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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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Voyages !

Le lac salé de Pierre Benoît

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je sais que je vais me placer avec des répétitions, auprès de vous, et je fais appel à votre mansuétude pour tenter de me pardonner…

Non par esprit de provocation ou par défense des causes perdues ou inconséquentes, mais simplement par une nécessité personnelle d’aller puiser directement dans les textes et les écritures, pour alimenter mon opinion et ainsi organiser mon libre arbitre, je lis souvent des livres d’écrivains très en vogue, en leurs temps, mais qui ont du mal à survivre à un certain ostracisme qui les a frappés, du fait de leur rattachement à la liste des écrivains qui avaient cédé aux pratiques antipatriotiques pendant l’Occupation.

Pierre Benoît, disciple de Barrès et Maurras, est-fut de ceux-là.

Sa trop grande préciosité, son goût pour le dandysme, et parfois même pour une certaine pédanterie, lui ont fait préférer, non par désinvolture ou lâcheté, mais par esprit de confort et facilité vénale du bien vivre, les couverts de la Continentale et les invitations de confrères pangermanistes plutôt que rappeler en permanence la nécessité d’une liberté assouvie (que l’on retrouve en tous ses livres) et son esprit de concorde.

N’oublions pas néanmoins que le premier livre du Livre de Poche fut son œuvre de référence Koenigsmark, que l’on ne lit plus aujourd’hui, et qui se consacrait comme un classique de littérature ciselée, inventive, émotive et passionnelle, sorte de romantisme de nouvelle vague, puisant beaucoup dans Musset, revisité et mis en relief avec le contemporain.

Et vous ne pouvez visiter les ruines émerveillantes d’Angkor (je l’ai fait en 2014) sans relire Le Roi lépreux, en se rendant justement sur le site-hommage, terrasse, qui lui est dédié dans la Cité Khmère.

Le lac salé est un livre écrit de manière rayonnante : avec des phrases jamais maniérées, mais riches et enlevées, des sentiments jamais mièvres mais toujours exaltants, des profondeurs jamais sarcastiques ou caricaturales mais toujours assouvies, des ironies jamais de façade mais toujours cruelles et décapantes.

L’héroïne, Annabel, vient d’Irlande, l’Irlande catholique, celle qui recherche, en ce mitan du XIXème siècle qui précède la guerre de Sécession aux États-Unis, son indépendance de la Grande-Bretagne, et dont le père, décédé, a toujours appuyé la cause dite rebelle, pour permettre à l’île de prendre son destin en main.

Elle vit en une belle maison, avec des domestiques Noirs, qui sont en statut libre, et elle est conseillée et appuyée par le Père d’Exiles, un jésuite qui a pour mission d’évangéliser les tribus Indiennes, et qui le fait dans le respect de leurs traditions et sans jamais considérer que son dogme s’opèrera par la force ou une quelconque soumission ; il accepte tous les débats théologiques et imagine même une sorte de syncrétisme entre sa religion et les préceptes ancestraux de celles et ceux qu’il rencontre, notamment en Utah.

La maison est située près de Salt Lake City, ville édifiée par les Mormons, qui veulent organiser leurs espaces comme une nouvelle Jérusalem et qui considèrent leur nouvelle donne spirituelle comme un enjeu de pouvoir et de domination assumée.

L’armée Américaine s’est déployée, des combats ont eu lieu et un quasi pacte de non-agression s’est structuré : laisser les troupes prendre leurs terrains de conquête sur l’ouest des États et laisser faire les Mormons en leur ville, en s’assurant seulement qu’ils se cantonnent en leur Cité et n’imaginent pas la faire déborder…

Un pasteur de passage, aumônier dans l’armée Américaine, rencontre Annabel et son attirance pour elle n’est pas feinte, comme il est aussi troublé par la fille d’un des maîtres de la doctrine Mormone…

Le livre se construit, tout en tiroirs, avec des allers et retours récurrents entre :

  • l’amour positif, éclairé, d’une vie à organiser dans le respect mutuel, et l’amour soumis, hiérarchisé, comme chez les Mormons, avec des épouses figurées avec des numéros correspondant aux jours de la semaine où elles pourront partager la couche du Maître…
  • la rencontre très forte et marquante du Père d’Exiles avec les Indiens – où il leur reprochera l’assassinat de soldats considérés comme des colonisateurs, mais qui acceptera son sort quand ces mêmes Indiens lui reprocheront d’avoir fait un rapport aux autorités qui aura provoqué le massacre de tribus, en représailles – et la vision de Mormons qui placent les Noirs comme des objets et des meubles, qui les assujettissent comme des biens sur lesquels on marquerait la propriété, comme feu le Code Noir terrifiant…
  • la facilité d’accepter son sort, fusse-t-il lié à des erreurs de choix ou d’interprétations et la capacité à se rebeller quand la trahison est utilisée et que ni le temps, ni les événements, ne sauraient pardonner.
  • la dynamique racontée, en une plume avide, de natures sauvages et désertiques, emplies d’une faune ornithologique exceptionnelle et la fadeur de villes construites sans âme et sans relief, avec juste la présence majeure, lourde et oppressive de bâtiments répétés, qui structureraient une autorité qui serait indépassable…

Je vous laisse lire Pierre Benoît, qui peut vous apparaître pompier à la première salve de lecture, mais qui vous saisira par un emploi façonné de la langue, et surtout par une énergie de ressources vives qui parsèment ses personnages toujours volontaires, aiguisés, mais qui vivent souvent des moments rudes et tendus qu’ils affronteront pour des conclusions souvent compliquées…

Une œuvre rare, comme un bon vin en bouche ; allez comme un Condrieu avec un fromage frais du pays d’Ampuis.

Éric

Blog Débredinages

Le lac salé

Pierre Benoît

Le Livre de Poche, édition de 1969 ; trouvée chez un bouquiniste pour 3€

Vichy Vertigo de Robert Liris

Vichy Vertigo : Une Mémorielle Damnation, de Robert Liris

Amie Lectrice et Ami Lecteur, j’ai été élève, en classes de 4ème et de 3ème, au Collège Jules Ferry de Vichy, entre 1976 et 1978, et j’ai eu Robert Liris comme professeur d’histoire et géographie.

Il fut, sans allégeance circonstancielle liée à cette humble chronique, un constructeur et un passeur de savoirs, pour moi, et il m’a marqué vraiment, en étant en permanence en recherches d’élévation pour nous, en classe.

C’est lui qui m’a fait découvrir le TNP de Villeurbanne, pour une rencontre sur Sartre, au printemps 1978, en un voyage scolaire, un samedi… et c’est lui qui m’a initié aux mystères enfouis de l’Ile de Pâques ; si je m’y suis rendu intensément et passionnément en 2008, c’est un peu aussi pour me placer sur ses traces, en mémorisant nos discussions communes, entrecoupées d’arabesques portant sur la mise en scène de « Songe pour une nuit d’été » du Grand William, que l’on avait vue au théâtre, sans se concerter…

Je le savais taquiner la muse, car il avait déjà écrit des poèmes quand j’étais élève, mais je n’avais plus vraiment de nouvelles de lui, si ce n’est sa passion indestructible et tenace pour les éléments inexpliqués qu’il a toujours voulu affronter rationnellement, tout en se persuadant que la rationalité ne guette pas fréquemment les décisions…

L’on m’a offert récemment son dernier opus, avec une dédicace sur notre passé commun très affective en ma direction et en celle de mon Cher Papa, et ouverte sur l’avenir, considérant que le livre de nos souvenirs ne sera jamais fermé et qu’il reste encore des pages à créer ou à conquérir…

Son livre n’est pas de lecture aisée, mais il se mérite, et quand on s’y implique en profondeur, comme en apnée, on pénètre sa force émotionnelle, son intensité réflexive et ses marques d’attention.

