Amie Lectrice et Ami Lecteur, ce fut la première fois que je pénétrais l’univers de Jacques Koskas ; j’en suis ressorti avec la conviction de découvrir une plume stylisée, organisant des personnages aux caractères accomplis, en prise avec des réalités sociétales conjuguées par l’accumulation de drames personnels plus ou moins enfouis.

J’ai apprécié fortement ma lecture et je vous conseille vivement de suivre mes pas.

Le commandant Hippolyte Mangin va prendre en charge une enquête compliquée, aux ramifications denses, alors qu’il devait partir en vacances, pour retrouver celle qu’il a aimée et aime encore, et surtout la fille de cette dernière qu’il devait adopter, mais qu’il a malencontreusement fait chuter lors d’un jeu, et qui conserve des séquelles lourdes neurologiques, situation qui a engendré le départ brutal et sans appel de ces deux personnes qu’il affectionnait le plus au monde.

Il se morfond en sa responsabilité, même si son Chef, en difficultés de santé, lui remet souvent les clefs des enquêtes, à la fois pour pouvoir se soigner lui-même, et aussi par l’assurance qu’il sera dignement remplacé.

Mangin est aussi suivi médicalement, avec une analyse avec un thérapeute qui tente de lui redonner sens à sa vie.

Il est aidé par Marithé Lesourd, dont il ne goûte guère le penchant immodéré pour se « gaver » en permanence, qui méprise son excès de poids, mais qui sait analyser les faits avec acuité et efficacité, et par Dubaille, très à l’aise avec les technologies informatiques et toujours en proie aux réflexions pertinentes, aux détails où peut se nicher le Diable, et qui sait qu’il peut plaire, car bien en attrait de sa personne.

Mangin prend cependant toujours le temps de s’adonner au rituel de la dégustation de thés raffinés, au sein d’une association qu’il fréquente assidûment et régulièrement, et en donnant ses rendez-vous de point d’enquête, en un salon de thé géré par deux femmes répondant toutes deux du prénom Dominique, et qui n’ont aucune égale pour savoir comment allier la température de l’eau, l’affectation du thé proposé en lien avec les moments de la journée et les accompagnements pour une meilleure hygiène de vie.

Elles savent aussi y associer des pâtisseries choisies directement en phase et en harmonie avec les nectars proposés.

Le passionné de thé que je suis (et pas seulement parce que je suis enseignant en anglais…) a trouvé superbes les pages qui parsèment ce roman noir sociétal, consacrées à la dégustation des thés présentés, qui nécessite toujours du temps, de l’apaisement et de la respiration, pour en humer les saveurs et savoir bénéficier de ses apports toujours porteurs

Un responsable associatif et militant acharné du véganisme meurt assassiné, chez lui, en son lit, retrouvé avec un épi de maïs en sa bouche.

Il vivait bien, dans une maison cossue, avec un jardin conséquent et une annexe de qualité, représentant elle-même une habitation, et il faisait fi avec détachement marqué de ses détracteurs nombreux et incisifs.

Sa femme, Clémence, tient un restaurant de gastronomie végan, avec son ex-mari.

La sœur de la victime, avec une différence d’âge marquée avec son frère aîné, vit aussi, en cette maison, même si elle a pris son indépendance en rencontrant un homme, ce qui ne plait nullement à son frère, qui s’entre-déchire avec elle, sur ce sujet, en permanence.

Et Louisa, la gouvernante de la maisonnée, à la fois inspirée, espiègle, un brin mijaurée, n’imagine pas quitter les conditions de vie qui lui sont offertes en un lieu de luxe, même si elle s’attelle à des missions qui l’accaparent en densité forte.

Le décor est planté et l’auteur réussit avec brio, en entremêlant les chapitres avec des narrations sur l’avancée de l’enquête, sur les fêlures du Commandant, les récits à la première personne d’un personnage en détresse et en souffrance, et sur la nécessité de respecter les rites de la prise de thé, à nous tenir en haleine, à nous donner l’envie avide de découvrir les suites et rebondissements de son livre.

Est-ce que le combat entre partisans d’une consommation de viande, telle qu’elle a toujours existé, et gens désireux de modifications drastiques des comportements pour ne prendre comme nourritures ou achats que des produits sans lien avec l’animal, serait à l’origine de cet assassinat ?

Est-ce que les menaces et tensions vécues pour faire vivre des engagements et convictions se trouvent responsables de cet acte définitif ?

Est-ce que la famille de la victime ne devrait pas faire face à sa complète introspection, pour cerner ses déchirures, ses limites, ses tensions, ses drames ?

Est-ce que la Grande Histoire du Moment sur la nécessité de repenser nos modes de consommation, notamment alimentaires, n’est pas assise sur La Petite Histoire des bipolarités, où l’on pense connaître très bien quelqu’un qui peut aussi renfermer sa part d’ombre, sachant que cette dernière peut tout aussi bien être une protection personnelle, une limite, qu’une insupportable caractérisation de troubles et violences qui s’affichent, par fréquences, et disparaissent aussitôt, en ayant cependant créé des contraintes vives et vivaces auprès des personnes rencontrées ?

Je vous incite à lire le livre de Jacques Koskas, qui sait raconter une histoire trépidante (mention particulière pour le médecin légal, qui ouvre aussi, avec ses façons d’être, une autre enquête différente de la principale…), qui structure ses personnages avec beaucoup de verve et d’ironie subtile, qui devient aussi, merci à lui, mon maître de référence pour la sacralisation des rites du thé.

J’attends avec impatience le retour de Mangin, en espérant que ses démons intérieurs ne l’auront pas broyé et que son goût effréné pour l’élégance, en buvant une tasse de thé ou en observant les délicates formes de Clémence, lui aura permis de se ressourcer et de repartir pour d’autres aventures.

Un livre bien ficelé et bien narré, que je vous recommande instamment.

 

Eric

Blog Débredinages

 

Mortel Végétal

Jacques Koskas

Editions Vivaces

16€

Allez vous promener sur le site de l’auteur : https://jacqueskoskas/wixsite.com/jacques-koskas

Clin d’œil affectif à Mon Amie, Annette Lellouche, qui m’a fait connaître cet auteur et que je remercie !