mirobole-1

Amie Lectrice et Ami Lecteur, la lecture de ce livre ne vous laissera pas indifférent, du fait de sa tonicité, de son empathie franche , malgré un pessimisme ambiant latent, et du fait de son écriture directe, sans fioritures, déclamant une volonté de vivre, malgré toutes les tensions quotidiennes et les malaises incessants des réalités permanentes.

Cet opus, d’un auteur qui m’était proprement inconnu, qui s’est donné la mort à 35 ans, en 1969, Polonais opposant marqué à la servitude communiste, et qui a voulu mené les 400 coups entre Paris, Los Angeles et Israël, mérite une vraie reconnaissance en notre pays, lui qui est considéré comme le « Kérouac Polonais » au bord de la Vistule, excusez du peu !

Jacob a pour objectif de séduire, en Israël, des touristes fortunées de passage, en leur susurrant des tirades enflammées, écrites par son pote Robert, et où s’entremêlent de véritables déclarations romantiques, des appuis directs sentimentaux de nature à tisser des liens et à approcher l’autre en respect et découverte, et aussi de réels bobards mentionnant toutes les contraintes qui auraient pu être vécues par Jacob dans sa sinistre existence inventée…

Jacob possède un chien qu’il aime par-dessus-tout et il ne peut être admissible que son chien ne se place pas en permanence, à ses côtés, et il ne l’instrumentalise jamais, en ses pérégrinations, où il convoite avec élégance des femmes esseulées pour les séduire, en volonté de leur prendre leur argent de manière purement vénale, même si le chien pataud et en retrait se repère souvent, par mimétisme de son maître, par les conquêtes du moment, qui identifient Jacob comme un être empathique et frêle, prêt à aimer et donner spontanément.

Des personnages secondaires affluent, entre hôteliers véreux, hommes de combine, pseudo-mafieux de pacotille, mais le centre d’intérêt du livre se place entre Jacob, sa relation à la femme du moment et notamment à l’une d’entre elles, dont le fiston n’est pas simple à gérer et qui idéalise un père qu’il n’a jamais connu et la présence de la mer et de la plage, sous le soleil agréable et prenant.

Le livre se déguste comme un Côte-Rôtie chambré, accompagné d’une poêlée de champignons frais, plat revigorant et collégial et ce pour quatre raisons qui m’ont animé, humblement :

  • Une écriture, vive, vigoureuse, avec des dialogues qui prennent au cœur et au corps
  • Une assurance que les héros du roman vont se casser les dents ou se prendre le mur, mais ils le feront avec flamboiement, car comme l’a dit justement Oscar Wilde : « il vaut mieux brûler sa jeunesse que de ne pas en avoir eue du tout »
  • La relation à la femme intimiste, positive et nuancée, respectueuse, fait du bien et quand la vénalité l’importe, la femme a toujours l’élégance de dire à l’autre que sa « tromperie » est pure infamie et qu’il ne représente que le néant ; ce livre se place en féminisme direct et franc !
  • La découverte d’un auteur qui sait raconter une histoire ; j’aurais aimé assister à l’une des conférences sur sa vision sociétale ouverte, confraternelle et affective…

Merci à l’équipe de Mirobole pour cette belle concrétisation éditoriale.

Eric, blog Débredinages

La mort du deuxième chien

Marek Hlasko

Traduit du Polonais par Charles Zaremba – Mirobole Editions : 17.50€

Publicités