Recherche

débredinages – "s'enrichir par la différence !"

Mois

octobre 2020

Wuthering Ent d’Isabelle Mutin

Amie Lectrice et Ami Lecteur, il me faut d’abord commencer par « mon » sentiment d’intrigue, quand j’ai débuté ma lecture de ce livre d’Isabelle Mutin, qui fut « mon » auteure de découverte, en 2020, devenue depuis une de mes auteures de référence et de prédilection, sans allégeance superflue ou flagorneuse, mais en toute sincérité.

J’avais en tête « Les Hauts de Hurlevent » d’Émily Brontë, car la version en langue britannique de cet opus se nomme « Wuthering heights », et j’avais aussi en mémoire le nom d’une plante éponyme dont les feuilles se replient au moindre effleurement.

Mais je pense qu’il n’est pas essentiel de chercher à percer la part de mystère qui s’attache au titre du roman, car il est préférable de s’y laisser pénétrer et conduire, avec ses ressorts oniriques, poétiques, surréels.

J’ai lu le livre, avec avidité, par deux fois successives, mais je le relirai encore, et je suis persuadé lui trouver des charmes, des saveurs et senteurs qui m’auraient échappé la première fois, car ce livre est pétri d’élégances, de suavités et d’originalités.

Tenter une chronique se repère comme une gageure, et j’ai l’impression, en m’y attelant, de tenter un exercice aussi inutile qu’inconsidéré, tellement je vous invite d’abord à le lire par vous-même et à vous en émouvoir !

Je ne vais qu’effleurer, à touches pointillistes, la force de ce roman novateur et construit avec talent et habileté, qui touche et attire.

Camille grimpe une colline, seule, et y rencontre un grand homme, qui dort, avec un corbeau noir sur l’épaule.

La petite fille semble plus intriguée qu’apeurée, et quand l’homme lui propose qu’elle devienne son amie, en jouant à se déguiser en fonction de leurs rêves et inspirations, sans autre recours que la pensée et la force de l’esprit, tout part en enchantement.

Lors d’un vernissage, un tableau attire et semble inviter à replonger en la relation intimiste, et que l’on ne peut pas vraiment rationaliser, de Camille et de l’homme.

Quand Camille reprend l’ascension de la colline, mais qu’elle ne repère plus son ami, elle souffre de cette absence et se sent fortement endolorie.

Dans un café, que j’apprécierai découvrir, de Dijon, une jeune demoiselle souhaite boire une « amentia » (liqueur odorante selon le descriptif de l’auteure), et elle la partage avec un homme aux allures chevaleresques et surannées, qui la rapproche aussi de songes passés (mais sont-ce vraiment des songes…) en ses ascensions de colline, ou en observation passée d’un tableau ; quand la demoiselle chavirera et tombera en pamoison, la différence entre le réel potentiellement vécu et l’appel aux rêves enfouis sera bien ténue…

La partie du roman appelée « La rose noire » m’a enchanté car elle m’a rappelé de manière insistante ma lecture d’adolescent marquante avec « L’écume des jours » de Boris Vian, où son héroïne, Chloé, dépérit si l’on ne lui affecte pas des fleurs qui lui sont nécessaires pour conserver ses instincts de vie.

Ici Camille sait que les choses en seront finies pour elle, le jour où la rose noire qui s’est infiltrée en son être ne fleurira plus.

Mais même si ses temps sont comptés, la force émotive et la poésie ciselée et délicate restent présentes pour apaiser les cœurs et donner relief à tous les instants que l’on doit déployer en profits.

Et l’on poursuit la lecture, bercé par Camille qui « accroche des confidences à un garçon comme on accrocherait des étoiles », par la compréhension de la véritable signification de la chouette de la cathédrale de Dijon, et par la mise en abyme de ce que l’on a de plus cher en pensées et souvenirs pour clôturer son passage, ici-bas, avec un vrai sentiment de plénitude.

Ce livre peut se lire au travers de plusieurs miroirs et s’interprète aussi avec de nombreuses intensités ; pour ce qui me concerne, il m’invite à continuer à rêver, à parler – comme je le fais – à haute voix, à mes chers disparus, par la force des esprits, et à conquérir des territoires différents, que je ne pourrais peut-être jamais approcher en mon réel parfois atrophié, mais que je pourrais toucher, en promenades, par la magie éphémère, mais si puissante, des mots et des images de ce livre et d’Isabelle.

