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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

décembre 2017

Les îles du matin de Guy Mazeline

Amie Lectrice et Ami Lecteur, vous pouvez aisément, en cette humble chronique, retrouver le charme suranné des écritures passées…

Qui est Guy Mazeline, me direz-vous ?

Il est surtout connu pour avoir remporté le Prix Goncourt 1932, avec son opus « Les loups » qui a devancé, contre toute cohérence prévisible (mais les prix remis se repèrent-ils avec une notion de cohérence…) l’indépassable « Voyage au bout de la nuit » de Céline qui ne récoltera que le Renaudot, en cette même année…

Je n’avais rien lu de lui et avais plutôt une image ancrée de mièvrerie, d’auteur de bluette, que j’avais en germe, narrée essentiellement par la déception des Céliniens, dont je fais partie, qui ne peuvent concevoir qu’un livre qui a révolutionné le sens de l’écrit, en incorporant une « petite musique » de différence, puisse avoir été oublié par les pontes des récompenses, au bénéfice d’un auteur plus en retrait…

Comme à mon habitude, je me suis promené au hasard des rayonnages de bouquiniste, précisément à Saint-Raphaël, en ce mois d’août 2017, et j’achetais, pour le prix modique de 1 euro, ce livre datant de 1936 et d’abord stylisé, non nécessairement trop pompier et pompeux, mais qui se savoure souvent intensément et qui recouvre des réalités sociétales encore très actuelles et valorisantes.

Élisabeth vit au Havre, elle est issue d’une famille aisée et vit avec un époux aimé et aimant, Didier, qui lui a donné un fils trop idolâtré et capricieux, mais apprécié et volontaire.

Elle se sent respectable et respectée et elle fait partie du monde des personnes dont on parle et qui peut donner libre aspiration à ses pouvoirs comme à ses envies.

Elle sait qu’elle fût aimée par Benoît, le frère de Didier, aussi intrépide et imprévisible que son frère et époux apparaît mesuré et apaisant, mais cette histoire demeure enfouie et il n’est pas prévu lui donner un nouvel essor.

Secrètement Didier veut solliciter une mutation pour travailler dans les Antilles (les îles du matin) et ainsi se libérer d’un joug familial pesant, notamment d’une mère possessive et fortunée, comme d’une grand-mère matriarche et décideuse de tout, sollicitant sans cesse des tiraillements pour mettre à mal la cohésion possible de la famille, par volonté jubilatoire de lui donner une force de division…

Le père d’Élisabeth, capitaine de vaisseau ayant échappé à un naufrage et très apprécié de ses matelots sauvés, ne peut imaginer le départ de sa fille admirée et de son petit-fils choyé et il ne peut s’empêcher de contrarier ce dessein de départ, qu’il considère comme mal venu, économiquement négatif pour les prétentions du couple pour s’imposer en société et incitateur d’incertitudes car la vie en « colonies » inspire la différence et donc agrémente la propagation de nouveautés libertaires, forcément progressistes et donc attentatoires aux ordres établis…

Élisabeth finira par partir aux Antilles, avec Didier, et appréhendera le plaisir de prendre part à sa vie, à ses plaisirs, à ses priorités, à vivre pleinement, en réfutant toute forme de représentation.

Et elle rencontrera Guillaume et elle l’aimera passionnément et tendrement, par-delà les convenances et les offuscations décrites, la considérant comme une mère indigne qui abandonne son fils et qui se métamorphose en infidèle, alors qu’elle était dévouée et même soumise à son mari…

Ce livre peut être perçu comme un opus sans intrigue, assez plat, et référençant des communications contemplatives sur une famille vivant soubresauts et compromissions, dans les années trente.
Mais cette analyse serait bien réductrice.

Ce livre se savoure et se déteste pour quatre raisons diversifiées, à chaque fois, ce qui donne corps à l’acronyme de ce blog de « s’enrichir par la différence ».

