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Mois

janvier 2020

Roald Amundsen : De l’Atlantique au Pacifique par les glaces de l’Arctique

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, c’est avec un plaisir vibrant que je vais tenter de vous parler d’un de mes héros : le Norvégien Roald Amundsen.

Je m’étais rendu à Oslo, en 2015, pour aller visiter le musée qui est consacré au bateau qui l’a transporté, avec son équipage, en Antarctique (cf photo en fin de chronique, copyright wikipedia), et lui a permis d’être le premier à atteindre le pôle sud magnétique, en 1911, alors que le capitaine Scott, avec un pavillon Britannique, se plaçait aussi avec le même enjeu de conquête, au même moment.

Amundsen arrivera le premier et Scott ne survivra pas à l’aventure. Cette course à la fois déraisonnée et fantastique m’a toujours fasciné.

J’avais aussi lu de nombreux écrits sur sa volonté de sauver l’expédition de Nobile, en perdition avec le survol de l’Arctique en dirigeable, en 1928, et qui verra Amundsen trouver la mort en tentant de porter secours à son Ami, et ce dernier, qui eut une longue vie, et qui en réchappa, lui témoignera une reconnaissance permanente pour ce don de lui-même…

Le livre récemment réédité par les éditions Arthaud, nom forcément évocateur pour les inspirations, les découvertes et la navigation (salut à Florence, disparue tragiquement) recense un journal de bord, écrit par Amundsen, et désireux de réaliser la liaison entre Atlantique et Pacifique, par les terres Arctiques.

Amundsen n’en est seulement qu’au début de sa carrière en cette aurore de vingtième siècle, il vient de terminer des études scientifiques poussées, technologiques et médicales (à la demande de sa Mère, pour cette dernière partie), à l’Université de Hambourg, et il a décidé d’acheter un petit bateau solide et adaptable au gros temps, qu’il nomme La Gjoa.

Il met en place un petit équipage de marins habitués aux expéditions en terres de glace, qu’il recrute sur les conseils de son maître navigateur, le grand Nansen ; il s’assure que les membres de son expédition savent prendre des relevés, savent utiliser tous les moyens de navigation, même les plus rustiques ou artisanaux, et se repérer aux astres, cieux et étoiles, et il n’oublie pas d’avoir aussi avec lui un cuisinier-chasseur hors pair, car il ne peut y avoir de dynamique conquérante sans moments de partage et de convivialité.

Depuis la nuit des temps les navigateurs Européens cherchaient à découvrir le passage dit du Nord-Ouest qui devait permettre de joindre l’Europe à l’Asie, en passant par les terres Arctiques du Nord Canadien.

Personne n’y était parvenu. Amundsen réalisera cet exploit mais cela lui mit plus de deux ans, car les glaces solides et tenaces ne permettent pas la navigation en permanence et il faut s’armer de patience et accepter des hivernages récurrents.

Amundsen mit le cap de Christiania (l’ancien nom d’Oslo dédié au prénom du Roi de Suède qui avait pavillon sur la Norvège pendant des lustres historiquement…) pour se rendre ensuite au Groenland et voguer ensuite en direction de l’idéal à atteindre.

Un échouage sécuritaire obligea, après passage du détroit de Lancastre, à un hivernage complet, en un lieu qui fut appelé, pour la circonstance, Port Gjoa.

Comme la nécessité de stationner dure un temps certain, l’équipage décide de se rendre sur le Pôle magnétique, en affrontant des températures extrêmes, en appréciant les splendeurs de l’été Arctique et en devant redoubler de vigilance face à des moustiques spécifiques présents en ces contrées, appréciant particulièrement le sang humain, plutôt rare…, et pouvant provoquer des démangeaisons et piqûres difficilement soutenables.

Un appareillage permet de rejoindre la baie d’Hudson et une arrivée à la terre Crozier, qui est explorée de fond en comble, et dont certains territoires sont dédiés au Roi de Norvège Haakon VII.

L’équipage finit par atteindre le détroit de Béring, mythique lieu que l’on observe sur un planisphère, en se remémorant nos lectures des romans de Melville, avant d’être obligé par un nouvel hivernage en Alaska septentrional, qu’Amundsen utilisera pour des randonnées scientifiques et d’amélioration du champ des connaissances jusqu’à Fort Yukon.

L’arrivée à Home, sur l’Alaska du Pacifique, ne sera pas une partie de plaisir et demandera d’accepter de vivre avec la météorologie plus qu’incertaine, de considérer que parfois, et même souvent, il faille revenir sur ses pas ou sur ses flots, et s’armer d’une patience et d’une vigilance accrue insoupçonnée.

Ce livre se lit comme le récit d’une véritable épopée vécue et comme un livre d’aventures totalement en cohérence avec les merveilles de Jules Verne, que je relis à satiété, vous le savez.

