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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

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debredinages

Blogueur pendant cinq années sur le blog "8 plumes" hébergé par L'Express, ce blog indépendant s'inspire du célèbre débredinoir de Saint-Menoux, près de Moulins dans l'Allier, où l'on plaçait sa tête en s'exclamant : "Saint-Menoux, débredinez moi !" pour devenir apaisé et enrichi. Le Bourbonnais-Occitan, que je suis, vous propose de vous promener avec moi pour vous enivrer de lectures et de découvertes culturelles en suivant les pas de celles et ceux qui prônent l'ouverture, la connaissance et la différence ! Éric

La nature exposée d’Erri De Luca

Quel bel opus poétique, apaisant, positif et humaniste, que je vous invite à savourer à satiété !

J’étais rentré dans l’univers de cet auteur par Montedidio, roman ébouriffant sur Naples et sur les relations tissées et enfouies en les profondeurs de la Grande Histoire et des petites (souvent méchantes) histoires qui jalonnent les tensions entre familles et voisinages.

J’ai retrouvé la ferveur talentueuse de l’auteur, à la fois conteur et passeur de mots et surtout vigie sans égale pour prôner l’entraide, la solidarité, la compréhension de l’autre et l’acceptation permanente des différences pour mieux s’enrichir, en ce roman pénétrant.

On sait qu’Erri De Luca est engagé pour la cause écologiste et pour le maintien d’une agriculture paysanne et qu’il a dû payer, par voie judiciaire de sa volonté de clamer haut et fort ses valeurs et convictions.

En ce roman court, lumineux, magistral, écrit avec un flamboiement percutant, il décrit l’univers d’un homme, passionné de montagnes et de promenades en forêt en nord d’Italie, qui, par solidarité affirmée du lien social, se positionne comme passeur de clandestins.

Sculpteur de son état, il décide de quitter son territoire avant d’être potentiellement inquiété par les autorités… et il trouve, en bord de mer, une petite église au sein duquel le prêtre recherche un artiste capable de restaurer une croix de marbre, avec un Christ vêtu d’un pagne, semblant cacher une nudité virginale lors de la conception de l’œuvre.

S’enchevêtre en ce roman à tiroirs un foisonnement de beautés offertes :

  • La force de la mer associée à la profondeur de la forêt
  • La limite de l’homme dénudé face à la pression de celles et ceux qui jugent, nudité s’entendant comme innocence en son acception large
  • La dynamique de l’artiste face à la critique de la bien-pensance
  • La volonté de la conviction face au jugement de valeur
  • L’amour charnel face à la nécessité de garder la tête froide rationnelle pour mener une vie passionnelle construite sur la durée ; la rencontre entre une responsable de maison d’hôtes et notre héros est racontée avec un romantisme exaltant et une tonalité exceptionnelle
  • Le dialogue entre le sculpteur profane et le prêtre exaltant le sacré, mais qui se retrouvent en des échanges d’harmonie, de félicité, d’écoute et de partage
  • La nécessité de réfuter toute forme d’obscurantisme face aux doctrines assénées
  • La volonté de faire corps et cœur avec les forces humanistes contre l’absence de compassion ou d’empathie

Lisez ce livre, il est beau, il est profond, il fait du bien, il apporte, il construit et il ouvre les esprits !

Une merveille de synthèse pour déclamer l’essentiel en notre monde troublé et incertain.

Mon coup de cœur, que je dédie à ma sœur, qui m’a offert ce livre.

Eric

Blog Débredinages

 

Erri De Luca

La nature exposée

Du monde entier – Gallimard

Traduit magistralement de l’italien par Danièle Valin

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La Ferme aux poupées de Wojciech Chmielarz

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je me permets de vous susurrer à l’oreille que cet auteur, que je viens de découvrir, mérite votre très forte attention et vous plongera en un univers sans concession et difficile, mais totalement en phase avec nos réalités sociétales rudes…

L’inspecteur Mortka dit « Le Kub » vient d’arriver depuis quelques temps en Silésie, à Krotowice, et même si cette affectation répond officiellement d’une nécessité d’apport de son expertise auprès de ses collègues, il est imaginable de repérer qu’il a vécu des contraintes avec sa hiérarchie passée… et que l’on a souhaité – au moins temporairement – le déplacer… Il ne vit plus avec sa femme, avec laquelle un attendrissement l’unit toujours, mais sans espoir potentiel de le raviver ; et elle est en train de refaire sa vie, lui reprochant de ne pas accorder assez de temps à ses fils, ce qu’il admet volontiers, tout en sachant qu’il ne fera pas grand-chose pour améliorer la situation…

La vie au commissariat de Krotowice s’imagine se dérouler sans trop affaire particulière et l’inspecteur repère une action au travail plutôt morne ou insuffisante.

Quand une adolescente de onze ans est portée disparue, que le signalement d’une femme témoigne de sa prise en charge par un conducteur, tout s’enchaîne pour repérer une possible réalité pédophile.

L’inspecteur a fort à faire en le fonctionnement interne des services de police locaux, car la vérification aboutie des informations reçues, le recoupement des éléments d’enquête ou la volonté de se rendre régulièrement sur le terrain pour analyser des sources et rechercher la vérité ne semblent pas des vertus assumées et intégrées : l’on préfère s’en remettre aux clichés bien enfouis et notamment à la crainte suscitée par les différences, notamment par les communautés Rom, qui ont aussi peu de confiance en la police que la police ne leur en attribue…

Il se sent cependant en affinité avec Lupa, un collègue qui lui-aussi a été réaffecté, mais qui a été reconnu pour ses qualités de policier infiltré dans la pègre du crime organisé, des années antérieures, et ensemble ils partagent une relative indifférence par rapport à leurs hiérarchies, une volonté de faire avancer les choses et surtout une complicité pour boire une bière et écouter tout ce qui se dit en les lieux essentiels où se croisent les gens des cités environnantes.

L’inspecteur vit dans un modeste appartement où il croise Alicja, qui élève seule ses jeunes enfants et à laquelle il s’attache, sachant qu’elle ne semble pas se trouver en indifférence avec lui, lui préparant parfois de quoi se sustenter et lui lavant son linge, en espérance d’un regard plus marqué et d’autres explorations à venir, peut-être…

Lorsque d’anciennes mines de Silésie marqueront la présence de squelettes enfouis, personne ne pourra escompter que la police ne se doive pas d’enquêter et l’inspecteur, par méthode, efficacité, et sens de la droiture, va poursuivre sa route investiguée, à la recherche de signes associant sa quête pour la compréhension de ces environnements sordides… Et ce roman très noir va s’enchevêtrer en des territoires rudes où même les plus fortes complicités pourront se révéler force de duplicité…

J’ai eu le plaisir de rencontrer Wojciech Chmielarz, le 17 mars dernier, lors d’une conférence donnée dans le cadre de Livre Paris 2018 (cf photos), sur le roman noir de l’Est Européen, et j’ai fortement apprécié son sens de l’humeur et de l’humour comme sa faconde répartie pour préciser que les racines de ses inspirations prennent corps et cœur sur les fêlures et tensions vécues par son pays, et qu’en écrivant, il déclame, évoque, suggère, pour que les débats s’ouvrent, pour une écoute plus attentive et réfutant tout fatalisme ou dogmatisme.