Il se savoure car il se place comme féministe avant la lettre avec une femme qui désire vivre sa passion au grand jour, par-delà les remontrances des corps constitués et des pesanteurs.
Il se savoure car il déclame que la vie familiale s’assortit d’intrigues et de coups bas qui s’orchestrent juste pour démontrer que les libertaires d’un moment peuvent devenir les conservateurs invétérés d’une autre époque.
Il se savoure car il évoque avec une dimension très poétique les promenades dans les criques, inspirantes pour toute rêverie contemplative.
Il se savoure car il planifie la victoire de l’amour sur le pouvoir.

Il se déteste car il utilise une langue trop maniérée, souvent empâtée et inutile.
Il se déteste car les personnages manquent souvent de candeur, de courage et de conviction et cependant l’auteur leur donne parfois plus d’ampleur que celles et ceux qui résistent.
Il se déteste car il ne peut s’empêcher de considérer que les relations dominantes nécessitent un patriarcat rigide et garant de ses avantages ou principes féodaux.
Il se déteste car à la fin Élisabeth semble livrée à elle-même sans appui et sans écoute…

Mais l’auteur mérite un arrêt, une lecture, un passage, une promenade, un vagabondage et je vous invite à lire du « Mazeline », ne serait-ce que pour se dire qu’il ne pourra jamais atteindre Céline !

Éric
Blog Débredinages

Les îles du matin
Guy Mazeline
NRF Gallimard
1 euro chez le bouquiniste de la gare de Saint-Raphaël, merci à lui car il renferme de fortes pépites !

Allongé sur le divin de François Rossé et Carmela Garipoli

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous emmène et vous transporte en des sphères différentes, voisinant avec celles si chères à Saint-Exupéry, oniriques, méditatives et réflexives.

J’ai découvert, lors d’une conversation inspirante, en un dîner récent amical en un restaurant Libanais Parisien, que des chanteurs populaires appelés « llaneros », au Venezuela, se livraient de véritables joutes oratoires avec comme seule force vive le maniement de l’improvisation de vers, associée au rythme musical de la harpe, notamment.

Ces joutes poétiques et musicales se nomment « contrapunteos » et elles se déroulent sans limite horaire, avec la volonté effrénée de vaincre l’adversaire, pour la seule glorification de la richesse musicale ou de la narration, et pas pour placer l’interlocuteur en retrait ou pour le vilipender.

Lors de ce dîner amical, nous voulions aussi témoigner de la situation insupportable vécue par le peuple Vénézuélien, privé de tout sur le plan économique, avec une inflation endémique, une variation des prix qui évolue chaque quart d’heure, avec une restriction permanente des besoins alimentaires de première nécessité, avec une famine qui guette et un pouvoir seulement absorbé par sa volonté de s’auto-conserver, en écrasant toute contestation et empêchant tout débat ou réfutant toute critique.

Notre amie au dîner déclamait sobrement que « le pire pour le Venezuela, c’était l’abandon du musical, car le pays ne vivait, en ses pores, que pour la musique » ; mais un pays exsangue qui refuse le débat et se pare de détenir une vérité unique d’officialité ne s’incline pas dans la vivacité musicale.

L’album avec le récit de François Rossé et les illustrations de Carmela Garipoli investit ce sens du poétique, de l’artistique ciselé et du musical et constitue le synopsis, le prélude à une future improvisation et au croisement de regards entre France et Venezuela, en la volonté affirmée de tisser des liens solidaires culturels.

François déclame et Carmela retisse en calligraphie, en un art conjoint consommé du dialogue et du répondant, avec la volonté que la lecture se prolonge par le dessin ou bien que le dessin s’affirme en invitation de la découverte ou de la relecture du texte.

En différence de la plupart de mes humbles chroniques, en ce modeste blog, je ne vais pas déflorer le sens intégral de l’histoire ou son canevas, mais à touches impressionnistes, je vais me permettre de conter les univers, de vous dévoiler mes ressentis et surtout vous exprimer le plaisir passionnel que je vis à reprendre en main chaque jour, en ce livre, en instantané émotif, la force contenue dans les phrases et dans les traits ajustés.

