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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

janvier 2019

Tous les secrets de Lyon et de ses environs par Claude Ferrero

 

Quand on vit à Lyon, que l’on apprécie « sa » ville en toutes ses acceptions, sans pour autant l’idolâtrer béatement, et que l’on désire la connaître plus en profondeur, en ses secrets enfouis, elle qui s’attache en permanence à rappeler qu’elle se veut secrète, souvent en pure communication d’image d’Épinal et sans que cela soit une réalité manifeste, il convient de lire ce livre très bien conçu, associant texte précis et souvent érudit, illustrations savantes et recours à l’anecdote ou à la fantaisie, pour que le bonheur de lire s’affiche avec « le désir d’atteindre le champ de la connaissance », comme le disait Malraux.

On commencera par un hommage à l’Empereur Claude, auquel une exposition est consacrée en ce moment au Musée des Beaux-Arts de la place des Terreaux et que je vous conseille, et qui permit, en « ses fameuses tables Claudiennes (cf photo ci-dessus avec copyright pour le Musée Gallo-Romain de Lyon) », la reconnaissance de l’élection de Gaulois au Sénat Romain.

Quand en ces périodes difficiles, certains imaginent contester le droit du sol ou je ne sais quelle préférence ethnicisée, il est bon de rappeler que déjà, il y a 2000 ans, certains se positionnaient sur le retrait et le repli et d’autres sur l’ouverture et l’enrichissement par toutes les différences…

On se aussi rappellera que tous les 8 septembre les échevins de la Cité, aujourd’hui Conseillers Municipaux, rendent toujours une offrande à la vierge (un cierge et un écu d’or) pour remercier la transcendance d’avoir épargné la ville de la peste. Comme lors de la consécration de la Basilique de Fourvière en 1852, l’édifice n’était pas encore utilisable pour cette date, on décala la célébration au 8 décembre, qui devint, depuis lors, la journée Mariale et le symbole de la fête des Lumières, alors que légitimement la date de référence aurait dû être un 8 septembre… Aujourd’hui il n’y a plus de « procession » des édiles Municipaux, mais le lien le 8 septembre entre le Cardinal et la Ville revêt toujours un cérémonial, même s’il a été laïcisé.

Le Gros Caillou de la Croix-Rousse rend un hommage direct aux Canuts qui s’étaient révoltés pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail, œuvrant ainsi à la première démarche d’action sociale collective, car ce Gros Caillou serait la transformation, par la main de Dieu, d’un huissier qui voulait expulser un Canut qui ne pouvait pas payer son loyer…

Le très beau site de l’Ile Barbe, à quelques encablures du restaurant de l’éternel et immortel Paul Bocuse, renfermerait une part du Saint-Graal, dans laquelle Joseph d’Arimathie (celui qui saluait Indiane Jones pour avoir « judicieusement choisi » la coupe de charpentier dans l’opus III de la Saga cinéphilique…) aurait recueilli le sang du Christ. Les moines de l’abbaye auraient récupéré une partie du Saint-Graal et l’auraient présenté régulièrement aux fidèles, avec le cor de Roland en sus…

Nostradamus aurait professé qu’un Pape nommé Jean serait inquiété fortement en venant sur Lyon, ce qui a entraîné une protection particulière, et plus que resserrée, de Jean-Paul II, quand il est venu à Lyon pour béatifier le Père Chevrier et canoniser le Curé d’Ars, en 1986.

Hippolyre Rivail, enseignant et pédagogue émérite quand il vivait à Lyon se transforme en Allan Kardec à Paris, sorte de druide adapte du spiritisme et des tables tournantes, alors en vogue aux États-Unis ; aujourd’hui sa tombe au Père Lachaise est de loin la plus visitée… Il alimentera pour une large part la légende de sociétés secrètes prenant leur acte créateur en la Cité des Gaules.

