Amie lectrice et Ami lecteur, j’ai déjà eu l’occasion de vous déclamer tout le bien que j’attache aux Éditions Mutine, sises à Cessey-sur-Tille, en Côte d’or, en Bourgogne.

J’avais lu, avec avidité et passion, Equipe de nuit, de mon amie auteure sociétale émérite, Anne-Catherine Blanc, et j’ai eu le vif plaisir de découvrir la plume inspirée, incisive, percutante, d’Isabelle Mutin, avec trois lectures successives,  qui m’ont amené aux nécessaires réflexions introspectives pour réfuter les petites lâchetés qui nous environnent, assumer nos différences, reconnaître nos fêlures et suivre le cap de nos engagements porteurs.

Très récemment, dans le cadre d’un salon d’éditeurs sur Dijon, j’ai eu le bonheur de rencontrer et de saluer Isabelle.

J’en ai aussi profité pour effectuer mon petit marché littéraire, en promenade de stands.

J’ai pu ainsi faire la connaissance de Sylvain Dubois, publié lui-aussi par les éditions Mutine, pour son premier roman.

Et j’ai lu le travail de Sylvain, en quelques heures qui me furent prenantes et enlevées, et je le remercie.

Doc Swindler ou Jack fut médecin.

Il arpentait Milwaukee pour diagnostiquer ses patients et leur procurer des soins avec attention.

Mais un jour il a tout largué.

Il a décidé de vivre une vie différente,  en suivant les camps des chercheurs d’or, des orpailleurs, en Californie, en leur vendant des fioles destinées à atténuer tous leurs maux physiques, qu’ils soient gastriques, capillaires, musculaires…

Il sait bien que ces fioles de couleur ne forment qu’une supercherie, mais il aime bonimenter, malgré quelques rebuffades, parfois, d’anciens clients, qui n’hésitent pas à l’affronter en combat direct.

L’argent qu’il gagne sert à lui donner du plaisir avec les filles de joie des institutions où il se rend en vieil habitué…

Il va et vient, de camp en camp, avec sa carriole et son vieux cheval, Cushy, fringant dans le passé et étalon reconnu, mais bien usé maintenant, qui espère qu’on le ménagera.

Jack, sur son chemin, croise un chariot à terre ; il sait qu’il a été victime d’une attaque d’Indiens, en ces territoires qui sont leurs et appropriés.

Une jeune fille, visiblement marquée par ce que sa famille a subi, qui en a réchappé par miracle, semble interdite, frappée de stupeur. Elle ne peut prononcer un mot !

Jack ne sait ce qu’il fera d’elle, mais à la fois par protection et forme d’élan solidaire, il la prend en charge ; elle partagera, dans la carriole, le chemin déterminé.

Ces réalités plantées, l’auteur réussit à mener une histoire acérée, avec des personnages aiguisés.

Il décrit des univers difficiles, rudes, rustres, sans concession et sans pitié, où pourtant résonne un possible espoir.

Vous rencontrerez Charlotte, tenancière autoritaire, sans fort scrupule, qui donne cependant un attachement à la jeune sans famille, en lui affectant Joséphine, fataliste sur son sort de prostituée, pétrie de douceurs, qui saura l’apaiser et lui ouvrir des portes insoupçonnées…

Vous croiserez à plusieurs moments, fugaces ou intenses, du roman, Lola Montez, dont la beauté et l’intrépidité, ont subjugué toutes les cours d’Europe, et notamment celle de Bavière, au XIXème siècle, qui semble veiller comme une bonne fée sur l’avenir de la jeune fille, Rebecca dite Becky, puisqu’elle peut s’exprimer (c’est ainsi que l’on finit par connaître son prénom) en notant des messages sur un petit carnet, idée de Jack, amplifiée par Lola, qui l’avertit de se méfier des hommes comme de rester indépendante.

Vous assisterez à des moments de supplice qui attiraient du Monde, qui visiblement égayaient les journées, sans vergogne, avec des immigrés Chinois que l’on pend par les cheveux, que l’on fouette pour tester leur volonté immuable de souffrir en silence, car » on ne méprise pas son bourreau, on l’ignore », comme l’a si bien dit Primo Levi.

Vous intégrerez aussi que les voleurs pris sur le vif n’attendent pas que l’on les transporte en justice : la loi du talion, avec les châtiments corporels, fait office de punition reconnue.  Et quand un Mexicain, qui revient sur ses terres pour venger les siens, finira par être arrêté, il sait que sa fin de vie sera un concentré d’atrocités.

Vous saluerez des chercheurs d’or qui serpentent la rivière, sans relâche, pour des résultats bien médiocres, mais qui ne peuvent revenir sur leurs engagements, car « l’honneur prime sur la reconnaissance des erreurs », comme disait Mark Twain, réalité souvent reconnue toujours et partout.

Vous découvrirez aussi que des exilés Français de l’Empire de Napoléon III ont suivi les traces de cette ruée vers la richesse du métal jaune.

Ce livre se lit avec la narration directe oscillante de Jack, Becky, Joséphine, du cheval Cushy, qui constitue un personnage majeur du roman.

J’ai apprécié fortement cette virevolte, qui n’est marquée par aucune ponctuation, ce qui renforce la profondeur et l’avancée du récit,  ce qui structure des réflexions, des états d’âme, des variétés d’analyse, qui  donnent vigueur au roman, car il n’y a d’enrichissement que par les différences !

Suivez mes pas en cette promenade impitoyable, en l’Amérique des chercheurs d’or, où des villes se créent pour repérer les éventuels filons, où les hommes se donnent à la tâche sans répit, où ils soulagent leurs plaies dans la débauche du lucre et de l’alcool, où les tenancières savent que leur commerce de chair nécessite en permanence la soumission des employées, où les rencontres avec les Indiens ne côtoieront que violence et mort…

Par delà la cruauté vécue, il est possible de tendre vers la reconquête, par la présence de douceurs humaines chez Joséphine ou Becky, ou par la succession de paysages et environnements propices à la contemplation.

Merci Sylvain pour ce premier roman réussi, fort, marquant et réflexif, prometteur d’autres inspirations à venir !

Éric

Blog Débredinages

 

L’étoile dans la poussière

Sylvain Dubois

Les Éditions Mutine

18€

Photos de Sylvain Dubois et d’Isabelle Mutin au salon des éditeurs de Dijon, copyright personnel