Son roman pénétrant, prenant, qui s’appuie sur un style incisif et un suspense haletant, s’offre comme une vraie réussite littéraire, proche des thématiques magnifiées par son compatriote Zygmunt Miloszewski, que j’ai lu avec passion en ses trois romans parus en France, et par Didier Daeninckx qui écrit toujours sous les auspices de son inspecteur Cadin pour déflorer et dénoncer ce que notre histoire a oublié, en ces vicissitudes et insuffisances et que je considère comme un littérateur magnifié, depuis ma première lecture en 1983…

Wojciech sait démontrer que le sens de la justice ne sera jamais atteint sans vouloir rechercher une vérité absolue, même si elle dérange des habitudes, des conformismes ou des réseaux installés. Oui les Roms ne sont pas très appréciés en Pologne et sont souvent parqués dans des secteurs identifiés, mais ils ne seront jamais responsables de toutes les contraintes et de tous les maux rappelle-t-il, même si l’auteur sait aussi dénoncer les mariages Rom arrangés et l’absence de libre arbitre pour les jeunes filles ou les principes d’honneur ou de loi du talion insupportables. Il plaide pour la concorde et la relation et réfute toute dénonciation inconséquente…

Wojciech sait rappeler que les pesanteurs hiérarchiques ou les tensions entre services ne peuvent entacher la recherche de la vérité et la volonté de rendre justice, en respect des mémoires de toutes les victimes.

Wojciech sait aussi que dans son pays, comme dans d’autres, les corruptions ont pu s’installer au sein d’une administration peu reconnue, peu fiabilisée et dont les responsables ne perçoivent pas des émoluments décents, ce qui signifie pas qu’il reconnaisse légitime qu’ils puissent d’écarter de leurs devoirs de probité.

Wojciech sait raconter une histoire enlevée et passionnelle, pour associer sa force émotive à la volonté de plaider pour une société de concorde et transparente et non pour une communication où s’amoncellent des bouc-émissaires, des absences d’objectivité, des pesanteurs, comme des volontés d’oubli par accumulation de lâchetés.

Un livre percutant délivré par un auteur que je vais suivre intensément !

Merci à Nadège Agullo pour son travail investi et de défrichage de talent différencié permanent et toutes mes affections à elle.

Amitiés vives, Cher Wojciech et « à la revoyure », comme on dit à Lyon chez Guignol, où je vous attends pour « Quais du Polar », l’an prochain, sans faute !

Éric

Blog Débredinages

La ferme aux poupées

Wojciech Chmielarz

Traduit du polonais par Érik Veaux (bravo à lui !)

22€

Agullo Éditions – Collection Agullo Noir

Photos personnelles avec Wojciech Chmielarz (auteur), Laurence Labbé (auteure) et votre serviteur et de Wojciech Chmielarz avec Nadège Agullo, son éditrice. Livre Paris 2018. Le 17 mars 2018.

Comment j’ai réussi à attraper la lune de Laurence Labbé

Laurence Labbé est mon amie, ma très chère amie.

Laurence Labbé est – avant tout – une auteure inspirée, toujours soucieuse de présenter un univers où s’interpénètrent des personnages aux fêlures attachantes mais dévorantes pour leurs intimités et qui parle de la vie quotidienne, dans ses flamboiements, comme dans ses limites, en développant des tirades réfléchies pour une acceptation des différences et une ouverture permanente en altérité.

J’aime lire Laurence ; cette chronique ne reposera que sur mon humble analyse de lecture, qui ne peut être repérée comme manquant d’objectivité par mon affection amicale pour l’auteure, car le principe de l’amitié qui nous unit vise à nous dire les choses en direct, sans fioriture, en respect et en transparence permanente.

Une jeune femme perd le sens de son identité, ne repère plus qui elle est, ne sait plus ce qui la caractérise. En ne se souvenant plus de son code de carte bleue, elle comprend qu’elle ne se cerne plus, qu’elle n’a plus les réflexes de base sur ce qui nous sous-tend : le libre arbitre, l’émancipation des choix et la volonté de construire.

Sa rencontre avec Théo, en un parc dédié à l’artistique et à la poésie, lui permettra de sortir d’une impasse certaine, pour au moins assurer sa protection minimale de proximité, d’autant plus que la jeune femme est souvent reconnue dans la rue, qu’on la déconsidère en précisant que ses dires, faits ou gestes vus et apparemment publics, ne conviennent pas du tout et qu’ils ont été jaugés et jugés provocants…

Elle perd la trace de Théo, qui s’envole alors qu’elle s’attachait à lui, et elle va vivre plusieurs expériences avec des personnes de rencontre fortuite ou de hasard qui lui permettront de se positionner pour un temps, mais sans pouvoir donner réponse à sa quête de vérité sur son identité, car elle ne sait plus comment avancer, comment imaginer sa prise en main sur sa réalité quotidienne.

Elle retrouve, par la force des esprits et un effet de chance, raconté avec beaucoup de pudeur, de délicatesse et de force émotive, par l’auteure, Théo, en un village du sud où sévit sa mère compliquée et égocentrée et elle est prise en main par le jeune homme, qui désire lui permettre une nouvelle ouverture de sens et lui donner gage pour un nouvel élan dans la reconquête de sa personnalité.

Parallèlement un jeune enfant, dont le père semble avoir disparu, pleure et crie de manière déchirante et récurrente, procurant à Théo crises d’angoisse et peurs paniques, le rappelant certainement à des vécus difficiles plus ou moins enfouis…

Le jeune enfant veut décrocher la lune pour retrouver la trace de son Papa idéalisé comme un découvreur aventurier, avide d’espaces et potentiel navigateur dans les océans…

Lisa, amie et connaissance de Théo, attentive et intuitive, aidée aussi de deux personnes plus âgées qui s’aiment tendrement et vivent aussi de l’acceptation de leurs limites qui se développent sans leur donner plus d’impact qu’elles ne méritent, va relever le défi qu’elle a défini avec le jeune enfant, en lui fabriquant un objet adapté qui lui permettra de prendre confiance en ses retrouvailles avec son Papa et ainsi de sentir plus apaisé et serein, et surtout rassuré de ne pas être oublié…

Ce livre est admirablement structuré et repose sur la vertu rare d’une prose limpide, pure, toujours exigeante dans sa stylistique et je vous recommande de vous immerger en sa profondeur, à plusieurs titres :