J’ai notamment apprécié :

  • Les rencontres incessantes avec les Inuits et les Esquimaux – mais vous me préférerez prendre le terme d’Inuit car le vocable Esquimau voulant dire « homme de glace » peut revêtir une péjorativité – qui ne sont jamais des moments d’affrontement, mais au contraire, des périodes de concorde, de connaissance mutuelle, d’entraide ; l’équipage apprendra beaucoup sur les conditions d’habillement en période hivernale de moins soixante degrés, où les peaux d’animaux se repèrent beaucoup plus adaptées que les manteaux les plus chauds de mode Européenne, et où la connaissance des pistes de chasse et des endroits de pêche leur a assuré des subsistances relativement acceptables.
  • Les connaissances de Ristvedt, mécanicien et météorologiste, capable de poser en toutes circonstances et sur tous les terrains ou tous les flots ses instruments pour effectuer des relevés saisissants en précisions, m’ont fortement impressionné. Et comme il devait établir ces relevés plusieurs fois en journée et en nuit, il a peu dormi en trois ans…
  • Les capacités inventives de Lindström, le cuisinier, qui agrémente les prises de pêches de poissons inconnus, les arrivées d’oiseaux dont le caractère comestible n’est pas assuré et surtout l’accommodement de la graisse et de la chair de phoque à toutes les nuances de palais plus ou moins exigeantes.
  • La force indomptable qui anime l’équipage, certain de son but, fidèle à sa volonté de patience et d’attente, sachant se laisser guider par la nature et appréciant la contempler, en la respectant en toutes ses dimensions, et qui ne se réalise jamais comme une conquête exploratoire avec son apport de gloire parfois surdimensionnée mais comme une reconnaissance de la modestie nécessaire face aux événements et aux éléments, avec la perception que si l’on rencontre d’autres humains, ils seront toujours des semblables inspirants, de partage et communion, jamais à observer avec arrogance ou condescendance, avec le mythe saugrenu du civilisé face au sauvage.

Respect total, donc, pour Roald Amundsen ; je vous invite vraiment à découvrir cet opus qualitatif, ingénieux, condensé de vies et d’apprentissages, culte de la modestie et de la patience raisonnée, et écologiste en amont du terme, par la compréhension que la nature décide et que l’homme s’y adapte, en ne cherchant nullement à la provoquer ou à se jouer d’elle, par mauvais orgueil.

 

Eric

Blog Débredinages

 

De l’Atlantique au Pacifique par les glaces de l’Arctique

Roald Amundsen

Arthaud Poche

Etats-Unis, Tribus américaines de Harold Hyman

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous avais déjà narré mon inclinaison forte pour la collection L’âme des peuples, des Editions Nevicata, structurée sous la direction de Richard Werly, correspondant permanent du remarquable journal quotidien suisse, Le Temps, et installée en Belgique.

Quand j’avais pu approcher l’équipe en charge de cette nouvelle donne de publication, lors du Salon du Livre de Paris, en 2018 et en 2019, j’avais pu cerner sa double qualité : une volonté de présenter, pour une ville ou un pays, les éléments qui enrichissent et emplissent leurs dynamiques et histoires culturelles, et une association solide de messages contemporains  illustrant les forces innovantes qui y sont en présence, qui contribuent à porter espoir et positivité, ainsi que les tensions qui s’y structurent ou développent.

La pertinence des informations nous permet une réflexion aiguisée, pour appuyer nos compréhensions, pour mieux cerner les complexités vécues dans la Cité ou le Pays, et ainsi avancer sur nos connaissances, en réfutant les jugements de valeur ou les simplismes.

En cette récente période passée des fêtes de fin d’année, l’on m’a offert deux nouveaux opus de la collection, l’un concernant les Etats-Unis et écrit par Harold Hyman, l’homme qui décortique pour les chaînes d’information en continu, du fait de sa double culture française et américaine, les réalités et diversités de l’Oncle Sam, et l’autre sur le Vietnam écrit par Jean-Claude Pomonti, fin connaisseur du Sud-Est asiatique.

Les deux livres se repèrent totalement passionnants, ils se lisent comme des condensés d’information d’histoire contemporaine, comme des témoignages de personnalités exigeantes qui définissent des clefs pour débattre, comme des ouvertures culturelles qui se placent en nécessité première pour être reprises, ré-analysées, à emporter, avec soi, avant d’entreprendre un voyage, pour dépasser le guide touristique et mieux cerner et comprendre les environnements en présence.

Cette chronique s’attache au livre sur les Etats-Unis, une prochaine concernera le Vietnam, sachant que les deux pays, nous le savons bien, ont bien évidemment une histoire interpénétrée douloureuse, liée par un conflit sanglant et lourd, dont il est important de cerner les soubresauts et les enfouissements.

Pour Harold Hyman, le souffle longtemps pénétré du rêve américain et la possibilité de s’enrichir et d’entreprendre, en prenant inspiration sur des opportunités à saisir, semblent avoir vécus et ils se trouvent remplacés par la prolifération de ce qu’il appelle des tribus, qui orchestrent les champs des idées, des délibératifs et des décisionnels.

