition de 1969 ; trouvée chez un bouquiniste pour 3€

Vichy Vertigo de Robert Liris

Vichy Vertigo : Une Mémorielle Damnation, de Robert Liris

Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’ai été élève, en classes de 4ème et de 3ème, au Collège Jules Ferry de Vichy, entre 1976 et 1978, et j’ai eu Robert Liris comme professeur d’histoire et géographie.

Il fut, sans allégeance circonstancielle liée à cette humble chronique, un constructeur et un passeur de savoirs, pour moi, et il m’a marqué vraiment, en étant en permanence en recherches d’élévation pour nous, en classe.

C’est lui qui m’a fait découvrir le TNP de Villeurbanne, pour une rencontre sur Sartre, au printemps 1978, en un voyage scolaire, un samedi… et c’est lui qui m’a initié aux mystères enfouis de l’Ile de Pâques ; si je m’y suis rendu intensément et passionnément en 2008, c’est un peu aussi pour me placer sur ses traces, en mémorisant nos discussions communes, entrecoupées d’arabesques portant sur la mise en scène de « Songe pour une nuit d’été » du Grand William, que l’on avait vue au théâtre, sans se concerter…

Je le savais taquiner la muse, car il avait déjà écrit des poèmes quand j’étais élève, mais je n’avais plus vraiment de nouvelles de lui, si ce n’est sa passion indestructible et tenace pour les éléments inexpliqués qu’il a toujours voulu affronter rationnellement, tout en se persuadant que la rationalité ne guette pas fréquemment les décisions…

L’on m’a offert récemment son dernier opus, avec une dédicace sur notre passé commun très affective en ma direction et en celle de mon Cher Papa, et ouverte sur l’avenir, considérant que le livre de nos souvenirs ne sera jamais fermé et qu’il reste encore des pages à créer ou à conquérir…

Son livre n’est pas de lecture aisée, mais il se mérite, et quand on s’y implique en profondeur, comme en apnée, on pénètre sa force émotionnelle, son intensité réflexive et ses marques d’attention.

Je suis né à Vichy et je sais ce que signifie la représentation de la Cité dans notre inconscient collectif.

L’auteur, qui y vit et y travaille depuis des années, avait en germe la volonté d’analyser ce qui s’adosse sur le nom de la Ville et qui la place, souvent de manière systématisée, au ban de l’Histoire ; en aucun cas l’auteur ne souhaite interférer une quelconque nostalgie d’une Vichy reine des villes d’eau et encore moins une compassion avec des heures qui ont dénigré les droits humains, mais il désire que l’on parle de la Cité, en toutes ses acceptions, en s’enfouissant dans toutes ses réalités et en toutes ses organisations.

La Ville est d’abord une ville d’eau, une ville thermale, mais qui ne s’est pas composée d’un luxe architectural récurrent ; elle ne fut magnifiée que par Napoléon III, dont le médecin traitant lui avait recommandé les bienfaits, en se trompant de destination, car l’Empereur était malade des reins, et à Vichy on apaise les contraintes de foie et de digestion…

Toutes les flâneries possibles du curiste s’attachent à des découvertes des styles Belle Époque, mais en remontant 150 ans en arrière, au maximum ; auparavant la ville n’était pas destination hôtelière.

La Ville a été capitale de l’État Français mais ne dispose pas de musée digne de ce nom capable d’analyser avec cohérence, objectivité et mise en perspectives, son histoire et son passé, et c’est bien regrettable, car on ne peut faire l’économie d’un diagnostic ou d’une introspection, surtout quand on sait ce que représente le nom de la Cité en l’histoire contemporaine.

Le Corbusier, architecte de Pétain, pendant quelques mois, et laudateur du réalisme socialiste, avait un projet pour organiser la Cité, soutenu par Giraudoux, son voisin de Cusset, pour en faire un exemple de l’urbanité de la rénovation nationale.