  • Il évoque une parabole avec nos proches qui perdent temporairement leurs facultés ou qui repèrent que leur personnalité commence à s’égarer et qu’elle ne se cerne plus… On pense bien évidemment à la maladie d’Alzheimer… Plus profondément encore ce livre démontre que toute personne qui ne s’identifie plus mérite cependant une écoute attentive et une considération plutôt que de la cantonner dans les sphères de celles et ceux qui doivent se mettre en marge, du fait de leur différence ou de leur potentielle asocialité
  • Il démontre que l’amour doit sans cesse faire progresser la relation à l’autre et qu’il doit s’accompagner d’un respect inébranlable ; cette progression dans l’altérité doit permettre d’accepter l’autre dans ses limites et ses insuffisances (ce qui ne veut pas dire que la critique ne doit pas être vivace dans la communion de vie) et surtout d’accepter un enrichissement par les différences tonique et volontariste
  • Il rend hommage à l’imaginaire de l’enfance, toujours nécessaire à faire vivre et revivre, qui développe des conquêtes permanentes, car il n’y a rien de plus palpitant que le plaisir délicieux de recréer les univers, au bénéfice d’une écoute indéfectible et prolifique d’un enfant acteur, qui se joint à vos dynamiques ou qui vous promène en les siennes
  • Il n’hésite pas à donner de la controverse forte et fougueuse face aux faux semblants et aux petites lâchetés, surtout face à celles et ceux qui croient lire et qui consomment de la «tiédeur » que l’on ne peut appeler littérature… Quelques assaisonnements sarcastiques inspirés s’affichent à critiquer un certain Lémusso (sic !) et permettent de remettre les pendules à l’heure comme de déclamer que le talent se décline par notre capacité à être ému par la réflexion de détenir – en nos lectures – quelques clefs pour un mieux-être collectif et porteur et non pour un pseudo divertissement qui a le mérite de contenter quelques-uns (peut-être) mais qui débouche souvent sur une vision réductrice et non sublimée de la force culturelle…

Laurence sait allier la capacité à raconter une histoire, à donner sens à des personnages originaux et porteurs de différences et surtout à démontrer que toute relation ne sera vouée qu’à l’échec ou à l’absence de pertinence si l’on ne recherche pas à développer des passerelles, et non des barrières, et si l’on ne plaide pas pour une concorde ouverte et un dialogue permanent, porteur de sens, de respiration et de construction.

Laurence, je te remercie et je t’adresse toutes mes affections.

 

Éric

 

Blog Débredinages

 

Comment j’ai réussi à attraper la lune 

Laurence Labbé

Connaissance des œuvres complètes de l’auteure et achat de ses livres, notamment sur son site http://www.laurencelabbelivres.com et par le biais d’Amazon Fulfillment

 

Photo de Laurence Labbé, auteure.

Brooklyn Paradis – Saisons 1 et 2 de Chris Simon

Grâce soit rendue à mon Amie, auteure, Laurence Labbé, pour m’avoir fait rencontrer Chris Simon, au dernier salon du Livre de Paris – Livre Paris 2018 – et ainsi m’avoir permis de pénétrer l’univers différent et passionnel de l’auteure.

Laurence m’a présenté à Chris en évoquant « mes humbles chroniques déjantées » et « ce plaisir investi du décalage, en mes lectures » et Chris m’a déclamé – tout de go – que la lire me permettrait aisément de perpétuer mon goût pour l’humour corrosif…

J’ai donc acquis la collection complète de Brooklyn Paradis (trois saisons à ce jour et une en préparation) et je me permets de vous donner, Amie Lectrice et Ami Lecteur, un retour sur les deux premiers opus, que j’ai lus avec un plaisir intense, car le sens de la narration de l’auteure, avec la juxtaposition de personnages entiers, directs et totalement baignés dans des caractères fonceurs, comme sa volonté acérée de présenter des situations décapantes m’ont totalement convaincu et m’ont inspiré à suivre les pas de ses œuvres complètes.

Pour la saison 1, Michaël conduit un fourgon sur une longue distance et il a pris en équipage, pour la première fois, Dan, qui se trouvait sans boulot et qui considère que cette nouvelle expérience, plutôt bien payée potentiellement, pourra lui permettre de donner une vie plus aisée, à lui, son épouse et les siens, en remerciant son panthéon de religion juive pour avoir réussi cette reconversion.

Quand Michaël laissera un canapé sur le bord d’un trottoir, en demandant à Dan d’en assurer la responsabilité de surveillance, le temps que Michaël gère un contact, en plein embouteillage, les choses vont s’emballer…

Courtney Burden, paysagiste et décoratrice en devenir, qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses enfants, et surtout pour donner sens à son ascension sociale, avec un mari aimant et nervi de Wall Street, ne peut vivre sans une compulsion addictive et frénétique pour dénicher et récupérer toutes sortes d’objet, entraînant un entassement permanent de choses hétéroclites en son garage, comme en les accès de sécurité de sa « brownstone , au grand dam d’Harlan, l’homme couteau-suisse et multi ressources de la maisonnée.

Lorsqu’elle récupère le canapé, avec l’aide de transsexuels s’adonnant à la prostitution, au moment où Dan prenait un plaisir que la religion (juive ou pas) ne lui proposerait pas en première réflexion…, un enchaînement de faisceaux incertains va faire éclater toutes les certitudes.

Le canapé, si passionnant en qualité cuir et en design, pour Courtney, ne se positionne pas comme objet meuble pour ses transporteurs, car il renferme plusieurs kilos de drogue et ne pas le retrouver place Michaël, mais aussi Dan, qui découvre la réalité effective de son emploi…, dans une situation plus que périlleuse avec son commanditaire, peu porté sur la compréhension et la discussion ouverte…

Quand Special K, du nom céréalier du chat de la maison, fera ses griffes sur ce canapé, alors que Sawyer, le jeune enfant de la maison cherche à lui attraper la queue, de la poudre tombe ! Et Sawyer la goûte, entraînant son hospitalisation aux urgences, un message clair du médecin et de la police à la mère de famille Courtney, qui en conclut que la nounou se repère comme toxicomane et qui la licencie donc sur le champ…

L’adolescent de la maison, Cameron, trouve en cette possibilité de récupération de poudre, les moyens de se placer sur les traces de la richesse de son paternel, d’épater ses potes et les filles, de se faire du fric aisément et de devenir un jeune homme respecté, en dealer chic de quartier.

Mais quand il sera repéré par les barons de la drogue locale, eux-mêmes en tension pour la préservation de leur territoire, les choses vont se déplacer sur un terrain beaucoup plus tendu et inquiétant, d’autant que Jason, l’ami de Cameron associe drogue (dont il devient habitué, avec de la livraison facilement accessible, via Cameron) et strangulation visant à exacerber sa libido et une masturbation dynamisante, et qu’il se met fortement en danger.

Lorsque les récupérateurs du canapé se transformeront en pompiers et que l’immeuble des Burden deviendra un enjeu de combat des dealers, seule l’arrivée de la police entraînera un retrait momentané des tensions et l’assurance que la famille Burden apparemment irréprochable et installée, cacherait bien son jeu et ses appétences pour le « hors légal » pour les enquêteurs.

La saison 2 contribue à la nécessité pour Cameron de calibrer ses ventes de drogue, car il n’est plus potentiellement en autogestion et en libéralité, il dépend de Sam Lee Ming, à qui le canapé était destiné, et qui considère que Cameron a inscrit une dette incrustée en son commerce et qu’il ne peut effacer que par une activation de son entregent et le fait de récupérer tous les contenants du canapé.

