Recherche

débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Catégorie

Poésie

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je dois vous livrer une confidence assez peu reluisante.

J’enseigne, notamment – vous le savez – l’anglais, mais je n’avais encore jamais lu ce livre de référence avant qu’il ne me soit offert, en 2015, par ma très chère amie, auteure, Laurence Labbé, livre culte même de la littérature Américaine, au même titre que « L’attrape-cœur »  de J.D. Salinger.

En offrant à Laurence, le livre passionnant et tellement différent Shangrila, de Malcolm Knox, édité chez Asphalte, elle m’a immédiatement précisé que la lecture du livre lui donnait des réminiscences de La Conjuration des imbéciles, et comme je lui narrais que je n’avais jamais encore lu le livre, elle décida de me l’offrir, et ce fut l’une de mes lectures fortes et je le relis depuis très souvent.

Quel plus beau cadeau d’amitié que l’incitation à la découverte d’un livre phare relié par un enchevêtrement de nos lectures passées croisées !

Et ce livre m’a plongé en un univers fascinant entre douce folie, humour corrosif et dévastateur et surtout ode permanente à la différence comme à la nécessaire critique de toute réalité insupportée ou de tout poncif, pour en dénoncer les constructions.

L’auteur, né en 1937, s’est donné la mort à 32 ans, se considérant comme écrivain incompris, n’ayant pu être édité.  Sa Maman, dès 1969, ne voulant pas que sa mémoire puisse s’assimiler à celle d’un écrivain raté (perception rude que John Kennedy Toole avait douloureusement intégrée jusqu’à ne plus la supporter…) s’est démenée et a arpenté les universités jusqu’à la publication du roman, avec  l’appui de l’écrivain Walker Percy, et le livre obtint le prix Pulitzer, en 1981, à titre posthume.

Ignatius J. Reilly (héros au nom déjà détonnant et pas qu’en Anglais-Américain) arbore une casquette de chasseur avec une visière verte, car il craint les rhumes de cerveau, enfile un volumineux pantalon en tweed, porte une chemise de flanelle à carreaux et un cache-nez, tout cela coiffé par un regard « bleu et jaune ».

« La tenue était acceptable au regard de tous les critères théologiques et géométriques, aussi abstrus fussent-ils, et dénotait une riche vie intérieure ».

Avec une écriture de ce calibre, je suis aux anges !

Le livre va vous emmener en des directions insoupçonnées, délicieuses, décalées, difficiles, tendues, « barrées » et démonstratives des excès et des insuffisances de nos relations sociétales habituelles, qu’il ne faut pas localiser qu’aux États-Unis et en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, en particulier, où se déroule toute l’action du roman.

Ignatius vit toujours avec sa Mère qu’il attend souvent et il n’imagine pas, lui qui est déjà assez âgé et fortement diplômé (son Père décédé, et sa Mère surtout, se sont bien « saignés » pour lui permettre d’étudier), de se mettre à travailler, car cela ne lui correspond pas.

Il ne supporte pas l’autorité et répond, lorsqu’il est interpellé, par des phrases excessives, interminables mais tenaces où il cite fréquemment le vice du monde civilisé « avec ses antéchrists, ses onanistes, ses pornographes,.., dûment protégés par la prévarication et le trafic d’influence ».

Lorsque sa Mère émet la volonté d’évoquer à son fils une nécessité de rechercher un travail, Ignatius rappelle le cauchemar vécu lorsqu’il utilise un moyen de transport et ses contraintes d’estomacs, l’anneau pylorique du héros du roman devenant lui-même une référence inscrite du récit. D’ailleurs si vous utilisez un moteur de recherche et placez « anneau pylorique » en réflexion, vous arriverez automatiquement à la vie d’Ignatius Reilly…

Il mange souvent et beaucoup, avec exigence de qualité, et ne se prive pas de rabrouer sa Mère si elle n’applique pas les consignes d’achat des produits attendus.

