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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

février 2017

Choucroute maudite de Rita Falk

choucroute-maudite

Quel plaisir unique et raffiné que la lecture de ce roman noir et sociétal, pétri d’humeurs et d’humour, que j’ai lu par deux fois, avec une vraie saveur renouvelée.

Je félicite fortement les traductrices qui ont donné à ce livre sa verve forte, son organisation narrative mélangeant dialogues directs et réflexions profondes sur une ville moyenne Bavaroise comme sa capacité décalée à nous surprendre, nous émouvoir, nous faire bigrement rire et tendre aussi vers l’insoupçonné surréel ou « franc n’importe quoi », dont je suis réellement très preneur.

Le commissaire Franz Eberhofer vit chez son père et avec sa Mémé, sa grand-mère donc, et il tente désespérément de s’offrir un chez lui, en dépendance de la maison familiale, d’où sa mère est disparue trop tôt…

Franz a vécu des années fastes sur Münich, mais il a été obligé de se rapatrier sur le gros bourg de Niederkaltenkirchen, par sanction disciplinaire, pour avoir pris trop à cœur et un peu, à poings, une affaire passée…

Il n’aime tant que promener son chien Louis II, en vénération certaine avec le monarque des châteaux somptueux, dits de Bavière et de l’éternel Neuschwanstein, en particulier, et de chronométrer le temps mis pour leur tour commun du pâté de maison, référence récurrente en le roman.

Mémé lui demande régulièrement de la sortir pour faire des courses dans les supermarchés locaux et elle apprécie fortement d’acheter des produits en promotion, et notamment de l’antigel, même si la nécessité de ces acquisitions peut apparaître bien modeste…

Mémé est reconnue dans le paysage pour inspirer respect et reconnaissance et quand un artisan s’avère présenter une facture contestable, elle règle elle-même les comptes et montre les crocs, pour que l’inconvenante société ne l’y reprenne plus…

Et Franz apprécie se retrouver chez Simmerl, pour acheter des pâtés de foie, des saucisses Weisswurtz (ah ces saucisses blanches là, quelle vénération !) et boire une bière, en instants apaisants, réconfortants, où le monde se réinvente au milieu de l’amitié transcendée…

Quand Franz se rend compte qu’une superbe créature, avec laquelle il aura une liaison torride, en rendant jalouse sa copine de la mairie, semble s’inventer une identité et qu’elle occupe indécemment une superbe propriété, en se revendiquant de la famille du propriétaire et qu’il repère un lien possible avec la vente d’une maison, idéalement située pour installer une station service, après que tous les héritiers de la famille, à laquelle elle appartenait, soient décédés dans des conditions très surprenantes, de l’électrocution douteuse à la pendaison en forêt jusqu’à l’aplatissement par un container détaché opportunément d’une grue, il ressent la possibilité de tenir une véritable affaire et ainsi sortir des errements des dossiers monotones qui s’entassent devant lui.

Franz aura donc à s’organiser pour la concrétisation de la résolution de l’énigme, et il devra :

  • reprendre langue avec son ancien co-listier d’enquête qui est devenu détective, et dont les méthodes sans scrupules peuvent le heurter
  • veiller à convaincre sa hiérarchie, qui considère que toutes ses initiatives ne revêtent qu’un intérêt mineur
  • s’assurer de ne pas se laisser impressionner, par un frère peu aimant, et apparemment qui aurait mieux réussi que lui et qui serait plus apprécié paternellement…
  • prendre le temps des réflexions méthodiques pour dénicher les éléments qui trahiront celles et ceux qui ont préféré la vénalité funeste à la négociation immobilière classique…
  • supporter d’écouter les chansons des Beatles, que son père vénère, et que lui ne peut plus encadrer !

Le livre, suave à souhait, se place en lecture délectable, avec un humour ravageur, qui donne envie de retourner se promener aux environs de Füssen pour revoir les châteaux de Bavière, en profitant d’une longue bière blonde, avec de la charcuterie locale.