Je suis né à Vichy et je sais ce que signifie la représentation de la Cité dans notre inconscient collectif.

L’auteur, qui y vit et y travaille depuis des années, avait en germe la volonté d’analyser ce qui s’adosse sur le nom de la Ville et qui la place, souvent de manière systématisée, au ban de l’Histoire ; en aucun cas l’auteur ne souhaite interférer une quelconque nostalgie d’une Vichy reine des villes d’eau et encore moins une compassion avec des heures qui ont dénigré les droits humains, mais il désire que l’on parle de la Cité, en toutes ses acceptions, en s’enfouissant dans toutes ses réalités et en toutes ses organisations.

La Ville est d’abord une ville d’eau, une ville thermale, mais qui ne s’est pas composée d’un luxe architectural récurrent ; elle ne fut magnifiée que par Napoléon III, dont le médecin traitant lui avait recommandé les bienfaits, en se trompant de destination, car l’Empereur était malade des reins, et à Vichy on apaise les contraintes de foie et de digestion…

Toutes les flâneries possibles du curiste s’attachent à des découvertes des styles Belle Époque, mais en remontant 150 ans en arrière, au maximum ; auparavant la ville n’était pas destination hôtelière.

La Ville a été capitale de l’État Français mais ne dispose pas de musée digne de ce nom capable d’analyser avec cohérence, objectivité et mise en perspectives, son histoire et son passé, et c’est bien regrettable, car on ne peut faire l’économie d’un diagnostic ou d’une introspection, surtout quand on sait ce que représente le nom de la Cité en l’histoire contemporaine.

Le Corbusier, architecte de Pétain, pendant quelques mois, et laudateur du réalisme socialiste, avait un projet pour organiser la Cité, soutenu par Giraudoux, son voisin de Cusset, pour en faire un exemple de l’urbanité de la rénovation nationale.

Mais Pétain était à la fois trop ruraliste et peu porté sur la grandiloquence et il assista, assez affligé, aux données des propositions, et comme souvent il ne décida rien mais ne programma rien non plus, et la Cité Nouvelle potentielle ne vit jamais le jour, pour le plus grand bien de « son périmètre réduit » actuel qui fait de Vichy une ville de bâti décoratif, plutôt passive mais contemplative…

L’auteur évoque souvent l’Opéra de Vichy en son livre, à mi-chemin entre récit et essai, où le 10 juillet 1940, sous l’impulsion de celui que l’on surnommait Bougnatparte, Pierre Laval, voisin de Chateldon, la République se sacrifia, avec seulement 80 députés pour refuser les pleins pouvoirs au Maréchal.

Vichy se voit hériter de l’épithète « capitale » et Paris de l’attribut de « libération » et pour ne pas accabler Paris, où l’Administration restait en puissance et en collaboration active entre 40 et 44 quand même…, l’Histoire retiendra seulement la parenthèse non Républicaine de « régime de Vichy ou de gouvernement de Vichy » lui léguant les infamies pour l’éternité…

Or on a aussi résisté à Vichy, d’abord avec la ligne de démarcation située à moins de 50 kilomètres ou quand les habitants de la Ville se sont élevés pour protester souverainement contre la destruction, pour récupération du bronze, de la statue d’Albert Ier de Belgique, grand amateur de la ville d’eau et compagnon lors de la Première Guerre Mondiale des forces alliées.

Vichy se voulait cosmopolite et pacifique et avait donné à ces artères de référence les noms du Président Wilson, orchestrateur de la Société des Nations et d’Aristide Briand, pionnier de la paix universelle et de la nécessaire réconciliation Franco-Allemande.

Mais Vichy ne s’est jamais enthousiasmée pour une race unique et pure ou pour une Grande Allemagne, au contraire elle a toujours été ouverte aux Nations et aux Francophonies, comme une ville de croisements internationaux.

La Ville s’est creusée pour sacraliser les rites des soins, de la santé, du sport et de la culture, pour célébrer à la fois le repos des esprits, le bien-être et la nécessité d’ouvrir les yeux, d’observer les extérieurs ; si les défilés de culture gymnique dans les années 40 symbolisaient clairement l’adhésion de l’État Français aux thèses totalitaires, la Ville les vivait plus comme la nécessité de donner force et conviction à la santé et à la beauté, comme pour la structuration ultérieure de ses laboratoires de produits cosmétiques. Mais elle n’adhérait pas aux thèses de domination ou d’inégalité des Peuples.

La Ville était ouverte aux Nations, elle a été capitale abusée d’un État refermé, et elle a voulu reconquérir sa quête prédestinée d’être une Desti-Nation.

Le Maréchal rêvait d’être intronisé à Versailles ; se rendre à Vichy avait été vécu comme une cure de rétrécissement ou d’amaigrissement de ses ambitions…

Ville de pacifisme et de neutralité, toute en références Helvétiques, Vichy endure le nom affecté d’un régime désastreux, déshonorant et tombé en abîme et elle en souffre.

L’auteur fait aussi référence au monument aux morts de la Cité, édifié après la première guerre mondiale qui retrace un guerrier au repos juché sur un autel triomphal, mais qui ne veut rien célébrer, car les guerres rendent les foules et les hommes asservis ; or le guerrier les guide pour qu’ils aient toujours l’âme ouverte à la désobéissance face à la tyrannie et à la volonté de fraternité envers et contre tout.

L’auteur dont j’apprends, sans en cerner la raison, ce qui nécessitera une rencontre prochaine que j’attendrais comme une retrouvaille de nos discussions datant de plus de 40 ans, qu’il a été consul de Serbie en Auvergne, compare le monument aux morts de Vichy avec celui de Belgrade, où le guerrier se place aussi en bouclier pour une paix perpétuelle et où l’arme se baisse car elle devient inutile…

L’auteur milite pour que la Cité redevienne une ville d’eau, pétrie de charme en ses parcs et jardins, tournée vers la santé et le sport et pour que, comme il l’exprime joliment, la Ville reste « une ville de guérison et pas de garnison ».

Partageons avec lui cet espoir de reconquête et remercions-le pour sa plume aiguisée, culturellement offerte et ouverte, pénétrante d’idées et contributrice au débat, puisque seule la psychologie des Peuples en temps dédié permet de comprendre l’Histoire qu’ils créent.

Merci Professeur !

Éric

Blog Débredinages

Vichy Vertigo

Robert Liris

Éditions Sydney Laurent

 

Moana blues d’Anne-Catherine Blanc

 

Ce samedi 16 mars dernier, où j’arpentais, à mes habitudes, le salon Livre Paris, je me suis rendu sur le stand de la Polynésie Française et du Pavillon Océanien, où je déambule aussi chaque année, pour dénicher de vraies pépites.

J’ai eu l’immense plaisir de retrouver « Lucile » des Éditions « Au vent des îles », avec laquelle j’avais déjà eu le privilège intense de rencontrer Russel Soaba, auteur indépassable de Papouasie-Nouvelle Guinée, à la découverte de son opus magnifique, d’une poésie rare, Maiba, en 2017.

Ayant eu un autre bonheur de pouvoir compter, en mes amitiés sincères, directes, en plénitude, une auteure de talent, Anne-Catherine Blanc, avec laquelle je partage les nécessités d’appui sociétal pour une meilleure compréhension des relations humaines et pour plaider une entraide toujours solidaire, et une passion pour le Peuple Rapa Nui et ses héritages, je recherchais son roman, écrit quand elle « professait » en Polynésie et quand elle s’est plus que familiarisée aux réalités, coutumes et enivrements locaux.