Chère Isabelle, relisez « Songe pour une nuit d’été » du Grand William, vous vous approchez de son univers et je suis certain qu’il vous promènerait avec plaisir en son théâtre du Globe…

Éric

Blog Débredinages

Wuthering Ent

Isabelle Mutin

Les édictions Mutine

12€

L’Albertmondialiste et je délocalise mes zhumours ! d’Albert Meslay

Albert Meslay a reçu, en 1994, des mains de Raymond Devos, le Devos du public, récompense pour son one man show, à la veine ciselée.

Raymond Devos venait de le découvrir sur scène et déclara « Albert Meslay, je ne vous connaissais pas, j’ai honte ! ».

A la lecture du livre de cet artiste, et sans aucunement oser la moindre comparaison avec le Grand Raymond Devos, je ressens la même honte, car je n’avais jamais entendu parler de lui, et pourtant je me targuais de cerner plutôt correctement la donne comique…

Passionné depuis des lustres par les écrits et spectacles de Desproges, que je revois ou relis, à satiété – lui qui, surtout au dernier moment, a décidé de faire passer ce message « Pierre Desproges est mort, étonnant non ? », allant jusqu’à se moquer de l’indicible injustice d’une maladie le foudroyant avant ses cinquante ans – j’ai retrouvé dans les écrits qu’Albert Meslay déploie sur scène la force de cette écriture si travaillée.

Elle s’attache aux effets comiques dévastateurs qu’elle produit, avec une précision de mots reliés pour appuyer des messages sans concession.

Elle recense une utilisation magnifiée de la langue pour ne pas la laisser seulement tomber dans des calembours ou des calembredaines, mais bien pour se moquer de tout, avec élégance, avec intelligence, avec poésie, pour nous permettre d’analyser, de réfléchir, de prendre du recul, en nos réalités rudes, si souvent inconséquentes…

Je ne vais pas me livrer à une litanie de citations, et pourtant la qualité des ressorts comiques de l’artiste passe d’abord par la livraison de ses transmissions de scène, toujours ficelées, bien amenées, qu’il met en exergue, en puisant avec l’art du mime ou du déguisement, et qui racontent nos errements et travers.

Je vous transmets quelques échantillons porteurs de sa veine percutante, décapante et bienfaisante !

L’artiste aime parler de tout et même de ce qu’il connaît mal, car « le droit de se tromper est un privilège qui ne doit pas être réservé qu’aux experts… ». Par les temps qui courent où stationnent en plateaux de télévision un nombre manifeste de personnalités qui auraient la vérité et qui, sur la pandémie, ses raisons et ses combats, oscillent fréquemment avec leurs contradictions remettant en cause leurs dires passés, ce message de notre artiste se repère plus que salutaire…

Pour lutter contre le chômage, si l’on manquait d’emplois fictifs, on pourrait créer des « emplois inutiles », et si ces derniers s’avéraient aussi insuffisants, on donnerait place aux « emplois nuisibles », comme par exemple « coach de trader »… Quand on écoute les transmissions de l’OFCE qui évoque que nombre d’emplois se structure pour contrôler ceux qui travaillent vraiment, nous sommes bien proches des analyses pertinentes et pas si radicales de l’artiste…

Le rappel sur le fait indiscutable que « l’on est bien plus longtemps mort que vivant » assure que nous progressons en permanence sur notre « espérance de mort ».

Cette formule me revient depuis ma lecture, en boucle, alors que nos experts économiques répètent en permanence que le système des retraites doit se fondre avec l’augmentation de l’espérance de vie, qui elle-même doit intégrer l’espérance de vie en bonne santé. J’attends l’analyse de l’artiste sur le développement de l’espérance de mort en mort de plénitude…

Et j’aime beaucoup ses messages incrustés en ferveur dans son livre qui donnent du relief incessant et de la saveur à notre rire direct, comme la reprise du travail du bourreau, lors de la Terreur, qui récupère « après une petite coupure »…, qui termine sa rude journée, après « ces heures de bourreau »…, ou avec la nécessité de « revaloriser la France riche qui se lève tard, car les rentiers sont sympas… ».

Albert Meslay va encore plus loin, plus en profondeur dans les méandres de nos absurdités, en précisant que son métier demandait, comme d’autres,  des efforts d’adaptation conjoncturelle : il a donc décidé de délocaliser ses sketchs ou d’acheter des sketchs tout faits, avec cette vanne inuit qui rappelle que « la baisse de la pratique religieuse en milieu polaire vient du recul de la calotte glaciaire » ou cette plaisanterie aborigène qui mentionne que « certains végétariens trichent en mangeant des plantes carnivores… ».