Ignatius s’exprime toujours avec un vocabulaire riche, pédant même et il apprécie peu les conglomérats de communication de sa Mère ou de ses semblables qui arborent un langage entre argot et création libre, que le traducteur du livre, à qui je rends hommage, a remarquablement retracé avec un style direct, désarmant, mais d’une profondeur populaire attendrissante.

On va donc jouer au « bouligne » et non au « bowling » et je suis maintenant persuadé que «The  big Lebowski » est un hommage, clin d’œil, au roman de John Kennedy Toole.

Ignatius aime écrire sur des cahiers « Big Chief » des textes inspirés où il se rappelle les époques où « le monde Occidental avait joui de l’ordre  et où l’on se dédiait à l’âme et pas au commerce » et se trouve souvent « assez bon » et il perpétue le message « qu’aller au travail serait affronter l’ultime perversion ».

Il célèbre Roswitha, une nonne médiévale de Gandersheim qu’il est seul à connaître et à vénérer, ce qui le place en permanence en retrait de vie sociale, qu’il recherche peu du reste…

Il va souvent au cinéma et met en émoi la salle car il critique vertement ce qu’il visionne à haute voix et parfois avec violence.

Il souhaite créer une  sorte de club d’élévation intellectuelle et croit fermement à ses idéaux, mélange de révérence pour l’ordre et de refus de toute autorité qui ne soit fondée sur une conscience culturelle.

Le livre vous amènera à l’intérieur d’un bar glauque et louche appelé « Les Folles Nuits (tout un programme) » où l’on sert de la bière ou de l’alcool fort peu habituel, accoudé sur un zinc ou une table dont la saleté représente le seul semblant de confort, si j’ose dire. On y rencontre Darlene, gentille pauvrette, embauchée par une tenancière mercenaire calculatrice, Miss Lana Lee, qui essaie de proposer un numéro, pour le spectacle cabaret affligeant habituel, avec un cacatoès mais qui est surtout là pour forcer les maigres clients à boire des boissons frelatées…

On repère aussi un agent de police, Mancuso, souffre douleur de son commissariat d’attache et que l’on envoie enquêter dans les toilettes publiques, notamment, pour lui rappeler l’obéissance à l’autorité, qui se morfond, qui perd sa santé, mais qui tient plus que tout à conserver son uniforme.

La mère d’Ignatius transporte son grand fils dans une Plymouth 46 ; elle le conduit avec le talent inspiré de notre très chère bonne sœur dans la série des « Gendarmes De Funèssiens… ».

Elle commet un accident  de la route responsable et elle doit une forte somme d’argent, Ignatius lui interdit d’imaginer qu’il puisse participer aux dépenses courantes en travaillant, il lui propose au contraire des tas d’économie sur son fonctionnement de vie…

Mais Mme Reilly siffle la fin de la récréation et somme son fils de répondre enfin à une annonce pour participer à la vie du ménage.

Ignatius Reilly débarque un matin devant le siège des « Pantalons Levy » où le chef de bureau Gonzales tente de régner sur un environnement incertain et sur une production aléatoire et où une assistante Miss Trixie s’évertue à effectuer des taches sans intérêt en attendant une retraite qui ne vient pas car la femme du Patron exige qu’elle demeure employée « quoiqu’il arrive… ».

Ignatius est embauché, impressionnant fortement Gonzales « avec ses yeux incroyablement jaune et bleu avec leur fine résille de veines rosâtres, avec sa moustache enduite de vaseline et sa chemise blanche étroite que divisait une large cravate à fleurs… ».

L’auteur enfonce les codes des critères de recrutement habituels avec un sens de la satire féroce et décapant.