Ce roman, que j’ai lu deux fois de suite, avec intensité, et que j’offrirai souvent en mes humbles réseaux, se consacre avec une force émotionnelle majeure, une sensibilité exacerbée ; surtout il s’affiche avec une narration stylisée remarquable qui donne encore plus de hauteur à la lecture, puisque nous sommes happés, au sens strict, par les réalités décrites, par les communions ou désunions entre les protagonistes et par la recherche d’un mieux-être par-delà toutes les déchirures, même les plus enfouies.

Paulot s’est mis en couple avec Malinda et ils constituent les parents d’Urahei (Couronne de flammes) née récemment et encore pouponne ; ils forment un couple organisé autour d’une famille dite pudiquement recomposée, avec Vaitiare (Rivière de fleurs), jeune fille qui s’épanouit mais qui renferme une fragilité lancinante et Moana, le fils de Malinda, qui au départ avait battu froid la venue d’un autre homme dans le foyer, mais qui l’avait adopté en entremêlant leurs passions pour le surf pour le jeune et pour la plongée pour le « paternel ».

L’auteure déploie son roman à partir des significations plurielles de Moana, bleu intense quand on atteint les profondeurs et qui peut même faire planer des vertiges entêtants ou déchirants, avec des limites insatiables et tendues, mais aussi symbolique d’un prénom lié à l’Océan, en toutes ses dimensions, surtout celles sur lesquelles la prise humaine demeure compliquée, car l’appel de son immensité peut à la fois donner sens à la liberté mais rappelle aussi l’assurance qu’il maîtrise seul l’avenir de celui ou de celle qui s’aventure en ses tréfonds…

Il ne serait pas convenable de raconter le roman, en ses pénétrations, fougues, envoûtements et fragilités, mais il m’importe, à touches impressionnistes, de donner quelques messages forcément insuffisants, sur ce qui m’a marqué, et m’incite à vous encourager, à suivre mes pas, pour intégrer cette force littéraire présente, en palpitations permanentes, en ce livre :

  • La dignité dans le chagrin s’impose comme une valeur transcendante. L’ on ne masque ni la douleur, ni la détresse ; l’on ne compose pas de rites de deuil, mais l’on se rassemble pour porter le « partant » vers un au-delà spiritualisé ou pas, qui le place en les sphères où il aimait être, avec l’affection de celles et ceux qui l’ont aimé. Comme cela, au travers d’un soleil étincelant et d’un bleu percutant, le « partant » sera toujours présent au fond des âmes…
  • Le solidaire amical qui entoure les personnes en détresse, sans intéressement, par simple volonté d’être là, en silence, en appui, avec son corollaire nécessaire où les choses doivent être bien en place, notamment si une échoppe ou un camion, version food-truck Polynésien, ne pourra ouvrir quelques temps, avec l’avertissement donné aux clients potentiels, sans attendre de compassion, mais en sollicitant juste la compréhension des essentiels dans l’art de vivre et de ne plus vivre aussi bien…
  • Les couleurs multiples du bleu, déployées à satiété en ce roman et qui collent en récurrence dans les expressions, où le bleu démontre la mer, ses enveloppes, ses poussées, ses reflets avec le soleil, sa présence en vision entre ciel et lointain, et surtout sa gravité, qui promeut une intensité plus marquée lorsque l’on plonge, surtout en qualité de plongeur émérite. Le plongeur amateur que je suis, qui apprécie les promenades en palanquée, sait que l’atmosphère de ces bleus multiples doit s’apprécier en silence, en respect, et surtout avec une prudence acérée…
  • L’assurance que l’on peut avoir une deuxième chance, qu’elle soit liée à une orientation (comme l’on dit pudiquement) scolaire réussie et placée en bienveillance, avec un accompagnement professoral et parental adapté, ou qu’elle soit due à un transfert familial pour sortir une jeune d’une nasse sans affection ou pire d’une tension familiale qui la place en danger et peut mettre en péril tous ses sens et sa construction à venir.
  • La nécessité de prendre en compte la douleur comme un temps de vie difficile mais qu’il n’est pas possible d’éviter ou de mettre en repli. Sans délectation morose ou perception dépressive, mais avec l’importance de vivre un moment que l’on doit affronter, où comme le dit joliment Jacques Prévert : « si le rire est le propre de l’homme, le sale ne sera jamais de pleurer »…

Merci aux éditions « Au vent des îles » pour son catalogue inspiré et inspirant, et merci à Anne-Catherine Blanc, pour son écriture puissante, positive, apaisante, réactive, « sollicitante », et surtout tendrement émotionnelle et-ou émotionnellement tendre.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Moana

Anne-Catherine Blanc

Éditions « Au vent des îles » – Tahiti

Photo avec Lucile et « Moana » le 16 mars dernier, au salon Livre Paris 2019

Les frères Kip de Jules Verne

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je ne peux passer deux mois sans revenir, en les entrelacements de mes promenades littéraires, à une « revisitation » (comme on dit joliment au Québec) de mes auteurs de référence d’enfance ou d’adolescence, pour retrouver les saveurs de certains de mes « livres-madeleines ».

Quel plaisir absolu de lire Jules Verne dans la bibliothèque verte et de partir en aventure sur les traces de ses personnages fougueux, investis par la force de la confiance en les sciences de progrès, pétris par un sentiment solidaire de justice et de concorde et en étant assuré, en suivant leurs pas, de pénétrer des contrées inexplorées et qui associent rêve et enchantement.

Je pensais avoir tout lu et relu, notamment dans la bibliothèque verte, qui avait volontairement tout fait pour que même des livres un peu oubliés de l’auteur trouvent un jeune (ou moins jeune) public, aiguisé par l’envie de vivre passionnément des récits picaresques. Je regrettais juste un message appuyé de l’éditeur Hachette de l’époque, pour réduire et cantonner Jules Verne, à une lecture pour seuls garçons, principe bien inconséquent et malvenu pour l’ouverture pour l’égalité hommes-femmes. La bibliothèque rose allait pour les filles et la verte pour les garçons…

Sur le stand d’un bouquiniste de la Place Jean Macé de Lyon, où je me promène tous les premiers dimanches du mois pour aller les saluer, faire « mon marché » et dénicher des pépites, je suis tombé sur un livre de Jules Verne, dont j’ignorais l’existence, et je me précipitais pour l’acheter, pour la somme modique de 2€, et bien dans la bibliothèque verte, en édition cartonnée illustrée de 1977.

Il s’agit des « Frères Kip » et je vous recommande instamment de tout faire pour vous le procurer, car vous y trouverez et y puiserez tous les ingrédients que Jules Verne a assaisonnés pour permettre à son lecteur de s’enrichir en connaissance, de partir sur des terres inconnues, hostiles ou inviolées, en s’appuyant sur des personnages vivant des rebondissements permanents, mus par une combativité en verve et bien décidés à faire valoir leurs droits.

Jugez plutôt :

L’histoire prend source en Nouvelle-Zélande, administrée au XIXème siècle par la Grande-Bretagne, dans les milieux des dockers, des armateurs, des bars à marins, plus ou moins louches, et où se combinent toutes les envies de piraterie…

Le brick James Cook part en expédition commerciale pour joindre plusieurs îles du Pacifique renfermant des produits rares, précieux et exotiques, pour une durée de plusieurs mois, avant le retour sur ses bases.

L’équipage semble solidaire du capitaine et avide de travail et peu vénal pour les gains.