Et j’ai apprécié fortement le très Desprogien message sur Picasso, me remémorant ses sublimes almanachs où Guernica était annoté en permanence, avec des tas de décalages variés et imaginatifs, pour l’éclosion de nos hilarités : « Picasso n’a jamais réussi à reproduire exactement ce qu’il voyait. C’est même à se demander s’il ne le faisait pas exprès ! ».

Et je me passe en refrain lancinant de plaisir comique, ce message très proche de Devos, d’un « comique dissident du Vatican » qui déclame « que si Dieu n’existe pas, c’est que les fidèles se trompent, mais quand on est fidèle et que l’on se trompe, on n’est plus fidèle… ».

Les instantanés sur les sobres anonymes, car pourquoi il n’y aurait que des alcooliques anonymes…, ce ne serait pas juste…, ou sur la citation empruntée à Gandhi potentiellement sur le fait que « la condition bovine l’émeut » enchantent et mettent en verve pour la journée, car une journée sans rire est toujours une journée perdue…

La mise en perspective d’un nouveau spectacle où la synthèse du Moyen-Age de l’époque de Jeanne d’Arc évoque les dérives de la « société de consumation », où les trajets pour le Nouveau Monde racontent les dettes récurrentes de Christophe Colomb – car comme on le sait tous, on cite toujours « Christophe Colomb, à découvert… », qui de plus avait des problèmes de prostate, qui s’est « découvert incontinent » – m’assure la volonté d’aller voir sur scène et de revoir plus que certainement, Albert Meslay, et du coup de réussir ce nouveau dépucelage comique personnel et placer aux rebuts ma honte de ne pas l’avoir connu auparavant…

Éric

Blog Débredinages

L’albertmondialiste et je délocalise mes zhumours !

Albert Meslay

de l’académie Alphonse Allais

Préface de Guillaume Meurice

Cherche Midi Éditions

Edition établie par Jean-Paul Liégeois – 17.80€

Psychiko de Paul Nirvanas

Paul Nirvanas, alias Pétros Apostolidis, est né en 1866, décédé en 1937 ; il a été journaliste, poète, médecin  militaire puis romancier, en Grèce.

Ce livre, publié par Mirobole, fut le premier roman noir ou polar Grec.

Je l’ai lu en une journée, puis je l’ai relu le lendemain, et je le relis régulièrement, et il m’a littéralement enchanté car il intègre tous les chemins de traverse que j’affectionne : décalage, humour, incommunicabilité, sens du récit et protagonistes variés œuvrant entre lâchetés, compromissions et plus ou moins forte empathie par fréquences.

Nikos Molochantis dispose d’un peu de bien parental, il vit dans les hôtels de référence et passe son temps avec quelques amis plutôt fortunés entre bars, restaurants et lieux d’acoquinement…

Il lit la presse à satiété et il s’intéresse notamment aux faits divers, d’autant plus aisément qu’il sait que la police a souvent du mal à clarifier certaines affaires comme à trouver les coupables.

Bien avant les réseaux sociaux et la télé-réalité, notre héros qui ne pouvait imaginer ce qui allait suivre des décennies plus tard, meurt d’envie, si je puis prendre cette expression en un polar, de découvrir la célébrité.

Pour ce faire il souhaite passer pour l’assassin d’une femme, retrouvée morte dans un quartier d’Athènes et dont nul ne semble connaître son identité et encore moins l’origine du drame qui l’a emportée…

Nikos demande au majordome de l’hôtel, Michalis, de lui acheter tous les journaux concernant l’affaire, de façon à ce que soit bien marqué son attrait morbide pour cette sinistre histoire, il aime l’interpeller pour que lui soit répétée que l’affaire n’est en aucun cas en voie d’éclaircissement et qu’elle semble même abandonnée…

Il n’imagine pas que son ami Stephanos, avec lequel il organise un pacte, visant à lui déléguer sa fortune et ainsi mieux vivre la période potentielle de détention s’il se déclare assassin, ne puisse témoigner en sa faveur, en cas d’ennui mortifère en geôle pour rappeler qu’il n’a qu’inventé sa participation à l’assassinat…

Phrosso aime Nikos, et la sœur de Stephanos repère bien que des choses se trament mais ne peut en percevoir les  teneurs…

Nikos erre régulièrement les soirs sur les lieux du crime et finit enfin par être appréhendé…

A partir de là, le livre devient un roman multiformes, avec une composition très drôle, très rythmée et la présence de personnages étourdissants :