Ignatius,  lors d’un semblant d’entretien,  rappelle que « son anneau pylorique est soumis à des vicissitudes qui risquent de la contraindre à garder le lit souventes fois » ; il conteste le salaire alloué, mais/et…  le chef de bureau le recrute avec les honneurs…

On lui demande de classer des documents avec méthode et il opte pour le décisif et déterminé « classement vertical » et en réponse à une demande de correctifs de fabrication d’un partenaire commercial,  il n’hésite pas à écrire une lettre injurieuse rappelant que les Pantalons Levy récuseront « des réclamations fastidieuses » et que si une insistance survenait « le brûlure de notre fouet se sentira sur les pitoyables épaules » de l’associé…

Puis Ignatius, dont on rappelle que la « valeur travail »  ne sera jamais pour lui qu’une absence de valeur, est prié de quitter les Pantalons Levy en ayant contribué à une émeute chez les salariés de confection qu’il souhaitait transformer en nouveaux croisés.

Il atterrit chez Paradise Vendors SA,  marchands de hot-dog, où après avoir consommé force sandwiches, on lui demande, en échange, d’en vendre avec une carriole ambulante, costumé aux attraits de la société.

Vous vous délecterez des lettres qu’envoie Miss Myrna Minkoff, l’ancienne condisciple d’Ignatius à l’Université, à Ignatius lui-même ; elle reste persuadée que la vie recluse de son camarade provient d’une insuffisante de pratique et de découverte sexuelles alors qu’Ignatius place sa réelle chasteté comme une vertu cardinale, à laquelle il s’échappe parfois solitairement cependant…

Savourez ce roman admirable par sa tonalité, sa différence et sa capacité salvatrice à se moquer de tout, avec délicatesse et sans jugement, et où tout le monde en prend pour son grade, de la bourgeoisie aux prolétaires, de celui qui n’a pas fait d’étude à celui qui est sur-diplômé.

Chronique dédiée, avec mes remerciements, à Laurence Labbé qui a écrit récemment un livre admirable, inspiré pour partie de La Conjuration des imbéciles, Les allées du pardon, que vous devez lire impérativement !

 

Éric

Blog Débredinages

 

La Conjuration des imbéciles

John Kennedy Toole

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso, mention spéciale pour lui !

Éditions de poche 10/18

 

 

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud de Thierry Beinstingel

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, voici un livre-nectar qui se lit avec avidité et mise en exergue sensorielle.

Vous connaissez ma passion Rimbaldienne qui me permet, en toute modestie, de considérer que je peux discuter de manière assez précise sur la vie et l’œuvre de mon poète et aventurier de prédilection, car je m’adonne à lire ou relire tout ce qui a pu être écrit ou se publier sur son œuvre et sa vie.

J’ai au fond de moi, en permanence, un hommage appuyé que je rends à Jean-Jacques Lefrère, auteur d’une biographie-somme indépassable et disparu, beaucoup trop tôt, en 2015.

L’auteur de ce livre, que je viens de véritablement savourer, offre sa dédicace-hommage à Jean-Jacques Lefrère, c’est dire s’il se reconnaît comme envoûté par les recherches inépuisables du médecin dénicheur de l’âme de Rimbaud, pourtant tellement insondable, et qu’il désire ardemment suivre ses pas et ses inclinaisons.

Le pari s’avère totalement réussi !

Isabelle, la sœur d’Arthur, à ses côtés lors de son martyre de souffrance, à Marseille, en retour de terre d’Harar, vaincu par la gangrène et une amputation réalisée comme dernier espoir, si l’on peut dire, cherche à ramener son frère à « Charlestown », comme Rimbaud aimait à baptiser Charleville-Mézières, en espérant que ses dernières pensées le porteront vers Dieu.

Isabelle n’agit pas simplement par dévotion religieuse d’ancrage familial, elle est aussi fascinée par ce frère qui lui envoyait des lettres du bout du monde, sollicitant l’achat d’encyclopédies techniques en récurrence, et dont les poésies écrites, en sa jeunesse déjà presque bien lointaine, lui apparaissent comme facteurs de troubles et d’émotions mêlés.