La société américaine adosse trois lignes de fractures qui opposent les Blancs aux Hispaniques avec les Noirs, qui met en relief les riches et les pauvres et qui différencie fortement les chrétiens (surtout Blancs) des musulmans.

Chaque tribu se replie sur elle-même et s’interroge par rapport aux autres, dans une confrontation souvent assumée.

Quand Obama a essayé de transcender ces clivages, on lui a reproché de ne pas choisir ou de s’identifier à une tribu nouvelle et il n’est pas parvenu à ses fins.

Et du coup il est ressenti comme le représentant d’une Amérique Nouvelle qui est conspuée par les tenants de l’Amérique dite ancienne ou traditionnelle, prise en main et en leadership par Donald Trump.

Ces tribus ne s’incarnent pas par la seule référence ethnique, elles se composent avec des relais géographiques, des relations familiales, des liens universitaires ou d’organisations et du coup chaque tribu rêve de son Amérique, très différente et multi conceptuelle…

L’auteur précise que la réussite individuelle de l’American Dream ou de l’American way of life s’organisait aussi avec un altruisme revendiqué, pour donner aux organisations caritatives ou dans certaines soirées de charité, un retour de ce qui avait été gagné, et ainsi redistribuer avec élégance solidaire une partie de la richesse, comme Bill Gates qui dépense plus avec sa fondation en vaccins en Afrique que les campagnes de l’Unicef.

Mais aujourd’hui cette aménité se manifeste surtout pour des volontés d’optimisation fiscale…

L’auteur insiste aussi sur une marque de fabrique Américaine, celle de la conquête technologique qui a lancé, par exemple, le programme Apollo, avec ses réussites.

Il regrette le peu d’empressement du projet de mise en forme d’une station spatiale pour Mars, pour susciter le rêve d’une nouvelle concrétisation scientifique et du développement de la connaissance.

Les tribus s’opposent aussi sur des sujets sociétaux comme le droit à l’avortement, la volonté de respect de l’environnement et donc de l’acceptation ou pas de l’exploitation du gaz de schiste, ou sur la contestation de plus en plus marquée du darwinisme ou de l’origine de l’évolution des espèces, en imaginant  et en revendiquant, sans vergogne, une opposition admise et frontale entre le divin et la science.

L’auteur énumère des tribus religieuses, professionnelles ou électives, puisque l’on retrouve souvent les mêmes familles aux commandes depuis des lustres dans tous les cercles des pouvoirs, mais il reste optimiste en considérant que de la Silicon Valley à Cap Canaveral le génie américain peut encore s’engager dans des aspirations porteuses et progressistes.

Trois entretiens passionnants complètent le livre, l’un concernant le socle des valeurs américaines fait à la fois de libérations mais aussi de puritanismes, l’autre relatif à la permanence des tensions raciales, et le dernier concernant le refus de l’intégration, par certaines tribus évangélistes, des immigrations musulmanes et leur tendance à souhaiter ou suggérer des affrontements plus que des mains tendues…

Comme l’éditeur le précise, « ce livre n’est pas un guide, mais un décodeur », un concentré d’informations importantes et marquantes pour mieux comprendre les réalités Américaines et tenter de mieux percevoir l’importance des débats à venir, pour en cerner les enjeux, en cette année électorale.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Etats-Unis

Tribus américaines

Harold Hyman (cf photo, copyright éditions Nevicata)

Collection L’âme des peuples

Editions Nevicata – 9€

Bravo aux éditions Nevicata, pour cette ligne éditoriale, originale et réflexive !

Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin

 

De Gérard Philipe, je n’ai pu approcher que le mythe qui s’est emparé sur son aura, après sa disparition beaucoup trop tôt, à 37 ans, comme Raphaël, comme Van Gogh, comme Rimbaud, comme si cet âge de floraison de jeunesse où le génie s’incarnait en force et fougue devait être le dernier, pour ne pas s’atténuer et se perpétuer…

Je voyais ses photographies dans les classiques d’études des grands textes et auteurs de collège et lycée (cela remonte aux années soixante-dix, pour moi…), et notamment celles emblématiques de son rôle titre dans Le Cid où il avait retrouvé, selon les critiques de l’époque, et notamment celles de son ancien professeur du Conservatoire, Georges Le Roy, les préceptes théâtraux que Corneille avait annotés pour le jeu de Rodrigue.

Comme Jean Vilar avait refusé toute forme de captation des représentations en Avignon ou au TNP, car le théâtre ne peut que se vivre en direct, et pas de manière filmée, il ne nous est pas permis de revoir Gérard Philipe en sa majesté, mais je suis toujours aussi troublé par son jeu à la fois si simple et si captivant, en revoyant par fréquences Le Diable au Corps, où il magnifie le personnage dévorant et sans complexe que Radiguet (lui aussi parti tellement jeune…) avait su décrire avec une emphase majeure, en déclenchant un scandale chez la bien-pensance de la sinistre chambre bleue horizon, qui glorifiait les morts de la Grande Guerre et oubliait leurs martyrs et les idéaux de concorde et de pacifisme que les Poilus tombés avaient tant réclamés…

Le livre de Jérôme Garcin se lit comme un récit des derniers moments de Gérard Philipe , mais surtout comme un roman picaresque, car l’aventure du comédien va se terminer douloureusement et pourtant elle ne se clôturera jamais, car la force du don théâtral perdurera.

