Amie Lectrice et Ami Lecteur, lors d’une récente chronique, en mon modeste blog, je vous ai parlé de ma lecture palpitante et enivrée avec l’opus d’Isabelle Mutin, Celsius, pour lequel j’avais loué le style porteur et pénétrant, la narration qui m’avait particulièrement saisi puisqu’elle oscillait entre manipulations, introspections, débats ou démons intérieurs, et espérances, par la conquête des liens amoureux ou par les apesanteurs des élans passionnels.

Je vous avais dit que je souhaitais me plonger dans les œuvres complètes de l’auteure.

J’ai donc voulu lire la suite de Celsius et connaître également le livre de chevet du psychiatre à la fois décalé et inquiétant du roman éponyme, lui-même écrit par Isabelle Mutin, et nommé DeSirium Tremens.

Je vais tenter ici une chronique diptyque pour saluer à la fois la force émotive et le style sans concession, direct et percutant de l’auteure, sa capacité magnifiée à décrire la puissance des sentiments, les petites lâchetés des quotidiens, les insuffisances des communications qui laissent sur le carreau des tas de sujets enfouis, et la nécessité rappelée d’être porté et bercé par des créativités ou des épanouissements, qui seuls peuvent assurer les essentiels intenses de vie.

Vincent se laisse aller, il n’a pas fini d’écluser la détresse d’un départ voulu d’Isabelle, meurtrie par ses tensions et noirceurs, qui a préféré en finir pour ramener la lumière auprès de celui qu’elle adorait, certaine de ne lui apporter au sens strict qu’une obscurité indicible…

Vincent n’a jamais trop aimé les chats, mais le bien nommé Maldoror (j’y vois un clin d’œil complice que je transmets à l’auteure, avec Lautréamont, que je relis en permanence à satiété), mais il lui donne des caresses intermittentes, ce dernier cherchant toujours les souvenirs d’Isabelle.

Vincent se décide à aller « rencontrer-consulter » le psychiatre Celsius, certain qu’il est responsable du suicide d’Isabelle par sa thérapie insupportable, malfaisante, qui a entraîné Isabelle avec la certitude que Celsius s’engouffrait dans le corps de Vincent aux intimités, qu’il pouvait régenter sa vie en projetant sur elle les fantasmes ou ébats qu’elle avait déclamés dans DeSirium Tremens.

Il envisage une solution expéditive avec le psychiatre, en lui versant directement sa colère et sa furie même, mais les choses ne se passeront pas comme prévu, car Celsius sait conduire une discussion, sait aussi affecter ses patients dans des rivages imprévus et difficiles.

Il réussit, par l’hypnose, à permettre à Vincent de communiquer avec Isabelle, qui lui déclare avoir eu une relation, sans manquer à son exclusivité intime, lors de son séjour en hôpital psychiatrique, et que ce lien a pesé dans le futur avec Vincent, Isabelle se plaçant entre culpabilité et nécessité de conserver cette discussion, avec un autre, qui l’aidait à se restructurer.

Quand Celsius proposera un marché surréel à Vincent, envisageant la résurrection d’Isabelle, à la condition de « la partager » entre le psychiatre et lui, lors de son « retour », Vincent ne sait plus où se repérer, et il consulte Allan, un ami fidèle d’Isabelle, qui écoute sans juger, qui apporte un appui sans attendre de retour.

Allan saura t-il transporter Vincent sur les rivages de la vraie construction, pour qu’il n’emprunte pas les mirages des élans aiguisés et attirants mais qui revêtent en eux les sirènes des perditions ?

DeSirium Tremens peut avoir été le livre de chevet de Celsius, ce psychiatre perspicace, porté vers des soins et des analyses inhabituels mais certainement d’intérêt, mais aussi intrusif, volontairement provocateur et assez halluciné.

Comme il parle souvent de sexualité et d’actes sexuels, on comprend que le livre DeSirium Tremens ait pu lui donner des élans fougueux.

Et pourtant DeSirium Tremens est d’abord un très beau livre de sensualité, de plaisir intense et en ferveur, il n’est, en aucun cas, un livre qui ne saurait pas parler d’extase amoureux ou qui s’y prêterait sans relief.

J’ai déjà dit, ici en ce blog, qu’il était rare de découvrir des auteures qui savent utiliser la langue et l’écriture pour parler de l’intime, en intégrant un style suggestif tout en ne recourant pas aux clichés de films ou de vidéos d’actes sexuels égrillards.

Isabelle Mutin sait allier le talent de l’écriture sur des sujets très intimes et les rendre porteurs de réflexions, c’est en ce sens que je lui affecte ma gratitude et ma reconnaissance.

Oui la narratrice aime son Amour et elle aime aussi lui faire l’Amour et faire l’Amour avec lui.

Oui elle se sent transportée avec lui et elle attend ses moments qui la revigorent, lui donnent l’essence d’attirer et d’être attirée, et lui assurent la sève pour prendre la vie dans toutes ses intensités et émotions.

Mais elle sait que les intimités, même les plus essentielles et sauvages (au sens de non domestiqué ou de non habituel), peuvent aussi être conçues comme des attraits qui n’iront pas plus loin que l’instant… ; elle sait que les relations engagées ne renferment pas que des réalités positives ou d’attention.

C’est pourquoi, tout en clamant des poèmes oniriques, délicatement suaves et érotiques, très travaillés et qui n’auraient pas dépareillé dans les lettres amantes de Musset et de Sand, l’auteure et sa narratrice, entremêlées,  plaident aussi pour que l’on s’arrête de juger les différents, celles et ceux qui errent dans les hôpitaux, que l’on semble entendre sans les écouter, et que la narratrice côtoie avec sa mère, souffrant de maladie neurologique, quand elles rendent visite, toutes deux, au Père et Mari, en détresse et voulant en finir.

Elles plaident également pour que chacune et chacun ose placer des mots sur des maux, puisse s’exprimer en ne récoltant pas que des jugements de valeur, pour que les profondeurs de ce que l’on veut vivre et ressentir puissent s’épanouir, offrir des champs d’ouverture, des chants de désir et qu’ils ne soient pas réceptionnés comme de seuls vils décalages…

Ces deux livres, extrêmement bien ciselés, aux atmosphères coups de poing, sonnent comme des rappels d’exigence, pour que chacune et chacun puisse s’émanciper, s’atteler à ses envies sans être jaugé et jugé.

Ces deux opus chantent la concorde de l’enrichissement par la différence et la volonté d’oser toutes les envies et fougues, à pleines lèvres.

Comme le disait si bien Kessel dans Les Cavaliers, « il est surtout important d’entreprendre et de conquérir, ensuite les fâcheux jugeront, mais de guerre lasse, ils vous jalouseront… ».

Respect Isabelle Mutin pour votre talent bienfaisant et continuez sur vos traces !

 

Eric

Blog Débredinages

 

L’écho de ton silence

DeSirium Tremens

Isabelle Mutin

Les éditions Mutine, excellente maison d’édition, que vous devez découvrir de ce pas, si cela n’est pas déjà fait

12€ chaque opus