Un homme, dont on ne connaît rien, décède le 10 novembre 1891 à l’hôpital de la Conception de Marseille, et comme l’employé dédié à la morgue de l’établissement semble bien éméché et que l’état d’Arthur, en ce même établissement, posait question et atermoiements depuis son arrivée, il consigne le décès du poète aventurier et Isabelle entame les démarches de rapatriement du corps.

Arthur est enterré, en présence de la « Mother », Vitalie, toujours sombre et en jugements, fière et pourtant aimante, avec les appuis d’Isabelle qui reste seule avec sa mère, car Frédéric, le frère d’Arthur, est depuis longtemps dénigré, et son autre sœur, prénommée aussi Vitalie, est décédée jeune…

Mais ce n’est pas Arthur qui git dans le caveau familial, mais un autre homme…

Quand le directeur de l’hôpital se rendra compte de cette erreur énorme, risquant sa carrière et la rosette qu’il convoite, il rencontre Arthur qui accepte un marché : prendre une autre identité, ne pas faire de recours contre l’hôpital et partir avec une somme d’argent conséquente.

Arthur reste cependant amputé (ce qui n’est pas le cas du cadavre dans le caveau de Charleville…) et il essaie des béquilles que lui déniche une jeune infirmière religieuse, qui tombe en attrait face à ce corps jeune et éblouissant, et qui pourrait, peut-être, se pâmer avec lui, en oubliant sa promesse initiale de son don à Dieu…

Elle tombe en effroi et en pleurs quand elle repère qu’Arthur a quitté les lieux, sans que l’on sache quand et comment…

L’auteur part de ce postulat, somme toute pas si rocambolesque que cela quand on connaît la vie d’Arthur, en l’acception de toutes ses étendues de commerçant, navigateur à marchand d’armes…, et il nous fait vivre la vie prolongée de notre poète aventurier qui l’amènera jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.

Il ne m’est pas loisible, et il ne serait pas correct, de vous dévoiler la teneur de l’ensemble des vécus novateurs de Rimbaud, mais je peux vous égrener quelques petits morceaux, comme « un petit poucet rêveur », pour que vous partiez « avec votre paletot idéal » pour quérir la muse et les songes, et suivre ainsi le cheminement très original d’un livre travaillé, tout en miroirs magiques, aux observations aiguisées reprenant toujours de manière féconde les attraits et qualités d’Arthur en sa courte et si dense vraie vie.

Puisque « je est un autre », alors pourquoi ne pas appeler, Arthur, du prénom de Nicolas, sachant que son identité réelle intègre déjà ce prénom là aussi.

Arthur (enfin Nicolas…) deviendra horloger de précision et excellera dans ce travail manuel investi ; il procurera bien de la tension à son employeur quand il décidera de partir…

Il s’installera, non loin de Givet, à proximité de Charleville, pour travailler pour l’extraction de pierres destinées aux bâtiments et monuments ; il réussira à convaincre un propriétaire d’utiliser les veines de ses terrains, qui renfermeraient des blocs potentiels de marbre, et à s’en faire un allié et ami ; il deviendra rapidement contremaître pour ses talents d’adaptation pour tous les métiers, de l’ingénierie à la gestion, de l’analyse des techniques nouvelles propices à l’organisation du travail la plus appropriée au commandement managérial ; il saura convaincre les financeurs et investisseurs de l’ancienne mine que ses dynamiques innovantes seront porteuses en récupération de dividendes.

Il décidera de reprendre contact avec sa sœur et de lui avouer sa vérité, qu’elle ne devra jamais dévoiler à qui que ce soit.

Il finit par se marier, avoir deux beaux enfants, travaillera sans relâche en ajoutant en permanence des données de modernisme et de développement, mais il vivra aussi des douleurs tenaces avec la perte de son épouse du tétanos, en sa prime jeunesse, avec la montée des nationalismes et des combats guerriers qui lui rappellent en filigranes son vécu de la guerre de 1870, en pleine adolescence, face aux batailles sanglantes qui sévissaient à quelques lieues de sa Ville natale et d’implantation, avec sa santé toujours difficile et son handicap qu’il peut oublier mais qui sait se rappeler à lui.