On suit les dernières semaines et derniers mois comme un concentré de vie et de vigueur et non comme une attente de fin de vie en soins palliatifs, et l’on finit même par apprivoiser la douleur indicible de la mort, qui là arrive vraiment trop tôt, en considérant qu’elle n’oubliera jamais l’incarnation d’un homme de théâtre aussi lumineux.

Gérard Philipe ressent de violents maux de ventre et des douleurs lancinantes qui l’empêchent de se mouvoir comme il l’entend pour entreprendre les travaux du jardin ou de la maison de Ramatuelle, en cet été 1959, où il passe des moments heureux avec son épouse, Anne, et ses deux enfants chéris et choyés.

Les visites des amis et les baignades à Pampelone rythment ces moments de ressourcement où Gérard passe un temps incessant aussi à relire des classiques et à annoter les pièces qu’il compte interpréter ou mettre en scène.

Il revient sur Paris, fin août, et donne son énergie pour remettre en état une maison repérée à Cergy, en bord de rivière, et qui s’imagine comme un lieu familial de respiration face aux densités Parisiennes, mais surtout comme un endroit de partages dédié à la création sous toutes ses formes, où les artistes s’installeront et se placeront en une sorte de résidence permanente.

Il revient Rue de Tournon, en son appartement personnel et familial Parisien, proche des nouveaux locaux des annexes du TNP et il reçoit beaucoup, de René Clair qui ne peut concevoir un film sans l’associer en rôle titre, ou de Jean Vilar qui lui demande en récurrences de songer à interpréter Dom Juan.

Il lit avec frénésie et prend des notes, surligne, souligne, pour donner corps et cœur à des imaginaires futurs, élançant de nouvelles entreprises théâtrales et la manière de les préparer, en jeu, en présence, en incarnation des textes originels.

Il sait qu’il veut interpréter Hamlet, qu’il a une proposition pour devenir Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo et surtout il lit et relit les tragédies grecques pour puiser à la source de textes socles du théâtre immémorial.

Mais il se sent fatigué et doit consulter, et il a pris rendez-vous en la Clinique Violet où il n’arrivera pas sous son identité livrée, pour que l’on puisse lui laisser conserver une intimité, même si le personnel médical assurant discrétion vient régulièrement le saluer et lui demander des dédicaces de revues consacrées à l’idole théâtralisée et cinématographiée.

Il vient pour un mauvais abcès, mais le médecin analyse, en voulant l’enlever, une forme foudroyante de cancer qui n’est pas opérable et dont le pronostic terrifiant se place en netteté, l’assurance de la mort entre une quinzaine de jours et six mois.

En accord avec le personnel médical et Anne, l’épouse attendrie, toujours revitalisante, en écoute permanente, qui a toujours insufflé à Gérard de faire des choix exigeants et de ne pas vivre sur ses talents pourtant tellement éclatants, il est décidé de cacher la vérité à l’acteur et de l’accompagner au mieux pendant son restant de vie.

Anne devra composer, donner le change, faire le lien et se placer en illusion avec les amis, les enfants, la famille, la Maman de Gérard à la fois excessive, possessive et fantasque, pour que Gérard reste vivant, ne se morfonde jamais et continue à entreprendre et à imaginer, tourné vers la création jusqu’au bout.

Ce livre est exceptionnellement écrit, car il nous fait vivre de l’intérieur des intimités sans voyeurisme, il nous raconte les complexités qui attendent Anne et le corps médical mais qui assurent à Gérard la perception qu’il pourra se « refaire » et qu’il doit continuer à annoter, analyser et lire, pour que son œuvre soit fléchée par la force des esprits et pour un avenir indéterminé, mais long…

Surtout il pénètre un personnage intense et qui a vécu une vie fascinante, en une concentration surdimensionnée et qui reste aujourd’hui, soixante après son décès, comme un modèle pour une présence artistique à la fois populaire, exigeante et ouvrant en permanence le champ des connaisseurs.