Je remercie l’auteure pour me permettre de ne pas contempler ma surcharge pondérale négativement, pour une fois au moins, et m’inciter à préférer déclamer que l’on parle toujours d’un « bon gros » et jamais d’un bon maigre…

Une vraie pépite de roman noir, que ce livre, dont je vais tenter de dénicher la version filmique, sortie sous forme de série outre-Rhin.

Rita, je veux vous voir et je pense avoir encore quelques rudiments d’allemand pour vous inviter en un bouchon Lyonnais et ainsi vous faire apprécier d’autres charcuteries !

A bientôt donc !

Éric

Blog Débredinages

Choucroute maudite

Rita Falk

Traduit de l’allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux

Mirobole Éditions

19.50€

Parution le 16 mars 2017

 

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La mort du deuxième chien de Marek Hlasko

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Amie Lectrice et Ami Lecteur, la lecture de ce livre ne vous laissera pas indifférent, du fait de sa tonicité, de son empathie franche , malgré un pessimisme ambiant latent, et du fait de son écriture directe, sans fioritures, déclamant une volonté de vivre, malgré toutes les tensions quotidiennes et les malaises incessants des réalités permanentes.

Cet opus, d’un auteur qui m’était proprement inconnu, qui s’est donné la mort à 35 ans, en 1969, Polonais opposant marqué à la servitude communiste, et qui a voulu mené les 400 coups entre Paris, Los Angeles et Israël, mérite une vraie reconnaissance en notre pays, lui qui est considéré comme le « Kérouac Polonais » au bord de la Vistule, excusez du peu !

Jacob a pour objectif de séduire, en Israël, des touristes fortunées de passage, en leur susurrant des tirades enflammées, écrites par son pote Robert, et où s’entremêlent de véritables déclarations romantiques, des appuis directs sentimentaux de nature à tisser des liens et à approcher l’autre en respect et découverte, et aussi de réels bobards mentionnant toutes les contraintes qui auraient pu être vécues par Jacob dans sa sinistre existence inventée…

Jacob possède un chien qu’il aime par-dessus-tout et il ne peut être admissible que son chien ne se place pas en permanence, à ses côtés, et il ne l’instrumentalise jamais, en ses pérégrinations, où il convoite avec élégance des femmes esseulées pour les séduire, en volonté de leur prendre leur argent de manière purement vénale, même si le chien pataud et en retrait se repère souvent, par mimétisme de son maître, par les conquêtes du moment, qui identifient Jacob comme un être empathique et frêle, prêt à aimer et donner spontanément.

Des personnages secondaires affluent, entre hôteliers véreux, hommes de combine, pseudo-mafieux de pacotille, mais le centre d’intérêt du livre se place entre Jacob, sa relation à la femme du moment et notamment à l’une d’entre elles, dont le fiston n’est pas simple à gérer et qui idéalise un père qu’il n’a jamais connu et la présence de la mer et de la plage, sous le soleil agréable et prenant.

Le livre se déguste comme un Côte-Rôtie chambré, accompagné d’une poêlée de champignons frais, plat revigorant et collégial et ce pour quatre raisons qui m’ont animé, humblement :

  • Une écriture, vive, vigoureuse, avec des dialogues qui prennent au cœur et au corps
  • Une assurance que les héros du roman vont se casser les dents ou se prendre le mur, mais ils le feront avec flamboiement, car comme l’a dit justement Oscar Wilde : « il vaut mieux brûler sa jeunesse que de ne pas en avoir eue du tout »
  • La relation à la femme intimiste, positive et nuancée, respectueuse, fait du bien et quand la vénalité l’importe, la femme a toujours l’élégance de dire à l’autre que sa « tromperie » est pure infamie et qu’il ne représente que le néant ; ce livre se place en féminisme direct et franc !
  • La découverte d’un auteur qui sait raconter une histoire ; j’aurais aimé assister à l’une des conférences sur sa vision sociétale ouverte, confraternelle et affective…

Merci à l’équipe de Mirobole pour cette belle concrétisation éditoriale.

Eric, blog Débredinages

La mort du deuxième chien

Marek Hlasko

Traduit du Polonais par Charles Zaremba – Mirobole Editions : 17.50€

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