Amie Lectrice et Ami Lecteur, il me faut d’abord commencer par « mon » sentiment d’intrigue, quand j’ai débuté ma lecture de ce livre d’Isabelle Mutin, qui fut « mon » auteure de découverte, en 2020, devenue depuis une de mes auteures de référence et de prédilection, sans allégeance superflue ou flagorneuse, mais en toute sincérité.

J’avais en tête « Les Hauts de Hurlevent » d’Émily Brontë, car la version en langue britannique de cet opus se nomme « Wuthering heights », et j’avais aussi en mémoire le nom d’une plante éponyme dont les feuilles se replient au moindre effleurement.

Mais je pense qu’il n’est pas essentiel de chercher à percer la part de mystère qui s’attache au titre du roman, car il est préférable de s’y laisser pénétrer et conduire, avec ses ressorts oniriques, poétiques, surréels.

J’ai lu le livre, avec avidité, par deux fois successives, mais je le relirai encore, et je suis persuadé lui trouver des charmes, des saveurs et senteurs qui m’auraient échappé la première fois, car ce livre est pétri d’élégances, de suavités et d’originalités.

Tenter une chronique se repère comme une gageure, et j’ai l’impression, en m’y attelant, de tenter un exercice aussi inutile qu’inconsidéré, tellement je vous invite d’abord à le lire par vous-même et à vous en émouvoir !

Je ne vais qu’effleurer, à touches pointillistes, la force de ce roman novateur et construit avec talent et habileté, qui touche et attire.

Camille grimpe une colline, seule, et y rencontre un grand homme, qui dort, avec un corbeau noir sur l’épaule.

La petite fille semble plus intriguée qu’apeurée, et quand l’homme lui propose qu’elle devienne son amie, en jouant à se déguiser en fonction de leurs rêves et inspirations, sans autre recours que la pensée et la force de l’esprit, tout part en enchantement.

Lors d’un vernissage, un tableau attire et semble inviter à replonger en la relation intimiste, et que l’on ne peut pas vraiment rationaliser, de Camille et de l’homme.

Quand Camille reprend l’ascension de la colline, mais qu’elle ne repère plus son ami, elle souffre de cette absence et se sent fortement endolorie.

Dans un café, que j’apprécierai découvrir, de Dijon, une jeune demoiselle souhaite boire une « amentia » (liqueur odorante selon le descriptif de l’auteure), et elle la partage avec un homme aux allures chevaleresques et surannées, qui la rapproche aussi de songes passés (mais sont-ce vraiment des songes…) en ses ascensions de colline, ou en observation passée d’un tableau ; quand la demoiselle chavirera et tombera en pamoison, la différence entre le réel potentiellement vécu et l’appel aux rêves enfouis sera bien ténue…

La partie du roman appelée « La rose noire » m’a enchanté car elle m’a rappelé de manière insistante ma lecture d’adolescent marquante avec « L’écume des jours » de Boris Vian, où son héroïne, Chloé, dépérit si l’on ne lui affecte pas des fleurs qui lui sont nécessaires pour conserver ses instincts de vie.

Ici Camille sait que les choses en seront finies pour elle, le jour où la rose noire qui s’est infiltrée en son être ne fleurira plus.

Mais même si ses temps sont comptés, la force émotive et la poésie ciselée et délicate restent présentes pour apaiser les cœurs et donner relief à tous les instants que l’on doit déployer en profits.

Et l’on poursuit la lecture, bercé par Camille qui « accroche des confidences à un garçon comme on accrocherait des étoiles », par la compréhension de la véritable signification de la chouette de la cathédrale de Dijon, et par la mise en abyme de ce que l’on a de plus cher en pensées et souvenirs pour clôturer son passage, ici-bas, avec un vrai sentiment de plénitude.

Ce livre peut se lire au travers de plusieurs miroirs et s’interprète aussi avec de nombreuses intensités ; pour ce qui me concerne, il m’invite à continuer à rêver, à parler – comme je le fais – à haute voix, à mes chers disparus, par la force des esprits, et à conquérir des territoires différents, que je ne pourrais peut-être jamais approcher en mon réel parfois atrophié, mais que je pourrais toucher, en promenades, par la magie éphémère, mais si puissante, des mots et des images de ce livre et d’Isabelle.

Chère Isabelle, relisez « Songe pour une nuit d’été » du Grand William, vous vous approchez de son univers et je suis certain qu’il vous promènerait avec plaisir en son théâtre du Globe…

Éric

Blog Débredinages

Wuthering Ent

Isabelle Mutin

Les édictions Mutine

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