Amie Lectrice et Ami Lecteur, cette chronique se veut fidèle à ma lecture, comme à mes relectures, mais elle aura aussi quelques airs de confidence.

Je suis très ami avec l’auteure, et nos liens indéfectibles m’honorent, et je la remercie pour sa fidélité.

Elle sait que ce que j’écris sur son œuvre littéraire sera toujours pesé, pensé, et que je ne serai jamais laudateur par une transposition bienveillante placée en notre union, mais par réflexion assouvie d’un lecteur passionnel.

Son dernier opus est un pur chef d’œuvre, et je ne lésine pas sur l’appellation, et vous devez, Amie Lectrice et Ami Lecteur, lire ce livre fort, poignant, magistralement écrit, qui vous fera rebondir en introspections sur vos tendresses, vos déceptions, vos poids, vos fêlures, en nos vécus entremêlés de moments satisfaits et d’autres en incertitudes.

J’ai aussi une anecdote plus directement encore personnelle à raconter.

En un passé pas si lointain, j’étais adonné à un blog collectif, appelé « Les 8 plumes », et hébergé par Le Magazine L’Express, j’avais offert un de mes livres phare à Laurence, elle m’avait en retour offert La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, avec son inénarrable héros Ignatius J. Reilly.

J’avais découvert ce livre, pourtant culte, et je le relis depuis souvent, à satiété, pour m’y plonger, avec en mémoire le fait que le livre n’a été publié qu’après le suicide de l’auteur et les efforts de sa mère pour publier son écrit, qui lui apportera une notoriété internationale posthume.

Ce livre a pénétré Laurence Labbé, et son dernier livre s’y réfère, mais elle sait sublimer l’ivresse de tenter de s’en approcher par une composition personnelle qui aurait été plus que savourée par Le Maître, et si Laurence était une disciple, elle peut se targuer d’être plus qu’à la cheville de son auteur vénéré !

Ce livre s’analyse comme une ode à tiroirs, avec un homme, syndicaliste, en permanence sollicité, volontaire, impliqué dans ses missions, mais qui fourbu, lassé, assez désespéré aussi que celles et ceux qui le sollicitent ne cernent pas qu’il a aussi des limites et des blessures,  décide de se mettre au vert, sans prévenir quiconque, coupant son portable ou n’y jetant plus qu’un coup d’œil détaché, arrive en un hôtel de Normandie où il découvre dans sa chambre un recueil, une sorte de projet d’écriture ou de manuscrit.

Le livre de Laurence insère en permanence la lecture du recueil découvert et les retours appréciatifs de l’homme volontairement en exil, vaincu par les intensités de vie accumulées, bercées sans aucune forme de reconnaissance.

Théodule, le héros du recueil, vient d’être découvert avec sa mère gisante et assassinée, il se place en torpeur, clame son innocence, alors que tout l’accuse, et surtout il n’est nullement troublé par ce meurtre, car il n’aimait pas sa mère qui le séquestrait, l’apostrophait en permanence et ne lui donnait aucun signe positif affectif.

Il est placé en hospitalisation et il détonne car il se reconnaît comme un vrai génie (le lien clin d’œil avec Ignatius est ici marqué…) et appelle sa vertu virile Guillaume, car il peut être conquérant, et son organe essentiel, Richard, car il se veut avoir aussi un Cœur de lion…

Il est scruté par un psychiatre Creutz qui se vante d’en faire un sujet d’étude et il est victime d’extrasystoles, ses variations cardiaques en rythme pénibles, mais qui ne le surprennent que quand il est en repos ou en stagnation obligée…

Il agace les médecins et les assistants de corps médical.

On finit, après enquête, par reconnaître si ce n’est son innocence, tout du moins son impossibilité d’avoir été assassin.

Un curateur, peu avenant et préoccupé de sa tache uniquement de manière mercantile, le prend en charge, si l’on peut dire, en l’affectant en une habitation insalubre et infectée de nuisibles, à proximité de lieux de prostitution et de deal de drogues ou de vagabondages.