Pierre Valdo, bien avant les réformes, a décidé de prêcher le dénuement et la nécessité de porter la parole évangélique auprès des plus démunis, en réfutant les dorures, privilèges et dogmes établis. Il était bourgeois, mais il décida un jour de vendre ses biens, de les offrir aux nécessiteux et de se placer dans les pas de Saint-Alexis, riche Romain qui quitta tout pour mendier et s’afficher avec les « pauvres âmes » ; les disciples de Valdo furent pourchassés pour hérésie, ce qui entraîna toujours une perception que la religion à Lyon ne serait jamais obéissante à Rome…

Jean-Baptiste Willermoz ne vous est pas connu mais il exerça une activité commerciale en jetant les bases d’une franc-maçonnerie directement liée à l’ordre des templiers, en utilisant des rites de somnambulisme et des séances de baquets magnétiques, puisque le magnétisme devait permettre à l’impétrant d’entrer dans une sphère mystique et de communication avec la force des esprits ; nulle ville plus que Lyon ne renferme, en son sein, une franc-maçonnerie aussi active et parfois décriée pour son pouvoir un brin dévorant…

Il est important de se remémorer le passé tragique du 25ème régiment de Tirailleurs Sénégalais qui a résisté héroïquement à une charge d’une division SS les 19 et 20 juin 1940. Les 51 combattants, dernier carré de résistants, ont été sauvagement fusillés et une nécropole nationale commémore leur sacrifice, reprenant le « tata Sénégalais » en murs de terre et pyramides à pieux, à la manière des mosquées soudanaises.

Et c’est aussi de Lyon que vient l’expression « l’hôpital se moque de la charité » puisque l’Hôtel Dieu ne recevait pas les indigents qui étaient seulement pris en charge par un Hospice de Charité, moins équipé et plus proche de l’asile que d’un lieu de rétablissement ; cette moquerie directe s’appréciait donc comme un contexte de classe, car l’hôpital pouvait se moquer de la « gangue » supposée de la charité, en oubliant toute relation solidaire pourtant normalement inhérente aux réalités médicales.

Et l’anarchisme a aussi pris place sur Lyon, dans la foulée directe des idées socialistes utopistes, elles-mêmes puisant dans les combats des Canuts, pour le meilleur avec la programmation de phalanstères et de la réflexion sur les cités idéales et éducatives où chacun pourvoirait aux nécessités d’autrui, comme pour le pire avec l’assassinat du Président Sadi Carnot, à Lyon, par Sante Caserio qui considérait qu’en supprimant l’édile, il vengerait le peuple de l’oppression…

Ce modeste florilège  n’est qu’une humble illustration de la densité des documents réunis dans ce livre qui se lit, avec régal, en plusieurs bouchées fondantes, à la manière d’un saucisson chaud avec un Communard, soit une association réussie de Côte du Rhône et crème de mûre.

Merci à Mon Cher fils, Antonin, pour son offrande de Noël et à qui je dédicace cette chronique.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Tous les secrets de Lyon et de ses environs

Claude Ferrero – Éditions Ouest-France

Pif Gadget : 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, de Christophe Quillien

Qu’il est agréable de se remémorer « nos madeleines » par instants !

Je suis de la génération « Pif Gadget » que mon cher grand-père, Henry, m’achetait, chaque mercredi, et me remettait quand je passais le saluer dans son épicerie, pour avoir le plaisir de refaire le monde avec lui, et ainsi de parler résultats sportifs ou d’actualités, ou tout simplement pour lui évoquer mes réalités plus ou moins fastes de collégien…

J’attendais ce moment avec impatience, et je salue aussi la tendresse de feu ma Maman, qui a accueilli les « Artemia Salima » dans un bocal pour poisson rouge (ces petits êtres microscopiques devaient être nourris par une poudre spéciale que Pif plaçait lors de chaque nouveau numéro, ce qui devait permettre leur développement…), a accepté de placer sur la viande dominicale « la plante délice du grand Nord » que j’avais tenté de faire pousser dans un pot… et qui devait agrémenter avec une saveur particulière les mets les plus raffinés ou qui a accepté que je teste, souvent en pure perte, la machine à réaliser des œufs carrés, et qui a souvent condamné des œufs durs qui auraient bien été employés autrement…

Mais le gadget faisait partie de l’aventure de la semaine et d’une certaine ouverture à l’imaginaire ou à la construction d’un paysage personnel, où j’avais l’impression de donner sens à une invention créative, que seuls les lecteurs de Pif pouvaient apprécier et ainsi d’appartenir aussi au socle fermé des initiés…

Parfois les « grands du collège » me regardaient de haut en considérant que ce magazine, issu de la presse communiste de la Résistance et du Groupe Vaillant, était forcément tendancieux politiquement et que du coup je commençais à être embrigadé… J’ai toujours réfuté cet argument, que je trouvais spécieux, car Pif n’a jamais organisé de prosélytisme et s’il proférait des valeurs de concorde, d’entraide, d’universalité humaniste, je m’y suis toujours trouvé bien en phase avec mon enfance qui considérait que la relation à l’autre et la rencontre avec la différence devaient toujours primer sur le jugement de valeur ou la crainte de ce qui n’est pas cerné ou compris.