  • Des compagnons de cellule que Nikos n’envisageaient pas si peu délicats et qui s’intéressent d’abord à l’argent qu’il a sur lui et ensuite à profiter de sa naïveté imperturbable…
  • La présence de demoiselles visiteuses de prison, chargées de fleurs et de friandises et qui retracent le crime putatif de Nikos comme la preuve la plus aboutie d’un amour extatique et définitif, au grand plaisir des gardiens de prison qui reçoivent de généreux pourboires et cajolent Nikos…
  • La fougue de Lina Aréani, jeune fille excentrique, qui possède une Garçonnière toute en velours et qui devient, au moins pour un temps, porte parole du comité de soutien à Nikos

Nikos trouve même que son séjour en prison devient chaleureux et refuse de parler ou de livrer certains détails sur ce pseudo-assassinat, mais il devient bien marri quand Stephanos ne donne plus aucun signe de vie et qu’il rembarre vertement la pauvre Phrosso, seule âme pure qui est prête à l’appuyer avec désintéressement.

Il cherche à s’évader mais n’y parvient pas car on le change de cellule avant son procès où il risque la peine capitale.

Je vous laisse découvrir le final à suspense et à tiroirs et qui place ce livre comme un étalon de la littérature policière, tout en s’élevant en originalité manifeste.

Je félicite le traducteur pour sa capacité mordante permettant de vivre intensément la verve de l’auteur et pour sa postface, très intéressante, sur la vie de l’auteur et sur ses influences  entre Oscar Wilde, Freud (le héros du roman se place totalement comme un cas clinique sur la psyché humaine de Freud) et Poe.

Une vraie pépite que vous ne lâcherez pas et que je vous recommande.

Le bonheur est dans la lecture de ce livre, cours y vite !

Éric

Blog Débredinages

Psychiko

Paul Nirvanas

Traduit du grec par Loïc Marcou

Mirobole Éditions

19.50€

Finis Terrae d’Isabelle Mutin

Amie Lectrice et Ami Lecteur, je vous l’avais déjà narré il y a quelques mois, je suis tombé éperdument sous le charme de l’écriture d’Isabelle Mutin, et je n’utilise pas ce genre de dithyrambe en permanence, vous le savez bien.

La lecture de « Celsius » et de « L’écho de ton silence » m’avaient transporté, car Isabelle sait, à la fois, raconter une histoire, la rendre passionnelle et captivante, mais elle pénètre aussi au plus profond de nos âmes, tensions et fêlures, lors des douleurs vécues quand nos proches dépérissent…, quand nous avons du mal à cerner nos essentiels, que l’on se tiraille entre la construction de nos projets et la réalité incertaine de nos quotidiens…, et surtout elle sait évoquer, au travers des pratiques d’un psychiatre à la fois étonnant, original et inquiétant, les complexités de nos nécessaires introspections et les soubresauts ou déchirures qu’elles peuvent décliner…

Isabelle sait conter le miroir des âmes, elle magnifie son style pour suggérer nos intimités ou déployer nos fougues charnelles ; elle reste impliquée en un champ littéraire positif, malgré la succession récurrente des bouleversements haletants ou désespérés que nos vies parsèment…

J’avais apprécié dans « DeSirium Tremens » sa capacité à parler des choses enfouies, des forces de l’amour passionnel, des nécessités d’aller rechercher au plus profond de soi-même les sensations les plus inassouvies.

Mais elle n’oublie jamais de rappeler que rien ne se passe comme prévu, ou alors rarement, et que nos vies doivent d’abord s’assumer, en respect de ce que nous sommes, en cohérence avec nos envies et différences, pour éviter de se faire broyer par les manipulations, les aphorismes, les faux-semblant et les jugements de valeur.

J’ai retrouvé dans son livre « Finis Terrae »,  qu’Isabelle m’a dédicacé, lors de notre première rencontre, en « vrai », sur Dijon, le mois passé, en un salon d’éditions, toutes les saveurs et forces de mes lectures précédentes, et je vais – très humblement – en espérant ne pas dénaturer la puissance stylisée de l’auteure, vous préciser pourquoi ce livre vous est « invitant », comme on dit joliment au Québec, et pourquoi vous devez instamment suivre mes pas, pour vous y plonger assurément !

L’auteure recommande de lire les nouvelles, qui s’enchevêtrent en son recueil, en cohérence avec la chronologie qu’elle organise.

Cet avertissement est important, car on retrouvera, en récurrence, des « petits cailloux de Petit Poucet » qui s’intègrent dans le livre, aux détours des nouvelles, qui permettent à la fois de retrouver des personnages détaillés auparavant ou de prolonger l’action délivrée antérieurement.

« Le cri du vent » parle avec justesse, aplomb et profondeur, de la violence faite à une Maman par son conjoint, de la volonté de cette dernière à tenter d’échapper aux enfers, en profitant chaque fin d’après-midi d’un moment de délicatesse, avec ses deux enfants, en bord de mer Bretonne, puisque comme le nom du recueil l’indique, toutes les nouvelles donnent essor aux paysages fantastiques et déchiquetés de l’Iroise et de ses îles attenantes.

