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J’avais déjà eu le plaisir et le vif intérêt à pénétrer l’écriture de Laurent Vyeix, avec « Clarisse et le singe en morceaux », titre de livre original et un brin curieux, renfermant un récit subtil, maîtrisé, développant un suspense haletant, propre au roman noir qualitatif.

Ce nouvel opus, paru en ce début d’année 2016, poursuit la veine inspirée de l’auteur et s’enrichit de collages, de dessins ou d’illustrations photographiées, indications de personnalités comme de sites réels.

Les illustrations résument l’action en des moments clefs ou invitent le lecteur à s’arrêter, à réfléchir, pour qu’il se livre à une sorte d’introspection sur le déroulement de l’histoire qui s’offre à lui, et surtout elles lui proposent, un peu comme un roman feuilleton des années 70, à aller plus loin comme à se confronter, en relecture, avec les lieux parsemés de manière impressionniste et attachante au sein du roman.

L’auteur nous renvoie aussi, en de nombreux bas de page, aux actualités contemporaines ou des vingt dernières années, en ressourçant notre mémoire, et en réussissant la prouesse de faire coller son avancée narrative, en son histoire, avec la Grande Histoire de nos vécus sociétaux les plus troublés ou même les plus dramatiques.

Anselme renferme un secret et vit un peu comme un ermite en Aquitaine, s’adonnant à apporter de quoi sustenter une araignée quasi domestiquée, qui se repère comme sa seule communicante de vie…

Mélusine, jeune femme toute en sensualité, aime les promenades à vélo, avec son chien griffon, en une allure sportive et elle retrouve régulièrement les amis de Cap’tain Baou, Estéban, férus de parties de cartes endiablées et qui l’ont surnommée « la petite fée » et elle en profite aussi pour rejoindre Estéban pour que vivent les sens…

Le lecteur apprend que Mélusine offre ses charmes, contre rémunération, en se déplaçant chez le client ou en une chambre d’hôtel Parisien où elle peut dynamiser la cadence, si je puis dire, une fois le tarif de prestation défini, et l’on repère aisément que ce besoin d’argent rapide est consacré par un autre secret…

Même si un de ses clients, Corentin, semblerait l’émouvoir en s’imaginant faire sa vie avec elle, la prostitution qu’elle intègre vise surtout à compiler une somme suffisante, sans aucune forme d’attachement…

Et elle est heureuse, car amoureuse de Salem, avec lequel elle escale la dune du Pilat, avec lequel elle échafaude une vie commune rêvée, avec enfant, avec lequel elle déguste des fruits de mer, à satiété, avec lequel elle va se rendre à Tunis, pour rencontrer sa famille puisque la mère de Salem en sera ravie, Salem le lui a dit…

Anaïs, la grande amie de Mélusine, travaille en tant que fleuriste, mais elle a du mal avec un patron indélicat qui s’imagine que le droit de cuissage conserve une légalité…

Anselme qui n’a pas été insensible au physique ravageur de Mélusine, qu’il a croisée en allant au supermarché, décide de passer un moment avec elle, d’abord en une chambre d’hôtel, pour préserver son intimité rustre, puis finit par « craquer » et l’appelle régulièrement en son domicile…

Mélusine a remis toutes ses « économies » amassées au beau Salem, qu’elle a souhaitées concrétiser rapidement, y compris avec un métier qui a mis son corps en charpie et dont elle est plus que dégoûtée, mais, quand, quelques jours après le départ possible de Salem en Tunisie, elle tente de visualiser ce que devient son argent, qui doit s’affecter en un projet immobilier fructifiant…, elle se rend compte qu’elle a été escroquée et trahie, elle ressent la violence de cette insulte suprême en toute sa chair, puisque Salem savait comment elle avait pu obtenir une somme aussi rapidement… et elle veut en finir, en amenant son chien avec elle…

A partir de cet instant tragique, douloureux, écrit en intensité, l’auteur manie une écriture acérée et organise une histoire à tiroirs où Anselme ne comprend pas pourquoi Mélusine ne répond plus à ses messages depuis trois semaines…, où Côme, appelé, sur conseils reçus, par Estéban ( Côme revient brillamment en ce livre ; Côme, notre héros aiguisé et aux talents analytiques de détective, bien que professeur de Français en le civil…, déjà vu dans « Clarisse et le singe en morceaux ») reprend de l’activité policière pour tenter de remonter la piste de Salem…

Anaïs tente une aide à la reconstruction pour Mélusine, sauvée, mais en cure de sommeil intensive et elle essaie de lui créer des parcelles de nouvelle vie, pour qu’elle tente d’oublier le démon qui l’a mystifiée et manipulée sauvagement.

Mélusine retrouve Anselme, plus par affection que par réalité économique…, mais elle cerne que le personnage ne lui dit pas tout, qu’il cultive un silence pesant, alors qu’elle veut coûte que coûte en savoir plus, surtout quand il déclame une surprenante citation « Maître Jacquot, Maître Jacquot… », qu’il refuse de lui donner une clef de sa maison ou qu’il lui démontre qu’il dispose de capacités érudites de pilote de rallye…

Mélusine va t-elle percer le secret de la porte interdite de la maison d’Anselme ?

Côme, surpris par la façon dont il retrouve Raouf en Tunisie, aura t-il la possibilité de recouvrer Salem et de rendre à Mélusine une part de sa dignité perdue ?

Les cahiers d’Eliette, bilingues Gascon-Français, permettront t-ils de donner des indices pour un déroulement plus affûté de l’enquête de Côme ?

Le secret de Mélusine n’est t-il pas plus profond, et lié notamment à son histoire familiale, comme à l’emprise qu’elle a toujours su qu’elle pouvait avoir sur les hommes, pour obtenir d’eux ce qu’elle désirait ?

Et Salem, qui pourrait apparaître comme un vil escroc, n’est t-il pas de ceux qui utilisent l’argent sale pour le mobiliser pour des réalités plus impitoyables et si présentes en nos réalités noires du moment ?

Je vous laisse lire le livre pour aller plus loin et répondre de ces questionnements que je laisse volontairement ouverts…

Laurent Vyeix associe des compétences de conteur d’histoire, d’hôte invitant à parcourir une Aquitaine différente, de métronome du roman noir comme de l’intrigue policière et il fait vivre ses personnages avec leurs forces, leurs secrets enfouis, leurs limites, leurs fêlures.

Il s’inscrit en un style dynamique, et le livre se lit avec percussion alerte et sens aigu de l’humeur et de l’humour, si nécessaire surtout quand on inclut , avec succès ici, les face à face avec les horreurs de nos actualités.

Un livre à lire qui fait méditer !

Éric, blog Débredinages !

La petite fée

Laurent Vyeix

Illustrations (très réussies et stylisées, bravo à elle) de Sophie Ainardi

Atome Éditions

15€

Photo de l’auteur, droits réservés en copyright pour Atome Éditions