Cameron ne s’en offusquerait qu’à peine, assez inconscient du danger et certain de son avenir tracé pour être respecté, se faire un nom, gagner de l’argent et devenir le meilleur en son domaine.

Courtney est appréciée de sa clientèle et exprime ses talents de compositrice d’espaces, même si elle ressent qu’elle ne sera pas forcément prise au sérieux par son mari dont le métier l’accapare et qui associe le travail de sa femme à une sorte de hobby, par ses enfants pour lesquels elle reste un objet central de tendresse ou d’incompréhension face à la boulimie de récupération d’objets… et par ses employés de maison qui cerneraient son fonctionnement comme on observe une bourgeoise de goût contestable, assise sur un lit d’or et qui ne regarde le monde que par ses seules œillères.

S’enchevêtrent et s’interpénètrent avec brio plusieurs situations pittoresques, décalées, pétries d’humour et décapantes :

  • Un jeune adolescent qui ne vit plus que par la volonté de dominer les autres et de se construire un empire financier, sans repérage des frontières de l’illégal ou du mal !
  • Une mère de famille qui veut tout à la fois : une vie confortable, assouvir ses envies de posséder, un amour de mari qui la contente en tous points et notamment en intimité, de beaux enfants et des employés à sa disposition et qui n’imagine pas un instant que le factice se renferme dans sa réalité, alors qu’elle ne comprend nullement que les retours critiques qui lui arrivent devraient lui permettre introspection et humilité…
  • Des employés de maison immigrés, à la fois inféodés à leur patronne, mais capables de dire leur ressenti et pour lesquels les visites policières ou d’enquêteurs troublent leur volonté apaisée et le fait de rester en discrétion.
  • Des dealers peu fringants, et aux muscles qui sortent uniquement avec des accompagnements armés, mais qui font la loi et qui bousculent un quartier qui se sentait à l’abri !

L’auteure sait dynamiter les assurances, ne jamais laisser en paix les certitudes et elle donne – au travers de portraits ciselés avec précision et entrain – des messages clairs pour que le libre arbitre, l’émancipation personnelle passent d’abord par la maîtrise d’un destin assumé, d’une vie définie et non bercée de faux semblants ou d’apparences ; en ce sens la Maman de Courtney qui vit d’abord pour sa réalité artistique et qui n’apprécie pas d’être dérangée, même pour garder un petit-fils…, montre le chemin vers une liberté libre Rimbaldienne, tournée vers le sens du bonheur, à conquérir, par la conviction de ne rien devoir à personne.

Merci Chris pour ces flamboyances et ces inspirations et au plaisir de découvrir les saisons 3 (je la lis en ce moment) et 4, à venir.

Merci Chris pour ces partages et notre rencontre qui en promet d’autres.

Merci Laurence pour ton entremise et ton amitié vive qui m’apporte tant !

Éric

Blog Débredinages

Brooklyn Paradis

Saisons 1 et 2

Chris Simon

12€ le volume de chaque saison ; distribution numérique (Kindle, Kobo, Fnac, iBooks, Store and Nook) et papier (Amazon, Barnes and Noble et chrisimon.com)

Aller sur le site www.chrisimon.com et enlivrez vous !

En photos, de gauche à droite : Laurence Labbé, Chris Simon et votre serviteur !

Bretzel Blues de Rita Falk

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avais narré l’an passé quel fut mon contentement à la lecture de l’univers de Rita Falk, lors de ma découverte de l’auteure avec son opus « Choucroute Maudite ».

Elle associe humour décapant, décalage volontaire, et ingrédients de roman noir ciselé, permettant de délivrer une enquête policière mêlée étroitement à une analyse sociétale de la ruralité de Bavière.

J’avais particulièrement aimé le caractère du commissaire Franz Eberhofer, personnage truculent et direct, qui ne se laisse pas encombrer par des principes théoriques et qui sait manier une investigation pour aboutir à sa résolution, malgré les embûches et les vicissitudes.

Et Franz ne peut pas passer une journée sans avoir le plaisir de savourer quelques douceurs de charcuterie, quelques plats émérites de sa « Mémé » et en dégustant régulièrement des bières. On pourrait considérer qu’il s’agirait de poncifs sur le Bavarois et l’on se tromperait, l’auteure dénonce les insuffisances de sa Région et ses petites lâchetés mais sait aussi nous rappeler aux courtoisies de la vie et aux partages des bonnes choses.

Le commissaire est appelé par le Principal du Collège, qui vient de découvrir des inscriptions insultantes très claires sur le mur de sa maison. Franz repère assez vite que le Principal ne lui apparaît nullement sympathique et que cet avis est sévèrement partagé par les élèves et les parents qu’il peut rencontrer en ses sphères amicales.

Le Principal demeure absent et injoignable, pendant quelques jours, et le commissaire se rend chez la sœur du Principal, qui n’a plus de contact avec lui depuis longtemps et qui ne le considère pas comme membre de sa famille, et qui se désintéresse de lui ; quand le Principal refait apparition, le Commissaire est intrigué et quand il se rend chez lui, il ne peut que corroborer son impression de départ sur la suffisance de l’intéressé et son peu d’intérêt en relationnel.

Mais quand son cadavre est retrouvé « façon puzzle », sur une voie ferrée, après le passage d’un train, notre Commissaire penche rapidement pour une exécution et pas pour un suicide.

Ce roman vous apportera successivement ou de manière délicieusement entremêlée :

  • Une mise en bouche totalement formidable avec la confection notamment des petits pains à la vapeur de « la Mémé » et en croisant la charcuterie saisissante et savoureuse de chez Simmerl, que Franz affectionne
  • Une appréciation très drôle des péripéties amoureuses de Franz et de « sa Susi », qui n’arrivent pas à se détacher de leurs ébats ou de leurs tensions et coups de gueule, mais qui ressentent difficilement bilatéralement le possible amour de La Susi vers un bellâtre Italien dont nous attendons avec impatience la résultante pour un prochain opus…
  • Une dynamite en règle des relations familiales avec l’agacement majeur du Léopold, le frère du commissaire, antithèse totale de son caractère, quand Franz réussit seul à endormir sa nièce métissée, qu’il persiste à appeler Sushi, en rajoutant un « s » à son prénom
  • Une enquête méthodique appuyée sur des analyses médico-légales poussées et des expertises mettant en lien tous les réseaux professionnels passés du commissaire, où cohabitent Günter et Rudi, aux réalités totalement déjantées et/mais professionnelles
  • Une drôlerie permanente et une cocasserie– même si le terme est galvaudé –jubilatoire, qui structure une lecture agréable avec une connaissance nécessaire de la vie sociétale en Bavière où les rapports de voisinage sont souvent épiés et où les cachotteries sont légion…

Une auteure formidable que je vous invite à apprécier et conquérir, qui m’a mis l’eau (et la bière…) à la bouche et pour laquelle la nouvelle livraison du prochain opus est attendue, en ma bibliothèque, en priorité.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Bretzel Blues

Rita Falk

Traduit de l’allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux, bravo à elles !