Mon cher fils, Arthur, m’a offert un superbe livre-souvenir et mémoire, pour Noël et je l’ai lu avidement et en première priorité.

Il est très bien conçu car il évoque tous les personnages des bandes dessinées de Pif, sur toute son histoire (je l’ai lu en permanence ente 1973 et 1981, pour ce qui me concerne) et il est organisé par séquences, entre textes et dessins humoristiques, historiques, d’aventures, d’anticipation ou de regards sur le monde contemporain.

Il met en perspective chaque auteur et chaque personnage, dans le contexte des époques, et avec des illustrations et des rappels des meilleures pages qui assurent au connaisseur de Pif, ce que je me targue d’être un peu, des souvenirs marquants et majeurs, et à l’analyste de la bande dessinée, la capacité de cerner que les auteurs qui ont sévi dans Pif ont développé un talent inspiré, qui a servi de point d’ancrage pour des auteurs contemporains ou pour le renouveau de la bande dessinée sociétale ou décalée.

Mes choix d’expression, en cette modeste chronique, seront forcément partiels et partiaux, mais je voulais insister sur mes préférences de lecture que j’ai retrouvées, à satiété et avec plaisir, en ce livre riche et documenté.

D’abord La Jungle en Folie de Godard et Mic Delinx, page que je lisais en premier et qui m’enthousiasmait. Un humour percutant, un regard sur la vie contemporaine direct, sous prétexte d’évocation d’une jungle où des animaux conversent sur leurs travers et réalités de vie, et une morale totalement déjantée à la fin de l’histoire, en une bulle à droite assurée par des pies, voilà tout ce que renfermait cette BD magistrale !

Joe le tigre ne mange que des pommes, Gros Rino, rhinocéros craintif essaie toujours de lancer des considérations sur tous sujets et Mortimer, le serpent « à sornettes » (oui le jeu de mots me fait toujours rire…) communique des vannes absurdes à chaque instant. Cette bande dessinée ouvre le champ des complicités de Cazenove et Larbier en notre époque, ou de certains sketchs de l’équipe de Groland où l’on n’hésitera jamais à parler des problèmes financiers d’un mille-pattes qui doit acheter tellement de chaussures…

Puis Docteur Justice d’Ollivier et Marcello, qui racontait les tribulations d’un médecin, maître des arts martiaux, affecté à une organisation internationale de santé et qui démantelait, quasi seul, des gangs qui sévissaient pour la contrebande de faux médicaments ou qui répandaient des virus pour prendre le pouvoir. Docteur Justice était mon héros, redresseur de torts, et celui qui permettait de proclamer un monde plus ouvert et tolérant face à tous les fanatismes ; le message peut apparaître un peu puéril ou facile pour celles et ceux qui considèrent que le monde est ce qu’il est, il reste cependant en résonance permanente avec toutes nos actualités.

Et encore « Rahan », le chevelu blond vivant en période préhistorique, de Lécureux et Chéret, agissant avec son coutelas, en rappel des messages de son père Craô, pour aller toujours à la rencontre des autres hommes qui l’intimideront, le pourchasseront, le mettront en pièce, mais qu’il affrontera sans jamais les tuer et auxquels il déclamera sa flamme pour une relation plus apaisée et une union face aux adversités. Et si Rahan savait comme Tarzan, dont il s’inspire un peu-beaucoup, utiliser des lianes et combattre à mains nus des animaux aux griffes acérées et sans blessure autre que superficielle, j’ai toujours considéré que cela ne me posait pas de problème, car Rahan devait poursuivre son destin, envers et contre tout, même les approximations…

Puis Gai Luron de Gotlib, mon dessinateur favori, créateur de ce personnage béat, naïf, souvent inerte, mais toujours calme et pondéré pour toutes les résolutions, et souvent découvreur avant tout le monde de décisions directes et assumées propres à renverser toutes les certitudes.