Je vais vous parler d’un périscope qui se reproduit plusieurs fois dans les dessins de Carmela. J’y vois du parabolique. Un périscope vise à cerner ce qui nous entoure, là d’où nous sommes, et que nous ne voyons pas. Il peut donner une envie d’aller ou au contraire une volonté de repli, en fonction de la perception visuelle. Il est une invitation au voyage, une ode à l’ouverture, mais aussi une possibilité de conservatisme, de retrait sur les habitudes à ne pas avancer. Il peut aussi être la boussole de nos sensations pour explorer et analyser.

Le texte part des profondeurs, des enfouissements marins, à une période non identifiée et sans repère sacralisé, mais où « s’enlaçaient les algues vives des utopies », non pas un monde considéré comme un paradis existant ou perdu, mais une réalité du fond des eaux qui donne de la fougue, de la dynamique et où l’on peut imaginer que le meilleur et le juste coexistent et donnent un relief solidaire.

La place du mot « utopies » répétée à foison dans les entrelacements dessinés marque la force de ce mot propice à toutes les improvisations, chant et champ de débats créateurs, où se faufilent poissons, crustacés et mammifères marins en état joyeux, positif et apaisant.

Les instruments de musique, très stylisés en dessin, se glissent dans un essor décoré et leur représentation n’a rien de fortuit en ce milieu marin car l’on sait que les océans délivrent toujours une sonorité captée, propice à tous les imaginaires.

Puis Dieu émerge dans le texte et il s’adonne à fabriquer le monde, il sort des profondeurs par un « bathyscaphe » et repère « le jour céleste » et apprécie son premier jour. Il démarre bien, ce Dieu, il a de l’avenir pour sa semaine de construction. Le dessin le représente androgyne ou féminisé et tant mieux, cela décale des insupportables misogynies du représentatif religieux sacralisé.

La volonté de Dieu de savourer des consistances à sa disposition sur terre et mer ou d’atteindre des montagnes de sable rose, que mon imaginaire personnel m’affecterait dans le Wadi Rum Jordanien en pleine civilisation Nabatéenne, lui assure deux autres jours assouvis ;  et, là, Dieu prend l’image d’un joueur de guitare de référence picturale cubiste avec la belle chair d’un visage de Fernand Léger…

Dieu poursuit ses explorations et intègre les végétations luxuriantes, rencontre des tas d’animaux, se penche vers une certaine féerie l’amenant vers une sorte d’ivresse qui lui fait du bien et il rajoute de l’extase à sa semaine.

Les illustrations de Carmela m’enchantent car, à la manière foisonnante du Douanier Rousseau, elle intègre et malaxe les instruments de musique et les animaux et je repère à chaque regard des réalités que je n’avais pas savourées la première fois, à la manière d’un tableau à thème, qui jamais ne se déplie…

Mais la réalité infernale de l’instantané, de l’immédiateté ou du réseau social, quand il est utilisé de manière incandescente, prend le dessus et Dieu considère que sa création humaine donne dans la force volontariste, mais il ne sait pas ce que sa conception réserve…

Le dessin de Carmela mêle représentation iconique et perte de repères où la création humaine tente de se structurer mais vite se déshumanise.

« Les temps étaient sinistres » et de la verve positive et enlaçante, surgissent « spéculations… bazookas… millions de morts » et l’ultime espoir réside en la plantation d’une vigne par l’humain, dont la récolte pourra peut-être, si elle est partagée solidairement, redonner naissance à une communauté meilleure.

Et le dessin se focalise sur la notion d’estaminet, toute Provençale, régurgite aussi le fameux périscope, car il n’est pas simple de deviner si cet avenir sera plus radieux…

Ce livre se contemple, se lit, se relit, se savoure, se déguste ; il enrichit, il donne du sens, il percute l’imaginaire et il associe une qualité d’écriture magnifiée, des illustrations qui invitent à la contemplation, à la recherche, au croisement des influences et des entrelacements et il fait tout simplement du bien !

Et comme le fruit de sa vente apportera des appuis pour la concrétisation d’une joute à venir en terre Vénézuélienne, pour apporter de la musique à un peuple qui crie sa détresse de se la voir enlever ou confisquer, l’acheter sera votre geste solidaire.

