Amie Lectrice et Ami Lecteur, quand Annette publie un nouvel opus qui nous invite à danser, nous ne pouvons faire autrement que de partir en quadrilles avec elle, surtout en ces moments rudes vécus, où les liens sociaux sont réduits aux acquêts.

Mon amitié profonde et indéfectible pour Annette ne peut être considérée comme un manque d’objectivité dans mon analyse sur son travail, car nos relations ont toujours été tournées vers les exigences, les sensibilités, les honnêtetés de nous dire les choses, sans faux-semblant, valorisées par le plaisir de nos discussions, de nos élans, de nos volontés de croisements culturels.

Cet opus, très délicatement introduit par son amie Christine, qui entremêle souvenirs communs et appréciation de plaisirs partagés, se lit avec un vrai bonheur, car il est écrit en une langue recherchée, stylisée, et il affecte tous les domaines littéraires, de la nouvelle à la poésie, du conte onirique à la déclamation de moments d’humeur.

Je viens de le lire par deux fois consécutives, pour en humer les saveurs, je vous incite à suivre mes pas, à vous placer dans le sillage de personnages qui, d’indépendance de récits, se recroisent en des aventures communes, pour prolonger leurs tensions et désirs, pour ainsi offrir au lecteur une vraie tonicité plurielle qui juxtapose tous les moments qu’il a vécus, au détour des mots, des réflexions, des passions que sait puiser Annette, en récurrence.

Si par instants directs et précis, le livre d’Annette rappelle que sa mise en écriture n’allait pas de soi, qu’il lui fallait combattre et s’aguerrir, qu’elle a souvent vécu des espaces sensoriels qui la mettaient en contrainte sur sa confiance en elle, le lecteur sait qu’elle va toujours de l’avant, qu’elle sait nous tenir en haleine, qu’elle aime raconter des histoires, qu’elle définit l’émotion avec un talent inspiré.

Coralie souffre d’incommunicabilité, de manque de respect, elle doute, elle flageole, elle se positionne même sur des tentations noires, mais une voix amie lui permettra de se reconquérir, de se dire qu’elle peut affronter les tempêtes et marquer ses essentiels de son empreinte, faisant fi des jugements de valeur toujours mièvres et stériles.

Elena est chauffeure de taxi, et, quand elle rencontre Victor, auteur en mal d’inspiration, et qu’ils décident de changer leurs vie, quand Elena doit s’arrêter pour une opération, ils se rendent compte que leur rencontre n’aura rien de fugace ou de surprenant, car ils partagent la conviction de créer, de faire vivre leurs intensités.

Jeanne a du mal à s’intégrer aux réalités numériques, mais elle a rencontré un jeune homme, un vendeur, qui sait l’appuyer et la conseiller. Quand il ne répondra plus aux sollicitations, Jeanne se sentira désemparée, mais il n’est pas possible que son ange gardien d’élévation technique ait pu l’oublier…

Très belle touche amicale et sensible que cette rencontre entre une Mamie et une jeune fille, en proie aux douleurs intérieures de spleens ravageurs, et qui, par le contact charnel avec des pommes de couleurs différentes, vendues par la Mamie marchande, dont elle sait conter les différences et les atouts, redonnera espoir à la jeune fille, pour que sa vie se pare de chatoiements et d’espoirs. Toute l’intensité de cette nouvelle, son écriture déployée, me ravissent et m’ont empli de larmes, de force et de nécessité d’optimisme résolu, envers et contre tout.

Eliette et Robert vivent pour les voyages et les découvertes de nouveaux horizons, ils ont la tête bien pleine de nombreuses aventures, aux quatre coins du monde, mais quand Robert vivra un accident, il faudra tout faire pour que les promesses d’autres endroits à conquérir puissent se perpétuer, malgré les handicaps de vie. Car la passion doit rester intacte et réfuter les messages permanents sur la prudence et l’attention, qui empêchent d’éclore les énergies.

Francine connaît par cœur toutes les réponses à des questions géographiques, elle veut gagner le concours qui permettra à sa petite voisine de partir en séjour. Quand elle regarde, avec plaisir, son émission de voyages, elle s’imagine triompher et vivre le départ de sa voisine, à qui elle offrirait le séjour, par procuration, pour s’emplir des émotions qu’elle conserve ardemment en son âme.

Julie a consulté une fois un voyant, prénommé Carmen, et elle ne l’a pas cru, car la vie ne lui fut pas simple avec des parents disparus quand elle était toute jeune, des grands-parents peu aimants qui lui reprochent même d’être là… et une proximité avec les hommes qu’elle jure dangereuse. Mais la vie réserve des surprises et peut parfois émettre des sons porteurs, pour sortir des néants et angoisses.

Josiane vit une longue maladie, mais elle va sa battre, réfuter tous les fatalismes, s’attacher intensément à cueillir chaque instant pour marquer ses volontés et ses forces, car tout discours misérabiliste ou pétri de rudesse sur les moments à venir ne fait qu’atteindre la dignité et assure la déconstruction.

Quand lors d’une croisière, l’on retrouve dans un livre de Françoise Sagan un billet de cent dollars, l’on ne sait s’il faut en rechercher le propriétaire ou placer cette mise au casino, mais en tous cas, comme Françoise Sagan brûlait la vie, les deux protagonistes de cette nouvelle élégante, racée et amoureuse, feront tout pour conserver le plaisir de moments partagés, à satiété.

Juliette est abandonnée de ses enfants et, même si elle observe avec frénésie les enfants qui vont à l’école, il lui est difficile de se sentir si seule, alors qu’elle a simplement voulu dire ce qu’elle ressentait en chaque moment partagé de vie, sans faux-semblant. Cette honnêteté, ce ton direct, lui ont été reprochés plus que vivement. Un enfant qui l’observe, timide et maladroit, saura lui redonner sens à la force d’espérer… Cette nouvelle là est écrite avec une harmonie absolue, nous remémore toutes et tous des détresses vécues, mêlées de nouvelles donnes pour avancer quand même, par-delà les douleurs…

Et cet opus riche et foisonnant sait faire valser et danser toutes les protagonistes, qui prolongent leurs vies des nouvelles qui les ont mises en scène, pour procurer un bal où les envies, les tensions de chacune s’agglomèrent, pour créer une force tenace et propice, pour toujours conquérir de nouveaux espaces.

En cette période pénible où les liens sociétaux demeurent complexes, où les décideurs hésitent et tombent souvent dans le moralisme agaçant, où les perspectives positives demeurent ténues, il vous faut lire ce très beau livre d’Annette, quintessence de la poésie la plus esthétique (Annette est aussi peintre) et de l’écriture réflexive, qui nous invite à franchir des ponts, à réfuter les murs qui se dressent, pour assumer nos envies, explorer nos profondeurs, créer notre chemin, en respect de nos identités intérieures.

Merci Annette pour ta bienveillance, ta fougue et ta qualité d’écriture incisive.

Je t’embrasse.

Éric

Blog Débredinages

Voulez-vous Danser

Annette Lellouche

A5 Éditions

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