En cette période de « nouvelle donne » aux Etats-Unis, où la société reste cependant bien fracturée, il est nécessaire de replonger dans les racines de l’histoire de la création de cette fédération, pour en ressentir et pour en peser les soubresauts et tensions.

Jean-Louis Rieupeyrout fut et reste le spécialiste de l’histoire des Indiens d’Amérique.

La collection de ses analyses se repère utile, nécessaire et bienfaisante, surtout en une période incertaine où le poids des non-dits s’avère souvent semeur de risques.

Ce recueil, que j’avais acheté, en ma jeunesse, regroupe plusieurs textes fondamentaux de l’auteur et marque au fer rouge les réalités de la conquête de l’ouest, qui s’est structurée avec une violence indicible.

Le cercle rouge évoque la présence de Mexicains, recevant les appuis de soldats et de populations Américaines du Missouri, désireux d’implanter des colonies sur les territoires apaches, en la province de Chihuahua, repérée pour son sous-sol précieux où l’extraction minière devenait un eldorado d’appât de gains.

Une réalité cruelle offrait des primes en pesos pour toute remise de scalps d’hommes, de femmes et d’enfants Indiens…

Le chef Indien apache, Mangus Colorado, balayait le territoire et scrutait l’horizon pour installer ce fameux « cercle rouge », muraille hérissée de flèches tirées pour frapper, en respect du pouvoir de son peuple.

Cette loi du talion, et les attaques Indiennes qui répondaient aux provocations Mexicaines et Américaines, entraînait souvent à recourir à des médiations, notamment par des hommes de foi et de religion, mais ces dernières entraînaient des règlements de pacotille, où des familles apaches spoliées ou meurtries dans leurs chairs recevaient des compensations financières, souvent mal cernées…

Mangus Colorado était un chef de guerre qui savait aussi être impitoyable, mais il savait d’abord respecter une parole et un traité de cesser le feu.

Pour tenter de le neutraliser, et en utilisant la lâche ruse, en 1862, des émissaires Mexicains furent envoyés, auprès de Mangus Colorado et de son allié Cochise, pour leur préciser que des « Americanos » les invitaient pour leur offrir des cadeaux et permettre ainsi une entente de bons traitements.

Mangus Colorado accepte cet échange de discussions, sous la tente du capitaine Shirland qui le reçoit avec peu d’égards, et lui propose d’attendre le lendemain pour des palabres.

Il fait froid et Mangus Colorado grelotte ; il se lève pour s’étirer, et une sentinelle ne trouve rien de mieux que de faire tâter sa baïonnette sur sa musculature, pour tester les réactions du chef apache.

Mangus Colorado sait qu’il est tombé dans un piège ; il est froidement exécuté et le lendemain il sera titré qu’il a été abattu « parce qu’il tentait de s’évader pour fomenter une révolte »…

Pour le venger les chefs apaches Cochise et Geronimo entameront une guerre de plus de six ans contre les soldats Américain, ce qui paralysa le peuplement et le « développement » imaginé des régions concernées.

L’aube de sang raconte le carnage et le massacre de Sand Creek.

Les tribus Arapahoes voulaient rappeler aux soldats qu’un traité de 1861 leur accordait une « réserve » sur le cours supérieur de l’Arkansas, et que des voyageurs, sans respect, ne le prenaient pas en compte, en détruisant, en chasseurs acharnés, des nombres inconséquents de bisons, nourriture essentielle des Indiens.

Les Arapahoes et les Cheyennes, sous la conduite du chef Black Kettle, avaient sollicité une entrevue visant à faire respecter les droits issus de traités antérieurs, en échange de prisonniers capturés, membres de diligence qui avaient traversé leurs territoires de réserves, et se livraient à des parties de chasse inconsidérées.

Si des gouverneurs civils et des soldats éclairés étaient prêts à négocier, à accepter des terrains d’entente, des militaires imaginaient d’autres formes d’intervention.

Au retour de l’entrevue dite de Denver, les Cheyennes et les Arapahoes pensaient qu’une paix durable allait survenir.

Mais le colonel Chivington en avait décidé autrement ; il suivait les chefs en se rapprochant de Sand Creek.

Il reprenait avec une forme réelle et assouvie de plaisir cruel les paroles du général Curtis « je n’accorderai pas de paix jusqu’à que les Indiens souffrent davantage… » ou celles du major Downing « je pense et je crois fermement que l’Indien est un obstacle à la civilisation, aussi doit-il être exterminé… ».

Lorsque que John Smith, un marchand métis, familier des Cheyennes, se leva, ce jour-là, il repéra des hordes infinies de soldats.

On lui tirait dessus.

Et le massacre débuta, se plaçant d’abord et en priorité pour mettre en joue les personnalités tolérantes qui travaillaient et commerçaient avec les tribus…

Chivington observait, avec contentement, que « le travail allait bon train… ».

Black Kettle essayait d’échapper au feu intense, en escalant la paroi friable d’une colline, en prenant dans ses bras son épouse bien mal en point, et qu’il croyait décédée.

L’on ne sait quand la tuerie stoppa mais on trouva le cadavre du chef White Antelope devant un drapeau blanc…

Le colonel Chivington télégraphia en disant « avoir attaqué un village Cheyenne de 130 tipis et de 1000 guerriers et avoir tué ses chefs et 500 Indiens », précisant que « tout cela fut exécuté noblement… ».

Le colonel fut bientôt démobilisé et échappa aux sanctions que le Congrès des Etats-Unis voulait prendre contre lui…

Ce massacre de Sand Creek ouvrit une nouvelle période de troubles.