Chronique dédiée à Carmela et Gilles, avec toutes mes affections.

Merci pour ce moment partagé ensemble, avec Janette, en cette soirée de décembre.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Allongé sur le divin

Texte remarquable de François Rossé

Illustrations très « invitantes » de Carmela Garipoli

Traduction en espagnol de Dalia Leal

Association Sinayu, collection Contrapuento

 

20à commander à l’association Sinayu, en vous rendant sur le site sinayu.fr

La ligne droite d’Yves Gibeau

J’ai toujours un plaisir infini à flâner chez les bouquinistes pour découvrir, au hasard des rayons méticuleusement rangés ou au contraire laissés totalement en jachère, le livre découverte d’un auteur qui me parle mais dont je ne connais rien ou si peu ou pour trouver, et éventuellement dénicher, une perle que ma volonté n’estimait même pas pouvoir affleurer…

En balade à Vichy, en ce début de novembre, en lien avec une rééducation métabolique, ma ville natale, au passé tellement compliqué, que je ré-arpentais , j’ai retrouvé les traces de la rue Montaret où j’allais chercher scrupuleusement, quand j’étais adolescent, mes cahiers de musique ou mes diapasons et j’ai repéré un bouquiniste spécialisé dans les éditions de poche des premières années de création.

Mes yeux se sont portés sur une édition rare de 1966 d’un livre d’Yves Gibeau que je n’avais jamais lu et dénommé : La ligne droite.

Yves Gibeau, amie lectrice et ami lecteur, cette personnalité ne peut vous être inconnue et si tel était le cas, suivez mes pas…

Il est l’auteur admirable du célébrissime Allons  z’enfants, qui parle sans nuance des réalités insupportables du vécu des écoles des « enfants de troupe » et qui prend appui sur l’enfance de l’auteur, où son père – qui a passé et ressenti la Grande Guerre comme une valeur héroïque et non comme un gâchis humain – a tout de suite désiré qu’il devienne officier pour conforter la pseudo-glorification familiale, ce dont Yves ne voulait absolument pas…

Ce livre a été aussi magistralement mis en scène par Yves Boisset et certaines images me reviennent sans cesse comme celle où le jeune, lassé des déchirures et des soumissions, indique qu’il va sauter par la fenêtre, avec pour seul message celui d’un adjudant formateur l’en défiant ; le jeune saute en lui disant « qu’il a bien tort » et il s’en remettra de justesse…ou celle où il décide en 39 de partir en mission de transmission, alors qu’il est mobilisé pour la « drôle de guerre », et qu’il n’en revient pas ; son père, à ses obsèques, effectue le salut militaire en déclamant « qu’il aurait pu être officier le bougre » …

J’ai retrouvé les traces d’Yves Gibeau, en me rendant sur le Chemin des Dames, à Craonne, « sur le plateau où l’on y laisse la peau », comme le célèbre tristement et atrocement la chanson éponyme et Yves Gibeau y a arpenté, sans relâche, en ce plateau dit de Californie, la levée du sol, pour en retirer des vestiges et des témoignages, pour donner ainsi réalité vive et mémoire aux soldats combattants obligés, tombés en nombre effroyable, notamment lors de la sinistre offensive Nivelle.

Yves Gibeau est enterré avec une petite tombe modeste et à peine visible sur ce même plateau, pour donner lien de son parcours à ceux qui sont morts en leur juvénilité, pour conserver un bout de plateau dont aujourd’hui l’on perçoit encore les cicatrices atroces et des restes d’éclats d’obus qui ont plus que meurtri et retourné les paysages délavés…

La ligne droite raconte l’histoire d’un jeune athlète prometteur Stefan Volker, coureur de 800m avant la deuxième guerre mondiale et laissé pour mort sur le front de Prusse Orientale, que son entraîneur exigeant et paternaliste Julius Henckel finit par retrouver grâce à un regard volé d’un de ses amis à Münich qui a cru – et avec raison – retrouver l’ancien brillant demi-fondeur et sprinter, mutilé avec un bras en moins, et qui répondait au nom de Sporn, et de son état vendeur de journaux.

