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débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

août 2018

Le Parisien de Jean-François Paillard

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous incite fortement à suivre mes humbles pas et ainsi à pénétrer l’univers de ce roman noir très maîtrisé, associant une histoire structurée et des enchevêtrements récurrents avec les réalités sociétales, qu’elles soient liées à certaines combines politiques ou au déploiement du « secret défense »…

Nicolas a été soldat et a été mobilisé dans ce que l’on appelle pudiquement « les opérations extérieures » et notamment dans celles de l’Irak de la guerre du Golfe, lancée officiellement (commentaire personnel) pour défendre la souveraineté du Koweït envahi par les troupes de Saddam Hussein (qui fut l’allié de la France pendant de nombreuses années, après avoir été reconnu comme le dictateur funeste qu’il avait toujours été…) ou au Congo-Brazzaville, pour le maintien de l’ordre public et accessoirement (nouveau commentaire personnel) pour maintenir en place la famille de dirigeants au pouvoir, pourtant appelée de manière récurrente, en les tribunaux Parisiens, pour les biens mal acquis…

Nicolas semble avoir été victime du syndrome du désert, appellation communiquée par l’armée, qui a aujourd’hui encore du mal à reconnaître sa responsabilité (dernier commentaire personnel) sur les dommages collatéraux vécus par les forces alliées, et donc le contingent Français, lors de l’utilisation de gaz paralysants visant à stopper la progression des forces Irakiennes mais se voulant non nocifsIl reste que les vents ont renvoyé les gaz à leurs prescripteurs causant des pathologies neurologiques à de nombreux soldats, mais que l’on a refoulées pendant des années, prétextant leurs troubles psychologiques individuels…

Nicolas a quitté l’active, par obligation médicale, mais il se convertit, en étant chargé de la protection rapprochée, nouveau terme élégant employée pour la vigie…, en travaillant pour un ancien condisciple auquel il a sauvé la vie au Congo-Brazzaville, alors que ce dernier avait tenté une intervention inutile et provocatrice, ayant entraîné le décès tragique d’une relation de Nicolas, dont le souvenir le hante encore, puisqu’il a dû la laisser en agonie, obligé qu’il était de se replier. Ces passages, en le roman, sont décrits avec délicatesse infinie et plongent en la vraie littérature, celle qui décrit et invite à penser…

Quand son ancien condisciple lui propose une opération sur Marseille, lucrative, alors que Nicolas est en proie à des soucis financiers compliqués, ce dernier accepte, ne sachant pas où il met les pieds…

L’auteur organise un récit palpitant, entraînant, pétri d’humeur et d’humour et dévoilant des réalités de Marseille, sans aucune concession.

Nicolas sait qu’il a pour objectif de suivre un gros bonnet du trafic de drogue et que ce dernier est suspecté d’avoir fait exécuté un adolescent, visiblement qui n’aurait pas tenu ses « objectifs » ou qui s’en serait écarté…

Il rencontre, sur place, les organisateurs qui souhaitent qu’il soit mis hors d’état de nuire et on lui livre des consignes qu’il est prêt à observer puisqu’il a accepté la mission…

Quand il revient à son hôtel, après avoir proposé un dîner à la jeune réceptionniste, qui en a accepté l’idée à la vraie surprise de Nicolas, il observe, tout en se camouflant, que le dit gros bonnet a été exécuté en l’hôtel, et qu’il devient ainsi la personne recherchée, le Parisien recherché…

Nicolas veut comprendre ce qui est advenu et peut compter sur deux alliés : la sensuelle Djamila, la réceptionniste de l’hôtel qui n’a pas froid aux yeux et qui comprend vite que Nicolas associe force, lucidité et volonté de quête de vérité et avec lequel la relation s’ouvre sur tous les plans, et Jean-No, ancien docker, installé en les réseaux de Nicolas, et qui sait repérer chaque recoin de Marseille pour s’y faufiler avec  soin, en ayant toujours un plaisir profond à communiquer sur l’histoire et le patrimoine des lieux parcourus, même en pleine urgence… Ces scènes-là se placent en cinématographie, et on attend la version filmée de ce livre, charpenté avec dynamique.

Nicolas devra cerner la part de crédibilité ou de supercherie de ses commanditaires, et surtout il va devoir affronter des situations redoutables quand la direction de cabinet de la mairie de Marseille semble être en cheville étroite avec des gangs du trafic de drogue…, eux-mêmes décidés à en découdre entre eux, sachant que « des territoires » ont été définis et qu’il ne convient pas d’en dériver… et que les édiles locaux peuvent parfaitement prendre un accord qui pourra être remanié en fonction des évènements et des profits à réaliser.