Il saura rappeler ses idéaux d’ouverture et de concorde en l’Affaire Dreyfus et lors de la montée des périls d’une guerre qui ne peut être qu’absurde et saignante…

Mais il n’écrira plus jamais, comme il l’avait déjà revendiqué quand il vivait en Abyssinie, et s’il sait que son beau-frère Paterne Berrichon, époux d’Isabelle, veut le sacraliser, en clamant son génie, en légitimant tous ses parcours, en récusant toute critique, en contrôlant toute publication, à l’instar de Paul Verlaine et de quelques autres…, il aura toujours intérêt à lire ce qui se dit sur lui et son œuvre, mais il souhaitera, tout de suite, mettre ce qui fut publié dans un tiroir, pour ne plus jamais en reparler.

Arthur-Nicolas aurait pu avoir un tel destin et peut-être que ce roman ne serait pas une fiction, mais une reconquête biographique, les dernières étant inachevées, et celle de Jean-Jacques Lefrère, en panthéon, pourrait apprécier se rouvrir avec ses nouvelles donnes…

Lisez ce livre, suave et passionnant, et vous allez vraiment vous enlivrer !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud

Thierry Beinstingel

Fayard-roman

Poèmes de Walt Whitman

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en me rendant en 2008, sur les traces de mon poète indépassable et admiré, Pablo Neruda, en sa maison-cabinet de multiples curiosités, en la ville d’Isla Negra, face au Pacifique, là où il a pu être enterré, avec son épouse, lorsque la démocratie revint en le pays, au début des années 90, j’ai pu cerner qu’il plaçait très haut la poésie de Walt Whitman, qu’il considérait comme un maître-fondateur.

Le poète Walt Whitman est connu pour sa somme, Feuilles vertes, recueil compact de plus de 700 pages, et il est bien qu’un éditeur indépendant, attaché aussi à une nouvelle traduction, ait eu l’idée de présenter des poèmes choisis, permettant de pénétrer l’univers de l’auteur, de donner l’envie d’aller plus loin, permettant ensuite de pouvoir affronter son recueil cité exigeant et touffus.

Walt Whitman fut un homme du XIXème siècle, engagé dans la lutte contre toute forme d’esclavage et d’asservissement, et, s’il resta toujours fidèle au Parti Démocrate, il s’écarta de ses responsables quand ces derniers ne voulaient pas s’atteler à la lutte contre le travail imposé dans les états de l’ouest naissant.

Il fut impliqué dans la guerre de Sécession, toujours sur le sujet de la lutte contre l’esclavage, et fut un des représentants ministériels des armées victorieuses du Nord.

Walt Whitman a fortement influencé Pablo Neruda et tous les poètes Américains pour qu’ils écrivent selon leur sensibilité propre, en ne prenant pas appui, prétexte ou référence sur l’Europe culturelle toute puissante à l’époque.

Et Walt Whitman fut un des premiers défenseurs de la libre expression ou d’orientation sexuelle, en reconnaissant en ces poèmes l’homosexualité.

Ce recueil est illustré par plusieurs poèmes de référence, chacun arguant d’un sujet spécifique :

  • sur les études qu’il n’a pas eu l’envie de suivre didactiquement comme on les lui imposait, qu’il ne suivit qu’hâtivement pour se construire par lui-même son éducation, voulant ainsi porter flambeau sur la nécessité d’une écoute individualisée liée aux attentes de chaque enfant ou jeune,
  • sur la nécessité de combattre pour la démocratie, par delà les tensions ou conséquences funestes, car le prix pour l’avènement de la liberté se paie de sang souvent, mais ce sang portera les germes d’un mieux-être social et individuel,
  • sur la conquête des espaces et des variétés de paysages Américains, non pas pour se porter comme un homme avide des territoires-propriétés, mais pour magnifier, par des chants, les champs immenses et divers d’une Nation naissante.

