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Attention ce livre ne vous lâchera pas, quand vous l’aurez en main, et il vous tiendra en haleine, pendant les 500 pages qui le composent.

Felicito Yanaqué, fils d’un père rude mais aimant, qui a travaillé intensément pour lui permettre une éducation appropriée et qui l’a élevé seul, car la Maman est vite partie trouver fortune de cœur ailleurs…, se remémore souvent le principe qui lui a été inculqué : « ne baisse jamais la tête et tiens tes convictions en permanence, ne courbe jamais l’échine face aux puissants ».

Quand un « corbeau » lui fait passer des messages directs sur la nécessité de payer une dîme pour préserver l’intégrité de son entreprise de transports, il décide tout de suite de ne pas céder et de contacter la police locale, même s’il n’est pas certain de l’honnêteté scrupuleuse de ses agents.

Felicito vit avec une femme qu’il n’a pas choisie et qui lui a dit attendre un enfant de lui un jour…, sans qu’il sache si cette réalité était exacte, car en tant que fille de la maîtresse de la pension où il vivait alors, il était de notoriété commune que la dame patronnesse de la pension vendait sa fille comme compagne des clients pour arrondir les fins de mois…

Il a deux fils, le dernier lui ressemblant plus que le premier…, qui travaillent tous deux en son entreprise de transport, qu’il a bâtie de ses mains et qui constitue sa fierté.

Il est donc hors de question que cette même fierté soit entachée, en cédant à un odieux chantage, même s’il apprend que ses concurrents sont habitués à payer leur contribution, pour éviter tout problème…

Ismael, patron d’une compagnie d’assurance, décide de se marier avec sa femme de ménage, après plusieurs années de veuvage, et il demande à son collaborateur et ami, Rigoberto, d’être son témoin, car il veut que sa fortune ne soit pas exclusivement héritée par ses fils, qui un jour qu’il était alité et inconscient, ont clairement souhaité sa mort et montré qu’ils ne lui portaient aucune affection.

Ismael part en voyage de noces, se marie en catimini, et ses fils n’hésitent pas à rencontrer Rigoberto, en lui promettant des contraintes fortes s’il ne soutient pas que leur père a agi, par incohérence mentale, ce que clairement par fidélité en amitié Rigoberto n’acceptera jamais, même si cette position peut lui coûter, à lui comme aux siens.

Ces deux histoires qui n’ont pas vocation à se croiser et se rencontrer forment cependant un socle qui parle de la réalité du Pérou actuel, où la modernité économique s’accompagne de réseaux peu scrupuleux destinés à seulement s’auto-enrichir, où justice et police tentent de faire face aux corruptions et pots de vin fréquents et légion, où la présence du religieux et du sacré comme de la méditation Andine ont, depuis longtemps, cédé le pas aux cultes des individualismes et des réussites médiatisées.

Vous croiserez Mabel, la seule femme aimée par Felicito et qu’il entretient autant par amour que par nécessité physique…, Adelaida, la confidente de Felicito, qui sait lire l’avenir et prévenir de ce qui peut arriver et qui sert une si bonne eau fraîche quand la chaleur s’installe… et vous repérerez qui se cache derrière Don Edilberto Torres, personnage à mi-chemin entre fantôme des temps modernes et génie des astres, que le fils de Rigoberto se trouve seul à voir clairement, avec lequel il entretient une communication régulière, au grand supplice de ses parents qui imaginent une maladie mentale potentielle…

Mario Vargas Llosa se place d’abord comme un vrai conteur, un narrateur d’histoire inspiré.

Il parle sans concession, mais aussi avec enthousiasme de son Pérou contemporain qui s’intègre dans des évolutions positives économiques, mais au bénéfice souvent de castes et qui oublie ses traditions de partage comme de rencontres.

Il combine les liens entre ces personnages et le verdict final est ciselé avec émotion et force, hommage à l’optimisme et à la vertu des élégances et des solidarités.

Il n’est pas dupe des faux-semblants et nous laisse nous fixer une réflexion sur l’avenir des finances, qui peut apporter un mieux-être à un pays en développement mais qui peut aussi asseoir des privilèges aux mains de ceux qui associent pouvoir, corps constitués confisqués et violences.

Un livre qui nous rapproche de la phrase de Céline rude et prémonitoire, souvent malheureusement exacte : « les gens se vengeront toujours de ceux qui cherchent à les aider » et qui sacrifieront leurs dignités pour leur nom, en lettre dorée, pour s’installer seuls en de nouvelles aventures économiques, constituant de nouveaux privilégiés.

Et pourtant que j’aimerai retourner à Lima ou découvrir Piura, sacralisée en cet opus.

Éric

Blog Débredinages

Mario Vargas Llosa

Le héros discret

Collection « du monde entier »

Nrf Gallimard

Traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès

23,90€

Photo de l’auteur : le figaro.fr en copyright

 

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