Mais Pétain était à la fois trop ruraliste et peu porté sur la grandiloquence et il assista, assez affligé, aux données des propositions, et comme souvent il ne décida rien mais ne programma rien non plus, et la Cité Nouvelle potentielle ne vit jamais le jour, pour le plus grand bien de « son périmètre réduit » actuel qui fait de Vichy une ville de bâti décoratif, plutôt passive mais contemplative…

L’auteur évoque souvent l’Opéra de Vichy en son livre, à mi-chemin entre récit et essai, où le 10 juillet 1940, sous l’impulsion de celui que l’on surnommait Bougnatparte, Pierre Laval, voisin de Chateldon, la République se sacrifia, avec seulement 80 députés pour refuser les pleins pouvoirs au Maréchal.

Vichy se voit hériter de l’épithète « capitale » et Paris de l’attribut de « libération » et pour ne pas accabler Paris, où l’Administration restait en puissance et en collaboration active entre 40 et 44 quand même…, l’Histoire retiendra seulement la parenthèse non Républicaine de « régime de Vichy ou de gouvernement de Vichy » lui léguant les infamies pour l’éternité…

Or on a aussi résisté à Vichy, d’abord avec la ligne de démarcation située à moins de 50 kilomètres ou quand les habitants de la Ville se sont élevés pour protester souverainement contre la destruction, pour récupération du bronze, de la statue d’Albert Ier de Belgique, grand amateur de la ville d’eau et compagnon lors de la Première Guerre Mondiale des forces alliées.

Vichy se voulait cosmopolite et pacifique et avait donné à ces artères de référence les noms du Président Wilson, orchestrateur de la Société des Nations et d’Aristide Briand, pionnier de la paix universelle et de la nécessaire réconciliation Franco-Allemande.

Mais Vichy ne s’est jamais enthousiasmée pour une race unique et pure ou pour une Grande Allemagne, au contraire elle a toujours été ouverte aux Nations et aux Francophonies, comme une ville de croisements internationaux.

La Ville s’est creusée pour sacraliser les rites des soins, de la santé, du sport et de la culture, pour célébrer à la fois le repos des esprits, le bien-être et la nécessité d’ouvrir les yeux, d’observer les extérieurs ; si les défilés de culture gymnique dans les années 40 symbolisaient clairement l’adhésion de l’État Français aux thèses totalitaires, la Ville les vivait plus comme la nécessité de donner force et conviction à la santé et à la beauté, comme pour la structuration ultérieure de ses laboratoires de produits cosmétiques. Mais elle n’adhérait pas aux thèses de domination ou d’inégalité des Peuples.

La Ville était ouverte aux Nations, elle a été capitale abusée d’un État refermé, et elle a voulu reconquérir sa quête prédestinée d’être une Desti-Nation.

Le Maréchal rêvait d’être intronisé à Versailles ; se rendre à Vichy avait été vécu comme une cure de rétrécissement ou d’amaigrissement de ses ambitions…

Ville de pacifisme et de neutralité, toute en références Helvétiques, Vichy endure le nom affecté d’un régime désastreux, déshonorant et tombé en abîme et elle en souffre.

L’auteur fait aussi référence au monument aux morts de la Cité, édifié après la première guerre mondiale qui retrace un guerrier au repos juché sur un autel triomphal, mais qui ne veut rien célébrer, car les guerres rendent les foules et les hommes asservis ; or le guerrier les guide pour qu’ils aient toujours l’âme ouverte à la désobéissance face à la tyrannie et à la volonté de fraternité envers et contre tout.

L’auteur dont j’apprends, sans en cerner la raison, ce qui nécessitera une rencontre prochaine que j’attendrais comme une retrouvaille de nos discussions datant de plus de 40 ans, qu’il a été consul de Serbie en Auvergne, compare le monument aux morts de Vichy avec celui de Belgrade, où le guerrier se place aussi en bouclier pour une paix perpétuelle et où l’arme se baisse car elle devient inutile…

L’auteur milite pour que la Cité redevienne une ville d’eau, pétrie de charme en ses parcs et jardins, tournée vers la santé et le sport et pour que, comme il l’exprime joliment, la Ville reste « une ville de guérison et pas de garnison ».

Partageons avec lui cet espoir de reconquête et remercions-le pour sa plume aiguisée, culturellement offerte et ouverte, pénétrante d’idées et contributrice au débat, puisque seule la psychologie des Peuples en temps dédié permet de comprendre l’Histoire qu’ils créent.

Merci Professeur !

Éric

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Vichy Vertigo

Robert Liris

Éditions Sydney Laurent

 

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