Julius Henckel se place comme un brave homme ; il veut aider et appuyer son ancien protégé, il est plus qu’ému de le retrouver et de le savoir en vie, lui qui a sillonné toute l’Allemagne de fin de guerre pour savoir ce qu’il était devenu, surtout depuis que la mère de Stefan est décédée dans les derniers bombardements. Il insiste et réussit, non sans mal, à convaincre Stefan de partir avec lui et d’être choyé, en étant accueilli à bras ouverts, dans la maison de Julius où sa femme apaisante et sans jugement considère Stefan comme un fils prodigue, à qui il est nécessaire de donner du temps pour se reconstruire.

Julius veut remettre son champion en selle, il veut qu’il puisse recourir et il veut aussi le rendre compétitif, mais Stefan ne souhaite qu’une chose, qu’on le laisse en paix et tranquille ; s’il apprécie l’hospitalité donnée, il la veut non pérenne et limitée, et il s’adonne surtout au plaisir de promenades vivifiantes en forêt, avec le chien de la maison, qu’il associe comme confident et ami direct, mais il désire oublier sa vie d’athlète passée, non en se morfondant avec une sorte de délectation morose, mais en plaidant pour le fait de se reconquérir seul, avec sa mutilation, en pensant à ses frères d’arme qui n’avaient rien demandé et qui ne sont pas revenus et qui en plus ont été vaincus…

Julius, aidé par son ami qu’il rabroue souvent de manière injuste, Voldemar, va tout faire pour que Stefan reprenne goût à la course, à sa volonté mobilisée de donner corps à ses sensations en rythme sportif, avec la dynamique de se dépasser pour se prouver à lui-même qu’il est bien toujours vivant malgré les meurtrissures et les infamies et petit à petit, Stefan reprend sens à ses palpitations et arrive à se positionner avec des temps de course appréciables.

Quand un Américain manager propose à Julius d’entraîner aussi un soldat noir des troupes installées dans le pays post libération du 8 mai 1945, et de le mettre en compétition avec Stefan, Julius accepte sans hésiter et perpétue des séances d’entraînement où se malaxent des temps intenses de course, des respirations positives et des élans d’amitié ou d’affection, avec un travail sur le comportemental et l’alimentaire.

Et il sait comment Stefan doit tenter de neutraliser son bras mutilé, son moignon, même s’il va courir avec les valides, les compétitions paralympiques n’étant pas orchestrées en cette fin des années quarante…

Ce livre se place dans le sillage direct d’Yves Gibeau, un homme de tolérance, d’ouverture, de concorde et de générosité, qui réfute toute forme d’enfermement, d’embrigadement, de dogmatisme et qui sait que face à la bêtise des certitudes, il convient de plaider pour un rappel vigoureux des différences, qui, seules, permettent un vivre ensemble intelligent et porteur de sens.

Je me permets de terminer cette modeste chronique en vous livrant un petit secret.

Le livre que j’ai acheté pour 1 euro chez ce bouquiniste comportait une publicité du début des années 70 pour apprendre les langues avec un électrophone chez un institut linguaphone, ce qui vous le repérerez est assez cocasse pour un formateur en langues que je suis… et il contient aussi une dédicace d’Yves Gibeau adressé à l’ancien propriétaire de ce livre, qui a certainement parcouru aussi des écoles d’enfant de troupe, notamment en ex Indochine, et qui évoque «  le souvenir partagé de nos heures de français communes à Nguyen An » et cela date du 29 avril 1970…

Belle parabole pour se remémorer les forts moments de plaisir de lecture, de découverte que les deux amis ont dû passer ensemble, pour oublier les errements du disciplinaire intransigeant et pour pouvoir avoir la force des évasions comme la volonté de se sentir désespérément libre.

Et bien évidemment je continuerai à flâner chez les bouquinistes, à Vichy, ou ailleurs.