Mais la volonté de certains membres de prendre en main les destinées du bateau et de partir en piraterie devient de plus en plus marquée, et elle semble bien contrariée par le repêchage de deux frères qui étaient échoués sur une île…, à la manière de Robinson, après le naufrage du bateau qui les employait et bien loin de leurs terres d’origine, aux Pays-Bas…

En effet, le capitaine voyant leurs signaux de détresse approche un canot pour les sauver, ce qui en bons marins, raffermit le solidaire et donne une reconnaissance éternelle pour les frères Kip à celui qui les a sortis d’une si funeste posture.

En pleine mer de Corail, après un arrêt sur une île pour effectuer des transactions, une partie de l’équipage fomente l’assassinat du capitaine et s’empare du bateau, au sein duquel est présent le propre fils de l’infortuné chef de bord…

A partir de ce moment-là, le livre prend plusieurs postures :

  • Avec la volonté des pirates de faire accuser les frères Kip de l’assassinat du capitaine, car l’étranger est toujours responsable de tous les maux, adage que Verne fait méditer à ses lecteurs, pour mieux le réfuter.
  • Avec l’incompétence des marins pirates qui ne savent pas guider le bateau, que prennent en main les frères Kip, en hommage à leur sauveur défunt, ce que les pirates ne peuvent pardonner, car il n’est pas envisageable que celui qui vient d’ailleurs apporte plus de conscience que celui qui est bien né et qui sait forcément tout sur tout…
  • Avec l’injustice criante qui apparaît quand les frères sont accusés de meurtre et avec les péripéties qu’ils vont devoir endurer pour faire reconnaître leur innocence, avec toujours chez Verne, la lucidité d’une personne objective et raisonnée, dans ses livres, qui repère les fausses pistes et sait dénouer les lâchetés et les vicissitudes.
  • Avec la capacité de Verne d’intégrer la géographie avec l’histoire et sa propension permanente à rappeler le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, avec ici un soutien marqué aux Fenians, les nationalistes Irlandais qui étaient enfermés au bagne pour oser réclamer une indépendance face à la couronne Victorienne.
  • Avec la présence des indices de roman noir, sur les traces d’Edgar Allan Poe, que Verne vénérait, qui permet notamment, grâce à des analyses scientifiques de dernier cri, de prouver l’innocence des frères.

Ce livre se savoure et s’apprécie dans toute sa palpitation.

Et moi je suis retombé en enfance et en adolescence, avec vigueur, avec un contentement majeur, en lisant ce livre, que je ne pourrais jamais considérer comme réservé seulement à un jeune public, car Verne s’adresse aux grandeurs et suppléments d’âme et donc à tout un chacun et chacune, ne l’oublions pas…

Eric

Blog Débredinages

 

Les frères Kip

Jules Verne

En bibliothèque verte, pour 2€, chez les talentueux bouquinistes des premiers dimanches du mois, de la Place Jean Macé de Lyon 7ème, merci à eux ! Photo collector du livre, en édition de 1977.

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous savez comme j’aime suivre, et comme j’apprécie, les pas des écrivains voyageurs, seuls à même de repérer les sensibilités qui ne se dévoilent pas aisément et seuls capables de cerner les essentiels, aux détours de leurs promenades, entre rencontres avec des autochtones qui finissent par s’épancher sur leurs vécus, car la confiance a été gagnée, et entre découvertes en paysages à couper le souffle et souvent inconnus, car gravés en dehors des sentiers battus.

Sylvain Tesson, je l’avais « arpenté », en sa solitude volontaire face au lac Baïkal, en Sibérie, où sa connaissance du peuple Russe m’enthousiasmait et où sa candeur toujours affermie, quand il décidait de partir en exploration, donnait un regard incisif avec la nature et un désir de communion intacte et sauvage avec flore et faune. Il voulait s’investir en une plénitude d’introspection, pour se placer dans le silence, la lecture et la méditation et profiter de ce que l’on peut récolter de ses mains et contempler les paysages, à satiété, considérant que même s’ils apparaissent identiques, ils se renouvellent à chaque instant…

Je l’avais aussi « suivi » sur le chemin de retour de la Grande Armée, lors du terrible passage de La Bérézina, avec non pas une nostalgie d’Empire, mais simplement la compassion nécessaire pour des Grognards qui avaient sillonné l’Europe pour apporter les idéaux de liberté et d’émancipation, avec une confiance effrénée pour leur Guide qui avait la force et l’impulsion de renverser des Montagnes…

Sylvain Tesson, un soir d’été, après avoir consommé une dose d’alcool qu’il a toujours définie avec une certaine envergure…, est grimpé sur un toit de villa et a fait une chute rude, qui aurait pu le laisser sans vie, et qui l’a conduit vers un séjour hospitalier marquant de reconnaissance pour l’empathie de ses personnels et pour leur appui pour sa reconquête, avec la nécessité de revenir à la profondeur des choses : l’amour des siens et le plaisir des petits moments partagés.

Sur son lit d’hôpital il se donne un défi : s’il arrive à remarcher et qu’il n’est pas trop cabossé ou boxé par les séquelles et blessures, il parcourra la France à pied, par les chemins noirs, ceux que l’on oublie, qui ne sont pas référencés par les sentiers de randonnée et qui traversent la France en sa géographie et en ses vécus majeurs.

Entre le mois d’août et le mois de novembre, Sylvain Tesson rejoint le Mercantour au Cotentin, par les chemins qui se greffent sur les célèbres cartes d’état-major et de l’IGN, au gré des mélancolies du temps, en dormant à la belle étoile ou sous tente, au fur et à mesure des rencontres qui arriveront ou pas.

Sans me livrer à une litanie des promenades qui ne serait nullement liée à la lecture du livre, qui enchante, car l’auteur développe toujours une langue ciselée et exigeante, qu’il entrelace de rêveries, de rappels poétiques, de citations d’auteurs chéris, de commentaires personnels où l’humour affleure, je vais vous fredonner quelques données agrégées en la promenade de l’auteur.

Il aime aussi enchevêtrer des considérations sur les réalités qui nous environnent, avec son penchant naturel vers l’acceptation récurrente de la différence et du désordre qui valent beaucoup mieux, selon lui – et je partage -, que les jugements de valeur et les conformismes, surtout dans ce que l’on appelle l’aménagement du territoire.

Dans le Mercantour et les Gorges du Verdon, il vagabonde entre les lumières, les pierres sèches et les contacts avec des agriculteurs qui renouent avec la vente directe, lassés d’être les laissés pour compte d’une marchandisation qui fait la part belle aux intermédiaires.

Dans le comtat Venaissin et aux abords du Mont Ventoux, il grimpe, prend son temps, arpente, observe et reconnaît que les villages deviennent standardisés, que les touristes apprécient pourtant ce qu’ils y repèrent de typique ; il analyse qu’il n’est plus envisageable de produire du vin sur des parcelles réduites, la préférence étant donnée aux coopératives sans relief et insipides.

La traversée des Cévennes et de l’Aubrac, en franchissant le Rhône, lui permet de savourer des espaces que la faune veut reconquérir mais que l’Homme veut s’accaparer, assurant à l’auteur la possibilité de confirmer ses réflexions sur la nécessité de laisser du temps au temps et de laisser respirer les terres et la nature, et de ne pas imaginer, en permanence, de combler les vides.

La poursuite, en Massif Central, par les Monts du Cantal et sa jonction avec le Limousin l’obligent à dénicher quelques auberges, car les nuitées deviennent plus fraîches et obscures, avec une pluie fine et incessante, mais lui permettent d’organiser sa marche en un secteur qui échappe encore aux volontés d’organisation et de structuration pour que la nature suive sa voie.