Quand Gai Luron ramène des champignons et quand on l’interroge sur la réalité ou pas de leur comestibilité, Gai Luron précise qu’il les mange et que l’on verra bien…

Quand il saute en parachute et qu’il hésite à ouvrir son parachute, il se dit qu’à deux mètres du sol, il n’est plus nécessaire de l’ouvrir et que cela lui évitera de le remettre en ordre, il sera déjà plié…

J’ai toujours aimé cette poésie inspirante, proche du « ravi de la crèche » certes, mais qui sait aussi transmettre de l’affection et de la douceur et qui ne fera jamais aucun mal à quiconque, et qui saura aussi être solidaire face à celles et ceux qui se moqueront de lui.

Et Corto Maltese d’Hugo Pratt qui m’a tant fait voyager, dont je découpais scrupuleusement les dessins des moais de l’Ile de Pâques qu’il a parcourue souvent et qui me faisaient tellement rêver, ou qui se promenait dans des lieux d’aventure où je retrouvais les ruines d’Angkor, en me plaçant en son sillage, comme un découvreur qui aurait été le premier à retrouver des sites enfouis…

Et je termine par un hommage à un dessinateur que je reproduisais avec envie, en mes dessins personnels, et dont j’ai appris le décès très jeune, en 1980, à l’âge de 38 ans, en lisant ce livre, Jean-Claude Poirier.

Il était mon scénariste et dessinateur phare, créateur déjanté et ô combien talentueux de Supermatou ou d’Horace, cheval de l’ouest et qui alliait un humour dévastateur, un dessin d’une drôlerie récurrente et un lettrage enjoué et palpitant.

Et j’avais un faible absolu pour Agagax, dit le téteur fou, bébé méchant à souhait et qui se livre à toutes les turpitudes, en rencontrant des camions qui parlent et qui se hissent eux-mêmes comme des personnages à part entière, et où le héros de l’auteur croise des caricatures de personnages de comédies, devenant eux-mêmes des protagonistes de l’histoire.

Un livre réussi, qui m’a fait du bien, qui m’a rappelé de forts bons moments et qui me fait conserver mon âme d’enfance ou d’adolescence que je n’ai jamais vraiment perdue, en tous cas je l’espère…

Merci à Arthur pour son offrande !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Pif Gadget, 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, de Christophe Quillien

Éditions Hors Collection

Joe le Tigre de Godard et Mic Delinx et Gai Luron de Gotlib, tous droits réservés

Les Heures Solaires de Caroline Caugant

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous adresse tous mes vœux pour une année 2019 propice, agréable et sereine, appuyée aussi par des promenades littéraires invitantes à la découverte.

Ma première chronique de cette nouvelle année consacre un roman écrit à la perfection stylisée, et mené avec intensité, tant dans sa narration que dans l’enchevêtrement permanent de ses personnages aux fêlures majeures, enfouies pour partie par le temps, mais toujours dévastatrices, car jamais cicatrisées…

Billie est partie de V., village dont nous ne saurions rien, si ce n’est par touches pointillistes, avec sa localisation qui se placerait dans l’arrière pays de la Côte d’Azur et qui s’ouvre entre ruelles, place principale et maisons hautes et peu larges, sur des montées abruptes et sur une rivière à rochers et cascade, appelant aux songes, à la rêverie et où les meilleurs des sentiments peuvent aussi se transformer en tensions, lourdeurs et déchirures…

Elle est devenue artiste-peintre, habite en surplomb du cimetière du Père Lachaise où elle contemple une statue penchée sur une tombe avec deux couronnes mortuaires qui sollicitent son imaginaire et ses bouillonnements intérieurs, et elle croise Paul, son amant, qui ne lui accorde que peu de temps…, mais dont elle paraît s’enivrer avec la passion de l’instant, sans rechercher plus longtemps une volonté romantique…

Quand elle apprend le décès de Louise, sa Maman, affectée en hôpital spécialisé car victime d’une maladie cérébrale, qu’elle n’avait plus vue depuis trois ans, car sa dernière rencontre avait été douloureuse et violente, Billie retourne chercher les affaires de sa mère, apprend les détails de sa mort due à une noyade dans la rivière qui longeait la résidence clinique après s’en être échappée, et elle met le cap pour V. pour assister aux obsèques de celle qu’elle avait quittée, à dix-sept ans, sans espoir de retrouvailles et qui ne l’a jamais vraiment accompagnée et aimée avec la tendresse attendue.