Jugez du peu :

  • Gérard Philipe n’a jamais renié son père, collaborateur notoire, condamné à mort par contumace et réfugié à Barcelone ; il fera toujours en sorte qu’il ne manque de rien. Et pourtant Gérard Philipe a récusé clairement les engagements de son père, a participé avec les forces de la création à la Libération de Paris et s’est positionné nettement comme une personnalité compagne de route du communisme et des idéaux révolutionnaires, passionné de l’œuvre de Lénine, et en visite enthousiaste sur Moscou, Pékin et Cuba, où il est devenu, et où il est toujours resté, une icône internationaliste.
  • Gérard Philipe pouvait jouer sur une même journée deux rôles titre de pièces classiques, toujours en se réinventant, toujours en se réincarnant, toujours en recherchant une amélioration du jeu.
  • Gérard Philipe voulait à la fois interpréter au théâtre et au cinéma, mettre en scène, reprendre des textes anciens et les replacer en une écriture plus contemporaine, s’assurer des conditions de travail des personnels du spectacle vivant en les représentant syndicalement, voyager et découvrir le monde et notamment les terres dites de progrès et d’humanisme et se donner entièrement pour les siens et pour ses amis.
  • Gérard Philippe ne pouvait être dans l’attente, mais nécessairement dans le mouvement ; il ne pouvait être dans la concrétisation consommée, il devait engager des projets et chantiers multiformes, à la fois pour donner sens à sa force créatrice et il devait agir, être acteur et ainsi perpétuer la flamme du don de soi.

On n’imagine mal aujourd’hui ce que représenta sa disparition, pour la France et le Monde, et les hommages qui lui furent rendus, dignes d’un Chef d’Etat émérite, car il avait su réconcilier l’humanité avec la volonté de vivre, après deux guerres mondiales, en plaçant la création comme la découverte du beau et comme la capacité à cerner les essentiels de nos vies et actions ; en ce sens il a su être à la fois populaire, sans être populiste et proche des gens, sans se livrer à la moindre facilité mièvre.

Un livre qu’il faut lire avant de saluer Gérard Philipe, à Ramatuelle, en se rappelant, comme le souhaitait Anne, qu’il repose avec le costume du Cid ; il est certain que là-haut, il a pu interpréter son rôle phare pour le plus grand bonheur des forces de l’esprit…

 

Eric

Blog Débredinages

 

Le dernier hiver du Cid

Jérôme Garcin

Nrf Gallimard

La panthère des neiges de Sylvain Tesson

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en ce début d’année, permettez-moi de consacrer cette humble chronique à l’un de mes auteurs contemporains fétiches, Sylvain Tesson.

J’ai toujours apprécié son écriture poétique, sa capacité contemplative à nous promener ou nous faire errer entre escapades (toujours à pied, bien évidemment) physiques – où l’on s’abandonne à l’écoute des essentiels, en faisant toujours corps et cœur avec la nature et ses environnements – et rappels de lectures enrichissants, prolongeant les débats pour aller toujours plus loin.

Je vénère surtout sa volonté précise et acérée de dire ce qu’il ressent, par delà les convenances et les certitudes, en considérant que la conviction passe d’abord par le respect magnifié de toutes les cultures accumulées solidement par des siècles d’histoire.

Quand son ami Vincent Munier lui propose de l’accompagner sur les hauts plateaux du Tibet pour tenter d’apercevoir, d’observer la panthère des neiges, l’auteur n’hésite pas longtemps, même s’il ne pourra pas, à la différence de ces trois autres compagnons, porter de lourdes charges, du fait d’un squelette bien endolori suite à une chute en été en Montagne, il y a cinq ans, alors qu’il tentait d’escalader un toit de chalet, après avoir bu plus que de raison…, ce que Sylvain Tesson sait aussi apprivoiser, souvent avec délices, parfois avec caprices, notamment dans les Forêts de Sibérie, où isolé en une cabane au bord du lac Baïkal, en un opus que j’avais lu avec frénésie, il déclamait son amour immodéré pour la vodka…

Quand Vincent, Sylvain, accompagnés de Marie et de Léo, en bande, décident, tous quatre, d’aller aux affûts de la panthère des neiges, ils sacralisent ensemble quelques principes de camaraderie et d’exigence bien trempés :

  • intégrer la patience et la nécessité d’attente, car la panthère ne se laisse pas aisément approcher, et il est possible que certaines nuits ou journées n’apportent aucun message de sa part…
  • savoir faire face au froid endurci et excessivement rigoureux de plusieurs dizaines de degrés en dessous de zéro, en faisant en sorte cependant de ne pas se découvrir ou se mouvoir, quand les membres commencent à s’engourdir ou à se geler, car cela pourrait entraîner un signalement, aux animaux, de la présence humaine…
  • organiser la vie, en lien avec la nature et ses obligations, avec le respect de la parcimonie, de la rencontre avec les rares personnes en élevage sur ses hauteurs, en reprenant scrupuleusement leurs usages, en ouvrant grand les yeux pour cerner les immensités et dénicher ainsi, en leur sein, les parcelles de vie d’animaux qui se fondent parmi les environnements avec une dextérité et une malignité qui forcent l’admiration.

L’auteur sanctifie la nécessité d’une approche mûrie et réfléchie qui passe par une connaissance assouvie des lieux (Vincent Munier et Sylvain Tesson sont venus plusieurs fois au Tibet et ont en permanence noté et annoté leurs visions des territoires) et par la création d’un centre de vie qui passe par une organisation structurée des quatre protagonistes : à Vincent la capacité étincelante de déclencher une image par son instantanéité à en mémoriser les motifs, à Marie et Léo le soin de préparer les affûts et de vérifier les appareils et à Sylvain de décrire ou prolonger les intensités des affûts par son écriture ou certaines déclamations ou liens culturels.