La remontée par la Touraine et le Lavallois assure que son état physique peut supporter l’ardeur et l’arpentage et lui donne un élan rappelant que rien ne peut être plus consolidé pour aller mieux que de pousser ses limites, même si la consommation d’alcool lui est interdite…, notre auteur s’adonnant à des sirops, avec les regrets d’une vie passée moins rationnelle…

L’arrivée en Cotentin concrétise une traversée personnelle pour retrouver sens à la vie, après avoir failli la perdre, en souvenir aussi de sa Maman aimée, qu’il ne voulait pas cependant rejoindre trop vite, avec l’assurance que l’on peut, en France, rencontrer encore des authenticités, observer une nature plus vierge et développer des contacts personnels, en réfutant les réseaux souvent abrutissants des connections numérisées.

Ce livre se lit comme un nectar qui apaise, comme un plaisir de partage en une soirée amicale où l’on réinvente le monde et il donne une note optimiste pour celles et ceux qui veulent avancer sans être encadrés et qui veulent marcher en donnant libre cours à leur douce fantaisie et non en suivant des pas dictés.

Vive les romanciers voyageurs !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Sur les chemins noirs

Sylvain Tesson

Collection Folio, environ 8€

 

Pharaon, mon royaume est de ce monde, de Christian Jacq

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il peut arriver parfois que l’on soit obligé de se justifier, même en, ce blog personnel de chroniques de liberté libre, pour reprendre l’expression remarquable de Rimbaud…

Quand on me pose la question suivante : quel est le livre, l’auteur, ou le disque ou l’artiste que vous appréciez et/ou que vous détenez et pour lequel vous auriez si ce n’est un brin de honte ou de remords, en tous cas une nécessité d’explication argumentée, je réponds du tac au tac avec feu le chanteur Carlos et avec l’auteur Christian Jacq.

Carlos a chanté beaucoup de refrains sans relief, mais dont nous nous souvenons en permanence et il plaçait un moment de décalage et de gaieté dans la grisaille du quotidien et je conserve, en les réécoutant parfois, les standards de Señor Météo et de Papayou (il m’a fallu grandir pour comprendre les paroles coquines en sous-entendu…) sans me sentir en retrait du culturel sacralisé…

Christian Jacq est repéré comme un auteur facile, qui écrit trop fréquemment, qui ne soigne pas son style, qui raconte des histoires avec des méchants vite cernés.

Je comprends ces réactions mais je ne les partage pas.

Quand je lis Christian Jacq (et ma bibliothèque est pleine à craquer de ses ouvrages), j’ai le plaisir d’une lecture détente et d’évasion, et je me remémore mes promenades en bord de Nil de 1987 et 1997, ou mes lectures de livres d’Histoire de 6ème où je rêvais de me placer sur les traces d’Howard Carter et de Lord Carnavon, en redécouvrant les merveilles de la tombe de Toutankhamon dans la Vallée des Rois, comme en 1922 avec ses épigones.

Je défendrais Christian Jacq en permanence car il donne envie d’aller plus loin et de se plonger dans le fraternel, l’écoute introspective, le partage ou l’exigence de l’effort, valeurs cardinales qui consacrent la règle de Mâat, tellement rappelée par l’auteur en ses ouvrages, et la sagesse inspirée des textes hiéroglyphiques que l’auteur maîtrise totalement puisqu’il est lui-même docteur en égyptologie.

Et ce n’est pas sa propension à l’ésotérisme qui doit contraindre la lecture de ses romans, avec la perception qu’ils enfermeraient la pensée, en la réduisant au repérage que les textes anciens sont forcément des vérités…

On peut parfaitement lire une biographie de Christiane Desroches- Noblecourt (je l’ai fait souvent) en y puisant l’exégèse de la scientifique et apprécier aussi un roman de Christian Jacq, qui associera la fiction avec des analyses de conteur connaisseur qui cerne l’Égypte, à la fois dans ses richesses de patrimoines et de civilisations comme dans les préceptes des scribes et des transmissions d’Empires qui ont duré plus de 3000 ans, quand même…

Dissocier Christian Jacq du culturel ou de l’attractivité sur l’Égypte, en le comparant à un auteur de forfanterie et sans conscience ou rigueur intellectuelles, équivaut à dire que rencontrer Mickey à Disneyland empêcherait de se plonger dans Victor Hugo…

Je trouve ces types de raccourcis inconséquents et même je considère qu’ils sont incitateurs d’une culture de classe et d’expression d’une vérité du beau, de ce qui doit être référencé comme crédible culturellement de ce qui ne le serait pas.

Et comme je n’ai jamais aimé les princesses et princes du bon goût, qui de Télérama aux Inrockuptibles (notamment), décernent des palmes ou des croupières à ce qui est beau ou bon ou ne le serait pas, je vous recommande la lecture de ce dernier roman, dense et foisonnant et qui m’a comblé intellectuellement et m’a transporté en des rivages de dépaysement.

Christian Jacq se place dans le sillage du Pharaon Thoutmosis III, que l’on appellera plus tard Le Napoléon Égyptien, et le livre est écrit à la première personne, avec le Pharaon comme narrateur, ce qui renforce la proximité des confidences avec le lecteur.

J’ai aimé ce livre pour toute une panoplie de raisons :

  • Il montre un Pharaon qui ne voulait pas vraiment régner, mais qui savait que son rôle était déjà dicté ; il ne lui était pas simple de succéder à sa tante Hatchepsout qui s’est imposée comme une femme d’exception en bâtissant le temple merveilleux de Deir el Bahari, à Thèbes, consacré à la déesse Hathor et dont le plafond encore scintillant d’étoiles bleutées me revient encore en mémoire, plus de 30 ans après l’avoir parcouru à satiété…
  • Il présente un Pharaon qui aimait la lecture et l’étude assouvie des textes antiques et qui aurait rêvé de passer sa vie, en bibliothèque et en qualité de scribe ou de manieur de la règle de Thot, le Dieu à tête d’Ibis.
  • Il évoque la force intérieure d’un homme qui détestait la violence, mais qui a accompli plus d’une dizaine de campagnes militaires pour mettre au pas des protectorats entre Liban et Syrie actuelles, qui ne voulaient que renverser la civilisation Pharaonienne et s’emparer de ses richesses sacrées, au bénéfice d’individualités vénales…
  • Il raconte un homme amoureux fou d’une musicienne harpiste, qui deviendra sa grande épouse royale et qu’il associera dans la construction de son temple des milliers d’années, comme son égale et son inspiratrice, pour relier les espaces terrestres au monde céleste.
  • L’auteur sait magnifier cette relation intime et caractérise le féminisme d’avant-garde de cette civilisation où la compétence, la tonicité, la volonté se placent comme des vertus largement supérieures au droit d’aînesse.
  • Il transfigure un homme qui prend le temps aussi d’aller dans les temples, de peindre des hiéroglyphes, de s’inspirer des textes et préceptes de ses aïeux, avant de prendre une décision d’importance et de confectionner un herbier ou de concevoir un carnet de dessin de la flore et de la faune des paysages traversés, qui font encore autorité de nos jours…
  • Le livre associe des personnages d’appui du souverain, qui se méfie des amis faciles et des compliments d’allégeance et qui préfère les communications de celles et ceux qui ne prennent pas de gant, qui parlent des critiques du terrain et qui travaillent sans relâche pour le bien commun, et d’autres protagonistes, certainement un peu caricaturaux, qui présentent les traits de caractère de ceux qui ne pensent qu’au confort individuel, qui ne seront jamais solidaires et qui n’attendent de la vie que la satisfaction du temps direct, au bénéfice de leurs seuls intérêts…
  • Le livre parcourt l’Égypte, en toute son acception du Moyen-Orient actuel et même jusqu’aux confins de la Mésopotamie jusqu’à la Nubie, démontrant son étendue, ses pouvoirs, son inspiration et surtout la consécration de temples majestueux, sans cesse complétés et enrichis, pour saluer la grandeur des Dieux et surtout pour célébrer la nécessité d’un lien indéfectible avec un au-delà qui assure aux présents terrestres un vécu juste et apaisé, qui déteste les avidités personnelles  comme les attaques aux patrimoines comme à l’environnement. Quelle actualité que cette analyse !

