Amie Lectrice et Ami Lecteur, c’est avec un plaisir vibrant que je vais tenter de vous parler d’un de mes héros : le Norvégien Roald Amundsen.

Je m’étais rendu à Oslo, en 2015, pour aller visiter le musée qui est consacré au bateau qui l’a transporté, avec son équipage, en Antarctique (cf photo en fin de chronique, copyright wikipedia), et lui a permis d’être le premier à atteindre le pôle sud magnétique, en 1911, alors que le capitaine Scott, avec un pavillon Britannique, se plaçait aussi avec le même enjeu de conquête, au même moment.

Amundsen arrivera le premier et Scott ne survivra pas à l’aventure. Cette course à la fois déraisonnée et fantastique m’a toujours fasciné.

J’avais aussi lu de nombreux écrits sur sa volonté de sauver l’expédition de Nobile, en perdition avec le survol de l’Arctique en dirigeable, en 1928, et qui verra Amundsen trouver la mort en tentant de porter secours à son Ami, et ce dernier, qui eut une longue vie, et qui en réchappa, lui témoignera une reconnaissance permanente pour ce don de lui-même…

Le livre récemment réédité par les éditions Arthaud, nom forcément évocateur pour les inspirations, les découvertes et la navigation (salut à Florence, disparue tragiquement) recense un journal de bord, écrit par Amundsen, et désireux de réaliser la liaison entre Atlantique et Pacifique, par les terres Arctiques.

Amundsen n’en est seulement qu’au début de sa carrière en cette aurore de vingtième siècle, il vient de terminer des études scientifiques poussées, technologiques et médicales (à la demande de sa Mère, pour cette dernière partie), à l’Université de Hambourg, et il a décidé d’acheter un petit bateau solide et adaptable au gros temps, qu’il nomme La Gjoa.

Il met en place un petit équipage de marins habitués aux expéditions en terres de glace, qu’il recrute sur les conseils de son maître navigateur, le grand Nansen ; il s’assure que les membres de son expédition savent prendre des relevés, savent utiliser tous les moyens de navigation, même les plus rustiques ou artisanaux, et se repérer aux astres, cieux et étoiles, et il n’oublie pas d’avoir aussi avec lui un cuisinier-chasseur hors pair, car il ne peut y avoir de dynamique conquérante sans moments de partage et de convivialité.

Depuis la nuit des temps les navigateurs Européens cherchaient à découvrir le passage dit du Nord-Ouest qui devait permettre de joindre l’Europe à l’Asie, en passant par les terres Arctiques du Nord Canadien.

Personne n’y était parvenu. Amundsen réalisera cet exploit mais cela lui mit plus de deux ans, car les glaces solides et tenaces ne permettent pas la navigation en permanence et il faut s’armer de patience et accepter des hivernages récurrents.

Amundsen mit le cap de Christiania (l’ancien nom d’Oslo dédié au prénom du Roi de Suède qui avait pavillon sur la Norvège pendant des lustres historiquement…) pour se rendre ensuite au Groenland et voguer ensuite en direction de l’idéal à atteindre.

Un échouage sécuritaire obligea, après passage du détroit de Lancastre, à un hivernage complet, en un lieu qui fut appelé, pour la circonstance, Port Gjoa.

Comme la nécessité de stationner dure un temps certain, l’équipage décide de se rendre sur le Pôle magnétique, en affrontant des températures extrêmes, en appréciant les splendeurs de l’été Arctique et en devant redoubler de vigilance face à des moustiques spécifiques présents en ces contrées, appréciant particulièrement le sang humain, plutôt rare…, et pouvant provoquer des démangeaisons et piqûres difficilement soutenables.

Un appareillage permet de rejoindre la baie d’Hudson et une arrivée à la terre Crozier, qui est explorée de fond en comble, et dont certains territoires sont dédiés au Roi de Norvège Haakon VII.

L’équipage finit par atteindre le détroit de Béring, mythique lieu que l’on observe sur un planisphère, en se remémorant nos lectures des romans de Melville, avant d’être obligé par un nouvel hivernage en Alaska septentrional, qu’Amundsen utilisera pour des randonnées scientifiques et d’amélioration du champ des connaissances jusqu’à Fort Yukon.

L’arrivée à Home, sur l’Alaska du Pacifique, ne sera pas une partie de plaisir et demandera d’accepter de vivre avec la météorologie plus qu’incertaine, de considérer que parfois, et même souvent, il faille revenir sur ses pas ou sur ses flots, et s’armer d’une patience et d’une vigilance accrue insoupçonnée.

Ce livre se lit comme le récit d’une véritable épopée vécue et comme un livre d’aventures totalement en cohérence avec les merveilles de Jules Verne, que je relis à satiété, vous le savez.

J’ai notamment apprécié :

  • Les rencontres incessantes avec les Inuits et les Esquimaux – mais vous me préférerez prendre le terme d’Inuit car le vocable Esquimau voulant dire « homme de glace » peut revêtir une péjorativité – qui ne sont jamais des moments d’affrontement, mais au contraire, des périodes de concorde, de connaissance mutuelle, d’entraide ; l’équipage apprendra beaucoup sur les conditions d’habillement en période hivernale de moins soixante degrés, où les peaux d’animaux se repèrent beaucoup plus adaptées que les manteaux les plus chauds de mode Européenne, et où la connaissance des pistes de chasse et des endroits de pêche leur a assuré des subsistances relativement acceptables.
  • Les connaissances de Ristvedt, mécanicien et météorologiste, capable de poser en toutes circonstances et sur tous les terrains ou tous les flots ses instruments pour effectuer des relevés saisissants en précisions, m’ont fortement impressionné. Et comme il devait établir ces relevés plusieurs fois en journée et en nuit, il a peu dormi en trois ans…
  • Les capacités inventives de Lindström, le cuisinier, qui agrémente les prises de pêches de poissons inconnus, les arrivées d’oiseaux dont le caractère comestible n’est pas assuré et surtout l’accommodement de la graisse et de la chair de phoque à toutes les nuances de palais plus ou moins exigeantes.
  • La force indomptable qui anime l’équipage, certain de son but, fidèle à sa volonté de patience et d’attente, sachant se laisser guider par la nature et appréciant la contempler, en la respectant en toutes ses dimensions, et qui ne se réalise jamais comme une conquête exploratoire avec son apport de gloire parfois surdimensionnée mais comme une reconnaissance de la modestie nécessaire face aux événements et aux éléments, avec la perception que si l’on rencontre d’autres humains, ils seront toujours des semblables inspirants, de partage et communion, jamais à observer avec arrogance ou condescendance, avec le mythe saugrenu du civilisé face au sauvage.

Respect total, donc, pour Roald Amundsen ; je vous invite vraiment à découvrir cet opus qualitatif, ingénieux, condensé de vies et d’apprentissages, culte de la modestie et de la patience raisonnée, et écologiste en amont du terme, par la compréhension que la nature décide et que l’homme s’y adapte, en ne cherchant nullement à la provoquer ou à se jouer d’elle, par mauvais orgueil.

 

Eric

Blog Débredinages

 

De l’Atlantique au Pacifique par les glaces de l’Arctique

Roald Amundsen

Arthaud Poche