Sylvain Tesson sait raconter la découverte de pistes de loup, la présence des yacks, animal emblématique de ses contrées, à la fois domestiqué et tellement libre, et il savoure, par une plume toujours pénétrante et enlevée, la beauté pure de paysages envoûtants, en des altitudes oppressantes et vertigineuses, qui se modifient sans cesse, alors que le blanc étincelant semble immaculé, inaccessible et sans évolution apparente…

L’auteur valorise les étapes qu’il faut entreprendre avec méthode, sans bousculer le programme établi, avec minutie, pour appréhender les silences, le froid, le respect des traces, la capacité à observer et à regarder en permanence, même dans les endroits déjà pénétrés aux regards précédents.

Il rappelle qu’il faut prendre le temps d’écouter, de repérer que l’on est soi-même observé, et pour analyser les choses qui font qu’un enjambant un espace, en montant en altitude, en changeant d’orientation, on découvrira d’autres sites, d’autres lieux, malgré leurs similitudes, avec une faune aux aguets, des yeux animaliers qui font face, des espèces différentes mais qui s’auto-émulent, entre rapaces, carnassiers, herbivores et animaux isolés ou fonctionnant en groupe.

L’auteur dissèque avec concision, sens du verbe, et ne boude pas son plaisir, pour décrire les apparitions qui lui seront permises de la panthère des neiges, qui peut même apparaître sur une photographie sans être visible au premier regard, tellement elle fait corps avec les éléments et les reliefs, et il prend le temps de la contempler, de fixer son regard, son pelage, sa beauté encore plus raffinée par une rareté qui en accomplit un animal quasi mythique.

Il associe à ces moments de forte intensité la délicatesse qui semble unir Vincent et Marie et les réflexions souvent décalées, mais tellement à propos pourtant, d’un Léo dont les études philosophiques sur le sens de la vie et des traces prennent ici toutes leurs ampleurs.

Et l’auteur clôture ce livre flamboyant et fascinant par des pages sublimes sur la source du Mékong, fleuve de référence qui nous ramène en boucle au Cambodge et à la fantastique civilisation Khmère.

L’auteur rappelle toujours en convocations des lectures qui parsèment son parcours et qui peuvent aussi prolonger son récit : Héraclite et sa vision métaphysique, Nietzsche et sa fougue de volonté, Walt Whitman (poète préféré de Neruda) que je vais m’employer à relire, avec le recueil Feuilles d’herbe que j’ai toujours trouvé étincelant, ou Jules Renard qui le premier avec ses Histoires Naturelles a rappelé que le monde n’était pas composé que d’humains et que toutes les espèces y étaient fondamentales.

Ce livre est à la fois un récit d’aventures, un conte onirique, une histoire d’amitiés vives et il sanctuarise le talent de Sylvain Tesson qui romance la poésie ou poétise le roman et sait dire à fleuret moucheté des choses essentielles en un concentré malaxé de concision, d’élégance majeure et de profondeur.

Chapeau bas, l’artiste !

 

Eric

Blog Débredinages

 

La panthère des neiges

Sylvain Tesson

Prix Renaudot 2019

Nrf Gallimard

Offert à Noël par mon Cher fils aîné, que j’embrasse !

A l’assaut du bonheur d’Annette Lellouche

 

Amie Lectrice et Ami Lecteur, en ce sinistre cinquième anniversaire de la tuerie de Charlie, il est fondamental de puiser aux racines de l’écoute, de la concorde, de la tolérance, de l’ouverture, de la préférence donnée à  l’analyse de la complexité plutôt qu’au jugement de valeur insipide, vindicatif, donneur de leçon.

Le dernier roman de mon amie Annette Lellouche (mais notre amitié indéfectible n’entachera jamais le fait de nous dire les choses et de respecter nos indépendances de jugement, et cette chronique s’attache respectueusement à ces principes) se place comme un hymne consacré à la compréhension de l’autre, à l’acceptation des différences, à la recherche partagée des meilleurs accomplissements, et en ce sens il s’affiche avec une volonté optimiste, pour conquérir, comme son titre le manifeste, l’accès à un bonheur qui se niche, certes, dans des interstices difficiles à repérer, que l’on nie parfois à vouloir atteindre.

Matéo et Julien ont découvert leur amour, magnifié dans un précédent opus que je vous recommande de l’auteure, Un soir d’été en Sardaigne, alors que leurs vies, leurs références familiales, les pesanteurs des certitudes de leurs milieux sociaux ne pouvaient laisser imaginer que cela puisse leur arriver…

Ils repartent en Sardaigne pour quelques jours de vacances, mais surtout pour repérer si vraiment ils se décident à franchir le pas, à afficher au grand jour leur union, à réfuter les tensions de la compagne de Julien, très affectée par ce qui lui arrive et qui veut faire barrage à la garde partagée de leur fille issue de leur union, ou à affronter les remontrances qui se voudraient moralisatrices, notamment de la mère de Julien, Elsa…

Ils se doivent de ne pas se mentir, de ne pas se fuir, ils doivent décider clairement si leur vie à deux s’assumera ou non, et cela passe aussi par le fait de pouvoir le clamer ou de ne pas imaginer à en être offusqués, dans un avion ou au sein de leurs entreprises ou lieux de travail communs.