Mirobole Éditions

19.50€

 

Avec mes amitiés vives à Sophie, fervente dénicheuse de romans différents et à qui j’adresse ma gratitude pour son travail d’éditrice ! Salut Sophie !

Et Rita, nous nous sommes rencontrés, l’an passé, après une conférence lors de Quais du Polar à Lyon, et j’avais discuté avec vous, avec mes rudiments de langue de Goethe, et ce fut un vif plaisir de prolonger les saveurs de vos romans en cet instant partagé.

Satanas de Mario Mendoza

 

Roman noir, analyse sociétale approfondie de la Colombie, dénonciation des inconséquences de pratiques violentes tolérées et installées, incommunicabilités familiales, impossibilité d’accepter les différences, tels pourraient être les qualificatifs à affecter à ce livre tonitruant, haletant, pénétrant et surtout sans concession aucune, qui se place à Bogota, dans les années quatre-vingts.

Ernesto est prêtre, mais il y a longtemps qu’il a cerné que la guérison potentielle des âmes passait d’abord par une rencontre permanente avec les humbles, pour cerner leurs peines et leurs vécus et pour leur apporter appui, réconfort, pour non seulement les écouter mais aussi partager avec eux leurs contraintes, pour tenter d’aller avec eux vers un mieux-être…

On le sent sensible aux inspirations de la théologie de la libération qui avait entraîné quelques prêtres à suivre la révolution Sandiniste au Nicaragua, avant que Jean-Paul II ne les sermonne fermement en public, avec un rappel à l’ordre sur la sacralisation de leur mission qui ne saurait suivre une aventure humaine, encore moins marxisante…

Ernesto aime Irene et sent que l’appel à devenir défroqué s’annonce… car les charmes d’Irene et sa chaleur sensuelle développent plus de positivité qu’une relecture intempestive évangélique.

Ernesto prend du temps, en son confessionnal, pour apporter du soutien, de l’empathie, de la compassion, mais quand un pauvre homme qui n’a plus le sou envisage de tuer les membres de sa famille pour ne plus avoir à se reprocher qu’il ne peut plus rien faire pour eux, il alerte avant son passage à l’acte. L’irréparable advint pourtant et le pauvre homme se place comme un meurtrier absous par le prêtre, ce qui déconcerte et révulse Ernesto…

En lisant cette partie-là du livre, crûe et directe, je me remémorais le film de Claude Autant-Lara, passé de la CGT au Front National je le sais, mais je vais différencier le parcours de l’homme de son œuvre, si vous me le permettez, « L’Auberge Rouge », où Fernandel, prêtre, confessait Françoise Rozay, aubergiste, qui lui confiait que tous les passants de nuitée étaient détroussés et assassinés depuis des années en son hôtel… Fernandel était tiraillé entre respect du secret de la confession et nécessité d’alerter les personnes en place dans l’auberge pour la nuit. Ce fut certainement le rôle le plus marquant pour Fernandel et Ernesto lui emboîte le pas, par sa candeur et sa douceur, son affliction et son courage et sa volonté très humaniste.

Andrés vit correctement de ses talents artistiques et notamment de portraitiste, il est reconnu et quasiment installé ; il a vécu une relation torride et passionnelle avec Angélica mais qu’il a contribué à clôturer, rendant la jeune femme au désespoir et l’artiste dans l’absolue pureté de ne se consacrer qu’à son œuvre.

Lorsqu’il repère qu’en peignant un portrait il est attiré par des forces incontrôlables qui l’obligent à traduire ce qui va arriver dans un proche avenir aux personnes qui posent devant lui, il se sent à la fois terrifié et impuissant et le besoin de conseil devient impératif. Angélica veut absolument qu’Andrés lui fasse son portrait et elle considère le refus de l’artiste comme lié à leur rupture et quand Andrés consentira à s’exécuter, et donc ainsi à découvrir le mal qui ronge la jeune femme, il voudra reprendre lien avec elle…

Les pages de tension entre les deux amants écartelés sont totalement magnifiques, déchirantes, et elles subliment la passion qui part de la force des sentiments à la détestation et de la volonté de reconstruire au chapelet d’injures. Il faudra qu’un réalisateur utilise cette force émotionnelle et de tension pour en faire vivre « un vrai beau film », comme on dit au Québec, sans jamais avoir l’apparition du mot « fin ».

Maria vit d’errances, son petit commerce où elle propose quelques boissons au marché et pour lesquels ses clients cumulent des ardoises ne lui rapporte pas beaucoup. Elle est sans arrêt victime de sarcasmes sexistes et d’une propension abusée des hommes à lui indiquer que la voie pour gagner beaucoup d’argent, du fait de son charme indéniable et racé, signifierait qu’elle accepte de s’offrir à eux. Elle ne supporte plus ces œillades et se désespère.

Quand deux jeunes garçons lui proposent de séduire dans un night-club des « richards » de passage, pour leur placer un anesthésiant dans leur verre, permettant ensuite aux garçons de récupérer argent et affaires des infortunés séduits, elle saute le pas… car elle peut connaître une vie enfin aisée avec appartement, fringues et possibilité de penser à elle.

Mais en prenant un taxi, elle rencontrera deux violeurs et elle ne pourra imaginer que la vengeance acérée, pour laquelle elle n’aura jamais aucune honte, considérant que son humiliation ne trouvera réconfort que par l’assistance à une autre humiliation en retour, vécue directement par ses bourreaux.

Maria fut la protégée d’Ernesto, Andrés appartient à la famille d’Ernesto et ils ont tous les trois des tas de choses à se dire, et une invitation dans un restaurant apprécié semble le bon moment pour partager craintes et tensions et considérer l’avenir sous une autre face, peut-être enfin positive et plus alerte…

Campo Elias, ancien vétéran du Vietnam avec les forces américaines, reprend des études et vit de ses cours d’anglais donnés à domicile. Il est détesté de ses voisins car il se place sans chaleur et sans compassion aucune et ne voit que son individualité.

Il analyse de manière récurrente le livre de Stevenson « Docteur Jekyll et Mr Hyde » et l’a tellement interprété et surjoué qu’il a acquis l’intime conviction que chaque individu se place en bipolarité, avec des moments rares d’apaisement et une extase onirique portés par un déferlement de violence, incarnée par Satan et qu’il doit conquérir et structurer.

