Laurence Labbé est mon amie, ma très chère amie.

Laurence Labbé est – avant tout – une auteure inspirée, toujours soucieuse de présenter un univers où s’interpénètrent des personnages aux fêlures attachantes mais dévorantes pour leurs intimités et qui parle de la vie quotidienne, dans ses flamboiements, comme dans ses limites, en développant des tirades réfléchies pour une acceptation des différences et une ouverture permanente en altérité.

J’aime lire Laurence ; cette chronique ne reposera que sur mon humble analyse de lecture, qui ne peut être repérée comme manquant d’objectivité par mon affection amicale pour l’auteure, car le principe de l’amitié qui nous unit vise à nous dire les choses en direct, sans fioriture, en respect et en transparence permanente.

Une jeune femme perd le sens de son identité, ne repère plus qui elle est, ne sait plus ce qui la caractérise. En ne se souvenant plus de son code de carte bleue, elle comprend qu’elle ne se cerne plus, qu’elle n’a plus les réflexes de base sur ce qui nous sous-tend : le libre arbitre, l’émancipation des choix et la volonté de construire.

Sa rencontre avec Théo, en un parc dédié à l’artistique et à la poésie, lui permettra de sortir d’une impasse certaine, pour au moins assurer sa protection minimale de proximité, d’autant plus que la jeune femme est souvent reconnue dans la rue, qu’on la déconsidère en précisant que ses dires, faits ou gestes vus et apparemment publics, ne conviennent pas du tout et qu’ils ont été jaugés et jugés provocants…

Elle perd la trace de Théo, qui s’envole alors qu’elle s’attachait à lui, et elle va vivre plusieurs expériences avec des personnes de rencontre fortuite ou de hasard qui lui permettront de se positionner pour un temps, mais sans pouvoir donner réponse à sa quête de vérité sur son identité, car elle ne sait plus comment avancer, comment imaginer sa prise en main sur sa réalité quotidienne.

Elle retrouve, par la force des esprits et un effet de chance, raconté avec beaucoup de pudeur, de délicatesse et de force émotive, par l’auteure, Théo, en un village du sud où sévit sa mère compliquée et égocentrée et elle est prise en main par le jeune homme, qui désire lui permettre une nouvelle ouverture de sens et lui donner gage pour un nouvel élan dans la reconquête de sa personnalité.

Parallèlement un jeune enfant, dont le père semble avoir disparu, pleure et crie de manière déchirante et récurrente, procurant à Théo crises d’angoisse et peurs paniques, le rappelant certainement à des vécus difficiles plus ou moins enfouis…

Le jeune enfant veut décrocher la lune pour retrouver la trace de son Papa idéalisé comme un découvreur aventurier, avide d’espaces et potentiel navigateur dans les océans…

Lisa, amie et connaissance de Théo, attentive et intuitive, aidée aussi de deux personnes plus âgées qui s’aiment tendrement et vivent aussi de l’acceptation de leurs limites qui se développent sans leur donner plus d’impact qu’elles ne méritent, va relever le défi qu’elle a défini avec le jeune enfant, en lui fabriquant un objet adapté qui lui permettra de prendre confiance en ses retrouvailles avec son Papa et ainsi de sentir plus apaisé et serein, et surtout rassuré de ne pas être oublié…

Ce livre est admirablement structuré et repose sur la vertu rare d’une prose limpide, pure, toujours exigeante dans sa stylistique et je vous recommande de vous immerger en sa profondeur, à plusieurs titres :

  • Il évoque une parabole avec nos proches qui perdent temporairement leurs facultés ou qui repèrent que leur personnalité commence à s’égarer et qu’elle ne se cerne plus… On pense bien évidemment à la maladie d’Alzheimer… Plus profondément encore ce livre démontre que toute personne qui ne s’identifie plus mérite cependant une écoute attentive et une considération plutôt que de la cantonner dans les sphères de celles et ceux qui doivent se mettre en marge, du fait de leur différence ou de leur potentielle asocialité
  • Il démontre que l’amour doit sans cesse faire progresser la relation à l’autre et qu’il doit s’accompagner d’un respect inébranlable ; cette progression dans l’altérité doit permettre d’accepter l’autre dans ses limites et ses insuffisances (ce qui ne veut pas dire que la critique ne doit pas être vivace dans la communion de vie) et surtout d’accepter un enrichissement par les différences tonique et volontariste
  • Il rend hommage à l’imaginaire de l’enfance, toujours nécessaire à faire vivre et revivre, qui développe des conquêtes permanentes, car il n’y a rien de plus palpitant que le plaisir délicieux de recréer les univers, au bénéfice d’une écoute indéfectible et prolifique d’un enfant acteur, qui se joint à vos dynamiques ou qui vous promène en les siennes
  • Il n’hésite pas à donner de la controverse forte et fougueuse face aux faux semblants et aux petites lâchetés, surtout face à celles et ceux qui croient lire et qui consomment de la «tiédeur » que l’on ne peut appeler littérature… Quelques assaisonnements sarcastiques inspirés s’affichent à critiquer un certain Lémusso (sic !) et permettent de remettre les pendules à l’heure comme de déclamer que le talent se décline par notre capacité à être ému par la réflexion de détenir – en nos lectures – quelques clefs pour un mieux-être collectif et porteur et non pour un pseudo divertissement qui a le mérite de contenter quelques-uns (peut-être) mais qui débouche souvent sur une vision réductrice et non sublimée de la force culturelle…

Laurence sait allier la capacité à raconter une histoire, à donner sens à des personnages originaux et porteurs de différences et surtout à démontrer que toute relation ne sera vouée qu’à l’échec ou à l’absence de pertinence si l’on ne recherche pas à développer des passerelles, et non des barrières, et si l’on ne plaide pas pour une concorde ouverte et un dialogue permanent, porteur de sens, de respiration et de construction.

Laurence, je te remercie et je t’adresse toutes mes affections.

 

Éric

 

Blog Débredinages

 

Comment j’ai réussi à attraper la lune 

Laurence Labbé

Connaissance des œuvres complètes de l’auteure et achat de ses livres, notamment sur son site http://www.laurencelabbelivres.com et par le biais d’Amazon Fulfillment

 

Photo de Laurence Labbé, auteure.

Publicités