Elsa a eu une vie amoureuse compliquée, avec un homme qui n’a pas été prodigue en douceurs, qui se plaçait entre chantage affectif et manquements récurrents à la nécessaire complicité de couple, qui oblige au partage permanent pour construire une dynamique positive, qui se renouvelle et qui se relance continuellement pour que l’aventure soit toujours en éclosion.

Elle a eu une aventure qu’elle n’a jamais oubliée avec François et qu’elle a enterrée, la mort dans l’âme, pour conserver les potentielles sagesses qui lui avaient toujours été édictées : une vie de famille, avec époux et enfants et que l’on ne peut jamais quitter, par quasi devoir sacralisé, même quand tout dysfonctionne et qu’il n’y a plus d’âme.

Elle décide de tenter de retrouver François, mais François qui est sorti « lessivé » et plus qu’en contraintes de cette rupture a reconstruit sa vie, et ne sera peut-être pas disponible pour revenir en arrière sur la trace de douleurs enfouies difficiles et rudes…

Et l’auteure sait célébrer la force de l’amitié, la vraie, celle qui n’oublie pas l’amie ou l’ami en contrainte ou en détresse, qui réfutera tout procès d’intention et qui appuiera, parfois nécessairement en critiquant et enjoignant l’introspection nécessaire, pour lui assurer d’avancer, lui tendre la main, lui faire du bien, et tout simplement pour dire à celui ou celle que l’on apprécie que l’on est là, que l’on sera toujours là et qu’il ou elle peut compter sur cette force de conviction commune.

La vraie amitié nie toute forme de compromission ou de lâcheté, elle accepte que l’on entende des choses directes de l’autre, mais avec l’empathie pour permettre de progresser, de comprendre ce qui ne va pas et de se relancer.

En ce sens les moments magiques entre Elsa et Célia se savourent comme des mets délicieux où ces petits instantanés communs procureront l’affection qui dynamisera une énergie pour prendre les bonnes décisions et panser les plaies.

Les enfants d’Elsa, Marina déjà, et vraisemblablement Julien, prennent leur envol et partent pour conquérir d’autres envies, ils décident en leur âme et conscience, font leurs choix, des choix qu’ils auraient certainement refusés, enfants, à leurs parents, mais ils décident, en souvenir de l’héritage Rimbaldien, de se porter sur les rivages de la « liberté libre ».

Elsa qui a toujours composé, qui s’est toujours retenue, qui a toujours, quasiment de manière sacrificielle, intégré les principes généralisateurs et conservateurs, comme des valeurs cardinales, se dit qu’il peut être temps, pour elle, de se prendre en main, et de vivre ses passions.

Ce livre fait du bien car il appuie et renforce toutes les ouvertures, tous les ponts et met en retrait tous les mûrs et toutes les pesanteurs ; ce livre apporte de la fougue car il donne des arguments pour interroger l’autre, le cerner par delà nos propres visions et perceptions et il préfère toujours l’écoute et le partage que le péremptoire du principe édicté ; ce livre enchevêtre des personnages entiers, avec leurs limites et leurs fêlures, mais qui restent toujours attachants, avec leurs limites, ce qui ne peut procurer que de la joie pour celles et ceux qui ont l’habitude de plus donner que de recevoir, et qui quand ils sont mis en tension ne seront jamais épargnés…

J’attends avec impatience une possible suite de ces aventures.

Annette, je t’embrasse, te remercie pour tes talents inspirants et je suis fier d’être ton ami et je te propose un très prochain déjeuner partagé, comme Elsa et Célia…

 

Eric

Blog Débredinages

 

A l’assaut du bonheur

Annette Lellouche

A 5 Editions – a5editions.fr

15€

 

Journal des années noires 1940-1944 de Jean Guéhenno

 

Pierre Assouline avait noté que rares furent les écrivains qui refusèrent de publier durant les années d’occupation ; Jean Guéhenno, comme René Char, fait partie de cette exception littéraire qui considérait que tant que le pays ne serait pas libéré et ne redeviendrait pas en maîtrise de son destin, elle ne désirait pas publier, par une réfutation absolue à pactiser avec des autorités qui avaient renié les principes de République libre en France.

En relisant Pierre Assouline, j’ai noté qu’il citait abondamment le Journal des années noires de Jean Guéhenno, que je n’avais jamais lu ou même parcouru, et comme le message de l’un de mes auteurs favoris m’y invitait, je m’y suis plongé en une lecture émouvante, forte et absorbante.