L’auteur ne se place pas en une volonté de dénoncer des pratiques mafieuses ou des corruptions, il s’intègre en la volonté de construire une histoire et un roman noir et urbain tonique et convaincant.

Mais il sait glisser quelques messages précis sur les effrois causés par le trafic de drogues, en certains quartiers de la ville, où les règlements de compte sanglants sont légion et où la réalité rude dépasse la fiction romancée.

Il s’attarde aussi, par entrelacements successifs, à évoquer les collusions entre monde des affaires, milieu politique et personnalités peu recommandables, et le passage qui se déroule au stade Vélodrome (que l’on appelle stupidement, pour encore une histoire de fric, Orange Vélodrome, der de der des commentaires personnels, alors que le dernier était suggéré plus haut, je sais…) s’insère de manière très documentée, car il relate tous les coups fourrés et abjections susceptibles d’abriter des relations aussi confuses et inconséquentes, en une ville que Jean-No rend, comme elle l’est (je la connais bien) fraternelle, en vécu ouvert de quartiers composites, et au bord de mer invitant pour une sieste, une promenade ou un romantisme amoureux.

Nicolas arrivera-t-il à ses fins et à remonter la filière du trafic de drogue en large échelle ? Quel est l’enjeu de cette pochette qu’il récupère chez la femme d’un parrain, qui ne se fait plus aucune illusion sur un mari qu’elle a abandonné et qu’elle méprise et dont les photos semblent plus que compromettantes ? La désirable Djamila, qui apporte son aide et son appui sans compter, renferme-t-elle une fêlure enfouie ?

Je vous laisse lire, à satiété, ce roman enlevé et très bien ficelé, qui vous donnera envie, envers et contre tout, de retourner à Marseille et de parcourir la ville, avec Jean-No pour guide, entre corniche Kennedy et lacets routiers ou tunnels urbains.

Merci à l’auteur et à Asphalte-Editions.

Eric

Blog Débredinages

 

Le Parisien

Jean-François Paillard

Asphalte Editions – 21€

De cinq à sept d’Olivia Koudrine

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il n’est pas si fréquent qu’un opus puisse associer, avec réussite marquée, force narrative et analyse approfondie d’une réalité sociétale.

Le dernier roman d’Olivia Koudrine atteint, avec vigueur, cet objectif, et démontre ses qualités littéraires assumées de conteuse d’histoire et de sensibilisatrice d’un sujet souvent refoulé : le cancer du sein.

Par un entrelacement enchevêtré, l’auteure décrit les univers de quatre femmes, aux parcours différenciés et aux vécus diversifiés, mais qui vont toutes être touchées par la maladie, exposées aux thérapies rudes comme aux regards des autres ainsi qu’aux contraintes profondes de l’évolution de leurs corps et de leurs intimités…

Charlotte vit dans le sillage d’un mari, doté d’une situation professionnelle brillante et financièrement aisée, mais elle s’ennuie ferme… et si elle apprécie les réalités économiques qui lui sont offertes, on ressent de manière de plus en plus prégnante, en avancée du récit, qu’elle ne se sent plus très à son aise au sein des mondanités obligées ou des dîners apprêtés. Aussi quand la destinée place sur son chemin un jeune homme fringant, beau comme un Dieu, qui la respecte et la contemple, elle considère que cette vie sentimentale, avec un amant, donne un nouveau sens à ses horizons, et elle n’en éprouve aucune culpabilité particulière car l’on sait bien que les dissensions dans un couple ne se placent pas en responsabilité unique, surtout si l’un ou l’autre prend un virage…

Fanny s’est cherchée pendant pas mal d’années et elle a brûlé sa jeunesse, mais comme le disait joliment Oscar Wilde « il vaut mieux avoir brûlé sa jeunesse que de ne pas en avoir eu du tout… » ; elle est devenue coiffeuse en un salon où elle s’accommode tant bien que mal des minauderies et des insipidités des clientes, et elle alterne des moments de passion avec des hommes virils et désinvoltes, auxquels elle se raccroche, par besoin d’amour, et des crises récurrentes avec un fils qui s’éloigne, aux fréquentations potentiellement inquiétantes…

Gislaine travaille en hôpital, s’occupe du mieux possible de sa famille avec un mari qui attend qu’elle prenne tout en charge… et deux filles aux caractères bien différents qui ne la ménagent pas,  notamment l’aînée, qui communique avec elle en mode d’affrontement permanent ; Gislaine découvre un secret de famille bien enfoui et ne sait si elle le conservera, pour elle, définitivement ou si elle se devra de le délivrer…