Walt Whitman aime aussi parler de New-York, sa Ville, des bateaux, des fleuves et de la Mer, des mystères insondables de la mort, comme de la vie donnée, lui qui invoque une sorte d’Etre Suprême, mais qui surtout cherche à poursuivre les débats et conversations avec celles et ceux qui nous ont quittées et quittés, qu’il considère comme perpétuels par les songes et les forces des esprits.

Walt Whitman écrit en prose poétique, mais sait aussi versifier, et quand il ne prend pas la route des vers, sa poésie reste toujours prenante et enivrante, réflexive et porteuse.

Walt Whitman est aussi le poète du sexe, car il n’hésite pas à être cru et direct pour parler des sens et des enlacements, en restant toujours dans le registre du verbe inspiré, élégant et délicat, et croiser les envies de parler de sexe avec la capacité « à bien en dire », comme on dit joliment au Québec, n’est pas donné à tout le monde…

Et voilà en version française et américaine, en guise d’ode pour vous inviter, vous aussi, à aller plus loin, l’un des extraits d’un de mes poèmes préférés – Un chant de joies (A song of joy) – et je suis certain que vous saurez l’apprécier ; ainsi vous aurez l’irrésistible assurance de découvrir une œuvre originale, méconnue, tellement passionnelle, inspiratrice de tous les grands poètes contemporains :

Oh tandis que j’existe, être celui qui commande à la vie, non un esclave,

Affronter la vie en puissant conquérant,

Pas d’irritations, pas de spleen, plus de plaintes ni de critiques dédaigneuses,

A ces hautaines lois de l’eau, de l’air et de la terre, prouvant que mon âme intérieure est imprenable,

Et que rien de l’en-dehors n’aura jamais pouvoir sur moi.

Oh while I exist, be the one in charge of life, not a slave,

Face life as a powerful conqueror,

No irritations, no spleen, no more complaints or dismissive criticism,

To these haughty laws of water, air and earth, proving that my inner soul is impregnable,

And that nothing from outside will never have power over me.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Poèmes

Walt Whitman

Simplicissimus Book farm, nouvelle edition et traduction

Via http://write.streetlib.com

Pablo Neruda – J’avoue que j’ai vécu -Jeunesse

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je le sais, je ne serais pas objectif, puisque je vais vous parler d’un de mes auteurs de référence, un poète du XXème siècle qui m’a toujours accompagné et dont j’ai suivi la trace, au sens physique direct du terme, Pablo Neruda, qui fut aussi Prix Nobel de Littérature.

Je ne vais pas parler précisément de sa « poétique », en cette humble chronique, puisqu’il s’agit d’évoquer un opus de Pablo Neruda, paru après sa mort, quelques jours seulement après le funeste coup d’Etat de Pinochet, en septembre 1973, sachant que la junte avait réfuté toute funérailles officielles qui auraient entraîné une manifestation de masse, en soutien aux libertés publiques, et qui furent, par obligation militaire dictatoriale, reportées au début des années quatre vingt dix, au retour de la démocratie, pour qu’enfin Pablo puisse avoir une sépulture digne de ce nom, face au Pacifique, juste à proximité de sa demeure d’Isla Negra (photo ci-dessous), au Chili central.

Cela m’a toujours profondément attristé de savoir que cet artiste, accompli et observateur engagé politique avisé, avait quitté la terre avec son pays soumis à l’effroi et au suicide d’Allende dans La Moneda.

En 2008, je me suis rendu au Chili, pour pouvoir atteindre un de mes rêves d’enfance : visiter l’Ile de Pâques.

Cette île magnifiée par le secret et le mythe de ses moais est située à équidistance, dans le Pacifique Sud, de la Polynésie Française et des Côtes Chiliennes, à 3600 km de chaque limite.