Ce livre se place comme une émotion permanente, entre sagesse inspirée pour rappeler les essentiels et plaisirs de lecture dépaysante : on y retrouve la confraternité, l’écoute et la tolérance comme la volonté de se retrouver au bord du Nil pour déguster une perche avec les consécrations monumentales de pierre, en arrière-plan et à perte de vue.

Christian Jacq reste un parfait conteur et un auteur toujours à saluer.

Merci à mon Grand Fils Loïc, pour cette offrande de Noël dernier !

Éric

Blog Débredinages

Pharaon, mon royaume est de ce monde

Christian Jacq

XO Éditions

 

 

Tous les secrets de Lyon et de ses environs par Claude Ferrero

 

Quand on vit à Lyon, que l’on apprécie « sa » ville en toutes ses acceptions, sans pour autant l’idolâtrer béatement, et que l’on désire la connaître plus en profondeur, en ses secrets enfouis, elle qui s’attache en permanence à rappeler qu’elle se veut secrète, souvent en pure communication d’image d’Épinal et sans que cela soit une réalité manifeste, il convient de lire ce livre très bien conçu, associant texte précis et souvent érudit, illustrations savantes et recours à l’anecdote ou à la fantaisie, pour que le bonheur de lire s’affiche avec « le désir d’atteindre le champ de la connaissance », comme le disait Malraux.

On commencera par un hommage à l’Empereur Claude, auquel une exposition est consacrée en ce moment au Musée des Beaux-Arts de la place des Terreaux et que je vous conseille, et qui permit, en « ses fameuses tables Claudiennes (cf photo ci-dessus avec copyright pour le Musée Gallo-Romain de Lyon) », la reconnaissance de l’élection de Gaulois au Sénat Romain.

Quand en ces périodes difficiles, certains imaginent contester le droit du sol ou je ne sais quelle préférence ethnicisée, il est bon de rappeler que déjà, il y a 2000 ans, certains se positionnaient sur le retrait et le repli et d’autres sur l’ouverture et l’enrichissement par toutes les différences…

On se aussi rappellera que tous les 8 septembre les échevins de la Cité, aujourd’hui Conseillers Municipaux, rendent toujours une offrande à la vierge (un cierge et un écu d’or) pour remercier la transcendance d’avoir épargné la ville de la peste. Comme lors de la consécration de la Basilique de Fourvière en 1852, l’édifice n’était pas encore utilisable pour cette date, on décala la célébration au 8 décembre, qui devint, depuis lors, la journée Mariale et le symbole de la fête des Lumières, alors que légitimement la date de référence aurait dû être un 8 septembre… Aujourd’hui il n’y a plus de « procession » des édiles Municipaux, mais le lien le 8 septembre entre le Cardinal et la Ville revêt toujours un cérémonial, même s’il a été laïcisé.

Le Gros Caillou de la Croix-Rousse rend un hommage direct aux Canuts qui s’étaient révoltés pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail, œuvrant ainsi à la première démarche d’action sociale collective, car ce Gros Caillou serait la transformation, par la main de Dieu, d’un huissier qui voulait expulser un Canut qui ne pouvait pas payer son loyer…

Le très beau site de l’Ile Barbe, à quelques encablures du restaurant de l’éternel et immortel Paul Bocuse, renfermerait une part du Saint-Graal, dans laquelle Joseph d’Arimathie (celui qui saluait Indiane Jones pour avoir « judicieusement choisi » la coupe de charpentier dans l’opus III de la Saga cinéphilique…) aurait recueilli le sang du Christ. Les moines de l’abbaye auraient récupéré une partie du Saint-Graal et l’auraient présenté régulièrement aux fidèles, avec le cor de Roland en sus…

Nostradamus aurait professé qu’un Pape nommé Jean serait inquiété fortement en venant sur Lyon, ce qui a entraîné une protection particulière, et plus que resserrée, de Jean-Paul II, quand il est venu à Lyon pour béatifier le Père Chevrier et canoniser le Curé d’Ars, en 1986.

Hippolyre Rivail, enseignant et pédagogue émérite quand il vivait à Lyon se transforme en Allan Kardec à Paris, sorte de druide adapte du spiritisme et des tables tournantes, alors en vogue aux États-Unis ; aujourd’hui sa tombe au Père Lachaise est de loin la plus visitée… Il alimentera pour une large part la légende de sociétés secrètes prenant leur acte créateur en la Cité des Gaules.

Pierre Valdo, bien avant les réformes, a décidé de prêcher le dénuement et la nécessité de porter la parole évangélique auprès des plus démunis, en réfutant les dorures, privilèges et dogmes établis. Il était bourgeois, mais il décida un jour de vendre ses biens, de les offrir aux nécessiteux et de se placer dans les pas de Saint-Alexis, riche Romain qui quitta tout pour mendier et s’afficher avec les « pauvres âmes » ; les disciples de Valdo furent pourchassés pour hérésie, ce qui entraîna toujours une perception que la religion à Lyon ne serait jamais obéissante à Rome…

Jean-Baptiste Willermoz ne vous est pas connu mais il exerça une activité commerciale en jetant les bases d’une franc-maçonnerie directement liée à l’ordre des templiers, en utilisant des rites de somnambulisme et des séances de baquets magnétiques, puisque le magnétisme devait permettre à l’impétrant d’entrer dans une sphère mystique et de communication avec la force des esprits ; nulle ville plus que Lyon ne renferme, en son sein, une franc-maçonnerie aussi active et parfois décriée pour son pouvoir un brin dévorant…

Il est important de se remémorer le passé tragique du 25ème régiment de Tirailleurs Sénégalais qui a résisté héroïquement à une charge d’une division SS les 19 et 20 juin 1940. Les 51 combattants, dernier carré de résistants, ont été sauvagement fusillés et une nécropole nationale commémore leur sacrifice, reprenant le « tata Sénégalais » en murs de terre et pyramides à pieux, à la manière des mosquées soudanaises.

Et c’est aussi de Lyon que vient l’expression « l’hôpital se moque de la charité » puisque l’Hôtel Dieu ne recevait pas les indigents qui étaient seulement pris en charge par un Hospice de Charité, moins équipé et plus proche de l’asile que d’un lieu de rétablissement ; cette moquerie directe s’appréciait donc comme un contexte de classe, car l’hôpital pouvait se moquer de la « gangue » supposée de la charité, en oubliant toute relation solidaire pourtant normalement inhérente aux réalités médicales.

Et l’anarchisme a aussi pris place sur Lyon, dans la foulée directe des idées socialistes utopistes, elles-mêmes puisant dans les combats des Canuts, pour le meilleur avec la programmation de phalanstères et de la réflexion sur les cités idéales et éducatives où chacun pourvoirait aux nécessités d’autrui, comme pour le pire avec l’assassinat du Président Sadi Carnot, à Lyon, par Sante Caserio qui considérait qu’en supprimant l’édile, il vengerait le peuple de l’oppression…

Ce modeste florilège  n’est qu’une humble illustration de la densité des documents réunis dans ce livre qui se lit, avec régal, en plusieurs bouchées fondantes, à la manière d’un saucisson chaud avec un Communard, soit une association réussie de Côte du Rhône et crème de mûre.