Elle avait reçu un message sur son répondeur de Suzanne, l’amie de Louise, sans savoir comment elle avait pu se procurer ses coordonnées, et elle n’imagine pas ce retour à V. autrement que comme un épisode terminal, avec la volonté de ne croiser et rencontrer personne et même de se camoufler face aux protagonistes du village qui pourraient sensément la reconnaître…

Le cadre de l’histoire est placé, et Caroline Caugant va sublimer par une écriture rare, toujours apurée, toujours limitée à l’essentiel, sans fioriture, avec le choix du bon mot et avec une orchestration minutieuse de sa vocalité, une progression narrative qui vous emportera et qui vous pénétrera. Vous pourrez même – j’ai testé cette réalité et je vous assure qu’elle est plus que convaincante – déclamer à haute voix la musicalité de l’écriture de l’auteure (comme le faisait Flaubert, en son « gueuloir ») et il est évident que son roman trouvera place pour une adaptation filmique, j’en suis certain.

Billie renferme en tout son être une déchirure lourde liée à la perte de son amie intime Lila.

Est-ce que le départ sans retour de Billie, pour Paris, à dix-sept ans, est directement centré sur la douleur du décès de son amie, est-ce qu’elle intègre au fond d’elle-même une perception de culpabilité ? En tous cas, elle considère qu’un nouveau contexte permet, si ce n’est d’oublier ou de se reconstruire, de prendre un nouvel envol et de figer les songes dévastateurs en une part de la mémoire que le temps étiolera…

La cicatrice sur la nuque de Louise, les venues chaque été de l’oncle Henri, le dernier message de Louise avant sa décision plus ou moins consciente d’en finir à l’hôpital où elle demande de protéger un soldat, sonnent comme des messages, des indices, des petits cailloux qui composent une somme d’histoire familiale difficile, complexe, qu’il n’est pas aisé d’analyser de front, qu’il est plus facile de masquer en croyant que le temps fera son œuvre, mais qui doit aussi un jour se dévoiler et s’affirmer en écho, pour éviter des cassures plus denses et encore plus soutenues ou insupportables.

Billie et Lila avaient décidé d’opérer, en enfance, un échange de chevelures et leurs Mamans respectives avaient peu apprécié cet éclat décisif de vie ; Billie avait trouvé une cachette pour conserver quelques mèches de blondeur de Lila et quand, avant de quitter sa maison d’enfance après les obsèques, elle voudra tenter de les retrouver, elle tombera sur un cahier bien ancien, aux écritures soignées mais délavées et son histoire personnelle s’ouvrira sur des connaissances nouvelles qui pourraient expliquer des « choix redoutables » qui pourraient s’égrener sur des générations…

Ce roman inspiré, très travaillé dans sa saveur d’écriture, s’ouvre sur trois profondeurs : celle d’un roman noir où les réalités de vie de personnages croisent les petites lâchetés quotidiennes qui parsèment nos vies et nos mémoires et qui obligent par étapes à des introspections, si l’on veut éviter les dérapages ; celle d’un roman où la génétique pourrait signifier des héritages lourds à porter et que seul le regard incisif déterminé à surmonter les épreuves peut transcender et celle d’un roman porté vers le bonheur des « Heures Solaires », celles qui rayonnent et qui font baigner des moments de tendresses, de jouissance, de ferveur, entre danse avec une robe aux motifs Vichy, plaisir de nager dans une rivière en se laissant emporter par le courant, ou appréciation de la réception de la chaleur en une journée d’été…

Et je salue la création d’une nouvelle collection chez  Stock, dénommée Arpège, ce qui prélude bien à la volonté magnifiée de proposer des livres aux musicalités étonnantes, différentes et aux accords littéraires majeurs. Et je salue aussi la qualité de la conception des livres qui y sont attachés, excellemment mis en valeur et beaux écrins.

Que Les Heures Solaires prennent place en cette collection répond parfaitement de la ligne éditoriale définie, car « la petite musique » de Caroline Caugant sait parsemer des notes virevoltantes où s’agglutinent des rythmes vivaces et intenses, des temps de silence et des portées magnifiées.

Un livre qu’il vous faut vraiment découvrir, lire, écouter, en toute ses musicalités !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Les Heures Solaires

Caroline Caugant

Stock Editions

Collection Arpège

18€

Sortie du livre ce jour, ce qui prouve que 2019 commence fort, avec en plus cette photo collector personnelle, avec l’auteure, en une brasserie Parisienne, en septembre 2016.

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