Théodule n’est entraîné par aucune forme de jugement, car il essaie de développer ses forces, et ne sent nullement en tension ou mépris face à celles et ceux qui seraient en différence ou qui pourraient être mal repérées ou ressenties, même s’il affirme aussi ses prétentions.

Le curateur lui trouve un emploi dans une sorte d’Administration où les missions déployées sont consacrées par des consignes et formules établies avec des règles des meilleures circonvolutions…

Il s’y ennuie ferme, mais sait travailler et vite, agaçant et rendant en jalousie ses collègues pas forcément solidaires, à l’exception du gentil et brave Gudule, qui fait une fixation effrénée sur les complots, tout en donnant des informations à la fois rationnelles et circonstanciées.

Théodule finira par être rapidement mis à la porte et il se met à l’écriture, recherchant les inspirations et la manifestation de son génie dans sa plus forte acception, et en aidant Alicia, une prostituée en complexité avec la drogue, il recevra enfin une marque d’estime.

Le livre ne se referme nullement sur mon humble narration potentiellement et bien insuffisamment retracée, il ouvre des portes et des pistes pour nos réflexions intérieures et nos envies de découvertes, pour briser nos limites et faire front pour faire vivre nos essentiels.

Et Laurence écrit avec aisance et prouesse et magnifie par ce livre, son talent.

Ce livre est remarquable car il est écrit en une langue maîtrisée, directe, sans concession, et elle ose parler des démunis, des déchirés, dans toute l’étendue de leurs tensions et difficultés ; elle n’hésite pas à porter un regard ironique et rude sur les pétris de certitudes, sur les fonctionnements administratifs ou de management qui érigent des codes et des rites, qui réfutent toute différence ou toute personne en dehors des axes établis.

Ce livre est remarquable car il sait parler de la détresse de celles et ceux qui vivent des tensions, des incommunicabilités aux enfermements, de l’absence d’écoute au refus de l’enrichissement par la différence, mais il sait aussi donner sa part à la détresse de celles et ceux qui essaient d’apporter un appui, un accompagnement, un conseil et qui seront balayés d’un revers de manche quand ils ne serviront plus à rien ou que l’on dénigrera si les choses n’avancent pas comme cela était imaginé ou décrit.

Laurence reprend la phrase terrible et lucide de Céline : « gardez vous bien des gens que vous aidez en permanence, ils sauront très vite vous le reprocher vilement… ». Et comme notre homme en mise au vert, j’ai eu aussi des responsabilités syndicales et sais ce que les incompréhensions, les petites lâchetés, les enjeux de pouvoir et les ingratitudes peuvent faire germer comme tensions et règlements de compte, tout aussi vils, que la phrase du reclus de Meudon, qui, comme moi, ne chercha jamais à considérer cependant que les problèmes vécus ne viennent que des autres…

Ce livre est remarquable car il sait manier la force et l’incision, le mordant et l’ironie, il aide à réfléchir : pour ne jamais arrêter ses élans, même si certaines et certains ont pu briser les envies et harmonies passées ; pour réfuter les facilités ou les acceptations des principes endoctrinés en agissant comme on l’entend, dans le respect des autres, pour un mieux être social, sociétal ou et environnemental ; pour plaider pour la concorde, l’analyse de la complexité plutôt que le jugement de valeur hâtif rendu ; pour ne jamais s’arrêter dans sa volonté d’apprentissage ou de communication et se dire qu’une expérience perdue ou ratée, mal jaugée ou mal appréciée donnera vie à une autre expérience porteuse.

Ce livre est remarquable car il offre une vue créative différente, positive, ouverte aux aventures, qui laisse chacune et chacun s’emparer de ses forces pour les faire exister, miroiter et avancer.

Ce livre m’a ému aux larmes, car je m’y suis aussi très souvent retrouvé et les mots de Laurence pansent les plaies et les maux.

Etre ton ami, Laurence, est un honneur, et être ton lecteur, avec ce livre d’une force puissante, encore plus qu’à l’ordinaire (tu cerneras aisément ce jeu de langage, assez modeste, je le sais de ma part…), est un honneur complémentaire !

Merci pour ce que tu es, merci pour ton talent et vive Toi !

 

Eric

Blog Débredinages

 

Les allées du pardon

Laurence Labbé

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