Merci à Mon Cher fils, Antonin, pour son offrande de Noël et à qui je dédicace cette chronique.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Tous les secrets de Lyon et de ses environs

Claude Ferrero – Éditions Ouest-France

Pif Gadget : 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, de Christophe Quillien

Qu’il est agréable de se remémorer « nos madeleines » par instants !

Je suis de la génération « Pif Gadget » que mon cher grand-père, Henry, m’achetait, chaque mercredi, et me remettait quand je passais le saluer dans son épicerie, pour avoir le plaisir de refaire le monde avec lui, et ainsi de parler résultats sportifs ou d’actualités, ou tout simplement pour lui évoquer mes réalités plus ou moins fastes de collégien…

J’attendais ce moment avec impatience, et je salue aussi la tendresse de feu ma Maman, qui a accueilli les « Artemia Salima » dans un bocal pour poisson rouge (ces petits êtres microscopiques devaient être nourris par une poudre spéciale que Pif plaçait lors de chaque nouveau numéro, ce qui devait permettre leur développement…), a accepté de placer sur la viande dominicale « la plante délice du grand Nord » que j’avais tenté de faire pousser dans un pot… et qui devait agrémenter avec une saveur particulière les mets les plus raffinés ou qui a accepté que je teste, souvent en pure perte, la machine à réaliser des œufs carrés, et qui a souvent condamné des œufs durs qui auraient bien été employés autrement…

Mais le gadget faisait partie de l’aventure de la semaine et d’une certaine ouverture à l’imaginaire ou à la construction d’un paysage personnel, où j’avais l’impression de donner sens à une invention créative, que seuls les lecteurs de Pif pouvaient apprécier et ainsi d’appartenir aussi au socle fermé des initiés…

Parfois les « grands du collège » me regardaient de haut en considérant que ce magazine, issu de la presse communiste de la Résistance et du Groupe Vaillant, était forcément tendancieux politiquement et que du coup je commençais à être embrigadé… J’ai toujours réfuté cet argument, que je trouvais spécieux, car Pif n’a jamais organisé de prosélytisme et s’il proférait des valeurs de concorde, d’entraide, d’universalité humaniste, je m’y suis toujours trouvé bien en phase avec mon enfance qui considérait que la relation à l’autre et la rencontre avec la différence devaient toujours primer sur le jugement de valeur ou la crainte de ce qui n’est pas cerné ou compris.

Mon cher fils, Arthur, m’a offert un superbe livre-souvenir et mémoire, pour Noël et je l’ai lu avidement et en première priorité.

Il est très bien conçu car il évoque tous les personnages des bandes dessinées de Pif, sur toute son histoire (je l’ai lu en permanence ente 1973 et 1981, pour ce qui me concerne) et il est organisé par séquences, entre textes et dessins humoristiques, historiques, d’aventures, d’anticipation ou de regards sur le monde contemporain.

Il met en perspective chaque auteur et chaque personnage, dans le contexte des époques, et avec des illustrations et des rappels des meilleures pages qui assurent au connaisseur de Pif, ce que je me targue d’être un peu, des souvenirs marquants et majeurs, et à l’analyste de la bande dessinée, la capacité de cerner que les auteurs qui ont sévi dans Pif ont développé un talent inspiré, qui a servi de point d’ancrage pour des auteurs contemporains ou pour le renouveau de la bande dessinée sociétale ou décalée.

Mes choix d’expression, en cette modeste chronique, seront forcément partiels et partiaux, mais je voulais insister sur mes préférences de lecture que j’ai retrouvées, à satiété et avec plaisir, en ce livre riche et documenté.

D’abord La Jungle en Folie de Godard et Mic Delinx, page que je lisais en premier et qui m’enthousiasmait. Un humour percutant, un regard sur la vie contemporaine direct, sous prétexte d’évocation d’une jungle où des animaux conversent sur leurs travers et réalités de vie, et une morale totalement déjantée à la fin de l’histoire, en une bulle à droite assurée par des pies, voilà tout ce que renfermait cette BD magistrale !

Joe le tigre ne mange que des pommes, Gros Rino, rhinocéros craintif essaie toujours de lancer des considérations sur tous sujets et Mortimer, le serpent « à sornettes » (oui le jeu de mots me fait toujours rire…) communique des vannes absurdes à chaque instant. Cette bande dessinée ouvre le champ des complicités de Cazenove et Larbier en notre époque, ou de certains sketchs de l’équipe de Groland où l’on n’hésitera jamais à parler des problèmes financiers d’un mille-pattes qui doit acheter tellement de chaussures…

Puis Docteur Justice d’Ollivier et Marcello, qui racontait les tribulations d’un médecin, maître des arts martiaux, affecté à une organisation internationale de santé et qui démantelait, quasi seul, des gangs qui sévissaient pour la contrebande de faux médicaments ou qui répandaient des virus pour prendre le pouvoir. Docteur Justice était mon héros, redresseur de torts, et celui qui permettait de proclamer un monde plus ouvert et tolérant face à tous les fanatismes ; le message peut apparaître un peu puéril ou facile pour celles et ceux qui considèrent que le monde est ce qu’il est, il reste cependant en résonance permanente avec toutes nos actualités.

Et encore « Rahan », le chevelu blond vivant en période préhistorique, de Lécureux et Chéret, agissant avec son coutelas, en rappel des messages de son père Craô, pour aller toujours à la rencontre des autres hommes qui l’intimideront, le pourchasseront, le mettront en pièce, mais qu’il affrontera sans jamais les tuer et auxquels il déclamera sa flamme pour une relation plus apaisée et une union face aux adversités. Et si Rahan savait comme Tarzan, dont il s’inspire un peu-beaucoup, utiliser des lianes et combattre à mains nus des animaux aux griffes acérées et sans blessure autre que superficielle, j’ai toujours considéré que cela ne me posait pas de problème, car Rahan devait poursuivre son destin, envers et contre tout, même les approximations…

Puis Gai Luron de Gotlib, mon dessinateur favori, créateur de ce personnage béat, naïf, souvent inerte, mais toujours calme et pondéré pour toutes les résolutions, et souvent découvreur avant tout le monde de décisions directes et assumées propres à renverser toutes les certitudes.

Quand Gai Luron ramène des champignons et quand on l’interroge sur la réalité ou pas de leur comestibilité, Gai Luron précise qu’il les mange et que l’on verra bien…

Quand il saute en parachute et qu’il hésite à ouvrir son parachute, il se dit qu’à deux mètres du sol, il n’est plus nécessaire de l’ouvrir et que cela lui évitera de le remettre en ordre, il sera déjà plié…

J’ai toujours aimé cette poésie inspirante, proche du « ravi de la crèche » certes, mais qui sait aussi transmettre de l’affection et de la douceur et qui ne fera jamais aucun mal à quiconque, et qui saura aussi être solidaire face à celles et ceux qui se moqueront de lui.

Et Corto Maltese d’Hugo Pratt qui m’a tant fait voyager, dont je découpais scrupuleusement les dessins des moais de l’Ile de Pâques qu’il a parcourue souvent et qui me faisaient tellement rêver, ou qui se promenait dans des lieux d’aventure où je retrouvais les ruines d’Angkor, en me plaçant en son sillage, comme un découvreur qui aurait été le premier à retrouver des sites enfouis…

Et je termine par un hommage à un dessinateur que je reproduisais avec envie, en mes dessins personnels, et dont j’ai appris le décès très jeune, en 1980, à l’âge de 38 ans, en lisant ce livre, Jean-Claude Poirier.