Éric

Blog Débredinages

Yves Gibeau

La ligne droite

Livre de poche de 1966, pour un livre paru en 1956, qui a obtenu le grand prix de la littérature sportive en 1957, à l’époque où tous les droits étaient réservés, y compris pour l’URSS…

1 euro chez le bouquiniste de Vichy de la rue Montaret, que je salue s’il parcourt Débredinages…

Chanson de Craonne, à retrouver avec ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=z-yRaEYQNQs

 

La guerre des bulles de Kao Yi-Feng

En refermant ce livre, l’on se dit que l’on a pu vivre une forte expérience littéraire, à la fois étonnante, novatrice et originale et j’y reviendrai.

Gao Ding, enfant, se dit que la réalité de son vécu urbain sans eau potable distribuée, sans prise en compte de besoins de première nécessité dans plusieurs quartiers, sans capacité repérée de responsabilisation des adultes pour que les choses changent, nécessite un changement de paradigme et qu’il convient de prendre le pouvoir et que les enfants finissent par réaliser ce que des adultes n’ont jamais pu obtenir ou concrétiser.

Pour ce faire, muni avec des acolytes, tout aussi enfants que lui et qui le prennent pour capitaine, d’armes spécifiques, desquelles sortent des bulles, lorsque l’on les utilise, il neutralise le responsable de la distribution d’eau qui se transformera en spectre permanent dans tout le roman.

Les enfants vont s’acharner pour ce que l’eau puisse être maîtrisée et qu’elle puisse être solidairement répartie.

Tous les enfants magnifient leurs compétences, qu’elles soient techniques, sportives, sécuritaires et ils s’emploient à mettre en place un système de tuyaux reliés les uns aux autres, épousant une déclivité cohérente pour assurer un débit d’eau et un stockage en une ancienne piscine.

Ils devront faire face à un vieillard dont les chiens semblent en permanence affamés, et qui se sont déjà attaqués à des enfants et dont le caractère sauvage apparaît aiguisé, à une sorcière dont on ne sait si elle apprécie les évolutions de la prise de pouvoir par les enfants ou si elle reste calculatrice pour tirer le meilleur parti des changements, et d’adultes disposés à ne pas tous accepter cette confiscation par les enfants de leur position sociale et opérationnelle pour leur ville.

Ce roman livre une expérience étonnante, car il montre la vacuité du monde adulte quand il ne fonctionne plus sur des repères solidaires, partagés, démocratiques, car si l’on se moque, lorsque l’on s’occupe de la distribution de l’eau de sa non répartition, l’on acceptera les tensions et conflits et même on contribuera à les provoquer.

Ce roman livre une expérience novatrice car dans le sillage du célébrissime roman de William Golding « Sa majesté des mouches », il présente des enfants acteurs, courageux, mais aussi pétris de doute et qui n’oublient pas qu’ils préfèreraient se baigner d’insouciance et de tranquillité ou s’adonner aux jeux, ce que l’enfance vivante doit intégrer et que le monde adulte doit lui apporter et protéger.

Ce roman livre une expérience originale car il présente des personnages enfants qui s’apprécient, se mettent en discorde, se rassemblent, puis se distendent et il précise que toute réalité sociétale doit apprendre à appuyer un collectif et à lui donner sens.

Ce roman place l’écologie comme une parabole permanente car l’auteur sait que la présence de l’eau, source de toute vie, pourrait être, si elle n’est pas équitablement répartie, rebondir sur les prémices de tous les combats et de tous les conflits.

Ce livre est à lire comme une ode à la probité, à la solidarité, au partage et comme un poème sublimé pour des ressources naturelles gérées avec intelligence, dans le respect des différences de toutes les communautés et dans le souci du soutien à l’enrichissement par la diversité, en acceptant les enfants, les adultes, les vieillards et même une sorcière, comme une contribution à une forme sociétale, heureuse de sa combinaison de compétences et d’apports…

Un livre à savourer, vraiment !

Éric

Blog Débredinages

La guerre des bulles

Kao Yi-Feng

Traduit du chinois (Taïwan) par Gwennaël Gaffric

Mirobole Éditions

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