Et il se prépare pour ce moment important de jouissance par le côté réputé salvateur de purifier son âme en tuant de sang- froid celles et ceux qui pensent œuvrer pour le Bien, alors qu’ils se doivent d’affronter le mal incarné vers lequel ils sont destinés…

L’auteur, en postace, nous précise qu’il a rencontré Campo Elias, en ses études, et qu’il en frémit encore, mais quand on sait la violence qui incarna la Colombie pendant de nombreuses années, on se dit que le règne de Satanas s’est imposé et a produit sa gangrène de manière insidieuse puis impitoyable, devenant même la norme…

J’aime beaucoup les messages de l’auteur, en déférence à Stevenson, cet écrivain dont on ne connaît que le merveilleux « l’île au trésor » et qui a combattu pour le droit des Samoans à disposer d’eux-mêmes, contre l’Empire Britannique, alors qu’il en possédait la nationalité et il est enterré là-bas et j’espère bien, un jour, le saluer sur place… J’ai cet écrivain, en passion. En 2013, en sa bonne ville d’Edimbourg, je suis allé sur ses traces et j’ai rencontré un de ses exégètes et on a parlé longuement de sa vie, de son œuvre et son parcours Francophile avec un âne dans les Cévennes et le rappel du fait qu’il ait utilisé comme prénom Robert-Louis et non Robert-Lewis, en hommage à notre langue.

Je vous invite à lire ce livre, une nouvelle offre de choix publié par Asphalte, et vous ne resterez pas indifférent ni à sa teneur, ni à son style, ni au charisme des personnages ou à leur emboitement enchevêtré pour le meilleur et pour le pire ; une vraie réussite littéraire, vraiment !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Satanas

Mario Mendoza

Traduit de l’espagnol (Colombie) par Cyril Gay

Asphalte Éditions

22€

Microfilm d’Emmanuel Villin

Quand le talent du conteur s’associe à l’originalité narrative comme à l’analyse sociétale, nous nous approchons du plaisir inhérent au coup de cœur littéraire, à célébrer et proclamer, sans réserve !

Sans flagornerie hasardeuse qui ne se placera jamais en l’inspirante et dynamisante maison d’édition Asphalte et sans éloge par trop contempteur de l’auteur, je tiens cependant, en cette humble chronique, à dire pourquoi j’ai fortement aimé le livre et pourquoi vous ne pouvez passer à côté de ce moment rare que vous vivrez, en vous y plongeant, car vous vibrerez en des séquences qui mêleront et associeront émotion, décalage, sens de l’absurde, mais aussi réflexions aiguisées sur nos réalités rudes contemporaines.

J’ai retrouvé, en ce livre, la saveur de Ionesco dans la Leçon et ses multiples rappels « comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence… » et de Rhinocéros où l’implacable inconséquence de ce qui est vécu ne peut être contrariée, même si ce qui se passe apparaît sans repère ni cohérence…

Un figurant cinéphile averti et en connaissance appuyée sur la genèse des films et sur leur analyse inventoriée, tente de survivre, entre castings plus ou moins opérants et sollicitations de Pôle Emploi l’incitant à ouvrir son profil de recherche…

Il répond à une annonce, que son Conseiller l’incite à analyser, et trouve presque surprenant que l’on cherche à le contacter aussi rapidement et directement.

Il se présente en une « Fondation pour la paix continentale » située Place Vendôme, peu évidente à repérer, pas forcément accessible au regard, pourtant en un des lieux les plus voyeurs de la Capitale, et se voit engagé, quasi immédiatement, avec pour missions de microfilmer des documents ou d’analyser des dossiers et pièces microfilmés, mais sans appareil de visionnage encore présent, ni disponible…

En attendant que sa mission première prenne forme concrète, on lui demande de compulser une sorte d’encyclopédie explicative de la Fondation et d’en tirer quelques éléments visant à en faire ressortir des axes de communication exploitables pour des publications.

Ces éléments communiqués, le relief inhérent à ce livre étonnant et fort apparaît sur plusieurs strates, en évocation des personnages :

  • Nadège, la secrétaire de la Fondation, avenante et accompagnante de notre personnage principal, pourra apparaître sous un jour différent en d’autres situations… « Aménité un jour, déshumanité toujours … », disait le regretté Desproges…
  • Celle que l’on peut appeler référente « ressources humaines », Lydie Soucy, se positionne avec une communication retenue, mais qui vogue de l’indifférence au cinglant, et qui magnifie au plus haut moins la densité du travail qui l’attend et par délégation la haute responsabilité qu’elle s’imagine développer…
  • Le directeur de la Fondation, qui n’en est pas le Président, – ce que Lydie Soucy répète à foison, marquant par là-même son attachement à l’autorité suprême et pas à se laisser conter par d’autres moins en référence… – semble errer sans mission définie et pourtant il semble se sentir indispensable, derrière des paravents de fumée de cigare…

Quand un spécialiste du juridique recruté avec verve, passionné aussi de cinéma et échangeant des connaissances avec notre personnage principal, se trouvera vilipendé et même mis en retrait de manière tout à fait insupportable par Lydie Soucy et Nadège… et que notre personnage principal, voulant prendre de ses nouvelles, apprendra avec stupeur ce qu’il est advenu de lui, la perception de la Fondation deviendra, pour lui, bien plus périlleuse…

Et un déplacement à Lisbonne pour remettre des feuillets de dépliants et en une rencontre qui laisse planer tous les doutes potentiels sur l’existence possible, en la Fondation, du secret diplomatique ou des missions discrètes, notre personnage principal errera à la recherche de son Patron, pour finir par revenir sur Paris, sans savoir pourquoi il avait fait le déplacement, ces contraintes ressenties deviendront plus majeures…

Il faut lire ce livre comme une ode à notre vécu d’incommunicabilité, où l’on croise des collègues sans se soucier s’ils vont bien ou pas, où l’on est capable de côtoyer quelqu’un mais ne plus s’intéresser à ce qu’il devient, surtout s’il disparaît de la circulation du jour au lendemain, où l’individualisme prend le pas sur le collégial et où l’indifférence et la déférence règnent en parfaite harmonie, sans approche d’un minimum d’ancrage solidaire…

Il faut lire ce livre comme une oraison à l’absurde, car l’on sait bien que le rationnel n’est pas ce qui guide le plus nos actions et donc que l’inconséquence peut se placer en notre quotidien…

Notre héros peut parfois considérer qu’une journée de travail sans mission s’entend et s’organise, que l’absence de mission définie ne se conditionne pas comme une impasse impossible à gérer…

Mais le livre invite surtout à la réflexion sur la condition au travail de celui ou de celle qui sans repérage de ce qu’il a à faire, sans prise en charge collective de son domaine d’activité, peut facilement tomber dans le désarroi, le doute, le déchirement, le stress et donc la dépression…

Il faut lire ce livre si l’on veut reconnaître la cohérence des lignes de métro Parisiennes, dans leur défilé en litanie, si l’on veut arpenter les cimetières comme un nécrosophe (philosophe de la nécrologie, comme le déjanté Bertrand Beyern, que j’admire, et que j’ai rencontré un jour au Père Lachaise, en 1999) et si l’on veut revoir des films d’auteur de référence, car l’auteur parsème à satiété des messages clairs sur des rappels de séquences qui nous invitent à la projection. J’ai même fait ma liste de DVD pour un prochain anniversaire qui arrive…

Il faut lire ce livre en se disant qu’il ne faut jamais, même sous prétexte de rémunération correcte et de possible sécurité d’employabilité (ce qui représente tout de même un luxe investi pour un figurant) accepter ce que l’on nous présente, sans être capable d’en cerner la signification, l’utilité, la fiabilité et surtout la reconnaissance humaine qui s’attache à celle ou celui à qui l’on confie une tâche. Restons humains et en aménité et détestons la déshumanité !