Il était mon scénariste et dessinateur phare, créateur déjanté et ô combien talentueux de Supermatou ou d’Horace, cheval de l’ouest et qui alliait un humour dévastateur, un dessin d’une drôlerie récurrente et un lettrage enjoué et palpitant.

Et j’avais un faible absolu pour Agagax, dit le téteur fou, bébé méchant à souhait et qui se livre à toutes les turpitudes, en rencontrant des camions qui parlent et qui se hissent eux-mêmes comme des personnages à part entière, et où le héros de l’auteur croise des caricatures de personnages de comédies, devenant eux-mêmes des protagonistes de l’histoire.

Un livre réussi, qui m’a fait du bien, qui m’a rappelé de forts bons moments et qui me fait conserver mon âme d’enfance ou d’adolescence que je n’ai jamais vraiment perdue, en tous cas je l’espère…

Merci à Arthur pour son offrande !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Pif Gadget, 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, de Christophe Quillien

Éditions Hors Collection

Joe le Tigre de Godard et Mic Delinx et Gai Luron de Gotlib, tous droits réservés

Les Heures Solaires de Caroline Caugant

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous adresse tous mes vœux pour une année 2019 propice, agréable et sereine, appuyée aussi par des promenades littéraires invitantes à la découverte.

Ma première chronique de cette nouvelle année consacre un roman écrit à la perfection stylisée, et mené avec intensité, tant dans sa narration que dans l’enchevêtrement permanent de ses personnages aux fêlures majeures, enfouies pour partie par le temps, mais toujours dévastatrices, car jamais cicatrisées…

Billie est partie de V., village dont nous ne saurions rien, si ce n’est par touches pointillistes, avec sa localisation qui se placerait dans l’arrière pays de la Côte d’Azur et qui s’ouvre entre ruelles, place principale et maisons hautes et peu larges, sur des montées abruptes et sur une rivière à rochers et cascade, appelant aux songes, à la rêverie et où les meilleurs des sentiments peuvent aussi se transformer en tensions, lourdeurs et déchirures…

Elle est devenue artiste-peintre, habite en surplomb du cimetière du Père Lachaise où elle contemple une statue penchée sur une tombe avec deux couronnes mortuaires qui sollicitent son imaginaire et ses bouillonnements intérieurs, et elle croise Paul, son amant, qui ne lui accorde que peu de temps…, mais dont elle paraît s’enivrer avec la passion de l’instant, sans rechercher plus longtemps une volonté romantique…

Quand elle apprend le décès de Louise, sa Maman, affectée en hôpital spécialisé car victime d’une maladie cérébrale, qu’elle n’avait plus vue depuis trois ans, car sa dernière rencontre avait été douloureuse et violente, Billie retourne chercher les affaires de sa mère, apprend les détails de sa mort due à une noyade dans la rivière qui longeait la résidence clinique après s’en être échappée, et elle met le cap pour V. pour assister aux obsèques de celle qu’elle avait quittée, à dix-sept ans, sans espoir de retrouvailles et qui ne l’a jamais vraiment accompagnée et aimée avec la tendresse attendue.

Elle avait reçu un message sur son répondeur de Suzanne, l’amie de Louise, sans savoir comment elle avait pu se procurer ses coordonnées, et elle n’imagine pas ce retour à V. autrement que comme un épisode terminal, avec la volonté de ne croiser et rencontrer personne et même de se camoufler face aux protagonistes du village qui pourraient sensément la reconnaître…

Le cadre de l’histoire est placé, et Caroline Caugant va sublimer par une écriture rare, toujours apurée, toujours limitée à l’essentiel, sans fioriture, avec le choix du bon mot et avec une orchestration minutieuse de sa vocalité, une progression narrative qui vous emportera et qui vous pénétrera. Vous pourrez même – j’ai testé cette réalité et je vous assure qu’elle est plus que convaincante – déclamer à haute voix la musicalité de l’écriture de l’auteure (comme le faisait Flaubert, en son « gueuloir ») et il est évident que son roman trouvera place pour une adaptation filmique, j’en suis certain.

Billie renferme en tout son être une déchirure lourde liée à la perte de son amie intime Lila.

Est-ce que le départ sans retour de Billie, pour Paris, à dix-sept ans, est directement centré sur la douleur du décès de son amie, est-ce qu’elle intègre au fond d’elle-même une perception de culpabilité ? En tous cas, elle considère qu’un nouveau contexte permet, si ce n’est d’oublier ou de se reconstruire, de prendre un nouvel envol et de figer les songes dévastateurs en une part de la mémoire que le temps étiolera…

La cicatrice sur la nuque de Louise, les venues chaque été de l’oncle Henri, le dernier message de Louise avant sa décision plus ou moins consciente d’en finir à l’hôpital où elle demande de protéger un soldat, sonnent comme des messages, des indices, des petits cailloux qui composent une somme d’histoire familiale difficile, complexe, qu’il n’est pas aisé d’analyser de front, qu’il est plus facile de masquer en croyant que le temps fera son œuvre, mais qui doit aussi un jour se dévoiler et s’affirmer en écho, pour éviter des cassures plus denses et encore plus soutenues ou insupportables.

Billie et Lila avaient décidé d’opérer, en enfance, un échange de chevelures et leurs Mamans respectives avaient peu apprécié cet éclat décisif de vie ; Billie avait trouvé une cachette pour conserver quelques mèches de blondeur de Lila et quand, avant de quitter sa maison d’enfance après les obsèques, elle voudra tenter de les retrouver, elle tombera sur un cahier bien ancien, aux écritures soignées mais délavées et son histoire personnelle s’ouvrira sur des connaissances nouvelles qui pourraient expliquer des « choix redoutables » qui pourraient s’égrener sur des générations…

Ce roman inspiré, très travaillé dans sa saveur d’écriture, s’ouvre sur trois profondeurs : celle d’un roman noir où les réalités de vie de personnages croisent les petites lâchetés quotidiennes qui parsèment nos vies et nos mémoires et qui obligent par étapes à des introspections, si l’on veut éviter les dérapages ; celle d’un roman où la génétique pourrait signifier des héritages lourds à porter et que seul le regard incisif déterminé à surmonter les épreuves peut transcender et celle d’un roman porté vers le bonheur des « Heures Solaires », celles qui rayonnent et qui font baigner des moments de tendresses, de jouissance, de ferveur, entre danse avec une robe aux motifs Vichy, plaisir de nager dans une rivière en se laissant emporter par le courant, ou appréciation de la réception de la chaleur en une journée d’été…

Et je salue la création d’une nouvelle collection chez  Stock, dénommée Arpège, ce qui prélude bien à la volonté magnifiée de proposer des livres aux musicalités étonnantes, différentes et aux accords littéraires majeurs. Et je salue aussi la qualité de la conception des livres qui y sont attachés, excellemment mis en valeur et beaux écrins.

Que Les Heures Solaires prennent place en cette collection répond parfaitement de la ligne éditoriale définie, car « la petite musique » de Caroline Caugant sait parsemer des notes virevoltantes où s’agglutinent des rythmes vivaces et intenses, des temps de silence et des portées magnifiées.

Un livre qu’il vous faut vraiment découvrir, lire, écouter, en toute ses musicalités !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Les Heures Solaires

Caroline Caugant

Stock Editions

Collection Arpège

18€

Sortie du livre ce jour, ce qui prouve que 2019 commence fort, avec en plus cette photo collector personnelle, avec l’auteure, en une brasserie Parisienne, en septembre 2016.

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