Nous sommes restés, les miens et moi, une semaine sur place, dans l’île, logés chez l’habitant, comme il se doit, au plus près des Rapa Nui, et, en amont et en aval de notre retour en France, via le Chili, j’avais obtenu, sans trop d’insistance et je les en remercie, des miens, la possibilité d’aller sur les traces de Neruda, à Santiago, à Valparaiso et à Isla Negra.

Santiago du Chili fut la ville du Neruda étudiant et apprenti poète, vivant de bohème et de sensations, de rencontres inédites, comme celle d’un proche du Ministre des Affaires étrangères qui lui permit d’être consul en Birmanie, alors protectorat Britannique, et de démarrer ainsi, par la force des hasards, une carrière de diplomate, qui l’amena ensuite sur Madrid, en pleine palpitation rude et sanglante de la guerre civile, qui lui fit rencontrer Garcia Lorca, avant son exécution par les factieux Franquistes, relation nouée fondatrice pour son œuvre, son style et ses engagements.

Valparaiso, où Neruda s’installa sur les collines, avec sa villa complètement déjantée et folle résolue, sur plusieurs étages (photo ci-dessous), où l’on a à peine la possibilité de se faufiler, qui permet de dominer la Cité colorée, qui s’attache à s’organiser comme un cabinet de curiosités avec des collections de toutes sortes et comme un lieu de travail et de méditation créative.

Valparaiso est une ville mythique, que j’ai eu le bonheur de découvrir, non seulement en parcourant La Sebastiana, la villa de Neruda, mais aussi en me perdant dans ses collines aux murs et maisons peints de couleurs chatoyantes, aux odeurs mélangées du port au trafic maritime considérable et de douceurs délicates de mets incomparables avec poissons à la chair étonnante (mahi-mahi ou pissi), à la présence de son ascenseur hors d’âge, cœur palpitant de la Cité, avec la présence des lions de mer et de pélicans gris qui se laissent bercer par les flots ou l’air marin et se dorent au soleil, en toute plénitude tranquille.

Et Neruda termina sa vie à Isla Negra, au Chili Central, en bord de Pacifique, à environ 100 km au sud de Valparaiso.

Cette demeure est exceptionnelle, elle ressemble tellement à Pablo (photo ci-dessous) : elle renferme des collections de l’entomologiste distingué qu’il était, correspond à un cabinet d’art pavoisant où s’entremêlent des estampes, des esquisses, des œuvres, des dessins achetés et dénichés ci et là, des photographies de ses inspirateurs, et notamment du remarquable poète Walt Whitman, injustement méconnu, et dont je reparlerai bientôt, ici même en ce blog, des objets de ses voyages et promenades et des clichés d’oiseaux, à satiété et profusion.

« Ahora voy a contarles alguna historia de pajaros », « Maintenant je vais vous raconter une histoire d’oiseaux… », qu’ai-je eu plaisir à lire cette phrase répétée, et qui m’embarquait vers Parral, et sa grande pluie australe du Pôle sud, qui tombe comme une cataracte…

Neruda voulait surtout retrouver la proximité avec son enfance, aux abords du Chili Austral, déjà baignée par les courants Antarctiques, en cette côte sauvage, imprévisible et déchiquetée d’Isla Negra.

Le livre de Neruda, dont j’ai le plaisir de vous parler, en cette chronique du jour, va de sa naissance à son installation comme diplomate, à Rangoon, et couvre 25 ans à peine.

Il se lit comme sa poésie, à pleine voix, à voix haute, avec des phrases qui sonnent (il faut « gueuler » ses phrases à la manière de Flaubert), qui résonnent et raisonnent, et il associe, en un syncrétisme assumé, des moments de douleurs, de craintes, de peurs, d’émotions à un humour percutant et toujours salvateur.

Neruda a perdu sa Maman en sa première année de vie et il ne l’a jamais connue, mais sa belle-mère l’a choyé et ne s’est jamais comporté comme une marâtre, mais bien comme une Maman réelle et tendre, totalement de substitution, auquel il a toujours rendu fort hommage.

