En refermant ce livre, l’on se dit que l’on a pu vivre une forte expérience littéraire, à la fois étonnante, novatrice et originale et j’y reviendrai.

Gao Ding, enfant, se dit que la réalité de son vécu urbain sans eau potable distribuée, sans prise en compte de besoins de première nécessité dans plusieurs quartiers, sans capacité repérée de responsabilisation des adultes pour que les choses changent, nécessite un changement de paradigme et qu’il convient de prendre le pouvoir et que les enfants finissent par réaliser ce que des adultes n’ont jamais pu obtenir ou concrétiser.

Pour ce faire, muni avec des acolytes, tout aussi enfants que lui et qui le prennent pour capitaine, d’armes spécifiques, desquelles sortent des bulles, lorsque l’on les utilise, il neutralise le responsable de la distribution d’eau qui se transformera en spectre permanent dans tout le roman.

Les enfants vont s’acharner pour ce que l’eau puisse être maîtrisée et qu’elle puisse être solidairement répartie.

Tous les enfants magnifient leurs compétences, qu’elles soient techniques, sportives, sécuritaires et ils s’emploient à mettre en place un système de tuyaux reliés les uns aux autres, épousant une déclivité cohérente pour assurer un débit d’eau et un stockage en une ancienne piscine.

Ils devront faire face à un vieillard dont les chiens semblent en permanence affamés, et qui se sont déjà attaqués à des enfants et dont le caractère sauvage apparaît aiguisé, à une sorcière dont on ne sait si elle apprécie les évolutions de la prise de pouvoir par les enfants ou si elle reste calculatrice pour tirer le meilleur parti des changements, et d’adultes disposés à ne pas tous accepter cette confiscation par les enfants de leur position sociale et opérationnelle pour leur ville.

Ce roman livre une expérience étonnante, car il montre la vacuité du monde adulte quand il ne fonctionne plus sur des repères solidaires, partagés, démocratiques, car si l’on se moque, lorsque l’on s’occupe de la distribution de l’eau de sa non répartition, l’on acceptera les tensions et conflits et même on contribuera à les provoquer.

Ce roman livre une expérience novatrice car dans le sillage du célébrissime roman de William Golding « Sa majesté des mouches », il présente des enfants acteurs, courageux, mais aussi pétris de doute et qui n’oublient pas qu’ils préfèreraient se baigner d’insouciance et de tranquillité ou s’adonner aux jeux, ce que l’enfance vivante doit intégrer et que le monde adulte doit lui apporter et protéger.

Ce roman livre une expérience originale car il présente des personnages enfants qui s’apprécient, se mettent en discorde, se rassemblent, puis se distendent et il précise que toute réalité sociétale doit apprendre à appuyer un collectif et à lui donner sens.

Ce roman place l’écologie comme une parabole permanente car l’auteur sait que la présence de l’eau, source de toute vie, pourrait être, si elle n’est pas équitablement répartie, rebondir sur les prémices de tous les combats et de tous les conflits.

Ce livre est à lire comme une ode à la probité, à la solidarité, au partage et comme un poème sublimé pour des ressources naturelles gérées avec intelligence, dans le respect des différences de toutes les communautés et dans le souci du soutien à l’enrichissement par la diversité, en acceptant les enfants, les adultes, les vieillards et même une sorcière, comme une contribution à une forme sociétale, heureuse de sa combinaison de compétences et d’apports…

Un livre à savourer, vraiment !

Éric

Blog Débredinages

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Kao Yi-Feng

Traduit du chinois (Taïwan) par Gwennaël Gaffric

Mirobole Éditions

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