Amie Lectrice et Ami Lecteur, voici un livre qui se lit avec délectation, et qui potentiellement peut vous placer en addiction : une fois le livre ouvert, vous ne pourrez plus vous en séparer, vous le lirez intensément et vous ne pourrez plus le refermer avant de connaître l’épilogue.

Il s’agit d’un polar bien mené qui intègre non seulement des péripéties inhérentes à un roman noir qualitatif : personnages de belle facture, héros original et valeureux, scènes de crime récurrentes liées à un scénario ciselé, mais aussi et surtout, qui vous ouvre l’esprit et vous enrichit scientifiquement.

En effet quelques années avant sa mort, le Prix Nobel de Physique 1992 Français, Georges Charpak – que je vénère personnellement pour avoir été à l’origine dans les écoles primaires du programme dit « la main à la pâte » où les enfants découvrent les sciences par l’expérimentation directe et la création d’objets leur permettant de mieux cerner les réalités qui les environnent (comme la création d’un petit moulin à eau à placer au bord d’une rivière pour expliquer l’énergie hydraulique) – aurait émis une hypothèse audacieuse connue sous le nom de « son fossile ».

Cette hypothèse se place sous les traces de Thomas Edison, qui, en 1877, a inventé le phonographe, technique qui relie un stylet à une membrane.

Le stylet grave, sur un cylindre tournant de cire, les vibrations qui l’agitent, lorsque les sons frappent la membrane, en restituant les enregistrements.

Charpak aurait rénové cette technique en imaginant que des sons antiques seraient gravés en des poteries anciennes.

De l’argile tourne naturellement sur le tour du potier et pendant que l’artisan, avec ses mains ou un stylet, grave ses motifs décoratifs, il pourrait avoir enregistré, à l’insu de tous, les sonorités de proximité de son atelier.

Charpak aurait imaginé, par exemple, Aristote, parlant à un ami potier, ou conversant avec un artisan sur le seuil de sa boutique, avec l’inattendue conservation de cette discussion enregistrée sur les décorations du vase ou de l’objet réalisé.

Toute la réflexion du Vase de Bamberg s’affecte en prolongement de cette hypothèse et fait place à un roman noir passionnant.

Tout part du Vatican où le Cardinal Di Lupo, en proximité du Pape François, souhaite retrouver une poterie du Ier siècle, de la région de Capharnaüm (oui, la Ville a existé, et je ne vous raconte pas son célèbre « bazar » … !), où vécurent le Christ et ses disciples, où une parole du Christ serait inscrite.

Le Cardinal Di Lupo convainc John Quantius, un fils d’un de ses illustres amis, qu’il a pris sous sa protection, qui dispose de capacités évidentes pour se cacher, se camoufler et se rendre invisible.

Il considère que ses talents indéniables, qui pourraient faire de lui un voleur de grande classe, vont être utilisés pour cette action jaugée un peu folle et fantasque mais qui représente un enjeu historique et spirituel majeur.

John se place aussi comme un galeriste de renom et un expert en art et il est régulièrement affecté par le Vatican pour des missions d’analyse et d’appui.

John, appelé par le Cardinal, rencontre dans les sous-sols du Vatican, une équipe, travaillant sur des bases ultrasecrètes et développant des compétences scientifiques et linguistiques de très haut-niveau ; il lui est demandé de dérober un vase du Ier siècle, situé dans la ville Autrichienne de Bamberg, en son Musée, et en provenance de l’Antique Judée.

Mais retrouver un vase où pourraient être transcrites, enfouies par les années, dans les stries de poterie, des paroles prononcées par le Christ, ne s’inscrit pas comme une opération classique, bien au contraire, et, malgré les précautions de discrétion et d’information triée à un nombre minimal de partenaires informés, cette dernière va connaître des rebondissements importants liés notamment :

  • aux interventions de nombreuses officines d’intelligence qui s’inquiètent de cette soudaine application de l’hypothèse Charpak.
  • à la NSA, qui veut comprendre ce qui motive le Vatican, et surtout quel rôle entend jouer et développer John Quantius ; elle n’hésite pas à placer des personnalités chargées de séduire les membres du réseau.
  • à la mafia Italienne (désespérément proche du clergé le plus rétrograde, ce qui malheureusement s’est souvent repéré et apparemment sans arrêt en nos temps récents…) qui veut mettre en tension le Vatican et ses sbires par trop progressistes…
  • aux services secrets Russes, qui s’affichent dans l’orchestration, car ils ne peuvent pas ne pas être présents dans une opération aussi novatrice et hors norme.
  • et aux services spécialisés, proches de religions concurrentes, qui veulent impérativement tordre le coup à ces réalités, pour ne pas redonner vie et couleurs à un catholicisme dont les pratiques et écoutes pourraient reprendre de la vigueur, si l’on était en capacité d’écouter en direct son précepteur le plus prophétique…

Tous ces intervenants vont tous se mettre sur la route de John pour conspirer contre lui et l’empêcher d’accomplir sa mission.

Mais John, aidé par une partenaire, qui s’attache à lui et dont il reconnaît les capacités à s’intégrer en son univers excentrique, fait front et veut atteindre son objectif.

Et je vous laisse imaginer s’il sera possible d’écouter la parole prophétique prononcée en araméen du Ier siècle…

Ce roman policier et roman noir se lit avec un plaisir vorace :

  • Que vous soyez ou non versés dans l’ésotérisme, il vous amènera sur les réalités Vaticanes, mais avec une synthèse originale entre le spirituel et la science qui – on le sait bien – n’ont pas toujours vécu des ménages aisés…
  • Que vous soyez ou non versés dans les déferlantes et les concurrences, sans merci, entre services secrets concurrents où nulle loi ne prévaut si ce n’est celle du plus fort ou du plus mesquin.
  • Que vous soyez ou non bercés par les monte-en-l’air cultivés par le film « La Main au Collet » d’Hitchcock, qui a donné à John ses volontés d’escapades plus ou moins frivoles et légales.
  • Que vous soyez ou non épris de romans à épisodes, puisque le livre se termine en appelant une suite que j’imagine savourer bientôt.

Je vous engage à rentrer dans ce roman de qualité narrative, très documenté sur la recherche scientifique, et à vous plonger dans l’univers de Paul Hornet qui est le pseudonyme partagé d’un écrivain (grand prix de l’académie Française) et d’un journaliste, selon les confidences de l’éditeur.

Un livre très agréable, alerte et facile en bouche, sans être du tout simplificateur, un opus pédagogique, que je vous recommande.

Éric

Blog Débredinages

Paul Hornet

Code Évangile 1. Le Vase de Bamberg

20€

Cherche Midi Éditions