Ce livre, au sens précis et intrinsèque du terme, constitue une vraie pépite.

Pépite car il renferme un texte rare et fondateur.

Pépite car il se lit comme un roman d’aventures ou de pionnier.

Pépite car on ressort de sa lecture, bien mobilisé, avide de promenades à venir et reconnaissant des explorations et découvertes passées, pour élargir les champs du possible…

Alvaro Velho, dont l’identification reste incertaine mais vraisemblable, a accompagné Vasco de Gama, pour son voyage aux Indes, par le passage du cap de Bonne-Espérance entre 1497 et 1499 ; il demeure un témoin manifeste du vécu de cette expédition, de ses prises de risque, des rencontres développées et des informations recensées, pour comprendre et cerner les réalités d’un monde qui s’ouvrait et dont le commerce s’étendait.

La fin du XVème siècle inscrit deux évènements majeurs, le débarquement dans les Bahamas, repérées comme les Indes, pour le compte d’Isabel de Castille, par Christophe Colomb, et la liaison entre Europe et Inde, par le circuit maritime du Cap de Bonne-Espérance, par Vasco de Gama, pour le compte du roi Manuel Ier du Portugal.

Espagne et Portugal signèrent un traité dit de Tordesillas, en 1494, qui fixait comme frontière entre eux, le méridien, qui divisant la terre de pôle à pôle, passait à 370 lieues maritimes à l’ouest du Cap Vert. Ce qui serait découvert à l’est du méridien serait Portugais, et ce qui serait découvert à l’ouest du méridien serait Espagnol. Selon les historiens les Portugais connaissaient déjà à cette époque l’existence du Brésil et auraient gardé cette information secrète, sachant que cet immense potentiel territoire leur reviendrait…, ainsi que les éventuelles conquêtes que  l’expédition menée par Vasco de Gama aurait développées.

La flotte de quatre navires quitte Lisbonne, à l’emplacement de l’actuelle et sublime Tour de Belém et fait escale trois semaines après le départ sur l’une des îles du Cap Vert, point de rencontre des bateaux, en cas de perte de vue commune, même si l’organisation Portugaise vise à rester au plus près des côtes.

Un des navires porte à son bord Bartolomeu Dias, le premier à avoir doublé en janvier 1488 le cap de Bonne-Espérance.

Une escale se structure au château de Saint-Georges de la Mine, construit par les Portugais en 1482 sur la côte de l’actuel Ghana, où Dias s’arrêtera.

Puis s’ensuit une longue et palpitante navigation dans l’Atlantique Sud où l’on perd le contact avec les côtes pour éviter écueils et récifs pour atteindre début novembre la baie de Sainte-Hélène, au nord du Cap.

Le 16 novembre les navires double le Cap de Bonne-Espérance et s’identifient, en la lecture, des messages forts de conseil et d’accompagnement des navigateurs, car la rencontre des courants de deux océans entraîne une pénétration difficile et des précautions assouvies.

Puis s’organise une escale plus longue dans la baie dite de Sao Bras au cours duquel un navire de ravitaillement est détruit, car devenu inutile pour la poursuite de la navigation, et le 16 décembre les équipages atteignent le point extrême joint par Dias en 1488.

Puis les navires décident de remonter la côte nord de l’Afrique Orientale, où il est repéré une présence musulmane de plus en plus importante, analysée comme dominatrice par notre chroniqueur qui n’oublie pas qu’il navigue pour le compte d’un roi du Portugal pétri de chrétienté…

Les escales dans les îles du Moçambique se déroulent difficilement avec des heurts directs signifiant une nécessité de prendre le large, mais à Malindi, au large de Zanzibar, le roi local propose aux navigateurs un pilote éclairé chargé de les aider pour la poursuite du voyage et donc potentiel partenaire commercial.

Vasco de Gama traverse ensuite l’Océan Indien et la terre est joignable le 18 mai 1498.

Les Portugais ont atteint le but ultime de leur voyage, Calicut, et effective terre du sud de l’Inde, la vraie, elle…

Vasco de Gama remet des lettres de doléance de Manuel Ier au Raja local mais les relations directes ne se placent pas en aisance et se structurent souvent avec des hostilités développées.

Les navires rentrent sur leurs bases de navigation arrière, sans points de relais commerciaux établis, notamment pour les épices ; une halte est effectuée pour nettoyer les navires et se ravitailler, et, une personne embarquée, qui parle le Vénitien, semble plutôt se positionner comme un espion potentiel…

La traversée de l’Océan Indien s’affiche en péril absolu, avec une épidémie lourde de scorbut qui fait des ravages et qui décime les équipages, qui arrivent exsangues sur les côtes de Somalie début 1499.

L’escale à Malindi se déroule posément et un navire est détruit par obligation, car les membres d’équipage se trouvent trop réduits pour poursuivre le voyage.

Le texte s’arrête au large de la Guinée Bissau en avril 1499, sachant que le frère de Vasco de Gama ne pourra arriver à Lisbonne, épuisé et malade.

Notre chroniqueur a pu être lui-même atteint du même mal ?

Les rescapés organiseront une procession en témoignage du péril vécu et de la recommandation à Dieu des âmes de leurs camarades.

Et les deux lettres de marchands Florentins, incluses dans le recueil, montrent que le commerce passera désormais, sous les auspices du Portugal, par la voie de navigation qui contourne l’Afrique et qu’elle commencera à concurrencer, de manière redoutable, la route des épices passant par l’Egypte et la Méditerranée, monopole des Vénitiens, et cette potentialité de concurrence semble ravir nos Florentins, pour damner le pion à Venise

Le livre se parcourt comme une ode au voyage, à l’invitation et à la découverte sensible ; certes il magnifie le Blanc et l’Européen et il ressort des rêves de conquête et de colonies possibles, mais il est aussi respectueux des différences et de la volonté de se comprendre par les échanges et le commerce.

Et les malheurs des navigateurs, dont peu ont pu arriver à bon port, au sens strict, doivent aussi nous inspirer car sans leurs combativités et leurs élans, notre monde aurait été moins bien cerné, connu et identifié.

Un livre très agréable à lire et passionnant et de bout en bout, cadeau de mon fils Arthur, à Noël, à qui je dédie cette humble chronique.

 

Éric

Blog Débredinages

 

Vasco de Gama

Le premier voyage

1497/1499

La relation attribuée à Alvaro Velho

Éditions Chandeigne

Magellane Poche, la bien nommée collection !