Merci à Emmanuel Villin pour son style aéré, incisif, poétique, pétri d’humeurs et qui se savoure comme une ode à la fraternité, en prenant un Communard en un Bouchon Lyonnais.

Emmanuel, venez sur Lyon, on flânera et on « bouchonnera » !

 

Éric

Blog Débredinages

 

Microfilm

Emmanuel Villin

Asphalte Éditions

16€

Jon Ronson : La Honte !

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en lisant ce livre important, à considérer comme « une non fiction », comme on dit outre-Atlantique, on s’imagine revivre, avec contrainte lourde, les époques des châtiments publics et corporels, des flagellations en place publique, des mises au pilori et des humiliations directes, au vu et su de tout un chacun. Je sais bien que notre époque contemporaine renferme toujours des régimes et territoires où les spectres de ces vilenies fonctionnent encore et de manière plus qu’aiguisée…, mais il est cependant communément admis en nos sociétés démocratiques et de libre-arbitre que l’infamie ne représente rien d’autre qu’une atteinte à l’intégrité et à la dignité.

Jon Ronson a décidé d’enquêter de manière fouillée et argumentée sur celles et ceux qui ont été les victimes involontaires ou inconséquentes des réseaux sociaux, souvent après une blague qui a mal tourné ou la publication d’un article de second degré mal orienté ou mal cerné… Certaines personnes ont aussi abusé des réseaux sociaux pour dynamiser des plaidoyers professionnels et pour se positionner en reconnaissance d’expertise et ont ensuite fortement souffert de retombées difficiles, quand leurs pensées étaient jugées plus contestables…

L’auteur évoque plusieurs situations vécues.

Celle de Jonah Leher qui se targuait, en abusant de la toile, d’écrire des conférences et des publications de sa seule main, avec des citations empruntées à des personnalités des arts et lettres ; il était très apprécié, reconnu fiable et intéressant, intelligent et cultivé. Lorsqu’un journaliste lui a un jour demandé comment il avait pu citer Bob Dylan sur une orientation de son parcours de vie, sans qu’il ne retrouve nulle part trace de ce qui lui était prétexté, Jonah s’est replié sur lui-même et n’a pu accepter que l’on découvre qu’il inventait des citations ou des emprunts et que même parfois il recyclait des éléments de la toile pour accompagner son travail personnel. Personne ne l’a caractérisé pour un plagiat mais on lui a fortement reproché d’avoir créé un univers imaginaire en faisant croire qu’il s’appuyait sur des analyses d’auteurs crédibles et réelles. Quand le subterfuge a été repéré, les réseaux sociaux l’ont vilipendé comme un menteur invétéré et il devenait l’auteur à la mode qui avait trahi ses fans et qui devait payer…

Justine Sacco s’envolait pour un voyage en Afrique du Sud quand elle a envoyé, avant de s’endormir dans l’avion un « post » de goût d’humour noir, si vous me permettez l’expression, que certaines et certains trouveront douteux en indiquant « qu’elle ne pourrait être victime du Sida sur place, car elle était Blanche… ». Elle pensait que ce message d’humeur moyenne n’allait être lu que par ses « amis » en réseau social et quand elle a débarqué en Afrique du Sud, elle était attendue par une meute enragée, en l’aéroport, qui voulait « casser la raciste » et surtout qui la vilipendait avec une violence et un appel à la haine extrême, on appelait à la violer, à la tuer…

Lindsay Stone avait l’habitude, un brin crétine peut-être, de se faire prendre en photo en décalage avec les interdictions : elle aimait se faire prendre le portrait sur une pelouse où l’on a pas le droit d’aller, se faire identifier en fumant dans un lieu non-fumeur… Et là elle avait décidé de faire un doigt d’honneur en un cimetière militaire. La photo assez grotesque et provocatrice a été publiée sur son réseau social et elle n’a pas cerné que les re-publications lancées allaient déchaîner les passions et que son humour, qui lui appartient et elle en est libre et heureusement, avait été très mal vu et qu’on la considérait comme non patriotique et donc comme une personne « révulsante », à bannir, et tout ce charivaris insupportable lui coûta son emploi, son entreprise ne voulant pas être associée à son image…

L’auteur a rencontré tous les protagonistes de ces lynchages publics et s’il leur donne de l’empathie, il leur rappelle aussi qu’il faut se garder de tout angélisme ou de toute forme de naïveté, car contrairement à ce que les personnes avaient pu penser, la toile est ouverte, non protégée et tout ce que l’on y met se retrouve et s’utilise et la méfiance ou la prudence s’imposent.

Et il nous met face à nos responsabilités. Deviendrions-nous des adeptes du lynchage généralisé, en nos réalités actuelles ?

Pour lui, on aime crier avec la foule pour :

  • Dénoncer des comportements que l’on juge peu pertinents ; et les cas cités plus haut peuvent s’y rapprocher, mais ils ne mettaient pas en cause les institutions et ne portaient à conséquence qu’au détour d’une plaisanterie mal cernée et surtout publiée sans cohérence. Car comme le dit mon vénéré Desproges « on peut rire de tout, on peut réfuter toute sacralisation, mais pas avec n’importe qui ». Or la toile transfère tout et notamment auprès du n’importe qui…
  • Aller dans le sens de la colère incisive fait du bien au plus grand nombre, cela donne la même force que celle affectée par le Prince dans l’arène quand le public présentait le pouce en position basse pour sanctionner la mort de l’infortuné gladiateur ; on se permet, comme pour certains supporters en stade, de tomber dans la vulgarité la plus écœurante, la plus insupportable et on considère l’autre comme une misère qui ne représente rien et l’on se positionne comme si l’autre devait être la référente bête immonde…
  • Se pourvoir et se mouvoir dans ces agitations négatives permet, surtout si l’on veut se « cogner » à celles et ceux qui ont eu du pouvoir ou de la notoriété, de se sentir acteur lanceur d’alerte, acteur « robin des bois » du futur, redresseur de tort, pourfendeur des corruptions et insuffisances de celles et ceux qui en ont trop profité…

Et il nous invite à considérer que si la toile représente un instrument palpitant et moteur, elle reste aussi un lieu maléfique car toutes les personnes dont il a reçu les témoignages ne pourront jamais plus vivre comme avant, car les moteurs de recherche rappelleront pour de longues années ce qui les représente et leur e-notoriété ne sera que crainte, contrainte et porteuse de messages malsains. Et quand on sait que tous les recruteurs regardent toujours les e-réputations en surfant sur le net, on sait que cela placera les personnes, dont le vécu aura été lourd de passé, dans une situation très pesante et rude.