Jean Guéhenno est professeur de littérature à Normale Sup et il forme ce qu’il est convenu de référencer comme l’élite de la Nation, quasi exclusivement masculine en ces périodes…

Il a vécu la demande d’armistice et la transmission des pleins pouvoirs à Pétain comme une offense ignominieuse aux idéaux Républicains de liberté et d’indépendance et comme une démission vile et abaissante des principes de refus des obscurantismes et des totalitarismes.

Il décide, souvent en camouflant ses écrits, en veillant à ne pas citer les identités de ses sources ou réseaux, en agglomérant des réflexions de portée politique ou internationale à des considérations sur la vie quotidienne ou l’exercice de sa profession, à rédiger un journal, ne souhaitant nullement le publier avant que le pays ne recouvre sa liberté et ses idéaux démocratiques.

Ce journal est exceptionnel et je regrette qu’il ne soit pas plus magnifié et étudié dans les analyses historiques contemporaines.

Il recense, en une écriture toujours alerte et pesée, toujours calibrée et incisive, toujours élégante et littéraire, les ressentis d’un homme engagé mais qui ne participera pas à la Résistance, d’un acteur qui vit les réalités de l’occupation dans sa chair et ses quotidiens, sans cependant être le plus à plaindre car il reste bourgeois aisé, et les positions d’un intellectuel qui ne supportera aucune compromission sur ses idéaux démocratiques et républicains mais qui ne réfutera jamais un débat, surtout avec ceux qui pourraient le pourfendre ou le mettre en tension.

Il n’est pas possible et il ne serait pas convenable de tenter de résumer ce livre d’une haute facture et profondeur, qui sera publié grâce à l’entregent de Jean Paulhan et de ses mérites inspirants auprès de la Nouvelle Revue Française de Gallimard juste en après-guerre, mais il m’apparaît important, Chère Lectrice et Cher Lecteur, de vous en donner les messages les plus marquants pour moi et les plus en invitation pour nos introspections historiques :

  • La perception que la jeunesse intellectualisée considérait le régime démocratique comme bavard et insuffisant, laissant trop la conduite du pays à des considérations générales et peu inspirées, et du coup elle imaginait la nouvelle Europe en construction dans la seconde guerre mondiale en cours comme un sursaut quasi romantique qui ferait s’élever la France et lui assurerait un retour de grandeur… Drieu la Rochelle a beaucoup écrit sur ce qu’il appelait le « romantisme d’assainissement »…
  • Jean Guéhenno pourfend beaucoup les auteurs, entre Proust et Gide, qui ne parlent que d’eux ou de leurs individualités et n’invitent les lecteurs qu’à l’accoutumance de ce qu’ils vivent ou vivront, en ne participant pas aux débats sur l’amélioration des conditions humaines ou sur la création de nouveaux partages redistributifs, mais il n’est pas tendre non plus avec un Julien Benda qui apprécie trop son confort intellectuel et sa compétence et qui écrit pour critiquer, sans s’engager…
  • La lâcheté de tous les organes de presse écrite ou radiophonique qui ne diffusent que de la propagande, qui donnent du relief à des mièvreries et qui endorment les citoyens, sans les mettre en capacité de cerner ce qui les environne, ou même de donner des clefs pour appréhender les complexités du moment…
  • La détresse des conditions de vie et d’obtention des cartes de ravitaillement, l’impossibilité de communiquer par courrier qui est toujours censuré, la prépondérance de cartons pré-écrits que l’on doit biffer ou valider pour donner des nouvelles aux proches, les limites d’un quotidien où l’on manque de tout.
  • Le courage de celles et ceux qui combattent et qui meurent fusillés ou qui partent dans des convois, avec une accentuation marquée, car ils forment les victimes les plus nombreuses, pour ceux qui se réclament du communisme ou pour celles et ceux qui sont de religion juive.
  • La difficulté à imaginer que les forces Allemandes ne puissent être vaincues et les découragements récurrents quand les annonces de Radio-Paris retracent les progrès de l’armée du Reich et de ses alliés, et les limites à l’espoir quand cette même armée semble piétiner…
  • Les tensions quand des amies et amis sont en arrestation et l’humiliation personnelle quand ses cours en Normale lui sont retirés et qu’il est dégradé pour enseigner à des collégiens.
  • La capacité de l’auteur, quand la liberté revient, à ne pas vouloir procéder à des jugements sommaires et à souhaiter que l’avenir ne soit pas un règlement de compte mais surtout une volonté indéfectible de remettre sur rails une République vivante, une démocratie assumée et une Liberté ceinte des vertus de la compétence éclairée, de l’enrichissement par la différence et du plaisir du partage contradictoire.

Un livre à lire, relire, étudier, prendre en référence et qui illustre bien mes vœux pour vous, Chère Lectrice et Cher Lecteur, pour 2020 : une année propice, valorisante et reconnaissante où comme le disait Voltaire, « il vaut mieux préférer l’analyse de la complexité que le jugement de valeur péremptoire qui réfute toute nuance ». Sus à tous les procureurs de circonstance…

 

Eric

Blog Débredinages

 

Jean Guéhenno

Journal des années noires 1940-1944

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