Pablo a vécu dans des terres rudes, balayées par les bourrasques et la pluie incessante, en ces terres de mineurs et de convois ferroviaires de fret où son père était chargé de l’entreposage du ballast, un homme prévenant malgré son côté taiseux, parfois froid et sévère.

Pablo a apprécié la mixité sociale et métissée de son enfance, où des immigrants basques français, voulant échapper à l’enrôlement militaire des trois années obligées françaises ou espagnoles et au trafic de contrebande chanté par Loti dans Ramuncho, des immigrants allemands en quête de nouvelle donne commerciale, des araucans (peuples premiers descendant des précolombiens) vivaient en harmonie, dans le travail et le respect, dans l’ouverture relationnelle et la perception d’une première décennie de vingtième siècle porteuse, loin d’une Europe qui se déchirait entre colonies et gestion des alliances avant la saignée des tranchées.

Pablo aimait par-dessus tout se rendre sur la côte Pacifique, pendant les vacances, pour aller voir les pêcheurs, prendre une barque, sentir les odeurs de poisson et de marée, se promener sur la jetée, lire et rêver.

Pablo participait aux travaux des champs et notamment au battage des grains de céréales et il prenait un cheval pour s’enfoncer dans les forêts assez hostiles, pour faire halte à tout venant, en une maison tenue, une fois, pour son souvenir mémorable, par des Françaises, qui l’accueillirent avec passion quand Pablo leur récita des vers de Baudelaire.

Pablo était bon élève et fut mûr pour aller à Santiago et faire des études, pour devenir journaliste ou un « Monsieur de qualité » selon les attentes paternelles, mais Pablo sut qu’il voulait devenir écrivain, poète et surtout être « célèbre », ce qui pour un jeune homme de 20 ans peut apparaître comme le comble de la fatuité et de la désinvolture, mais qu’il revendiquait, avec les soucis de redistribuer ce qu’il gagnerait, pour un partage auprès des siens, de ceux qui travaillaient notamment durement et chichement en son Chili Austral.

Pagnol, qui n’avait que quelques années de plus que Neruda, avait toujours dit qu’il voulait devenir « riche », et qu’il le serait, et Neruda avait toujours dit qu’il conquerrait la célébrité et il l’atteindra…

Le jeune homme qui va faire ses armes de diplomate n’a connu que des amours de passage et sans passion, il n’a pas encore de conviction politique acérée, si ce n’est qu’il se veut patriote et indépendantiste Chilien, réfutant toute forme de conquête d’autre Etat sur les territoires de ce pays tout en longueur entre Pacifique et Cordillère des Andes, et qu’il n’imagine pas une vie sans société juste et partagée, redistributrice.

En ses germes on retrouve déjà ses élans poétiques pour une vie émancipée, pleinement assumée et déployée, toujours soucieuse du plus fragile, et où l’amour et la contemplation du beau transcendent tous les instants.

Ce livre se lit avec une pure jouvence, il peut être qualifié de nectar, tant il est délicat et délicieux, avec sa narration des insectes observés (et collectionnés), sa connaissance encyclopédique des arbres et des fougères, sa capacité à faire ressentir dans les rencontres la nécessité de l’entraide, de la concorde et  surtout de la sublimation du collectif, propice à toutes les conquêtes.

Il fait du bien, il émeut et il caractérise les talents d’un écrivain et poète indépassable.

Je me suis incliné sur sa tombe à Isla Negra, et je sais que Pablo est toujours près de moi, par la force des esprits, et cela apaise.

Lisez et relisez Neruda !

 

Eric

Blog Débredinages

 

J’avoue que j’ai vécu – Jeunesse

Confieso que he vivido

Juventud

Pablo Neruda

Folio Bilingue

De gauche à droite et de bas en haut : Tombe de Pablo Neruda et de son épouse à Isla Negra, Villa de Neruda (intérieur) à Isla Negra et Villa de Neruda, dite La Sebastiane, à Valpareiso.

Photos Fondation Pablo Neruda Chili en copyright

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