Attention, Amie Lectrice et Ami Lecteur, ce livre écrit sans concession, de manière très directe, rude et corrosive, ne vous laissera nullement indifférent, ses messages vous seront inscrits en mémoire pour un bon moment, car il parle d’un passé proche, impudique, où l’argent roi devenait le centre de tout, et il rappelle aussi que ce conditionnement peut ressurgir en permanence, si tenté qu’il se soit évaporé depuis lors…

Aldo Bianchi est un professeur de tennis, bien mis de sa personne, et il sait qu’il plait à certaines de ses élèves, en manque affectif, notamment à celles qui s’ennuient d’une vie pourtant aisée et sans contrainte, mais où le piment, le relief, la capacité d’émotion, la différence attendue, apparaissent peu fréquentes, remplacée par une réalité terne, ankylosée, sclérosée, par la monotonie des habitudes, par la nécessité de toujours paraître, en perfection, au milieu du cœur de jet-set.

Odile s’est laissée séduire par Aldo, elle a même fait en sorte qu’il s’éprenne d’elle, ensemble ils passent du bon temps, Odile se sent revivre, se sent reféminisée, à la fois sur le plan intime et dans sa projection future.

Elle aime Aldo, mais elle ne sait si la réciprocité est assurée, alors elle l’invite dans des restaurants qualitatifs, lui offre des cadeaux de marque, en évitant qu’il prenne ses attentions comme une acceptation d’une situation de gigolo.

Odile délaisse son mari, qui semble accepter que sa femme recherche l’amour, ailleurs, même s’il regrette que toute sa fortune soit aussi utilisée pour ce type de caprices, lui qui travaille sans relâche dans des affaires que l’on ne cerne pas, mais qui apparaissent clairement avec des oublis de sens moral, même si en cette Suisse Genevoise, la fin et la faim d’argent justifient les moyens et le fait d’avoir des moyens, de forts moyens même…

En cette période de fin des années quatre-vingts, en Helvétie du monde des affaires, le mari d’Odile mise sur les OGM, susceptibles de rapporter beaucoup…

Svetlana travaille en une Banque d’importance, référencée sur Zürich, elle est le bras droit du Directeur, mais elle attend beaucoup plus de sa carrière, elle est prête à donner de sa personne, jusqu’à la limite de la convenance, pour faire fructifier son désir de possession financière, pour assurer la sécurité de sa fille, elle qui a vécu la pauvreté en République Tchèque et n’imagine pas, une seule fois, revenir en arrière, en cette condition honnie…

Christophe Noir, un banquier sans scrupule, apte à toutes les bassesses, pourvu que les stratégies rapportent, n’imagine pas ne pas conquérir Svetlana, elle qu’il considère comme l’incarnation absolue de la femme désirable, à posséder, puisqu’il vit de sa puissance, que le corps d’une femme n’est repéré que par sa chair à assouvir…

Aldo remarque Svetlana, en une soirée, lui qu’Odile a affecté pour des missions de confiance, entre France et Suisse, en transport d’argent très secret, qu’il camoufle comme s’il était VRP, et il se sent plus que fortement attiré par la Belle, et la réciprocité semblerait assez envisageable, avec une perception qu’un début d’amour pourrait même se tisser…

Ensemble ils décident de s’unir pour tenter d’obtenir le jackpot, qui leur assurera un avenir financier très fiable, la promesse d’un bonheur permanent, puisqu’ils croient que le « bonheur c’est d’avoir… », mais les personnes rencontrées, dans leurs organisations et missions respectives, n’hésitent pas à combiner avec la violence ou le crime, et ils sembleraient l’oublier, et il conviendrait qu’ils se rappellent de ne pas tenter de se bruler les ailes, par trop forte avidité…

Ce livre, bien mené, avec une narration décapante qui, si elle se place à la fin des années quatre-vingt, à la future chute de l’URSS prévisible et déjà en prémices, en pleine période du capitalisme triomphant, de la richesse présentée et positionnée sans aucune retenue, en totale impudeur, structure des renvois réguliers en nos temps présents, avec un humour cinglant et vif.

Vous aurez ainsi la possibilité de côtoyer :

  • Un ancien immigré Chilien, qui a connu les geôles de Pinochet, qui se verrait, cependant, bien devenir nouveau riche, surtout pour assurer son addiction au jeu…
  • Des sbires de la mafia Albanaise, prêteurs usuriers et proxénètes ayant maté des filles, en leur faisant vivre des sévices effroyables, mais qu’elles ont fini par endurer et même capter, si l’on peut dire, qui maintenant sont prêtes à faire tout ce qu’on leur demande, avec l’espoir d’une petite reconnaissance, d’une once de liberté et de finances coulant à flot…
  • Un Papy Corse, en fin de vie, mais toujours partant pour un nouveau coup, pour faire fructifier son magot, pour le respect de la famille et de son aura, pour l’assurance d’une vie confortable pour sa petite fille. Sa sœur suit ses consignes, agit, et elle est toute aussi capable de profiter d’un moment apprécié, en un bouchon sur Lyon, que d’organiser un règlement de compte sanglant, pour punir celles et ceux qui auraient voulu se risquer à la détrousser ou à empiéter sur son domaine. On l’appelle Mimi, elle sait repérer les failles de celles et ceux avec lesquels elle travaille, elle voit vite que Svetlana et Aldo tombent dans le sentimentalisme affectif, qu’ils s’aiment, ce qui semblerait compromettant pour le maintien d’affaires solides et ce qui pourrait, aussi, les entraîner en une chute précipitée…
  • Un détective privé qui, sollicité par Odile, traîne ses pieds pour prendre des photos d’amants qui oublient leurs promesses, qui se demande comment l’on peut encore se vautrer de sentimentalisme, alors que l’argent ne sait plus comment être dépensé, en ces familles du bord du lac Léman, totalement grandiloquentes, heureuses et factices de leurs trains de vie, totalement inconséquentes en la platitude de leurs discours ou de leurs projets…
  • Un couple de Zurichois, sans enfant, qui semblerait accepter l’ouverture, la critique et la tolérance, mais qui sait garder des secrets, surtout assurer ses arrières, en acceptant toutes les compromissions et les désaveux de la soi—disant amitié économique…

Vous apprécierez aussi les légèretés et poésies de l’auteur, qui revient régulièrement à l’analyse des romans et textes narratifs de Ramuz, par récurrences dans le livre ; Ramuz, que Céline reconnaissait comme un véritable auteur (ce qui était très rare chez lui), ce qui me donne envie d’aller plus loin et de lire ou relire son œuvre.

Et vous refermerez cet opus en vous disant que si l’argent ne fait pas le bonheur, « cela aide à faire les commissions », comme disait le philosophe Coluche, mais s’il convenait d’être trop gourmand, une alerte doit transparaître, nous éveiller, pour rappeler que bien mal acquis ne profite jamais et que l’argent roi fait souvent perdre la raison et parfois tous les essentiels…

Éric

Blog Débredinages

La soustraction des possibles

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