Un livre qui aide à réfléchir et qui doit vous être approprié avant d’écrire un message sur facebook ou twitter, « quand vous voudrez vous payer quelqu’un » ou quand vous voudrez vous lâcher dans une diatribe contre une personne que vous ne pouvez sentir…

On a le droit de critiquer, pas de placer quiconque en atteinte à son intégrité.

Amitiés vives et faisons en sorte ne pas être honteux d’avoir sali et/ou rendu honteux quiconque !

Je deviens moraliste, rassurez-vous, ce sera tempéré et ponctuel.

 

Éric

Blog Débredinages

La Honte !

Jon Ronson

Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau

Éditions Sonatine

21€

Vasco de Gama – Le premier voyage 1497-1499 – La relation attribuée à Alvaro Velho

Ce livre, au sens précis et intrinsèque du terme, constitue une vraie pépite.

Pépite car il renferme un texte rare et fondateur.

Pépite car il se lit comme un roman d’aventures ou de pionnier.

Pépite car on ressort de sa lecture, bien mobilisé, avide de promenades à venir et reconnaissant des explorations et découvertes passées, pour élargir les champs du possible…

Alvaro Velho, dont l’identification reste incertaine mais vraisemblable, a accompagné Vasco de Gama, pour son voyage aux Indes, par le passage du cap de Bonne-Espérance entre 1497 et 1499 ; il demeure un témoin manifeste du vécu de cette expédition, de ses prises de risque, des rencontres développées et des informations recensées, pour comprendre et cerner les réalités d’un monde qui s’ouvrait et dont le commerce s’étendait.

La fin du XVème siècle inscrit deux évènements majeurs, le débarquement dans les Bahamas, repérées comme les Indes, pour le compte d’Isabel de Castille, par Christophe Colomb, et la liaison entre Europe et Inde, par le circuit maritime du Cap de Bonne-Espérance, par Vasco de Gama, pour le compte du roi Manuel Ier du Portugal.

Espagne et Portugal signèrent un traité dit de Tordesillas, en 1494, qui fixait comme frontière entre eux, le méridien, qui divisant la terre de pôle à pôle, passait à 370 lieues maritimes à l’ouest du Cap Vert. Ce qui serait découvert à l’est du méridien serait Portugais, et ce qui serait découvert à l’ouest du méridien serait Espagnol. Selon les historiens les Portugais connaissaient déjà à cette époque l’existence du Brésil et auraient gardé cette information secrète, sachant que cet immense potentiel territoire leur reviendrait…, ainsi que les éventuelles conquêtes que  l’expédition menée par Vasco de Gama aurait développées.

La flotte de quatre navires quitte Lisbonne, à l’emplacement de l’actuelle et sublime Tour de Belém et fait escale trois semaines après le départ sur l’une des îles du Cap Vert, point de rencontre des bateaux, en cas de perte de vue commune, même si l’organisation Portugaise vise à rester au plus près des côtes.

Un des navires porte à son bord Bartolomeu Dias, le premier à avoir doublé en janvier 1488 le cap de Bonne-Espérance.

Une escale se structure au château de Saint-Georges de la Mine, construit par les Portugais en 1482 sur la côte de l’actuel Ghana, où Dias s’arrêtera.

Puis s’ensuit une longue et palpitante navigation dans l’Atlantique Sud où l’on perd le contact avec les côtes pour éviter écueils et récifs pour atteindre début novembre la baie de Sainte-Hélène, au nord du Cap.

Le 16 novembre les navires double le Cap de Bonne-Espérance et s’identifient, en la lecture, des messages forts de conseil et d’accompagnement des navigateurs, car la rencontre des courants de deux océans entraîne une pénétration difficile et des précautions assouvies.

Puis s’organise une escale plus longue dans la baie dite de Sao Bras au cours duquel un navire de ravitaillement est détruit, car devenu inutile pour la poursuite de la navigation, et le 16 décembre les équipages atteignent le point extrême joint par Dias en 1488.

Puis les navires décident de remonter la côte nord de l’Afrique Orientale, où il est repéré une présence musulmane de plus en plus importante, analysée comme dominatrice par notre chroniqueur qui n’oublie pas qu’il navigue pour le compte d’un roi du Portugal pétri de chrétienté…

Les escales dans les îles du Moçambique se déroulent difficilement avec des heurts directs signifiant une nécessité de prendre le large, mais à Malindi, au large de Zanzibar, le roi local propose aux navigateurs un pilote éclairé chargé de les aider pour la poursuite du voyage et donc potentiel partenaire commercial.

Vasco de Gama traverse ensuite l’Océan Indien et la terre est joignable le 18 mai 1498.

Les Portugais ont atteint le but ultime de leur voyage, Calicut, et effective terre du sud de l’Inde, la vraie, elle…

Vasco de Gama remet des lettres de doléance de Manuel Ier au Raja local mais les relations directes ne se placent pas en aisance et se structurent souvent avec des hostilités développées.

Les navires rentrent sur leurs bases de navigation arrière, sans points de relais commerciaux établis, notamment pour les épices ; une halte est effectuée pour nettoyer les navires et se ravitailler, et, une personne embarquée, qui parle le Vénitien, semble plutôt se positionner comme un espion potentiel…

La traversée de l’Océan Indien s’affiche en péril absolu, avec une épidémie lourde de scorbut qui fait des ravages et qui décime les équipages, qui arrivent exsangues sur les côtes de Somalie début 1499.

L’escale à Malindi se déroule posément et un navire est détruit par obligation, car les membres d’équipage se trouvent trop réduits pour poursuivre le voyage.

Le texte s’arrête au large de la Guinée Bissau en avril 1499, sachant que le frère de Vasco de Gama ne pourra arriver à Lisbonne, épuisé et malade.

Notre chroniqueur a pu être lui-même atteint du même mal ?

Les rescapés organiseront une procession en témoignage du péril vécu et de la recommandation à Dieu des âmes de leurs camarades.

Et les deux lettres de marchands Florentins, incluses dans le recueil, montrent que le commerce passera désormais, sous les auspices du Portugal, par la voie de navigation qui contourne l’Afrique et qu’elle commencera à concurrencer, de manière redoutable, la route des épices passant par l’Egypte et la Méditerranée, monopole des Vénitiens, et cette potentialité de concurrence semble ravir nos Florentins, pour damner le pion à Venise

Le livre se parcourt comme une ode au voyage, à l’invitation et à la découverte sensible ; certes il magnifie le Blanc et l’Européen et il ressort des rêves de conquête et de colonies possibles, mais il est aussi respectueux des différences et de la volonté de se comprendre par les échanges et le commerce.

Et les malheurs des navigateurs, dont peu ont pu arriver à bon port, au sens strict, doivent aussi nous inspirer car sans leurs combativités et leurs élans, notre monde aurait été moins bien cerné, connu et identifié.

Un livre très agréable à lire et passionnant et de bout en bout, cadeau de mon fils Arthur, à Noël, à qui je dédie cette humble chronique.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Vasco de Gama

Le premier voyage

1497/1499

La relation attribuée à Alvaro Velho

Éditions Chandeigne

Magellane Poche, la bien nommée collection !

 

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