Les Collines Noires appartenaient aux Sioux, depuis un traité, mais de nombreux convois de soldats les franchissaient allègrement, même si les soldats refusaient aux civils de s’implanter, eux qui avaient l’avidité de pouvoir trouver et dénicher, ici, des filons d’or.

Quand les soldats de Washington proposèrent à Red Cloud et Spotted Tail, les chefs Sioux, de leur racheter les Collines Noires, ces derniers refusèrent ce marchandage, qui mettait à mal leurs vies et insultait celles de leurs ancêtres.

Little Big Man, de la tribu de Crazy Horse, déclara même, mais fut retenu, qu’il allait tuer des Blancs…

Quand Red Cloud proposa que Washington verse à son peuple 400 000 dollars de droits d’extraction de mines pour le Big Horn, pour deux années, et une somme de 6 millions de dollars pour l’achat des Black Hills, Grant ne suivit pas les consignes de son cabinet qui rappelait « que les mineurs se considéraient comme des conquérants » et déclara que « comme la magnanimité avait échoué, la puissance allait demeurer… ».

Le lieutenant-colonel George-Armstrong Custer, 37 ans, héros de la guerre de Sécession, général de brigade très jeune, sentit que son avenir glorieux allait être tout tracé…

Et pourtant il avait maille à partir avec l’administration de Washington, car il avait dénoncé une clique de politiciens corrompus, ce que Grant lui avait clairement reproché…

Nous sommes en juin 1876, et le plan Terry a précisé que chaque bataillon devait suivre le chemin défini, et qu’aucune attaque n’aurait lieu sans que les regroupements n’aient pu être menés à bien.

Lorsque de manière débridée, Custer déferla sur les troupes Sioux et Cheyenne, il pensait tenir sa victoire et l’immortaliser par sa seule bravoure.

Les Chefs Sitting Bull, Crazy-Horse, Black Moon, Big Road, n’avaient pas de plan défini, mais ils menèrent une charge avec toute l’élite guerrière de leurs villages et firent face et front.

Les troupes des autres détachements de soldats, autres que celui de Custer, se voyaient soit sans repère ou compréhension, soit obligés de battre en retraite ou de se placer en abri…

Custer, lui exultait, pris par une ivresse folle, ignorant les déplacements de force, voulait tomber, sans coup férir, sur le village Cheyenne, mais les troupes Indiennes formèrent un fatal et mortel tourbillon, et Custer n’exista plus…

En cette bataille de Little Big Horn, la désobéissance de Custer avait donné lieu à un spectacle désolant de soldats anéantis et à une impétueuse victoire Indienne.

Crazy-Horse et sa bande voulaient recouvrer des territoires plus fertiles, après ces évènements, et se lancèrent en une longue marche, mais furent bientôt rejoints par des sentinelles de soldats, et aussi d’anciens condisciples du chef Indien, ayant accepté de se mettre au service des Americanos…

On proposa à Crazy-Horse de parlementer.

Il indiqua qu’il n’acceptait pas que certains chefs indiens, comme ceux des Nez Percés, veuillent de nouveau la guerre, mais il désirait de l’accompagnement des « Americanos » sur sa volonté d’avoir une réserve pour les siens.

On mystifia sa prose de parole et on traduisit ses propos avec erreur volontaire, marquant qu’il voudrait être belliqueux.

Quand Crazy Horse refit son chemin retour, il fut attaqué par un ancien condisciple, agissant certainement à la demande de l’État-Major, pour venger Custer…

On ne sait pas où aurait été enterré Crazy-Horse, mais à quelques encablures du célèbre Mont Rushmore où sont gravés, dans la roche, les portraits géants de quatre Présidents Américains, au pied des Black Hills, près d’une ville nommée Custer, se tient la statue géante de Crazy-Horse, sculptée dans la roche des Thunderhead Mountain, la Montagne de la Tête du Tonnerre, œuvre de Karczak Ziolkowski.

Les Cheyennes se virent ensuite accompagnés par les soldats pour s’établir dans des terres bien plus au sud et peu fertiles, ce qui conduisit à des épidémies, à des tensions et à la volonté de certains chefs, comme Little Wolf, de réfuter « cette terrible transhumance humaine » obligée , pour revenir sur leurs terres ancestrales, avec le souhait que ce retour se fasse sans heurs et sans violence.

Lorsque le capitaine Wessels rattrapa les fugitifs et leur ordonna de retourner dans le Sud, qu’il se vit présenter un refus catégorique, le massacre de Fort Robinson, tout aussi semblable à celui de Sand Creek, se déclencha, et constitua le prélude des derniers moments de vie Cheyenne, en cette année de 1879.

S’ensuivit une conquête de l’ouest effrénée et une vie de reclus pour tous les Amérindiens…

Quand en cette année électorale, on repère les votes populaires sur les Etats des anciennes batailles entre soldats et Indiens, l’on ne peut que constater que les territoires où vivaient la concorde et l’ouverture semblent toujours tendre vers la concertation et la relation à l’autre, alors que les territoires de conquête, de combat et de domination restent isolés, protectionnistes et repliés.

Il est toujours utile de réanalyser l’histoire du moment avec celle passée, tout en considérant qu’elle n’explique pas tout, mais qu’elle peut permettre de mieux comprendre, et ainsi de mieux agir pour l’universel solidaire.

En ce sens les textes de Jean-Louis Rieupeyrout restent irremplaçables.

Éric

Blog Débredinages

L’oiseau tonnerre – L’ouest vrai

Jean-Louis Rieupeyrout

Recueil incluant les textes suivants : Le cercle rouge. Aube de sang. Custer est mort. Crazy-Horse est parti. La piste des Cheyennes. Massacre à Fort-Robinson.