Simone a vécu dans le sillage d’un mari avare, s’organisant comme un Harpagon des temps modernes, qui l’a maintenue dans des contraintes et infantilisations pendant des années. Sa mort, observée sans regret particulier, par Simone, redonnera sens à sa vie, en lui ouvrant des perspectives avec la possibilité de développer des réseaux d’amitié au travers de soirées, voyages et découvertes culturelles. Son ancrage familial, lié à la tragédie de la shoah, parsème avec douleur les récurrences de ce flamboiement vital tardif et lui donne l’assurance que comme le pire peut arriver, on doit profiter de l’intensité du présent apprécié…

Ces quatre femmes, avec leurs légitimes limites ou fêlures, mais aussi leurs fortes opiniâtrés, dignités et volontés, constituent un quarteron d’héroïnes très attachant, dont on suit les évolutions avec le souhait que notre accompagnement de lecture leur permette de vivre leur épanouissement de manière plus positive, aérée, et bienveillante.

Elles vont toutes vivre le drame de l’annonce d’un cancer du sein.

L’auteure, qui a rassemblé des témoignages de femmes qui ont vécu ces réalités, qui a rencontré des médecins, intègre, en son roman, toutes les étapes qui se structurent et s’amoncellent quand cette maladie survient, et elle en parle avec aménité, en n’éludant nullement les parcours de soins aux effets secondaires difficiles, les déchirements des potentielles mutilations corporelles et les douleurs des reconstitutions organisées pour réapprendre à s’approprier un corps qui vient d’être frappé par la maladie, alors que les soins, pour tenter la guérison, obligent à des interventions opératoires rudes…

Amie Lectrice et Ami Lecteur, pour avoir approché le cœur de ces réalités, par deux fois, avec ma belle-mère, opérée d’un cancer du sein en 1997, et dont la recomposition corporelle a été ressentie douloureusement avec cette amputation d’elle-même et de sa féminité qu’elle n’évoquait que rarement mais qui l’a profondément marquée, et du fait du cancer qui emporta ma chère Maman, dont les soins devenaient tellement insistants et usants qu’elle finit par solliciter que l’on la laisse en paix… ce roman m’a profondément pénétré. Et le personnage de Simone, en son abnégation finale, se rapproche totalement des résolutions de ma Maman, pour que l’on vive du mieux possible, en attendant une fin annoncée, quitte à se fâcher avec la bien-pensance, y compris médicale…

Je vais évoquer avec le corps médical du centre Léon Bérard de Lyon l’importance de ce roman et apprécierais – je vais m’y atteler – qu’une conférence associe la présence d’un médecin spécialiste de ce type de cancer et l’auteure, Olivia Koudrine, dont je connais la sensibilité, la force émotionnelle et surtout la volonté de caractériser un message toujours féministe : permettre aux femmes de s’accomplir, en repérant leurs voies, en faisant fi des convenances et en acceptant de prendre force et plaisir dans toutes leurs entreprises, en n’oubliant surtout pas l’amour épanoui et la liberté des sens… Et si l’on peut prolonger ce moment par une dédicace, ce serait parfait…

Charlotte n’imagine pas que son amant puisse la contempler avec la même énergie, avec cette déchirure médicale et corporelle, et elle prend une décision radicale, que l’on espère secrètement, en lecture, non définitive ; Fanny rencontre un thérapeute qui sait la comprendre et l’écouter et cela lui fait un bien immense, surtout quand il lui précise qu’elle doit aussi savoir dire non pour s’assumer et retrouver lien avec son fils ; Gislaine découvre les mystères d’un amour qui la magnifie, même si elle tend en permanence à le dénigrer et qui participe beaucoup à sa reconstruction ; Simone décide de laisser libre cours aux évènements car le parcours de soin devient trop systématisé et pesant et ce détachement courageux et un brin « bras d’honneur » se terminera avec humeur, au moment où ses amies et amis lui rendront ce que l’on appelle le dernier hommage…

Ce livre s’avère fortement précieux car il assure au lecteur un plaisir de lecture et une intégration dans la vie des personnages conséquente et appréciée, mais il donne aussi à réfléchir sur l’annonce d’une maladie inquiétante, sur les réalités de parcours de soin différents d’une patiente à l’autre, avec une acceptation plus ou moins marquée de ce qu’il recouvre, tant pour les patientes que pour les proches, sur les mutilations souvent nécessaires pour vaincre « le crabe » qui entraînent des déchirures et tensions…

Ce roman est surtout lumineusement féministe, dans l’acception la plus dynamisante du terme, car il sacralise la nécessité pour chaque femme de définir ses choix pour vivre intensément, aimer et se sentir reconnue, conquérante et donc en plein épanouissement.

Merci Olivia, pour ce nouvel opus convaincant et percutant, et avec toutes mes affections !

 

Eric

Blog Débredinages

 

De cinq à sept

Olivia Koudrine

Cherche Midi Editions – 19€

 

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