Quand on vit à Lyon, que l’on apprécie « sa » ville en toutes ses acceptions, sans pour autant l’idolâtrer béatement, et que l’on désire la connaître plus en profondeur, en ses secrets enfouis, elle qui s’attache en permanence à rappeler qu’elle se veut secrète, souvent en pure communication d’image d’Épinal et sans que cela soit une réalité manifeste, il convient de lire ce livre très bien conçu, associant texte précis et souvent érudit, illustrations savantes et recours à l’anecdote ou à la fantaisie, pour que le bonheur de lire s’affiche avec « le désir d’atteindre le champ de la connaissance », comme le disait Malraux.

On commencera par un hommage à l’Empereur Claude, auquel une exposition est consacrée en ce moment au Musée des Beaux-Arts de la place des Terreaux et que je vous conseille, et qui permit, en « ses fameuses tables Claudiennes (cf photo ci-dessus avec copyright pour le Musée Gallo-Romain de Lyon) », la reconnaissance de l’élection de Gaulois au Sénat Romain.

Quand en ces périodes difficiles, certains imaginent contester le droit du sol ou je ne sais quelle préférence ethnicisée, il est bon de rappeler que déjà, il y a 2000 ans, certains se positionnaient sur le retrait et le repli et d’autres sur l’ouverture et l’enrichissement par toutes les différences…

On se aussi rappellera que tous les 8 septembre les échevins de la Cité, aujourd’hui Conseillers Municipaux, rendent toujours une offrande à la vierge (un cierge et un écu d’or) pour remercier la transcendance d’avoir épargné la ville de la peste. Comme lors de la consécration de la Basilique de Fourvière en 1852, l’édifice n’était pas encore utilisable pour cette date, on décala la célébration au 8 décembre, qui devint, depuis lors, la journée Mariale et le symbole de la fête des Lumières, alors que légitimement la date de référence aurait dû être un 8 septembre… Aujourd’hui il n’y a plus de « procession » des édiles Municipaux, mais le lien le 8 septembre entre le Cardinal et la Ville revêt toujours un cérémonial, même s’il a été laïcisé.

Le Gros Caillou de la Croix-Rousse rend un hommage direct aux Canuts qui s’étaient révoltés pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail, œuvrant ainsi à la première démarche d’action sociale collective, car ce Gros Caillou serait la transformation, par la main de Dieu, d’un huissier qui voulait expulser un Canut qui ne pouvait pas payer son loyer…

Le très beau site de l’Ile Barbe, à quelques encablures du restaurant de l’éternel et immortel Paul Bocuse, renfermerait une part du Saint-Graal, dans laquelle Joseph d’Arimathie (celui qui saluait Indiane Jones pour avoir « judicieusement choisi » la coupe de charpentier dans l’opus III de la Saga cinéphilique…) aurait recueilli le sang du Christ. Les moines de l’abbaye auraient récupéré une partie du Saint-Graal et l’auraient présenté régulièrement aux fidèles, avec le cor de Roland en sus…

Nostradamus aurait professé qu’un Pape nommé Jean serait inquiété fortement en venant sur Lyon, ce qui a entraîné une protection particulière, et plus que resserrée, de Jean-Paul II, quand il est venu à Lyon pour béatifier le Père Chevrier et canoniser le Curé d’Ars, en 1986.

Hippolyre Rivail, enseignant et pédagogue émérite quand il vivait à Lyon se transforme en Allan Kardec à Paris, sorte de druide adapte du spiritisme et des tables tournantes, alors en vogue aux États-Unis ; aujourd’hui sa tombe au Père Lachaise est de loin la plus visitée… Il alimentera pour une large part la légende de sociétés secrètes prenant leur acte créateur en la Cité des Gaules.

Pierre Valdo, bien avant les réformes, a décidé de prêcher le dénuement et la nécessité de porter la parole évangélique auprès des plus démunis, en réfutant les dorures, privilèges et dogmes établis. Il était bourgeois, mais il décida un jour de vendre ses biens, de les offrir aux nécessiteux et de se placer dans les pas de Saint-Alexis, riche Romain qui quitta tout pour mendier et s’afficher avec les « pauvres âmes » ; les disciples de Valdo furent pourchassés pour hérésie, ce qui entraîna toujours une perception que la religion à Lyon ne serait jamais obéissante à Rome…

Jean-Baptiste Willermoz ne vous est pas connu mais il exerça une activité commerciale en jetant les bases d’une franc-maçonnerie directement liée à l’ordre des templiers, en utilisant des rites de somnambulisme et des séances de baquets magnétiques, puisque le magnétisme devait permettre à l’impétrant d’entrer dans une sphère mystique et de communication avec la force des esprits ; nulle ville plus que Lyon ne renferme, en son sein, une franc-maçonnerie aussi active et parfois décriée pour son pouvoir un brin dévorant…

Il est important de se remémorer le passé tragique du 25ème régiment de Tirailleurs Sénégalais qui a résisté héroïquement à une charge d’une division SS les 19 et 20 juin 1940. Les 51 combattants, dernier carré de résistants, ont été sauvagement fusillés et une nécropole nationale commémore leur sacrifice, reprenant le « tata Sénégalais » en murs de terre et pyramides à pieux, à la manière des mosquées soudanaises.

Et c’est aussi de Lyon que vient l’expression « l’hôpital se moque de la charité » puisque l’Hôtel Dieu ne recevait pas les indigents qui étaient seulement pris en charge par un Hospice de Charité, moins équipé et plus proche de l’asile que d’un lieu de rétablissement ; cette moquerie directe s’appréciait donc comme un contexte de classe, car l’hôpital pouvait se moquer de la « gangue » supposée de la charité, en oubliant toute relation solidaire pourtant normalement inhérente aux réalités médicales.

Et l’anarchisme a aussi pris place sur Lyon, dans la foulée directe des idées socialistes utopistes, elles-mêmes puisant dans les combats des Canuts, pour le meilleur avec la programmation de phalanstères et de la réflexion sur les cités idéales et éducatives où chacun pourvoirait aux nécessités d’autrui, comme pour le pire avec l’assassinat du Président Sadi Carnot, à Lyon, par Sante Caserio qui considérait qu’en supprimant l’édile, il vengerait le peuple de l’oppression…

Ce modeste florilège  n’est qu’une humble illustration de la densité des documents réunis dans ce livre qui se lit, avec régal, en plusieurs bouchées fondantes, à la manière d’un saucisson chaud avec un Communard, soit une association réussie de Côte du Rhône et crème de mûre.

Merci à Mon Cher fils, Antonin, pour son offrande de Noël et à qui je dédicace cette chronique.

 

Éric

Blog Débredinages

 

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Claude Ferrero – Éditions Ouest-France