Quand le mari et père commettra l’irréparable, il sera difficile pour la fille survivante de se reconstruire et de penser à vivre, tout simplement, en essayant d’imaginer un amour possible…

Quand elle y parviendra, avec hauteur et volonté, les démons indicibles des douleurs accumulées ressurgiront…

« Athénaïs » est une nouvelle remarquable pour toute personne (je peux témoigner…) qui a été victime, au moins une fois, de la manipulation par la flagornerie, ou de l’excès de flatterie. 

On est subjugué par une personne dotée de force artistique ou de talents, et cette même personne s’intéresse à nous et nous comble ainsi de bonheurs…

On a envie d’en être aimé et l’on ferait tout pour elle.

Quand on se rend compte qu’à un moment elle nous délaisse, nous critique férocement, quand ce que nous faisons pourrait remettre en question le fait que l’on ne parle plus d’elle d’abord et exclusivement, la violence se place directe et latente, et les conséquences psychologiques subies sont ravageuses.

L’auteure décrit les fondements de ces relations toxiques et sublime son écriture pour que l’on puisse rester digne face à ce type d’adversités insupportables.

« Le cimetière des fourmis » m’a rappelé « Les Oiseaux » d’Hitchcock et une  mauvaise aventure personnelle lors d’une invasion de punaises de lit…

Orphée et Eurydice, aux prénoms bien évidemment non hasardeux, vivent ensemble, mais ne se côtoient pas vraiment.

Lorsque des fourmis s’agglutineront en permanence dans leur demeure, tout leur quotidien sera bouleversé : ils prendront même le temps de rester en bord de mer, eux qui n’y venaient jamais, pour tenter d’échapper à la douce folie qui peut les menacer…

Quand les inquiétants insectes finiront par germer dans leurs esprits, plus rien ne fonctionnera dans leur vie, hormis l’impression qu’ils sont guettés et qu’ils ne peuvent plus échapper à l’infernale présence de leurs envahisseurs…

« Soren Malsor » est un artiste, en cette nouvelle éponyme, peintre de l’île d’Ouessant – qu’Isabelle décrit, à satiété, avec une telle finesse impressionniste, qu’avec ses mots on ressent le vent et les embruns – qui reçoit une jeune femme qui vient de perdre son compagnon,  angoissé chronique et alcoolique obligé pour tenter de calmer ses anxiétés.

Elle désire que le peintre fasse un portrait de son aimé.

Ce dernier donne son accord mais il peindra le compagnon perdu uniquement par ce qu’en raconte la jeune femme, sans photographie et sans repérages.

La force artistique ne réside t-elle pas d’abord dans la profondeur du contact intimiste avec les gens de valeur et de partage, car comme le disait Monet : « je ne peins pas avec mes mains, mais avec mes yeux et mon cœur ».

La narration d’Isabelle peut paraître surréelle ; elle est surtout intelligente, car la vraie poésie s’appuie sur la relation, la discussion, le respect des différences, sur la volonté de construire le beau avec la force de la rencontre.

Alors oui, on peut faire un portrait réussi sans forcément avoir la personne en face de soi !

« Mea Culpa » raconte l’histoire, que l’on a tous vécue, d’une personne qui laisse des messages sur notre portable se trompant de correspondant, et que l’on regrette de ne pas avoir rappelée pour lui préciser sa méprise.

La fin de l’aventure sera tragique en cette nouvelle, mais parfois l’irrationnel sème sur nos pas et nous empêche d’avancer, et la délivrance de ce charme souvent négatif n’est pas évidente…

« La dame aux éphélides » constitue une nouvelle magnifique, car elle est écrite en tonalités délicieuses et harmonieuses, où l’on retrouve la force des estampes japonaises, la tendresse des vers du Rimbaud bohème et l’assurance que l’on peut tout voir, si l’on accepte d’être ému et attiré par les songes, les captations des élans de paysages profonds et sauvages.

Un livre très réussi, que je vous recommande, que je vais offrir à mes amies et amis, car je veux qu’elles et ils puissent partager ces moments de lecture porteurs et marquants !

Bravo, Isabelle, pour votre talent de conteuse, de poétesse, et pour la saveur enivrante de votre écriture !

Non, je ne suis pas laudateur circonstanciel, je suis contemplatif et vous remercie sincèrement !

Éric

Blog Débredinages

Finis Terrae

Isabelle Mutin

Les Éditions Mutine

18€

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